Habib Dembélé Guimba

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L'auteur dans sa première phrase nous pose un problème majeur : "Est-il possible d'imaginer qu'ici bas, un jour, toutes les personnes seront citoyens du monde ?". Cette phrase sera le fil conducteur du livre où l'auteur nous fait voyager dans son univers. Ce document est un point de vue sur les rapports que peuvent entretenir l'Occident et l'Afrique. C'est à la fois un constat sur les répercussions encore présentes de la colonisation et un message d'espoir, une forme de militantisme qui ne fait aucun cadeau à l'Afrique.
Publié le : dimanche 1 février 2009
Lecture(s) : 187
EAN13 : 9782336258089
Nombre de pages : 223
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Etre... ou ne pas naItre
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Du même auteur:
Les Tueurs de margouillats, théâtre 1988 inédit. Le Chantier, théâtre Editions Maria Graphique 1989. Sacré Kaba, nouvelle Editions Maria Graphique 1990. A vous la nuit, récit Graphique industrie 1995. Antigone d'après Sophocle, co-auteur, Editions La dispute 1999. 52, La bonne à tout faire, one man show Inédit 1998.

Habib Dembélé Guimba

" Etre... ou ne pas naître
Préface d'Aboubacar Eros Sissoko

L'HARMATTAN

~ L'Harmattan, 2008

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com harmattan l@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06658-8 EAN : 9782296066588

Dédicace
À El Hadj Adama Dembélé de Koula et à ses nombreux descendants.
À Modibo Kéita.

À Seydou Badian Traoré dit Kouyaté. À Pily Dabo Sissoko. À Kwamé Nkrumah. À Patrice Lumumba. À Thomas Sankara. À Nelson Mandela.

Remerciements
Parmi mes nombreux défauts, l'ingratitude n'existe pas. Toute ma vie, je souhaite ne jamais oublier une personne qui m'a une fois rendu service, fut-il petit ou même paraissant insignifiant... Je pense, donc à vous tous... mais pour que la page de remerciements ne soit pas plus longue que le texte qui vous est proposé, j'ai dû écourter la liste. Massa Makan Diabaté, paix à son âme a dit: « On est seul à signer un livre, mais on est plusieurs à l'écrire ». Que soient remerciés mon grand frère Jean Marie Lehec et Florence Asteix, qui ont rendu ce texte lisible. Peter Brook a répondu à un journaliste à Milan, lorsqu'il lui a posé la question de savoir pourquoi il travaillait bien souvent avec les comédiens noirs: «Je travaille avec des comédiens ». Qu'il en soit remercié pour Sotigui Kouyaté, Bakary Sangaré, Rachid djéidani, Dorcy Rougamba, Bruce Mayers, Yoshi, Toshi... et tant d'autres personnes de couleurs différentes. Que soient remerciés Aguibou Dembélé, Ousmane Sow, Olivier Bouchaud, Philipe Dauchez, Bernard et Catherine Desjeux, Monique Blin, Anne Marie Le Botte, Françoise Ligier, Moussa Fabé, Eva et David Helft, Anoucia Blass, René Zann, Françoise Réveillon, Cheick Omar Sissoko, Michel Sangaré, Alseyni Bathily, Fodé Kaba Camara, Issa Ndiaye, Thiambel Guimbayara, Aboubacar Eros Sissoko, Sophie Planchot et tant d'autres pour l'amour de l'âme. Merci à Agnès Gravard, Sarah Gabillet, Emilie Hamon, pour leur immense contribution. . .

Sommaire
Dédicace Remerciements
Préface d'Aboubacar Eros Sissoko L'immigration Le Mandén. L'Afrique est-elle intelligente? L'Afrique et ses enfants traîtres Le cas du Mali Le cas du Burkina-faso Le cas de la Côte d'Ivoire Le cas du Congo Belge Les fesses et les furoncles

9 Il
15 19 37 59 77 81 93 97 101 103

- Comment

vas-tu Rachid mon frère?

- Très mal mon frère, Dieu merci... maintenant que nous avons fmi de manger les cafards, il ne nous reste plus qu'à bouffer les larves. Un jour Balla Moussa Kéita, paix à son âme, un de mes maîtres m'a dit, quand nous discutions de la dureté du temps: « il ne nous reste plus qu'à acheter à cent cinquante francs pour revendre à cent francs... comme ça, nous nous sentirons occupés. »

Le facteur frappe à la porte d'une maison. - Il y a quelqu'un ? - Non, il n'y a personne. - Et vous alors? - Je suis le gardien.

Les griots du Mandén disent qu'il vaut mieux ne pas du tout naître, que de naître et de n'être personne.

Préface

Lorsque Habib Dembélé, notre Guimba National m'a sollicité pour coucher les premiers mots de son livre, ce fut pour moi un grand honneur mais aussi un sentiment de crainte parce que trouver les mots justes pour introduire l'œuvre d'un ami et grand comédien de son envergure est toujours un exercice difficile. Un proverbe bamanan dit que: «Dire la vérité ne tue pas l'amitié pourtant elle l'entrave ». Alors faut-il mentir à son ami en le caressant en permanence dans le sens du poil ? Il me semble que non. L'amitié est sacrée ce n'est ni un jeu de charme encore moins de l'hypocrisie. Même s'il est de notre devoir d'assister, de soutenir, d'aider son ami, il ne faut en aucun cas perdre de vue la vérité, notre vérité. Qu'il le prenne en bien ou en mal est toute autre chose. On aura ainsi joué pleinement notre rôle sans aucune arrière pensée, la conscience pleinement tranquille. Alors si par malheur cette vérité venait à mettre vos relations en péril, c'est que ce n'était pas une véritable amitié. Cet ouvrage Etre ou ne pas ...naître d'Habib Dembélé va droit dans ce sens. Il n'hésite pas à montrer du doigt les travers de l'homme. C'est une belle œuvre, une libre expression d'un artiste engagé qui a longuement parcouru le monde à travers son métier de comédien, conteur, auteur, réalisateur et quoi d'autres... Dès les premières pages du livre le ton est donné dans la dédicace faite aux hommes intègres: Mandela, Sankara, Krumah, Seydou Badian Kouyaté, Modibo Keïta, Fily Dabo...On pourrait penser qu'il a puisé ses ressources dans

leur combat. Mais c'est au fond de lui même qu'il a trouvé l'énergie de son propre combat. Le voyage ne forme t-il pas l'homme tout simplement? À défaut de pouvoir voyager, se plonger dans le livre d'Habib va permettre aux lecteurs de se construire. Pour qui connaît Habib Dembélé, l'homme n'est pas à son premier coup d'essai. Même s'il possède la capacité de nous faire rire aux éclats, de nous faire pleurer, il a ce génie extraordinaire d'extraire de son carquois des flèches qui vont droit au but. Quel malien et quelle malienne ne se souvient pas de ses rôles sublimement interprétés au théâtre dans Wari et 52 la bonne à tout faire, dans le téléfilm les aventures de Seko Bouaré, au cinéma dans Guimba le Tyran, Bamako et autres?.. Décidément Habib ne finira pas de nous surprendre avec son talent sans pareil. Habib restera Habib, jamais Guimba ou Seko ne pourra l'enterrer de son vivant. L'auteur dans sa première phrase nous pose un problème majeur: «Est-il possible d'imaginer qu'ici bas, qu'un jour, toutes les personnes seront des citoyens du monde? ». Cette phrase unique sera le fil conducteur du livre qui nous fait voyager dans son univers où finalement rien ne sera épargné. Du Mandé de ses ancêtres, aux traumatismes de la colonisation, en passant par les actualités brûlantes du continent Africain et aux drames de l'immigration, il revisite tous les évènements importants à l'aide de ses mots incisifs. S'il dénonce l'Occident qui pille le continent depuis la nuit des temps, il n'épargne pas les Africains qui sans vergogne font de même. Ce qu'il écrit est beau et touchant: «On doit s'aimer sans penser à autre chose que le respect ». C'est également 16

l'amour entre les peuples blanc et noir et il a raison. « Les occidentaux préfèrent péter publiquement plutôt que de roter. Cela est tout à fait à leur honneur. Pourquoi le Mandeka devrait se mettre à péter devant sa belle mère quand il pense que péter publiquement est honteux et à s'abstenir de roter quand il est content d'avoir été rassasié ». Etre ...ou ne pas naître fera date dans la littérature. Nous attendons son second ouvrage avec une vive impatience. Qu'il soit sur scène qu'il s'exprime dans ses romans Habib Dembélé a le pouvoir de nous transporter, de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous interroger... Bonne lecture à tous. Aboubacar Eros Sissoko

L'immigration
Est-il possible dans ce monde ici-bas d'imaginer, qu'un jour, toutes les personnes de tous les pays seront des citoyens du monde? Pourtant il me semble que c' e'st cela la voix du salut pour l'humanité... Mais malheureusement, elle est une illusion et le restera, tant que le monde sera régi avec un raisonnement purement mathématique qui veut qu'un plus un soient deux, deux étant le chiffre du divorce.. . Il faudrait qu'un jour, les données changent et que deux amis cessent d'être deux pour ne devenir qu'un, deux parents cessent d'être deux pour ne devenir qu'un, que dans un couple l'on cesse d'être deux pour ne devenir qu'un. L'unification est le soubassement du bonheur permanent, et l'amour est le seul produit qui puisse I' entretenir, la cultiver, la soigner.. . Prenons amour et sexe... Dans la vie, tout est à l'image du sexe. La terre elle-même ressemble à une grosse couille. La pluie, c'est l'éjaculation du ciel qui fait l'amour à la terre.. . Notre tête a pris la forme d'une couille. Les yeux ont la forme d'un vagin. La tige du nez est un pénis. Les narines, la bouche, sont proches du vagin... Le cou, le tronc, les membres ont la forme du phallus et quand on regarde de près notre corps, on en trouve partout, parlant ainsi des pores qui mouillent quand on est en chaleur... Et la jouissance est le début du processus de liquéfaction de l'être... Si l'éjaculation devait durer longtemps, on se serait totalement liquéfié et déversé l'un

dans l'autre pour ne donner ensemble qu'une flaque de liquide tranquille et paisible, pour n'être qu'un... C'est cette unité que recherche la vie pour être sereine. Et qu'est-ce qui fait d'un mariage un divorce de façon générale? La femme veut que l'homme cesse d'être lui pour devenir elle, l'homme veut que la femme cesse d'être elle pour devenir lui... Les incompréhensions commencent dans le couple, suivies de discussions, puis des discussions tendues et énervantes qui conduisent aux rancœurs et aux rancunes, aboutissant sur la perte de confiance en l'autre... L'amour devient désamour, l'unité n'est plus possible car aucun des deux ne veut faire le maximum de
conceSSIOn. ..

Il ne vous reste donc qu'à vous quitter car vous devenez en ce moment la chose et son contraire, complètement incompatibles comme le jour et la nuit.. . Il a donc besoin d'autre chose et elle a besoin d'autre

chose...
J'ai eu la chance en tant qu'acteur et conseiller artistique de participer au tournage du film «Faro ou la Reine des Eaux» d'un de mes grands frères Salif Traoré à Ségou Koro où est enterré le fondateur du puissant royaume Bamanan de Ségou au Mali. Pendant les jours de relâche, dans un coin d'une grande cour où l'équipe de tournage était en résidence, nous nous retrouvions pour parler de tout et de rien, pour se raconter des anecdotes, des histoires... des causeries desquelles jaillissaient souvent des discussions plus ou moins chaudes... Je me suis lié d'amitié à une personne âgée, Tatou, quatre-vingts ans à peu près, qui suivait toujours toutes nos discussions avec les jeunes que nous sommes, avec beaucoup de gaieté, en rigolant, et surtout en s'étonnant. ..

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En approuvant souvent toutes les affirmations sur lesquelles les uns et les autres lui demandaient de donner un avis favorable sans jamais donner ni son avis, ni essayer de trancher un quelconque litige selon son propre aVIS... Malgré la différence d'âge, père pour certains et grandpère pour d'autres, il était respecté et aimé par tout le groupe... À tel point qu'on ne pouvait plus rester une seule seconde sans le voir parmi nous... Un jour, je lui demande: - Mais père Tatou, pourquoi te contentes-tu uniquement d'approuver tout ce qu'on te dit? - Mon fils, répond-il, les contradictions sans fin peuvent souvent faire que des amis se dégoûtent. .. Dans ce monde où chacun croit qu'il sait tout, qu'il détient le monopole de la vérité, de la raison, dans ce monde où la vanité est devenue une source de revenu potentiel, les malins se taisent pour éviter des problèmes. Il y a longtemps, très longtemps, dans le Mandé, on disait qu'il fallait seulement ouvrir la bouche pour deux raIsons: La première pour manger, la deuxième pour dire la vérité, mais exceptionnellement quand on avait le nez bouché. À l'époque dans le Mandé, la parole avait la valeur attribuée à la signature aujourd'hui... Pour revenir à l'unité, je ne crois pas que ce soit une bonne idée que quelqu'un nourrisse une de ses jambes et néglige l'autre, ou un de ses bras en négligeant l'autre, sinon, à défaut de te débarrasser du membre négligé, tu seras obligé de le traîner avec toi, où que tu ailles, quoi que tu fasses, advienne que pourra. .. C'est ce qui, pour moi, explique le mieux le problème du flux migratoire de l'Afrique vers l'Occident... Nous y 21

allons, par les airs, à pied, par les eaux, quoi qu'il arrive... Quoi qu'on dise, on y va quand même, advienne que pourra. Ainsi l'Afrique, un des membres du corps monde, a été négligée par Monsieur-Le-Puissant-Monde qui n'a pas du tout envie de la traîner et qui la traîne dans la boue puante... Il faut donc se débarbouiller à tout prix... Voilà, à mon avis, le départ de l'immigration, un départ que je vais m'efforcer d'expliquer avec mes maigres moyens dans une langue qui n'est pas mienne mais qui est devenue pour moi un passage obligé par souci d'être compris par plus de gens. Et si mes idées malgré tout resteront confuses après lecture, c'est qu'elles auront manqué simplement d'éclaircissements à bien des endroits et aussi de précisons... Mais pas de vérité... Je veux parler de ma vérité... D'une parole dite, on ne finit pas de découvrir des vérités.. . Et comme je ne peux écrire comme Victor Hugo, je pense donc en Dafin Malinké en écrivant comme je peux, et en vous demandant simplement de fournir des efforts pour me comprendre... Ceci étant, la moindre des merdes dans lesquelles ma petite sœur, mon petit frère africain, candidats à l'immigration pourraient se trouver, ressemble à quoi? Malgré tout ce que tu vois et entends à la télévision, dans les médias, à propos de l'immigration; malgré l'état dans lequel tu vois ton frère, ta sœur, ton oncle, ta tante, ton ami, ta copine expulsés de l'Occident, tu tiens encore, et malgré tout, à y aller, en te disant: « Oh ! Telle ou telle personne n'a simplement pas eu de chance». En te disant «Chacun a sa chance dans la vie». «Même si le monde en lui-même était réduit à un œuf, le petit bonhomme 22

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