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Van Gogh

De
136 pages

Arrivé fin mai 1890 à Auvers-sur-Oise pour se faire soigner par le docteur Gachet, Van Gogh va vivre les derniers jours de sa vie, partagés entre une intensive création, des amours malheureuses et le désespoir.

Ajouté le : 15 octobre 2013
Lecture(s) : 31
EAN13 : 9791022001120
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VAN GOGH

Scénario : Maurice Pialat
Réalisation : Maurice Pialat

Découpage plan par plan: Annelise Landureau

© Presses Électroniques de France - L'Avant-Scène Cinéma, 2013

1.Ouverture au noir sur le gros plan en ralenti d’un pinceau enduit de gouache bleu foncé qui vient caresser une toile déjà indigo. On entend le seul bruit amplifié du pinceau. Léger mouvement d’accompagnement à droite avec le pinceau qui trace une ligne courbe. Une main apparaît dans le champ, au bout du pinceau, puis se retire. Le titre Van Gogh, en caractères blancs, apparaît en surimpression sur le cadre noyé de bleu, presque fixe.

Quai de la gare de Chaponval, ext. jour

2.Plan rapproché de trois quarts et panoramique d’accompagnement à gauche sur la locomotive d’un train à vapeur qui avance face caméra, son conducteur penché à la fenêtre, et entre en gare. Un vieil homme bedonnant, sur le quai, entre dans le champ tandis que derrière lui la cheminée de la locomotive crache et que le train ralentit puis s’arrête, le chef de gare annonçant l’arrêt à Chaponval. Il sort du champ à droite. Une portière s’ouvre au premier plan sur un homme roux, assez maigre, l’air fatigué, qui descend du train et referme la porte de la voiture : c’est Vincent Van Gogh (Jacques Dutronc). Derrière lui, sur le quai, un homme coiffé d’une casquette (MAURICE COUSSONNEAU) semble chercher quelqu’un dans le train. Panoramique d’accompagnement à droite sur Van Gogh qui se dirige lentement vers une voiture de marchandises, en bout de train, les mains dans les poches de sa veste. L’homme le dépasse en courant. Dos caméra, Van Gogh s’arrête aux côtés de ce dernier qui décharge ses bagages du wagon (toiles emballées et chevalets), et les pose sur une charrette à bras.

Porteur

(Apercevant le peintre)

Vous les emportez ?

Vincent

Non… Le Docteur Gachet, c’est où ?

Porteur

(Déchargeant un chevalet)

Oh vous le trouverez pas ! Il arrive qu’au train de sept heures…

Vincent

(Après un temps de réflexion)

Vous connaissez une pension pas chère ?

Porteur

(Chargeant toujours la charrette avec empressement)

Ravoux… Y’a que chez Ravoux… Mais vous auriez dû descendre à la prochaine, parce que Ravoux, c’est plus près d’Auvers…

(Il se retourne vers le peintre, aimable, saisit les bras de la charrette…)

On va boire un canon ?

Vincent

(Bourru)

J’bois pas…

Porteur

(Et avance sur le quai, le peintre filant loin devant, face caméra)

Partez pas comme ça, vous prenez pas une valise ?

(Ils sortent du champ à gauche. Panoramique à gauche sur le train qui se met lui aussi en branle. Un jeune employé des chemins de fer reste à la porte de la voiture qui démarre et les dépasse. Sur le quai, dos caméra, le préposé pose la charrette…)

Je mets tout ça à la consigne et puis j’vous accompagne !… et commence à décharger, tandis que le peintre, sans lui répondre, disparaît derrière la gare.

Rue d’Auvers-sur-Oise, ext. jour

3.Plan rapproché et travelling d’accompagnement à droite sur Vincent Van Gogh et son nouveau compagnon qui marchent côte à côte, profils droit caméra.

L’homme de la gare

(Taquin)

Pas bavard, hein ?

Vincent

(Esquissant un sourire)

Si beaucoup…

Ils passent devant un portail ouvert sur la cour d’une maison bourgeoise : une femme y arrose la pelouse tandis qu’à l’arrière-plan on aperçoit un groupe assis sur un banc à l’ombre des arbres.

L’homme

Qu’est-ce que vous venez faire à Auvers ?

Vincent

(Se retournant légèrement vers lui, souriant encore)

Rien.

Porteur

(Il s’arrête net)

C’est pas fatiguant !

(… puis reprend la marche)

Vous venez à Auvers pour vous mettre au vert !

(Ils dépassent la caméra et marchent maintenant de trois quarts)

Moi, j’suis l’préposé de la compagnie des chemins de fer du Nord… à Chaponval. On est tous dans les chemins de fer dans la famille ! Les trains, ils ont bercé toute ma jeunesse…

(Au second plan derrière eux, on aperçoit une nouvelle cour, plus modeste. Une voiture à cheval traverse devant eux et y pénètre. Ils s’arrêtent encore)

Mon père était chef de gare, moi j’ai pas pu passer l’instruction…

4.Raccord en plan rapproché sur Van Gogh, vu de trois quarts, face caméra. Son compagnon, face à lui, se retourne vers la caméra et désigne du menton la cour hors champ.

Porteur

C’est là, chez Ravoux…

(Il sort du champ. Sans qu’une expression ne transparaisse sur son visage, le peintre regarde longuement la bâtisse. L’homme revient vers lui)

S’il y a quelque chose de libre, elle vous prend… Mais… C’est simple, hein ?

Vincent

(fixant toujours du regard l’auberge)

J’suis pas difficile.

Ils sortent du champ à droite.

Auberge Ravoux, int. jour

5.Plan rapproché sur un homme assez corpulent (JACQUES VIDAL), derrière le comptoir d’un café, profil gauche caméra. Au second plan, l’encadrement d’une porte ouverte sur une autre pièce. Van Gogh et son serviteur entrent dans le champ à gauche, et serrent la main du cafetier. Au second plan, un jeune homme à l’allure bizarre (DIDIER BARBIER) entre dans le champ et se poste en bout de bar, au centre du cadre. Il porte un béret et des petites lunettes qui pourraient lui donner un air sérieux si son regard plongé dans le vide et sa façon de grignoter une tranche de pain miette à miette n’éveillaient pas la curiosité. Le cafetier se retourne vers la droite…

Ravoux

C’est trois francs cinquante la pension,

(Levant le doigt en l’air )

… sans la boisson !

… Et pose devant eux un petit verre à eau-de-vie, que le peintre repousse aussitôt

Vincent

Non, mais j’bois pas moi…

Le cafetier, qui a débouché la bouteille, arrête son geste.

Le préposé

(Donnant un coup de coude au peintre, en riant)

Dis pas ça ! Il se rattrape sur son tord-boyaux…

Le cafetier verse un verre au préposé, tandis qu’au second plan l’étrange spectateur, en boulottant sa mie de pain, fixe le peintre, qui le remarque et le regarde à son tour.

Ravoux

Vous voulez voir la chambre ?

Le peintre hoche la tête à l’affirmative.

L’idiot

(À Van Gogh, désignant sa tranche de pain)

Le pain et le vin…

En passant derrière lui, le cafetier lui tape affectueusement sur l’épaule et, suivi du peintre, passe dans l’autre pièce au second plan, au fond de laquelle on aperçoit une femme portant un panier de linges.

6.Plan très rapproché et travelling avant derrière le cafetier qui entre dans une petite chambre, sous les combles. Un seul petit vasistas éclaire la pièce.

Ravoux

Voilà le palace ! Propre…

(Poursuite du travelling avant sur Van Gogh qui entre dans le champ. Le cafetier, aimable, mais ferme )

On vous change les draps une fois par semaine mais c’est vous qui faites vot’ lit.

(… Van Gogh avance immédiatement vers le petit trou de ciel, dos caméra. Le cafetier, qui continue la visite, ouvre un placard au second plan, sous la fenêtre…)

Un grand placard, pour vos affaires… pratique !

Vincent

(Le nez levé vers le ciel, ironique)

Avec vue sur la mer ?

Ravoux

(... Prend une lampe à huile posée sur une table, juste à côté…)

En vous penchant, vous avez la plage à cinquante mètres…

Vincent

(Qui se retourne face caméra, l’air sceptique)

Joli pt’it port de mer…

Ravoux

(… Souffle la poussière qui la recouvre, et met la lampe sous son bras. Enthousiaste)

Vous verrez, Auvers-sur-Oise est une ravissante petite bourgade !

Ils se dirigent vers la porte, face caméra. Off, on entend le bruit d’un train à vapeur qui ralentit.

Gare de Chaponval, ext. jour

7.Plan large sur la façade de la gare. Au fronton du bâtiment le nom de la ville est inscrit en caractères blancs sur fond bleu, comme dans toutes les petites gares de province. De chaque côté de la porte principale qui recrache trois voyageurs : deux grandes portes vitrées, devant lesquelles sont stationnées presque symétriquement deux fiacres. Un homme élégant (GÉRARD SÉTY), sortant de la gare, salue avec son chapeau une compagne de voyage, puis se dirige vers celui de droite.

8.Plan rapproché sur l’élégant, profil gauche caméra, qui a ouvert la porte de la voiture, au premier plan. Assez âgé, il porte un chapeau et des gants assortis à son costume.

L’homme

(S’adressant au chauffeur, en équilibre sur le marche-pied)

Rue des Mesnaux, s’il vous plaît…

Il entre en voiture et referme la porte derrière lui, tandis qu’au second plan, des passants chargés de valise traversent le cadre.

Le chauffeur

(Hors champ)

Bien, Docteur.

Le cheval hennit au coup de fouet avant de se mettre en route, dépassant le groupe de voyageurs, dos caméra.

Auberge Ravoux, int. jour

9reprise5.Retour sur le préposé des chemins de fer, toujours au bar, profil droit caméra, qui, au bruit du fiacre, se tourne furtivement vers la fenêtre, hors champ…

Le préposé

(Cynique)

Tiens, v’là Gachet ! Radin comme il est, il a pris un fiacre…

… Et avale rageusement son verre d’eau de vie. À droite du cadre, l’illuminé entre dans le champ, l’air ravi, tenant toujours sa tranche de pain.

L’idiot

(Chantonnant)

« Un fiacre allait trottinant… cahin-caha, uldia, hoplà !

(Des bruits de pas résonnent dans l’arrière-salle, Van Gogh et le cafetier reviennent dans le café, suivis d’un jeune homme brun en tablier, qui pose une feuille sur le bar et prend des notes, tandis que le cafetier retourne derrière le bar)

… « Un fiacre allait trottinant… »

Le préposé

(À Van Gogh, qui passe à côté de lui)

Alors, ça allait ?

Vincent

Oui, ça va.

Le préposé

Vous allez chez Gachet ?

Le peintre sort du champ face caméra.

Vincent

(Hors champ)

Oui…Il habite où ?

Le préposé

(Face caméra, tourné vers Van Gogh)

Rue des Vesnoux. Qu’est-ce que je fais des bagages ?

Le cadre revient à droite sur le cafetier.

Ravoux

(Désignant le jeune homme brun)

J’les fait prendre demain matin par le petit.

Il lève les yeux vers le jeune homme et lui propose un verre, que l’autre accepte d’un signe de la tête. Il se retourne pour prendre une bouteille derrière lui tandis qu’au second plan, l’illuminé est toujours plongé dans ses pensées et que le préposé, au premier plan, sort une boîte de métal de sa poche.

Maison du Dr Gachet, ext. /int. jour

10.Plan moyen et panoramique d’accompagnement à gauche sur le docteur Gachet, face caméra, qui monte quelques marches de pierre dans un jardin verdoyant, ôte son chapeau sur le seuil d’une maison bourgeoise (dont la porte est restée ouverte), et pénètre à l’intérieur. Hors champ, quelqu’un joue un air de piano mélancolique. Travelling avant derrière lui jusqu’au seuil de la porte : dans l’entrée, que domine un grand escalier de bois à gauche du cadre, il pose son parapluie et accroche son manteau et son chapeau à une patère. Une femme chantonne sur la mélodie, hors champ. Léger recadrage à gauche sur Gachet qui avance à pas de loups jusqu’au seuil d’une pièce et espionne.

11.Plan rapproché sur Marguerite Clémentine Gachet (ALEXANDRA LONDON), profil droit caméra, assise au piano, et son professeur (CLAUDINE DUCRET), debout au second plan, face caméra, qui observe ses doigts.

Le professeur

(Chantonnant et agitant la tête)

Toujours la même phrase…

(Léger travelling avant sur l’élève…)

Change bien ta pédale…

(… Qui enchaîne quelques fausses notes, avec le sourire…)

Vas-y, lâche pas !

… et continue l’exercice

12.Plan américain sur le docteur, face caméra, dans l’encadrement de la porte. Il s’approche encore puis entre à pas légers. Hors champ, le piano et le professeur qui continue ses commentaires.

13.Plan rapproché sur Marguerite qui sourit, profil gauche caméra : un nœud bleu, assorti à la couleur de sa robe bleu pâle, attache ses cheveux en queue de cheval. À l’arrière-plan, derrière elle, on aperçoit un petit tableau posé sur un chevalet, sur une longue table.

Le professeur

(Hors champ, sur l’air du morceau)

À droite… voilà ! On laisse revenir tout doucement…

(Marguerite sourit encore, au bord du fou rire puis ralentit le rythme…)

Chuut ! ! !

(… Termine le morceau, et se retourne face caméra, radieuse)

C’est très bien Marguerite… Vraiment, tu as de belles qualités, c’est dommage que tu aies arrêté.

Marguerite

J’ai arrêté quand ma mère est morte… J’vais continuer.

Le professeur

(Hors champ)

J’espère…

Gachet

(Hors champ)

Marguerite !

14idem11.Retour au plan rapproché sur les deux femmes, Marguerite de trois quarts, à demi retournée.

Gachet

(Hors champ, aimable)

Joue-moi Lakmé !

Marguerite

(Gênée)

LakméMais je ne sais pas jouerLakmé!

Gachet

(Hors champ)

Joue-nous Lakmé, Marguerite…

(Elle se retourne vers son professeur, comme pour lui demander son soutien.

Le professeur

(Avec douceur)

Tu ne veux pas jouer Lakmé ?

Marguerite

(Secouant la tête à la négative, enfantine)

Non.

Le professeur

Pourquoi ?

Marguerite

Ça me fait pleurer, Lakmé… J’avais une petite guenon qui s’appelait comme ça…

Le professeur

(Toujours douce)

Et alors ?

Marguerite

(Souriant)

Bah je l’ai plus…

(Elle se retourne vers son père)

Mon père n’en voulait plus. On l’a mise dans un zoo parce qu’il disait que ça faisait trop de saletés.

15.Contrechamp sur Gachet, en plan rapproché de face.

Gachet

(Charmeur)

Madame le joue alors…

Marguerite

(Hors champ, ferme)

Non, je veux pas l’entendre !

16idem14.

Le professeur

(Dubitative)

C’est drôle d’aimer une guenon…

17idem13.

Marguerite

(Riant)

Elle était tout le temps sur moi…

Le professeur

(Hors champ)

Ça pue…

Marguerite

Non. Je la lavais tous les matins, elle prenait son bain comme un bébé…

Hors champ, on entend le carillon d’une cloche.

18même axe qu’en15.Plan rapproché taille et travelling à gauche sur le docteur Gachet qui traverse l’entrée et s’éloigne au fond d’une autre pièce, en enfilade, dos caméra.

Le professeur

(Hors champ)

Bon, continuons… le Destacado ?

Les premières notes d’un autre air résonnent tandis qu’à l’arrière-plan le docteur esquisse un gai pas de danse, avant de pénétrer dans une autre pièce.

19.Plan rapproché et panoramique vers le haut sur Van Gogh dos caméra, qui monte les mêmes marches du jardin et rejoint le docteur Gachet en haut de l’escalier de pierre.

Gachet

(Sur un ton de reproche)

Vous arrivez bien tard…

Vincent

(Sur le même ton)

J’ai pris le train de 15 heures !

Gachet

(Désignant la végétation autour de lui)

Je veux dire un peu tard dans la saison, déjà le lilas est fleuri… Allez, venez !

Il tourne les talons, le peintre à sa suite. Des notes de piano résonnent.

20.Plan rapproché sur Gachet et Van Gogh dos caméra, devant la porte entrouverte d’un cabinet. Le médecin lui fait signe de passer devant lui puis entre à sa suite. Hors champ, la leçon de piano continue. Travelling avant à leur suite.

21.Raccord de face en plan rapproché taille et travelling arrière sur Van Gogh entrant dans la pièce et Gachet qui referme la porte derrière eux.

Gachet

(Désignant une chaise)

Asseyez-vous.

(Panoramique à droite vers un bureau très classique, posé dans une pièce visiblement peu décorée et peu utilisée. Au second plan, une longue table est recouverte d’un drap blanc, au-dessus de laquelle est accroché un portrait. Mouvement d’accompagnement du cadre tandis qu’ils s’assoient, le peintre au premier plan, profil gauche caméra)

Je vous attendais à Paris, dans mon cabinet. À Auvers, je ne consulte pas…

Van Gogh fouille dans sa poche et en extrait une enveloppe, qu’il tend au médecin.

Vincent

(Lui tendant la lettre)

J’ai une lettre de mon frère.

Gachet

Merci.

(Le médecin enfile ses lunettes tandis que hors champ, on entend le bruit de baisers échangés et la voix des deux femmes qui se saluent. Il décachète la lettre)

Ici, je ne suis pas installé… Enfin, nous allons nous arranger avec les moyens du bord…

(Il commence à lire puis lève les yeux vers lui)

Déshabillez-vous.

22.Raccord en plan rapproché de face sur Van Gogh qui hésite puis déboutonne sa veste devant le médecin, dos caméra au premier plan. Mouvement d’accompagnement vers le haut avec le peintre qui se lève et la retire, puis enlève les bretelles de son pantalon, commence à déboutonner sa chemise pour finalement l’enlever par la tête, découvrant son torse maigre et pâle. Au second plan, derrière le peintre, un long divan de cuir. Le docteur, qui l’observait, se lève à son tour…

Vincent

J’enlève aussi le caleçon ?

Gachet

Vous pouvez garder le caleçon.

… Et se dirige vers le fond de la pièce, au second plan, avant de disparaître derrière une porte qui laisse entrevoir la silhouette d’une cuisinière

23.Plan rapproché de trois quarts, en plongée, sur une femme assez âgée, assise devant un tas de carottes épluchées : Madame Chevalier (CHANTAL BARBARIT).

Gachet

(Hors champ, avec gourmandise)

… ça sent bon !

(Au premier plan, à gauche du cadre, sa main vient soulever un torchon recouvrant un plat creux rempli de victuailles)

Marinade ?

(Affirmatif)

C’est pas pour ce soir…

Mme Chevalier

(Sans lever les yeux, enjouée)

Non, pour demain !

24idem22.Gachet revient dans la pièce et referme la porte derrière lui. Au premier plan, Van Gogh a ôté son pantalon et range ses vêtements sur la chaise.

Gachet

Allongez-vous sur le divan.

Van Gogh se retourne et s’allonge sur le divan, juste derrière lui, profil droit caméra. Le médecin se frictionne les mains puis se penche au-dessus de lui, descend un peu la ceinture de son caleçon de coton blanc et palpe son ventre, en observant sa réaction. Puis, il se redresse et vient prendre un torchon plié soigneusement sur la tête du divan. Le médecin s’y essuie brièvement les mains puis le déplie sur la poitrine du peintre, avant de coller son oreille dessus. Il change trois fois de point d’écoute puis se redresse, enlève le linge et prend le poignet du peintre d’une main, fouillant dans sa poche pour trouver sa montre à gousset de l’autre, puis prend son pouls.

25.Plan rapproché de face sur l’homme fragile qui se laisse docilement ausculter, face caméra, et le médecin debout derrière lui, au second plan.

Gachet

(Lui désignant la gauche)

Mettez-vous sur la table…

(La main du médecin pousse du bout des doigts le peintre vers la gauche – panoramique d’accompagnement –, puis se frotte les doigts machinalement, comme s’ils étaient sales. Le peintre s’assied sur le bureau du docteur qui se penche – léger recadrage – et vient tester les réflexes, parfaits, de sa jambe droite, puis gauche. Léger recadrage sur le docteur qui se redresse et se place face au peintre, saisissant ses deux poignets puis ses mains qu’il tend en parallèle face à lui. Le médecin repose les bras qui ne résistent pas puis pose les mains de chaque côté du visage, au niveau des tempes. Les yeux dans ses yeux)

Fixez-moi…

De la même manière il tâte le menton, puis le cou

Raccord en plan rapproché de dos sur Van Gogh qui descend du bureau, et Gachet qui en fait le tour pour venir se rasseoir au premier plan. Léger recadrage à gauche sur le peintre qui se rhabille, profil droit caméra.

Gachet

Parlez-moi de vos crises…

27.Plan rapproché de trois quarts sur le docteur qui s’apprête à prendre des notes.

Gachet

Allez-y.

Vincent

(Hors champ, hésitant)

C’est pas toujours pareil…

Gachet

(Avec un peu d’impatience)

Souvenez-vous des plus fortes…

Vincent

(Hors champ, affirmatif)

La dernière fois...

Gachet

(Notant)

Y’a combien de temps ?

Vincent

(Hors champ)

Presque trois mois…

Gachet

(Sans lever les yeux)

À quelle heure ?

Vincent

(Hors champ)

La nuit, deux ou trois heures du matin… je venais de m’endormir.

Gachet

(Notant)

Depuis combien de temps ?

Vincent

Une demi-heure environ. J’ai été réveillé par une douleur très forte à la tête.

Gachet

(Sur le même ton précisément scientifique, notant toujours)

À quel endroit ?

28.Contrechamp en plan rapproché de trois quarts sur Van Gogh, en chemise, qui pose la main sur la moitié gauche de son crâne…

Vincent

Là…

(Il baisse le bras…)

Je n’avais jamais eu de douleurs aussi fortes, ça a duré au moins vingt minutes…

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