60 ans de vie musicale

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Les années 1945-2015, une traversée musicale de la deuxième partie du XXe siècle, vue par un musicien qui pratiqua plus ou moins toutes les formes d'expression musicale. Henri-Claude Fantapié, chef d'orchestre, compositeur, directeur de conservatoire, musicologue, fit aussi, selon les époques, des incursions dans les mondes du jazz, de la chanson, de la musique de rue, de la critique. Ce livre est le procès-verbal partiel et partial d'une vie dans un monde en constante mutation, qui va de l'immédiat après-guerre aux premières années du XXIe siècle.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782140006555
Nombre de pages : 228
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Univers musical
HenriClaude Fantapié
60 ANS DE VIE MUSICALE
De 1945 à nos jours
60 ans de vie musicale De 1945 à nos jours
Univers Musical Collection dirigée par Anne-Marie Green  La collectionUnivers Musicalcréée pour donner la parole à tous ceux qui est produisent des études tant d’analyse que de synthèse concernant le domaine musical. Son ambition est de proposer un panorama de la recherche actuelle et de promouvoir une ouverture musicologique nécessaire pour maintenir en éveil la réflexion sur l’ensemble des faits musicaux contemporains ou historiquement marqués. Déjà parus Amin CHAACHOO,La musique hispano-arabe Al-Ala, 2016. Gérard DE SMAELE,Banjo attitudes, Le banjo à cinq cordes, son histoire générale, sa documentation, 2015. Alain VON RODEN,Essai d’initiation aux musiques médiévales polyphoniques (ou contrapuntiques), Création d’une Chapelle et d’une École musicale parisienne, Capella & Schola Parisis, 2015 Clara TESSIER,Marcel Dortort, un itinéraire musical. Du minimalisme à la synthèse sonore, 2015. Isabelle PETITJEAN,La culture pop au panthéon des Beaux-Arts.Dangerous, de Mark Ryden à Michael Jackson, 2015. Alain LAMBERT,Principes de la mélodie, Musiques populaires, philosophie, et contre-cultures,2015. Claude ROLE,François-Joseph Gossec, Un musicien à Paris, de l’Ancien Régime au roi Charles X, 2015. Michel BOSC,Jill Feldman, soprano incandescente. Bien au-delà du baroque, 2015. Dominique SALINI,Les pouvoirs de la musique, Dudiabolus in musica au showbiz traditionnel : la Corse, un laboratoire exemplaire, 2014. Philippe MALHAIRE,Émile Goué (1904-1946). Chaînon manquant de la musique française,2014.Franck JEDRZEJEWSKI,Dictionnaire des musiques microtonales - 1892-2013 (Nouvelle édition revue et augmentée), 2014. Roland GUILLON,Jazz et créativité.Au fil des sessions,2014.Johanna COPANS,Le paysage des chansons de Renaud, 2014. Paul-Marie GRINEVALD,Guillaume-André Villoteau (1759-1839). Ethnomusicographe de l’Egypte, 2014. Liliana-Isabela APOSTU,La violonistique populaire roumaine dans les œuvres de Béla Bartok et de Georges Enescu,2014. Antoine JANOT,Le cinéma est-il devenu muet ?,2014. Philippe GODEFROID, Wagner et le juif errant : une hontologie. Qu’est-ce qui est allemand ? — donner la mort,2014. Angéline YÉGNAN-TOURÉ G.,Le Gbofé d’Afounkaha. Une forme d’expression musicale de Côte d’Ivoire, 2013. Claudie RICAUD,Francis Thomé, compositeur créole, 2013.Dominique ARBEY,Francis Poulenc et la musique populaire, 2012 Leiling CHANG,Dialogues, temps musical, temps social,2012.
Henri-Claude Fantapié 60 ans de vie musicale De 1945 à nos jours
Du même auteur Le Chef d’orchestre. Art et technique, L’Harmattan, 2005. Restituer une œuvre musicale. De l’œuvre imaginée à l’œuvre partagée, L’Harmattan, 2010. Avec Anja Fantapié : « La musique finlandaise »,Boréales, n°26-29, 1983. Avec Anja Fantapié, Anni Heino, Kalevi Aho, Erkki Salmenhaara : « La musique finlandaise, des origines à nos jours »,Boréales, n°70-73, 1997. Articles dansJazz-Hot,L’Analyse musicale,Musiikki,Boréales,Larousse de la musique. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08245-5 EAN : 9782343082455
PRÉFACE
Quand de bonnes âmes, parmi mes jeunes collègues, élèves et quelques autres, survivants aléatoires d’une époque révolue, m’ont demandé de m’atteler à ce travail de mémoire, retracer soixante an-nées de méandres d’un paysage musical dans lequel j’ai vécu, tout à la fois spectateur et acteur, j’ai hésité. Comment arriver, en quelques pages, à les faire revivre ? J’avais, certes, déjà écrit une histoire de la musique d’un pays, la Finlande, souvent rédigé des articles pour des revues spécialisées et des dictionnaires, je suis aussi intervenu dans des colloques universitaires, mais l’ampleur de la tâche m’effrayait. Je suis avant tout musicien et je n’ai jamais tenu de journal des événe-ments de ma vie, et comme j’ai pratiqué presque tous les genres musi-caux, je ne voyais pas comment parvenir à les aborder séparément et chronologiquement. A tous ces arguments, il m’a été répondu que c’était cette diversité qui faisait l’intérêt de la démarche. Il m’a fallu un certain temps pour me prendre au jeu de la mémoire. Je ne voulais pas écrire une autobiographie mais je ne pouvais, acteur, qu’être au sein du mouvement. Donc difficilement impartial. J’ai tenté de faire renaître un monde qui, avec le recul, me semble avoir plus changé que je ne le croyais. En soixante ans, l’enseignement de la musique s’est transformé, on écrivait alors de la ‘’musique moderne’’ (‘’savante’’ et parfois ‘’d’avant-garde’’), loin des ‘’musiques ac-tuelles’’, du ‘’métissage’’ culturel ou de la ‘’fusion’’. Dans les années cinquante on était encore un ‘’jeune’’ soliste ou chef d’orchestre à plus de quarante ans, à l’opposé du ‘’jeunisme’’ et du culte pour de ravissants éphèbes et de pré-pubères odalisques de l’instrument. En ce temps-là, les interprètes de ‘’musique ancienne’’ n’étaient pas encore devenus des reconstructeurs spécialisés et ‘’baroqueux’’ et ‘’moder-neux’’ ne s’affrontaient pas encore. Le style ‘’classique’’ commençait avec Haydn (voire avec J.-S. Bach pour Pierre Schaeffer) et René Leïbowitz était le pape de l’École de Vienne. Les clarinettistes em-
bouchaient différemment les becs de leur Buffet-Crampon, lefagott n’était pas admis dans les orchestres français et Georges Barboteu jouait en vibrant le son de son cor. Le terme d’École nationale de composition, de jeu instrumental ou de son d’orchestre ne faisait pas non plus référence à un totalitarisme quelconque Les ‘’professeurs’’ étaient généralement des ‘’Maîtres’’ et pas encore des ‘’pédagogues’’, encore moins des ‘’animateurs’’ et on mettait sa plus belle cravate et une veste élégante, mais sobre, pour aller à l’Opéra écouter une œuvre, dans une mise en scène du plus pur académisme et dans des décors en carton-pâte. Pendant ce temps, les guerres se succédaient partout dans le monde, et la société du spectacle poursuivait inexora-blement son expansion. J’ai dû faire appel à une mémoire parfois défaillante pour évoquer soixante ans d’une vie musicale à laquelle j’ai participé et qui m’a offert la possibilité d’explorer nombre de ses recoins, à la fois acteur et témoin des transformations du paysage. Ce livre est aussi l’occasion de rendre hommage à plusieurs générations de disparus, parfois même d’oubliés, jusqu’à la filiation actuelle, celle qui découvre un monde musical nou-veau, maillon entre un passé souvent ignoré, négligé, méconnu et un futur hypothétique. Toute ma vie d’interprète et d’enseignant a été celle d’un passeur et d’un curieux souvent enthousiaste. C’est cette image que je souhaite laisser, en filigrane, derrière ces lignes. J’ai essayé de présenter ces ‘’souvenirs et réflexions sans impor-tance’’ sous une forme chronologique, en abordant toutes les rives musicales. Je bousculerai parfois les époques et il m’arrivera de mé-langer les genres. Une chronologie trop stricte aurait conduit à faire de lassants allers-retours thématiques, et suivre une démarche par sujet n’aurait pas permis d’envisager une impression comparative parallèle entre les genres. Enfin, j’ai surtout choisi de reprendre les événements tels qu’ils se sont produits et n’ai pas tenté de les présenter selon mon seul point de vue critique. Je sais bien qu’il est impossible de ne pas les passer au filtre de mes opinions et qu’il est tout aussi difficile de vouloir dissocier ce qui relève de la mémoire réelle d’une mémoire inventée. J’ai également essayé de ne pas trop m’égarer à l’intérieur des grandes périodes qui rythment ces soixante années et de m’en tenir aux faits (et à quelques anecdotes) qui m’ont paru les plus marquants. Il m’a semblé que nous avons traversé, depuis 1945, trois périodes successives d’une vingtaine d’années chacune, rythmées par la rupture de Mai 68, les événements politiques de 1981 et l’avènement de la e société du XXI siècle.
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Pour mieux situer ce qui va suivre et permettre de comprendre cer-tains points de vue, il faut connaître le parcours de celui qui vous parle. Profitons de cette préface pour planter le décor : je suis né à e Nice, dans une famille arrivée de sa Toscane à la fin du XVIII siècle. En cours de route, elle a assimilé un lot de pièces rapportées venant d’Allemagne, d’Angleterre et d’Italie. Nous n’étions ni riches ni pauvres et nous appartenions à un milieu plutôt artiste qui comprenait, cités pêle-mêle, un astronome, des militaires, des pianistes et violo-nistes, des directeurs et directrices d’écoles et de Théâtres lyriques, un représentant en peintures et vernis, mais aussi un galeriste et un peintre de miniatures (très) attaché à la Duchesse de Berry, des épouses qui ne travaillaient pas, des morts pour la Patrie dans toutes les guerres, des globe-trotters et des vieilles filles. Mon enfance a été marquée par la guerre et les restrictions, et par des défilés de militaires italiens à plumet, puis d’Allemands beaucoup plus dangereux. Puis il y a eu les bombardements nocturnes d’un avion dit ‘’fantôme’’, la Résistance qui se manifestait dans les rues et au Lycée, les amis juifs qui, un jour, ont disparu, les rafles d’otages, les lycéens fusillés, la persistance de la faim jusqu’après la Libération. Ces années ont été rythmées par ma scolarité qui, à partir de l’âge de quatre ans et pen-dant douze ans m’amenait à faire deux fois par jour le même aller-retour le long des quais du Paillon (aujourd’hui disparu sous le béton), jusqu’au Lycée Masséna. Un parcours qui ne cessa que le baccalauréat Philosophie en poche. C’est en traversant cette période trouble que j’ai commencé à prendre conscience du monde qui m’entourait. A la maison, il y avait des livres, de la littérature classique et bien-pensante, parfois en an-glais, la langue maternelle de ma grand-mère. La radio était allumée et j’écoutais les programmes musicaux qui allaient de Tino Rossi, Ray Ventura et Jean Sablon aux opéras de Mozart, avec, plus tard, les commentaires de Jean Witold en semaine ou d’Henry Barraud le di-manche, ainsi que les reportages des rencontres de football du di-manche après-midi, commentés par Georges Briquet et Jean Marin. Le lecteur pourra se demander si, me remémorant ma jeunesse, je n’ai pas tendance à l’embellir. Mes souvenirs sur les musiciens de jazz, les chanteurs de variétés et certains interprètes peuvent laisser à penser que je considère qu’en ce temps tout était bien plus beau. S’il est possible que certaines impressions agissent plus fortement sur un adolescent qui découvre chaque jour une nouvelle œuvre ou un nouvel artiste, l’usure du temps, la valse des modes, le renouvellement du
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