L'Armée du crime

Dans Paris occupé par les Allemands, l’ouvrier-poète Missak Manouchian prend la tête d’un groupe de très jeunes Juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, déterminés à combattre pour libérer la France qu’ils aiment, celle des Droits de l’Homme. Dans la clandestinité, au péril de leur vie, ils deviennent des héros...
Publié le : jeudi 6 novembre 2014
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EAN13 : 9791022000109
Nombre de pages : 78
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couverture

L'ARMÉE DU CRIME

Scénario : Robert Guédiguian, Serge Le Péron, Gilles Taurand
Réalisation : Robert Guédiguian

Production : Agat Films & Cie - Studiocanal - France 3 Cinéma

Version : 7 - juillet 2008

© Presses Électroniques de France, 2013

0 GÉNÉRIQUE DÉBUT - IMAGES D'ARCHIVES

Des images d'archives se succèdent pendant le générique de début.

Images du génocide arménien, de la révolution russe, du front populaire, de la guerre d'Espagne et de l'occupation allemande à Paris.

1 EXT. RUE PARIS (PETIT CRIEUR #1) - JOUR.

On voit maintenant un petit crieur de journaux, dans le style de Gavroche, agiter un exemplaire de Paris-Soir, en date du 23 juin 1941.

LE PETIT CRIEUR #1

Demandez Paris-Soir ! Les troupes allemandes envahissent la Russie ! Le pacte germano-soviétique est rompu ! C'est l'enterrement du front populaire ! Demandez Paris-Soir !

Des passants s'arrêtent pour acheter le journal.

Parmi eux, Mélinée Manouchian (elle a 28 ans à cette époque). On voit bien, contrairement à d'autres qui semblent s'en réjouir, que cette nouvelle l'accable.

2AEXT. /INT. IMMEUBLE MANOUCHIAN #1 - JOUR

Mélinée marche dans sa rue.

Elle aperçoit soudain sur le seuil d'une porte cochère son concierge qui lui fait signe de déguerpir en vitesse.

Une traction Citroën noire est garée à proximité de l'entrée. Mélinée reste uninstant clouée sur place. Le concierge continue de lui adresser des petits gestes affolés. Pressant le pas, Mélinée gagne rapidement le seuil de son immeuble.

CONCIERGE

C'est la police madame Manouchian ! Sauvez-vous vite !

2B

Elle se précipite vers la cage d'escalier. Mélinée grimpe les marches àgrandes enjambées.

3 INT. IMMEUBLE MANOUCHIAN #1(ESCALIER/PALIER/APPART) - JOUR

Au deuxième étage la porte de son appartement est grande ouverte. Elle a été défoncée. Depuis le palier elle aperçoit deux policiers français qui mettenttout sens dessus dessous. Les livres de la bibliothèque sont piétines, le canapé et les coussins éventrés.

Missak Manouchian se tient debout, impassible, les mains entravées par une paire de menottes.

Il aperçoit sa femme. D'un regard il lui fait désespérément signe de s'enfuir. Elle ne bouge pas. Un troisième policier déboule d'une chambre. Il branditune boîte à chaussures pleine de tracts qu'il fourre sous le nez de Manouchian.

POLICIER

C'est quoi ça ? Hein fumier c'est quoi ?

MANOUCHIAN

Des tracts contre les salopards...

POLICIER

C'est qui les salopards ? Vas-y métèque... Dis-le qu'on s'amuse un peu !

MANOUCHIAN

(Très calme)

Je vous laisse deviner.

Le coup de poing en pleine figure va partir. Mélinée s'avance dans la pièce.

MÉLINÉE

Qu'est-ce qui se passe ?

Le flic qui s'apprêtait à cogner retient son geste.

MANOUCHIAN

(Devançant la question)

C'est la voisine d'en dessous,

(À Mélinée)

Restez pas là madame ça ne vous regarde pas...

MÉLINÉE

J'ai quand même le droit de savoir ce qui se passe dans mon immeuble !

POLICIER 2

Tu veux qu'on t'embarque toi aussi ?

Le regard de Manouchian en direction de sa femme se fait suppliant.

À contrecœur, Mélinée obéit, rebrousse chemin et commence à redescendre l'escalier. Tout va alors très vite. Manouchian est empoigné et poussé sans ménagement dans l'escalier. Les policiers bousculent Mélinée au passage. Elleles voit disparaître dans la cage d'escalier. Elle entend les claquements des portières et la traction Citroën qui démarre.

Bouleversée, Mélinée remonte les marches. La porte de son appartement est restée grande ouverte.

À l'intérieur, le désordre est total. Mélinée ramasse un tract qui est tombé de la boîte à chaussures. Puis un livre de Romain Rolland. Elle ne sait pas par où commencer. Découragée, elle se laisse tomber sur une chaise et contemple impuissante les tiroirs vidés et les papiers qui jonchent le soi.

Puis elle aperçoit un des petits cahiers d'écolier où Manouchian a l'habitude d'écrire ses réflexions et ses poèmes. Elle l'ouvre au hasard et tombe sur cette phrase, dans le silence de la pièce, la voix de Manouchian semble provenir d'outre-tombe:

VOIX MANOUCHIAN

Si j'ai le droit de dire en français, aujourd'hui, ma peine et mon espoir, ma colère et ma joie, si rien ne s'est voilé,définitivement, de notre rêve immense et de notre sagesse...

4AINT. MÉTRO AÉRIEN (RAME) - JOUR

Dans un wagon du métro aérien on découvre deux adolescents assis face à face sur un siège de bois. L'un se nomme HENRI KRASUCKI et il a 17 ans à cette époque. L'autre est MARCEL RAYMAN, d'un an son aîné.

Peu de monde dans le wagon, si ce n'est deux sous-officiers allemands quiparlent fort. Ils descendent à la station Barbès-Rochechouart.

Marcel se penche et sort de la sacoche qu'il a glissée sous le siège un paquet de tracts qu'il glisse rapidement par l'ouverture de la vitre...

4BEXT. MÉTRO AÉRIEN (STATION) - JOUR

En contre-plongée on aperçoit la nuée de tracts qui se dispersent, dans une avenue.

Un tract atterrit au pied d'un passant qui le ramasse. On le lit avec lui:

FRANÇAIS, POUR LE 25e ANNIVERSAIRE DE L'ARMÉE ROUGE, ENGAGEZ-VOUS DANS LES FRANCS TIREURS ET PARTISANS !

Le passant froisse rageusement le tract et l'expédie dans le caniveau.

5 INT. APPARTEMENT AZNAVOURIAN (ENTRÉE/SÉJOUR) - NUIT

Une valise à la main, Mélinée frappe à la porte de Knar et Micha Aznavourian. À peine entrée, Mélinée fond en larmes. Le couple des Aznavourian comprend aussitôt qu'il vient de se passer quelque chose de grave.

MICHA

Missak ?

MÉLINÉE

Ils l'ont emmené à la Gestapo...

KNAR

Tu vas t'installer chez nous. Personne ne t'a suivie ?

Elle fait « non » de la tête et se laisse tomber sur le canapé.

MÉLINÉE

J'ai toujours ma chambre rue de Louvois...

MICHA

On verra ça demain. Je préviendrai les camarades,

(À sa femme)

Il reste du potage ?

Mélinée, prostrée, n'a même pas retiré son manteau. Knar se précipite dans la cuisine. Micha vient s'asseoir près de Mélinée.

MICHA

On va le sortir de là...

MÉLINÉE

(Après un silence)

Tu te souviens quand j'ai failli me noyer ?

MICHA

Bien sûr que je m'en souviens.

MÉLINÉE

J'avais dû faire une indigestion... Vous étiez tous au soleil...

On avait pique-nique sur l'herbe...

MICHA

Et Missak a plongé tout habillé pour te sauver... Qu'est-ce qu'on a ri ce jour-là !

(Il lui arrache enfin un sourire)

Je te promets qu'on rira encore tous ensemble.

MÉLINÉE

Maintenant c'est à moi de le sauver.

6. EXT. SQUARE MÉLINÉE/DUPONT - JOUR

Un petit homme binoclard et tout en rondeur lit son journal, assis sur un banc. Il a un béret enfoncé jusqu'aux oreilles. Mélinée passe devant lui. L'homme replie son journal et se lève. Il passe à côté d'elle et lui dit à voix basse:

DUPONT

Suivez-moi.

Elle le suit à distance dans les allées. Il finit par s'asseoir non loin d'une petite foule qui assiste à un concert donné par un groupe d'officiers Allemands.

Leur conversation est accompagnée par la musique qu'interprète le quatuor.

MÉLINÉE

Il faut m'aider monsieur Dupont...

« Monsieur Dupont » s'exprime avec un accent à couper au couteau.

DUPONT

Toutes les personnes arrêtées hier ont été emmenées au fort de Romainville.

MÉLINÉE

Merci.

DUPONT

Quoi merci ? Vous ne faites rien. Vous attendez les ordres. Pas question de retourner dans votre appartement. Avec l'invasion de la Russie, la chasse aux communistes ça va être terrible, vous comprenez ? Terrible !

MÉLINÉE

Je comprends.

DUPONT

Où est-ce que vous logez ?

MÉLINÉE

Cette nuit j'ai dormi chez les Aznavourian.

DUPONT

(Secouant négativement sa tête)

Très mauvais. Vous les mettez en danger. On doit protéger nos camarades... Vous comprenez ?

Elle ne dit rien, regardant droit devant elle. Il finit par soupirer.

DUPONT

Mélinée... Nous aimons tous Manouchian. Depuis longtemps.

MÉLINÉE

Vous voulez dire. C'est comme s'il était déjà mort ?

Elle se lève d'un bond et le laisse en plan. Embarrassé, Dupont la regarde s'éloigner dans l'allée.

Mélinée se présente à un guichet de la préfecture de police.

MÉLINÉE

(À l'employée)

Bonjour madame... Je voudrais avoir des nouvelles de mon mari qui a été arrêté...

EMPLOYÉE PRÉFECTURE

(Lui tendant un formulaire)

Nom... Prénom... Date de naissance... Nationalité... Objet de la demande... Vous savez écrire ?

MÉLINÉE

Bien sûr !

Mélinée remplit le formulaire. Un gros flic rougeaud en uniforme qui tape à la machine se retourne.

POLICIER PRÉFECTURE

Tu viens d'où ?

MÉLINÉE

Je suis arménienne.

POLICIER PRÉFECTURE

T'as tes papiers en règle ?

Mélinée sort sa carte de séjour. Le flic prend la carte et le formulaire que Mélinée vient de remplir.

POLICIER PRÉFECTURE

Tu bouges pas de là.

Il s'éloigne et disparaît derrière une porte.

EMPLOYÉE PRÉFECTURE

Ça va s'arranger... Allez vous asseoir sur le banc.

(À la cantonade)

Suivant !

Mélinée obéit et va s'asseoir sur un banc. Il y a foule. On sent l'angoisse sur chaque visage.

Un vieil homme s'approche timidement du guichet. Il sort son permis de séjour.

EMPLOYÉE PRÉFECTURE

C'est pas ici monsieur. Escalier F, premier étage. Les Affaires Juives c'est le bureau 205... Vous avez compris ? Vous parlez français ?

Le flic en uniforme sort d'un bureau. Il est accompagné par un collègue en civil à l'air mauvais. Le policier en uniforme pointe son index vers Mélinée qui est assise dans le couloir.

POLICIER PRÉFECTURE

C'est elle.

INSPECTEUR MATHELIN

Inspecteur Mathelin. Venez avec moi.

MÉLINÉE

Pour quoi faire ?

L'inspecteur Mathelin l'empoigne brutalement.

INSPECTEUR MATHELIN

Tu vas voir pour quoi faire !

Il entraîne Mélinée dans le couloir. Elle est terrorisée. Les gens qui attendent sur les bancs détournent leur regard.

L'inspecteur ouvre une porte et pousse brutalement Mélinée à l'intérieur.

8 INT. PRÉFECTURE DE POLICE (BUREAU MATHELIN) - JOUR

La pièce est vide. Mélinée imagine le pire.

L'inspecteur met un doigt sur sa bouche pour lui faire comprendre que toutça n'est qu'une mise en scène. Elle n'en croit pas ses yeux. Elle a du mal à se calmer.

INSPECTEUR MATHELIN

Faut pas se jeter comme ça dans la gueule du loup ma petite dame ! Vous savez qu'il est fiché votre mari ? Vous voulez vous retrouver dans un camp vous aussi ?

Toujours méfiante, Mélinée le regarde sans savoir quoi répondre.

INSPECTEUR MATHELIN

Heureusement qu'on est débordés...

(Il fouille dans sa poche et lui rend sa carte de séjour)

Bon... Il a été transféré à Cormeilles. C'est un vieux fort transformé en camp d'internement par les Allemands. Son matricule c'est le 351. C'est tout ce que je peux vous dire.

MÉLINÉE

C'est déjà beaucoup. Vous croyez que...

INSPECTEUR MATHELIN

(La coupant)

Si j'ai un conseil à vous donner c'est de vous tenir à carreau. Et ne remettez plus les pieds ici !

MÉLINÉE

Je vous remercie.

(Elle regarde la porte)

Je peux sortir ?

INSPECTEUR MATHELIN

Va quand même falloir que je vous abîme un peu. Vous comprenez ? C'est vis-à-vis de mes collègues... Sinon ça peut me retomber dessus.

MÉLINÉE

Je comprends...

INSPECTEUR MATHELIN

Désolé j'ai pas le choix...

Mélinée s'approche du flic. Elle ferme les yeux. Du revers de sa main il lui balance une violente gifle. Elle perd l'équilibre. Elle a une lèvre fendue et saigne.

INSPECTEUR MATHELIN

Ça ira ?

Elle fait « oui » de la tête.

MÉLINÉE

(S'essuyant la lèvre)

Encore merci inspecteur.

Il ouvre la porte et lui fait signe de franchir le seuil. Il se met à hurler:

INSPECTEUR MATHELIN

Des saloperies comme toi on n'en veut pas chez nous ! Allez fous le camp ! Fous le camp je te dis !

Elle longe le couloir d'un pas rapide et passe devant ces mêmes gens qui attendent on ne sait quoi et font toujours comme s'ils ne voyaient rien.

9 EXT. ROUTE DE CAMPAGNE - JOUR

Une magnifique journée d'été sur une route de campagne.

On découvre Mélinée et Micha Aznavourian qui pédalent côte à côte.

Mélinée a arrimé sur le porte-bagages de sa bicyclette une grosse valise dont le poids la fait tanguer. Elle évite comme elle peut les nids de poule sur le macadam défoncé.

MICHA

(Criant)

Regarde bien la route ! T'as envie d'un œil au beurre noir en supplément ?

L'énergie de Mélinée est surprenante. C'est Micha qui a presque du mal à suivre le rythme.

MICHA

(Criant à nouveau)

Mélinée ! On fait une pause !

MÉLINÉE

(Continuant de plus belle)

C'est la troisième depuis Paris !

Elle se retourne. Elle voit Micha qui est descendu de son vélo. Il est en nage et boit au goulot d'une gourde.

À contrecœur, elle fait demi-tour pour le rejoindre.

MICHA

(Lui tendant sa gourde)

T'en veux ?

Mélinée prend la gourde et se désaltère à son tour. Micha la regarde, attendri.

10EXT. FORT DE CORMEILLES (ABORDS) - JOUR

Au bout d'un terrain vague, de hauts barbelés électrifiés permettent de voir les bâtiments du camp, encadrés par des miradors.

Mélinée pose son vélo et prend la valise sur le porte-bagages.

MICHA

On y va ensemble.

MÉLINÉE

Non Micha. Attends-moi là. Cache-toi.

Elle s'avance vers le poste de garde.

11EXT. FORT DE CORMEILLES (POSTE DE GARDE) - JOUR

La valise de Mélinée grande ouverte : des biscuits, des pots de confiture, un morceau de jambon etc…

Un officier allemand examine méticuleusement chaque denrée comme s'il avait affaire à des explosifs.

MÉLINÉE

Miam-miam... C'est pour mon mari... Il s'appelle Missak Manouchian... Vous comprenez miam-miam ?

L'officier sourit et lui répond dans un français châtié.

OFFICIER ALLEMAND

Madame je comprends surtout que vous êtes très courageuse... ou bien complètement folie. C'est la première fois qu'une femme de prisonnier ose venir jusqu'ici.

MÉLINÉE

J'aime mon mari. C'est tout.

OFFICIER ALLEMAND

Il a beaucoup de chance.

MÉLINÉE

C'est un grand poète arménien vous savez.

OFFICIER ALLEMAND

Nous avons regroupé les intellectuels dans les mêmes cellules. Il y a des avocats... Un médecin... Des journalistes. Nous les traitons de notre mieux.

MÉLINÉE

Qu'est-ce que vous leur reprochez ?

OFFICIER ALLEMAND

Personnellement rien du tout madame. C'est la police de votre pays qui les a arrêtés. Ce sont des communistes.

MÉLINÉE

Missak ne s'occupe pas de politique.

OFFICIER ALLEMAND

Il faudra qu'il le prouve.

MÉLINÉE

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