Femmes et livres

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La conjoncture des deux termes femmes et livres a une histoire tumultueuse. A travers le regard de spécialistes, le champ d'investigation de cette enquête interdisciplinaire s'engage dans des espaces géographiques et sociaux variés, du XVIe au XXe siècle. Sont abordés : la question de l'accès des femmes au savoir, la représentation littéraire de la lectrice, le statut de l'écrivaine, ses relations au monde de l'édition et sa réception auprès du public, les écrits destinés à un lectorat féminin.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
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EAN13 : 9782336271057
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FEMMES ET LIVRES

Collection Des idées et des femmes dirigée par Guyonne Leduc
Ancienne élève de l'École Normale Supérieure (Sèvres) Professeur à l'université Charles de Gaulle-Lille III

Des idées et des femmes, collection pluridisciplinaire dépourvue de tout esprit partisan, gynophile ou gynophobe, a pour objet de présenter des études situées à la croisée de la littérature, de J'histoire des idées et des mentalités, à l'époque moderne et contemporaine. Les thématiques y auront trait aux femmes en général ou à des figures précises de femmes, avec prise en compte de leur globalité (de leur sensibilité comme de leur intellect). Le monde occidental constituera, dans un premier temps, le champ géographique concerné, ce qui n'exclut pas une ouverture ultérieure potentielle aux mondes oriental et extrême-oriental.
Ouvrages parus Boulard, Claire. Presse et socialisation félninine en Angleterre au XVIIIe siècle: "Conversations à l'heure du thé. "2000. 537 pp. Enderlein, Évelyne. Les Femlnes en Russie soviétique 1945-1975. Perspectives 1975-1999. 1999. 213 pp. Genevray, Françoise. George Sand et ses contelnporains russes: Audience, échos, réécriture. 2000. 410 pp Gheeraert-Graffeuille, Claire. La Cuisine et le forul1z: bnages et paroles de jelnl1zespendant la révolution anglaise (1640-1660).2005.467 pp. Jaminon, Martine et Émilie Faes, éds. Felnl1zesde sciences belges: Onze vies d'enthousiasl1ze. 2003. 97 pp. Kerhervé, Alain. Une Épistolière anglaise du XVIIIe siècle: Mary Delany (1700-1788).2004.611 pp. Leduc, Guyonne, dire L'Éducation des fen1/nes en Europe et en Al1zériquedu Nord, de la Renaissance à 1848: Réalités et représentations. 1997. 525 pp. Leduc, Guyonne. L'Éducation des Anglaises au XVIIIe siècle: La Conception de Henl)J Fielding. 1999.416 pp. Leduc, Guyonne, dire Nouvelles Sources et /louvel/es I1zéthodologies de recherche dans les études sur les fel1zmes. Préface de Michelle Perrot. 2004. 355 pp. Leduc, Guyonne, dire Travestisselnentfé,nÙlÙl et liberté(s). Préface de Christine Bard. 2006.439 pp. Martin, Marie. Maria Féodorovna (1759-1828) en SOiltel11ps:Contribution à l'histoire de la Russie et de l'Europe. 2004. 452 pp. O'Donnell, Mary Ann, Bernard Dhuicq et Guyonne Leduc, eds. Aphra Behn (1640-1689): Identity, A!terity, Ambiguity. 2000. XX + 310 pp. Verrier, Frédérique. Le Miroir des Alnazones: Al11azones, viragos et guerrières dans la littérature italienne des XVe et XVIe siècles. 2004. 256 pp.
~

(Ç)

L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-02780-0 EAN : 9782296027800

Sous la direction de

Danielle Bajomée, Juliette Dor et Marie-Élisabeth Henneau

FEMMES ET LIVRES

L 'HARMATTAN

Des mêmes auteures
Danielle Bajomée Vingt ans après... Essai de définition et de situation du Nouveau Roman. Liège: Etabetyp, 1975. 5 13 pp Écrire, dit-elle, imaginaires de Marguerite Duras (avec R. Heyndels). Bruxelles: Éd. de l'U. de Bruxelles, 1985. 456 pp. Alice au pays des merveilles, Conte pour enfants d'après Lewis Carroll. Paris: Nathan, colI. « Disney classique », 1988. 115 pp. Pierre Mertens, l'arpenteur. Bruxelles: Labor, colI. Archives du futur, 1989. 404 pp. Duras ou la douleur. Paris-Bruxelles: Éd. Univ.-De Boeck, 1989. 198 pp. (2e éd. rev. et augm. 1999). Une Parole poétique. Sur Jacques Sojcher. Ni la mémoire, ni l'oubli. Bruxelles: Éd. de l'Ambedui, 1991. 310 pp. Les Lieux romanesques et filmiques de Marguerite Duras (avec des photographies de R. Gibson). Bruxelles: Éd. Talus d'approche, 1997. 160 pp. Simenon-Une Légende du.x¥e Siècle. Tournai/Paris: La Renaissance du Livre, 2003. 192 pp. Juliette Dor Forms and Meanings of the Verbs Contained in MS. Bodley 34. Paris: Ass. des médiév. angI. de rens. Sup. VII (1982). 432 pp. Chaucer, Les Contes de Cantorbéry. 1ère partie, Gand: Story-Scientia, Ktémata 5, 1977, 147 pp.; 2e partie, LouvainlParis: Ktémata 9, Peeters, 1986. 265 pp. Les Contes de Canterbury. Paris: Christian Bourgois, 10/18, 1991. 257 pp. Sire Gauvain et le chevalier vert. Paris: UGE, 10118, 1993. 155 pp. Eilhart Von Oberg. Tristan. Lecture du mythe (trad. fro de D. Buschinger et W. Spiewok). Bruxelles: Actes Sud/Labor/Leméac, Babel 252, 1997.283 pp. Écritures 79, Pages de littérature anglaise médiévale offertes à S. d'Ardenne. Liège: CIL, 1981. 129 pp. A WJfTher Was, Liège, English Department, L3, 1992.300 pp. J. Dor, L.Johnson et 1. Wogan-Browne, New Trends in Feminine Spirituality. The Holy Wonlen of Liège and their Impact, Turnhout: Brepols, 1999. xiv + 350 pp. (Medieval Women: Texts and Contexts ). Conjointure arthurienne. Actes de la 'Classe d'excellence' de la Chaire Francqui 1998. Louvain-laNeuve: Pub. de l'lns1. d'études médiév. de l'U. cath. de Louvain, 2000. vi + 128 pp. T. Jones, R. Yeager, T. Dolan, A. Fletcher and 1. Dor, Who Murdered Chaucer? A Medieval Mystery. Londres: Methuen Publishing Ltd, 2003. 408 pp. Marie-Élisabeth Henneau Les cisterciennes du pays mosan, moniales et vie contenzplative à l'époque moderne. Bruxelles: Institut historique belge de Rome, 1990. 648 pp. Filles de Cîteaux au pays mosan. Bruxelles: Crédit communal, 1990. 157 pp. Liège, Histoire d'une Église 1. 3: XVIe-XVIIIe S. (avec J.-P. Massaut et É1. Hélin). Strasbourg: Éd. Du Signe, 1993. 48 pp. La vie cistercienne, Hier et aujourd'hui (avec Ph. Baud, T. Kinder et A. Guinvarc'h). Paris: Cerf / Zodiaque, 1998. 144 pp. M.-É. Henneau et B. Barrière éd., Cîteaux et lesfemlnes. Paris: Créaphis, 2001. 354 pp. M.-É. Henneau, C. Havelange, Ph. Denis et J.-P. Delville éd., Tenlps culture, religions. Autour de Jean-Pierre Massaut, Louvain: Biblio. de la Rev. d'His1. Ecclés. 85, 2004. 386 pp. Juliette Dor et Marie-Élisabeth Henneau Femnzes et Pèlerinages. WOl1zenand PilgrÙnages. Santiago de Compostela: Compostela Group of Universities Press, 2007 (sous presse).

6

SOMMAIRE

Avant-propos et remerciements Marie-Élisabeth Henneau et Juliette Dor (Liège) Préface Danielle Bajomée (Liège) PREMIÈRE PARTIE

Il 15

FEMMES ET SAVOIRS "Voix / voies de femmes en Angleterre de la Renaissance à l'ère des Lumières" Guyonne Leduc (Lille III) "Autorité et conscience minoritaire dans les correspondances de Mme Graffigny, Mlle de Lespinasse et Mme Roland" Renaud Redien-Collot (Picardie) "Culture lettrée des femmes et pensée magique en Italie du Sud aujourd'hui" Marianela Roselli (Toulouse - Le Mirail)

25 de 41 65

"La Pluralité des rapports aux savoirs et aux apprentissages linguistiques chez les femmes migrantes en France" Carole Viché (Toulouse - Le Mirail) 91 DEUXIÈME REPRÉSENTATIONS PARTIE DE LA LECTRICE

"Fallait-il laisser les femmes lire? Représentations de lectrices dans la littérature française du XVIIe au XIXe siècle" Sandrine Aragon (Montpellier III) 109 "Modèles de la lecture féminine à la fin du XIXe siècle" Ruth Gantert (Zurich) "Portrait de la lectrice en malade: La Mise à distance du savoir?" Marie Baudry (Paris III) "Madame Bovary lue et réécrite par Agustina Bessa-Luis"
Maria do Ceu Alvès (Toulouse - Le Mirai!)

125 139
149

TROISIÈME

PARTIE

L'ÉCRIV AINE

"Marceline
comptes.

Desbordes-Valmore
.."

et Gervais

Charpentier:

Des Contes

aux 161

Marianne Duflot (Rennes II)

"Heurs et malheurs de Mélanie de Boileau, femme de lettres, historienne et pédagogue (1774-1862)" Isabelle H avelange (CNRS - ENS) 175 "Devenir écrivaine: La Production littéraire de trois auteures fictives dans la prose narrative québécoise d'avant la Révolution tranquille" Isabelle Boisclair (Sherbrooke) 185 "Albums illustrés créés par des femmes, albums illustrés créés par des hommes: Quelles différences? Le Cas de la production française de 1994" Carole Brugeilles et Sylvie Cromer (Paris X et Lille II) 197 QUATRIÈME RÉCEPTION PARTIE

DE L'ÉCRIV AINE

"Des 'ouvrages de dame' à la "littérature féminine": Réception masculine des écrits féminins à la Belle Époque (1897-1914)" Patricia Izquierdo (Bordeaux III) 217 "Des passions critiques pas si simples... Réceptions critiques de Passion simple d'Annie Emaux" Isabelle Charpentier (Versailles - Saint-Quentin) 231 "La Réception immédiate d'Histoire d'a de Pauline Réage (1954)" Alexandra Destais (Caen) 243 CINQUIÈME PARTIE

ÉCRITS DESTINÉS AUX FEMMES "Les Éditions 'Des Femmes' 1972-2001: De Vincennes au Parlement européen. De l'écriture féminine à la Bibliothèque des voix" Fanny M aZ'l.one(Metz) 261 "Polyphonie énonciative et mélange des genres dans la presse féminine: Pour quels modèles de couples?" Marianne Charrier-Vozel et Béatrice Damian-Gaillard (Rennes I) 275 8

"Entre tradition et modernité: Vision des femmes et rapport des femmes aux livres dans la collection 'Marabout Mademoiselle'" Aurélia de Becker (Aix - Marseille) 289 Ont contribué à cet ouvrage Résumés des contributions Index nominum 303 309 3 15

AVANT-PROPOS

ET REMERCIEMENTS

Juliette Dor et Marie-Élisabeth
Université de Liège

Renneau

Les quelques enseignantes et chercheuses de l'Université de Liège qui, dans la foulée de la mission confiée par la ministre en charge de l'Égalité des chances, fondèrent le FER ULg ("Femmes, Enseignement, Recherches, Université de Liège") étaient animées d'une volonté complexe, vite concrétisée dans l'énoncé de plusieurs projets: rassembler les forces vives en "études femmes-études de genre"

au sein de leur alma mater et les souder en réseau, promouvoir ces études - et par
la mise en place d'un enseignement, et par l'élaboration de projets de recherche -, s'adresser enfin au monde universitaire suivant les canaux traditionnels (cours, conférences, colloques, séminaires, publications...). Mais il leur sembla également indispensable de sortir de la tour d'ivoire académique pour s'ouvrir au reste du monde et lui apporter, peut-être, information et formation, tout en sensibilisant les femmes de toutes les générations (et pourquoi pas aussi les hommes...) à la mise en œuvre de la parité. .. Deux ans après ce 8 mars 2001, l'accueil réservé à leurs premières initiatives, l'intérêt croissant d'un public élargi et, aussi, le succès général de la formule "Université d'été" encourageaient ces quelques femmes à se lancer dans l'aventure. Déplorant, de surcroît, le retard accusé par le monde francophone dans le domaine des études de genre et la difficulté de remédier à cette carence (nombre de recherches menées dans le monde anglo-saxon restent malheureusement non traduites), elles la voulurent francophone. La formule retenue était celle de la rencontre de chercheurs, de spécialistes, de doctorants et d'autres personnes soucieuses d'acquérir une formation dans ce domaine, dynamique fondée sur les deux options fondamentales de travail que s'était données le FER ULg. Le défi était à la mesure de l'enthousiasme des organisatrices: il s'agissait en effet d'explorer un thème dans la perspective d'un colloque scientifique interdisciplinaire, tout en permettant à la manifestation de nourrir les échanges intergénérationnels et d'ouvrir des espaces de débat à tous les participants. Femmes et livres, le colloque de lancement de notre première Université d'été, a articulé ces questionnements et discours venus d'horizons différents (le champ d'investigation de l'enquête interdisciplinaire s'engageait dans des espaces géographiques et sociaux variés et portait sur pas moins de cinq siècles) autour de cinq volets particulièrement signifiants: l'accès des femmes au savoir, la repré-

sentation de la lectrice, l' écrivaine, la réception de cette femme qui écrit, ainsi que la problématique générée par des écrits destinés à un lectorat féminin. Dire simplement que ce sont ces lignes de force qui structurent le volume d'actes de la première Université d'été du FER ULg serait gommer toutes les étapes intermédiaires, que ce soit convaincre les uns du bien-fondé d'une rencontre en études de genre, démontrer aux autres la portée scientifique de la démarche ou encore mener à bien la manifestation, avec ses séances plénières, ses tables rondes, ses expositions et ses ateliers. Une difficulté plus inattendue a surgi lors de la mise en œuvre de ce livre, suscitée par le déséquilibre entre, d'un côté, les textes des auteurs rompus aux pratiques de la rédaction d'articles destinés à des milieux scientifiques et, de l'autre, le manque d'expérience en ce domaine d'un petit groupe de débutants. C'était, sans doute, le prix à payer pour offrir à chacune et à chacun la possibilité de faire entendre sa voix. Toutes et tous ont accepté, de bonne grâce, de "remettre toujours sur le métier...," - autre forme de notre engagement dans l'encadrement des doctorants en études de genre. Trouver une collection qui abritât notre publication fut probablement la démarche la plus aisée. Une de nos oratrices, Madame Guyonne Leduc, Professeure à l'Université Charles de Gaule, Lille 3, accepta d'emblée d'accueillir notre Femmes et livres au sein de la collection "Des Idées et des femmes," qu'elle dirige aux éditions l'Harmattan. La rigueur de cette normalienne angliciste, son expérience de la préparation d'un manuscrit et la vigilance de ses relectures n'eurent d'égales que sa bienveillance souriante et chaleureuse. C'est à elle que vont nos prelniers remerciements. Soucieuses de ne pas enfermer la rencontre dans les seuls murs de l'Université de Liège, les organisatrices répondirent à l'invitation de la section verviétoise du Conseil des femmes francophones de Belgique, qui leur proposait de déplacer la manifestation dans la ville de Verviers, au sud de Liège. Leur équipe (et tout particulièrelnent la regrettée Claire Lacroix), Madame Karine Henrotte (Présidente du Groupement européen des femmes diplômées des Universités) et Madame Michelle Dupuis, secondée par son Échevinat de l'emploi et de l'égalité des chances (Verviers), ont activement collaboré à l'organisation de notre première Université d'été francophone en études femmes - études de genre. Il ne faudrait pas oublier ici l'aide apportée par Monsieur Claude Desama, bourgmestre de cette ville célèbre pour son industrie lainière, l'ensemble des services communaux, la Province de Liège et l'internat de son École polytechnique de Verviers: tous nous ont permis de concrétiser notre défi. Quant au cadre et à l'accueil du Centre touristique de la Laine et de la Mode de la Ville de Verviers, ils ne sont pas étrangers à la chaleur des contacts qui n'ont pas tardé à naître entre les participants. Sans les subsides octroyés par différentes instances, fédérales ou C0111ITIUnaUtaires, la ferveur de quelques fernmes néophytes eût rapidement été exsangue. Nos plus vifs remerciements vont ainsi au Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche de la Communauté française de Belgique, au Commissariat général 12

aux relations internationales de la Communauté française Wallonie-Bruxelles (CGRI) et à la Direction de l'Égalité des Chances du Secrétariat général du Ministère de la Communauté française de Belgique (en particulier Madame Alexandra Adriaenssens), ou encore au Fonds national de la Recherche scientifique et à sa secrétaire générale, Madame Marie-José Simoen. Qu'ils nous aient permis de mener à bien l'organisation matérielle du Colloque ou d'inviter quelques hôtes de marque, sans leur aide, ni notre Université d'été ni ce nouveau volume de la collection "Des Idées et des femmes" n'eussent peut-être pu voir le jour. L'accueil réservé à nos initiatives par le Recteur Bernard Rentier a toujours été bienveillant. Lorsqu'il ouvrit le Colloque de lancement de la manifestation, celui qui était alors Vice-recteur de l'Université de Liège affirma avec éloquence la nécessité de promouvoir les études de genre, démarche qu'il réitéra, en 2005, lors de l'ouverture de Femmes et mobilités, notre deuxième Université d'été, ou encore en mettant l'année académique 2006-2007 sous le signe du rôle des femmes dans la société. Le moment est venu de lui en exprimer notre profonde gratitude. Notre reconnaissance va également au Professeur Pierre Somville, alors Doyen, pour l'aide offerte par la Faculté de Philosophie et Lettres à l'organisation de nos colloques (Femmes e t I ivres, Femmes et pèlerinages, Christine de P izan, u nef emme de science, une femme de lettres) et pour l'officialisation de notre Unité de recherche facultaire en Études de genre. La liste des autres acteurs de la rencontre ne serait pas complète sans ajouter les CoIlections artistiques de l'Université de Liège et le Professeur Jean-Patrick Duchesne, l'asbl liégeoise "Les Orignoux" et Michaël Ismeni, ou encore la Librairie Entre- Tel11ps(Liège) et Nicole Vanenis: tous savent queIle est notre dette envers eux. Last, but not least, toute l'équipe du FER ULg, Malou, Annie, Alexia, Annick, Élisabeth, Rose-Marie, Claire, Martine, Lissia, Christine, Suzy, Chris, Geneviève et Jean-Yves, sans oublier Caroline Giner Lloret et Marie Montulet, avec qui nous avons participé à une expérience chaleureuse, enrichissante et stimulante, dont le souvenir, ici concrétisé, nous permet de continuer à aller de l'avant.

PREFACE
Danielle Université BAJOMÉE de Liège

"Longtemps je me suis couchée de bonne heure," disait l'enfant. De bonne heure, ajoutait-elle, pour me lover dans l'extraordinaire volupté de la lecture." Elle ne se formulait pas les choses aussi nettement, bien sûr; elle n'avait pas encore rencontré Proust, mais elle savait. Elle s'affranchissait alors de l'ordre du temps, quittait le monde quotidien pour d'autres rives .Dans la densité bruissante de ce qui lui parlait là, il y avait cette enclave sacrée dont elle apprendrait, plus tard, que Mircea Eliade la plaçait, au même titre que les rencontres sportives, dans le souvenir inconscient du Grand Temps mythique. Elle ne possédait, à cette époque, que de la comtesse de Ségur, trois ou quatre romans historiques "pour jeunes adolescents," et Les Vrilles de la vigne. Mais dans le petit rayonnage, les livres ouverts ou fermés renvoyaient, pour elle, au recueillement et à la sortie du banal quotidien. Il lui faudrait beaucoup grandir pour méditer sur cet amour-là, passer des soirées et des soirées d'étude à l'internat, emprunter, prêter, échanger passionnément avec ses amies, avant de muer les livres en autre chose qu'en ces gardiens obstinés et mélancoliques qui lui semblaient porter la InélTIoired'un passé qui ne pouvait pas mourir. Elle lisait au présent de l'enthousiasme et s'imprégnait d'une culture sans âge, totalement hétérogène. Peu iInporte, elle se "nourrissait" et se sentait "habitée." Il lui fallut grandir encore pour saisir la merveille de s'installer dans une structure temporelle éclatée: flottement entre l'ici - maintenant et l'ailleurs, inscrire sa prédation - mais n'était-ce pas elle la captive? - dans l'après d'une écriture qui n1urmure et insiste, réactualisée par la lecture. Elle était fascinée par les femmes qui, dans leur jardin ou sur la plage, abandonnaient, l'espace d'un long moment, le bavardage, les travaux domestiques, pour s'absorber et disparaître derrière la couverture d'un livre. Elle rêva d'écrire. Puis, désespérée de n'y arriver pas, ou mal, comprit un jour que la lecture lui procurait la patience de la pensée, le luxe total. Elle lut dans Duras que s'emparer des récits, c'était "vivre un instant de la vie d'un autre, . . . s'enchanter avec un imaginaire autre que le sien, cela pour rien, pour vivre, pour s'imprégner d'esprit, d'esprit de gratuité, pour commencer à savoir ne rien faire, commencer à apprendre à perdre le temps." 1 Elle se mit donc à le perdre et à rêver livres, éditions rares et volumes bien rangés...
1 Marguerite Duras, Le Monde extérieur (Paris: P.D.L., 1993) 149.

* Un autre rêveur, Borges, avait magnifiquement formulé sa prédilection:

Je laisse derrière moi les rumeurs de la place. J'entre dans la Bibliothèque d'une manière presque physique, je sens le poids des livres, l'ambiance calme d'un ordre, le temps par magie disséqué et conservé. À droite et à gauche, absorbés dans leur rêve lucide, se profilent à la lumière des lampes studieuses, comme dans l'hypallage de Milton, les visages momentanés des lecteurs.2

La bibliothèque, nous la visualisons tous dans des images partageables: on se souvient du Nom de la Rose, de Toute la mémoire du monde et, peut-être surtout, de la grande bibliothèque de Berlin, où se meuvent sans bruit Damiel et Cassiel, dans Les Ailes du désir, les anges trouvant dans ces longues travées un équivalent correct du paradis sur terre. Dans nos codes iconographiques, le livre se voit associé souvent aussi à ces innombrables Vanités, mettant souvent en scène le cabinet de curiosités et de lecture d'un savant: toujours le livre (et maints accessoires, les plumes, les astrolabes, etc ) y désigne clairement et l'essentielle permanence de l'objet et l'éphémère de la vie (memento mori). Pourtant le livre mourrait, lui aussi, s'il n'y avait ce regard attentif posé sur lui. Qu'il s'agisse d'une lecture sérieusetnent envisagée ou de cette lecture-braconnage dont parle Michel de Certeau, cet entrelacs de la parole, de l'écoute et du regard, cette présence au monde où "l'oeil écoute," comme le dit Claudel, est d'abord abandon consenti au flux de l'écriture, moment de fascination, jeu de séduction infini, double processus de séparation et de captation. Le critique Gérard Mauger s'exprime plus nettement, en disant que l"'on décroche" et qu"'on se laisse prendre" par une parole qui s'impose comme un coup de force.3 Parler de la lecture est une vraie gageure, mais je puis essayer. Je dirais que je la vois d'abord comme une pratique anti-consumériste susceptible de prolonger déraisonnablement certain plaisir, de constituer aussi une thérapie aux blessures sans fond, un exutoire au stress, de lisser les traumatismes en offrant des zones d'accueil et de refondation de soi, jusqu'à être façon de gérer un deuil interminable. Il semblerait aussi que toute nouvelle lecture ait toujours valeur inaugurale, et pas seulement parce que le livre-sésame autorise l'entrée dans un monde déréalisé qui mettrait, de la sorte, en contiguité des registres hétérogènes (Liège où je suis, le Dublin de Joyce, etc...). Ce que je vois, c'est que la lecture émaille la grisaille des habitudes et, bien plus, qu'elle peut, comme l'avance Barthes, "produire un corps bouleversé." Qui peut prétendre n'avoir pas exceptionnellement été terrassé par tel ou tel roman ou poème, n'avoir pas été mortellement atteint par tel récit? Tant il est vrai
2 Jorge Luis Borges, L'Auteur et autres textes (Paris: Gallimard, 1982) 13. 3 Gérard Mauger, Claude F. Poliak, Bernard Pudal, Histoires de lecteurs (Paris: Nathan, 1999) 45. 16

que la lecture fait affluer-refluer nos émotions, qu'elle semble faire s'effacer la pleine conscience du lecteur emporté, et que c'est de ce retrait illuminant qu'il revient, porteur encore de ces éblouissements. On ne peut qu'adhérer alors à cette phrase de Daniel Pennac: "le verbe lire ne ,,4 supporte pas l'impératif, tout comme à celle de Duras, assez voisine:
Il ne faut pas intervenir, il ne faut pas se mêler des problèmes que chacun a avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. . . . Personne ne doit encourager ni inciter personne à aller voir ce qu'il en est. . . . On doit partir seul. . . . Découvrir seul. . . . Tous les chefs-d'œuvre du monde devraient avoir été trouvés par les enfants dans des décharges publiques et lus en cachette à l'insu des parents et des maîtres. (139)

À quoi ressemblerait un monde sans livres? Fahrenheit 451, la fable cruelle de Bradbury, nous montre un univers régi par une télévision unique, par un État totalitaire, qui pourchassent tout lecteur (il faut supprimer les livres, dit la Loi, car aucun ne dit la même chose), qui poursuivent ainsi, inlassablement, l'homogénéisation et l'annulation des personnes et des singularités. C'est donc que le livre contribue a contrario à une circulation généralisée de la polysémie et de la différence acceptée. Il convient donc de se battre, avec le pauvre Montag, pour que notre monde, toujours-déjà tressé de textes, projette des échos de ceux-ci dans nos croyances et nos rêves. * Toute lecture, je le pense, s'accompagne de rites: il y aurait la lecture nocturne, la diurne, celle qui trouve ses lieux d'élection (le café, le lit, le bon vieux fauteuil usé). Duras confie:
Je lis la nuit. Je n'ai jamais pu lire que la nuit. Quand j'étais écolière, je lisais également la nuit, la nuit de la sieste qui vide la ville comme la nuit horaire. Cette habitude est venue de ma mère qui disait qu'il fallait lire en dehors des heures de travail. La lecture s'est donc faite à la place du sommeil de la sieste, comme ensuite, plus tard, elle s'est faite à la place du sommeil de la nuit. Je n'ai jamais lu à la place d'écrire ou de m'ennuyer ou de parler avec quelqu'un. . . . Je n'ai jamais lu par ennui. (136)

Il me paraît qu'il faut, à cette cérémonie quasi religieuse, le lieu clos (la bibliothèque, la chambre) ou l'étendue d'un paysage qui nous contient, nous et le livre que nous dévorons. Le tout est que le chaos du monde soit miraculeusement suspendu, qu'il y ait comme une rupture de contact - plus ou moins prolongée - avec
4 Daniel Pennae, Comme un roman (Paris: Gallimard, 1992) 47. 17

le journalier. Certes, certaines lectures se disent ou se hurlent à voix haute: on raconte que Walt Whitman lisait, sur la plage, criant les textes contre le vacarme de l'océan; que les prisonniers se lisent, selon Genet ou Albertine Sarrazin, des poèmes dont le son traverserait les murs des cellules... Mais, en ces pratiques très soutenues et très oratoires, je ne vois que les étonnantes exceptions à la lecture moderne, privée, silencieuse après tant de paroles, carnIne s'il fallait réduire la force du monde pour faire se lever la parole intime, pour être dépassé par les émotions que le livre est en train de nous dispenser. Tout cela se trouve renforcé par mon contact avec le livre comme objet; mué en fétiche, en amulette ou en talisman, le livre est porté parfois à même le corps: Haroun Tazieff ne se séparait jamais d'un recueil de poèmes de Robert Vivier, et Delphine Seyrig assurait qu'elle pouvait à tout moment sortir un livre de son sac, "si d'aventure, la cinémathèque était fermée." Loin de ces exemples qui mettent en scène des célébrités, je me souviens, moi, de mon amie iranienne Simine qui sortait de la poche de son blouson des poèmes perses qu'elle apprenait par cœur "pour n'être pas trop coupée de ses vingt premières années passées à Téhéran."
*

Quel besoin avons-nous donc, les uns et les autres, de nous plonger dans l'épaisseur silencieuse de ces pages, nous qui ne sommes peut-être pas des fanatiques de lecture, des papivores boulimiques ou des goulus saisis d'une avidité bibliophile? C'est qu'au-delà des ânonnements à voix haute des classes primaires, des textes mondainement proposés en "avant-première" dans des salons, ou de ceux, plus austères, lus dans le mutisme obligé des réfectoires religieux, l'idée même de lecture s'est associée de plus en plus nettement à la sphère intime, et le plus fréquemment aussi à une forme de statisme (celui-ci fût-il la qualité du passager rivé à son siège d'avion). Il nous faut, pour lire, nous immobiliser: c'est un truisme. Et peu importe que cet arrêt se produise dans les saccades: "Je me jetais sur les livres. . . lisant à bride abattue. Dans le métro. Dans la rue. Au bistrot. Dans mon lit. Sur les bancs des squares, au milieu des pigeons et des cris d'enfants, les soirs d'été ou le dimanche après-midi. Et jusque dans les chiottes des usines qui m'employaient, culottes baissées, accroupi au-dessus du trou," déclare avec emballement Calaferte5. Ainsi semblent se comporter également les héros des films de Godard: dans Pierrot le fou, le personnage lit, dès les premières images, Élie Faure, dans sa baignoire, avant d"'oraliser" Guignol's band de Céline sur les rochers du rivage, et puis sur la remorque d'un tracteur. Camille-Bardot, dans Le Mépris, élit, elle aussi, la baignoire d'eau froide, en une torride après-nlidi d'été romain, pour y parcourir l'ouvrage que Luc Moulet a consacré à Fritz Lang, et pour en livrer quelques
5 Louis Calaferte, Septentrion (Paris: Gallimard, "Folio," 1984) 20.

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passages elliptiques à son mari. Duras, quant à elle, comme Virginia Woolf ou Sarraute, célèbrera, dans l'acte de lire, une forme de douce fixité:
J'ai lu par crises. Certaines ont duré deux ans. Dans ces cas-là j'étais obligée de lire de jour dans les grandes bibliothèques universitaires de Paris. . . . J'ai rarement lu sur les plages ou dans les jardins. On ne peut pas lire dans deux lumières à la fois, celle du jour et celle du livre. On lit dans la lumière électrique, la chambre dans l'ombre, seule la page éclairée. (138)

Sans doute, et pour reprendre encore une de ses expressions, quand "on s'embarque dans le grand vaisseau de la lecture," abolit-on le temps, l'identité, l'espace; sans doute aussi devient-on nomade en esprit, susceptible d'associer la stabilité de la position de lecture au vagabondage de l'imaginaire. Autrement dit, l'appétit de lire nous fait miraculeusement nous situer nulle part et partout à la fois. * Lire, c'est encore, pour moi, s'échapper, observer derrière une vitre pare-balles le gâchis, la déroute, le déracinement d'Anna Karénine, de Molly Bloom ou de la Française d'Hiroshima, mon amour... Ce que nous avons tous appris à lire d'abord, ce sont des précipités de vie, ce que Claude-Edmonde Magny nOlll1llela fausse monnaie intellectuelle, c'est-à-dire l'écrit pris dans s fonction vicariante : rien ne compte plus alors pour nous que le suivi d'un destin. En ce sens, les contes de fée et leur variante moderne et adulte, les romans sentimentaux (comme les rOll1anSphotos ou les telenovelas) ont, à l'évidence, façonné toute une conception de l'amour, intense et idiote à la fois. Ce type d'initiation amoureuse a, je crois, très nettement pollué un imaginaire féminin à qui l'on offrait, de la sorte, et dans l'enchantement, des modèles de pensée et de conduite. Ma mère aimait Delly et Max du Veuzit et me les prêtait en se cachant de mon père... Fruits défendus d'un sentimentalisme que Bataille et Sade, plus tard, n'arriveront pas à tuer durablement en moi. J'ai appris que tout texte est porteur d'enjeux idéologiques, bien sûr, et que les romans à l'eau-de-rose (tout comme leurs analogues masculins, les romans d'aventures) procèdent à une occultation du réel qui oblitère les vraies questions sociales, psychologiques et métaphysiques. Mais je les ai vraiment aimés... Évidemment, comme toute forme d'héritage, celui-ci peut se refuser, être critiqué, contourné, modifié: j'aurais pu crânement fouiller les bibliothèques parentes ou amies pour y dénicher les textes que l'on avait soustraits à mon appétit et m'enseigner à moi-même comment ne pas me conformer aux modèles culturels imposés. Ce dont témoigne, à mon sens, le monologue intérieur de Clarissa, au début de Mrs Dalloway: "Mieux valait, malgré tout, . . . la maladie des jeunes chiens, le gou-

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dron, et tout ce qui s'ensuit, que de rester enfermée dans une chambre sans air, avec ,,6 un livre de priers. Je plains vraiment Emma Bovary, et Juliette, la demi-sœur de Colette, dont il est dit de Sida, la mère, critiquant le mauvais mariage de sa fille aînée: "Au fond, elle prenait en pitié la vie, gorgée de rêves et de lecture effrénée, de sa fille soli,,7 taire. Il Y a, dans ces cas-limites, comme Girard l'a montré pour Don Quichotte aussi, une véritable addiction à la lecture, un défilement sans fin, une hémorragie des images (offertes par Bernardin de Saint-Pierre et autres auteurs romantiques, pour Emma): cette dernière est, à la lettre, aliénée, jetée hors de soi, dans une nuit de l'intelligence où elle ne peut plus que singer ses héroïnes et vouloir "se marier aux flambeaux, à minuit." Ici, l'empreinte ou l'emprise des lectures crée une fièvre imitative, dans un rapport névrotique aux modèles choisis. Tropisme qui sera désigné clairement comme pathologique par le social: Emma n'aura donc plus qu'à sortir de scène, mélodramatiquement empoisonnée par elle-même, dans l'apothéose de ses espoirs en une vie plus tragiquement organisée et donc plus passionnément belle. Plus romanesque surtout. * Je l'ai appris aussi: qu'elle soit boulimique ou épisodique, la lecture passe, dans nos sociétés, des textes sacrés à du plaisir, ou à de la recherche de connaissances. En effet, la fréquentation des livres, quand elle ne provoque pas un aveuglement au monde, est le signe d'une quête silencieuse. Car lire est aussi, je le sais, rapport vivifiant aux textes, manière de soustraire l'événeInent à sa contingence, mise en échec du squelette de l'habitude, interrogation incessante sur le sens à donner au monde. Si l'écrit semble parfois arrogant et lourd de certitudes, combien de livres ne font pas l'éloge du doute et n'introduisent pas à une nouvelle opacité, là où nous pensions savoir? Ceux-là maintiennent vivante une éthique de l'exigence. Comment parler aussi ces voyages au cœur de textes qui offrent en partage une expérience personnelle? Qu'elle soit d'ordre spirituel ou affectif, elle est, selon moi, promesse furtive, approche de l'insaisissable. Littérature expérimentale, livres savants, romans dits réalistes, textes historiques ou philosophiques, tous peuvent nous proposer une interprétation suspendue du monde, un élargissement de nos affects, une nouvelle exaltation sensorielle (à Colette! à Doris Lessing!). Pour le dire d'un mot, lire complexifie notre relation à l'univers et permet, sans aucun doute, différentes manières d'être au Inonde. Sous les arêtes vives ou les irisations de surface, nous découvrons, alors, non pas la vérité, mais la présence plénière à soi, ce moi fût-il en miettes, ou discontinu, fait de moi successifs, comme nous l'enseignent, parmi d'autres, Proust et Virginia Woolf. En outre, dans l'accueil à la parole
6 Virginia Woolf, Mrs Dalloway (Paris: Gallimard, "Folio," 2003) 72. 7 Colette, Sida (Paris: Gallimard, "Le livre de poche," 1958) 78. 20

de l'Autre, qu'elle soit épopée du sensible, écriture émotionnelle ou à forte charge onirique, qu'elle se veuille sèche et informative ou immersion dans l'imaginaire, je peux mettre mes peurs à distance. Peut-être même me trouver. Mais il nous faut situer là aussi la place d'une mémoire, d'un travail de légitimation intellectuelle et d'affirmation d'une identité: c'est pour se former moralement que Julie lit tant et tant dans La nouvelle Héloïse; c'est pour guérir de nos vieilles détresses que nous savourons la déchirante densité des souvenirs de Yourcenar ou d'Annie Ernaux. Enfin, au-delà d'un besoin de nous défamiliariser par rapport à notre langue commune, au-delà du désir d'être séduites par l'expérience esthétique, ce voyage immobile sans cesse recommencé qu'est toute lecture peut nous mener à un affranchissement et exacerber nos sentiments de liberté et d'autonomie. Le fougueux petit personnage de Sally Steton, dans Mrs Dalloway, ouvre ainsi à une Clarissa trop sage les portes de l'inconvenance (elle fume, court nue dans les couloirs de Bourton, a "mis une broche au clou pour se payer le voyage"), de la révolte, du dégoût du conformisme... et des lectures bouleversantes:
Elles avaient passé des heures et des heures à bavarder dans sa chambre. . . , à parler de la vie, à réformer le monde. . . . Les idées venaient de Sally, bien sûr, mais elle était vite devenue tout aussi enthousiaste elle lisait Platon dans son lit avant le petit déjeuner; lisait Morris; lisait Shelley des heures entières. (103)
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La découverte lumineuse des livres se confond, ici, comme il m'est arrivé bien souvent, avec la fascination pour l'intercesseur, comme si le goût pour certains auteurs était le fruit d'une contagion et d'un partage amoureux. Ainsi voyons-nous aussi, dans Jules et Jim, Kate prêter à Jim, l'ami français, Les affinités électives de Goethe, livre que lui fit découvrir son amant allemand... Dis-moi qui tu lis, que je sache si je puis t'aimer...

* Aujourd'hui, en Occident, la femme continue, pense-t-on, à conquérir une série de secteurs de l'activité sociale et symbolique, et ce, depuis cinquante ans au moins. Des éditrices ont - ou ont eu - pignon sur rue: Anne-Marie Métaillé, Irène Lindon, Simone Gallimard, Luce Wilquin, etc... Des auteures se sont fait (re)connaître, en littérature ou dans les sciences: Élisabeth Badinter, Gisèle Halimi, Lise Thiry, Julia Kristeva, Monique Schneider et tant d'autres que j'admire et ne puis citer... Des collections féminines et/ou féministes ont disparu pour renaître sous des formes inattendues parfois. Je ne cesse d'entendre aussi que les femllles lisent davantage que les hOlTImeS, t même si elles continuent, dans leur majorité, à plébisciter les roe mans sentimentaux (mais les lisent-elles comme leur mère le faisait?), elles lisent aussi, paraît-il, ce qui est devenu le fast food de leurs frères ou de leurs cornpa-

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gnons: les thrillers, les polars, les récits de voyage. Bref, ce qui se publie sans être de la littérature ou de la science. Le sujet-femme qui appartient aux classes moyennes et "supérieures" de l'Europe de l'Ouest et de l'Amérique du Nord dispose dorénavant, je ne suis pas seule à l'affirmer, contrairement à ses sœurs, les paysannes, les ouvrières, les laissées-pourcompte d'ici et d'ailleurs, d'un vrai savoir-lire et d'un véritable pouvoir-lire tout. Sans réserve aucune. Je ne sais si elles lisent autrement que les hommes: les représentations des liseuses ont bien changé depuis la statuaire religieuse, en passant par les belles bourgeoises de l'impressionnisme, un livre sous le chapeau de paille, et un Delvaux qui figure sa lectrice nue et superbe, envahissant ses toiles d'un rêve habitable. Mais qu'en tirer, sinon en termes de fantasmes et de symbolique? Les enquêtes statistiques qui se contredisent ne peuvent guère nous aider non plus à comprendre vraiment s'il y a différence profonde entre les pratiques de lecture des unes et des autres... Il me semble pourtant que l'extraordinaire violence faite à la parole et à la volonté de connaissance des femmes pendant des siècles n'a pu produire que des effets réels, que l'on pourra, un jour, mettre magistralement en évidence. Aux antipodes, toutes les conditions de possibilité d'accession à la lecture vitale, celle qui conserve une réserve de novation, celle qui s'extrait du jeu mondain et veut la ferveur lucide, et le temps libre, toutes ces conditions sont, par contre, réunies depuis un demi-siècle. Pour certaines d'entre nous, du moins. Les plus chanceuses. Aujourd'hui, dans quelques régions de cette planète folle où nous vivons pourtant, les femmes peuvent se dire dans le corps des mots qu'elles ont choisis, et se lire: elles ont le loisir d'affirmer leur spécificité, leurs luttes, de rendre explicite l'implicite de leurs désirs. Elles possèdent désormais la liberté de se lire mutuellement aussi et elles pourront édifier bientôt, je l'espère, une Histoire littéraire des femmes (comme il existera, de plus en plus, des histoires de l'art au féminin), des écrits de femmes, et s'incorporer ainsi à une vraie communauté socio-historique non exclusivement définie par la reproduction, les soins apportés aux enfants et aux malades, l'éducation et la tenue impeccable d'une maison. Et la pratique assidue et militante de la lecture, pour elles, comme pour d'autres néo-émancipés, aidera à révéler et à indexer les énergies latentes qui attendent leur actualisation dans les prises de parole politiques, psychologiques, domestiques et didactiques... * Comme on le comprendra aisément, il m'était difficile d'annoncer les contributions assez exceptionnelles et fort diverses à ce volume Femmes et livre, et plus difficile encore de présenter, dans le détail, chacun de ces articles. Cet exercice aurait asséché mes pauvres encres critiques. J'ai préféré rêver, lire et relire... Me lirez-vous ?

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PREMIÈRE

PARTIE

FEMMES ET SAVOIRS

"VOIX / VOIES DE FEMMES EN ANGLETERRE DE LA RENAISSANCE À L'ÈRE DES .LUMIÈRES"

Guyonne Université

LEDUC
-

Charles de Gaulle

Lille III

Au XVIe siècle, en France, en Italie, en Espagne, de nombreuses femmes connurent la célébrité (Marguerite de Navarre, Louise Labé, Veronica Franco, Gaspara Stampa, Vittoria Colonna...); dans les centres urbains, les conditions économiques et sociales encourageaient l'émergence de femmes écrivains, hors de l'aristocratie. En revanche, sous l'impulsion de l'enseignement protestant, les Anglaises tendaient à produire surtout des traductions de textes religieux et des œuvres de dévotion. Pourtant, il y eut des exceptions significatives. La période fut riche en réussites féminines: elle vit la publication de la première autobiographie (d'un homme ou d'une femme) en anglais (celle de Margery Kempe),l la première traduction d'une œuvre profane effectuée en anglais par une femlne, Margaret Ty 1er,2 la première pièce originale écrite par une femme, Elizabeth Cary / la première autobiographie profane publiée par une femme, Margaret Cavendish,4 enfin, la première pièce de la plume d'une fen1me, Katherine Philips, à être jouée sur une scène britannique.5 Toutefois, dans le contexte d'une position juridique et sociale restrictive, les femmes n'avaient d'autre statut que celui de fille, d'épouse ou de veuve; pour l'Église, elles devaient être silencieuses et écouter les conseils du pasteur ou de l'époux. Dans les schémas religieux et culturels, elles étaient les filles d'Ève, prédisposées à la tentation et portant le fardeau du péché originel. La littérature didactique, rédigée alors par des hommes pour instruire des femmes, témoigne de la volonté masculine de leur imposer et un ordre sexuel et leur place dans cet ordre; elle montre ce que les femmes entendaient, voyaient, lisaient ou apprenaient, mais reste muette sur ce qu'elles pensaient; telle construction prescriptive de la féminité exclut les voix des femmes.

l The Book of Margery Kempe (1501). 2 The Mirror of Princely Deeds and Knighthood de Diego Ortufiez de Ca1ahorra (c. 1578). 3 The Tragedy of Maria/n, the Fair Queen of Jewry ( 1613). 4 "A True Relation of My Birth, Breeding and Life," Nature's Pictures (1656). 5 Sa traduction du Pompée de Corneille fut mise en scène au début de 1663 et suivie d'une version d'Horace en 1669.

À l'époque, écrire était jugé contraire à la féminité et assimilé à une incursion en territoire masculin, mais le débat public sur le rôle des femmes dans la société allait contribuer à accroître le nombre d'Anglaises écrivains. À la fin du XVIIe siècle, écrit Jane Spencer, la notion traditionnelle du silence bienséant des femmes fut contestée et, en particulier, il y eut des écrivains féministes qui, par l'accent placé sur les capacités intellectuelles des femmes et sur leur besoin d'éducation, favorisèrent l'idée que le savoir féminin et l'écriture féminine étaient les instruments d'une lutte contre la domination masculine.6

L'évolution de l'écriture féminine est donc directement liée à une voix préféministe croissante.7 Le statut de la femme écrivain au début de la période moderne (1500-1700) était ambivalent, modelé par un ensemble complexe de négociations relatives à la circulation et à la publication de leurs œuvres. Avoir une parole publique signifiait outrepasser le concept dominant de la réserve féminine et, de ce fait, retentissait sur le fond et sur la forme de leur écriture qui, d'ordinaire, s'articulait autour de la chasteté, de la pudeur et de l'obéissance, mais, en cherchant des angles d'où s'exprimer, les écrits de femmes - parfois involontairement - semblent problématiser et défier les limites du discours admises jusque-là. Si certaines femmes avaient rompu le silence littéraire bien avant le XVIIIe siècle, l'histoire des femmes aux XVIe et XVIIe siècles est demeurée assez inexploitée, alors que, dans les années 1970, de vastes investigations furent entreprises sur la gent féminine au Moyen Âge et au XIXe siècle. Les Anglaises du début de l'époque moderne anglaise ont pâti d'une certaine négligence, imputable à plusieurs facteurs liés aux présupposés de la recherche sur la période, qu'il importera de

mentionner avant de rappeler le contexte idéologique - étape indispensable pour
évacuer des idées fausses et pour aborder, dans leur spécificité, les paroles de femmes. Un panorama, par genre, de l'évolution de la production littéraire anglaise permettra d'apprécier les moyens mis en œuvre par les femmes, les chemins de tra6 Jane Spencer, The Rise of the WOlnan Novelist: From Aphra Behn to Jane Austen (Oxford: Blackwell, 1986) 22: "The traditional notion of won1an's proper silence was being challenged, then, and in particular there were feminist writers who, by their emphasis on women's intellectual capacities and the need for education, fostered a view that women's learning and women's writing were the instruments of struggle against male domination." 7 Par préféminisme, on entend ce qui "réfère à tout discours ou attitude s'élevant contre toute discrimination sexiste envers les femmes en vue de les défendre et de prôner une égalité intellectuelle et morale bien plus que politique et économique" (voir Leduc, "Mary Astell et Daniel Defoe, auteurs de projets féministes pour l'éducation?," L'Éducation des femmes en Europe et en An1érique du Nord, de la Renaissance à 1848: Réalités et représentations, éd. Leduc [Paris: L'Harmattan, "Des idées et des femmes," 1997] 145). 26

verse qu'elles ont empruntés afin de contourner les interdits et les contraintes, de se forger une place dans une tradition littéraire dominée par les hommes et de faire entendre leurs voix. Une ligne de partage se situe aux alentours de 1650, moment où se dessinent déjà les caractéristiques du métier d'écrivain tel qu'il apparaîtra vers 1700.
*

Dans les études féminines anglo-américaines, la marginalisation des auteurs femmes de cette période résulte en partie du primat accordé aux textes du XIXe siècle. Les causes de ce désintérêt sont identifiées. Tout d'abord, le petit nombre de textes imprimés signés par des femmes donna à penser que les écrits féminins étaient peu importants, donc sans valeur. C'était méconnaître les aspects matériels de la culture littéraire à la Renaissance et au XVIIe, où l'écriture était une activité sociale et non pas commerciale et concurrentielle comme au XIXe. Les années 1560-1640 constituèrent une période de transition entre deux modes de production littéraire; la circulation manuscrite continuait à être une forme d'échanges conséquente au moment où la technologie transformait les relations littéraires. Pour rendre publics leurs écrits, les femmes les faisaient soit imprimer soit copier en vue d'une diffusion manuscrite à l'intérieur d'un cercle social restreint où anonymat et pseudonyme s'avéraient inutiles. À la Renaissance, les femmes écrivaient parfois pour trouver un mécène mais rare1nent dans la perspective d'un gain financier direct puisque la plupart appartenaient à la petite noblesse ou à l'aristocratie; il existait cependant des exceptions issues de la classe moyenne (telles Isabella Whitney ou Aemilia Lanyer). Par lnéconnaissance des aspects matériels de la culture littéraire de l'époque, la dévalorisation des textes non imprimés conduisit à déformer l'image naissante des écrivains femmes.8 En outre, leur teneur essentiellement religieuse peut, elle aussi, expliquer en partie ce manque d'intérêt. Or, c'est la Réforme et, dans son sillage, l'accent mis sur l'autonomie spirituelle qui contribuèrent le plus à l'alphabétisation des femmes et à
Dans l'anthologie de Sandra M. Gilbert et de Susan Gubar, la littérature antérieure à 1800 n'occupe que 172 pages sur 2 390 (The Norton Anthology of Literature by Women: The Tradition in English [New York: Norton, 1985]). Voir d'autres anthologies, telles celles de Moira Ferguson, éd., First Feminists: British Wonlen Writers 1578-1799 (Bloomington: Indiana UP, 1985); James Fitzmaurice, Josephine A. Roberts, Carol L. Barash, Eugene R. Cunnar et Nancy A. Gutierrez, éds., Major Women Writers of Seventeenth-Century England (Ann Arbor: The U of Michigan P, 1997); Angeline Goreau, éd., The Whole Duty of Woman: Female Writers in Seventeenth-Century England (New York: Dial P, 1985); Randall Martin, éd., WOlnen Writers in Renaissance England (London: Longman, 1997); Charlotte F. Otten, éd., English WOlnen's Voices, 1540-1700 (Miami: Florida International UP, 1992); Betty Travitsky, éd., The Paradise of Wonlen: Writings by Englishwomen of the Renaissance (Westport, CN: Greenwood P, 1981); Katharina M. Wilson, éd., Women Writers of the English Renaissance and Reformation (Athens: U of Georgia P, 1984); Wilson et Frank 1. Warnke, éds., WOlnen Writers of the Seventeenth Century (Athens: U of Georgia P, 1989). 27 8

leur participation accrue à la vie publique. Un lien s'établit entre, d'une part, la nouvelle culture issue d'une lecture directe des Écritures, qui conférait aux femmes la possibilité de disserter avec autorité sur les affaires de l'âme, et, d'autre part, la prise de conscience, de plus en plus nette chez elles, de leur qualité de sujets autonomes aptes à l'écriture.9 Telle marginalisation relève aussi, au plan l11éthodologique, de l'importation de modèles historiographiques inadaptés aux études féminines et étrangers aux hypothèses qu'elles impliquent, concernant tant la nature du métier d'écrivain que la production de l'histoire littéraire. Le premier souci des chercheurs qui se penchèrent sur la période fut de retrouver des textes et de les rendre accessibles, mais non, selon les termes de Margaret J. Ezell, de s'interroger sur la pertinence à "utiliser un cadre et un vocabulaire critique similaires pour décrire et analyser à la fois des textes féminins produits pour le marché commercial du XIXe siècle et des

textes écrits dans un cercle de coteries";10 ils ne se demandèrent pas davantage "si
la rhétorique élaborée pour dépeindre les pratiques littéraires du XIXe siècle [était]

appropriée aux analyses des œuvres littéraires de périodes antérieures."Il De plus,
ces textes furent longtemps dédaignés car de nombreuses critiques femmes ont préféré réinterpréter des œuvres de plumes masculines à la lumière de discours théoriques modernes plutôt qu'à celle d'œuvres redécouvertes émanant de leurs contemporaines.12 Cette disparité en faveur du XIXe siècle a procédé de deux idées fausses: d'un côté, les femmes des périodes antérieures auraient été réduites au silence, selon une équation où la loquacité était synonyme de liberté sexuelle; de l'autre, celles qui transgressaient ce jugement n'auraient pu appartenir qu'aux marges de la tradition féminine en littérature. Une autre idée erronée est celle de la séparation des sphères publique (associée aux hommes) et privée (réservée aux femmes). En effet, les

écrits se font l'écho de la multiplicité des activités féminines13 et vont à l'encontre
9 Voir Elaine V. Beilin, Redeeming Eve: Women Writers of the English Renaissance (New Jersey: Princeton UP, 1987) et Barbara Kiefer Lewalski, Writing Women in Jacobean England (Cambridge, MA: Harvard UP, 1993). 10 Margaret J. Ezell 4. "The emphasis, thus, has not been on questioning whether one can, for example, as is commonly found now, use the same critical framework and vocabulary to describe and analyze women's texts produced for the commercial nineteenth-century market and those written within a seventeenth-century coterie circle. . . ." Il Ezell 4: "whether the rhetoric created to depict nineteenth-century literay practices is indeed suitable to analyze the literary productions of earlier periods." 12 Vair Jean E. Howard, "Feminism and the Question of History: Resituating the Debate," Women's Studies 19 (1991): 154. 13 Cela est souligné par maints historiens dont Sara Mendelson et Patricia Crawford, WOlnen in Early Modern England (Oxford: Oxford UP, 1998), Lois G. Schwoerer, Lady Rachel Russell: "One of the Best WOl1zen" (Baltimore: Johns Hopkins UP, 1987), Retha Warnicke, WOlnenof the English Renaissance and Refornzalion (Westport, CN: Greenwood P, 1983) et Diane Willen, "Women in the Public Sphere in Early Modem England: The Case of the Urban Working Poor," Sixteenth-Century Journal19.4 (1988): 559-75. 28

de l'application systématique, à l'Angleterre du XVIe et du début du XVIIe siècles, des théories actuelles sur une division entre ces deux secteurs, qui serait liée à la spécificité sexuelle, renvoyant l'image de femmes confinées au sein d'une maisonnée placée sous une domination patriarcale despotique. En réalité, les femmes de la Renaissance exerçaient des activités dans des domaines très variés de la vie publique (maison royale, charges à la cour, fonctions paroissiales, obstétrique, hôpitaux, écrivains publics...). C'est à la fin du XVIIIe siècle, surtout, que se codifièrent (donc, se rigidifièrent) les rôles respectifs des hommes et des femmes, alors que se répand la conception de la famille nucléaire. Il est essentiel, aussi, de se rappeler le contexte dans lequel s'inscrit la notion de femme pour comprendre leur sujétion qui fait l'objet de justifications d'ordre théologique, philosophique et médical. Au début de l'époque moderne, l'identité sexuelle n'était pas intégrée à la compréhension anatomique du corps; la médecine, depuis Galien, reconnaissait l'existence d'un sexe unique (isomorphisme), à savoir la physiologie commune des sexes; en d'autres termes, le sexe était une "catégorie

sociologique et non ontologique."14 Au milieu du XVIIe siècle, grâce aux
découvertes biologiques, s'amorça la mutation des mentalités qui conduisit au dimorphisme; à la fin du siècle, la théorie des humeurs fut abandonnée et l'ancien isomorphisme rejeté. C'est, donc, au XVIIIe que le "sexe," dans son acception actuelle, fut inventé. Le discours médical se doublait d'un discours religieux qui démontrait l'infériorité de la femme depuis la création d'Ève en s'appuyant sur trois raisons; l'une chronologique (antériorité de la création d'Adam), l'autre substantielle (création d'Adam et d'Ève à partir de matériaux de noblesse différente - limon et côte humaine), la dernière téléologique (création d'Ève non pour sa propre finalité mais comme compagne d'Adam). S'y ajoutaient des arguments inspirés de la chute dont Ève était responsable. La remise en contexte permet de comprendre la vie de ces femmes ainsi que leurs attitudes envers l'écriture et/ou la publication. Depuis les années 1990, l'orientation caractéristique de l'histoire littéraire dite "révisionniste" et de la recherche féminine déborde de beaucoup les genres littéraires traditionnels qui, par définition, ne prennent pas en compte les brochures polémiques, les traités religieux, la littérature de controverse et les livres de conseils maternels; ils excluent aussi les correspondances, les prières, les anagrammes, les acrostiches, les recettes de médecine et de cuisine, les traductions (à l'exception de la version des Psalms de Mary Sidney, œuvre originale) et autres formes mineures. Or, il ne faut pas oublier que, à la différence du XIXe siècle, les épîtres, les correspondances et les journaux intimes n'étaient pas des genres mineurs. La démarche actuelle est ainsi plus ouverte à la compréhension de la culture de l'époque, dans

14 Anthony Fletcher, Gender, Sex, and Subordination in England 1500-1800 (New Haven: Yale UP, 1995) XVII: "a sociological and not an ontological category." 29

ses aspects théoriques et pratiques, ainsi qu'à l'exploration des activités des sphères publiques et privées. *

Une ligne de partage s'établit entre l'avant et l'après-guerre civile (1640-1660).15 Avant, la publication d'écrits féminins était plutôt rare. La situation se modifia après 1640 pour maintes raisons: possibilités éducatives et, en corollaire, degré d'alphabétisation accru, changement des conditions socio-économiques. Les questions soulevées lors des révolutions anglaises (1649, 1688) suscitèrent un climat intellectuel et politique favorable à la remise en cause des relations sociales, dont celles entre les sexes.16 La prise de conscience préféministe, relative aux femllles en tant que groupe, se développa avec régularité chez quelques auteurs femmes à partir de 1650. De plus, la vie des femmes, dans son ensemble, évolua: numériquement elles dépassèrent les hommes, le nombre de célibataires augmenta, l'âge du mariage recula et leur rôle se modifia dans une économie qui devenait plus nationale que locale. En parallèle, au XVIe et au XVIIe siècles, une évolution se manifesta dans la typologie des femmes instruites. Parmi celles nées entre 1525 et 1675 qui figurent dans le Dictionary of National Biography, on constate que les "intellectuelles" du XVIIe se démarquent de celles du siècle précédent. L'archétype de la felllme instruite est alors moins celui de l'aristocrate, louée pour ses talents linguistiques et pour ses traductions d'œuvres classiques, célèbre par le biais de ses relations avec des hommes connus (c'est le cas de Mary Sidney, comtesse de Pembroke, ou de Catherine Parr) ou en raison de ses liens avec la cour (Margaret More Roper, Lady Jane Grey), ou des mécènes d'hommes érudits, que celui de femmes de différents milieux sociaux (Katherine Philips est issue de la classe moyenne), aux idées publiées dans des traités personnels sur une pléiade de sujets: obstétrique, cuisine, science, philosophie, éducation, controverses religieuses et méditations. Les femmes furent de plus en plus nombreuses à se consacrer à la poésie, au théâtre et à la fiction.17 Des études, tirées de statistiques, livrent une idée de la production littéraire féminine imprimée.18
15 Voir Claire Gheeraert-Graffeuille, La Cuisine et le forum: Images et paroles de femmes pendant la révolution anglaise (1640-1660) (Paris: L'Harmattan, 2005) 467 pp. 16 L'essor de la pensée rationaliste et scientifique procure des outils de réflexion, nécessaires à l'analyse de la structure de la société et de ses présupposés liés à la Providence. 17 Non seulement le nombre des femmes incluses dans le DNB augmente (43 nées entre 1550 et 1625, 79 entre 1625 et 1675) mais celui des poétesses passe de 0 à 6 et celui des écrivains de 10 à 17. 18 En 1985, Patricia Crawford a recensé les écrits de femmes entre 1600 et 1700 et trouvé les noms de 300 auteurs environ et les titres de 822 premières éditions dont 171 pour les catégories "fiction" et "littérature"; la catégorie la plus représentée est celle des écrits religieux, les quakeresses étant deux fois plus prolifiques que tout autre groupe ("Women's Published Writings 1600-1700," Women in English Society 1500-1800, éd. Mary Prior [London: Methuen, 1985] 211-82). Pour la période 30

La Renaissance fut, en Angleterre, une période de profonds bouleversements religieux et sociaux qui portèrent les individus à bousculer les frontières habituelles et à endosser de nouveaux rôles. Les femmes écrivains du début de l'époque moderne étaient contraintes de borner leurs aspirations littéraires aux genres féminins conventionnels: religion, conseils adressés aux enfants, traduction d'œuvres rédigées par des hommes. D'aucunes, Anne Dowriche et Elizabeth Cary, par exenlpIe, se sont aventurées sur des territoires masculins par tradition (poésie épique, tragédie et histoire); d'autres ont acquis, à des degrés divers, une autonomie dans leur création à l'intérieur des genres qui leur étaient autorisés, dont elles ont adapté les structures, les personnages et les langages symboliques à des valeurs féminines. Outre des traductions, telle celle d'un roman de chevalerie espagnol par Margaret Tyler, les épîtres liminaires des œuvres composaient un sous-genre très prisé des écrivains femmes; elles s'y exprimaient de façon directe, non sans ruse parfois, afin d'indiquer les circonstances personnelles de leur écriture, d'invoquer une solidarité avec leurs futures lectrices, de gagner d'éventuels mécènes et de re-

vendiquer l'accès au discours masculin classique.19 C'est dans cette perspective que
Margaret Tyler justifia son choix de traduire un texte profane et non religieux, ou bien qu'Anne Dowriche expliqua la source masculine des récits en prose qu'elle versifiait et où elle narrait les souffrances des huguenots pendant les guerres de religion. Sous couvert d'écriture historique et poétique, Anne Dowriche livra une critique puritaine de la politique religieuse anglaise et une critique politique des relations traditionnelles entre sujets et monarque; elle s'arrogeait, de ce fait, un nouveau rôle féminin, efficace et politique. Nombre de textes en prose se rattachent à la controverse sur les femmes. Bien que quelques-unes eussent déjà écrit des défenses des femmes sur le continent, elles étaient très éparpillées et, à l'exception de Christine de Pizan, peu connues. Il fallut attendre 1589 pour qu'une Anglaise, Jane Anger, prît la plume.20 Le genre polémique offrait un espace réceptif à un discours d'opposition, à la différence de la biographie. La stratégie avouée d'Anger consistait à s'approprier le récit et le langage des hommes, qu'elle infléchit, en les inversant, vers un nouveau sens, méthode qui rappelle les stratégies d'opposition, physiques ou discursives, de quelques-unes des femmes au sommet, décrites par Natalie Zemon Davis.21 Elle se proposait, ditelle, d'utiliser le langage de l'amoureux chez Pétrarque, dont elle exagèrait les figures allégoriques pour le ridiculiser. Par ce biais, la voix d'Anger invitait les lec1696-1796, Chery I Turner classe, en 1992, 446 œuvres de fiction publiées en Grande-Bretagne sous forme de livres et 174 femmes britanniques qui travaillèrent seules ou en collaboration avec des consœurs (Living by the Pen: WO/1'lenWriters in the Eighteenth Century [1992; London: Routledge~ 1994] 152). 19 Ces prologues, véritables manifestes à l'occasion, leur permettaient de se présenter comme auteurs. 20 Her Protection for Women (1589) répondit à des tracts misogynes. 21 Voir Society and Culture in Early Modern France (Stanford: Stanford UP, 1975). 31

trices à imiter ses stratégies discursives d'inversion pour résister aux formulations couramment admises de l'identité et du comportement féminins. Certaines lui emboîtèrent rapidement le pas.22 La Renaissance anglaise intensifia le débat à propos des femmes. C'est le moment où la moitié silencieuse de l'humanité commença à rédiger sa propre défense et où les femmes passées maîtresses en l'art de la discussion insufflèrent, dans la controverse, passion, conviction et une nouvelle détermination. Pour la première fois, les voix des femmes s'élevèrent en une protestation publique. Les autres domaines explorés en prose étaient la littérature de dévotion, publiée après la Réforme et avant la guerre civile,23 ainsi que les conseils spirituels légués aux enfants avant de mourir.24 Dans un secteur connexe, Elizabeth Clinton, malgré un contexte théorique hostile à l'affection maternelle qualifiée de dangereuse, exhorta les femmes à nourrir leurs enfants et à s'en occuper elles-mêmes: il s'agit d'une autre forme de résistance à l'autorité de l'époux et à contre-courant des pressions sociales de la cour.25 Outre qu'elle composait là l'une des multiples "défenses" en faveur de l'allaitement maternel, qui fleurissaient au début du XVIIe, elle se référait aussi à sa propre expérience et, surtout, au droit fondamental de toute femme à exercer sa liberté de conscience. Journaux intimes et autobiographie spirituelle attirèrent aussi les femmes. On a dénombré, au XVIIe siècle, dix-neuf journaux intimes parus, dont douze dans la seconde moitié du siècle, où sont incluses dix autobiographies.26 Ils renvoient des éclairages sur les activités féminines et sur des sujets très variés: travail domestique, relations familiales, voyage et questions nationales (la peste, le grand incendie de Londres et la guerre civile); tous milieux socio-éconolniques confondus s'en dégagent, comme la préoccupation majeure, la question religieuse et l'introspection spirituelle.27
22

Rachel Speght (A Muzzle for Melastomus [1617]), Esther Sowernam (Esther Hath Hanged Haman [1617]), Constantia Munda (The Worming of a Mad Dog [1617]), Mary Tattlewell et Joan Hit-him-home (The Women's Sharp Revenge [1640]), pseudonymes évidents à l'exception de Rachel Speght, membre de la classe moyenne, qui signa la première défense de son sexe en 1615, en réponse à Swetnam. 23 Voir Margery Kempe, The Book of Margery Kempe (1501); Katherine Parr, The Lan1entation of a Sinner(1547) et Anne Askew, The First Examination (1546). 24 Voir Elizabeth Grymeston, Miscellanea, Meditations et Memoratives (1604, 1605-1606), Dorothy Leigh, The Mother's Blessing (1616), Elizabeth Jocelin, The Mothers's Legacy to Her Unborn Child (1624) et Lady Anne Halkett, The Mother's Will to an Unborn Child (1656). 25 The Countess of Lincoln's Nursery (1622). 26 William Matthews, British Diaries: An Annotated Bibliography of British Diaries between 1442 and 1942 (Berkeley: U of California P, 1950) et British Autobiographies: An Annotated Bibliography of British Autobiographies Published or Written before 1951 (Berkeley: U of California P, 1955). 27 Les journaux intimes les plus célèbres sont ceux de Margaret, Lady Hoby (qui s'attache aux devoirs religieux), de Lady Anne Clifford (de tonalité plus personnelle et destiné à revendiquer son droit 32

En poésie, maintes femmes trouvèrent leurs voix/voies dans l'expresssion de la piété religieuse et dans les réflexions sur la mort.28 Isabella Whitney, de petite noblesse, tenta de se poser en écrivain professionnel grâce à des techniques d'autoeffacement (imitation de la stratégie des traductrices) ou d'auto-mise en valeur (virtuosité et opportunisme); Mary Sidney recréa en vers des textes bibliques de psaumes et Aemilia Lanyer rapporta l'histoire de la Passion du Christ d'un point de vue centré sur les femmes qui L'entourent. Pour sa part, Lady Mary Wroth, nièce de Sir Philip Sidney, souligna, dans le cadre de sonnets (forme poétique masculine), l'antagonisme entre l'idéologie culturelle ambiante du companionate marriage et l'analogie maisonnée-État, égratignant au passage le gouvernement absolutiste de Jacques 1er. Abordant ou non une question religieuse, les auteurs femmes eurent souvent recours à des analogies scripturaires.29 Si les changements sociaux induits par les théories humanistes et par l'idéologie de la Réforme furent peu suivis d'effets quant au progrès de la participation des femmes en politique et au pouvoir, en revanche, ils les amenèrent à une meilleure conscience de leur nature et de leur statut; quelques-unes, même, outrepassèrent, par leur écriture, les restrictions que leur imposait leur sexe. Leur audace ouvrait la voie aux actions qu'allaient entreprendre leurs consœurs au XVIIe siècle et au-delà. * Dès 1650, se dessina le profil du métier d'écrivain des années 1700: la base socio-économique des auteurs s'élargit et le nombre de celles qui firent paraître leurs œuvres progressa; l'écriture fut de plus en plus considérée comme un moyen d'explorer et de commenter l'environnement contemporain du point de vue idéologique et social, notamment la position des femmes. Au milieu du XVIIe, de plus en plus de femmes écrivirent pour être publiées. Entre 1640 et 1655, période de bouleversement théologique, social et politique, les prophétesses (dont les quakeresses) reconnues comme réceptacle passif de la parole divine, dont elles tiraient
à hériter), de Grace, Lady Mildmay (avec des méditations sur ses relations avec Dieu tout au long de sa vie) et de la réformatrice catholique Mary Ward. 28 Voir Elizabeth Middleton, Alice Sutcliffe, Rachel Speght et Aemilia Lanyer. 29 La lecture des Écritures, activité tout à fait licite pour les femmes, leur permit de réinterpréter des épisodes centraux de l'histoire biblique et occidentale; Lanyer et d'autres découvrirent, chez le Christ, des qualités féminines (amour, soumission, résignation); elles relevèrent aussi des cas de femmes fortes de même que des plaintes à l'encontre du système patriarcal; Elizabeth Cary, Lady Falkland, à partir d'une histoire des temps bibliques, traita du mariage au XVIIe siècle et l'exposa tel un conflit entre trois personnes dans la première pièce à être publiée en anglais par une femme (The Tragedy of Mariam, the Fair Queen of Jewry [16]3]). Quant aux figures vengeresses de l'Ancien Testament, elles ne sont pas éloignées d'Elizabeth Caldwell qui emprunta le langage de la conversion religieuse pour dénoncer l'infidélité et la négligence financière de son époux; un langage prophétique (et non légaliste ou rationnel) lui permit de plaider sa cause sans risque d'être rejetée en tant que femme. Lorsqu'elle-même ou Rachel Speght ou encore Elizabeth Clinton recourent à l'analyse scripturaire à l'appui de leurs arguments, il est anachronique de les croire obsédées par la piété. 33

autorité,

firent paraître de multiples

brochures

religieuses

ainsi que des témoi-

gnages personnels ne relevant pas des catégories littéraires conventionnelles. 3D On note l'existence de quelques auteurs dont les motivations furent plus commerciales: deux femmes (Mary Holden et Sarah Jinner) sont connues pour avoir produit des

almanachsastrologiques - supporttrès abordableet populaire.
Tous ces ouvrages renforcent la thèse selon laquelle, avant le XVIIIe siècle, des femmes instruites, issues des classes inférieures, écrivaient en priorité à destination d'un large lectorat. Un objectif professionnelles animait, identique à celui de quelques romancières du XVIIIe, lesquelles combinèrent écriture et autres activités rentables (dont l'enseignement et l'édition). Enfin, elles s'adressaient à un lectorat féminin, dispensant des informations et des conseils sur la santé, la conception, la grossesse, les enfants et des prescriptions quant à la satisfaction et à l'abstinence sexuelles. Le même choix d'un lectorat féminin caractérise une gamme d'autres œuvres, dès le début du XVIIe. Leurs auteurs articulent leurs propos autour d'un intérêt commun porté aux devoirs familiaux et sociaux; elles reconnaissent, certes, leur identité fondamentale dans un rôle par essence féminin mais se sentent investies d'une mission spirituelle qui les incite à prendre la plume en tant que chrétiennes. Dans la seconde moitié du XVIIe, la plupart des livres de conseils à l'adresse des domestiques émanaient non plus d'hommes mais de femmes; à la fin du siècle, peu de domaines de la vie féminine échappaient à l'attention des écrivains felnmes; l'accouchement, par exemple, fut l'objet des traités de Jane Sharp et d'Elizabeth 3] Cellier. Par ce biais, certaines s'immiscèrent dans la controverse sur l'éducation accessible aux femmes; Bathsua Reginald [PeU Makin] et Mary Astell entreprirent de réfuter l'argumentaire contemporain contre le savoir féminin en exhortant leurs lectrices à s'investir dans une étude sérieuse.32 Toutes deux traitent de la situation des dames plus que de leur sexe en général; l'ouvrage de la première, quant à lui, visait surtout à faire connaître son école ouverte à Londres. Ses talents péda30 Sur les quakeresses, voir Cathie Gill, Women in the Seventeenth-Century Quaker Community: A Literary Study of PoliticalIdentities, 1650-1700 (Aldershot: Ashgate, 2005) xx + 243 pp. 3] Jane Sharp, The Midwives' Book. . . . (1671) et Elizabeth Cellier, To Dr. . . . . An Answer to His Queres, Concerning the College of Midwives (1687-1688). La publication fut une manière d'informer les intéressées sur ce point essentiel de la vie, moyen non dépourvu d'arrière-pensées polémiques. En effet, opposées à l'érosion graduelle de la prééminence de leurs consœurs dans un métier féminin par tradition, elles firent de la publication le vecteur de la double défense des accoucheuses et de l'amélioration de leurs compétences. 32 Bathsua Reginald [Pell Makin], An Essay to Revive the Ancient Education of Gentlewomen, in Religion, Manners, Arts, & Tongues, with an Answer to the Objections against This Way of Education~ 1673, éd. Paula L. Barbour, Augustan Reprint Society, n0202 (Los Angeles: William Andrews Clark Memorial Library and the U of California, 1980) et Mary Astell, A Serious Proposal to the Ladies, for the Advancement of Their True and Greatest Interest. By a Lover of Her Sex, 1694-1697, The First English Feminist: Reflections upon Marriage and Other Writings, éd. Bridget Hill (Aldershot: Gower Publishing Company, 1986). 34

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