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L'habitat menaçant ruine au Maroc(HMR)

De
314 pages
Associé souvent aux tissus d'habitat anciens et aux constructions insalubres, l'habitat menaçant ruine au Maroc constitue aujourd'hui un phénomène de plus en plus important. Ce livre analyse l'approche des pouvoirs publics quant à sa présentation, sa définition, son identification, son diagnostic ainsi que son traitement. Au-delà des édifices anciens et de l'habitat non réglementaire, il touche d'autres types d'édifices dans des quartiers ne retenant a priori pas l'attention des pouvoirs publics concernés. La notion demeure encore mal cernée, car elle concerne un phénomène qui dépasse les effondrements ponctuels pour revêtir une dimension évolutive et dynamique.
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L’habitat menaçant ruine au Maroc
Les procédures administratives à l’épreuve des efondrements Imane B ennani
Associé souvent aux tissus d’habitat anciens et aux constructions
insalubres, l’habitat menaçant ruine au Maroc constitue aujourd’hui
un phénomène dynamique qui prend de plus en plus d’ampleur.
L’habitat menaçant ruine au Maroc
Ce livre analyse l’approche des pouvoirs publics quant à sa présentation,
sa défnition, son identifcation, son diagnostic ainsi que son traitement.
Il démontre que contrairement à ce qu’indiquent les textes ofciels Les procédures administratives
et les procédures en vigueur, l’Habitat Menaçant Ruine correspond
à l’épreuve des efondrementspeu aux édifces des tissus anciens et de l’habitat non réglementaire,
principalement spontanément visés, mais touche d’autres types
d’édifces dans des quartiers ne retenant a priori pas l’attention des
pouvoirs publics concernés.
La notion demeure encore très mal cernée et les diférentes actions des
pouvoirs publics pour traiter le phénomène sont davantage réactives
et astreintes à la gestion du risque de l’efondrement ainsi qu’à une
mobilisation aléatoire des acteurs. L’approche ofcielle ne permet pas
d’esquisser une image fable du phénomène qui s’est dévoilé comme
dépassant des efondrements ponctuels pour revêtir une dimension
évolutive et dynamique.
Imane Bennani , Architecte, Directrice de l’École d’architecture
de l’Université Internationale de Rabat, titulaire d’un Doctorat
en géographie urbaine, d’un master en patrimoine et d’un
master en urbanisation des territoires ; chercheur et consultante
de l’UNESCO. Elle a occupé plusieurs postes auparavant :
Professeur à l´École Nationale d’Architecture de Rabat, Chef
de Projets au sein d’Enda Maghreb, Chargée de mission auprès
du Directeur Général de l’Urbanisme et de l’Architecture,
Conseillère du Ministre de l´Habitat et de l´Urbanisme et Consultante également
auprès du Wali de Rabat notamment pour le montage du dossier de candidature de
Préface du Pr. Jean Pierre FreyRabat sur la Liste du patrimoine mondial.
ISBN : 978-2-343-09769-5
32 €
Histoire et Perspectives Méditerranéennes Histoire et Perspectives Méditerranéennes
L’habitat menaçant ruine au Maroc
Imane B ennani
Les procédures administratives à l’épreuve des efondrements










L’habitat menaçant ruine au Maroc
Histoire et Perspectives méditerranéennes
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L’Harmattan
se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde
méditerranéen des origines à nos jours.


Déjà parus

Mokhtar KHELADI, L’Algérie pays immergeant, 2016.
Abdellah BOUNFOUR Malaise dans la transmission, La crise de
l’autorité familiale, scolaire et politique au Maghreb, 2016
Riza SAYGILI, Un siècle de démocratisation innachevée, Partis et
courants politiques en Turquie (1908-2008), 2016
Karim BEN YEDDER, Le fondouk al-ghalla de Tunis, Marché central
(1891-1956), 2016.
Association Déméter-Coré (coord.), Travail et maternité dans l’aire
méditerranéenne, 2016.
Zakaria FATIH, Le Maghreb à la croisée des chemins : l’enjeu de la
tradition et le défi de la modernité, 2016.
Hassan BANHAKEIA, Histoire de la pensée nord-africaine, 2016.
Saïd CHIBANE, L’Algérie entre totalitarisme & populisme, La fausse
ouverture ou l’heure des illusions/désillusions, tome 2, 2016
Saïd CHIBANE, L’Algérie entre totalitarisme & populisme, Le temps du
parti unique, tome1, 2016.
Johara BERRIANE, Ahmad al-Tijâni de Fès : un sanctuaire soufi aux
connexions transnationales, 2016.
Pascal CYR, Égypte, la guerre de Bonaparte, 2015
Philippe GAILLARD, Génération Algérie : Mémoire d'un quidam, 2015
Mustapha ARIHIR, Les relations extérieures franco-algériennes à
l’épreuve de la reconnaissance, de 1962 à nos jours, 2015.
Chadia CHAMBERS-SAMADI, Répression de manifestants algériens,
2015.
Mohammed Anouar MOGHIRA, L’Égypte en marche ?. Les atouts, les
espoirs et les défis (1952-2015), 2015
Mohamed HARAKAT, Les paradoxes de la gouvernance de l’État dans
les pays arabes, 2015.
Mohammed GERMOUNI, Le protectorat français au Maroc. Un nouveau
regard, 2015.
Guillaume DENGLOS, La revue Maghreb (1932 - 1936). Une publication
franco-marocaine engagée, 2015. Imane BENNANI








L’habitat menaçant ruine au Maroc

Les procédures administratives
à l’épreuve des effondrements



Préface du Pr. Jean Pierre Frey




























































© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09769-5
EAN : 9782343097695

Dédicaces
Zhor Oudghiri Mesbahi et Abdelali Bennani, mes très chers parents.
Mes filles et mon mari.
Nina, Douja, Salim et Daou.
Mes amies Khadija et Myriam.
Jean Pierre Frey, mon cher professeur.


PRÉFACE
La réflexion qui nous est livrée ici est partie d’un souci présent
dans la politique gouvernementale marocaine en matière de prévention
des risques dans l’habitat. Mme Imane Bennani, architecte-urbaniste, a
su non seulement faire sienne cette préoccupation en tant qu’agent de
l’Administration avec une générosité somme toute peu commune,
mais elle a surtout su transformer une masse éparse d’informations —
d’une nature plutôt bureaucratique et donc rébarbative, il faut bien le
dire— en objet d’investigation pour aboutir à ce qu’on peut considérer
comme un travail de recherche à teneur universitaire dans un domaine
où la littérature scientifique est rare et où, avec de tels propos, elle fait
figure de pionnière.
Un humour volontiers frondeur, qui ne saurait ni nuire ni
franchement déplaire aux architectes quels que puissent être leurs pays
d’origine ou d’exercice et leurs compétences réelles ou supposées,
pourrait faire remarquer que se préoccuper des édifices qui s’écroulent
plutôt que de la façon de les faire tenir debout tient un peu de
l’oxymore. On peut évidemment partir de l’idée plutôt saine et
rassurante consistant à dire que savoir bâtir revient à éviter de
commettre des erreurs de construction et donc à prendre quelque
garantie sur la façon dont un édifice tient debout, et éviter les
désagréments d’une disparition prématurée des constructions, qu’elles
1soient ou non à usage d’habitation.
Depuis Vitruve, mais surtout depuis les formulations proposées par
les traités qui émergent à la Renaissance, on s’accorde sur quatre
principaux principes de l’Architecture.
La commoditas suppose que, pour être confortable et fonctionnel,
un édifice soit conforme aux besoins, us et coutumes de ses habitants,

1 SALVADORI (Mario), Comment ça tient ?, Marseille, Parenthèses, 2005, coll.
Eupalinos, 265 p., SALVADORI (Mario), LÉVY (Matthys), Pourquoi ça tombe ?,
Marseille, Parenthèses, 2009, coll. Eupalinos, 286 p.
crédités plus récemment du qualificatif d’usagers. Ceci suppose de
s’enquérir, surtout dans un travail de recherche, des caractéristiques
socioculturelles et économiques, voire anthropologiques, non
seulement des usagers, mais aussi des destinataires de toute
construction. L’édifice a-t-il été conçu pour ceux qui l’occupent, si
tant est que la conception fût faite conformément aux attentes des
supposés destinataires ? On entrevoit ici une première faille de la
production de l’espace et la trace d’une fissure dans l’image qu’on
peut se faire de la plus ou moins bonne conformité d’un édifice à son
usage effectif. Tel édifice a-t-il été conçu « pour » ses occupants,
selon l’image qu’ils en ont et en fonction de l’usage qu’ils en font ?
Une construction légère ne risque-t-elle pas de se retrouver en
surcharge si l’on y multiplie inconsidérément activités, machines et
2occupants ?
Les notions de firmitas et de necessitas renvoient évidemment à la
solidité et à des techniques constructives fiables parce qu’éprouvées
de longue date ou scrupuleusement vérifiées grâce au savoir
scientifique à base de calculs mathématiques des ingénieurs. Il s’agit
bien sûr que les édifices tiennent debout le plus longtemps possible,
mais la durabilité est devenue d’autant plus discutable et
éventuellement négociable que d’ingénieux fabricants programment
parcimonieusement l’obsolescence de leurs produits. Tôt ou tard, ça
casse. C’est même étudié pour. Mais quand ? Et est-ce raisonnable de
construire pour une éternité dont on sait, mais dont on admet assez
mal, qu’elle ne peut que nous échapper ? Bévues, erreurs de calcul,
désinvoltures ou négligences dans le contrôle des plans et dans la
conformité de la réalisation aux devis descriptifs établis par
l’architecte et vérifiés par l’ingénieur sont toujours imaginables, mais,
dans la mesure où ces prestations peuvent être considérées comme
sérieuses et offrent de multiples garanties, on se dispense en général
d’imaginer le pire. Le pire existe ; toujours, surtout quand on ne s’y
attend pas. Mais peut-on suspecter tout le monde et en permanence de
ne pas respecter des règles essentielles, comme celles qui consistent à

2 L’effondrement le 24 avril 2013 de l’immeuble Rana Plaza à Savar, dans les
faubourgs ouest de Dacca au Bangladesh, a provoqué la mort d’au moins 1 127
personnes pour 2 500 rescapés. Le bâtiment abritant plusieurs ateliers de confection
travaillant pour diverses marques internationales de vêtements, s’est effondré peu
après l’heure de début du travail. La cupidité des dirigeants et des commanditaires
de ces entreprises leur a fait ignorer les consignes d’évacuation données la veille
après l’apparition de fissures.
10 donner les sections prévues à un ferraillage ou la quantité requise au
ciment d’un béton armé conçu pour résister au temps et aux secousses
sismiques et qui, en vertu de malversations diverses, faillissent à leur
tâche. Les calculs ont beau être sophistiqués à souhait et comporter
une marge censée prémunir des impondérables, il y a des prestations
qui sont capables de nous lâcher sournoisement le lendemain même de
la garantie décennale !
Voluptas et Venustas tiennent de l’esthétique, c’est-à-dire de
jugements de valeur toujours discutables malgré un argumentaire qui
vise à une unanimité universelle. Le beau peut aussi être le bien
conçu, satisfaisant pour l’œil et l’esprit, et réalisé selon ce qu’on
appelle les « règles de l’art ». Mais on sait aussi que ces règles sont
d’autant plus considérées comme artistiques que l’on se dispense d’en
donner une définition précise. Il semble qu’en la matière il faille
résolument faire confiance à ceux qui savent faire sans le dire, mais
dont on peut juger des performances sinon en les voyant à l’œuvre, du
moins en appréciant le résultat, après coup, bien sûr, et parfois trop
tard… On sait que les savoir-faire des corporations furent toujours
jalousement mis au secret pour être mieux défendus contre les intrus et
la concurrence. Leur apprentissage suppose tours, détours et tours de
main acquis de façon muette ou silencieuse d’un chantier à un autre
jusqu’à la réalisation d’un chef-d’œuvre comme témoignage et preuve
d’une virtuosité avérée. Ce type d’opus operatum incontestable des
performances de l’artisan, mais pratiquement jamais présenté comme
un modus operandi explicite brille en somme par son éloquence
muette. Les virtuoses en matière de construction, du reste plutôt
spécialisés dans les restaurations délicates selon des techniques
ancestrales et largement perdues ou égarées dans la quête acharnée du
profit grignotant coûts et délais, se font rares, et les malfaçons
foisonnent d’autant plus que le maître d’œuvre se détourne du
chantier. « Ce n’est pas grave, ça ne se voit pas » dit le plombier en
planquant les assemblages biscornus des canalisations derrière les
meubles de cuisine ou de salle-de-bains. Le mobilier finit tellement
par servir avant tout de paravent qu’on serait tenté d’adhérer au
dépouillement puriste du Mouvement moderne au point d’acquiescer
aux critiques acerbes d’un Adolphe Loos à l’endroit de toute
3décoration .

3 LOOS (Adolf), Ornement et crime, et autres textes, traduit de l’allemand par
Sabine Cornille et Philippe Ivernel, Paris, Payot & Rivages, 2003, Rivages poche /
Petite bibliothèque, n° 412, 278 p.
11 Localitas renvoie à l’implantation des bâtiments, leur intégration
dans un environnement naturel ou bâti. On pense en premier lieu au
choix du terrain et à ses caractéristiques géographiques,
topographiques, voire géologiques. Il ne suffit pas de trouver le « bon
sol » pour être assuré de la stabilité d’un édifice. Si les dangers que
représentent les zones sismiques peuvent être inscrits au registre de la
fatalité et des calculs probabilistes, les zones inondables font trop
souvent l’objet de concessions douteuses aux visées électoralistes ou
mercantiles. De ce point de vue, laisser squatter des terres ou autoriser
leur construction dans des zones inondables, menacées d’éboulements
ou soumises à des glissements de terrain met en cause la responsabilité
écrasante des pouvoirs publics. Élus ou fonctionnaires se déchargent
ainsi trop souvent de leurs responsabilités en cédant un peu trop
facilement à la demande pressante de promoteurs plus ou moins
véreux ou d’accédants à la propriété plus soucieux de réduire la charge
foncière de leurs investissements immobiliers que de garantir la
sécurité des personnes. C’est ainsi que les entreprises minières ont eu
tendance à faire figurer des clauses dans les actes de vente de parcelles
en surplomb des puits et galeries abandonnées ou promises aux
effondrements en stipulant que l’acquéreur assurerait l’entière
responsabilité de dégâts qui seraient occasionnés par des tassements
4du sol . Des fluctuations du niveau des nappes phréatiques peuvent
aussi modifier la nature du sol, de la même façon que le rabattement
des nappes à l’origine des réseaux de foggaras dans les zones
désertiques du Sahara peut condamner les habitants à déplacer leurs
cultures en fonction du système particulièrement délicat d’irrigation
des palmeraies. La réorganisation du réseau des séguias acheminant
les ressources en eau jusqu’aux cultures se solde souvent par
5l’abandon des anciens villages, qui tombent ainsi en ruine , au profit
de nouvelles implantations se déplaçant en quelque sorte au fil de
l’eau. On ne saurait, sans risquer de le payer très cher, faire fi des
contraintes plus ou moins naturelles des sites et tabler sur une
déterritorialisation systématique des édifices (grâce au système des
pilotis, par exemple) dans l’espoir d’échapper aux contraintes de la

4 FREY (Jean-Pierre), La Ville industrielle et ses urbanités, La distinction
ouvriers/employés, Le Creusot 1870-1930, coll. Architecture + Recherche n° 25,
Bruxelles, Pierre Mardaga Ed., 1986, 386 p., 136 ill.
5 FREY (Jean-Pierre), « Adrar et l’urbanisme ou la sédentarisation erratique des
oasis du Touat », in : Les Cahiers de l’EMAM, Études sur le monde arabe et la
Méditerranée, n° 22, 2013, pp. 7-45, varia, http ://emam.revues.org/530
12 topographie. De ce point de vue, les pilotis et jambages des favelas de
6Rio ou des quebradas de Valparaiso rivalisant d’audace au point
d’avoir inspiré Le Corbusier dans ses projets de viaducs pour Rio ou
7Alger , peuvent certes participer de la construction d’un paysage
pittoresque appréciable au point de figurer au titre de patrimoine de
l’humanité, mais présentent aussi une fragilité parfois ravageuse. Cette
vulnérabilité est aussi susceptible de faciliter, voire de légitimer, les
déplacements plus ou moins autoritaires ou malveillants des
populations.
Édifications, destructions, expulsions, évacuations, déplacements,
enfouissements, dislocations, effondrements, malfaçons en fonction de
la nature du sol et des phénomènes naturels, des techniques de
construction, du choix des matériaux et de leur mise en œuvre, du
vieillissement ou du détournement des usages du bâti sont autant
d’aspects critiques de l’architecture et de l’urbanisme que le travail
d’Imane Bennani permet d’aborder avec une largeur de vue
appréciable. Les faits analysés sont apparemment, mais en apparence
seulement, anodins, factuels, marginaux et soumis à des
impondérables, car leur raison d’être apparaît autrement dès lors que
les constats de l’Administration ou la médiatisation des événements
donnent lieu à des recoupements de l’information à partir
d’observations de terrain et l’établissement d’une cartographie. À y
regarder de plus près, les aléas sont moins dépendants de la volonté
divine ou de pratiques divinatoires douteuses, qu’ils ne relèvent de
risques inconsidérés ou mal évalués et peut-être surtout de négligences
coupables. Mais pour s’en faire une idée plus juste et à même de
rendre justice aux responsabilités de chacun, il convenait de démêler
l’écheveau complexe des procédures et façons de procéder qui
constituent la véritable matière de l’investigation qui va suivre.
La notion d’HMR (Habitat Menaçant Ruine) utilisée par
l’Administration marocaine s’avère basée sur des données peu fiables
ou impertinentes pour identifier la nature même des problèmes et, en
conséquence, pour mettre en œuvre des moyens d’action efficaces
destinés à remédier à une situation que tout le monde s’accorde à

6 PINO VÁSQUEZ (Andrea Patricia), Habitat informel dans les quebradas de
Valparaiso, dynamiques d’appropriation, thèse soutenue le vendredi 7 décembre
2012 à Brest, Université de Bretagne Occidentale, 501 p.
7 FREY (Jean-Pierre), « Alger sous les bombes ou les Plans-Obus côté réception »,
in : GRAS (Pierre), PAQUOT (Thierry) sous la dir. de, Le Corbusier voyageur,
Paris, L’Harmattan, coll. Carnets de ville, 2008, 243 p., pp. 161-191
13 considérer comme particulièrement dommageable à la gestion du parc
immobilier du pays et pour préserver la vie des habitants.
Mme Imane BENNANI constate que les outils d’analyse et
d’intervention utilisés par l’Administration ne reposent pas sur des
fondements théoriques et méthodologiques solides et ne permettent
pas d’esquisser une image fiable du phénomène puisque,
contrairement à ce qu’indiquent les textes officiels et les procédures
en vigueur, l’Habitat Menaçant Ruine correspond peu aux édifices des
tissus anciens et de l’habitat non réglementaire, principalement
spontanément visés, mais touche d’autres types d’édifices dans des
quartiers ne retenant a priori pas l’attention des pouvoirs publics
concernés. À en juger ne serait-ce que par les articles de presse, les
effondrements correspondent non seulement à des édifices très variés
prenant place dans tous les types de tissus urbains, mais présentent
aussi des formes variées qui cadrent mal avec les diagnostics et les
cadres conceptuels de l’Administration. La problématique de
recherche consiste dès lors à prendre à défaut, par une analyse
critique, les mesures mises en œuvre par une Administration (qui, se
faisant, fournit la matière de départ à la recherche) en se donnant les
moyens de relativiser méthodiquement ces données par des
observations de terrain. La restitution de la nature des effondrements
par la presse et via la collecte d’une parole des protagonistes se
distingue d’emblée d’une notification bureaucratique. Les diverses
méthodes utilisées dans le recoupement de ces informations sont
conjuguées de façon suffisamment équilibrée et réfléchie pour offrir
une vue pertinente et fiable d’un phénomène dont on comprend, à
l’issue du travail, que certains aspects des effondrements en question
puissent échapper à l’Administration. Le travail, consistant au départ à
dénoncer les dysfonctionnements des services administratifs malgré la
bonne volonté de ses agents, permet aussi rapidement d’en mieux
comprendre le fonctionnement effectif. Les décalages et
contradictions entre les moyens mis en œuvre par rapport aux objectifs
affichés ou poursuivis avec une rigueur et une pertinence toute relative
permettent ainsi de problématiser la question de la prévention des
risques en fonction de la nature exacte des effondrements que l’on
cherche à éviter, mais que l’on a du mal à repérer.
La démarche mise en œuvre avec une constance appréciable consiste à
analyser les aspects les plus saillants de l’HMR et à remettre en question
le rôle des politiques publiques dont on se convainc rapidement qu’elles
sont en décalage avec la réalité du terrain.
14 Une première partie consacrée à l’HMR vue par l’Administration
permet d’objectiver l’abord des menaces par les services et acteurs
institutionnels concernés et de mieux connaître les modes d’actions
préconisés par les textes et procédures. Les prérogatives et modes
d’interventions de chaque service, analysés dans le cas précis de la
ville de Rabat, permettent de mieux comprendre ce que visent les
mesures prises. Une relativisation des données par une image
cartographiée des effondrements traités à l’échelle nationale permet de
passer de la question des menaces identifiées faisant l’objet de
mesures administratives aux effondrements effectifs, qu’ils aient été
anticipés ou qu’ils soient intervenus sans crier gare, et par conséquent
sans avoir retenu l’attention des pouvoirs publics chargés de la
prévention des risques.
Une deuxième partie, consacrée à l’analyse d’exemples
d’effondrements dans diverses villes et à l’échelle nationale, permet
non seulement de juger de la pertinence des mesures préventives et
d’évaluer la fiabilité des procédures mises en œuvre, mais surtout de
reconsidérer les causes effectives de ces effondrements, dont il
apparaît clairement qu’elles échappent aux vues et visées de la plupart
des professionnels concernés. Cette partie de la recherche sur les
causes effectives des effondrements est essentielle, car elle permet de
montrer le caractère partiel et partial des mesures officielles face à des
phénomènes qui se révèlent d’une autre ampleur et de nature
différente de ceux qui nous ont été précédemment restitués à partir des
préoccupations et documents de l’Administration.
Une troisième et dernière partie consiste à suggérer une redéfinition
des risques réellement encourus par les habitants dans le parc
architectural global du pays en procédant à un examen critique des
causes réelles des effondrements. On se rend compte alors que la
vétusté du bâti ne coïncide pas forcément avec l’ancienneté des tissus
urbains les plus dégradés, que l’insalubrité peut ne pas toucher que des
constructions vernaculaires récentes, mais aussi des réalisations plus
officielles, que les conditions d’expertises du sous-sol sont déficientes
quelle que puisse être la nature des constructions et que la désinvolture
avec laquelle les conditions de travail sur les chantiers sont gérées ou
réglementées sont à l’origine d’effondrements que l’Administration
ignore faute de les avoir identifiés et diagnostiqué correctement.
La recherche a non seulement le mérite de nous avoir mieux fait
comprendre en quoi consiste et comment fonctionne (ou
dysfonctionne) la prévention des risques d’effondrement ainsi que ce
15 qui se produit indépendamment de la vigilance et des actions de
l’Administration, mais aussi comment on peut imaginer remédier à ce
genre de situation par quelques mesures et solutions concrètes sur
lesquelles cette réflexion peut déboucher.
Pour ce qui est de la contribution de ce travail à la formation des
architectes dont on sait qu’elle préoccupe particulièrement l’auteur, on
gagnerait à se poser la question de mieux connaître —au-delà des
pathologies que l’on diagnostique dans le bâtiment en général et des
remèdes que l’on a l’habitude de pratiquer, comme les confortements,
reprises sous œuvres et autre type de prothèses— comment vieillissent
les édifices et comment accompagner leur inexorable déchéance. On
sait malheureusement que la restauration, la réhabilitation ou la
reconversion des édifices anciens intéressent moins les architectes en
activité ou en formation que des œuvres nouvelles, du reste toujours
aussi faussement considérées comme sorties du néant ou produit d’un
génie créatif largement improbable. L’advenir sur le long terme de
tout édifice qui persiste à rester debout et demeure habitable malgré
toutes les menaces qui pèsent toujours sur lui, que ce soit par les
négligences, inadvertances, fatalités ou entreprises guerrières qui
obèrent son avenir, devrait tout autant, sinon plus, retenir l’attention
des historiens et théoriciens de l’architecture que sa gestation et son
acte de naissance.
Jean-Pierre Frey
Architecte-sociologue
Professeur à l’Institut d’Urbanisme de Paris
Chercheur au LAVUE, UMR 7218 du CNRS
16 INTRODUCTION GÉNÉRALE
Les constructions menaçant ruine constituent l’un des aspects les
plus préoccupants et les moins maîtrisés de l’habitat au Maroc. Ce
phénomène semble a priori exprimer la recrudescence de la pauvreté
et de la dégradation du patrimoine bâti.
Le concept d’Habitat Menaçant Ruine a fait son apparition suite à
l’effondrement d’un immeuble à Hay Hassani dans la ville de Fès en
1999, suivi par d’autres effondrements non moins meurtriers. Ce
phénomène n’a fait l’objet d’aucun diagnostic global ni même de
recherches universitaires. Seules quelques données éparses attestent
l’ignorance de ce concept ainsi que le caractère limité, disparate et
ponctuel des interventions des pouvoirs publics, qui ne distinguent
guère que l’habitat ancien (médinas) des quartiers d’habitat non
réglementaire.
La récurrence des effondrements au Maroc depuis 1999 a fait de
l’HMR un véritable défi pour l’Administration marocaine, laquelle ne
réagit souvent que dans l’urgence, sans souci de coordination ni
d’études prévisionnelles d’un parc immobilier pourtant fragile. À cela
s’ajoutent des difficultés de quantification en dépit d’authentiques,
mais timides essais ne débouchant que sur des données peu fiables.
Malgré la progression inquiétante du phénomène d’effondrement, les
pouvoirs publics continuent à confondre constructions insalubres
vétustes et construction menaçant ruine (CMR). Il convient également
de signaler le décalage persistant entre la perception que
l’Administration à de tels phénomènes et l’image qu’en donne les
médias, notamment la presse écrite. Ces divergences de vue
entretiennent la confusion entre la sensibilisation de l’opinion
publique aux dangers de ce type d’habitat et la quête des
indemnisations auprès de l’Administration.
En bref, le flou dans lequel baigne la notion d’HMR et l’absence de
recherche de concepts adaptés à l’analyse de la situation, font que les
pouvoirs publics sont démunis pour cerner cette question avec
précision sur le terrain et explique l’indigence des données
disponibles. L’Administration se caractérise par l’inefficacité des
moyens engagés et l’absence de stratégie globale pour faire face avec
pertinence et efficacité aux phénomènes d’effondrement. Le
chercheur, confronté à des données biaisées par les outils d’analyse
inadaptés et aux modes d’intervention inefficaces de l’Administration,
est donc condamné à élaborer une approche méthodologique
spécifique pour faire son propre diagnostic de la situation à partir
d’études de terrain et espérer ainsi déboucher sur un plan d’action
adéquat. La présente étude cantonne l’analyser aux aspects les plus
saillants de l’HMR permettant cependant de faire ressortir in fine un
ensemble de mesures susceptibles sinon d’éradiquer, du moins, de
juguler le phénomène. La notion d’HMR apparaît finalement comme
un analyseur qui touche tous les types d’habitat et a le mérite de
renvoyer à d’autres notions tel que l’insalubrité, les risques et leur
gestion par des dispositifs de prévention, mais permet aussi de mettre
le doigt sur les dysfonctionnements inhérents à l’acte de bâtir en
général et les enjeux que représente le contrôle des chantiers de
construction.
Cherchant à maîtriser la nouvelle problématique posée par l’HMR,
l’Administration a voulu axer son action sur une catégorie d’habitat
facilement repérable, mais surtout indiqué comme le plus fragile et le
plus dangereux pour les vies humaines. Cela dit, la récurrence des
effondrements au Maroc a posé l’HMR comme un véritable défi pour
cette Administration encore en phase de prise de conscience de
l’importance du phénomène.
C’est pourquoi, les interventions des pouvoirs publics s’inscrivent
souvent dans un cadre d’urgence déployant souvent une manière
d’agir hésitante, émanant tantôt du Ministère de l’Habitat, tantôt de
celui de l’Intérieur, et qui vient souvent en réaction à un sinistre ou à
une préparation d’une visite Royale.
Cette absence d’un souci de coordination ou d’une étude
prévisionnelle laisse les pouvoirs publics à court d’un état des lieux
sur le parc immobilier fragile. D’ailleurs, les études disponibles
portant sur ce phénomène révèlent un éparpillement des connaissances
et des données exploitables.
La problématique s’avère complexe pour plusieurs raisons.
D’abord, le phénomène des effondrements est évolutif, il était
ponctuel au début se localisant juste dans les tissus anciens dans
18 quelques villes seulement (Fès, Casablanca), il touche de plus en plus
d’autres tissus et d’autres villes du Maroc. Ensuite, le risque d’un
effondrement n’est pas exclusivement lié aux constructions
d’apparente dégradation, puisqu’il peut survenir dans des
constructions présentant de simples pathologies et qui deviennent
dangereuses faute d’entretien ou à cause d’un facteur exogène
(travaux dans les constructions mitoyennes, rupture du sol…) ou d’un
facteur aggravant (fortes pluies). Enfin, il en découle une grande
difficulté de quantification des constructions à risque potentiel
d’effondrement. Difficultés d’identification et de quantification que
nous développons dans ce qui suit.
Des premiers constats sur les essais d’identification du phénomène
à l’échelle nationale qui ont été menés par les pouvoirs publics,
ressort, une non fiabilité des données obtenues.
En effet, un premier recensement a été effectué en 1999 dans le
cadre de la circulaire 1117-CAB du 20-12-99 du Ministère de
l’Intérieur, fait état de 9.656 constructions menaçant ruine.
L’enquête logement 2000 avait recensé 89.591 logements menaçant
ruine : 17.786 dans les médinas, et 4.726 dans le type rural en milieu
urbain (le phénomène est accéléré de 9 fois plus en un an).
Un troisième essai de recensement en 2006, a été initié par le
ministère de l’Habitat qui livre une fois de plus d’autres données :
348.000 logements menaçant ruine. (Le phénomène est accéléré de 4
fois plus en 6 ans).
Cette différence de chiffres obtenus des trois initiatives
d’identification peut être expliquée par l’évolution permanente du
phénomène d’abord et ensuite du fait de l’absence d’une adoption
d’une base commune de recensement (il existe une confusion entre
logement ou habitat menaçant ruine et construction menaçant ruine
qui peut englober autres usages que l’habitat).
Ces chiffres ainsi avancés portent en premier sur la typologie de
l’habitat : tissu traditionnel, le non réglementaire, l’ancien parc bâti…
milieux urbain et rural confondus. Ensuite, ils couvrent le nombre de
constructions menacées sans distinction entre celles présentant un
danger imminent et les constructions présentant un délabrement
quelconque.
Le premier niveau de complexité de la problématique des HMR
réside dans la difficulté de quantifier ce phénomène en dehors d’une
expertise technique conduite par des spécialistes. Car, il ne faut pas
perdre de vue que nuancer les pathologies et les désordres affectant les
19 constructions ou susceptibles de les affecter par suite de la dégradation
de leurs environnements immédiats, reste un travail assez technique
nécessitant des profils déterminés aptes à faire la différence
élémentaire et extrêmement délicate entre construction insalubre
vétuste et une Construction Menaçant Ruine.
Tout ceci dévoile un manque de fiabilité des données chiffrées
résultantes des recensements effectués. Les commissions mixtes
instituées, dans un contexte souvent tendu, chargées d’effectuer les
recensements des HMR, ratissent large sans critères scientifiques
précis et sans se baser sur des outils techniques permettant de s’assurer
de la nature de la pathologie. Ces chiffres peuvent parfois être utilisés
par les médias et la presse écrite pour mobiliser l’opinion publique sur
le danger que peut constituer ce type d’habitat. Ils peuvent être utilisés
également par les responsables locaux pour obtenir le budget financier
nécessaire pour la mise à niveau de la région dont ils sont
responsables.
Un autre aspect de la problématique se situe au niveau de la
spécificité de l’habitat concerné. La nature des tissus urbains des
HMR : densité, localisation et accessibilité et mode d’occupation
renvoient à un contexte complexe. Les conditions sociales et
économiques défavorables de ces tissus ne jouent pas en faveur du
traitement de ce type d’habitat.
A ceci s’ajoutent des facteurs impondérables tels que le temps, la
difficulté d’estimer la durée de vie restante des constructions, le
facteur humain (mode d’occupation, réactions, adhésion ou rejet de
toute intervention, actes d’auto dégradation, etc.), les imprévus
(catastrophes naturelles, inondations etc.)
Un ensemble de facteurs qui conduisent à ce que la problématique
des HMR est plutôt à envisager dans une optique de standardisation
8des solutions , que dans un traitement au cas par cas.
Ainsi exposée, la problématique des HMR, révèle une non-maîtrise
et une méconnaissance du phénomène par les pouvoirs publics,
reflétée par des démarches isolées de quantification ou d’évaluation
permettant rarement des solutions concrètes à même de cerner la
problématique. Ce qui explique l’ambiguïté qui existe autour de la
notion « HMR » et la difficulté de définition de cette notion construite

8. A l’instar des autres problématiques de l’habitat à savoir les bidonvilles et les
quartiers non réglementaires.
20 par l’Administration Marocaine, et souvent centrée sur l’habitat sans
considération des autres types de constructions.
Cette ambiguïté autour de la notion est accentuée par une
surprenante absence d’études universitaires sur le phénomène, due au
fait que la problématique est relativement nouvelle et récente, mais
aussi le manque de données suffisantes et disponibles sur la question
demeure très dissuasif quant à la possibilité de mener une étude
exhaustive en la matière. Cela dit, en dehors du contexte marocain
spécifique, la notion d’habitat menaçant ruine revêt des particularités
que nous saurons confondre avec notre problématique ; c’est pourquoi
nous estimons qu’il serait vain de construire cet ouvrage autour d’un
cadre conceptuel étant donné que la notion centrale de HMR demeure
équivoque au moment où le terrain nous renseigne sur les tenants de la
confusion qui l’enveloppe.
De ce qui précède, nous voulons répondre à la problématique posée
à travers les entrées/hypothèses suivantes :
La notion de l’HMR, notion issue de l’Administration Marocaine,
est centrée sur des données peu fiables ou impertinentes pour
identifier la nature des problèmes et, en conséquence, met en œuvre
des moyens d’action inefficaces pour tenter de remédier à une
situation que tout le monde s’accorde à considérer comme
particulièrement dommageable.
Les outils d’analyse et d’intervention utilisés par l’Administration
ne reposent pas sur des fondements théoriques et méthodologiques
solides et ne permettent pas d’esquisser une image fiable du
phénomène puisque, manifestement, l’Habitat Menaçant Ruine
correspond à des types d’édifices qui ne sont pas seulement ceux des
tissus anciens et de l’habitat non réglementaire.
A en juger ne serait-ce que par les articles de presse, les
effondrements correspondent non seulement à des édifices très variés
prenant place dans tous les types de tissus urbains, mais présentent
aussi des formes variées non encore prises en compte dans les
diagnostics et les approches de l’Administration.
Cette problématique nous renvoie également à d’autres sujets
comme la manière dont sont traitées certaines problématiques de
l’habitat par les acteurs institutionnels et leur degré d’implication et
moyen de coordination au niveau de la ville pour une bonne
gouvernance tant souhaitée ou du moins déclarée.
Devant l’incapacité des pouvoirs publics d’élaborer une méthode
d’intervention qui soit efficiente et surtout basée sur une connaissance
21 appropriée de l’état des lieux, l’objet de notre thèse consiste à analyser
les aspects les plus saillants de l’HMR, en répondant aux
interrogations suivantes : comment l’HMR est-il traité par les
politiques publiques ? Quels en sont les enjeux et les caractéristiques ?
D’autre part, à quel point ces politiques publiques prennent-elles en
considération les différentes réalités du terrain ? Et quelles sont les
propositions prioritaires à élaborer en la matière ?
Faut-il rappeler que le sujet n’ayant jamais fait l’objet d’une étude
9universitaire au Maroc , ni même d’un rapport exhaustif, mis à part le
rapport de la commission ad hoc instituée en 2006 par le ministère de
l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement Spatial, son
originalité provient du fait que la recrudescence des effondrements se
fait dans le contexte d’un parc immobilier marocain spécifique de par
les caractéristiques des tissus urbains qui connaissent ces
effondrements (densité, localisation, accessibilité, mode d’occupation,
précarité, pauvreté….). Cette étude s’emploiera en essayant d’apporter
des réponses aux questions susmentionnées, à faire dégager ces
spécificités.
Pour aborder ce sujet, l’objectif était, dans un premier temps,
d’essayer de saisir le sens exact de la notion HMR, en analysant la
documentation se rapportant à cette problématique et en interviewant
tous les acteurs impliqués dans son traitement, car la quasi-absence
des recherches par rapport à cette notion, nous mettait toujours en
position de quêteur de l’information à travers des entretiens pour
consolider la construction de notre travail. Ensuite, au-delà de la
compréhension de la notion, nous avons regardé comment
l’Administration aborde les questions et quelle image elle en donne.
Notre quête nous a conduits à vérifier ou à compléter l’ensemble des
données recueillies des institutions par celles données par la presse.
Car nous avons constaté que la presse renseigne mieux que
l’Administration, sur des questions en précisant les lieux et le nombre
des effondrements ponctuels (touchant un nombre important de morts
et de blessés), ou en se préoccupant du sort des sinistrés après
l’effondrement. C’est ainsi que nous avons relevé un décalage entre
ces deux sources, la typologie de l’HMR annoncée par
l’Administration ne correspond pas forcément à la réalité, la

9 Le seul travail académique existant dans le cadre d’obtention du diplôme
d’urbaniste (référence bibliographie) se rapporte uniquement sur la médina de
Meknès, l’objectif étant de matérialiser les données recueillies sur les cas HMR en
un SIG.
22 cartographie fournie par les informations de la presse concernant les
causes et les types d’habitat concernés par l’effondrement nous livre
des renseignements différents. Les effondrements frappent bien dans
d’autres types d’habitat que celui des tissus anciens ou de l’Habitat
Non Réglementaire. Intriguée par ce décalage, nous nous sommes
penchées sur le cas de Rabat pour comprendre, à quoi ressemblent ces
bâtiments répertoriés et qualifiés de menaçant ruine ? Comment
s’effectue le répertoriage et par qui ? Analyser les cas de bâtiments
effondrés et revenir aux causes et conditions d’effondrement pour
fournir les interprétations nécessaires pour comprendre le décalage
déjà ressenti entre les informations obtenues d’une part de
l’Administration et d’autre part, de la presse et média.
A partir du travail de terrain et des différentes données recueillies
des acteurs concernés, celles obtenues à partir des documents de
l’Administration ou celles recueillies par la presse et médias, nous
avons espéré comprendre comment le phénomène déborde du cadre
définitionnel des acteurs publics ?
Nous pensons que la notion de l’HMR, ne peut que difficilement
être précisée à partir des types d’habitat initialement désignés
puisqu’elle touche de manière transversale tous les types d’habitat.
Elle renvoie plutôt vers d’autres notions, notamment les degrés
d’insalubrité, les risques dans la construction ainsi que la façon dont le
phénomène de l’effondrement débouche sur un système d’assurance
ainsi que sur des dispositifs de prévention et de gestion des risques au
Maroc. Par ailleurs, des dysfonctionnements peuvent exister dans
l’acte de bâtir et dans le contrôle d’un chantier de construction.
Nous sommes basée dans ce travail, entre autres, sur un recours à la
collecte de la parole. En qualité d’information qualitative, la parole
nous a été d’un renfort incontournable, puisqu’elle vient colmater des
brèches inévitables qui marquent le processus de collecte des données
relatives à notre problématique, autour de laquelle, d’ailleurs très peu
de documentation administrative, a été produite. Cela dit, quelle
parole chercherons-nous à collecter ? Et à fortiori, quelles sont les
techniques méthodologiques appropriées qui seront déployées dans
cette collecte ?
– Paroles différentes d’informateurs différents :
Le dénominateur commun des différentes paroles à collecter est
l’objet même de la problématique. Elles concernent toutes l’Habitat
Menaçant Ruine. Nous pouvons avancer à ce propos que les
différentes versions de cette parole, quelles que soient les sources d’où
23 elles proviennent, concernent une situation de tension administrative,
économique et surtout sociale et dont les sources deviennent diffuses,
étant donné qu’aucune partie ne réclame frontalement sa part de
responsabilité. Au sein de cet imbroglio, la parole selon qu’elle soit
des habitants, des acteurs concernés ou des décideurs, prend en
considération des arrière-plans différents.
Par ailleurs, afin de prémunir au maximum, cette parole produite
autour d’une situation de menace ou en réaction à cette menace
devenue réalité, après l’effondrement, des différents biais, nous avons
déterminé des catégories d’interlocuteurs, cherchant à assurer nos
informateurs contre toute personnalisation de leurs propos, en prenant
garde de les en avertir. Ainsi, la parole récoltée sera codée selon ce
découpage :
– H.AD : Haute Administration (Ministre, Wali, Secrétaire
Général du ministère, Directeur Général de l’Architecture et de
l’Urbanisme) ;
– AD.CT : Administration Centrale (Directeur Général,
Directeurs Centraux) ;
– AD.LC : Administration Locale (Directeurs des Agences
Urbaines, Inspecteurs Régionaux, Délégués Régionaux de
l’Habitat, Directeurs Régionaux et Locaux d’Al Omrane) ;
– AD.TR : Administration Territoriale (Gouverneurs, Chefs de
Cercle, Caïds, Muqaddems, protection civile) ;
– AC.PB : Acteurs Publiques (tous acteurs relevant d’institutions
publiques et semi publiques)
– PR : informateur principal (personne ressource) ;
– POP : population (habitants concernés).

La collecte de la parole a accompagné tout le processus de la
recherche de terrain. Elle a donc évolué tout au long de notre
recherche, du simple échange spontané qui a marqué notre initiation
avec les réalités du terrain à l’entretien libre, en arrivant après avoir
défini les contours de notre problématique, à l’entretien semi-directif
et au questionnaire.
A l’écriture de cette introduction, nous pouvons déjà esquisser les
contours des conditions générales qui ont marqué les différentes
étapes de notre collecte de l’information orale. Notre première
immersion dans le terrain était une sorte de parcours initiatique, qui
nous a permis de prendre contact avec les premières réalités du terrain
ainsi que de repérer certaines entrées sociales très utiles pour la suite
24 de notre exploration. Cette première prise de contact avec le terrain a
été caractérisée par une attitude spontanée pendant laquelle nous
avions ménagé tout biais d’enquête.
Cette première immersion ainsi que l’exploitation de la première
matière documentaire qu’elle a impulsée, nous a permis d’affiner nos
questions selon les données du terrain et les préoccupations soulevées
par notre problématique. Nous avons alors élaboré une sorte de guide
de l’entretien afin d’orienter nos entretiens semi-directifs par rapport à
des questionnements définis, relatifs notamment aux stratégies et aux
attributions des acteurs.
Cet exercice régulièrement réalisé selon l’avancement de notre
investigation nous a permis de formuler des questions précises par
rapport à des données ponctuelles (perception des autorités locales par
les habitants…), sous forme de questionnaires.
Si alors le déroulement de la collecte de l’information orale, via les
questionnaires ainsi que les entretiens semi-directifs, ne s’est pas fait
sans difficulté, étant donné la situation de tension dans laquelle nous
étions souvent amenée à réaliser notre collecte, il n’en demeure pas
moins que la grande difficulté provenait de la collecte d’information
orale des décideurs, notamment ceux relevant de la catégorie que nous
avons désignée comme Haute Administration. La difficulté d’avoir
des rendez-vous, l’impossibilité d’enregistrer, la difficulté de définir la
plage temporelle accordée à l’entretien, la difficulté de se débarrasser
de l’étiquette de chercheur cherchant à stigmatiser, la difficulté d’ôter
les propos des grands décideurs aux enjeux très complexes qui
biaisent leurs propos, étaient pour nous, une série de difficultés qui ont
rendu notre tâche très fastidieuse. C’est ainsi que l’entretien libre était
notre seul technique afin d’affronter toutes ces situations difficiles. Et
nous étions parfois contrainte, de suivre de bout en bout, à maintes
reprises un seul entretien qui se développait en plusieurs sujets comme
le souligne justement De Sardan « Un entretien avec un nouvel
interlocuteur est parfois le début d’une série d’entretiens avec lui : il
est toujours préférable d’avoir plusieurs entretiens avec un
10interlocuteur intéressant ou compétent ou disponible… ».
Enfin, nous voulons préciser que les allers-retours du terrain étendu
entre Rabat, Fès, Meknès, Kénitra, ont certes focalisé certains foyers
de l’Habitat Menaçant Ruine, mais sans pour autant prétendre que les

10. JP. Olivier de Sardan, L’enquête socio-anthropologique de terrain, LASDEL,
Etudes et Travaux, n°13, octobre, 2003, p : 5
25 fiches techniques préparées par nos soins, représentent fidèlement et
complètement les réalités du terrain A ce propos De Sardan avance
que « L’enquête de terrain, permet de décrire l’espace des
représentations ou des pratiques courantes ou éminentes dans un
groupe social donné, sans possibilité d’assertion sur leur
distribution statistique, même si le recours à des procédés de
recension permet parfois de produire des données exhaustives et/ou
chiffrées. Il ne faut pas faire dire à l’enquête de terrain plus qu’elle
11ne peut donner. »


11 . JP. Olivier de Sardan, réf. Cit, P :50
26

PREMIÈRE PARTIE

L’HABITAT MENAÇANT RUINE
VU PAR L’ADMINISTRATION

I. L’habitat menaçant ruine, le contexte général :
saisir le phénomène
1. Historique de l’HMR, une problématique nouvelle en
évolution permanente
En s’intéressant au phénomène de l’Habitat Menaçant Ruine qui
constitue l’une des préoccupations des départements chargés de
l’habitat et de l’urbanisme et qui suscite de plus en plus l’intérêt de la
presse surtout écrite, nous avons cherché d’abord la signification de
cette expression. Des entretiens que nous avons pu effectuer auprès
d’anciens responsables témoignant de l’historique du phénomène, il
ressort que cette notion dépend directement des dégâts causés par des
effondrements.
En effet, la notion d’Habitat Menaçant Ruine est apparue avec les
effondrements successifs qui ont eu lieu à Fès dans les tissus anciens,
et donc l’intérêt était porté à repérer les constructions qui risquent
l’effondrement pour pouvoir en prévenir les dégâts. Dans ce sens, les
principaux acteurs interrogés, qui étaient impliqués dans le traitement
de ces questions, faisaient le lien entre l’HMR et les effondrements en
milieu urbain en général et dans le tissu ancien en particulier.
1.1. Genèse de la notion
L’Habitat menaçant ruine était à l’origine un phénomène ponctuel
ne touchant que quelques constructions dans la médina. Il s’est
développé ensuite en un phénomène massif affectant également
l’habitat non réglementaire selon le discours officiel de
l’Administration. Dans les faits, en plus du non réglementaire et des
tissus anciens, il concerne une grande partie du territoire national et
englobe d’autres types d’habitat : le parc ancien et les nouvelles
constructions ou celles en chantier. C’est ce que nous allons essayer
de démontrer dans les chapitres qui suivent.
1.2. Origine de l’HMR dans les médinas
En 1985, un effondrement a eu lieu dans la ville de Fès et a causé
plusieurs morts. Il était dû à des travaux effectués dans une
construction mitoyenne de l’ouvrage effondré. Mais le phénomène, né
véritablement pendant les années 1990, était ponctuel et concernait en
premier lieu la médina. Seules quelques maisons souffraient d’une
forte dégradation due à la vétusté conjuguée au manque d’entretien et
pouvaient conduire à un effondrement. Le fonctionnement technique
habituel de la médina s’est vu donc sérieusement perturbé à l’occasion
des transformations opérées dans les constructions caractérisées par la
non-maîtrise de la combinaison des divers matériaux utilisés
(béton/sable ; bois/béton…), le renforcement des structures qui
portaient atteinte aux constructions mitoyennes, plus, les actions
12qu’entreprenait l’Etat en rapport avec le milieu . La vétusté
conjuguée au manque d’entretien et la perte des savoir-faire des corps
de métiers, ajoutés à la surdensification de ce tissu par une population
de plus en plus pauvre, ont conduit à une détérioration générale du bâti
et donc à un déclenchement plus massif des effondrements dans le
tissu traditionnel général en particulier à Fès.
Interrogé sur la date d’apparition et d’officialisation du concept
« HMR », le ministre de l’Habitat, a souligné que cela a démarré en
1998 avec les effondrements d’immeubles situés à la périphérie de la
ville de Fès ayant causé de nombreux dégâts matériels et humains, ce
qui a d’ailleurs suscité en 1999 la visite du premier ministre et a
déclenché l’intérêt des pouvoirs publics en général.
« L’origine du concept HMR revient probablement à l’année 1999,
après l’effondrement qui a causé 49 morts à Fès, le ministre venait
d’être nommé à l’époque inspecteur de l’Urbanisme à Fès et avait
pris ce dossier au sérieux. Je crois que c’est lui qui était derrière cette
appellation. »[H.AD]
L’ex-directrice régionale de l’habitat à Fès et présidente de la
commission « stratégie HMR », nous a confirmé qu’en 1999, il y a eu
un recensement des HMR dans tout le Maroc initié par le Ministère de
l’Intérieur juste après l’effondrement de Hay Hassani (Casablanca),
c’était le premier événement faisant suite à l’intérêt porté à ce
problème. A part le recensement, il a été recommandé d’établir des

12 Assèchement de l’oued (oued Boukhrareb pour l’exemple de la médina de Fès et
de sa canalisation par le bétonnage, bouchure des sources d’eau (ce qui a fait que
l’eau ne circule plus comme d’habitude, par conséquent, les maisons se situant à
côté de l’oued, se voient affectées dans leurs fondations).
30