Le Graveur et le petit Renard

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Jean Frélaut (1879 - 1954), peintre et graveur paysagiste, a illustré plusieurs livres pour bibliophiles entre 1939 et 1948. Il vivait et travaillait en Bretagne, mais les ouvrages qu'il accompagnait de gravures à la pointe sèche s'élaboraient à Paris. Les lettres qu'il adressait depuis Vannes à ses amis R. Cornu et J.-D. Daragnès, qui oeuvraient dans la capitale à l'édition de ses ouvrages, sont de précieux témoignages sur le travail du graveur, sur les difficultés et les pénuries de l'époque, enfin sur la généreuse et sincère personnalité d'un peintre de la nature enraciné dans son terroir.
Publié le : dimanche 1 décembre 2013
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EAN13 : 9782336331034
Nombre de pages : 150
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Jean FRÉLAUT
Le Graveur et le petit Renard
Lettres d’un Artiste du Livre à ses Amis Éditeurs (19391948)
Document recueilli et établi par Gilbert Boillot
Graveurs de Mémoire Série : Biographies / Art et Vie culturelle
LE GRAVEUR
ET LE PETIT RENARD
Graveurs de mémoire Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de textes autobiographiques, s’ouvre également aux études historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques.Déjà parus
Nguyen Ky(Nguyen),Saigon après 75, une histoire oubliée, 2013.
Ebner (Olivier),Venu de Bucovine, Itinéraire d’un survivant raconté par son fils, 2013.
Bourreau (Hélène),Dans les coulisses d’une mairie, visites insolites, 2013.
Jaspard (Alain),Florent Fels ou l’Amour de l’Art, 2013.
Culas (Adeline),En Bresse autrefois… Souvenirs de la vie d’antan, 2013. Atchénémou (Avocksouma Djona),Enterrons la veuve avecl’enfant. Orphelin en pays tchadien, 2013. Benacerraf (Armand),Cardiologue et cardiaque. Au cœurd’une vie, 2013. Brovelli (Claude),De l’AFPà la télé, mes sept vies sur lespoints chauds du globe, 2013. Barbe (Jean- Edouard),Cinquante ans au Quartier latin. Unevie en musique et en chansons, 2013. Ces huit derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Jean FRÉLAUT
LE GRAVEUR ET LE PETIT RENARD
Lettres d’un Artiste du Livre à ses Amis Éditeurs (1939-1948)
Document recueilli et établi par Gilbert Boillot
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02177-5 EAN : 9782343021775
Avant-propos
Encore jeune bibliophile, j’ai accédé à l’art de Jean Fré-laut par son illustration deMonsieur des Lourdinesd’Alphonse de Chateaubriant. Je me souviens d’un vrai coup de cœur, d’un accord parfait entre nos sensibilités. Avais-je été séduit seulement par les images de bocage et de demeures campagnardes évoquant des lieux naguère habités avec bonheur ? Je ne le pense pas. La suite des gravures pour le roman de Chateaubriant éveille en moi bien plus que le souvenir d’un temps heureux. L’art de Frélaut, me semble-t-il, dépasse de loin la juste descrip-tion d’un pays d’enfance ou de jeunesse. Dans ses pay-sages, le graveur a su rendre une vision originale du monde sensible, accessible à tout amateur quelle que soit son expérience des monts, des vaux et des villages en d’autres lieux. À l’exemple de son « tuteur » André Du-noyer de Segonzac, il a usé du blanc plutôt que du noir pour s’exprimer, de la lumière plutôt que de l’ombre, du moins dans sa maturité. Assurément, les deux amis se rangent parmi les derniers graveurs impressionnistes, maniant le burin et la pointe sèche à la façon dont leurs illustres aînés pratiquaient le pinceau. L’un et l’autre ont montré dans leur œuvre gravé la même sincérité, la même probité, la même candeur devant la nature. Depuis le temps lointain de mon premier achat, je n’ai cessé de rechercher les livres « interprétés » par Frélaut. Toujours j’y ai trouvé conjugués l’art du peintre-graveur et le respect pour le texte qu’il illustrait. Jamais de désac-
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cord entre l’auteur et l’artiste, même quand des siècles séparaient leurs temps de vie. Et cependant jamais non plus de servilité dans le commentaire. Ce n’est pas le lieu sans doute de décrire les exemplaires de provenances émouvantes, truffés de gravures inédites, de lettres ou d’aquarelles, entrés dans ma bibliothèque depuis quatre décennies. « Collectionner, c’est acheter ce que l’on aurait aimé créer soi-même » écrivait récemment un amateur de tableaux modernes. J’éprouve pour Frélaut et son talent ce mélange d’envie et d’admiration qui m’a donné le goût de posséder ses œuvres. Le lecteur comprendra, après avoir lu cette apologie, pourquoi j’ai voulu acquérir en vente publique la corres-pondance que le peintre-graveur a entretenue pendant plusieurs années avec un autre bibliophile, son contempo-rain et ami, Raymond Cornu. Les deux hommes étaient voisins, l’un, Frélaut, vannetais, l’autre, Cornu, vendéen de souche, ce qui pouvait les rapprocher par l’attrait de paysages comparables. Mais surtout le second soutenait le premier de sa grande estime, de son entregent, de son sens pratique et parfois de ses moyens financiers. Leur correspondance couvre le temps où l’artiste, alors âgé de soixante ans, élaborait dans la peine et dans la joie les gravures qui ornent ses deux principaux livres : lesFablesde La Fontaine etLa BrièreChateaubriant. Elle éclaire de donc un acte créateur, pour l’essentiel vécu en pleine guerre, entre 1939 et 1942. Une époque traversée de diffi-cultés de toutes sortes, et surtout d’un drame personnel dont la dédicace desFables garde le souvenir : Michel et Olivier Frélaut, deux fils du graveur, ont péri en mer le 19 juin 1940. Faut-il de grandes souffrances pour accomplir
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des chefs-d’œuvre ? En tout cas, Frélaut l’écrit dans ses lettres, l’art est un refuge efficace contre le malheur. Le dernier chapitre du livre présente une seconde série de lettres, plus discontinue celle-ci, adressée à un autre ami de l’artiste : Jean-Gabriel Daragnès, comme lui gra-veur et illustrateur, mais devenu concepteur et imprimeur de beaux livres après le temps de sa propre création. L’échange porte sur l’illustration duGrand Meaulnesd’Alain Fournier. Les archives de Daragnès concernant sa collaboration avec Jean Frélaut à propos de cet ouvrage sont passées il y a quelques années de sa bibliothèque à la mienne. Le correspondant est nouveau, et cependant les relations entre artistes du livre restent toujours aussi con-fiantes : après la parution desFables, deLa Brière et de Monsieur des Lourdines, Frélaut continuait entre 1944 et 1946 sa carrière de graveur illustrateur avec un autre par-tenaire, le tenant peut-être un peu plus à distance que R. Cornu, mais lui écrivant avec la même sincérité et la même modestie. Par ce petit livre, le lecteur entrera donc dans l’intimité d’un créateur. Frélaut exprime ses doutes et ses satisfac-tions de graveur aux prises avec les difficultés techniques et artistiques de son art et avec les incertitudes matérielles de son époque, jusqu’à la joie de feuilleter le premier exemplaire desFables et ses hésitations à se mesurer à l’intimidantGrand-Meaulnes. À mon souhait de faire partager mon goût pour l’œuvre d’un artiste encore trop méconnu, j’ajoute ainsi l’espoir d’attirer l’attention des amateurs de beaux livres sur les ouvrages qu’il a illustrés, ces réussites de la biblio-philie au vingtième siècle. G. B.
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