Acteur et comédien

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Le comédien de cinéma est-il forcément bon au théâtre et vice-versa ? En tout cas, que ce soit côté interprétation ou réalisation, il existe une différence entre le jeu au théâtre et le jeu au cinéma. "Au théâtre, on joue, au cinéma, on a joué", disait Louis Jouvet; "Le théâtre c'est positif, la pellicule est négative. Le théâtre c'est le dessin, le cinéma c'est la litho". Un bouquet d'acteurs people développent leurs réflexions en miroir des phrases de Louis Jouvet et de Sacha Guitry. Des metteurs en scène évoquent aussi leur manière de travailler dans les deux disciplines…
Publié le : mardi 1 mars 2016
Lecture(s) : 21
EAN13 : 9782140003073
Nombre de pages : 184
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ACTEUR ET COMÉDIEN D’une passion à l’autre
Agnès FIGUERASLENATTIER
Cinéma(s)
Acteur et comédien
Cinéma(s) Collection dirigée par Jérôme Martin Déjà parus Antoine MATTA,Hollywood des stars. La crise du cinéma à l’ère numérique, 2015. Claude MONNIER,James Bond. Une esthétique du plaisir, 2015. Lydie DECOBERT,La corde musicale d’Alfred Hitchcock, 2015.
Agnès FIGUERAS-LENATTIER
Acteur et comédien
D’une passion à l’autre
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07333-0 EAN : 9782343073330
AVANT-PROPOSCette idée de livre m’est venue après avoir pris des cours de théâtre. Une découverte qui m’a donné envie, en tant que journaliste de me plonger dans cet univers. J’ai souhaité faire une enquête sur la différence entre le jeu au théâtre et le jeu au cinéma et interviewer des acteurs (actrices) et réalisateurs sur le sujet. Avant d’en parler, il me semble intéressant dans cet avant-propos de faire une comparaison entre le sport de haut niveau et le théâtre. D’après mon expérience sur une scène de théâtre, je peux dire que, même si c’est une autre aventure que le sport de haut niveau, quelque part il existe une similitude... Avant de m’exprimer, je cite ce que m’a dit Françis Huster : « Au cinéma, il faut des Borg, au théâtre des Mac Enroe ». En ce qui me concerne, je dirais que dans le sport de haut niveau, il faut se dominer contrairement au théâtre, où il faut tout lâcher. Mais pour moi, la concentration est la même. En tant que joueuse, j’avais besoin de me préparer psychologiquement pour mon match. Et avant d’interpréter un personnage, j’avais aussi envie qu’on me laisse seule afin que le rôle que j’interprète m’habite naturellement. Pour moi, c’est le même stress. Mais au tennis, je ne pensais pas tellement au public alors qu’au théâtre, si, du moins au tout début. J’ai vraiment ressenti quelque chose de fort lorsque j’ai joué pour moi, et non pas pour le public. Un jour mon beau-père m’a dit : « Les autres doivent te dire que tu fais des progrès ? » Et je lui ai répondu : « Je m’en fiche des autres, c’est ce que je ressens moi qui est important ! ». Ma réaction m’a plu... Sarah Forestier que j’ai interviewée me confiait : « Pour la pièce de Florian Zeller, à un moment donné je n’étais plus dans la performance, et c’est là que j’ai le plus appris. Quand on dépasse le fait de ne pas vouloir décevoir les gens, on franchit un palier ». J’avoue que je ressens très bien ce qu’elle veut dire... J’ai aussi réalisé que pour oublier les spectateurs et s’oublier, il me fallait plutôt regarder en l’air. Effectivement, avant de constater cette réalité, j’ai ressenti un
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malaise très profond lorsqu’en interprétant Cordélia dans la pièce de Shakespeare, je suis tombée sur le visage d’une des élèves spectatrice. C’était vraiment affreux comme sensation et j’en ai pleuré, tellement je me suis sentie mal. Les deux disciplines peuvent servir de thérapie, mais de façon différente, et le théâtre est plus douloureux. Le sport ne fait pas souffrir psychiquement, mais physiquement. Au final, la tête se vide et se libère des problèmes de la vie. Alors qu’au théâtre, c’est surtout le psychisme qui travaille, voire qui souffre et qui guide le corps. Mais au bout du compte, l’esprit va mieux aussi. En fait, théâtre et sport sont très complémentaires. Lorsque je jouais au tennis, j’ai vécu des états seconds extraordinaires, et je sais qu’au théâtre, quand on est à fond dans un rôle, c’est le même principe. Je le devine et les comédiens me l’ont confirmé. J’aurais beaucoup aimé ressentir un jour cet état second sur scène. Ce qui est similaire aussi, c’est le fait de dépasser la douleur. Dans le sport, on arrive à l’oublier par la volonté, quitte à la retrouver dès que la compétition est finie. Au théâtre on peut, paraît-il, avoir 40 de fièvre et jouer sans en ressentir les effets. Et après, les voir ressurgir également... Une fois j’ai eu une sensation énorme de fatigue après un gros effort au théâtre. Je devais jouer Mademoiselle Julie, l’histoire d’une femme confrontée à un pervers. J’étais à ce moment-là en plein dans ces souvenirs, et un peu avant de jouer mon rôle, je me suis sentie très mal. Je suis sortie quelques instants de la salle. Je me suis assise et n’arrivais plus à décoller. J’ai failli quitter le cours, puis ma volonté a pris le dessus et je suis revenue la larme à l’œil. J’ai refait mon entrée deux fois sur scène, puis à la troisième j’ai joué et ressenti pour la première fois comme un oubli de moi-même. Une fois rentrée chez moi, je me suis allongée sur le fauteuil. J’étais complètement vidée comme après un match de tennis. Je m’étais vraiment surpassée et j’avais la sensation d’avoir remporté une victoire sportive... Je dois dire que le peu de théâtre que j’ai fait m’a donné la même impression que le tennis : une remise en question de soi à chaque fois. Je n’étais
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jamais la même sur la scène, et je n’étais jamais non plus la même sur un cours. Tout dépendait si j’avais bien ou mal dormi, si j’étais de bonne ou mauvaise humeur, si j’avais des problèmes, si tout allait bien dans ma vie. Et puis cela dépendait de mon partenaire avec une adaptation en fonction de sa personnalité. Au tennis, je ne jouais pas non plus de la même façon si mon adversaire était une attaquante, ou si au contraire elle renvoyait... Avant mes cours de théâtre, je me demandais toujours si j’allais être bonne ou pas et au tennis aussi. Il arrivait d’ailleurs que je me sente en pleine forme avant un match, et finalement de mal jouer. Et inversement. Au théâtre, cela doit être pareil. Pour en revenir à Sarah Forestier, je cite quelques passages sur ce qu’elle dit concernant la différence entre le théâtre et le cinéma : « Le théâtre recentre dans l’artistique ce qu’est le jeu de l’acteur. On est confronté à une intensité et à une exigence physique, qui signifie que lorsqu’on rencontre le public, on ne peut pas rater sa prestation. Au cinéma, on peut faire des prises ratées et quand on a tourné dans plusieurs films, on peut être habitué à cette béquille de la prise ratée. Au théâtre non. On est obligé de se repositionner pour être bon du début à la fin. Il existe une exigence très forte de l’instant et pas de laisser-aller. Cette expérience m’a fait énormément de bien, et c’est une des choses qui m’a fait le plus grandir. Au tout début, le soir de la première, mon corps tremblait. Ensuite il m’arrivait parfois d’avoir mal au ventre. Sinon c’est une adrénaline tous les soirs avant de rentrer sur scène, une exigence et une envie de ne pas se rater. Pendant les soixante premières représentations, je faisais une demi-heure de diction par jour avant de monter sur scène. Après j’ai arrêté du jour au lendemain, puis j’ai repris un peu ». En ce qui me concerne, je connais moins les sensations que procure un sport collectif, même si j’ai fait des matches par équipe. Mais il existe forcément des similitudes entre sport et théâtre. Par exemple, se retrouver à jouer dans une troupe de théâtre, et jouer au football dans une équipe. Le plaisir de partager une belle victoire sportive ou de partager une pièce à
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