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Généalogies de l'acteur au cinéma

De
200 pages
La référence généalogique est un réflexe de la critique de cinéma. Si les formules "dans la lignée de..." ou "le nouveau..." sont devenues des commodités, le grand public, dit-on, n'aime que ce qu'il connaît déjà : lui dire que tel acteur est dans la lignée d'un autre excitera probablement son intérêt. Convoqué par stratégie critique ou par calcul économique, le phénomène existe bien chez l'acteur. A travers ce phénomène, les acteurs ont créé une palette immense de nuances permettant de donner une réalité à quelque chose qui, dans le spectacle éphémère, était jusque-là impossible à mesurer.
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Généalogies de l’acteur au cinéma Echos, influences, migrations
CYCNOS Fondée sur les rives de la Méditerranée, la revueCycnos s’est mise sous l’égide d’un antique roi de Ligurie, comptant bien partager le sort du personnage éponyme que le dieu de la poésie plaça parmi les astres du firmament. La revue, fondée par André Viola, est publiée par le CIRCPLES (Centre Interdisciplinaire Récits, Cultures, Psychanalyse clinique, Langues et Sociétés) de l’Université de Nice-Sophia Antipolis. Elle accueille les contributions - en anglais et en français - de spécialistes extérieurs au Centre.
DIRECTEUR : Christian GUTLEBEN
COMITE SCIENTIFIQUE Elza ADAMOWICZ, Queen Mary University of London Michel BANDRY, Université de Montpellier Ann BANFIELD, Université de Californie, Berkeley, U.S.A. Gilbert BONIFAS, Université de Nice Lucie DESBLACHE , University of Roehampton, Londres Maurice COUTURIER, Université de Nice Silvano LEVY, University of Hull Jean-Pierre NAUGRETTE, Université de Paris III Sorbonne Nouvelle. COMITE DE LECTURE Jean-Paul AUBERT, Université de Nice Jean-Jacques CHARDIN, Université de Strasbourg II Genviève CHEVALLIER, Université de Nice Christian GUTLEBEN, Université de Nice Marc MARTI, Université de Nice Martine MONACELLI-FARAUT, Université de Nice Susana ONEGA, Université de Saragosse Michel REMY, Université de Nice Didier REVEST, Université de Nice La correspondance avec la revue doit être adressée à : CIRCPLES RevueCycnos, U.F.R. Lettres, Arts et Sciences Humaines 98, Boulevard Edouard Herriot, B.P. 3209 F 06204 - NICE Cedex 3 - France Tel 04 93 37 53 46 - Fax 04 93 37 53 50 Solen.COZIC@unice.fr
CYCNOS Généalogies de l’acteur au cinéma Echos, influences, migrations Responsables du numéro Christophe Damour, Christian Gutleben, Hélène Valmary et Christian Viviani Revue publiée par le CIRCPLES Université de Nice – Sophia-Antipolis
Volume 27 N°2 2011
© L’HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56631-6 EAN : 9782296566316
Introduction Christophe Damour, Hélène Valmary, & Christian Viviani I. PROLOGUE James Naremore II. TRADITIONS Katalin Pór
Dominique Nasta
Pedro M. Guimaraes
III. FAMILLES Zeenat Saleh Gaëlle Lombard
Rémi Fontanel
SOMMAIRE
L’acteur de cinéma : familles et filiations recomposées
Film Acting and the Arts of Imitation
9
21
Incarner le politique :The West Wing et la tradition de la pièce politique 41De l’hyperbole à la litote : techniques actorales chez les Roumains, de Pintilie à Mungiu 49 Actores/Attores, Brésil-Portugal. Que peut-on dire d’un cinéma à travers l’analyse de ses acteurs ? 59
Kal Aaj aur Kalou la dynastie ininterrompue des Kapoor 71 La femme comme figure totalisante : y a-t-il une généalogie de l’actrice almodovarienne ? 85 Patrick Dewaere : ses pères, son frère, ses fils. Un acteur au miroir du cinéma 93
IV. TYPES ET ARCHETYPES Christel Taillibert De Douglas Fairbanks à Jean-Paul Belmondo : généalogie d’un style 105 Timothy BarnardActing like a Gangster, Franco-American Style: Paul Muni’sScarface, Jean Gabin’sPépé le Moko and Transnational Naturalist Mimicry. 115 Jean-Etienne Pieri D’Alan Ladd à Chow Yun-fat, en passant par Alain Delon (et Chow Yun-fat) : la circulation transnationale d’un personnage de tueur à gages 135
V. EMPRISES Alexandros Tsopotos Philippe Ortoli Minh Vu Cong
La lignée Reinhardt 145 Figures de l’entre-deux : l’archétype du héros marchalien155 La figure du Joker, de Jack Nicholson (Batman, Tim Burton, 1989) à Heath Ledger (The Dark Knight, Christopher Nolan, 2008) 163
VI. ÉPILOGUE Petite revue de presse généalogique
173
Introduction
L’acteur de cinéma : familles et filiations recomposées
Christophe Damour, Hélène Valmary, Christian Viviani
Un constat a motivé non seulement cet ouvrage mais surtout le 1 colloque qui en est à l’origine : l’intuition critique et la réflexion analytique peuvent, au regard de la récurrence de gestes ou de rôles, dans un contexte donné (national, générique) ou sur le mode de transferts culturels, faire émerger des lignées d’acteurs, des filiations de personnages, des familles cinématographiques. Si « aux yeux de qui a envie de les voir, n’importe quelle image dégage à la fois quelque réminiscence des figures du passé et le signe avant-coureur des modes à venir » (Leveratto et Jullier 10), c’est que chaque œuvre d’art peut être considérée comme « une tentative vers l’unique [qui] s’affirme comme un tout, comme un absolu, et, en même temps [qui] appartient à un système de relations complexes », faisant « converger en elle les énergies des civilisations » (Focillon 1). La puissance iconique des acteurs, générée par leurs gestes et leur persona, participe pleinement d’un tel « système de relations ». Il est en effet frappant de constater, le temps d’un film ou d’un personnage, certains échos entretenus avec d’autres films et d’autres 2 personnages. Par des phénomènes de migration , de circulation, de 1  Colloque international : « Généalogies de l’acteur au cinéma : traditions, influences, filiations », organisé par le Groupe de Réflexion sur l’Acteur de Cinéma à la Cinémathèque de Nice du 9 au 11 juin 2011. 2  Jacques Aumont étudie par exemple le processus d’une « migration » actorale entre Conrad Veidt et Orson Welles : « en 1925, Robert Wiene (le réalisateur deCaligari) signe unOrlacs Hände(Les Mains d’Orlac, d’après le roman de Maurice Renard souvent filmé) ; il y retrouve Conrad Veidt dans le rôle du personnage hanté, accablé par une force en lui qui l’excède et le manipule (…). Dix ans plus tard exactement, Karl Freund, qui a photographiéLes Mains d’Orlac pour Wiene, en réalise en Amérique un remake assez littéral avec Peter Lorre,Mad Love; à la caméra, cette fois, Gregg Toland. Cinq ans plus tard, Toland, que frappe la ressemblance virtuelle de Welles avec Peter Lorre, suggère à l’auteur deCitizen Kane la reprise d’éléments visuels deMad Loveautres un (entre perroquet blanc qui appartenait à Lorre) ; à la fin du film, la ressemblance des deux acteurs est soulignée par le grimage. (…) ce qui se produit ici est (…) une migration, pour reprendre le terme proposé par Aby Warburg, de Veidt-Cesare à Veidt-Orlac puis à Lorre-Orlac et à Welles-Kane : transcendant les physiques tout différents de ces trois grands histrions, le sur-jeu, l’extase actorale, l’expression toute entière déposée dans les mains,
Cycnos, Volume 27 n° 2, 2011
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Christophe Damour, Hélène Valmary, Christian Viviani
contamination ou de reprise d’un même thème ou motif, conscients ou non, apparaît un système d’échos et d’influences nourri par les rapports de similitude ou de prolongement qu’entretiennent deux acteurs via leur persona ou leur style de jeu. S’édifie ainsi un foisonnant réseau inter-gestuel qui peut prendre de nombreuses formes, de la duplication pure et 3 simple de produits actoraux, à tout le spectre citationnel (de l’hommage 4 au pastiche ), en passant par un véritable atavisme actoral, permettant de mettre en exergue un lignage d’acteurs en fonction d’un même type de jeu ou d’incarnation. La référence généalogique est un réflexe de la critique de cinéma, notamment dans sa manière d’aborder l’acteur. Ainsi, « le corps de l’acteur dont on a éprouvé la qualité particulière dans un emploi constitue un instrument de mesure, par comparaison, de la valeur d’une interprétation », et permet de « qualifier positivement celui qui fournit une impression équivalente » (Leveratto 76). Les formules « dans la lignée de … » ou « le nouveau … » sont ainsi devenues des commodités trahissant les réflexes généalogiques traditionnellement à l’œuvre dans les discours des critiques d’art (évoquant non seulement les acteurs et cinéastes mais aussi les romanciers ou les chanteurs). Si l’on peut apprécier de diverses manières la pertinence de ces prédictions, plus précisément ici dans le discours sur l’acteur (voir recueil de citations en 5 fin de volume) , surtout avec le recul historique, rapprocher deux acteurs dans le visage maquillé, dans le corps changé en mannequin vivant. » Jacques Aumont, « Où commence, où finit l’expressionnisme ? », in Jacques Aumont, Bernard Benoliel (dir.),Le Cinéma expressionniste, de Caligari à Tim Burton, Rennes, PUR, 2008, pp. 25-26. 3  De la reprise du célèbre monologue de Marlon Brando dansSur les quais/On The Waterfront (Elia Kazan, 1954) par Robert De Niro dansRaging BullScorsese, (Martin 1981), acteur lui-même imité par Vincent Gallo dansArizona Dream (Emir Kusturica, 1993), aux citations des tics gestuels et mimiques buccales d’Humphrey Bogart par Jean-Paul Belmondo (A bout de souffle, Jean-Luc Godard, 1959) ou Woody Allen (Tombe les filles et tais-toi/Play it Again, Sam, Herbert Ross, 1972), en passant par la célébrissime réplique de Robert De Niro dansTaxi Driver (Scorsese, 1976), «Are you talking to me ?», citée de nombreuses fois au cinéma, notamment par Danny De Vito (Wise Guys, Brian De Palma, 1986) ou Vincent Cassel (La Haine, Matthieu Kassovitz, 1995). 4  De Ugo Tognazzi parodiant Brando/Corleone dansLa Grande Bouffe (Marco Ferreri, 1973) à Yves Afonso imitant Belmondo dansDouble Messieurs(Jean-François Stévenin, 1986). Belmondo illustre parfaitement la différence entre la citation et le pastiche : « corps nouveau » du cinéma français, qui n’est « pas encore passé par le cinéma antérieur » (Bergala 192) dansA bout de souffle, il pratique une citation apparente et consciente quand il se passe, à de multiples reprises, le pouce sur les lèvres, à la manière de Bogart, une fois même devant l’affiche d’un de ses films, et finira par devenir un genre à lui tout seul en imprimant durablement sa propre imagerie cinématographique qui sera abondamment pastichée par d’autres. 5  Montgomery Clift aurait été, dès son premier film, qualifié dans la presse de « Gary Cooper de la nouvelle génération » (Georges Beaume,Vedettes sans maquillage, Paris, La