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Autour du visible, l'image et la fuite

De
238 pages
Autour du visible, l'image et la fuite, est un livre qui aborde, depuis la pratique des arts plastiques, les enjeux de l'image, la place du visible dans la réflexion moderne. Le visible est un montage construit pour servir les autorités dans la généalogie du savoir et du pouvoir. L'auteur s'interroge sur la situation de l'individu face au monde dans une perspective foucaldienne, où il étudie les impensés structurels de la pensée admise en esthétique.
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AUTOUR DU VISIB L’IMAGE ET LA FU
Jorge Quijano Ahijado
Autour du visible, l’image et la fuite
Champs visuels Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techni-ques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme.Série : Théories de l’image / Images de la théorie Dirigée par Steven Bernas Dernières parutions Jean-Claude LEMAGNY,Silence de la photographie(présentation de Steven Bernas), 2013. Steven BERNAS (sous la dir.),Le corps sensible, 2013. Catherine BOUKO et Steven BERNAS (sous la dir.),Corps et immersion, 2012. Lorraine ALEXANDRE,Les enjeux du portrait en art. Etude des rapports modèle, portraitiste, spectateur, 2011. Steven BERNAS etJamil DAKHLIA (sous la dir.),Obscène, obscénités, 2008. Denis BARON,Corps et artifices, 2007. Estelle BAYON,Le cinéma obscène, 2007. Lilian SCHIAVI,Spectre-chair, 2006. Steven BERNAS et Jamil DAKHLIA (sous la dir.),La chair à l’image, 2006. Steven BERNAS,Les archaïsmes violents et l’image, 2006. Steven BERNAS,La croyance dans l’image, 2006.
Jorge Quijano Ahijado
Autour du visible, l’image et la fuite Présentation de Steven Bernas
Du même auteur En torno a lo visible, la fuga en las artes plàsticas,Akal ed.,coll. « Estetica y Teoria del Arte », Madrid, Espagne, 2014. Interfaces Identidades, catálogo de exposición, Inst. Leonés de Cultura, León, Espagne, 2005.© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02871-2 EAN : 9782343028712
Merci à Nathalie Reymond, Silvia Argüello, Maria Friera, Martine Pasquet, Oksana Ignatova, Rose Compain, Georges Reuland et Georges Bloess.
L’image, la fuite et le visible Présentation de Steven Bernas La fuite et le visible Le visible incarne ce que la culture désigne comme étant la part du réel que nous pouvons percevoir. Il est ce qui est perceptible ou perçu. Il suffit d’une bonne acuité visuelle, doublée d’un bon sens de l’observation pour percevoir le visible. Mais la perception du visible n’est pas une évidence pour tous. Nous ne percevons pas tous la même réalité et nous n’avons pas tous en commun une même idée du visible et de l’invisible. Le visible est par principe ce que la vue peut percevoir. L’invisible est la part du visible que nous ne percevons pas. L’invisible est pour certains la part cachée du réel, tandis que pour d’autre il incarne le divin en toutes choses. Dans cet ouvrage le visible tient la place du réel caché ou accessible que l’art révèle. Dans notre culture, la vue est souvent remise en cause par les discours sur le vu et le visible. Entre la vue et l’interprétation du réel, la mise en doute des perceptions est courante. Pour la doxa, ce que vous avez perçu dans le visible n’est pas pris pour vrai et ce que vous dites n’existe pas ou demeure quantité négligeable. Les esprits pleins de certitudes balayent ainsi d’un revers de main tout ce qui n’est pas à leur portée. Nous ne savons rien du visible mais nous prétendons tout savoir de la réalité connue et inconnue. La réalité possède cette part d’invisible que nous frôlons sans le voir, que nous nommons sans le connaître. Aussi le visible est un invisible que seuls ceux qui sont réceptifs au nouveau peuvent entrevoir dans le réel. Plutôt que de penser par soi-même son expérience intime ou son inexpérience du réel, le commun attribue au visible ce que ses limites de perception lui permettent. L’artiste, le chercheur, le poète voyant, peuvent percevoir dans le visible une réalité qui nous échappe. Aussi le visible n’est pas
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accessible à tous. Est visible ce que nous percevons comme réalité. Mais qui définit ce qui est réalité ou ce qui ne l’est pas ? Qui définit le visible et l’invisible ? Le visible est peu à peu devenu le présupposé commun d’une culture qui s’impose à chacun comme une évidence. Dans les périodes troubles de l’histoire, chacun prétend imposer la vérité de ses évidences. L’évidence du visible est fondée sur autant de présupposés non démontrés que d’apriori. Entre les fausses évidences et la réalité du visible, les préjugés se substituent au monde réel et enfoncent l’homme dans les fantasmes sur la réalité commune.Le visible devient alors brouillé par les préjugés. Nous avons beaucoup à inventer ou à découvrir encore des procédures d’analyse et de perception du visible. Car le réel n’est pas immuable et change souvent d’aspect. Le visible est un sensible qui se révèle par nos perceptions mais aussi par nos mesures, nos analyses, nos découvertes. Mais il n’appartient pas à des dogmes ni à des chapelles qui ont l’outrecuidance de s’imposer comme détentrices de la mesure du réel. Car nous sommes en mesure d’invalider le vrai pour imposer le faux qui sert nos intérêts. Nous sommes capables de balayer le plus sérieusement du monde, quasiment scientifiquement, ce que nous ne sommes pas en mesure de comprendre et cela à peu près dans tous les domaines du savoir et dans toutes les disciplines de la pensée. Nous n’avons aucun scrupule à combattre des théories avérées si elles ne servent pas nos intérêts et nos idéologies toutes faites. La remise en cause de Darwin sur l’évolution de l’espèce humaine en est un exemple patent. Ne pas admettre l’origine animale de l’homme est révélatrice des vérités de la foi aveugle. Mais il existe aussi la langue de bois. La langue de bois, dénoncée par Sartre dans l’Être et le Néantle danger explicite de toute rhétorique est démagogique même savante. Elle est un masque commode qui enferme la parole et confisque la pensée dans une pratique du discours convenu et codé que personne ne prétend à présent remettre en cause. Les sachant sont devenus des casuistes que
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nul ne conteste ni dans leur autorité ni dans leurs vérités et leur pouvoir public. Nous n’avons aucun scrupule à défaire le vrai, si nos pouvoirs sont en jeu ou si ce qui est affirmé ne nous est pas accessible. La mauvaise foi permet la dévalorisation, la disqualification du su. La modernité des savoirs peut être ainsi balayée parce qu’on ne la comprend pas. On ne sait pas tout simplement mesurer ce qui est vrai et le différencier de ce qui est faux à partir du moment où l’intérêt personnel sert de critère d’analyse. L’esprit partial sert de définition à l’expérience. Est vrai ce que nous savons voir, ce que nous savons être dans le visible. Est faux ce que nous ne savons voir sans effort face à l’analyse d’une réalité qui nous dépasse. La définition que je défends repose sur la théorie que le visible est un inconnu, un invisible, loin du catéchisme de l’homme qui a réponse à tout. Il me semble que c’est ainsi que le savoir progresse et a toujours progressé, à force de dévoiler au sein du visible et de l’invisible du monde, la réalité qui nous était alors inconnue et qui l’est toujours relativement. Ainsi l’expérience sensible permet-elle d’accéder au savoir être de la sensation plasticienne de l’artiste. Car l’artiste a ce qui précisément nous manque, une réceptivité, une ouverture, une faille. Celle-ci peut faire peur à ceux qui n’entendent pas les artistes, les penseurs, les créateurs. L’auteur assume alors la fonction d’autorité qui promeut l’impensé et percute la censure du réel, il est celui qui ouvre la faille de nos limites archaïques dans laquelle notre image gît, au centre de l’abîme du monde qui nous a fondé. Notre peur est alors incommensurable, car elle nous ouvre à l’impensable de nous-mêmes. Pour pouvoir reconnaître l’inconnu dans le visible, il est nécessaire d’accepter de recevoir le réel. Comme il faut savoir recevoir l’autre et l’accueillir en nous. Recevoir l’image du réel suppose l’intégration de l’inédit dans la connaissance et une certaine réceptivité émotionnelle à l’inconnu. C’est aussi accepter la méconnaissance. L’expérimentation scientifique et artistique procède ainsi pour intégrer la connaissance et l’expérience sensible de l’artiste.
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