//img.uscri.be/pth/1324a348851f44026616d27f1a7d80ccc39105af
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Penser la photographie numérique

De
216 pages
La photographie numérique et les techniques de numérisation des images ont modifié radicalement sa conception et ses usages. De l'invention du daguerréotype au dix-neuvième siècle, jusqu'aux images digitales, le chemin parcouru par la photographie a métamorphosé intégralement la nature des images, et la manière dont elles sont fabriquées et utilisées. Malgré cela, la photographie argentique demeure une référence de valeur pour les praticiens de l'imagerie digitale.
Voir plus Voir moins
JeanClaude Chirollet
PENSER LA PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUELa mutation digitale des images
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
PENSER LA PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE
La mutation digitale des images
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions François URVOY,La racine de la liberté, 2014. Philippe BAYER,La critique radicale de l’argent et du capital chez le Dernier-Marx, 2014. Pascal BOUVIER,Court traité d’ontologie, 2014. Pascal GAUDET,Le problème kantien de l’éthique,2014. Gilles GUIGUES,Recueillement de Socrate. Sur l’âme, source et principe d’existence, 2014. Mylène DUFOUR, Aristote,La Physique, Livre VI. Tome 2 : Commentaire, 2014. Mylène DUFOUR, Aristote,:La Physique, Livre VI. Tome 1 Introduction et traduction, 2014. Donald Geoffrey CHARLTON,La pensée positiviste sous le Second empire, 2014. Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU,Philosophie et spécificité africaine dans laRevue philosophique de Kinshasa, 2014. Hélène de GUNZBOURG,Naître mère, Essai philosophique d’une sage-femme, 2014. Jacques STEIWER,Une brève Histoire de l’Esprit, 2014. Jean-Marc LACHAUD, Walter Benjamin. Esthétique et politique de l’émancipation, 2014. John DEWEY (traduit par Michel Guy GOUVERNEUR), L’expérience et la naturesuivi deet la méthode L’expérience philosophique, 2014.
Jean-Claude Chirollet
PENSER LA PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE
La mutation digitale des images
Du même auteur
Esthétique du Photoroman, Édilig, Paris, 1983
Esthétique et Technoscience, Mardaga, Bruxelles, 1994
Les Mémoires de l’art, P.U.F., Paris, 1998
Philosophie et Société de l’information, Ellipses, Paris, 1999 (traduction en portugais, 2001)
Numériser, Reproduire, Archiver les images d’art, L’Harmattan, Paris, 2005
Art fractaliste – La complexité du regard, L’Harmattan, Paris, 2005
e Photo-archaïsme du XX siècle, L’Harmattan, Paris, 2006
L’Art dématérialisé,Mardaga, Bruxelles, 2008
Heinrich Wölfflin – Comment photographier les sculptures (1896, 1897, 1915), Présentation, traduction de l’allemand et notes, avec fac-similé des textes originaux, L’Harmattan, Paris, 2008
La question du détail et l’art fractal (à bâtons rompus avec Carlos Ginzburg), L’Harmattan, Paris, 2011
L’interprétation photographique des arts – Histoire, technologies, esthétique, L’Harmattan, Paris, 2013
L’¯il digital de l’art – Les anachronismes numériques, Connaissances et Savoirs, Paris, 2014
AVANT-PROPOS
Un monde sans photographies
La photographie n’apparaît officiellement qu’en 1839, avec le daguerréotype, mais à toute époque des images tracées de main d’homme se sont multipliées à foison, depuis l’époque des peintures et des gravures rupestres de la Préhistoire. On peut dire que le propre de l’homme, tout autant sinon plus encore que le langage articulé – et d’ailleurs antérieurement à celui-ci –, c’est de produire des images dès qu’il fut en mesure de tracer, de peindre ou de graver des traits et des formes en aplat, en creux ou en relief, sur un support matériel capable de conserver temporairement les traces de son geste graphique : tronc d’arbre, argile, rocher, sable, terre, peaux tannées d’animaux (parchemins) ou corps humain vivant, mur en plâtre, en ciment ou en béton, planche de bois, de cuivre ou de zinc, ou feuille de papier par exemple. La création d’images en tout genre répond à un besoin humain d’expression fondamental. À tel point que nous pouvons nous demander ce que serait, pour nous qui vivons entourés quotidiennement d’images de toutes sortes, un monde sans images, et, plus précisément, sans photographies, le mot « photographie » désignant, conformément à son étymologie, toute image enregistrée mécaniquement et durablement sur un support sensible à l’action des rayons lumineux. Le terme « photographie » renvoie, par conséquent, autant aux images photographiques planes proprement dites – aussi bien les clichés et les tirages argentiques que numériques –, qu’aux images en mouvement : images cinématographiques et vidéographiques, comme celles diffusées par le canal hertzien ou le réseau numérique terrestre de la télévision. Les images photographiques sont omniprésentes, elles jalonnent les
5
routes, les rues et les places publiques sous forme d’affiches et de panneaux publicitaires imprimés ou électroniques ; elles s’exposent sur les murs des intérieurs domestiques et sur les cimaises des galeries d’art ou des musées ; elles s’affichent sur tous les produits commerciaux ; elles s’accumulent depuis des dizaines d’années sous forme de films négatifs, de diapositives, de tirages sur papier ou de cartes postales, dans des boîtes en carton, des tiroirs et les albums photographiques familiaux ; elles inondent sur Internet les réseaux sociaux, les blogs et les sites Web (en particulier les nombreux sites consacrés à la photographie) ; elles engorgent les mémoires numériques de nos ordinateurs et de nos smartphones ; elles sont diffusées dans le monde entier par la télévision, jour et nuit sans interruption ; elles constituent le décor artistique ou le design de notre environnement urbain ; elles occupent la majeure partie des pages d’innombrables revues, journaux, encyclopédies et livres illustrés de toute catégorie (en premier lieu leur page de couverture) ; elles sont projetées sous forme d’images vidéo sur les écrans des salles de cinéma et sur les édifices publics à l’occasion de spectacles audiovisuels « son-et-lumière »… Les innombrables photo-vidéographies qui façonnent notre environnement quotidien, sous une forme ou sous une autre, définissent à chaque instant, continûment, les contenus de notre champ visuel. Mais pourrait-on s’en passer ? Imaginons à présent un monde soudain dénué d’image photographique, au sens large du terme que nous venons de préciser. Nos environnements urbains, routiers ou domestiques nous paraîtraient alors vides, insipides voire angoissants, et nous éprouverions sans doute un profond « manque visuel » que la seule lecture des livres sans images ne pourrait pas combler – même si les histoires et les récits que décrivent ou relatent ces livres, font aussi référence à l’univers infini des images et y puisent souvent leurs sources essentielles d’inspiration. À coup sûr, nous en serions complètement désorientés, car nous
6
éprouverions un manque absolu de références perceptuelles et de repères visuels, une véritable vacuité sensorielle qu’aucun autre événement sensoriel (musical ou tactile par exemple) ne pourrait combler par équivalence de manière parfaitement satisfaisante. Mais imaginons, à présent, que seuls les traditionnels phototypes analogiques (clichés négatifs et positifs, tirages photographiques et impressions sur papier de tout format, films cinématographiques) disparaissent complètement de notre environnement visuel quotidien, et que ne subsistent plus que les seules images numériques fixes et vidéo-électroniques. Eh bien, dans cette hypothèse, notre champ visuel resterait quasi inchangé et aussi dense qu’avec les images analogiques ajoutées aux images numériques, et rien ne serait vraiment différent quant à la conscience perceptive des images qui façonnent notre environnement quotidien. Car les images digitales engendrées par la photonumérisation ont phagocyté, en grande partie, les anciennes images photo-argentiques, et de ce fait elles en ont pris massivement le relais. Les phototypes traditionnels de toute catégorie tels que les négatifs et les positifs argentiques, les tirages, les films cinématographiques ou encore les enregistrements vidéos analogiques, sont aujourd’hui numérisés en masse dans les moindres détails, archivés et reproduits ou imprimés quasi à l’identique. En fait, la conversion d’un phototype analogique en un phototype digital et réciproquement, génère de nouvelles propriétés physiques et des qualités esthétiques spécifiques à chacune de ces deux catégories d’images. En somme, les images analogiques subissent une radicale mutation technologique qui n’engendre pas simplement un changement esthétique de leur apparence, mais beaucoup plus une transformation de la structure des données d’information photologique (couleur, luminance, dynamique, contraste local, netteté, etc.) qu’elles véhiculent. Car désormais les images de toute nature et de toute destination pratique, ont adopté très
7
massivement le statut de matrices de bits informatiques, dont les propriétés lumino-chromatiques, intégralement codées et quantifiées, sont calculables et modifiables indéfiniment, de manière détaillée au pixel près. Pourtant, même lorsqu’elles sont obtenues par conversion d’images photo-argentiques sous la forme de matrices de nombres, les images digitales ne sont pas simplement des images analogiques améliorées ou perfectionnées, dont les détails seraient mieux définis, les contours plus nets ou les couleurs plus saturées ou mieux nuancées par exemple. Elles sont avant tout, par différence avec les images analogiques, des images dont la structure à la fois logique et technique (que le mot composé « techno-logique » pourrait très bien résumer), représente une complète mutation structurelle par rapport à la constitution des images photo-argentiques. C’est pourquoi elles ne dévalorisent ni ne rendent obsolètes les images photo-argentiques traditionnelles. Au contraire, elles en révèlent – précisément à cause de leur différence de structure « techno-logique » –, des aspects esthétiques inédits et des propriétés matérielles inexplorées sans le croisement de ces deux formes de technologies. La photonumérisation agit à la manière d’un puissant révélateur des propriétés techniques et des qualités esthétiques des clichés argentiques, et plus généralement des images analogiques. Mais, par répercussion, en modifiant la structure « techno-logique » des images, le passage de la photographie analogique à la photographie numérique induit deux pratiques complètement différentes de production et d’utilisation des photographies, qui bouleversent profondément notre rapport quotidien aux images, dans la mesure où les outils numériques rendent les images (ou, plus exactement, leurs fichiers codés) indéfiniment transformables, affichables ou exposables en tout format, sur n’importe quelle sorte de support (plan ou en relief) ou de dispositif vidéo-électronique, mais également instantanément transmissibles en réseau, d’un point à l’autre du globe terrestre.
8
1. Images argentiquesvsimages matricielles
L’histoire de la photographie, depuis la première moitié du dix-neuvième siècle, est jalonnée d’étapes importantes qui marquèrent de manière décisive le progrès continu des technologies de l’enregistrement photomécanique de l’image. Cependant, il y a trois dates significatives de trois événements majeurs de cette histoire : 1826, 1839 et 1981. La première date : 1826 (ou plus exactement, les années 1822 à 1826), correspond à l’invention inaugurale de l’héliographie en chambre obscure par Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833). La deuxième date : 1839, est celle de la reconnaissance officielle par l’État français de l’invention du daguerréotype par Louis Jacques Daguerre (1787-1851). Enfin, la troisième date : 1981, correspond à l’apparition industrielle d’une forme technologique révolutionnaire de la photographie, incarnée par son prototype baptisé « Mavica » – acronyme de l’expression anglaise : Magnetic Video Camera –, lequel fut présenté officiellement à la presse mondiale par le président de la firme industrielle japonaise Sony, le 24 août 1981. Le Mavica permettait de réaliser la captation et l’enregistrement instantané d’une image non plus argentique, mais électromagnétique, excluant tout support physico-chimique, et définie par une juxtaposition serrée de pistes magnétiques constituées d’éléments binaires (les chiffres binaires ou bits 0/1), identiques à celles des anciennes disquettes informatiques. Mais pour comprendre l’importance exceptionnelle de cette révolution technologique, puis de celles qui s’ensuivront de manière accélérée dans les années 1990, il faut revenir préalablement aux inventions fondatrices des pionniers de la photographie que furent Niépce et Daguerre.
9