Souterrains et mottes castrales

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Quelles sont les spécificités des sites médiévaux associant mottes et souterrains ? Quels liens existe-t-il entre ces deux structures concomitantes ? Autant de questions que pose cet ouvrage et auxquelles il tente de donner un éclairage. Ce livre présente ainsi pour la première fois une vue d'ensemble du phénomène mottes-souterrains en France et pose les premières interprétations quant à leurs relations spatio-temporelles.
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140001680
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Sébastien Noël
Luc Stevens
Souterrains et
mottes castrales
Émergence et liens entre deux architectures
de la France médiévale








SOUTERRAINS ET MOTTES CASTRALES Sébastien Noël et Luc Stevens






Souterrains et mottes castrales



Émergence et liens
entre deux architectures
de la France médiévale






















L’HARMATTAN Ouvrages des mêmes auteurs


STEVENS [L.]. Les Églises Troglodytiques d’Ethiopie: Lalibela, Namur,
2003.
STEVENS [L.] s. dir., La Belgique souterraine: un monde fabuleux sous nos
pieds, Bruxelles, 2005.
































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

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harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07867-0
EAN : 9782343078670
INTRODUCTION

L'objet de notre étude a été de déterminer les caractéristiques spécifiques des
sites associant mottes et structures souterraines qui y furent aménagées ainsi
que le rapport fonctionnel et structurel qui a relié ces deux types de
structures. Plus précisément, nous avons cherché à identifier les éléments qui
ont dominé la conception interconnectée de la motte et de la structure
souterraine.

Par structure souterraine nous désignons plusieurs types spécifiques de
souterrains, non seulement le souterrain aménagé, mais également la cave
qui a souvent été ajoutée à la motte.

Notre sujet n’est pas nouveau, mais il n’avait pas été jusqu’ici très développé.
Des comptes rendus de fouilles, des inventaires régionaux de sites
historiques et des études spécialisées sur les mottes et les souterrains existent
bel et bien ; toutefois, cette production scientifique se consacre soit à la
1motte, soit au souterrain, sans chercher à les associer. Au colloque de Caen ,
en 1980, historiens et archéologues se sont réunis pour une mise en commun
des connaissances sur les origines, les fonctions et les caractéristiques des
forteresses de terre médiévales. De cette rencontre ont été publiés des
rapports d’une pertinence indéniable mais pas une ligne n’a été écrite sur la
présence d’une structure souterraine dans le périmètre immédiat d’une motte.
Seule exception au tableau, les écrits qu’ont consacrés P. Piboule et les frères
Triolet sur cette question.

Notre ouvrage se présente en deux parties. La première fournit une
actualisation synthétique sur les mottes d’une part et sur les structures
souterraines d’autre part. Elle se poursuit par une analyse et des propositions
d’interprétation des sites associant mottes et structures souterraines.

Ces sites sont présentés en seconde partie sous la forme d’inventaires. Ces
derniers ont été constitués à la suite d’une recherche documentaire
importante. Le résultat est inégal, une multitude de sites ont perdu toutes
traces de bâti, n’ont laissé aucun témoignage dans les écrits ou sont de nos
jours inaccessibles. La tâche a donc été ardue de relier la structure
souterraine et le bâti de surface au contexte historique dans lequel ils
s’inscrivent. Il en résulte un double inventaire distinguant les sites qui
fournissent un matériel (historique ou archéologique) suffisant pour être

1 Les fortifications de terre en Europe occidentale du Xe au XIIe siècles, dans Archéologie
médiévale, t. XI, Caen, 1981.
5 considérés dans notre analyse et ceux pour lesquels la pauvreté des
informations nous impose de n’en tenir compte que de manière marginale.
Autant que possible, les plans des structures souterraines ont été reproduits.
Pour certains d’entre eux, des plans inédits ont été dressés et sont publiés ici.
6PARTIE I :
MOTTES, SOUTERRAINS AMENAGÉS
ET MOTTES ASSOCIÉES À UN
SOUTERRAIN CHAPITRE 1 : LES MOTTES

1. Apparition

Jusqu’il y a peu, un consensus se dégageait parmi les archéologues et les
historiens pour situer la période d’apparition des mottes vers la fin du Xe s.
ou le début du XIe s. dans une région délimitée par le Rhin et la Loire
2.moyenne . Michel de Boüard attestait ainsi la présence de mottes dans la
3Loire moyenne dès 1020-1040 . D’autres chercheurs voyaient les mottes
4apparaître plus tôt, à la fin du IXe s .

Les récentes fouilles archéologiques permettent de faire remonter
l’apparition des mottes au début du Xe s. La fouille menée à Boves depuis
1996 donne par exemple un certain nombre d’indices confirmant la
5probabilité de la construction de la motte dans la première moitié du Xe s .

Dans les sources écrites, la première mention d’une motte sous la
dénomination motta est signalée dans une charte datée de 1040, laquelle
6renvoie à un site près de Vendôme . Cela étant, dans les textes, une motte
peut se signaler différemment. Ainsi, si le mot motta est employé dans
quelques rares cas à partir du second quart du XIe s., d'autres termes tels que
castellum, dungio, munitio peuvent également faire référence à ce type de
7fortification . Pour Michel Bur, un munitio évoqué par Flodoard désignerait
8vers 940 une motte à Pierrepont (Aisne) . Il fait également remonter une
9autre motte (Chantereine à Thin-le-Moûtier dans les Ardennes) à avant 971 .
Par ailleurs le terme motte peut s'appliquer à des structures bien différentes :
en Haute et Basse-Marche par exemple, « les textes désignent par « mothe »
10tout enclos fossoyé de douves » .



2 Ibidem, p. 8-9.
3 DE BOÜARD [M.], Quelques données françaises et normandes concernant le problème de
l'origine des mottes, dans Château-Gaillard, t. II, Köln, 1967, p. 24.
4 Les fortifications […], p. 24-25.
5 RACINET [P.], Dix ans de fouilles programmées à Boves (Somme) : autour d’un château
(début Xe-fin XIVe siècle), dans Trente ans d’archéologie médiévale en France. Un bilan pour
un avenir, Caen, 2010, p. 257.
6 DE BOÜARD [M.], Quelques données […], p. 23-24.
7 IDEM, La Motte, dans L'archéologie du village médiéval, Louvain-Gand, 1967, p. 37.
8 BUR [M.], Le château, Turnhout, 1999, p. 24 (Typologie des sources du Moyen-Age, fasc.
79) et IDEM, Recherches sur les plus anciennes mottes castrales de Champagne, dans
Château-Gaillard, t. IX-X, Caen, 1982, p. 60-61.
9 IDEM, Recherches […], p. 56-57.
10 REMY [C.], Seigneuries et châteaux-forts en Limousin, t. 1 (Le temps du Castrum
XeXIVe siècles), Limoges, 2006, p. 121.
9 Historiquement, les mottes apparaissent au moment où le pouvoir
carolingien est affaibli. La structure administrative que la dynastie
carolingienne a mise en place disparaît au fur et à mesure que le pouvoir se
morcelle dans les mains de la petite, la moyenne et la haute aristocratie.
La transformation du pouvoir s’accomplit à partir de nouvelles fortifications
privées que leurs détenteurs vont faire construire sur tout le territoire français.
Ces châteaux sortent de terre alors qu’apparaît concomitamment la
seigneurie châtelaine. Celle-ci va s’appuyer sur ses châteaux pour étendre
son ban, même dans des régions où l’autorité du Prince est forte.
Dès le début du Xe s., les Princes vont sans cesse guerroyer entre eux mais
également contre les vicomtes et les châtelains qui veulent imposer leur
pouvoir. Vers 1050, la situation se stabilise globalement avec des Princes qui
11ont lâché du lest et des châtelains qui se sont bien installés .
Motte de Baussay (Mouterre-Silly, Vienne)
11 DEBORD [A.], Aristocratie et pouvoir. Le rôle du château dans la France médiévale, Paris,
2000, p. 49-62 et 77.
102. Diffusion

12Les mottes s’imposent rapidement et à la fin du Xe s. « sont le moyen de
13fortification le plus fréquemment utilisé » . Ce type de fortification s’est
14répandu vers le nord, le nord-est, l’est et le sud-est .

Les mottes ont cessé d’être construites dans le nord-ouest de la France vers
la fin du XIIe s. Dans le sud-ouest, les mottes n’apparaissent plus après le
15début du XIVe s.

Le phénomène des mottes ne se cantonne pas à la France. Il se rencontre à
travers toute l'Europe : du Danemark (où elles sont plus tardives qu'en
16France) à l'Espagne et l'Italie, depuis l'Angleterre et l’ouest de la France
17jusqu'à l’est de l’Allemagne .

La densité peut varier d’une région à l’autre. Ainsi par exemple, au cœur de
l'Angoumois, la quasi absence de mottes s'explique par la forte domination
du Comte d’Angoulême sur les forteresses qui s'y dressent. Les mottes sont
par contre plus fréquentes dans les territoires dominés par la petite et
moyenne aristocratie que le Comte d’Angoulême ne contrôle pas. Par
ailleurs, les mottes se rencontrent plus fréquemment dans les régions
aujourd'hui encore très boisées qui correspondaient au Moyen Âge à des
18zones de défrichement .

Les mottes ne disparaissent pas avec l’introduction de la maçonnerie : des
donjons en pierre ont été construits alors que les mottes se multipliaient. Par
contre la construction des mottes est abandonnée lorsque l’usage de la
19maçonnerie s’est généralisé .

3. Caractéristiques et modes de construction

Le château à motte est une fortification en terre se présentant sous la forme
d’un tertre généralement tronconique et apparaissant au Moyen Âge.


12 FOURNIER [G.], Le château dans la France médiévale, Paris, 1978, p. 67.
13 DEBORD [A.], A propos de l'utilisation des mottes castrales, dans Château-Gaillard, t. XI,
Caen, 1983, p. 93.
14 Les fortifications […], p. 10.
15 Ibidem, p. 11.
16 En Angleterre, ce sont les Normands qui les ont introduites en abondance à partir de 1066.
BUR [M.], Le château […], p. 31.
17 DE BOÜARD [M.], La Motte […], p. 35 et BUR [M.], Le château […], p. 31.
18 DEBORD [A.], La société laïque dans les pays de la Charente Xe-XIIe s., Paris, 1984,
p. 136.
19 FOURNIER [G.], Le château […], p. 80.
11 20Carte de répartition des mottes en France
Une tour en bois ou en pierre de forme quadrangulaire (appelée aussi donjon)
s’élevait sur son sommet. Lorsque la tour était habitée, le rez servait de
cellier (ou éventuellement de prison) et le premier d’habitat pour le châtelain
et sa famille, voire de logement pour la garnison. Certaines tours disposaient
d’un étage supplémentaire : dans ce cas, le premier servait de salle (aula) et
le second de logement (camera). Une trappe permettait d’accéder au premier,
21à partir du cellier . L’étage supérieur de la tour pouvait accueillir
22occasionnellement une chapelle .
20 Carte de répartition réalisée à partir des mottes recensées dans l'ouvrage de SALCH [C.-L.],
Dictionnaire des châteaux et des fortifications du moyen âge en France, Strasbourg, 1987 et
complétée par les auteurs. Cette carte ne prétend aucunement recenser l'intégralité des mottes
en France mais tente de montrer l'aire d'emprise de celles-ci. La variation de densité d'une
région à l'autre est notamment due à l'existence ou non d'un inventaire régional.
21 FOURNIER [G.], Le château […], p. 70-71 et 78 et DEBORD [A.], Aristocratie […],
p. 148.
22 DE BOÜARD [M.], La Motte […], p. 38.
12
Tour bâtie sur la motte de Broue : quatre niveaux se
répartissaient sur une hauteur de 25 mètres

Certaines mottes sont dites « naturelles » lorsqu’elles sont le résultat d’une
légère intervention de l’homme sur une proéminence rocheuse. D’autres sont
dites « artificielles » lorsqu’elles se sont formées par l’apport de terre sur sol
23plat. De nombreuses variantes existent .


23 Les fortifications […], p. 6.
13 24Debord voit dans ces premières mottes la forme la plus répandue alors que
25Contamine attribue aux secondes une fréquence plus élevée .
La motte est entourée d’un fossé circulaire et d’un talus de terre renforcés
par une palissade en bois. Un muret peut protéger la surface sommitale de la
26 27motte où sont parfois construits des bâtiments, comme à Gisors .
Aubeterre-sur-Dronne (Charente) : fossé creusé dans la masse calcaire
Régulièrement une basse-cour se joint à la motte pour constituer un
ensemble indissociable. C’est dans cette basse-cour que la vie du château se
28déroule principalement . Lorsque la tour n’est pas habitable, le logis du
29châtelain est fixé dans la basse-cour .
Très souvent, la motte est située à une extrémité de la basse-cour, avec le
30fossé qui constitue la séparation .
24 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 63.
25 CONTAMINE [P.], La segmentation féodale, début du Xe – milieu du XIIe siècle, dans
Histoire militaire de la France, t. I, Paris, 1992, p. 63.
26 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 67.
27 MESQUI [J.], Châteaux et enceintes de la France médiévale. De la défense à la résidence,
t. 1 (Les organes de la défense), Paris, 1991, p. 21.
28 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 68.
29 Ibidem, p. 147.
30 Les fortifications […], p. 7-8 et 12.
14La basse-cour et la motte sont elles-mêmes séparées de l’espace environnant
par une enceinte extérieure constituée d’un talus de terre et d’un fossé. Le
talus est surmonté d’une palissade.

La basse-cour peut accueillir des habitats (pour le châtelain et sa famille, les
hommes d’armes, les domestiques, etc.), une exploitation agricole (avec
parfois des silos), des écuries, des bâtiments pour l’artisanat (une forge par
exemple), un puits ou encore une chapelle. Elle sert également de refuge
pour la population voisine, en cas de menace ou d’attaque. Certains sites
possèdent deux basses-cours : l'une noble, l'autre utilitaire (comme à
31Grimbosq dans le Calvados) . Un bourg castral peut se développer autour de
32la motte ou de la basse-cour .

Les hommes et les animaux y vivaient dans une grande promiscuité :
l’espace était réduit et occupé de bâtiments divers. L’archéologie montre
l’absence de cheminées, tout au plus révèle des traces de foyers au sol. Le
rez des bâtiments était en terre battue, recouverte de végétaux (notamment
de la paille). Les latrines y étaient rares. Les détritus s’accumulaient sur tout
33le site.

Le sommet de la motte était atteint par deux dispositifs : soit une rampe en
bois s’appuyait sur le flanc de la motte et s’élevait à partir de la base de la
motte, à l’intérieur du fossé, soit une passerelle reliait le sommet de la motte
34à l’espace situé à l’extérieur du fossé .

L’entrée de la tour se situait au premier étage et était accessible à partir d’une
35échelle ou d’une rampe mobile, qui pouvait être retirée en cas d’attaque .

Si la forme ronde ou ovale est la plus répandue à la base comme au sommet,
il existe également des mottes, sans doute plus récentes, « de plan
36quadrilatéral, avec des angles nettement marqués » .

Les dimensions de la motte varient d’un site à l’autre : le diamètre tend de
3730 à 100 mètres à la base pour 10 à 60 mètres au sommet . La hauteur
moyenne est de 5 à 6 mètres, loin des 20 mètres que présentent certaines
38mottes. La superficie varie entre 7 et 30 ares .

31 MESQUI [J.], Châteaux […], p. 26.
32 CONTAMINE [P.], La segmentation féodale […], p. 63 ; FOURNIER [G.], Le château
[…], p. 66 ; DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 68-69 et 148-149.
33 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 151-157.
34 Les fortifications […], p. 13.
35 FOURNIER [G.], Le château […], p. 78.
36 DE BOÜARD [M.], La Motte[…], p. 35-36.
37 BUR [M.], Le château […], p. 31.
38 CONTAMINE [P.], La segmentation féodale […], p. 63-64.
15 Dans certains cas, la motte protège la basse-cour. Il en va ainsi pour les sites
d’éperon ou encore pour les sites aménagés par Foulques Nerra en Touraine.
Pour d’autres sites, c’est la motte qui est considérée comme le dernier
39refuge : la basse-cour prend alors place à l’endroit le plus faible de la motte .
Mottes multiples à Bussy-le-Château (Marne) - Plan et coupe
Plusieurs sites présentent également des mottes multiples (Mazaubrun dans
la Haute-Vienne, Bussy-le-Château dans la Marne, etc.) érigées
simultanément ou successivement. Pouvant regrouper deux, trois voire
jusqu'à cinq mottes, ces sites correspondent à des situations assez diverses :
juxtaposition de mottes d'origine chronologique différente, mottes présentant
40des fonctions distinctes (défensive , habitat, basse-cour...), motte d'attaque
dressée lors d'un siège, mottes juxtaposées symbole de coseigneuries ou de
41seigneuries partielles , etc. Elles pourraient dans certains cas représenter un
42stade tardif dans l'évolution des mottes . En Angleterre, « l'accès des grands
39 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 69 et 172.
40 A titre d’exemple, la motte pouvait contrôler les tirs croisés. BUR [M.], Le château […],
p. 35.
41 MESQUI [J.], Châteaux […], p. 27-28.
42 DE BOÜARD [M.], La Motte […], p. 36.
16châteaux de Hereford, Caus Castle […] et Hen Domen », situés à proximité
de la frontière du Pays de Galles, « paraît avoir été verrouillé par plusieurs
43dizaines de mottes et enceintes circulaires » .

La construction d'un château en terre et en bois plutôt qu'un château en
pierre résulte davantage d'une question de moyen que de disponibilité des
techniques de construction. La pierre est plus recherchée pour les bâtiments
44nobles, comme à Doué-la-Fontaine ou à Andone . Il n'y a donc pas
d'antériorité du bois et de la terre sur la pierre. Le château de terre et de bois
est aisé à construire, peu coûteux en matériaux, ne requérant pas ou peu de
main-d’œuvre spécialisée et rapide à bâtir. Il a été le choix privilégié des
45seigneurs de la première féodalité pour asseoir et développer leur pouvoir .
Le château de pierre requiert quant à lui un maître d’œuvre spécialisé
accompagné de son atelier de construction et d'artisans qualifiés pour la
46production des matériaux . Plus rare, plus cher, le château en pierre s'est
diffusé plus tardivement et progressivement, non pas forcément comme le
résultat d'une « évolution dans l'art de fortifier mais davantage comme la
résultante de la modification socio-économique du monde féodal ayant
donné l'occasion aux seigneurs d'accumuler suffisamment d'argent pour
engager des artisans spécialisés dans les constructions de pierre. En d'autres
termes, ces deux modes de construction ont vraisemblablement cohabité au
47cours des XIe et XIIe s. » . Cette évolution a également été rendue
nécessaire par les progrès de la poliorcétique observés à partir du XIIIe s.,
poliorcétique qu'une fortification de bois et de terre ne parvenait plus à
48contenir .

Simple et peu onéreuse, la construction d’une motte devait donc être rapide.
On estime qu'une motte fossoyée de 30 mètres de diamètre et de 15 mètres
49de hauteur pouvait être érigée par cent hommes en 20 jours . La durée du
chantier pouvait s’allonger en fonction des caractéristiques géologiques
locales et de la réutilisation possible d'un relief existant.

Pour certains édifices, les terres retirées des fossés suffisaient largement à
élever la motte. Il n’était donc pas nécessaire d’aller chercher ailleurs des
50terres et cailloux pour construire l’édifice .

43 BUR [M.], Le château […], p. 35-38.
44 MESQUI [J.], Châteaux […], p. 15.
45 BUR [M.], Le château, […], p. 24.
46 BECKER [L.], Châteaux et manoir en Val de Dronne. Les signes des puissants. Première
partie, dans Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, t. CXXXIX,
Périgueux, 2012, p. 98.
47 Ibidem.
48 BUR [M.], Le château […], p. 24-25.
49 FOURNIER [G.], Le château […], p. 78-79.
50 FLAMBARD-HERICHER [A.-M.], Quelques réflexions sur le mode de construction des
17
La fouille de la motte de Boves (Somme) a permis de préciser le mode de
construction de la motte artificielle. Dans un premier temps, le rebord de la
motte est aménagé avec des blocs et du cailloutis de craie déposés en
alternance, ce qui permettait de limiter l'érosion et de garantir une forte pente
(45 degrés) du flanc de la motte. L'intérieur de la motte a ensuite été comblé
depuis cette couronne périphérique avec des dépôts assez hétérogènes
51intercalés de radiers damés . L'étude des remblais montre que ceux-ci
tendent à s'incliner depuis le rebord extérieur de la motte vers le centre, ce
qui a pour effet d’entraîner un « drainage des eaux de surface vers le centre
de l'emmotement et a donc facilité la mise à sec de la périphérie, en évitant
le ruissellement érosif sur le rebord. [...] Cet aménagement provoquait
également la mise en eau fréquente des piliers de bois et favorisait leur
52conservation » . Le système avait également son revers et pouvait
« entraîner localement des phénomènes de dissolution et provoquer la
53formation de cavités souterraines (fontis) dans les niveaux sous-jacents » .
Des recharges de nivellement pouvaient également être placées en surface
pour égaliser le terrain. Les matériaux de construction proviennent selon
toute vraisemblance du creusement des fossés.

En analysant le mode de construction des mottes en Normandie, Anne-Marie
Flambard-Héricher a observé que les terres rapportées devaient être
maintenues au moyen d’un soutènement, qui pouvait être la roche en place,
une structure préexistante en bois ou en pierre ou encore une armature de
poteaux. Elle a également fait remarquer que la maçonnerie a été
54régulièrement utilisée pour consolider les parois de la motte .

La construction d'une tour en pierre sur une motte requiert une bonne
stabilité de la motte. Un damage approprié est indispensable à la bonne de l'édifice. On estime généralement que « cinquante à cent ans de
tassement » étaient nécessaires « pour que la motte pût supporter le poids de
55la maçonnerie » . Sur certains sites, la motte a été entièrement ou
partiellement chemisée afin de garantir la stabilité des terres constitutives de
la motte et de l'édifice qu'elle supporte.


mottes en Normandie et sur ses marges, dans Cahier des Annales de Normandie, n°32, Caen,
2002, p. 127.
51 RACINET [P.], Le site castral et prioral de Boves du Xe au XVIIe siècle, dans Revue
archéologique de Picardie, n° spécial 20, Amiens, 2002, p. 22.
52 Ibidem, p. 22-23.
53 , p. 23
54 FLAMBARD-HERICHER [A.-M.], Quelques réflexions […], p. 132.
55 BUR [M.], Le château […], p. 39-40.
18
Motte de Tournefort (Rognes, Bouches-du-Rhône) caractérisée
par un chemisage polygonal en glacis dans sa partie basse

Les écrits des ingénieurs militaires du XIXe s. nous livrent également des
informations sur la construction des palissades. Une palissade en bois se
fabriquait à l'aide de palis triangulaires de 10 à 15 centimètres de section, de
2,5 mètres de longueur, taillés en pointe aux deux extrémités et enfoncés de
80 centimètres dans le sol. Quatre hommes équipés de haches, scies, masses
et coins en bois, pouvaient produire en moyenne 40 palis par jour tandis que
19 trois hommes, dont un bûcheron-charpentier, munis de pelles, pioches,
tarières, marteaux, haches, serpes pouvaient poser jusqu'à 12 mètres de
clôture en journée. La construction d'une motte apparaît donc relativement
56rapide, nécessitant cependant un outillage en fer .
Un grand nombre de mottes ont été élevées sur des domaines ruraux
57préexistants et dépourvus de bâtiments militaires . D’autres châteaux sont
apparus en remaniant aux X-XIIe s. des forteresses de type carolingien. Elles
font alors l'objet d'un surmottement (arasement des structures existantes et
58édification d'une motte) ou d'un emmotement d'un bâtiment existant (par
59exemple Doué-la-Fontaine) . Les forteresses antérieures aux châteaux à
motte disposaient d’une enceinte de type linéaire avec souvent un plan
bipartite, composé d’un enclos pour le maître et d’un espace pour les
dépendances. Comme ces forteresses n’étaient plus adaptées aux exigences
militaires d’alors, leur défense s’est vue renforcée d’une motte surmontée
60d’une tour en bois .
4. Fonctions
4.1. La résidence des châtelains
La période de la diffusion des mottes correspond à celle de « la plus grande
61diffusion de la seigneurie châtelaine » . Le château à motte constitue ainsi
62« l’habitat caractéristique de la couche sociale des châtelains » . Pour
certains chercheurs, la motte castrale est le siège du seigneur châtelain aux
63XI-XIIe s. et du seigneur depuis le XIe s. jusqu’au XIIIe s .
Il se disait encore récemment que ces aristocrates du XIe s. ne formaient pas
une classe nouvelle, ce ne sont pas des gens venus de nulle part, mais au
64contraire descendaient de lignages très anciens (VIIIe-IXe s.) . Aujourd’hui
des auteurs reconnaissent qu’ « il n’y a que très peu de liaisons
généalogiques possibles ou vraisemblables entre les anciens viguiers
65carolingiens et les lignages châtelains » .
56 Ibidem, p. 30.
57 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 90 et FOURNIER [G.], Le château […], p. 75.
58 L'emmotement n'est cependant pas systématiquement utilisé dans le cas de la réutilisation
de site mais peut aussi être adopté pour la construction de tour sur motte pour des seules
raisons de stabilité.
59 MESQUI [J.], Châteaux […], p. 17-18.
60 FOURNIER [G.], Le château […], p. 72-74.
61 Les fortifications […], p. 94.
62 DEBORD [A.], A propos […], p. 97.
63 Les fortifications […], p. 94.
64 Ibidem, p. 88-89.
65 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 49-62.
20C’est, avec la constitution des seigneuries châtelaines, le moment d’une
transformation politique (XIe s.) et du nouveau rapport de forces qui s’établit
66entre le Prince et ses sujets . Les Princes connaissent en cette période
d’insécurité un fléchissement de leur pouvoir et éprouvent des difficultés à
contrôler leurs territoires. Ils font alors reposer leur système de défense
territorial sur une série de mottes qui jouent un rôle essentiellement militaire
67et renforcent ainsi leur puissance territoriale . Ces mottes-là ont fini par
échapper « à leurs constructeurs et ont donné naissance à de nouvelles
68châtellenies indépendantes » .

Beaucoup d’autres mottes « ont été bâties alors en dehors de la puissance
69publique » principalement dans des régions où l’autorité du Prince n’a pas
70été forte . Mais même dans ce cas, ce sont des aristocrates qui y résident.
Ces châtelains ont à leur tour pu construire d’autres mottes à fonction
71militaire dans le ressort de leur territoire .

Comme ces mottes sont utilisées par le châtelain pour exercer un pouvoir de
contrôle et de domination, il n’est pas rare de voir que des mottes
72investissent des sites sans valeur stratégique ou topographique .

Les Princes, nous l’avons vu, ont construit des mottes. Elles ne sont toutefois
que rarement habitées par ceux-ci. Les Princes ont préféré aux X-XIIe s.
73résider dans leur palais .

Quant à la petite chevalerie de village, elle ne construisait pas de mottes pour
y habiter, elle n’avait les moyens que de se construire une ferme pourvue
74d’éléments de défense . Par contre, ces chevaliers (l’aristocratie
chevaleresque, les milites) ont pu être fixés dans des mottes afin d’être
au « service domestique des châtelains et des princes », de garder « les
fortifications secondaires de leurs seigneurs » ou encore de contrôler les
75défrichements .

Remarquons enfin que si les châteaux à motte caractérisent une
76transformation sociale, d’autres types de châteaux y sont associés . Car à

66 IDEM, A propos […], p. 93.
67 Ibidem, p. 96-97.
68 , p. 93-94.
69 Ibidem.
70 IDEM, Aristocratie […], p. 72.
71 IDEM, A propos […], p. 97.
72 IDEM, Aristocratie […], p. 89.
73 IDEM, A propos […], p. 96-97.
74 Ibidem, p. 97.
75 Ibidem.
76 , p. 93.
21 côté de la motte, se répand un autre type d’habitat fortifié, un autre type de
résidence castrale : l’enceinte castrale. Certains auteurs évoquent même une
concurrence entre ces deux types de fortifications. L’enceinte pourrait
représenter « une résidence fortifiée traditionnelle quelque peu archaïsante
ou conservatrice dans les formes » pour des grands seigneurs alors que la
motte pourrait être rapprochée aux périodes de troubles où « l’autorité
77publique rencontre de multiples difficultés » . L’enceinte circulaire apparaît
comme un ouvrage facile à élever, nécessitant peu de matériaux et de
78 79travail . La motte serait « une innovation de temps nouveaux » , demandant
80là aussi peu d’argent et de temps pour l’ériger .


Rochefort (Drôme) : le donjon a été construit dans le flanc ouest de la
motte vers 1220. La partie haute de la tour accueillait les parties nobles
tandis que la salle basse servait de réserve

4.2. Une fonction principalement militaire

81Le château à motte est avant tout une fortification , « adaptée aux
82techniques militaires courantes » : il a pour origine une fonction

77 Les fortifications […], p. 50-51.
78 Ibidem, p. 53.
79 , p. 64.
80 Ibidem, p. 14 et 93.
81 DEBORD [A.], A propos […], p. 93.
82 Les fortifications […], p. 93.
22 essentiellement militaire et n’a pas été systématiquement le siège d’une
83résidence .

D’ailleurs certaines mottes étaient de taille si réduite (avec des tours
n’excédant pas 100 mètres carrés au sol) qu’elles n’ont pas pu constituer un
habitat : ces ouvrages de terre comportaient une tour, généralement en bois,
84 85et formaient des postes de guet . La basse-cour est alors absente .

Des mottes pourraient également avoir été construites comme «
enceinte86refuge », sans habitat et basse-cour et à proximité d’un habitat de plaine .

D’autres étaient destinées à protéger un bâtiment résidentiel à proximité, un
87donjon par exemple .

Des mottes secondaires ont pu renforcer la défense de l’enceinte extérieure,
88par exemple à un point faible de celle-ci , ou encore une fortification plus
89importante .

Un certain nombre de ces fortifications n’ont eu qu’une existence éphémère.
C’est le cas notamment des mottes qui ont été construites comme forces
d’attaque au cours d’un siège. Ces mottes s’érigeaient bien entendu sans
90basse-cour .

4.3. Un rôle dans les défrichements

Une corrélation peut être établie entre la multiplication des châteaux à
mottes et les défrichements aux XI et XIIe s., notamment dans l’Allier. En
Charente, à la limite du Poitou, le défrichement de forêts s’est accompagné
91« d’implantation de mottes […] qui en soulignent les anciennes limites » .
La motte est considérée ici comme le siège d’une « seigneurie foncière et
92comme point d’appui des défrichements » .


83 DEBORD [A.], A propos […], p. 94-95.
84 Les fortifications […], p. 22 et DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 175.
85 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 73.
86 Les fortifications […], p. 26.
87 FOURNIER [G.], Le château […], p. 69.
88 Ibidem, p. 69 et 76.
89 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 74.
90 IDEM, A propos […], p. 94-95.
91 Les fortifications […], p. 99
92 fications […], p. 98-100 et 119 et DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 74.
23 Motte de Beaumont (Deux-Sèvres) renforcée coté « mont » par des
fossés et levées de terre disposées en croissant
S’il apparaît que les mottes de défrichement se soient bien répandues dans
certaines régions, il n’est toutefois pas possible d'attester que ces mottes
aient été construites par un seigneur pour contrôler la masse paysanne
œuvrant aux défrichements, ni qu'elles aient été érigées comme point de
départ d’un ment ni même qu'elles aient été construites comme lieux
93de refuge pour les paysans défricheurs eux-mêmes .
93 DEBORD [A.], A propos […], p. 95-96.
244.4. Une vocation industrielle

Il a été démontré que certaines mottes ont été construites à proximité
94immédiate d’un site à vocation industrielle ou minière (comme à Farges à
95Saint-Nectaire dans le Puy-de-Dôme ).

4.5. Un contrôle des routes

Il semble également que la localisation de mottes correspondait « à des sites
de croisement de routes et voies d’eau » et à des franchissements de
96 97rivières devenant ainsi des points de péage et de surveillance .


Motte des Sept Planètes (commune d'Arneke, Nord)

4.6. Un générateur de bourgs castraux

Aux XI-XIIe s., voire même au XIIIe s., un bourg a pu se constituer à
proximité de la motte et de sa basse-cour, le plus souvent de manière
spontanée. Le bourg castral devient ainsi le chef-lieu de la châtellenie, dans
ses aspects politique, économique, judiciaire et religieux. Le châtelain va
alors tirer profit de la création de bourgs, de foires et de marchés. Ces

94 DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 74 et DUVAL [J.-L.], Métallurgie et défrichement en
forêt de Paimpont au Moyen-Age, dans Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, n°107-3,
Rennes, 2000, p. 16-17.
95 Voir partie II, Chapitre I, section 30.
96 Voir par exemple la Motte de Gué (Bretagne) dans DUVAL [J.-L.], Métallurgie […],
p. 11.
97 Les fortifications […], p. 100-101 et DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 74.
25 châteaux engendrent une concentration de population qui en cas d’attaque se
98réfugie dans la forteresse .

Quelle que soit sa fonction, le château à motte reste d’abord une
99fortification , soit un instrument de contrainte, « l’affirmation locale d’un
rapport de forces » que le résident exerce sur ses paysans ou son ban ou
100encore tout simplement pour faire la guerre . La construction d'une tour sur
motte constitue l'affirmation du pouvoir par un double symbole, l'un
d'essence « banale » puisque la motte était édifiée grâce aux terrassements
établis par la corvée, l'autre d’essence noble, puisque la tour ne pouvait être
construite que par des artisans maçons ou charpentiers, non pas les
101corvéables du voisinage » .


98 Les fortifications […], p. 96-97 et DEBORD [A.], Aristocratie […], p. 93-98.
99 DEBORD [A.], A propos […], p. 93.
100 Ibidem.
101 MESQUI [J.], Châteaux […], p. 19.
26 CHAPITRE 2 : LES SOUTERRAINS AMÉNAGÉS

1. Définition et typologie

Les souterrains aménagés sont des structures architecturales constituées d'un
ensemble de salles et de galeries généralement creusées dans la roche. Ces
salles et galeries sont structurées et organisées de manière rationnelle afin de
pourvoir au rôle qui leur est destiné. Les souterrains sont presque toujours
liés à l'habitat et peuvent en constituer le prolongement, voire même une
partie indissociable. Ils ont généralement été creusés dès l'origine par
l'homme dans le but d'être occupés durant des périodes plus ou moins
longues. Les galeries et salles sont dès lors le plus souvent à taille humaine
et forment un réseau plus ou moins étendu en fonction des besoins
rencontrés par ceux qui devront occuper le lieu.

Les souterrains aménagés se distinguent ainsi de nombreux autres types de
cavités souterraines (carrières, mines, aqueducs, caves) par leur
caractéristique d'habitabilité, d'aménagement destiné à l'occupation par
l'homme. Ils se distinguent également des habitations troglodytiques par le
caractère temporaire de leur occupation. Alors que les habitations
troglodytiques constituent des habitations permanentes, les souterrains
aménagés ne sont généralement utilisés que de manière sporadique et limitée
dans le temps. Ils ne constituent pas un habitat à proprement parler mais en
font partie intégrante.

Les souterrains aménagés ont été divisés en plusieurs grandes catégories
correspondant à leurs diverses utilisations :
- les souterrains refuges ;
- s de fuite et de communication ;
- s de stockage ;
- les souterrains cultuels ;
- s annulaires.

Cette typologie n'est pas exhaustive et ne doit pas laisser penser que nous
sommes dans un monde manichéen où chaque souterrain aménagé appartient
exclusivement à telle ou telle catégorie. De nombreux souterrains ont reçu
des destinations multiples soit en même temps soit à différents moments de
leur utilisation. Ainsi par exemple, un souterrain lié à un habitat rural peut
tout à la fois servir de refuge en période troublée, de zone de stockage tant
en temps de paix qu'en période troublée et d'abri contre le froid. Cette
typologie des utilisations des souterrains aménagés correspond dès lors plus
à une identification de l'usage principal d'un souterrain et aux
caractéristiques architecturales qui en découlent qu'à la définition d'un usage
strict.
27 Comme toute typologie, celle-ci est imparfaite en ce sens qu'elle oublie
certaines particularités locales, qu'elle mélange à la fois les formes et les
fonctions et qu'elle donne une interprétation à l'usage de certaines cavités
dont la fonction n'a pas encore été clairement définie. Cette catégorisation
permet cependant de mettre en évidence un certain nombre de
caractéristiques des souterrains aménagés.
1.1. Les souterrains refuges
Les souterrains refuges ont été conçus afin d'assurer la protection d'un
groupe de personnes pour une durée plus ou moins longue contre une
menace qu'il s'agisse de pillages, de siège ou de brigandage. Ils sont dotés
d'aménagements fonctionnels destinés au confort des occupants (banquette,
foyer, ...), à leur
défense (fermeture,
piège, trou de
visée, ...) ou encore
à leur survie (trous
d'aération, puits à
eau, ...). S'ils
s'ouvrent
aujourd'hui
fréquemment dans
des forêts, champs
ou autres endroits
non habités, les
souterrains refuges
étaient presque
systématiquement
associés à un
habitat fortifié ou
non.
Les souterrains
refuges villageois
du Nord de la
France, appelés
localement
« muches »,
constituent un cas
un peu particulier
de souterrain
aménagé datant de Voûte à redans du souterrain refuge villageois
la fin du XVe, des de Mesnil Domqueur (Somme)
28XVIe et XVIIe s. Creusés par les populations villageoises pour se réfugier
durant les périodes troublées qu'ont constituées la guerre de Cent Ans, les
guerres entre le roi de France et les ducs de Bourgogne, les guerres de
religion, ou encore la guerre de Trente Ans, ils sont organisés sur un modèle
villageois. Prenant son entrée à proximité de l'église ou d'un bâtiment fort du
village, une galerie, couverte de dalles en grès ou voûtée en redan, traverse
les couches de terres meubles et de roches friables pour parvenir dans la
craie où s'étend le souterrain. Celui-ci est formé d'une ou de plusieurs
galeries principales appelées « rues » desservant un ensemble de petites
salles latérales. Chaque salle, simple, double, voire triple, abritait une famille,
ses biens et son bétail durant la période de tensions. Les « rues » peuvent
être plus ou moins nombreuses (jusqu'à 7 au souterrain de Talmas) et
desservent jusqu'à une centaine de salles. On compte près d'une centaine de
muches réparties sur les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et du
Nord.

Le caractère de refuge offert par le site souterrain est multiple :
- dissimulé et caché, il n'est pas aisément repérable même s'il est lié à
un habitat ;
- il est creusé dans la roche et offre une protection de pierre alors que
les habitations de surface, auxquelles ces souterrains sont liés,
n'offrent pas le même degré de protection ;
- le noir absolu dans lequel serait plongé l’assaillant offre un avantage
au réfugié.


Salle avec pilier dans le souterrain de La Fouleresse (Vienne)
29 1.2. Les souterrains de fuite et de communication
Les souterrains de communication et de fuite relèvent le plus souvent du
monde légendaire. Constituant autant un point d'entrée qu'un point de sortie,
les souterrains de fuite sont peu nombreux et le plus souvent bien fortifiés
(souterrain de Betz-le-Château). Tant les souterrains de fuite que ceux de
communication ne s'étendent généralement pas sur une longue distance. Ils
permettent généralement de relier deux points d'une forteresse ou de fuir
celle-ci pour aboutir à peu de distance dans la campagne. Le souterrain de
fuite du château de Puyguilhem (Dordogne) est l'un des rares exemples.
1.3. Les souterrains de stockage
À la différence des souterrains-refuges, les souterrains de stockage n'ont pas
été conçus pour accueillir des personnes pour une durée longue. Ils ont un
caractère purement utilitaire en relation avec les activités de surface. Les
galeries sont relativement larges, aisées d'accès, ponctuées de fermetures
destinées à sécuriser l'accès aux richesses entreposées et desservent des
102salles où sont stockées les denrées. Les cavités à cellules latérales sont un
cas de souterrain de stockage caractéristique. Les souterrains présentant des
silos peuvent aussi être rangés dans cette catégorie bien qu’ils puissent
souvent également être associés à la catégorie des souterrains-refuges.
1.4. Les souterrains cultuels
Cette catégorie est la moins bien définie de cette typologie. Certains
souterrains présentent des plans et des caractéristiques architecturales ne
permettant pas de mettre en évidence un usage fonctionnel. Par défaut,
certains auteurs ont prêté une interprétation cultuelle ou énigmatique à ces
souterrains. Cette interprétation est alimentée par quelques « textes du XIe
au XIIIe siècle [qui] révèlent l'existence de conventicules utilisés pour des
cultes non officiels. Il est difficile de savoir la vérité à leur propos, mais il est
103très curieux de voir les mêmes accusations en des lieux aussi variés » .
102 Voir à ce propos par exemple CAMUSET [J.-L.], Les caves à cellules régulières, dans
Subterranea. Bulletin de la Société Française d'Etude des Souterrains, n°82, Artenay, 1992,
p. 61-64.
103 PIBOULE [P.], Un habitat souterrain fortifié du moyen âge: Les souterrains aménagés
du Châtelleraudais, dans Archéologie médiévale, n°1, Caen, 1971, p. 257.
301.5. Les souterrains
annulaires

Les souterrains annulaires
se différencient des autres
souterrains par leur plan en
forme d'anneau. Le
souterrain annulaire type
présente au départ une
galerie rectiligne et fait
ensuite une boucle.
Certaines variantes
présentent deux ou trois
anneaux. Des galeries
peuvent également être
dotées d'un goulot limitant
le déplacement dans le
souterrain. Ces souterrains
se rencontrent
essentiellement dans le
Massif central et dans la
région de Bressuire (dans
les Deux-Sèvres). Cette
forme peu conventionnelle
pour un souterrain et le
manque de fonction Galerie d'un souterrain annulaire
pratique qui peut y être de la Loire
associé font dire à certains
auteurs qu'il s'agit de souterrains creusés à des fins cultuelles tandis que
d'autres préfèrent y voir une fonction de stockage.

Souterrain annulaire du Chapt (Loire)
31 2. Aménagements les plus fréquemment rencontrés dans les souterrains
aménagés

2.1. Aménagements utilitaires

a. Systèmes d'aération

Afin d'assurer un
renouvellement de l'air
dans le souterrain, des
conduits verticaux de
10 à 20 centimètres de
diamètre ont été
creusés dans la voûte
du souterrain pour
rejoindre l'extérieur.
Ces conduits creusés à
l'aide d'une tarière ont
parfois été préservés
lors du rebouchage du
puits d'extraction.
Dans ce second cas, ils
se présentent
fréquemment sous
forme de conduits
latéraux réservés dans
la paroi du puits
d'extraction. Quelques
souterrains du Poitou
(Prinçay, Champniers)
présentent aussi la
particularité d'être
dotés de tuyaux en
Souterrain de La Chaume (Vienne) : trou
céramique qui ont été d'aération dans la voûte et, dans la paroi,
placés dans le puits encoches ayant facilité le creusement de celui-ci
d'extraction au
moment où celui-ci a été rebouché. Les datations par thermoluminescence de
104ces céramiques font remonter leur cuisson aux XVe-XVIe s . Certains
souterrains présentent des conduits verticaux pouvant atteindre 40
centimètres de diamètre (ex. La Tourette, Vienne) laissant présumer une
fonction mixte d'aération et d'apport de lumière.

104 TRIOLET [J.] et [L.], Les souterrains. Le monde des souterrains-refuges en France,
Paris, 1995, p. 27.
32 b. Puits de lumière

Certains souterrains (Brézé en Anjou, Berrie dans le Poitou, Fosse Rouge en
Touraine), essentiellement situés aux confins de l'Anjou, de la Touraine et du
Poitou, disposent de puits de lumière caractérisés par un large puits carré ou
rectangulaire pouvant atteindre sept mètres de côté (La Bouchardière) et
illuminant les galeries s'articulant autour du souterrain par des embrasures
s'évasant vers l'intérieur. Ces ouvertures assuraient également une ventilation
correcte du souterrain.


Fosse-Rouge (Indre-et-Loire) : puits de lumière et ses ouvertures vers le
souterrain

c. Silos

Comme déjà indiqué précédemment, de nombreux souterrains, qu'ils soient
refuge ou de stockage, présentent, creusés au sol ou dans les parois, des silos
ovoïdes ou à fond plat destinés à recevoir des denrées. Le silo était rempli du
produit des moissons avant d’être fermé par un opercule en pierre ou en bois.
Les parois étaient recouvertes de paille. Le peu d'oxygène disponible était
consommé par une partie des céréales qui germent au contact de l'humidité
des parois tandis que le reste des denrées étaient conservées jusqu'à la
réouverture du silo.



33 Les silos étaient destinés à recevoir des produits céréaliers à destination
humaine mais aussi animale, comme l'a montré la fouille du site de
105Chaladais (Haute-Vienne) . Les denrées pouvaient également servir à
réensemencer la terre à la saison suivante.
Souterrain de la Tourette (Vienne) : silo
d. Puits
Certains souterrains sont dotés d’un puits ou d'une source
d'approvisionnement en eau (telle une fontaine). Dans certains sites, un puits
de surface traverse le souterrain et fournit de l'eau tant à la surface qu'aux
occupants du souterrain. De nombreux souterrains ne disposant pas de point
d'eau, on peut imaginer que l'eau était amenée dans des récipients en cas
d'occupation du souterrain.
105 CONTE [P.], Souterrains, silos et habitat médiéval. Etat de la question archéologique en
Limousin et Périgord, dans Hérésis, n°2, Carcassonne, 1990, p. 269.
34
Puits à eau du souterrain de La Fouleresse (Vienne)

e. Niches

Des niches de toutes formes garnissent les parois des galeries et salles des
souterrains aménagés. De relativement petite taille, les niches à lampes sont
fréquentes, disposées à espaces réguliers dans les galeries lors du creusement.
Des niches plus grandes, avec ou sans rebord, étaient destinées à recevoir
des objets de la vie courante. Certaines niches étaient dotées de feuillures
horizontales prêtes à recevoir une pièce de bois séparant la niche en deux
dans le sens de la hauteur. Plus proches du sol, certaines niches à rebord,
parfois dotées d'anneaux, semblent avoir servi de mangeoires pour animaux.
Des niches plus grandes, avec ou sans rebord, ont pu servir à abriter les
occupants du souterrain voire éventuellement à s'y cacher.

f. Banquettes

Un très grand nombre de souterrains aménagés comportent des banquettes
taillées dans le rocher. Certaines sont suffisamment larges pour servir de
paillasse.

35 Souterrain du Quellay (Indre-et-Loire) : banquette
g. Cheminées
Des traces de foyers associés à une cheminée peuvent être rencontrées. Dans
106le souterrain de Petit-Savoie (Vienne) , un four est associé à une large
cheminée aménagée dans un puits d'extraction. Un tel aménagement
démontre que le souterrain peut servir ou être réutilisé pour des activités
domestiques.
2.2. Éléments de défense passive
a. Feuillures et systèmes de fermeture
Caractéristique importante de la plupart des souterrains aménagés, les
feuillures sont constituées d'une rainure d'une dizaine de centimètres de côté
et de profondeur dans deux parois latérales dans lesquelles des rondins de
bois étaient placés les uns au-dessus des autres sur toute la hauteur de la
galerie. La feuillure pouvait également accueillir un cadre en bois dans
laquelle une porte en bois était fixée. Des encoches en forme de virgule
faisant face à un trou cylindrique accueillaient une barre de bois permettant
de tenir cette porte fermée. Une barre filante pouvait également coulisser
devant une porte afin de la bloquer (Chapelle Saint-Landaure).
106 STEVENS [L.], Le souterrain de Petit-Savoie (Vienne), dans Subterranea. Bulletin de la
Société Française d'Etude des Souterrains, n°128, Artenay, 2003, p. 106-117.
36
Fermeture en virgule du souterrain de Fouleresse
(Vienne)

b. Goulots

Tout comme les portes et autres systèmes de fermeture, les goulots ou
chatières permettent de ralentir la progression d'une personne dans le
souterrain et de le rendre invulnérable. Le goulot présente généralement une
forme circulaire sur une longueur de 50 centimètres à plus d'un mètre, pour
un diamètre variant entre 40 et 60 centimètres. Il peut être construit ou le
plus souvent creusé, horizontal ou vertical. Bien qu’il soit présent dans la
plupart des régions de France, il apparaît plus fréquemment dans les régions
37 107du Limousin, de la Marche, de la Touraine et du Poitou . Dans le souterrain
de Ré (Touraine), un bouchon de pierre percé d'un trou de visée permettait
de clore la chatière.
Plus rarement, certains souterrains sont dotés d'un goulot vertical mettant en
relation deux niveaux distincts du souterrain (Motte Bacher, Vienne).
108Exceptionnellement, le goulot est oblique (La Plante, Vienne) .
Goulot dans une salle d'un souterrain de la Loire
c. Puits piège
Véritable chausse-trappe plantée au milieu d'une galerie ou d'un passage, le
puits piège mesure un à deux mètres de profondeur et permet de blesser,
ralentir ou immobiliser une personne.
107 PIBOULE [P.], Les souterrains aménagés de la France au moyen âge: Ombres et
lumières d'un problème d'archéologie médiévale, dans Archéologie médiévale, n°8, Caen,
1978, p. 138.
108 Ibidem.
382.3. Éléments de défense active

a. Trous de visée

Petits orifices
généralement horizontaux
reliant deux points du
souterrain, les trous de
visée permettent au
défenseur d'attaquer un
assaillant à l'aide d'une
pointe ou d'une arme de
type arc, arbalète ou arme
à feu pour les souterrains
les plus tardifs. Combiné
avec des éléments de
défense passive tels que
porte ou chatière, le trou de
visée accroît l’efficacité de
la défense de la structure
souterraine.






Trou de visée dans l'axe d'une galerie
d'accès au souterrain du Grand Noyer
(Indre-et-Loire)
3. Le creusement

3.1. Les outils et méthodes de creusement

Les outils utilisés pour creuser les souterrains sont simples, comparables à
ceux que les carriers utilisaient pour extraire la pierre (dans les carrières).
Les matériaux dans lesquels sont creusés la plupart des souterrains sont
généralement relativement tendres (tuffeau, craie, marne, granit en
décomposition, …) et se laissent creuser assez aisément à l’aide d’un pic ou
d'une escoude.

Le pic, légèrement incurvé, mesurait une cinquantaine de centimètres de
long et était terminé aux deux extrémités d’une fine pointe ou d’un bord plat
facilitant la taille de la roche. La pointe n’était pas trop effilée, peut-être
39 même volontairement émoussée, afin d’éviter de ne pouvoir retirer le pic
109fiché dans la roche . L'escoude est un pic à manche long permettant de
creuser des sillons d'extraction de bloc plus profondément.
Nous connaissons essentiellement les outils grâce aux traces de pic dans les
souterrains et aux carriers qui jusque dans le courant du XXe s. ont exploité
les carrières de façon artisanale. Jusqu’à présent, les fouilles en souterrain
aménagé n'ont permis de découvrir qu’un seul pic à double bec dans un
souterrain annulaire de la montagne Thiernoise à Saint-Rémy-sur-Durolle
110(Puy-de-Dôme) . Le métal étant un bien rare, il est vraisemblable que le pic
était refondu lorsqu’il était abandonné ou trop usé.
Pour travailler dans les meilleures conditions, l’ouvrier devait disposer d’un
éclairage aussi satisfaisant que possible. Il utilisait des lampes à graisse
munies d’une mèche qu’il disposait dans des niches qu’il creusait dans les
parois des salles et galeries. Le carrier pouvait également ficher une petite
piquette de bois dans la paroi sur laquelle reposait une lampe à graisse. Les
traces de ce type d’éclairage sont plus difficiles à distinguer de nos jours.
Plusieurs lampes ont par contre été retrouvées dans les souterrains et offrent
un bon aperçu des techniques d’éclairage.
Souterrain de Petit-Savoie : lampe découverte dans le souterrain
109 TRIOLET [J.] et [L.], Les souterrains […], p. 47.
110 DOURVERT [H.], Souterrain de la Côte à Saint-Remy-sur-Durolle (Puy-de-Dôme), dans
Subterranea, Actes du 25ème congrès de la Société Française d'Etude des Souterrains,
SaintRémy-sur-Durolle, 20, 21 et 22 juillet 2002, Artenay, 2002, p. 119.
40
Dans les longues galeries, les petites niches creusées à intervalles réguliers à
hauteur d'homme sont typiquement des niches à lampes (ex. La
RocheClermault, Rigny Ussé). Afin que le front de taille ne se situe pas dans son
ombre, un carrier gaucher situait systématiquement la lampe dans la paroi de
droite et inversement pour un carrier droitier. Il arrive de rencontrer dans
certains réseaux des niches systématiquement d’un côté de la paroi puis
systématiquement de l’autre : deux équipes ont alors creusé chacune un
couloir en direction l’une de l’autre, en s’orientant à l’aide du son des coups
de pic sur la roche.

Afin d’extraire les matériaux hors du souterrain, par un puits d’extraction ou
par une entrée en pente douce, les artisans devaient vraisemblablement
utiliser des seaux, paniers, brouettes, civières ou sacs résistants. Un treuil ou
des cordes étaient utilisés pour extraire les déblais et blocs par les puits
d’extraction. Si, dans les carrières, les blocs étaient extraits sur des charrettes
tirées par des ânes ou mulets, dans les souterrains, l’exiguïté du lieu
empêchait de travailler de cette manière.

Selon qu’il s’agisse d’une salle de relativement grande dimension ou d’une
petite galerie étroite, la méthode de creusement devait varier
considérablement. Dans les grandes salles, les techniques de creusement
devaient être très proches de celles utilisées en carrière dont les principales
phases sont les suivantes : face à un front de taille, le carrier creuse au pic un
sillon d'environ 40 centimètres de profondeur tout autour du bloc à extraire.
Ensuite, des coins de bois dur étaient introduits dans les entailles afin de
détacher le bloc de la paroi. Placés à intervalles réguliers, les coins étaient
enfoncés progressivement à l'aide d'une masse jusqu'à ce que le bloc se
détache de la roche en place. Devant le bloc à détacher, étaient placés des
petits blocs de roche (appelés « gendarmes ») ou un lit de gravats et de
poussières de roche ayant pour rôle d’amortir le bloc dans sa chute.

Dans le cadre d’un souterrain aménagé, il est vraisemblable que les salles les
plus grandes aient été creusées selon cette méthode. Un souterrain tel que
celui de la Chapelle-Saint-Landaure présente les traces d’une telle technique
de creusement. Les blocs étaient ensuite débités sur place pour être remontés
par les puits d’extraction ou ressortis par les couloirs étroits. En surface, si le
matériau était de qualité, il pouvait être vendu et servir à la construction.

En ce qui concerne les galeries, cette technique ne pouvait certainement pas
s’appliquer. Les lieux étant étroits, coudés, de forme variable, l’important
était de débiter des blocs de faible taille faciles à évacuer. À l’aide des
mêmes outils, la roche semble donc avoir été concassée en morceaux et
évacuée vers le puits d’extraction le plus proche ou vers l’entrée.
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