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Jouer son monde

De
375 pages
Si de nombreux écrits musicologiques, historiques ou ethnologiques ont été publiés sur les répertoires traditionnels, on s'est moins intéressé à ceux qui pratiquent ces musiques, notamment les musiciens "amateurs". Ce sont ces passionnés qui font vivre ces répertoires, les transmettent, les transforment, les recréent. L'auteur, auprès des musiciens originaires des régions Auvergne et Rhône-Alpes, cherche à comprendre l'univers des amateurs de "musique traditionnelle". Proposant une sélection d'enregistrements de chanteurs et de joueurs traditionnels, un CD accompagne le livre.
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chanteurs et de joueurs traditionnels, réunie par l’OfIce du patrimoine culturel im
Anne-Cécile Nentwig est docteure en sociologie de l’université Pierre-Mendès-France, rattachée au laboratoire EMC2. Sa thèse « Sociologie des musiciens tradi-tionnels amateurs. Pratiques musicales et style de vie », dont est issu ce livre, a été soutenue en 2011. Elle enseigne actuellement à l’École d’art et de culture (EAC) de Lyon.
.C.I.
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06946-3 EAN : 9782343069463
Jouer son monde
Sociologie des musiciens traditionnels amateurs
Thèse d’AnneCécile Nentwig
Photo de couverture : Lolita Delmonteil-Ayral du groupe La Forcelle en 2011 À Gennetines. Auteur du clichÉ : Jeff Dantin.
Patrimoine culturel immatériel
Jouer son monde
Sociologie des musiciens traditionnels amateurs
Thèse d’AnneCécile Nentwig
Ouvrage réalisé par l’OPCI
L’Harmattan 57 rue de l’École polytechnique 75005 Paris
L’Harmattan  OPCI
Patrimoine culturel immatériel
Déjà parus :
Chansons recueillies en Marais-Breton vendéen par Gaston Dolbeau, 480 p., CD 26 plages, EthnoDoc-Arexcpo, L’Harmattan, 2009.
Chansons en mémoire, mémoires en chanson. Hommage à Jérôme Bujeaud, actes du colloque du PoirÉ-sur-Vie. 470 p., CD 27 plages, EthnoDoc-Arexcpo, VendÉe-Patrimoine, L’Harmattan, 2010.
La chanson maritime. Le patrimoine oral chanté dans les milieux maritimes et uviaux, actes du colloque de L’Aiguillon-sur-Mer, 420 p., CD 31 plages, QR codes 6 vidÉos, Ethno-Doc-Arexcpo, VendÉe-Patrimoine, FRCPM-Bretagne, L’Harmattan, 2010.
Le chant de plein air des laboureurs. Dariolage, briolage… Recherches sur une tradition au Pays de la Châtaigneraie, actes du colloque de Saint-Germain-L’Aiguiller, 400 p., DVD-CD 88 plages, CommunautÉ de communes du pays de La Châtaigneraie, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, VendÉe-Patrimoine, L’Harmattan, 2012.
Musique traditionnelle de Transylvanie et afîrmations culturelles, thÈse de Damien Villela, 470 p., CD 71 plages, Ville de LuÇon, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, VendÉe-Patri-moine, L’Harmattan, 2012.
Littératures orales et populaires de l’île de Noirmoutier, 480 p., CD 23 plages, thÈse de Lydia Gaborit, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, VendÉe-Patrimoine, L’Harmattan, 2012.
Les mémoires de Martin Cayla, 232 p., CD 23 plages, AMTA, L’Harmattan, 2013.
Pays de Caux - Pays de chanteurs. De l’étude à la valorisation d’une tradition chantée, actes du colloque de FÉcamp, 496 p., DVD 50 plages, OPCI, La Loure, L’Harmattan, 2013.
Culture populaire traditionnelle : histoire d’une transmission, Jean-Pierre Bertrand, 432 p., DVD 25 plages, VendÉe Patrimoine – EthnoDoc – Arexcpo – OPCI – EcomusÉe du Daviaud, L’Harmattan, 2015.
Jouer son monde. Sociologie des musiciens traditionnels amateurs, thÈse d’Anne-CÉcile Nentwig, 371 p., CD 27 plages, OPCI, L’Harmattan, 2016.
Mémoires collectives, patrimoine culturel d’avenir, actes des rencontres MÉmoires entrela-cÉes de Nantes, DVD 27 plages, OPCI, L’Harmattan, 2016.
Préface
Dans un article remarquÉ, Antoine Hennion (1998) soulevait une « distribution fâ-cheuse » dans la recherche en musique, entre d’un côtÉ l’analyse du social appliquÉe aux rÉpertoires populaires et de l’autre l’analyse musicale dÉdiÉe aux rÉpertoires savants. Comme si, au-delÀ du jeu social, le contenu compositionnel des musiques de tradition orale ne comptait pas et comme si, À l’inverse, les musiques dites savantes, qu’elles soient classiques ou contemporaines, devaient naturellement être considÉ-rÉes comme autonomes de tout contexte ou de toute matÉrialitÉ. L’idÉe Était bien – dans ce dÉbat lancÉ par un sociologue au sein d’une revue de musicologie centrÉe sur les analyses de partition – de faire bouger les lignes de la réexion dans un but somme toute dÉcisif : faire avancer la science. Sortir d’une ÉpistÉmologie balisÉe, non pas en partant À la quête romantique d’un terrain qu’on espÈre inconnu, mais plutôt en regardant avec de nouvelles lunettes un objet tellement saturÉ de discours qu’on ne le voit plus vraiment.
Faire un pas de côtÉ : c’est l’un des importants apports du livre d’Anne-CÉcile Nentwig que d’avoir su utiliser les outils récents développés par les proliïques tra-vaux monographiques en sociologie des musiques actuelles pour jeter son dÉvolu sur 1 le monde des musiques traditionnelles , habituellement ÉtudiÉes par les anthropolo-gues ou les ethnomusicologues.
S’intÉresser aux musiques traditionnelles : le champ est vaste, les problÉmatiques multiples. Anne-Cécile Nentwig est ïdèle à une sociologie interactionniste compré-hensive telle qu’elle a pu s’Épanouir aux états-Unis À travers le travail d’Howard Becker notamment. Dans le prÉsent ouvrage, elle s’intÉresse aux musiciens amateurs et À leurs parcours, leur carriÈre (selon le concept dÉveloppÉ par Everett C. Hughes). Elle cherche ainsi À montrer comment s’opÈre l’apprentissage de ces musiques, com-ment elles s’intÈgrent À la vie des pratiquants ; comment ces musiques correspondent À certains styles de vie mais contribuent aussi À le faÇonner. Au-delÀ des jugements À l’emporte-piÈce que chacun Émet sur le monde des musiques traditionnelles, An-ne-CÉcile Nentwig aborde le phÉnomÈne par l’un de ses aspects peu connus : les populations de musiciens en devenir ou qui s’adonnent À la musique comme loisir.
1  Un travail novateur qui croise – À l’inverse et en complÉment de l’auteur de cet ouvrage – le travail d’anthro-pologues et/ou d’ethnomusicologues qui s’intéressent aux musiques ampliïées et aux questions de l’enregis-trement (par exemple E. Parent, 2011) et pour une mise en perspective des enjeux, Guibert (2014).
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Jouer son monde
Chez l’auteur, « amateur » est entendu dans le sens double qu’on peut donner au terme, À la fois pour indiquer que la pratique n’a pas pour fonction premiÈre de gagner sa vie, mais aussi pour montrer l’attachement À une pratique culturelle. Cela lui permet d’ailleurs d’enquêter sur les premiers pas de musiciens devenus ensuite professionnels, aïn de comprendre comment ils ont choisi d’embrasser, au moment où ils Étaient considÉrÉs comme amateurs, la profession de musicien. Par ailleurs, on comprend que pour la sociologue c’est justement par la pratique amateur qu’on s’approche du cœur des musiques traditionnelles, car la dimension orale des Échanges ordinaires est davantage valorisÉe ici que dans le rock et ses dÉrivÉs, qu’on ne peut apprÉhender sans s’investir dans la question des technologies d’enregistre-ment (Tagg, 1979). étudier le monde professionnel aurait ÉtÉ un autre travail qui aurait par ailleurs nÉcessitÉ de faire un pas vers l’Économie marchande, et ainsi de rentrer dans l’analyse de pratiques davantage normÉes et qui diffÈrent donc moins selon le genre musical d’origine.
Pour son étude, Anne-Cécile Nentwig fait conïance à la méthode inductive, à l’ob-servation de cas particuliers pour opÉrer ensuite une montÉe en gÉnÉralitÉ. Cette rigueur empreinte d’humilitÉ lui permet ensuite de mettre en Évidence les tendances À l’œuvre au sein des rÉseaux de musiques traditionnelles. On apprÉciera l’honnêtetÉ intellectuelle de la sociologue qui dÉvoile les tenants et les aboutissants de la constitu-tion de son corpus d’analyse ainsi que de ses dÉmarches de collectes de donnÉes, ses hésitations, ses allers-retours. La mise en perspective réexive de sa propre position de musicienne et sociologue est Également Éclairante du point de vue du dÉbat en-gagement-distanciation et montre tout l’intÉrêt d’un investissement de long terme.
Plus de 50 entretiens rÉalisÉs, des observations participantes en École de musique ou lors de fêtes dansÉes, une enquête par questionnaire auprÈs de musiciens ama-teurs, des analyses de documents (produits par des institutions, par la presse spÉ-cialisÉe ou les sites internet dÉdiÉs), la prolifÉration des mÉthodes et le quadrillage du terrain opÉrÉ par l’auteur nÉcessitaient pour cette thÈse de se limiter À une aire gÉographique restreinte. Anne-CÉcile Nentwig a ainsi effectuÉ son Étude en rÉgion Auvergne et Rhône-Alpes, aussi bien auprÈs d’associations territoriales qu’auprÈs d’écoles nationales de musique. Les proïls idéal-typiques de musiciens amateurs que l’auteur met en Évidence se retrouvent pour une large part lors des ÉvÉnements œcumÉniques liÉs aux musiques traditionnelles. Un public assez large mais souvent surreprÉsentÉ au sein des fractions intellectuelles des classes moyennes et supÉrieures investies professionnellement dans les domaines de l’Éducation, de la santÉ ou de la culture. La population de musiciens amateurs paraît ainsi sociologiquement cohÉ-rente avec le double mouvement qui a accentuÉ la reconnaissance de ces pratiques musicales lors du dernier demi-siÈcle, À savoir la vaguefolkpost 68 et le maillage de l’apprentissage et de la diffusion ayant suivi la montÉe en puissance du ministÈre 8
de la Culture et de la dÉcentralisation dans les annÉes 1980 (Guibert, 2006). Pour autant, certains esprits critiques trouveront qu’À côtÉ de ces tendances nationales, les cohortes de musiciens, surtout s’ils œuvrent dans les rÉpertoires locaux, diffÈrent Également en fonction de leur territoire de provenance. Quelles similaritÉs en effet par exemple entre le Velay, la Corse ou la Bretagne ? Anne-CÉcile Nentwig ne nie pas cela : simplement ce n’est pas ici son travail, et cet utile ouvrage invite plutôt À multiplier les enquêtes sur divers territoires aïn de vériïer en quels points les ré-currences mises en exergue apparaîtraient ou non singuliÈres À un territoire donnÉ.
Le plus important ici est que, par la qualitÉ du travail de terrain, Anne-CÉcile Nentwig s’extirpe des thÈses qui, par homologie douteuse, associent aux musiques traditionnelles – mÉcaniquement et sans aller les tester – des caractÉristiques im-muables de couleur politique ou des caractÉristiques sociales. L’enquête de terrain n’empêche d’ailleurs pas l’auteur de prendre À bras le corps – et c’est une autre partie dÉcisive de son travail – les reprÉsentations et les Étiquettes associÉes aux mu-siques traditionnelles. Il y a en premier lieu ce mot « tradition » dont elle retrace la genÈse et les enjeux. L’ouvrage contient d’ailleurs un essentiel retour À l’histoire où les grandes Étapes de « 300 ans d’intÉrêt pour les musiques du peuple » sont rappe-lÉes et mises en perspective.
Souhaitons que le lecteur puisse reconnaître À ce travail Érudit son intÉrêt propre. Mais un rôle complÉmentaire lui incombe Également, celui de renforcer la collection de monographies initiée par l’OPCI (Ofïce du patrimoine culturel immatériel). En effet, l’approche qu’il propose est en de nombreux points inÉdite par rapport aux autres ouvrages de la collection. Saluons en tous les cas le courage des directeurs de cette collection « Patrimoine culturel immatÉriel » qui n’ont pas hÉsitÉ À proposer une dÉconstruction de leur environnement via la sociologie de la culture. Qu’ils en soient ici remerciÉs !
GÉrôme Guibert Membre fondateur de l’OPCI Maître de confÉrences en sociologie UFR Arts & MÉdias UniversitÉ Paris 3 Sorbonne Nouvelle
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