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Art & reconstruction

De
108 pages
Et si les arts et les artistes étaient d'abord articulés au passé, au point qu'il serait plus adéquat de parler de reconstruction plutôt que de création, car, du passé, non seulement on ne pourrait faire table rase, mais surtout on tenterait toujours de le reconstruire. Reconstruction de soi, reconstruction de sa propre œuvre, reconstruction de son art et enfin, reconstruction de l'art : cet ouvrage explore cette thématique entre art et reconstruction au travers de sept contributions d'artistes et de chercheurs.
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Eidos
RETINA
Sous la direction de François Soulages&Alejandro Erbetta
Art&reconstruction
Série Collection
Art & reconstruction
ème Ce livre est le 103 livre de la
dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei) Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),nret-osdemoalprtsiréàemuDinam 44 Bertrand Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),siècleMétamorphoses allemandes & avant-gardes au XX 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 58 F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Allers-retours géoartistiques & géopolitiques60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves 61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images.62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité 63 Thierry Tremblay,Frontières du sujet. Une esthétique du déclin Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Secrétariat de rédaction Cécile Girousse Publié avec le concours de
Sous la direction de François Soulages & Alejandro Erbetta Art & reconstruction
Des mêmes auteurs Frontières & migrations. Allers-retours géoartistiques & géopolitiquesL’Harmattan, collection Paris, Eidos, série RETINA, 2015.Frontières & mémoires, arts & archives Paris, L’Harmattan, collectionEidos, série RETINA, 2015.Fronteras, Memorias, Artes y Archivos,Buenos Aires, ArtexArte, 2016. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11973-1 EAN : 9782343119731
Introduction Les arts & les reconstructions Nous n’avons qu’une ressource avec la mort : faire de l’art avant elle. 1 René Char  Avec les arts, il est commun de parler de « création », entendant par là non tant que l’artiste est comme un dieu qui créeex nihilo, mais plutôt qu’il est tourné vers l’avenir ou au moins le présent et non vers le passé. Et s’il en était justement autrement ? Et si les arts et les artistes étaient d’abord articulés au passé, au point qu’il serait plus adéquat de parler dereconstructionque de plutôt création, car, du passé, non seulement on ne pourrait en faire table rase, mais surtout on tenterait toujours de le reconstruire.  Mais comment ? Mais pourquoi ? Mais surtout est-ce possible ? A l’image de la photographicité, le travail de tout artiste n’est-il pas justement cette articulation de la perte et du reste ? Et face à ce couple tendu perte/reste, la reconstruction, mieux les reconstructions ne travaillent-elles
1 Char (R.). « Les dentelles de Montmirail », in « Quitter », inLa parole en archipel,inŒuvres complètesGallimard, Bibliothèque de la Pléiade, (Paris, 1983, p. 413).
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pas d’abord son articulation même, le « et » qui tente de relier perte irrémédiable et reste qu’avec art elles essaient d’accommoder ? Et si certains artistes cherchent dans l’exploration du passé et de la mémoire la possibilité de produire une création, s’ils explorent et exploitent les histoires individuelles, familiales et collectives comme point de départ de leurs reconstructions, cherchant à produire de nouvelles significations, notamment par un travail de montage et donc de métamorphose, quel type d’histoires produisent-ils ? La mémoire et la fiction peuvent-elles alors aider à reconstruire les histoires d’une manière plus féconde ? Doit-on les lier ou les opposer ? Comme tout sujet, l’artiste reconstruit son passé : il essaie de le refonder, de le refabriquer ; et souvent il l’invente, il le réinvente ; et ce sans fin. Le refonder, c’est-à-dire trouver des bases à sa vie, bases solides, trouver le fameux point fixe d’Archimède ème dont rêvaient au XVII siècle Descartes, Pascal et Leibniz ; mais ces derniers étaient des philosophes-mathématiciens ; ils voulaient fonder en raison leur théorie ; ils ne parlaient pas de leur vie, à la différence d’un Augustin ou d’un Rousseau ; à la différence d’un homme sans qualité qui s’interroge, parfois avec d’autres, parfois seul dans son Journal intime, parfois en psychanalyse. Augustin fit appel à Dieu pour fonder son être et son faire, Rousseau à lui-même ; mais toute croyance en une autofondation, voire en une autoreconstruction n’est-elle pas vouée à l’échec, car habitée par une psychose marquée par le délire de toute puissance ? L’artiste doit donc faire preuve de modestie et de prudence s’il ne veut pas tomber dans l’illusion d’une reconstruction qui serait la retrouvaille à l’identique du passé. En fait, en s’installant dans le domaine de l’art, à moins d’être naïf, il sait que c’est autre chose qui s’y joue ;
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2 même Dali écrivait : « La réalité me blessait. » Il travaille l’objet, il espère l’œuvre, et pourquoi pas l’art. Non pas sans travailler le moi, la famille ou le collectif, mais à partir de ces trois réalités complexes. « A partir », donc en en partant : le pêcheur part du port, mais le poisson est en mer. Car d’ailleurs qu’est-ce que le moi ? Comment pourrait-on le reconstruire, eu égard à sa si complexe pluralité ? Outre qu’il entretient des rapports confus avec la famille et le collectif ? Alors qu’est-ce qu’une vie eta fortioriune vie reconstruite ? Ne serait-elle pas reconstruite de toutes pièces ? Et quel passé parmi tous les passés d’un sujet souvent assujetti faudrait-il, pourrait-il reconstruire ? Le vertige s’emparerait de l’artiste qui voudrait répondre à ces questions ; il se dirait alors : « Ne suis-je pas sur la voie risquée que la psychologie et la psychanalyse ne pourraient sûrement pas elles-mêmes parcourir ; alors à quoi bon ? » L’artiste doit passer par cette phase de doute pour comprendre qu’il ne reconstruit pas tant un sujet – son moi passé - qu’un objet – son œuvre future. Et cela, tous les artistes peuvent l’expérimenter, comme cet ouvrage le montre, qui analyse des exemples photographiques, cinématographiques, littéraires. Il y a comme une universalité de la démarche, universalité humaine du besoin de reconstruction et universalité artistique de la fabrication d’un quelque chose à partir du reste et par delà la perte. Le moi est le point de départ de la recherche, l’objet artistique est le point d’arrivée. Mais le moi présent peut se nourrir de ce trajet de recherche artistique, que ce soit le moi du créateur ou le moi des récepteurs de l’œuvre qui s’y retrouvent sans jamais s’y être trouvés : donc la reconstruction pas tant du sujet, ni même de l’objet, mais celle du trajet plutôt que du projet. On comprend mieux alors la phrase de Char : « Nous n’avons qu’une ressource avec la mort : faire de l’art avant elle. » L’enjeu de toute reconstruction, c’est de faire
2  Salvador Dali,La vie secrète de Salvador Dali, Paris, Gallimard, coll. L’imaginaire, 2013, p. 41.
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quelque chose – et pour l’artiste non seulement un objet artistique, mais de l’art -, avant que le passé ne s’enfuie à jamais de la mémoire du sujet et des autres hommes, avant sa mort personnelle et la mort universelle, bref, de faire à partir d’une trace – mnésique ou photographique – une chose belle et rebelle. Et cela se joue trois fois : d’abord par la reconstruction de sa propre œuvre – en revenant toujours et encore dessus pour la reconstruire sans cesse autrement et la rendre ainsi encore vivante, car en voie de reconstruction ; ensuite par la reconstruction de son art – et c’est Proust qui reconstruit autrement la littérature en s’enracinant d’abord avec plaisir et pastiche dedans, au point que la littérature ne sera jamais plus comme avant ; enfin par la reconstruction de l’art – et c’est tout l’art-contemporain qui ouvre le domaine de la lutte. 3 En effet l’art-contemporain invente de nouveaux lieux pour l’art, de nouveaux objets de l’art, de nouveaux dispositifs de l’art, de nouvelles manières de faire de l’art : il étend le domaine de l’art. Et cela est capital : il cherche à reconstruire de façon radicalement nouvelle du radicalement nouveau. Il reconstruit l’art en reconstruisant l’art-contemporain. Pour cette reconstruction de nouveaux lieux, de nouveaux objets, de nouvelles manières pour l’art : l’art-document peut utiliser le sans-art – par exemple, les photos faites par des enfants psychotiques, comme pour Pataut -, le banal comme l’a montré Danto, des documents, 4 etc… Monika Maron l’a expérimenté dansPawels Briefe, livre dans lequel elle mélange documents – photos, actes d’état-civil, procès-verbaux, etc… - et écriture quasi-romanesque ; Georges Perec procède de façon voisine avec W ou Le Souvenir d’enfance; Christian Boltanski joue à l’infini avec cette pluralité ambiguë de sources et de genres ; dès 1929, la revueDocuments de Georges Bataille a travaillé ce problème et tout l’art-contemporain explore et exploite
3 Cf.Soulages, (codir.), François Photographie contemporaine & art contemporain,Paris, Klincksieck, collection L’image & les images, 2012. 4 Monika Maron,Pawels Briefe, Francfort/Main, Fischer, 1999.
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cette mine qu’en 1997 laDocumenta X de Kassel a bien exposée. N’est-ce pas aussi avec un esprit voisin qu’Erik Kessels collectionne les photos d’amateurs ? Cette mixité des origines des matériaux premiers conduit à une hybridation et à une mixité des arts que les nouvelles technologies rendent infiniment plus faciles depuis plus de 30 ans, notamment avec le multimédia.Ce livre interroge donc ces liens multiples et complexes entre art et reconstruction. Il s’enrichit, entre autres, des communications du Colloque internationalLes arts face aux reconstructions des histoires personnelles, familiales & 5 collectiveset de recherches actuelles sur le problème. Il part des images pour essayer de penser l’art et la reconstruction : toute notre gratitude aux deux artistes qui nous ont permis de reproduire leurs photographies : Bernard Kœst et Joseph Jehl. Que soient aussi vivement remerciés Cécile Girousse et Raphaël Yung Mariano pour la relecture de cet ouvrage. François Soulages Kyoto, 18 mars 2017
5 Les arts face aux reconstructions des histoires personnelles, familiales & collectives,sous la direction de François Soulages & Alejandro Erbetta, 23 septembre 2016, dans le cadre de la 3° Semaine RETINA.Argentina, Fundacion Arte x Arte, Buenos Aires, Argentina.
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