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La dimension culturelle du développement

De
249 pages
Les villes se créent, se renouvellent, se métamorphosent, se dégradent ou se valorisent. Ces processus sont observables sur tous les continents mais l'ampleur des mutations urbaines varie selon les pays et surtout selon les acteurs de ces transformations. Ces contributions abordent, dans différents pays : les enjeux ségrégatifs et les politiques foncières à l'œuvre dans les territoires urbains ; la place de la culture et du patrimoine naturel dans les villes ; le développement durable dans les politiques urbaines.
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La dimension culturelle du développement
Dynamiques de valorisation
et de dévalorisation des territoires urbainsCollection
InstitutdelaVilleetduDéveloppement"IVD
Sciences humaines et sociales
dirigée parBéatrice Muller
Cette collection est créée pour donner la parole aux acteurs et
intervenants des politiques publiques et sociales. Elle s’appuie sur un
partenariat fort d’acteurs du champ politique, social et économique et sur le
réseau des anciens du DESS Développement social urbain (création 1992)
aujourd’hui Master de sociologie "Développement social urbain". L’IVD
partant d’une définition très large de la ville, comme champ d’appréciation
des rapports sociaux et des relations sociales de l’action publique et sociale,
il se fixe par cette collection trois objectifs :
Créer un espace de diffusion des manifestations (colloques,
journées d’études thématiques, conférences débats), contributions
pluridisciplinaires, publications où se répondent savoir et savoir-faire.
Valoriser des travaux de recherche d’étudiants de master 2 et
thèses sur des problèmes actuels ; cette production se centrera sur
l’articulation entre un travail théorique et empirique.
Favoriser une dynamique l’objectif de cette collection "Institut de
la Ville et du Développement" est de proposer un espace de diffusion de
travaux, de réflexions de recherches ouvert aux chercheurs, aux
professionnels et aux acteurs des politiques publiques et sociales travaillant
et réfléchissant sur ce qui est et/ou défait le tissu urbain.
Déjà paru :
- Action publique, Action sociale. Les questionnements des politiques,
des chercheurs et des professionnels
; ’


"Sousladirection
deAbdoulHamethBaetdeJean-Louis Zentelin
La dimension culturelle du développement
Dynamiques de valorisation
et de dévalorisation des territoires urbains
L’ ARMATTA
N H© L'HARMATTA , 2010
5-7,rue del'École-Polytechnique ; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-12704-3
EAN : 9782296127043
NLes auteurs
Élizabeth Auclair: Géographe, maître de conférences en aménagement, à l’Université
de Cergy-Pontoise, responsable du Master Développement culturel et valorisation de
patrimoines
Abdoul Hameth Ba: Géographe, maître de conférences à l’Université d’Évry Val
d’Essonne, responsable du Master ingénierie de projets de développement durable,
LHEST
HélèneBailleul:Docteure en aménagement du territoire, UMRCNRSCITERES 6173,
ÉcolePolytechniquede l’universitédeTours
Nicolas Bautès: Maître de conférences en géographie. UMR 6590 Espaces et Sociétés,
site deCaen, et chercheur associé au laboratoireFavela eCidadania, UniversitéFédérale
deRiodeJaneiro
Sabrina Bresson: Doctorante en sociologie, UMR 6173 CITERES, Maison des
Sciencesde l'Homme "VillesetTerritoires",UniversitéFrançoisRabelaisdeTours
DominiqueChevalier:MaîtredeconférencesàLyon1,IUFM,LISST-CieuToulouse
Fatiha Chikhr-Saïdi: Docteur en géographie, chargée d’enseignement à l’Université
d’Évry-Vald’Essonne
SégolèneDarl :Chercheureà l’UMRSAD-APT,INA-PG
Didier Desponds: Géographe, maître de conférences, Université de Cergy-Pontoise,
laboratoireMRTE
Paulette Duart : Sociologue-urbaniste, maître de conférences à l’Institut d’urbanism
deGrenoble,UniversitéPierreMendès-France
Loïc Lafargue deGrangeneuve:Chercheurassociéà l’InstitutdesSciencesSocialesdu
Politique (ISP-ENSdeCachan)
RémiLefèbvre:Professeurde science politiquedeReims,chercheurauCERAPS-Lille 2
Mustafa Poyraz: Docteur en sociologie et chargé de cours à l’Université d’Évry-Va
d’Essonne,chercheurauGEPECS (Grouped'Études pour l'Europede laCultureetde l
Solidarité)
Emmanuel Ravalet:Géographe,LET-ENTPE (Lyon)etINRS-UCS (Montréal)
Nora Semmoud: Professeure à l’Université François Rabelais de Tours, UMR 6173
CITERES (CentreInterdisciplinaireCItés,TERritoires,EnvironnementetSociétés)
Rafael SoaresGonçalve : Juriste de formation, docteur enh istoire urbaine à
l’Université de Paris VII et maître de conférences à l’Université catholique de Rio de
Janeiro (PUC-Rio)
André Torre:Chercheurà l’UMRSAD-APT,Activités produits territoiresINRA
Élodie Valett :GéographeetchercheureauCIRAD-ESUMRTETIS,Montpellier
Jean-Louis Zentelin: Maître de conférences en aménagement, IUT de l'université
d’Évry-Vald’Essonne,LaboratoirePierreNaville
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sPréface
Dynamique de valorisation dévalorisation des territoires urbains
La question de la ségrégation spatiale, des inégalités territoriales, inégalités de
services et inégalités d’accès, est une des thématiques majeures de la recherche urbaine
mais aussi une des questions principales posées aux politiques publiques. Dans l
période récente, de nombreux travaux ont discuté la nature de la ségrégation, son
importance et son évolution. Les dernièresdécennies ont montré une polarisation de
inégalités entre, d’un côté, des territoiresmarqués par un appauvrissement de leurs
populations et de l’autre, des territoiresconcentrant des ménages de plusen plus riches,
polarisation à l’image de l’accroissement des inégalités que connaît notre société. Mais
entre ces deux pôles, existent de nombreux quartiers "ordinaires" dont les travaux
d’Edmont Préteceille sur la région parisienne ont montré l’importance et au sein
desquels trouvent placéesdifférentesformesdediversité socialeetethnique.
L’ouvrage qui suit ainsi que le colloque qui l’a précédé, permet de développer un
point de vue original sur la thématique de la ségrégation en l’analysant non de façon
figée mais à travers les dynamiques de valorisation et dévalorisation. Cet angle
d’analyse a pour intérêt d’articuler différentes approches, économistes, sociologiques,
géographiques, historiques. Il permet de saisir ensemble des ressorts de l
transformation urbaine tels que le marché foncier ou les représentations sociales d’un
territoire. À un moment où la question de la durabilité constitue à la fois un enjeu
politique déterminant et une question scientifique, il interroge les conditions de
production d’une ville durable, dans ses dimensions sociales, culturelles, économique
etécologiques.
Il n’est pas anodin que cet ouvrage soit publié par l’université d’Évry. Le
départementde l’Essonnedans lequel se situecette universitéconstitue unbonexemple
de mosaïque sociospatiale et de dynamiquede transformation urbaine.Des lotissements
aisés, parmi les plus richesde l’Ile-de-France si on prendencompte le revenufiscaldes
ménages, côtoient desgrands ensembles d’habitat social parmi les plus pauvres selon l
même critère. Mais le paysage sociourbain est aussi composé de ces quartiers
"ordinaires", centres anciens, lotissements périurbains, néovillages ruraux qui sont au
centre des recompositions sociospatiales.Et, si les quartiers populaires d’habitat social
ont fait l’objet de nombreuses études, on sait encore peu de chose sur la façon dont s
recompose et se développe la ville plus largement et dont évoluent les formes de la
ségrégation dans des territoires moins polarisés. Il reste donc encore un champ de
recherches à investir et développer en collaboration entre le monde académique et les
acteurs de la production urbaine. C’est dans cette perspective que le master Ville
TerritoiresetGouvernanceaété ouverten2006.
Marie-HélèneBacqué
Professeurede sociologieet urbaniste
UniversitéParisXNanterre
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aAvant-propos
L’idée d’organiser un colloque sur les territoires urbains était concomitante de la
création du master professionnelAménagement etDéveloppementDurable habilité par
le ministère de l’Éducation Nationale lors de la campagne 2005. Il s’agissait pour nous
de réunir chercheurs, élus et professionnels de l’aménagement du territoire pour porte
un regard croisé sur l’évolution des espaces urbains. Le thème retenu "Dynamiques de
valorisation et de dévalorisation des territoires urbains" nous semblait mobilisateur
puisqu'il interrogeait leschercheurs sur un thème important pour les praticiens, soucieux
de comprendre pour agir. Car comme l’a rappelé Vincent Renard C en séance
d ouverture: "On n’arrive pas vraiment à maîtriser les évolutions foncières". Le thème
a suscité beaucoup d’intérêts comme en témoigne le nombre important de réponses à
l’appel à communication portant sur des territoiresàdifférentes échelles géographique
et surdifférentes villesdu monde.
La mobilisation des enseignants-chercheurs de l’UFR des sciences sociales et
gestion de l’université en particulier du directeur du LHEST (Laboratoire d'Histoir
économique sociale et des techniques), Professeur Jean-Louis Loubet et celui duCentr
Pierre Naville, Professeur Jean-Pierre Durand et l’appui technique d'Alain Pichon,
d'Évelyne Fabre ont contribué au succès du colloque. La Mairie d’Évry par
l’intermédiaire d'Hervé Pérard, maire-adjoint chargé de la culture, s’est aussi associée à
l’organisationdececolloque.
L'ouvrage qui suit ce colloque est le fruit d'une grande collaboration. JeanBazinet,
cartographe, a aidé à l’amélioration des cartes publiées.FrédériqueBocquentin a assuré
la relecture et la fabrication de l’ouvrage.Enfin,Béatrice Muller, directrice de l'Institut
de laVilleetduDéveloppement,a permis la publicationdecet ouvrage,
À toutesces personnes, nousadressons ungrand merci.
C
Directeurde recherchesauCNRSetenseignantà l'écolePolytechniquedeParis.
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rIntroduction
La population mondialeaaugmenté très rapidementaucoursdudernier siècle.Elle
est passée de deux milliards d’habitants en 1925 à six milliards en 2005. C’est à un
véritable bouleversement des modes de vie et d’occupation des territoires que l’on
assiste. En effet cette rapide explosion démographique s’est accompagnée de
l’augmentation du pourcentage des citadins dans la population mondiale.Dans les pays
occidentaux on est passé d’un rapport rural/urbain de 80 % - 20 % au rapport inverse.
Ce phénomène planétaire menace les structures des villes et modifie les paysages
urbains à différentes échelles géographiques. Dans beaucoup de pays, le nombre de
villes augmente et l’étalement urbain est si rapide que la limite entre espace urbain et
espace ruraldevientdifficileàdéterminer.Mais lefait le plus marquantdecesdernière
décennies de forte urbanisation est la perpétuelle réorganisation des tissus urbains.
L’augmentation et la diversification des besoins des citadins s’accompagnent de la
construction ou de la destruction de bâtiments ou d’infrastructures de nature différente.
C’est ainsi que certains quartiers ou des villes entières perdent de la valeur. Dans ces
zones en déclin se concentrent des activités à faible valeur ajoutée et parfois polluantes,
une population à faible revenu, un mobilier urbain et autres équipements obsolètes et
mal entretenus. Au contraire, certaines zones urbaines deviennent de plus en plus
attractives et sont caractérisées par un prix très élevé du foncier et de l’immobilier, une
prédominance des activités du secteur tertiaire et notamment celles du haut de gamme,
des secteurs d’habitation dominés par des résidences individuelles de bonne qualité, un
bon cadre et une bonne qualité de vie assurés par une offre diversifiée en termes
d’équipements culturels... d’espaces verts. Pour autant, cette évolution duale ne signifie
pas que les quartiers délabrés sont condamnés à jamais ou que les quartiers riches l
resteront toujours. Des événements naturels, des événements culturels, des actions
politiques et économiques peuvent accélérer les mutations soit vers une amélioration du
territoireautrementdit une valorisation, soit vers unedévalorisation.
La ségrégation sociospatiale à laquelle nous assistons aujourd’hui dans beaucoup
de villes reste une conséquence de l’évolution de plus en plus rapide et différenciée de
tissus urbains.Face à la mondialisation de l’économie, le rôle des villes et surtout des
grandes s’est considérablement accru. La logique de la concurrence exclut les quartiers
ou les villes qui ne possèdent pas les ressources naturelles ou les équipements
indispensablesà la miseen relationentreespaceséconomiques.
Les mécanismes de ségrégation sont par ailleurs cumulatifs, comme en témoignent
des recherches récentes du PUCA (Plan urbanisme construction architecture) et du
MEDAD (Ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de
l'aménagementdu territoire) sur les inégalités territorialesenvironnementales.
C’est pourquoi le défi majeur des acteurs publics et privés consiste à trouver une
réponse à l’accentuation des inégalités entre territoires urbains et à l’augmentation de
pollutions dans les espaces urbanisés. Parmi les actions prioritaires des acteurs figure la
lutte contre l’ostracisme sous toutes ses formes et l’instauration d’une mixité social
dans les villes. En France, la loi SRU (solidarité et rénovation urbaine) votée en 2000
stipule que chaque commune doit construire 20 % de logements sociaux sur son
territoire dans le cadre du projet national de renouvellement urbain. Plus que jamais, la
recherche d’une gestion efficace des espaces urbains suscite la prise en compte de
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splusieurs paramètres. En d’autres termes, il s’agit d’aboutir à la mise en place de
pratiques susceptibles d’assurer l’avènement d’une ville solidaire, d’une ville durable,
c'est-à-dire une ville dont les habitants disposent de moyens d’agir pour qu’elle soit
organisée et fonctionne dans des conditions écologiques, politiques, institutionnelles,
sociales et culturelles satisfaisantes pour eux et équitable pour tous. La ville durable s
doit également d’assurer la sécurité à ses habitants et ne pas dégrader les écosystème
dans lesquels,elleest incluse.
Devant le constant d’une accélération des transformations des territoires urbains
avec tous ses corollaires, et notamment les limites de l’action publique, le colloque
d’Évry s’est fixé comme objectif de revenir, dans une optique opérationnelle sur les
mécanismes à l’œuvre qui conditionnent le rayonnement ou le déclin d’une ville à
travers uncertain nombrede questionnements:
- Les politiques ségrégatives et le jeu du marché sont-ils à l’origine des formes de
parcellisationde la ville
- Quel est l’impact des formes d’appropriation locales desgroupes dans ces processus
ségrégatifs
-Quelleest la placede laculturedans lacompétitivitédes villes
- Peut-on quantifier les retombées culturelles dans les processus de valorisation d’un
ville
-Comment l’approche du développement durable modifie-t-elle le modèle gestionnaire
des villes
- Y a-t-il des conditions à la réussite des actions foncières dans le remodelage des
proximitésetdesaccessibilitésetc.
- Enfin peut-on imaginer ou constater l’émergence d’autres leviers à utiliser par le
techniciens de l’aménagement: connexion àdes réseaux physiques ou organisationnels,
démocratie participative, observatoiresde veille oud’alerte…
Vingt-sept propositions de communication ont été retenues par le comité
scientifiqueducolloque, vingt-trois ont puêtre présentées lorsducolloqueet ont permis
de nourrir des débats enrichissants et passionnants.Dix-sept articles retravaillés par les
auteurs ont été sélectionnés et figurent dans cet ouvrage.Dans un souci de cohérence,
nousavons regroupé lescontributionsdans trois axes majeurs subdiviséseux-mêmesen
différents thèmes.
Les processus ségrégatifs dans les territoires urbains
Dansce premieraxe, ilestabordé les problématiques liéesauxenjeux ségrégatifset
les politiques foncières à l’œuvre dans les territoires urbains. Sont présentés dans un
premier thème les processus ségrégatifs dans les espaces urbains. Nora Semmoud
interroge le rôle spécifiquedes professionnelsde l’urbanismeet meten relief la position
des destinataires des projets urbains. "Tantôt exclus, tantôt impliqués". Le décalage
entre le projet initial et les réalisations oblige à examiner ce qu’elle appelle "l’angle
mort", c’est-à-dire la partie invisible desprojets. Elle montre que les opérations de
valorisation induisent des effets sur la représentation du quartier. Mustafa Poyraz
montre que l’amélioration des territoires urbains peut améliorer la position des
individus si tout est mis en œuvre pour faciliter lamobilité des personnes à différente
échelles géographiques. Sans céder à un déterminisme, on observe que dans certains
espaces urbains, les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets même si le
ampleurs sont atténuées ou renforcées en fonction de l’échelle géographie considérée.
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eC’est ce qu'Emmanuel Ravalet, dans une approche comparatiste, montre en présentant
les formes de ségrégation à l’échelle du quartier.En s’appuyant sur trois exemples pris
dans trois villes situées dans différents pays (France, Mexique, Niger), il précise que
quelle que soit l’aire géographique considérée, les pratiques de l’espace varient en
fonction de plusieurs paramètres: l’origine sociale, le pouvoir d’achat, le genre,
l’appartenance religieuse etc. Les formes et les niveaux de gouvernance urbaine
évoluent et offrent une nouvelle lecture dességrégations socio-spatiales. Rafaël Soare
montre, à partir du cas brésilien, comment une absence de l’état de droit conduit au
maintiende la violence,desformes nouvellesd’inégalitéau sein mêmedesfavelas.
Le deuxième thème de cet axe est consacré aux enjeux sociaux et spatiaux. Le
villes anciennes comme les villes nouvelles sont confrontées à des fractures de plus en
complexes qui obligent les acteurs de la ville à revoir leurs modes de traitement de
l’espace. C’est ce que Paulette Duarte choisit d’appréhender par la question de
dévalorisation et de banalisation d’une ville nouvelle (Isle d’Abeau,France). L’analyse
des typesd’habitatet les projetsd’opérations urbaines permettent une lecturede l’image
que les hommes veulentdonnerà leurs villes.SabrinaBesson partde l’exemplededeux
ensembles d’habitat social situés dans deux villes françaises pour montrer comment
s’est effectué le passage du statut d’espaces de relégation sociale à celui de patrimoin
architectural reconnu. Didier Desponds questionne l’incidence de la présence de
l’habitat social sur les stratégies résidentielles des ménages. Il montre que dans l
contexte actuel d’exacerbation de la concurrence entre les territoires, la présence de
l’habitat social est perçue comme une contradiction avec l’image territoriale positive à
promouvoir.Lechoixdes typesd’opérations urbainesestdéterminant.
La place des projets culturels dans le rayonnement des villes
Ce deuxième axe porte sur la culture et la transformation des villes: les défis et les
impacts sont étudiés à différentes échellesdes territoires urbains. Dans un premie
thème, il est traité l’impact des évènements culturels dans le rayonnement des villes.
ÉlizabethAuclair montre à partir de l’analyse dedifférents projets culturels menés dans
les villes françaises et plus particulièrement dans des quartiers en difficulté, comment
les actions culturelles peuvent contribuer au développement économique, à la
revalorisation des quartiers et à recréer du lien social. Abdoul Hameth Ba part de
l’exemple de la ville de Touba au Sénégal, capitale spirituelle des Mourides, une
confrérie musulmane marquée par la migration interne et internationale, pour montrer
comment l’organisation annuelle du magal (pèlerinage), a permis à un ancien bourg de
devenir en25 ans, le deuxième établissement humain du Sénégal. Touba connaît un
croissance démographique unique, une spéculation foncière forte, uneé volution
architecturale rapideet un rayonnement international.
Le deuxième thème de cet axe met en relief le patrimoine naturel et/ou culture
comme valeurs de la ville. L’extension des villes à leur périphérie pose des problème
multiples et oblige à une nouvelle forme gestion politique. Sans opposer centre-ville et
périphéries,ÉlodieValette s’appuie sur lecasdeLisbonne pour interroger les processus
de singularisation mis en œuvre dans les projets culturels dans les territoires
périphériques des aires métropolitaines. Hélène Bailleul montre la relation entre
patrimonialisation et opérations de marketing urbain à partir de l’exemple de la ville
duHavre.Elle démontre que le patrimoine est considéré aujourd’hui comme vecteur de
revalorisation parmi d’autres et que le patrimonialisation devient l’outil d’une politique
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splus globale, et non plus sa finalité. Les rapides transformations des territoires urbains
n’ont enlevé en rien à la spécificité des villes, celle d’être des lieux d’échanges
interculturels, d’émergence etde diffusion d’expressions culturelles. La contribution de
Loïc Lafargue deGrangeneuve est à ce titre intéressante. Il analyse les politiques mise
en place par les municipalités vis-à-vis de la culture hip-hop et ses différentes
disciplines à partir d’une enquête de terrain réalisée à Marseille et à Bordeaux. Son
analyse porte sur les modalités d’intégration de cette forme de culture aux politiques
d’image des collectivités locales. Les processus de revitalisation des espaces urbains
marginalisés empruntent plusieurs voies. C’est ce quemontre Nicolas Bautès en
présentant une contribution sur la mise en place des projets touristiques dans la favela
carioca au Brésil. Cette étude réaffirme la nécessité de trouver un consensus entre le
acteurs car les conflits entre ces derniers ne semblent pas faciliter les dynamiques
attenduesen matièrededéveloppementéconomique,cultureletd’insertion sociale.
Développement durable et valorisation des territoires urbains
Ce troisième et dernier axe concerne le développement durable et les politiques
territoriales. Les contributions montrent la complexité et la diversité des enjeux.Devant
l’augmentation de la population urbaine, hommes politiques et défenseurs de
l’environnement se sont intéressés aux écosystèmes urbains. Il s’agit ici de mieux
préserver la nature en ville et à proximité des espaces urbains, mieux organiser l
prélèvement et la redistribution des ressources naturelles, limiter les pollutions. Le
premier thème de cet axe est consacré aux approches théoriques du développement
durable dans les territoires urbains.DominiqueChevalier présente ses recherches sur la
communauté d’agglomération montpelliéraine et montre que devant plusieurs voies,
combien est difficile, le choix d’une bonne articulation entre deux modes de
valorisation de l’espace urbain: politiques culturelles ambitieuses d’une part et,
constructiond’une identitéd’agglomérationd’autre part.
Le deuxième thème de cet axe aborde les conflits et les enjeux du développement
durable. La gestion des ressources naturelles situées à proximité ou à la périphérie de
villes, l’évolution des besoins des citadins compliquent les stratégies à adopter pour
garantir un accès aux biens collectifs à tous. Trois contributions précisent les formes de
conflits d’usage et ségrégation induites par la gestion et la valorisation des ressources
naturelles. Fatiha Chikhr Saïdi analyse les formes de ségrégation sociales et spatiales
liéesà l’accèsà l’eau potableàAlger.Elledémontre que l’échecdes politiquesde l’eau
a aggravé l’exclusion et la paupérisation de certains quartiers à Alger. Ségolène Darly
montre les enjeux liés à la gestion des espaces ouverts agricoles notamment les forme
de conflits d’usage et les modes d’actions qui visent à valoriser les anciennes zones
agricoles dont les fonctions récréatives, patrimoniales et environnementales se
développent. Jean-Louis Zentelin analyse le rôle des associations pour préserver
l'environnement dans les espaces naturels et agricoles périurbains sous forte pression
foncière.Sacontribution viseàcomparerdeux territoiresconnexes, lePlateaudeSaclay
et leTriangleVert, où les réglementations sont respectivementcontraignantes ou pas.
AbdoulHamethBA,LHESTetJean-LouisZentelin,CPN
Universitéd’Évry-Vald’Essonne
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s
sLes enjeux ségrégatifs et
les politiques foncières à l’œuvre
dans les territoires urbains
Thème 1
Les processus ségrégatifs dans les espaces urbainsLes effets sociaux de l’urbanisme : un "angle mort"
Nora Semmoud
Les formes de recomposition des quartiers populaires traditionnels et les nouvelle
figures auxquelles elles donnent lieu, sont liées sans doute en partie aux conditions
politiques et sociales de transformation de ces espaces. La recomposition sociale de
l’espaceestentenduedansce travailcomme résultantde laconfrontationentre "l’espace
1concret" (l’espace social) et "l’espace abstrait" des concepteurs (H. Lefebvr , 2000).
La contribution se propose d’analyser cette confrontation entre les conditions de
production et d’usage des espaces urbains en envisageant la dialectique qui existe entre
les conditions de réception sociale de l’espace produit et les figures de l’urbanisme. La
démonstration s’appuiera sur une radioscopie de diverses opérations urbaines,
2 3notamment à Saint-Étienne, à Issoir (Auvergne) et à Clermont-Ferrand , afin de
restituer à la fois les conditions (jeux et représentations des acteurs institutionnels) de
miseen œuvredecesactionsetcellesde leursappropriations par lesgroupesconcernés.
La réflexion sur les conditions de production requiert l’analyse en premier lieu des
représentations qui animent le système d’acteurs et déterminent une logique sociale du
projet urbain et en second lieu, celle de l’interaction avec la demande sociale exprimée
par les associations de riverains. Ce dernier volet suppose l’analyse critique de la
participation et de ses manifestations paradoxales. Les conditions d’appropriation de
l’espace restituent quant à elles une grande part de l’organisation sociale. Elles
permettent d’abord de rendre compte des effets de l’urbanisme sur la construction
sociale du quartier et sur la place et les rapports des groupes sociaux.Elles font ensuite
4apparaître les interactions (E. Goffman , 1974) entre les groupes sociaux et la façon
dont opèrent les représentations dans la définition des formes de cohabitation. Enfin,
elles restituent les rectifications/adaptations de l’espace conçu auxquelles les habitant
doivent se livrer pour le mettre en conformité avec leur habitus. Outre que la
recomposition sociale de l’espace renvoie à "l’anglemort" du regard que les
institutionnels et professionnels portent sur l’objet de leurs interventions, elle offre les
éléments qui permettentd’interrogerenretour l’organisation urbaine produite.
1. Les conditions de production de l’espace
5Les représentations (D. Jodele , 2003) constituent un outil de compréhension des
logiques sociales des politiques publiques en matière d’urbanisme, de leurs
1LefebvreH. (1reéd. 1974), La Production de l’espace,Paris,Anthropos,Coll.Ethnosociologie, 2000.
2 Le quartier de Bellevue, un ancien faubourg ouvrier au sud-ouest du centre stéphanois, a fait l’objet entre
1998 et 2001 d’une des plus importantes opérations urbaines de la ville. Centrée essentiellement sur
l’aménagement des espaces publics, la restructuration urbaine a consisté également à substituer aux friches
urbaines, la Clinique Mutualiste et l’ensemble résidentiel de l’Ilot Charcot, réalisations qui ont ét
accompagnées par la mise en site propre du tramway, l’aménagement de la place, cœur du quartier et,
l’implantationd’un pôled’échanges.
3
Le tramwayet les opérations induites parcedernier.
4 r
GoffmanE. (1 éd. 1974),Les Rites d’interaction,Paris,Minuit,Coll.Le senscommun, 2003.
5
JodeletD. (dir.),Les Représentations sociales,Paris,PUF,Coll.Sociologied'Aujourd'hui, 2003.
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scontradictions et des formes de consensus auxquelles elles aboutissent. Par ailleurs,
elles traduisent les rapports dominants/dominés et peuvent être, de ce fait, soit
partagées, soit divergentes mais leur instrumentalisation par les acteurs institutionnels
concourtàun universconsensuel.Cesderniers ont parfaitement compris l’efficacité de
représentations sur la perceptiond’un territoireetagissentaucœur mêmedecelles-cien
effaçant/promouvantdes images.Ils s’attachent alorsà synchroniser les transformations
d’images et le marketing urbain avec les opérations d’urbanisme et les mutations de l
morphologie sociospatiale auxquelles elles donnent lieu. Ainsi, une mise en form
particulière de la réalité, focalisée à Saint-Étienne sur le caractère populaire de la
structure sociale considérée comme un handicap, à Issoire sur le vieillissement de l
population et à Clermont-Ferrand sur la marginalité, va légitimer des stratégies de
transformation d’images constitutives d’une politique d’attraction en direction des
catégories sociales aisées et des opérateurs économiques. Ces stratégies coexistent
paradoxalement avec le désir de préserver les couches populaires et finissent par
déboucher sur urbanisme paradoxal.
1.1 Représentations et logiques sociales du projet
Au-delà de ses aspects explicites, dévoilés par le discours officiel, les documents
d’urbanisme etc., la politique urbaine est également le reflet d’une culture enracinée
dans l’histoire du territoire qui opère sur les représentations sociales des individus e
donne sens à leur efficience dans les relations sociales. L’espace territorialisé est alors
hiérarchisé, dévalorisé ou valorisé selon une imagerie au temps long. Les
représentations, qui se reflètent dans les politiques menées, donnent lieu à un jeu
d’images qui peuvent être source d’exclusion ou de marginalité intégrée pour les uns e
vision de modernité pour les autres. Ces représentations sont vraisemblablement
l’œuvre dans l’affrontement entre acteurs sur la nature des interventions urbaines à
1mener. Elles se manifestent au travers des contradictions au sein de la gouvernance
locale entre une politique de transformation d’image et d’attraction des cadres et des
investisseurs et une politique de ménagement pour préserver la morphologie sociale
existante.En fait, à l'instar desÉtats nationaux, les élus locaux face aux crises sociales
et économiques se sont inscritsdansdes logiquesdecompétition économique touten s
mobilisant pour limiter les effets de la pauvreté et de l'exclusion, ce qui peut conduire
aussiàdes logiquescontradictoires, voire opposées.
On retrouve cette ambivalence dans les actions urbaines liées au tramway
Clermont-Ferrand où ce projet se veut à la fois le reflet d’une image de modernité
2destinée aux cadres et un élément de suture des quartiers Nord à la ville.De la mêm
3façon, à Saint-Étienne, parallèlement à la mise en œuvre des opérations phare
d’urbanisme pour lesquelles les grands noms de l’architecture, de l’urbanisme et du
paysage sont mobilisés, des actions dites de proximité, accompagnées de procédures
originales et rapides, ont été mises en œuvre dans de nombreux quartiers stéphanois
1
Lafaye C., Gouvernance et démocratie : quelles configurations ?, in Andrew C., Cardinal L. (dir.),
Gouvernance et démocratie, Presses de l’Université d’Ottawa, 2000. Le Gales P., Du Gouvernement des
villesà lagouvernance urbaine, Revue française de science politique, vol.45, n° 1, p.57-95, 1995.
2
Quartiersdegrandsensemblesconcernés par laPolitiquede la ville.
3
La restructuration duGIAT, accompagnée de l’installation du pôle optique vision et du centre international
dudesignet le pôle tertiairedeChâteaucreux.
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sgénéralement modestes.Plusde 120actionsd’aménagement ontété réaliséesentre 1998
et 2001, dans le centre et la périphérie, pour valoriser des micro-espaces. L’optique de
ces actions, totalement opposée à celle des grandes opérations d’urbanisme, s’appui
sur lademandedes habitants, meten œuvredesaménagements minimalisteset mobilis
les jeunes créateurs locaux. Elles se sont également distinguées par des formes
multiples de concertation. Cet exemple traduit bien le dilemme auquel est confrontée
une majorité d’élus: la volonté d’attirer les classes sociales aisées et de préserver les
catégories sociales populaires.Dilemme d’autant plus grand que les élus sont face aux
1stratégiesd’entre soi (M.-C.Jaille , 2002)descouches moyennes.
À Issoire, les difficultés économiques, le dépeuplement et le vieillissement de la
population ont nourri pour longtemps les représentations etl’image de mouroir chez les
acteurs.La superpositionde l’imagerie issoirienneàcellede l’Auvergneengénérale, où
la marginalisation étant une donnée ancienne et culturellement intégrée (F. Chignier-
2Riboulon , N.Semmoud, 2004) donne une dimension quasi obsessionnelle aux
leitmotivs issoiriens de reconversion économique et d’attractivité de la ville aux cadres
3et aux jeunes.Dans cette perspective, une OPA est mise en œuvre pour requalifier le
centre issorien, rajeunir sa population et le rendre attractif. Les démolitions engagées
conduisent les habitants, généralement des personnes âgées du milieu ouvrier, à vendre,
à déménager et à passer au statut de locataire qui suppose dans la plupart des cas,
paupérisation. Paradoxalement, cette opération, qui fait "table rase" d’un espace social
fragile, permet de réaliser des logements sociaux qui abritent des catégories populaires
plus jeunes.Finalement, il s’agit d’une exclusion sociale plutôt par l’âge qui renvoie
l’obsessiondesélusde petites villes par la questiondu vieillissementde la populationet
leur volontédecombattre l’imagede mouroir qui leurcolleà la peau.
Les logiques sociales apparaissent trouver leurs sources dans les représentations
dominantes,celles portées par lesacteurs institutionnels.Cependant, lesconditionsde la
confrontation de ces représentations à celles d’autres acteurs, notamment associatifs,
4peuvent infléchir l’orientationd’un projet pour le rapprocherde lademande social .
1.2L’interaction avec la demande sociale
D’ores et déjà, nous pouvons souligner que cette sensibilité des acteurs
institutionnels à l’expression des habitants n’est étrangère ni à leurs représentations, ni
aux conditions actuelles de la gouvernance locale. La volonté affichée chez les élus de
faire avec les habitants peut être l’objet de plusieurs lectures dont la plus pertinent
semble être le souci d’un management territorial où la norme dominante actuelle est
l’évitement des conflits et la construction de consensus. Autrement dit, il s’agit de
prévenir les conflits en les neutralisant, voire de maîtriser la contestation ou la
revendication sociale en les contrôlant. Cette démarche s’éloigne d’autant plus d’un
démocratisation de la participation qu’elle s’inscrit dans une recherchede compromis
1
Jaillet M.-C., Ces Quartiers dont on parle, Les “5 à 7”, n°3, publication Profession banlieue, Centre de
ressources pour la politiquede la villeenSeine-Saint-Denis, intervention retranscrite parB.Madelin,2002.
2
Chignier-Riboulon F., Semmoud N., 2004, Politique urbaine et marginalité des villes auvergnates, in
KrzemienK. (dir.),LesTransformationsdu milieu montagnardCarpates -MassifCentral et autres montagne
d’Europe, Cracovie, Institute of Geography and SpatialManagement of the Jagiellonian University, Tom
113, p. 153-170, 2004.
3
Opération programméed’améliorationde l’habitat.
4
Àcondition que la structureassociative soit, un minimum,représentative.
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eentre les intérêts et le souci de préservation de soi des autorités politiques et, les
1éventuelles demandes de l’opinion (L. Blondiaux, S. Lévêqu ), si tant est qu’ell
s’exprime.
L’opération initiée dans le quartier stéphanois de Bellevue, n’a en tout cas pas
remis en cause le quartier en tant que lieu socialement partagé. Elle apparaît ainsi
comme une illustration pertinente du consensus construit laborieusement dans un
interaction conflictuelle des acteurs institutionnels et associatifs. Les conditions de la
concertation occasionnée par cette opération et son impact sur l’évolution du projet,
sont particulièrement significatifs du jeudesacteurs, traversés les uns commeles autres
par des représentations contradictoires. L’historique du face-à-face entre les acteurs
institutionnels stéphanois et le comité de quartier témoigne des méandres de la décision
politiqueetdesdifficultésde l’associationà négocier sa placedanscettedécision.Deux
temps forts caractérisent cette confrontation. Le premier se solde par la remise en cause
du projet officiel dans sa première formulation: un imposant projet immobilier
formalisé de façon monumentale par Ricardo Bofill. Le comité développe alors une
stratégie de groupe de pression et légitime son action en sollicitant les résidents par l
biais d’un sondage. Le second temps de la confrontation, la municipalité soumet
largement à la population un projet plus conforme à la demande sociale, traduite tant
bien que mal par le comité, mais en tentant d’évincer l’association de la participation.
Le conflit a conduit, en somme, l’une et l’autre partie à solliciter plus largement le
habitantseta permisendéfinitive uneformulation plus "soft"du projet municipal.
La nécessité de consensus pour gérer le territoire d’un côté et la menace que fait
peser l’absentéisme sur la démocratie représentative de l’autre, est vraisemblablement
l’originedes oscillationschez lesélusentre une participation instrumentaleet la volonté
d’élargir ledébat public. Toutefois, les pesanteurs liées àces tergiversationsdonnent un
contenu mouvant et paradoxal à la participation et, en fin de compte réduisent le
possibilités d’élargissement du débat et hypothèquent du même coup les chances de
démocratisation de l’urbanisme. Les figures de la participation n’étant pas figées, les
conditions de la confrontation entre les différents protagonistes feront évoluer le
contenu en même temps que cette interaction entre acteurs va être à l’origine de
réajustementsdans leurs stratégiesetdans lesformesdeconsensus.
Selon son contenu, la participation va être, peu ou prou, à l’origine de mutations
dans les représentations quese font les individus de leur quartier ou des acteurs
institutionnels. Si nous considérons que les représentations sont déterminées à la fois
par le sujet lui-même (son histoire, son vécu), par le système social dans lequel il est
inséré et par la nature des liens que le sujet entretient avec le système social (J.-C.
2Abric, 1989 ), toute transformation qui affectera ces paramètres trouvera sa traduction
dans les représentations.C’est ainsi que la rencontre entre citadins ordinaires et acteurs
institutionnels participe indéniablement aux liens qu’entretiennent les individus avec l
système social et, dans le même temps, transforme leurs représentations. Pour notre
part, nous estimons que c’est là un des enjeux majeurs de la participation des citadins
la production de la ville et de son processus de démocratisation. Les conditions plus ou
1 Blondiaux L., Lévêque S., La Politique locale à l’épreuve de la démocratie. Les formes paradoxales de la
démocratie participative dans le XX arrondissement de Paris, in NeveuC. (dir.),Espace public et logique de
la citoyenneté locale,Paris,L’Harmattan, p. 17-82, 1999.
2
Abric J.-C., L’Étude expérimentale des représentations sociales in Jodelet D. (dir.), Les Représentations
sociales,Paris,PUF, 1989.
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e emoins démocratiques de la concertation ou de la négociation sur un projet urbain et les
formes de compromis résultantes, agiront sur les représentations sociales des divers
protagonistes, pour atténuer la défiance des uns et faire reculer les préjugés chez le
autres.Dans ce cas, le rapport des citadins ordinaires aux élus forme une " proximité
nouvelle où des préjugés s’estompent de part et d’autre. Les reproches des habitants
concernant le mépris ou la manipulation des élus diminuent et l’amalgame fait place au
discernement, tandis que la conviction des acteurs institutionnels de l’indifférence des
premiers ou de l’indigence de leur imagination s’émousse. Pourtant, dans ce processus
où le désabusement des citadins ordinaires par rapport à la chose politique recule, il
reste tout de même un paradoxe: en même temps que la démarche participative permet
la création d’un espace public de quartier qui assure des échanges symboliques entre
certains citoyens et les décideurs, elle propose des formes renouvelées de contrôle
1social (M.-H.Bacqué, 2003 ) pour maintenir un ordre social inégalitaire.
L’intérêt dans le présent travail pour la démarche participative est particulièrement
justifié par les incidences qu’elle a sans doute sur les conditions de réception sociale de
l’urbanisme.Selon que lesdispositifsde la participation s’inscriventdansdes perspectives
de légitimationdu projet ouacontrariodedémocratisationetdecoproduction urbaine, les
usagers vont se sentir tantôt exclus, tantôt acteurs d’un processus. Dans ce dernier cas,
même si l’espace produit n’est finalement pas totalement en adéquation avec les attentes
des habitants, le sentiment d’avoir participé aux réajustements du projet pour préserver la
vie sociale de son quartier, voire la renforcer, est sans doute à l’origine d’une réception
socialede l’aménagement plutôtfavorable.
1.3Le rôle des professionnels
Parmi les acteurs de la production de l’espace, les professionnels ont un rôl
important.Entre leconsensusconstruitautourde la logiqued’aménagementd’un lieuet
sa traduction formelle par le professionnel, des écarts peuvent apparaître. Par exemple,
2à Saint-Étienne, malgré le consensus des acteurs autour du projetDevillers , on assiste
ensuiteà unedispersiondesmaîtresd’œuvreetà l’individualisationde leurs œuvres qui
s’écartent sensiblement de la cohérence d’ensemble du projet. L’espace produit forme
alors une sorte de puzzle qui exprime le retranchement des concepteurs dans le champ
de leurs normes: la clinique est alors conçue selon la logique propre de l’obje
architectural souffrant d’une insertion urbaine insuffisante ; l’organisation du pôle de
transport collectif privilégie l’architecture des déplacements aux lieux conviviaux ; et
l’aménagementdu jardin meten scène legéométrismeet l’esthétiqueet produitainsi un
lieu qui contraste avec le square traditionnel du quartier dont se réfèrent les habitants.
En définitive, si l’étape de la réalisation du projet ne remet pas en cause le consensus
autour de l’orientation "soft" du projet, elle va tout de même s’écarter de sa cohérence
d’ensembleet révéler les logiques professionnellesdesconcepteurs.
À cet égard, l’aménagement de Bellevue apparaît comme lamanifestation de
stratégies par lesquelles chaque professionchercheàaffirmer son identité et tenter de la
faire prévaloir sur celle des autres. Les traits des stratégies professionnelles peuvent
1Bacqué M.-H., Les Nouvelles figures des quartiers populaires. Politiques et représentation . Une approche
comparative France/États-Uni , habilitation à diriger des recherches, soutenue à l’Institut d’Urbanisme de
Paris,UniversitéParisXII, 2003.
2
CabinetMarinaetChristianDevillers.
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sparaître ainsi forcés, mais il est tout à fait remarquable de voir à quel point ils se sont
manifestés à travers les réponses données par les différents maîtres d’œuvre qui ont
finalement relayé, voire renforcé, lesdivergencesd’optiquede leur maîtred’ouvrage.Si
la démarche de Marina et Christian Devillers a pesé dans la traduction spatiale du
1consensus et dans la pertinence des réponses apportées aux enjeux politiques, sociaux
et spatiaux de l’aménagement du quartier anciennement ouvrier de Bellevue, il n’en
pasétéde même pour les interventionsdesautres maîtresd’œuvre.
Le caractère segmenté de l’aménagement, fait d’entités juxtaposées et d’objets
quasi isolés de leur contexte, caractérisés par des faiblesses d’articulation entre eux, est
avant tout souligné par les habitants.Les perceptionsde l’espaceconçu par les individus
témoignent de la façon dont ils reçoivent l’aménagement et des compétences que leur
octroie la pratique quotidienne de ces espaces. Si le sentiment de valorisation du
quartier par l’aménagementdominechez les habitants, ils n’en sont pas moinscritiques.
La clinique est appréciée comme un objet décontextualisé au volume écrasant. Le pôl
d’échanges est vécu comme un espace strictement utilitaire dont l’imagerie renvoie
l’austéritéde l’usine.Quantau jardin,comparé inévitablementau squaredu quartier,est
d’autant plus critiqué sur l’absence de poétique qu’il était très attendu. Ces décalage
interrogent sur les pratiqueset les représentationsdes professionnelsdans lesconditions
actuellesde productionde l’espace.
La fascinationde la technique qui n’a jamais quitté le mondede l’architectureetde
l’urbanisme reprend une place hégémonique et devient une valeur idéologique alors
qu’elle se présente comme sa réfutation. Parallèlement à l’hégémonie techniciste et à la
croyance dans la science des montages et des procédures, réapparaît une sort
d’orthodoxie dans l’utilisation des codes et des normes de la composition spatiale. La
projection spatiale, en particulier chez les architectes et les urbanistes, reste
généralement inscritedans un processusdecréation qui place l’esthétiqueet la plasticité
des propriétés spatiales au premier plan. Stimulée par un contexte où le pouvoir de
l’image virtuelle est omniprésent, la composition architecturale et urbaine s’appuie plus
que jamais sur lescodesde lacréationartistique.
"Une telle conception est à la fois une économie de réflexion, grave de
conséquences, car elle se complaît à penser l’habitant comme un être abstrait, en mêm
temps l’affermissement d’une tendance qui définit le travail de l’architecte, y compris
dans le domaine du logement, comme quête exclusive de l’œuvre d’art, comm
production recherchant à la fois l’exceptionnalité de sa performance et en même temp
2sonexemplarité pour le restede la productionarchitecturale" (D.Pinson, 1993 ).
En fin de compte, quelles que soient les perspectives dans lesquelles se placent les
professionnels de l’urbanisme (techniciste, patrimoniale, artistique, etc.), une fraction
dominanted’entreeuxconverge quantau regard qu’elle porte sur l’usage.Les tentative
de renouveler leurs pratiques se cantonnent aux dimensions formelles et instrumentales
et laissent quasiment intacte leur conviction que l’espace conçu s’amalgame à celui
vécu et perçu par les individus. Les pratiques conceptuelles auxquelles donnent lieu ces
représentations finissent par se confronter dans l’espace à celles des usagers qui par
leurs appropriations vont alors "reconfigurer" et adapter l’espace produit. Il se construi
1 Les fonctionnaires en charge du dossier aussi bien que le comité de quartier ont gardé un bon souvenir de la
prestation de l’atelierDevillers : "pour son écoute, sa compréhension desenjeux et la pertinence des réponses
donnéesen réunions publiques" (Extraitsd’entretienavec lafonctionnaireenchargedudossier).
2
PinsonD., Usage et architecture,Paris,L’Harmattan,Coll.VillesetEntreprises, p. 183, 1993.
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