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Alain Cavalier, cinéaste et filmeur

184 pages
L'oeuvre prolifique d'Alain Cavalier, témoigne d'une singularité dans le cinéma mondial et apporte un regard nouveau sur la manière de faire des films. Cet ouvrage s'interroge sur ce qu'il y a de commun entre les tournages dits "industriels" avec les grandes stars de l'époque telles que Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon ou encore Catherine Deneuve, et ceux réalisés par exemple il y a cinq ans, seul, sans équipe technique, en face à face avec les "Braves", Raymond Lévy ou Jean Widhoff.
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Collection art 8 UFR Arts, Philosophie et esthétique - Université Paris 8
Alain Cavalier, cinéaste et filmeur
Arts 8 Collection dirigée par Jean-Paul Olive et Claude Amey e  Consacréeà l’art du XXsiècle et à la réflexion esthétique, la collectionArts 8pour vocation de diffuser les travaux a collectifs de groupes et équipes de recherche, de promouvoir un débat transversal entre les diverses disciplines artistiques, et d’encourager les recherches et échanges autour de thématiques contemporaines importantes. Dernières parutions Jean-Paul Olive (dir.),Réfléchir les formes : Autour d’une analyse dialectique de la musique, 2013. Susanne Kogler et Jean-Paul Olive (dir.),Expression et geste musical, 2013. Joseph Delaplace,Tours et détours, 2011. Isabelle Launay,Mémoires et histoire en danse, 2010. Giordano Ferrari (dir.),Pour une scène actuelle, 2009. Jean Paul Olive (dir.),Présents musicaux, 2009. Georges Bloess (dir.),Destruction création, rythme: l’expres-sionnisme, une esthétique du conflit, 2009. Márta Grabócz et Jean-Paul Olive (dir.),Gestes, fragments, timbres : la musique de György Kurtág, 2008. Giordano Ferrari (dir.),La parole sur scène, 2008. Ivan Toulouse et Daniel Danétis (dir.),Euréka, le moment de l’invention. Un dialogue entre art et science, 2008. Collectif,Edgard Varèse : Du son organisé aux arts audio, 2007. Collectif,Pratiques artistiques, Pratiques de recherche,2007. Collectif,L’opéra éclaté, la dramaturgie musicale entre 1969 et 1984, 2006. Collectif,Expérience et fragment dans l’esthétique musicale d’Adorno, 2005. Collectif,Musique et mémoire, 2003. Collectif,Dialogues sur l’art et la technologie,2001. Collectif,La naissance de l’opéra, 2001. Collectif,A partir de Jean-François Lyotard, 2000. Collectif,La couleur réfléchie, 2000. Collectif,L’art au XXème siècle et l’utopie, 2000.Collectif,Danse et utopie, 1999. Collectif,Les frontières esthétiques de l’art, 1999. Collectif,Théâtre 2, 1999. Collectif,Le Récit et les Arts,1998.
Alain Cavalier,
cinéaste et filmeur
Journée d’étude du 27 mars 2012 Équipe « Modalités artistiques et stratégies économiques du cinéma indépendant » (MASECI), Laboratoire«Esthétique, sciences et technologie du cinéma et de l’audiovisuel », EA 2302. Semaine des arts de l’UFR Arts, Philosophie et Esthétique de l’université Paris 8.
Coordination de la journée : Robin Dereux, Eugénie Zvonkine Photo de couverture : Alain Cavalier Couverture et mise en page : Viviane Ferran Retranscriptions : Florence Chéron, Mélanie Forret, Emma Mrabet.
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03108-8 EAN : 9782343031088
ROBINDEREUXPrésentation Qu'est-ce qu'un cinéaste ? Qu'est-ce qu'un filmeur ? Il y a dans l'œuvre foisonnante d'Alain Cavalier des périodes tellement dissemblables, où ces notions et celle de mise en espace sont questionnées si différemment, que ce parcours, si singulier dans le cinéma mondial, provoque un regard neuf sur la manière de faire des films. Car qu'y a-t-il de commun entre les débuts de Cavalier à la réalisation, et les films qu'il signe aujourd'hui ? Entre les tournages dits "industriels" avec les plus grandes stars de l'époque (Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon, ou Catherine Deneuve), et ceux réalisés par exemple il y a cinq ans, seul, sans équipe technique, en face-à-face avec "les Braves", Raymond Lévy ou Jean Widhoff ? Quel lien entre son long métrage le plus connu, Thérèse, primé à Cannes et aux Césars en 1986 et 87, et son "étude" sur les toilettes des hôtels et des cafés (Lieux Saints, 2007) ? L'œuvre d'Alain Cavalier est constituée de moments forts et de ruptures. Des films de la première période, c'est-à-dire de son premier court-métrage,Un Américain,
Robin Dereux
en 1958, jusqu'àLa Chamade, dix ans plus tard, il reste des histoires magnifiques, portées par le suspense et les ellipses, et qui construisaient déjà un parcours atypique, ni du côté du cinéma français classique, ni du côté de la Nouvelle Vague. Lorsque Cavalier décrit ses propres influences, il les situe davantage du côté du cinéma américain et de Jean Renoir, avec une envie (déjà) de trouver une alternative aux règles, en particulier celle si forte du champ-contrechamp. Mais ces films restent imaginés pour le "grand public", même si, curieusement, ils n'ont pas rencontré alors le succès espéré. Il y a une équipe et un budget importants, chaque poste fait sa part du travail, les techniciens sont des spécialistes (professionnels, scientifiques, esthètes), le scénario et les dialogues sont écrits à l'avance (parfois d'ailleurs par des noms célèbres : les dialogues duCombat dans l'île, dont la réalisation a étésuperviséepar Louis Malle, ont été écrits par Jean-Paul Rappeneau; le scénario deMise à saca été co-rédigé par Claude Sautet; celui deLa Chamade par Françoise Sagan, d'après son propre roman). C'est 68 qui provoque la grande rupture chez Alain Cavalier. Une vraie rupture, puisqu'il interrompra son travail pendant sept ans. En fait, entreLa Chamade etLe plein de super, il y avait un projet de film, écrit en 1971, et qui n'a pu aboutir du fait du décès de sa compagne dans un accident de voiture. C'est avec elle qu'il voulait réaliser Cette journée d'octobre 1962bien qu'il n'ait pas été et, tourné, il reste l'un de ses projets les plus intenses, en particulier par sa description complète visant à faire émerger une forme nouvelle. Cavalier y décrivait, en 28 points, à la fois ce qu'il voulait quitter (une façon de créer un spectacle selon des règles désormais "classiques", orientée vers le but de distraire), et l'objet de sa nouvelle 6
Présentation
recherche (susciter un regard neuf, "déclencher d'un seul coup la lumière", trouver une pratique qui soit la source et le prolongement de lui-même). Pour cela, il envisageait de réduire le temps de gestation du film, de supprimer au maximum les avant et après tournage, et de concevoir un nouvel environnement de création : un film sans scénario, sans producteur, sans comédien, et réalisé avec un minimum de participants. L'idée était de créer le cinéma le plus direct possible, de la caméra jusqu'à l'appareil de projection. Il s'imaginait pénétrer dans un appartement et ne le quitter que 5 semaines plus tard, le film entièrement tourné et monté. Le montage serait à la fois réalisé par l'auteur et, par ailleurs, ferait totalement partie du tournage.Cette journée d'octobre 1962 devaitraconter la tentative de suicide de sa femme, et être joué par elle-même, en huis-clos, avec une équipe limitée à 7 1 participants .
On peut voir la suite de la filmographie d'Alain Cavalier comme le prolongement de cette recherche visant à inventer des manières de filmer inédites afin de conserver l'intégrité, la spontanéité et la vitalité du projet. Il y a cette phrase, en exergue dans le dossier de presse de Martin et Léa, une phrase de l'écrivain Luc Dietrich: "J'éprouve un contentement grave parce que quelque chose va commencer pour moi, parce que maintenant je vais vivre ou mourir, et que ce sera également nouveau".
DèsLe plein de superCavalier écrit le (1976), scénario avec les comédiens, expérience qu'il renouvelle donc avecMartin et Léa(1978) en se confrontant (c'est ce
1  RenéPrédal présente l'entièreté de ces 28 points dans le numéro double deL'Avant-Scène:Alain Cavalier, filmer des visages, L'Avant-Scène Cinéman° 440-441, mars-avril 1995, pp. 22-23. 7
Robin Dereux
que décrit magnifiquement le dossier de presse) "aux problèmes urgents" que pose le matériau image-son, "des 2 problèmes de survie et de métamorphose" . C'est "un film physique sur les visages et sur les corps. Les mouvements, visibles ou non, doivent être perçus. Moins d'objets, moins de plans, moins de décors. Une concentration. Un désir de densité. Echapper au fouillis." Il tourne maintenant en équipe réduite, fait jouer des comédiens amateurs, autant d'éléments qui deviendront essentiels dans son travail, y compris pour ce qui concerne sa propre fille (Camille de Casabianca dansUn étrange voyageen 1981).
La deuxième grande rupture dans l'œuvre d'Alain Cavalier, c'est sans doute le bouleversement technologique que constitue l'apparition de la vidéo. Pour lui, c'est une chance, et un rêve de cinéaste, de voir apparaître ces nouvelles caméras. Pratiques, plus facilement transportables, modestes, peu onéreuses, elles lui ouvrent des perspectives inouïes. Elles lui permettent de s'affranchir de l'écriture, ce qu'il décrit dansLettre d'un cinéaste, son premier essai en vidéo (en 1982), dans lequel il déclare : "Je ne suis pas un écrivain, et pourtant je ne peux pas faire autrement, il faut que j'écrive pour communiquer mes idées au producteur, au distributeur, aux techniciens, aux acteurs, à la Commission d'Avance sur Recettes, etc…". Elles lui permettent aussi de s'émanciper de la technique et de réaliser lui-même les bouts d'essais deThérèse (1986),et enfin de créer sa propre économie de cinéaste indépendant.La Rencontre(1996) est le premier long métrage pour lequel Alain Cavalier passe derrière la caméra. Mais l'aboutissement du processus d'autonomie, ce sera peu après, quand il
2 Dossier de presse deMartin et Léa. 8
Présentation
parviendra à filmer à la main, seul, au jour le jour, sans aucune intention de diffusion, ce qui sera réalisé progressivement dans le cadre de son journal filmé quotidien, commencé en 1994. C'est la période où Cavalier devient "filmeur", c'est-à-dire qu'il filme, mais n'en fera pas nécessairement usage. De toute évidence, cela transforme profondément sa manière de penser le cinéma. Et cela fait resurgir ce rêve, commun à d'autres, d'un cinéma plus direct. Au moment de la sortie deLa Rencontre, Serge Toubiana avait trouvé une belle expression : "Rien ne s'intercale entre l'œil du 3 cinéaste et l'œil du spectateur" . Même lorsqu'il reçoit la commande d'un film sur un peintre (Georges de la Touren 1997, puisBonnard en2006), il utilise la vidéo et réalise un objet personnel et atypique. C'est, à chaque fois, l'œuvre d'un homme seul, face au monde, et qui choisit tout dans l'immédiat du tournage. C'est aussi quelque chose qu'il décrit comme uneloi. La "loi de Cavalier", ce serait celle du présent du tournage ("le cadre, la lumière, les off et les on, visuels ou sonores, l'intervention ou non de la voix, le moment où la tension du plan va redescendre mais où la métamorphose, peut-être, reposera du suspense"). Rien ne pourra remplacer cela, et le montage, s'il est réussi, consistera seulement à mettre de côté ce qui est raté et à valoriser les meilleurs moments. Cette loi a des conséquences formelles : tout ajout de musique, de bruits, de voix, toute coupe dans ce continuum devient impossible car cela viendrait perturber l'immédiat du 3  L'expressionest employée par Serge Toubiana dans son article sur La Rencontre: "Elle et lui",Cahiers du cinéma n°504, mai 1996, p. 51. 9