Corpographèses

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"Corpographèse" désigne l'inscription du sens sur le corps autant que l'inscription du corps comme sens - donc une véritable mise en forme langagière, textuelle et sémiotique des corps. Sur le corps se croisent des langages divers et des imaginaires de référence. Des prototypes littéraires à la gestuelle du débat politique, de l'anthropologie à une lecture des arts visuels : dans sa pluralité d'approches, le présent volume reflète cette diversité des discours.
Publié le : vendredi 1 mai 2009
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EAN13 : 9782296225565
Nombre de pages : 203
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Corpographèses
ou comment on/s’écrit le corps

Le concept de corpographèse
Le corps jouit d’un statut paradoxal: apparemment toujours déjà là et, de
ce fait, donnée de l’expérience, non problématique, il est aussi une sorte
d’énigme, source de plaisir et de douleur, et surtout d’angoisses, souvent
socialement induites. Individuel, il est pourtant soumis à des mécanismes
de contrôle social (religieux, médicaux, etc.).Contingentoudéterminé par
un code génétique, ilrésiste à l’investissementdu sens,touten lesuscitant
néanmoins.Ce n’estpas seulementlaquestion du sensd’énoncés qui
affirmentlerapportaucorps(queveutdire exactementl’affirmation « J’aiun
1
corps»?), c’estcelle de l’intelligibilité ducorpsmêmequise posde lae :
physiognomonie à la pseudo-scienceraciste duTroisième Reich, la forme
ducrâne oudunezdevientle lieud’une production desens.Les traits
physiques sontassociésà descaractèresmorauxouà descaractéristiques
ethno-raciales, faisantducorps untextequ’on peut,voirequ’on
doitinterpréter.Le corpsestposé commesignifiant, etil estl’occasion de
l’institution de codes(souventniée parl’affirmation d’unerelation naturelle, allant
desoi, entre lesignifiantcorporel et sonsignifié).Si la lecture projette
rétroactivement un processusde marquage ducorps qui lui donnesens, la
culture écritetdécritlescorpsdans une perspective également sémiotique :
création littéraire de personnagesouinvention ethnographique detypes,un
imaginaire destructure langagière està lasource de la production
(fantasmatique)ducorps signifiant.Cesprocessusd’écriture/lecturesontencore
relayésparceuxde l’inscription ducorps, c’est-à-dire aussisurle corps,
pardesmarquagesconcrets, matérielset/ouprothétiques:tatouageset
scarifications,voirevêtementsetornements, etjusqu’à la gestuelle.Exposé
au regard, etaux sens, le corpsdemande à être interprété – etle concept
2
médical desymptôme pourraitici être généralisé.

1.Questionque despenseurs si éloignésetd’époque etde problématiqueque Descarteset
Merleau-Pontyont traitéesousl’angle du rapportentre le corpsetl’âme.
2.Eleonora Sparvolisuggère, à proposde Proust,que le corpsle plusdifficile à lire età

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CORPOGRAPHÈSES

Pour comprendre les enjeux de l’écriture duetdescorps, il
fautprendre conscience de la double illusionque provoquent son apparente
immédiateté et son prétendunaturel.L’illusion dumembre fantôme, chère
à Descartes, n’a pas seulementété lasource de plaisanteriesinfinieschez
desgénérationsd’élèves.Elle estlesigne d’une difficulté àse connaître
soi-même comme corps.Toutcomme lesystèmesexe/genres’est vu remis
3
en cause cesdernièresannées, comme donnée naturelle ,toutcomme le
caractère essentiel de l’identitésexuelle a été miné par uneréflexion
épisté4
mologique historiciste ,le corpsperd de plusen plus sonstatutd’évidence
comme objetde connaissance, etce danslesdisciplineslesplusdiverses.
On pourrait, à larigueur, dresser une liste des traitsphysiquesdontlesens
seraiteffectivement« évident», maismême cette évidence-là
estinséparable d’une projection interprétativequisurcharge le donné d’une inscription
déjàvalorisante.Les yeuxorientaux renvoientculturellementaumystère.
Les traits«sémites»sontindissociablesd’une mémoire culturellequi
impose leur reconnaissance et qui leurassocieune histoire fantasmatique…
Même la couleurde la peauest une donnée contestable, comme le célèbre
5
titre,Peau noire, masques blancs, lerappelle.La dimension cognitive
de l’appréhension ducorpsestainsi l’occasion d’unsupplémentdesens
toujoursdéjà là, maisen mêmetempsparasitaire.De manière encore plus
nette, lesconclusions tiréesde la couleurdescheveux(lerouxconnotant
le diabolique, parexemple) renvoientàunsavoirfolklorique, d’autantplus
efficacequ’il estmoins sujetà la preuve et qu’il prend l’apparence d’une
(pseudo-)science naturelle.L’homologie postulée entre morphologie
corporelle etidentitésexuellerelève de ce genre de projection, etle
«poignet r(amolli »limp wrist) qu’on attribue auxhomosexuels(attribution

comprendre, entoutcaschezProust, c’estceluiquise manifeste à nousenquelquesorte de
l’intérieur, notre propre corps.Surce point,voirZoberman, ici même, p. 25.
3.Les travauxdes théoricien-ne-squeerontbeaucoup contribué à cetteremise en cause
(voiren particulierButler1990et1993).Le «sexe » lui-même aune histoire,qui oscille
entreun modèle monosexué et un modèle bisexué (cf.Lacqueur1992).
4.La « chronologie » de Foucault,qui fait remonteraudiscoursmédico-légal dumilieudu
e
xix siècle l’invention de l’homosexuel (Foucault1976) est aujourd’huiune véritabledoxa
– qu’Halperin défend avec acharnement ; son insistancesurla nécessité d’unemorphologie
pourparler véritablementd’homosexualité estparticulièrementpertinente ici (Halperin
2002, en particulierl’introduction,« In Defense of Historicism », 1-23, etle
dernierchapitre, « How to Dothe Historyof Male Homosexuality», 104-137).Ontrouvera dansStein
1990 un étatde la controverse entre conceptionsessentialiste etconstructionniste de
l’identité.Pour un parcours récent, en français,voirTomiche etZoberman2007(Introduction).
Dansce domaine, comme dans tantd’autres, les réflexionspostcoloniales remettenten
cause ladoxa(voirparexemple lesarticles réunisdansHawley 2001).
5.VoirFanon 1952.Ontrouveunevariante ducaractère problématique de l’évidence de
la couleurde peau,sousforme inversée, dans une chanson célèbre desannées1920:«I’m
white inside, Itdon’thelp mycase. ‘Cause I can’thide,whatison myface » (Black and
Blue, musique de Thomas« Fats» WalleretHarryBrooks, parolesd’AndyRazaf).

MARIE-ANNE PAVEAU ETPIERRE ZOBERMAN

qui, comme c’est souventle cas, a été reprise de manière mi-sérieuse
miparodique par lesgayseux-mêmes)estplus un phénomène de rhétorique
de disqualificationqu’unevobéritable «servation ».L’assignation d’un
sensaxiologique àuntraitcorporelrenvoie le plus souventà desdiscours
sociaux.Ainsi, lespiedsminusculesdesChinoisesde l’élite impériale – et
quirésultaientd’un lentetdouloureuxprocessusde modelage, aumoyen
de bandelettes– marquentleur statut socialement valorisé, parcequ’ils
correspondentà l’inscription corporelle de l’inutilité
dudéplacementautonome.Une femme de la hautesociété n’avaitpasplusbesoin de marcher
que lesgrandsn’avaientà accomplirdes travauxmanuels, ceque leurs
onglesdémesurésetprotégéspardescagessignifiaient.
C’estl’ensemble de cesprocessus que le conceptde « corpographèse »
subsume.Le motmériteune explication.Marie-Rose Logan avaitforgé,
pour titre dunuméro deYale French Studiesqu’elle avaitdirigé en 1975, le
terme degraphesis,quirenvoyaitauxréflexionscontemporaines
surl’écriture etl’inscription – dans un contexte intellectuel marqué parla
philosophie de Derrida, en particulierL’Écriture et la Différence,quiretraçait
le curieux statutépistémologique dévalorisé de l’écriture,touten mettant
en avantl’illusion du sens,toujoursen errance etlavanité de
larecherche d’unsignifiéultime.À prèsdevingtansde distance, Lee Edelman
forge àsontourhomographesis,homographèse, pourl’essai éponyme de
6
son livre de 1994.Cette fois, l’écriture dontils’agitestcelle, duelle, de
l’identité etducorps.Commeterme etconcept,corpographèsepoursuit
le paradigme.Le néologisme asurgispontanément, à
partirdumothomographèseetmême àtraverslui, danslesméandresd’une discussionun peu
ludique entre lesdeuxcoordinateursde ce numéro, à
proposdescatégorieslinguistiquesd’homophone hétérographe (versetverre),
etd’homographe hétérophone, beaucoup plus rare en français(les poules du couvent
couvent), l’homophone homographerestantlenec plus ultrade l’identité
parfaite des signifiants(bourdonetbourdon).Corpographèsedésigne
l’inscription du sens surle corpsautant que l’inscription ducorpscomme
sens.Parcorpographèse, nousentendonsdoncunevéritable mise en forme
langagière,textuelle et sémiotique descorps.Touteunesérie desituations
etde procéduresplusoumoinsclairementinstitutionnaliséesfavorisenten
effetdesmarquagescorporels quisontde l’ordre de la corpographèse :
militarisation ducorpsparlesentraînementsetlesexercices, inscription de la
religion parl’ascèsequisculpte le corpscomme l’exercicespirituel forme
la pensée (processuséventuellementachevé parl’adoption d’une manière
spécifique desevêtir), modificationscorporelles volontairesparadoption
du«système de la mode » (habillement, coiffure, démarche,voire
amaigrissementetmodificationschirurgicales).Dufaitdeson objetmême, ainsi
que de lavariété desprocessusengagés, cettesémiotique descorpsmeten

6.Cetexte estpublié entraduction dansle présentnuméro.

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CORPOGRAPHÈSES

jeu desapprochesetdesdisciplinesmultiples.Sur le corps se croisentdes
langagesdivers(visuels, mais qui relèventdugraphique oudu scriptural)
et tout un imaginaire de référence. La photographie ou la peinture aussi
bienque la littérature ou l’anthropologie tiennent un discours surle corps,
quitte à projeter littéralement le textesurlescorps.

Écritures du corps et sciences humaines et sociales
Les réflexions surl’écriture du corps sontparticulièrement
nécessairesaujourd’hui, àun momentoù se développentdesmanièresneuvesde
concevoir lesnotionsdetexte etdetextualité,qui intègrent deséléments
physiquesetbiologiquesau texte etaulangage.L’enjeuestdonc
trèsimportant, puisqu’ils’agitfinalementde remettre en cause la coupure
cartésienne, etd’une façon générale métaphysique, trèsfortement implantée en
France dans les mentalités scientifiques, entre corps et esprit.
Cequ’Antonio Damasio appelaitavec justesse « l’erreur de Descartes» (Damasio
2001 [1994])estparticulièrement manifeste dès que l’onse metà lire le
corps, à décrypterletextequ’il constitue – etinstitue – età écouterles
paroles qu’il délivre.Entre psyché et soma, pasderupture oude frontière
étanche, maisplutôt un passage poreuxet un continuumqui « incorpore »
(au sensdonnede «r un corps», comme leverbe anglaisto embodyle
dit sansdoute mieux que leverbe françaisincarner)l’espritautant qu’il
spiritualise le corps.Le dialogue avec
lesÉtats-Unisestd’autantplusimportant que lescultural studiesont, depuislongtemps, nonseulementpris
en compte lesdonnéesextérieures, maiségalement travaillé desobjetsdits
« non légitimes» en France.Onsaitd’ailleursles réticencesfréquentesen
France à l’égard descultural studies–toutcomme le discréditdanslequel
lesgender studiessont tenues, mêmesi lasituation commence à changer:
sousleseffetsdetraductions récentesd’ouvragesmagistraux(Judith Butler,
Eve Sedgwick, parexemple), deséminaires,
colloquesetconférencesobstinément tenusparceux que le méprisacadémique françaisn’a pasarrêtés
(Marie-Hélène Bourcier, pourne citer qu’elle), etdes travauxde jeunes
chercheursde plusen plusnombreux qui mettentleurénergie enréseau
etleur savoiren ligne (leréseaude jeuneschercheursEFIGIES
parexem7
ple), ou qui entreprennentdes synthèsescollectives(les trois volumes
deFresh Theorypubliés sousla direction de Mark AlizartetChristophe
Kihm entre2005 et 2007), le «gender» faitde moinsen moins sourciller
les universitaires quivoient se développer un champ extraordinairement
ri8
che.De plus, le corps,surgissantde plusen plus souventdansles travaux

7.Associat: éion EfiGiEStudiant-e-s, doctorant-e-setjeuneschercheur-e-sen
Étudesféministes, genre et sexualités, http ://www.efigies.org
8.On peutciterLittérature et Identités sexuelles, deuxième numéro de larevuePoétiques
comparatistes(voirTomiche etZoberman2007), avec en particulierl’article de Mireille
Rosellosurle filmDirty Pretty Thingsde Stephen Frears(123-144), etQueer
:écritu

MARIE-ANNE PAVEAU ET PIERRE ZOBERMAN

scientifiquesenFrance, apparaîtde fait, parcontraste, comme lerefoulé
des sciences humaines et sociales, ainsi que de la philosophie: unregard
e
rétrospectifsurl’ensemble des travaux qui, auXXsiècle, ontapproché
l’homme etla nature humaine, montreune absence béante, celle ducorps
de ce même homme, deses usagesetdeses significations.Le corpsest
devenu, etcela n’estpas sans risque évidemment,un objetincontournable
voire nécessaire des sciencesde l’homme, ainsiqu’un paramètre
indispensable dansl’observation descomportementshumains quelquesoitl’angle
disciplinaire.Leslimitesmatériellesde cette présentation ne
nouspermettentpasde décrire ici exhaustivementl’ensemble des travauxfrançais surle
corps qui ontouvert un champ désormaisaussi important que dynamique,
etnotre proposestd’ailleursplutôtcentrésurlesphénomènesd’écriture.
Maisnousciterons,sans remonterauFoucaultde l’Histoire de la sexualité,
les travauxpionniersdeGeorgesVigarello, Jean-JacquesCourtine etAlain
Corbin, auteursde la monumentaleHistoire du corpsparue entre2005
et 2007 (trois volumes), ceuxde Bernard Andrieu (1993, 1994,2002)et
9
Philippe le Breton (1992,2003[1990]),qui consacrent leurs recherches
auxquestionsducorpsdepuisletoutdébutdesannées1990, àune
époque oùla division cartésienne régnait encore. Cesdernièresannées, deux
dictionnairesimportants sontparus: en2006, leDictionnaire du corps en
sciences humaines et socialesdirigé par Andrieu auxéditionsduCNRS et,
en2007, leDictionnaire du corpsdirigé parMichela Marzano auxPUF.La
variété de leursentréesmontre avec éclatl’extrême dynamisme desétudes
surle corpsetmet rétrospectivementen lumière des travauxoubliésou
passésinaperçusà l’époque de leurparution.Mentionnonspour terminer
le premiernuméro deCorps(2007),revue interdisciplinaire consacrée à
l’étude ducorps,qui avaitpour titreCorps écrits;letroisième numéro
10
contientlesactesducolloque « Corpsetcouleurs».
Danslesdomaines qui nousintéressentplus spécifiquementici, ceux
de la langue, de la littérature, desécrituresetplusgénéralementdes
systèmes sémiotiques, laquestion ducorpsestencoretraitée de manière
balbutiante etce numéro en proposeun premierbalisage.L’idées’impose
désormais que lesproductionsditesde « l’intellect» comme letexte
littéraire oule discoursen général nesontpascoupéesde l’affect, dubiologique
etducorporel.Nousdéfendonscette idée d’une corporéité desexpressions

res de la différence?(2008), avec dansletome2, l’analyseque faitUta Fenske deTea
and Sympathy, eten particulierde la démarchemasculine, inspirée des travauxde Judith
Butler surle genre comme performance (Zoberman2008 : 139-148) ;dansle
mêmevolume, Richard Goodkin étudie l’ambiguïtésexuelle dansL’Atalantede Jean Vigo, à partir
desa manière de filmerlesmainsdupère Jules– etdudiscours qu’ellesprovoquent(ibid.:
133-138).
9.D’autresnoms viennentbiensûrà l’esprit: Jean-Marie Brohm, Christian Bromberger,
GillesBoetsch, DidierFassin, Christophe Dejours, Françoise Héritier, etc.
10.Pour une présentation de ce numéro deCorps,voiren fin devolume.

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CORPOGRAPHÈSES

textuellesetlangagièrescomme d’unetextualité etd’unesémioticité des
expressionscorporelles ;c’estl’une de celles qui organisentl’ensemble du
numéro et qui ontfédéré lesauteurs quiy sont rassemblés.Si Shoshana
Felman pouvaitnoterilya presquetrente ans, dansLe Scandale du corps
parlant,qu’« iln’ya pasd’actesansinscription linguistiqu(Felmane »
1980: 128), le contexte actuel invite à faire la démarche inverse età
considérer qu’il n’ya pasd’inscription linguistiquesansinscription corporelle,
11
sans que la langue etletexte nesoientprisdansla matérialité ducorps .
La corpographèse est une matérialité, etla matérialité fait selon nous
partie intégrante du texte/contexte de l’œuvre littéraire ou,
plusgénéralement, langagière.Lesdirections relativementnouvellesde la linguistique
cognitive ontamené à prendre en compte le corpsd’une manière beaucoup
plusimportanteque latradition linguistique,sans se limiteraux signes
annexesetauxgestesculturellementcodés(expression de l’affirmation ou
de la négation pardesmouvementsdetête, parexemple).Curieusement,
l’oubli culturel descodesgestuelsn’a étéréellementexaminé en
littératureque de manièrerécente :la correspondance entre desgestesdonnés
etdescontenus spécifiquesdanslethéâtre classique
oudansl’éloquence a bénéficié du renouveaudesétudes rhétoriques.Les représentations
duMithridatede Racine, parexemple, parEugène Green (chapelle de la
Sorbonne, 1999), mettentenscène cette gestuelle conventionnelle (tout
comme certainesproductions récentesd’opérasbaroques utilisentles
conventions qui associentdesparolesetdes sentimentsà desgestesprécis
etcodifiés).Etlesartsdu spectacle d’autresculturesprésententégalement
descodesétablis(le kabuki, parexemple).Maisle mime,voire la gestuelle
codifiée des tragédiesclassiques sontdesdiscoursducorps qui en fontle
substitutd’untexteverbal.La corpographèses’étend à desdomainesmoins
immédiatementperceptibles: la gestuelle comme expression ducorpsest
toujours socialement surdéterminée, certes, maiselle n’estpaspourautant
12
limitée à descodes répertoriésetétablisde manière normative.Figures

11.Ilsembleque desmilieuxetdesépoquesparticulièrementintéressésparle décryptage
des signesaient rendu(ouperçucomme) signifiantesjusqu’auxfonctionscorporelles,voire
en aientfaitlesupportd’un discoursidéologique.L’ouvrage de Kantorowicz,The King’s
Two Bodies(1957), avecson opposition entre le corpsmatériel etle corps
symbolique/politique du roi,rend compte detout un aspectde la pensée de l’Ancien Régime.Maisle corps
matériel fournitauxchroniqueurs ou théoriciensde la
monarchieunsupportpourleurdiscours idéologique.Ainsi Abbie Zangerlitla mentionrécurrente desgouttesdesueursur
le frontd’Anne d’Autriche danslesdescriptionsdumariage de LouisXIII comme faisant
partie d’unestratégie discursive étatique absolutiste pluslarge (Zanger1995).
12.Latraditionrhétorique avaitdéjà abordé la dialectique entre levolontaire
etl’inconscient:si Boileau, citantHorace, affirme, dansl’Art poétique:« Pourmetirerdespleurs, il
faut quevouspleuriez» (III, 142), Bernard Lamy, dans saRhétorique ou l’Art de parler,
faitdesfiguresl’expression directe despassions qui agissent surlesorganesde la parole
(l’exclamationrésultantainsi d’une poussée desespritsanimaux).Surlerapportentre
passion etcorps qui parle,voirDesjardins 2001.

MARIE-ANNE PAVEAU ETPIERRE ZOBERMAN

politiques, enseignant-es, gensdu spectacle
ontdepuislongtempsdûprendre conscience dulangage ducorps.Surtout, la corpographèse prend acte
du fait que le corpsest(lucomme) signifiant, mêmesanspasser par
l’hypothèse d’unesubstitution aulangageverbal, ou d’une imitation.La
corpographèse estainsi la reconnaissanceque le corpsne redit pas unsensdéjà
produit par un énoncéverbal, mais qu’il peutproduire cesensetceténoncé
par desprocessusd’inscriptionspécifiques.L’actualité, aumomentoùces
pages sontécrites, en fournit un témoignage net. Devantlesdélégués réunis
pourla convention nationale duparti démocrate à Denver, HillaryRodham
Clinton, candidate malheureuse à l’investiture comme candidate duparti
démocrate à l’élection présidentielle américaine, a prononcé, le26août
2008,un discoursavidementcommenté parlesmédias.L’article duNew
York Times, en première page,s’ouvre parle compterendu suivant:

Sousleregardtendre deson mari etdevant sespartisans qui
l’observaientavec des yeuxpleinsde larmes, lesénateurHillaryRodham Clinton
arenoncé àses rêvespersonnelsmardisoiretprononcéun
plaidoyerappuyé à la convention démocrate nationale pour quetous s’unissentderrière
sonrival, lesénateurBarack Obama, en dépitdetoute animositérésiduelle
13
potentielle.

Onsetrouve ici à la frontière entre le littéraire proprementdit, le
discursif etlesocial.Tantleregardtendre de Bill Clintonque leslarmes
aux yeuxdespartisans, etmême le caractère «emphatic» duplaidoyer
d’HillaryClinton inscriventdesindicesde corporalitésignifiants.

Pour une approche corpographique des textes
Ce numéro d’Itinéraires
LTCs’inscritdanscesnouvellesperspectiveset vise à participerau renouvellementde l’approche des textes,qu’ils
soientlittérairesoupluslargement sémiotiques, même dans un dispositif
nonverbal, ouavec desfonctionnements
sémiotiquesmixtes(posturoverbal,verbo-iconique, etc.).Ilvoudraitégalement susciter une nouvelle
négociation entre corpsetesprit, permettre derepenserlesfrontièresentre
l’externe etl’interne etd’ouvrirlesproductionslangagièresà
leurscontextesde production en intégrantlesdonnéesbiologiquesetcorporelles.Les
nouveauxespaceslittérairesétantaussi de nouveauxespaces sémiotiques,
la littérature peut(doit ?)être pensée en articulation avec
lesautresexpressionslangagièresetdansdescontextesculturelsethistoriquesdifférents
et spécifiques.C’estcequereflète l’architecture duprésent volume,qui

13.« With herhusband looking ontenderlyand her supporters watchingwithtearsintheir
eyes, SenatorHillaryRodham Clinton deferred herown dreamson Tuesdaynightand
delivered an emphatic plea at the Democratic National Conventiontounite behind her rival,
SenatorBarack Obama, no matter whatillwill lingered »(New York Times,27August
2008; traduction de Pierre Zoberman).

1

3

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CORPOGRAPHÈSES

fait une large place à desarticles sur descorpusnon littéraires, mais qui
concernent cependant le littérairesi le littéraire peut être pensé en
relation avecsesextérieurs.Ce n’estpas seulement que la littérature, comme
production culturellesociale, intègre les savoirsde l’épistémè du sein de
laquelle elle émerge.MichaelFinn lisantdansProustlatraduction des
conceptionsmédicalesdupère de ce dernier, ouPatrick Dandrey
recherchantla nature dumalqueLe Malade imaginairedramatise nesont que
deuxexemplesde l’interpénétration desdiscoursetde l’utilisation de
l’œuvre littéraire comme instrumentherméneutique.Plusgénéralement,
leséditeursdu volumesont soucieuxd’ouvrirle champ d’investigation
à l’ensemblevaste etpolymorphe desdiscoursducorpsaumoinsautant
qu’à celui desdiscours«sur» le corps.
Corpographèses :corps écrits, corps inscritspartdonc de
problématiques textuellesetlittérairespour suivre leurdéveloppementdansdes
systèmesmixtes, pourenfin aborderle corpslui-même commetexte.Il
rassemble desauteursde provenancesdiverses,tantgéographiques que
disciplinaires: des spécialistes reconnusde la littérature comme desgayet
queer studiesanglo-saxonnes(l’Américain Lee Edelman etle Britannique
GuySnaith), accompagnésd’homologuesfrançais(Pierre Zoberman),
côtoientdeslinguistes(Huguesde Chanay, Marie-Anne Paveauet
Laurence Rosier),un philosophe (Bernard Andrieu)et une anthropologue
(Dominique Chevé).Lescorpusétudiés reflètentcette diversité :textes
littéraires, formeslangagières,tatouages scripturaux, posturescorporelles,
photographiesd’art.Cettevariété despointsdevue etdesapproches
culturellesnousasemblé nécessaire pourouvrirlesapproches textuelles
etlittérairesà d’autresobjets, espacesd’investigation etproblématiques,
condition de leur renouvellement.

La première partie, « Corpsen mots, corpsentextes», propose deux
modalités selon lesquellesle corpsestdit, c’est-à-dire aussi pensé,
ouplutôt renduintelligible, parlesmotsde la langue, dansle langage ordinaire
et,toutparticulièrement, en contexte littéraire – puisqu’il estentièrement
construitparletexte.
La littérature,surtoutletexteromanesque, est traditionnellementle
lieude la production de personnagesdotésde corps(etc’estd’ailleurs
l’une despratiquesde la modernitéque de frustrerl’attente deslecteurs
dansce domaine, comme entémoignent, parexemple letravail de Beckett
oulesmonologuesintérieursduDîner en villede Claude Mauriac).Dans
« PrototypeschezProust: à larecherche ducorpsperdu», Pierre Zoberman
montre commentProustconstruitdespersonnagesdontle
corpsestlesupportd’une identité.Le Juif etl’homosexuel, lesdeuxessences qui
émergentà mesureque leroman progresse,que letempspasse et que lasociété
contemporainesemblese désintégrer,sontdéchiffrablesetidentifiables
dansetparleurcorps,que le narrateurapprend à lire, aupoint que leur

MARIE-ANNE PAVEAU ETPIERRE ZOBERMAN

sens(etleursecret) lui devient une évidence douloureusementcriante. Cet
apprentissage reflète en miroir le travail d’écriture de Proust qui construit
et retouchesespersonnages, afin de faire émerger une identitéqui,tout
en lesdésindividualisant, permetaussi de lesnommerproprement,
c’està-dire dereconnaître l’espèce à laquelle leurcorpslesassigne.
Dans«Singeroude larépétition desmotsà l’imitation descorps»,
Laurence Rosierétudie la manière dontlacorporalitéest transcrite dans
le discours rapporté.Ils’agitdonc d’un discours rapporté ducorps, mais
dans une perspectivequi débouchesur une mise envaleurde la dimension
axiologique de ce discours: la corporalité estelle-mêmevue
commesingeantlespratiquesauxquelleselle donne corps.Rosiermeten évidence
la facilité avec laquelle on passe de l’imitation (adoption ouadaptation
d’une corporalitévalorisée)àuneversion dévalorisée,vue commeune
manière de «singer».

La deuxième partSigneie, «sducorps: postures,
écritures,signatures»,rassemble desarticles quireposent surl’idéeque le corpsest
sémiotisé pardes signes qu’il produitlui-même :desmarqueurscorporels
comme lespostures, les tatouages, lesmarques, ornementsetattributs
divers sonten effetdesécritures que le corpsproduit,
lesportantlittéralement surlui etlesdonnantà lire au récepteur qui passe parlàselon des
dispositifscommunicationnelsparfoishétérodoxes.
« Singer»supposeque l’on imite plusoumoinsconsciemment, des
gestesetdesattitudes,que l’on peutpercevoiret rapporter.Maislesens
dudiscourscorporel n’estpasforcément, ni même prioritairement,
intentionnel (au sensoùilseraitcontrôlé consciemment).Lesartsdugeste (du
mime auxmouvements qui accompagnentla déclamation) visentà faire
entendreunsens, àsoutenirouàremplacerle discours verbal.Même le
clin d’œil de connivence,qui dément un énoncéverbal explicite,renvoie à
cette dimension intentionnelle.Maisle corpspeut toutaussi bien démentir
oucorrigerlesénoncés verbauxexplicites.Pourenresterà l’exemple de la
récente convention nationale duparti démocrate à Denver, lesjournalistes
épiaientle comportement, lesattitudes, lesindicescorporels qui pouvaient
révélerchezHillaryClintonune animositésecrète, dont son
discoursévoquaitla possibilité chez sespartisans, démentantl’appel àvoterpour son
rival heureux, Barack Obama.On pourraitparlerd’une dimension
corpoironique dudiscours, dansla mesure oùle discoursducorps révélerait une
14
distance entre l’énoncé etlesens .C’estprécisémentàun déchiffrage du

14.La difficulté des’assurerdu sensd’un énoncé avaitété abordée parGuido
Almansi dansle numérospécial dePoétiqueconsacré à l’ironie en 1978. Son titre,
« L’affaire mystérieuse de l’abominable“tongue-in-cheek”», jouant sur
l’expression anglaise, rattachait l’indécidabilité àun mouvementimperceptible (Almansi
1978).

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CORPOGRAPHÈSES

discourscorporelque Huguesde Chanayprocède dans son article, « Corps
à corpsen2007: NicolasSarkozyface à Ségolène Royal ».Il proposeun
système de description etd’analyse desmessages transmisparlespostures
etlesgestesdesdeuxcandidats, à partirdupostulat que le discoursestpar
nature fondamentalementmultidimensionnelqui entrelace le gestuel, le
postural, etle mimique au verbal.
C’estégalementcette conception de l’hétérogénéitésémiotique du
discours quisous-tend l’article de Marie-Anne Paveau, « Une énonciation
sanscommunication : les tatouages scripturaux».À partird’un corpusinédit
ensciencesdulangage, elle montreque la dimension communicationnelle
de l’échangeverbal, presqueuniversellementadmise danslesdisciplines
texte-discoursetmême postulée alorsmêmeque les textesn’offrentpas
d’indicesdedeixisetde marquesénonciatives, peutêtre inexistante ou
toutaumoinsne pas se déployer selon laversionstandardqui proposeun
énonciateuret un énonciataire.En effet, les tatouages scripturaux, dont
lesmodalitésde productionsontextrêmement variées, produisent unsens
qui n’estparfoispaslisible parleurporteurmême.Ilsemble alors que
la dimensionréférentielle du signe (sarelation avecunréférentobjetdu
monde)primesurla dimensionsémantique (la construction du sensviale
signifié).Letatouagescriptural,qui est véritablement un énoncé inscrit
surlasurface corporelle, a donc peut-êtreune autre fonctionque la
communication,une fonction directementconnectée à la dimens:bio »ion «
autobiographie, biosubjectivité, bioréférentialisme.
C’estencore aux signes transmisparle corps que l’article deGuy
SnaitCoh, «rpsdessinés, corpscréés, corps signés “Tom of Finland”»,
s’intéresse.Si Pierre Zoberman proposait uneréflexionsurla construction
littéraire de corps, ils’agitici d’une production graphique de corps qui
émettentles signesd’unevirilité hyperbolique et qui portent, en outre, des
vêtementsetdesaccessoires renvoyantaussi à desmythesde la
masculinité (vêtementsde cuir, motos,uniformes, fouets, etc.).Ces signes sont
devenus, en grande partie dufaitdu travail de Touko Laaksonen,aliasTom
ofFinland, lesattributsd’untyped’homme gay, leclone, permettantainsi
àtout un groupe derevendiquer une masculinitéautre, maisnéanmoins
évidente, etde briserl’association automatique entre homosexualité et
efféminement.Les signesducorps sémiotisentalorsdirectementle genre,
montrantparlà même àquel pointil estaffaire designe justement, bien
loin dunaturalisme etde l’essentialisme desconceptions traditionnellesdu
masculin etduféminin.

AvecTom of Finland, laquestion des signesémisouportésparle
corpsdéborde clairement surcelle desconstructionsidentitaires, assumées
ouimposéesde l’extérieur.C’estcette dimension de la corpographèseque
latroisième partie du volume,« Identités,socialités,subjectivités»,
aborde explicitement.Le corpsesten effetle lieuprivilégié de la construction

MARIE-ANNE PAVEAU ETPIERRE ZOBERMAN

et de la projection identitaires, culturelleset sociales ;longtempsconsidéré
comme individuel, propre etintime, le corpspossède en fait un
fonctionnementcollectifqui implique profondémentl’autre du rapport social.
Dans« Homographèse :identité corporelle etdifférencesexuelle »
(article éponyme deson livre,Homographesis), Lee Edelman identifie
etanalyse le processusduel de l’homographèse,qui cherche àstabiliser
l’identité corporelle, parpeurde la différencesexuelle,touten établissant
dansle même mouvementl’impossibilité detouteressemblance
définitive àsoi – l’homographèsesesitue dansla lignée de
l’écriture/inscriptiontelleque Derrida l’avait scrutée ilyatroisdécennies.L’obsession de
lasociété (hétéronormative)estde fixerde manière lisiblesurle corps
la marque de l’homosexualité.La peur sociale fondamentalequi estau
cœurde ce désirpeut s’exprimerentermeslinguistiquescomme celle
de l’homographe :ils’agitd’éviter que deuxcorpssemblablespuissent
renvoyerà deuxidentités sexuellesdifférentes, etil estprimordial, en
somme, des’assurer que l’on peut reconnaître l’homosexuel, alorsmême
que le principe d’identification introduit toujoursla possibilité d’une
différencequi passeraitinaperçue.
Constatant que lesphénomènesde marquage ducorpsglissent, dans
les sociétésoccidentalescontemporaines, de l’identité dugroupe à des
réappropriationsindividuelles(qu’elles soientidentitairesounon)du
corps, Bernard Andrieupropose le conceptd’hybrigraphèse pourdésigner
unetechnique corporelle pour« in-scrire » la marquesubjective
enymontrantla modification du vécu, du schéma etde l’image corporels,technique
quitransformeraitlacorpographèse,vue commeune inscription ducorps
par la société, enune autocorpographèse conçue commeversantpositif,
en cequ’elle permettrait réellementl’inscription du sujet.Ducontactentre
ethnologue etpopulations« primitives», aucyborg, en
passantparl’artérotique, c’est-à-dire par une démarche entroisétapes, « épistémologique »,
« esthésiologique » et« biotechnologique », on passe de ceque Foucault
appelaitles technologiesdu sujetaux technologiesde l’hybridation.
Achevantcette exploration descorps sémiotiqueset sémiotisés,
Dominique Chevé proposeune lecture anthropo-logique desphotographies
de Karl Lakolak (voirLakolak2008), dontontrouveraquelquesexemples
dansle présent volume.Elle montre commentlescorps saisisparl’artiste
deviennentdes textesmétamorphiquesoffertsautantà la lecturequ’au
regard.Lescorpsde Karl Lakolaksemblentfigurerleurmise ensensmême,
en matérialisantleurgraphèse elle-même enregistrée parla photographie.

Si le corpsest textuel ougraphié,si letexte estcorporel ouincorporé,
alorscesontlesnotionsdetexte etde corpselles-mêmes quisevoient
reconfigurées.Lesdonnéeslangagièreset textuellesontjusqu’à présentété
observées,tanten littératurequ’ensciencesdulangage, etdansd’autres

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CORPOGRAPHÈSES

disciplinespréoccupéespar les signes verbaux, comme objetspropres,
justiciablesd’une analyse monodisciplinaire, lesdonnéesextérieures, comme
le corps, étantenvisagéescomme descontextesautour, à côté ou en dehors.
Ceque nousdisentlesapprochesprésentéesdansce numéro, c’est que la
frontière entre lesouvragesde l’espritetlesperformancesducorpsdoit
êtreredessinée,que la notion même d’espritpeutêtre pensée, de manière
externaliste, commeune forme matérielle, et que,réciproquement, le corps
et ses réalitéscharnellesontdespropriétésmentales.Que l’espritetle
corps sortentchacun de leurautonomie conceptuelle et que leurcontinuité
nousouvreun champ d’investigation encore inédit, c’estcequeveulent
signifierlesitinérairescorpographiques tracésdansce numéro.

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Marie-Anne Paveau
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