Ivan le terrible de S. M. Eisenstein

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Fort nombreuses sont les pages consacrées au film d'Eisenstein Ivan le Terrible. Plus rares sont celles qui évoquent les conditions matérielles de sa réalisation entre 1941 et 1946. D'où le projet de brosser une vue synoptique de sa production, en s'appuyant sur des repères différents : l'histoire événementielle, contemporaine de la guerre et du stalinisme triomphant, la personnalité singulière de son auteur, les témoignages des acteurs, etc.
Publié le : lundi 1 novembre 2010
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EAN13 : 9782296708334
Nombre de pages : 228
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Ivan le Terrible de S. M. Eisenstein












Champs visuels
Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi,
Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez

Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire
des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma
(acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques,
publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches
théoriques et méthodologiques appliquées aux questions
spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de
l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées,
mais aussi sans dogmatisme.

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David BUXTON, Les séries de télévision : forme, idéologie et
mode de production, 2010.
Corinne VUILLAUME, Sorciers et sorcières à l'écran, 2010.
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lectures croisées, 2010.
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créative, 2009.
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Gilles REMILLET, Ethno-cinématographie du travail ouvrier,
2009.
Jean-Paul AUBERT, L’Ecole de Barcelone. Un cinéma d’avant-garde en
Espagne sous le franquisme, 2009.
Eric Schmulevitch












Ivan le Terrible de S. M. Eisenstein
Chronique d’un tournage
(1941-1946)































L’Harmattan


































































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12972-6
EAN : 9782296129726

« Это то, но не про эт о » (Eisenstein)

« Nous ne croyons pas, nous,
qu’on puisse compromettre le génie en l’expliquant »
(Baudelaire, Salon de 1945)




Introduction

S’agissant d’Ivan le Terrible, le cinéphile se raccroche à un
certain nombre d’idées reçues, souvent exactes, rarement
fausses, mais parfois approximatives. On pourrait, sans trop
risquer de se tromper, les résumer en peu de mots :
artistiquement, tout le monde s’accorde à reconnaître au film du
génie ; mais ce film, aussi génial soit-il, est aussi la
manifestation (la preuve !?) de la compromission politique de
son auteur. Ce qu’un critique des Cahiers du Cinéma résume
par une formule lapidaire : « Le couronnement de Bruxelles fut
la présentation d'Ivan le Terrible [...] seul film intégralement et
1génialement stalinien. » Vingt ans plus tard, un autre repose la
question autrement, quand bien même sa réponse est-elle
2identique : « Qui oserait invoquer l’innocence d’Eisenstein ? »
Pour étayer cet argumentaire, on s’appuie régulièrement
aujourd’hui sur les mythes sécrétés par le stalinisme. Ils ne sont
pas nés ex-nihilo et brutalement : il a fallu les créer et attendre
qu’ils se développent dans la conscience des masses pour
devenir « réalité ». Avec le stalinisme, l’histoire a cessé d’être
un moyen de renforcement des seuls mythes classiques dans la
conscience sociale, elle va désormais devoir contribuer à la
création d’autres mythes destinés à servir les intérêts politico-
idéologiques de la nouvelle classe dirigeante. Ivan le Terrible
serait la contribution d’Eisenstein à l’édifice.

1 Louis Marcorelles, Cahiers du Cinéma, décembre 1958, n° 90, p. 4.
2 Michel Marmin, « S. Eisenstein : un stalinien à Beaubourg », Figaro
Magazine, 8 janvier 1979.

7
En d’autres termes, son film oscillerait entre deux
convictions résolument antagonistes (quand bien même les
témoignages ici repris renvoient-ils l’un – à sa première et
l’autre – à sa seconde partie) :

• Celle de Soljénitsyne.
Par le biais d’une conversation qu’il retranscrit entre César
(un intellectuel), qui estime que le génie a droit à toutes les
excuses, et le bagnard X-123, « un grand vieillard noueux
condamné à 20 ans de travaux forcés », qui affirme de son côté
que les génies n’ont pas à se plier aux « commandes » des
tyrans, la position de Soljénitsyne est sans appel – le film est
une apologie de l’autocratie, un soutien à la terreur d’Etat :
« – Mais non, mon cher, dit César sur un ton accommodant,
pour être objectif, il faut reconnaître qu’Eisenstein est génial.
Ivan le terrible, ce n’est pas génial, non ? Et la danse des gardes
du Tsar avec leurs masques ? Et la scène dans la cathédrale ?
– Contorsions, lance avec irritation X-23 […]. Et, en plus,
une idée politique absolument révoltante : la justification de la
tyrannie d’un individu. […]
– Mais quelle autre façon de traiter le sujet auraient-ils pu
laisser passer ?
– Laisser passer ! Mais alors, ne me parlez pas de génie !
Dites que c’est un flagorneur qui a exécuté une vile
commande ! Les génies n’adaptent pas leur conception au goût
3des tyrans ! »
Autrement dit, Eisenstein est un traître aux idéaux
démocratiques, qui courbe l’échine devant le pouvoir absolu. A
quoi on peut objecter qu’avant 1958, X-23 n’a pu voir que la
première partie du film, dans laquelle, précisément, Ivan n’est
pas encore « le Terrible », et qu’il s’agit de la part de
Soljénitsyne d’une lecture a posteriori. Mais, au fond, peu
importe l’anachronisme : l’enjeu est ailleurs.

• Celle de Mikhaïl Romm, contemporaine de la formulation
précédente, selon qui Eisenstein était un génie persécuté, qui

3 A. Soljénitsyne, Une journée d’Ivan Dénissovitch, éd. Julliard, 1963, pp.
101-102.

8
par ailleurs haïssait Staline. Son film est un pamphlet contre
Staline et le NKVD, il constitue sa réponse politique à la
tyrannie. Et il en est mort :
« La seconde série d’Ivan le Terrible est un film sur la
tragédie de la tyrannie. On n’y trouve pas de grossiers
parallèles historiques, mais toute la construction du film les
suggère, ils forment le contexte de presque chaque scène.
Expressive, au point d’être sensuellement tangible,
l’atmosphère de meurtres, exécutions, désordres, angoisse,
cruauté, soupçons, ruse, trahisons, provoquait chez les premiers
spectateurs du film un malaise voisin du désarroi, malaise dont
4nuls n’osaient formuler le sens avec des mots. »
En d’autres termes, dans la première partie d’Ivan,
Eisenstein aurait contribué à la valorisation du régime et de son
illustre chef. A partir de la seconde partie, quelque chose se
serait produit qui aurait radicalement modifié son rapport au
pouvoir. Ce qui est chronologiquement et techniquement
ère èmediscutable : le scénario de la 1 et de la 2 parties a été rédigé
èmeen même temps, et plusieurs épisodes de la 1 partie et de la
ème2 ont été tournés en parallèle.
*
* *
Que se passait-il en Union soviétique tel jour de 1943 ? Que
faisait Eisenstein tel autre jour de 1944 ? Certes, toutes les
journées ne sont pas « historiques ». Cela signifie-t-il qu’il ne
se passe rien ? D’autant plus si l’on est Eisenstein ? Y a-t-il un
jour où il ait négligé d’être réalisateur, dessinateur, théoricien ?
Les lignes qui suivent n’ont d’autres vertus que de susciter la
curiosité et, pourquoi pas, de lui répondre, que ce soit par
l’interrogation d’une histoire singulière, par la mise à
disposition de documents inédits (en français, en tout cas) qui
ont nourri cette histoire, et par leur questionnement.
Faire l’« archéologie culturelle » d’une époque, qui
correspond globalement à la guerre et à l’immédiat après-
guerre en URSS, n’est rien de plus qu’une tentative en vue de
restituer les changements qui ont scandé cinq années de la vie

4 M. Romm, Entretiens sur le cinéma, « Le deuxième sommet », éd.
Iskusstvo, 1964, p. 91.

9
d’Eisenstein (de 1941 à 1946) et les mécanismes à l’œuvre dans
ces changements. Autant dire que ces lignes prennent le contre-
pied d’un projet essentiellement plastique : « … parler d’Ivan le
Terrible qui, comme l’œuvre de Michel-Ange, échappe à
l’histoire “dans la mesure même où l’histoire ne sait ni ne veut
5l’enregistrer, l’assimiler” ». Méfions-nous, pour autant, de
l’illusion biographique qui consisterait à traquer les faits et
gestes insolites. Ce qui peut sembler l’itinéraire d’une
trajectoire individuelle (les raisons des différents acteurs, leur
« vie intime ») ne s’avère, souvent, qu’un héritage, qu’il
conviendra de situer dans une perspective largement collective,
faite de déterminations qui leur échappent – quelquefois, et
qu’ils subissent – toujours.


5 Jean-Louis Leutrat, Echos d’Ivan le Terrible, De Boeck Université, 2006, p.
144.

10
Ivan le Terrible avant Ivan le Terrible

Lorsque Eisenstein rentre de l’étranger en 1932, après trois
ans d’absence, il retrouve un pays qui a profondément évolué,
et lui-même est quelque peu différent de ce qu’il était avant de
partir. Sur le plan professionnel, parmi bien d’autres, il
envisage de réaliser deux projets immédiats, deux
« écranisations » d’œuvres romanesques : un film sur le « faux
Néron » d’après Léon Feuchtwanger et un autre sur « Le consul
noir » – le général Dessaline. Ce qui l’intéresse dans ces deux
romans, ce sont les problèmes liés à la personnalité d’un chef
menteur, d’un souverain qui s’empare du pouvoir, à la nature
de ce pouvoir non électif et à la transformation d’un chef
populaire en tyran. Dix ans plus tard, il s’attellera au combat
d'Ivan le Terrible en vue de faire de la Russie féodale un
puissant Etat centralisé.

Ce n’est pas la première fois que la figure du tsar Ivan
intéresse le cinéma soviétique.
• 1926, Les Ailes du serf de Youri Taritch, à partir d’un
scénario de Victor Chklovski, d’après La pensée du tsar Iohann
le Terrible – nouvelle historique d’un tâcheron de la jeune
littérature soviétique – Konstantin Childkret. Le commentaire
de Lounatcharski est élogieux, qui met le film sur le même plan
que d’autres, plus célèbres : « Nous savons ce que sont des
films tels que Le Cuirassé Potemkine, La Mère, Le Vent, Les
Ailes du Serf – des œuvres magnifiques. Mieux encore, elles
6battent la concurrence étrangère sur les marchés étrangers. »
Quoi qu’il en soit, le film s’intéresse moins aux transformations
politiques induites par le règne ou la personnalité d’Ivan IV,
qu’à la vie d’un autodidacte de talent issu d’un milieu
populaire. Eisenstein y fait une courte allusion dans un texte :
« La méthode d’imitation superficielle des oiseaux ne conduit
pas l’homme aux réussites escomptées, qu’il soit Icare,
7Nikichka, héros du film Les Ailes du serf, ou bien Léonard. »

6 Lounatcharski et le cinéma, « La culture en occident et chez nous », éd.
Iskusstvo, 1965.
7 Mémoires/3, « Torito », UGE, 1985, p. 83.

11
• 1941, Le Premier imprimeur Ivan Fiodorov, de Grigori
erLevkoiev, sur un scénario de E. Veissman. Le 1 mars 1564, le
« Gutemberg russe » imprimait L’Apôtre, le premier livre sorti
des presses en cyrillique.
Accusé de sorcellerie par un boyard, le moine Ivachka
Fiodorov est soumis à la torture. Mais le Tsar Ivan fait cesser
son interrogatoire et l’invite au palais. Le moine lui explique
comment il rêve de développer l’imprimerie en Russie.
Enthousiasmé, le tsar ordonne que l’on construise une presse.
Mais, en dépit de son soutien éclairé, Ivan Fiodorov sera obligé
de quitter Moscou, persécuté qu’il est par les boyards et le
clergé.

La troisième tentative sera la bonne, puisqu’elle recevra
l’aval officiel d’Ivan Bolchakov, le ministre de la
cinématographie : « Pour la première fois dans une œuvre d’art,
la figure d’Ivan le Terrible est restituée avec justesse, comme
une force progressiste de son temps, comme fondateur d’un
puissant Etat russe centralisé. Nombre d’historiens et
d’écrivains bourgeois ont présenté l’action d’Ivan le Terrible de
façon erronée, en insistant d’abord sur sa prétendue cruauté
injustifiable à l’égard des boyards et en taisant son rôle
progressiste dans l’unification de la Russie féodale en un
8puissant Etat national centralisé. »

8 Ivan Bolchakov, Le cinéma soviétique pendant la grande guerre
patriotique, 1950, Goskinoizdat, p. 109. Ce fils de paysans et bolchevik de
longue date est installé à 37 ans à la direction du cinéma, le 4 juin 1939,
succédant à Boris Choumiatski (si l’on néglige l’éphémère vacation de
Sémion Doukelski). Il restera en fonction jusqu’en mars 1953. Il présidera,
entre autres, le Comité pour le cinéma, créé par Staline, en sorte de surveiller
la conformité des productions cinématographiques. Cette « Cour suprême du
cinéma », pour reprendre la belle formule de Jay Leyda, composée
essentiellement de professionnels, approuvait, ou non, les scénarios, le choix
des acteurs, la musique, etc., autant que les films terminés eux-mêmes, avant
qu’ils ne soient diffusés sur les écrans. S’agissant de sa fonction durant la
préparation d’Ivan, il servira d’intermédiaire entre Eisenstein et le véritable
commanditaire du film – Staline.
Surnommé le « projectionniste du Kremlin », c’est lui qui servait de
traducteur à Staline, lorsque celui-ci se faisait projeter des films étrangers,
bien qu’il eût une maîtrise très approximative de l’anglais. Cf. G. Mariamov,

12
Ivan le Terrible – « un héros de notre temps »

Avec Ivan (mais également avec Pierre 1er), on a l’exemple
de la création du mythe de l’Etat, du Souverain, du Maître, de
l’Organisateur et du Dirigeant. Nombre d’œuvres contem-
poraines sont des commandes directes de Staline, commandes
quasi exclusivement historiques, et liées à la conjoncture du
moment (la fin des années 30 et le début des années 40), au
climat de militarisation généralisée que connaît l’Europe dans
son ensemble.
Mais cette pratique n’est pas neuve. Elle consiste à établir
une pseudo filiation avec les personnages historiques qui ont
marqué la constitution de la nation, au gré des revirements
politiques circonstanciés. Dès lors qu’il promeut une politique
d’industrialisation et de collectivisation, Staline en appelle à la
figure de Pierre le Grand, le « modernisateur » de la terre
russe ; lorsqu’il se lance à la conquête des richesses sibériennes,
Tamerlan (voir le projet avorté sur « canal de Fergana » :
d’août à octobre 1939, Eisenstein réalise des prises de vues
avec E. Tissé) et Ermak Timoféiévitch (le premier colonisateur
de la Sibérie) reviennent en grâce ; lorsqu’il s’agira d’organiser
l’empire soviétique de l’après-guerre, qui s’étend de l’Europe à
la mer de Chine, c’est au tour de Gengis-Khan et de son petit-
fils, le Khan Baty d’être rappelés à la mémoire collective.
A la veille de la guerre, on assiste à la mythologisation
d’Alexandre Nevski ; avec l’occupation des pays baltes et
d’une partie de la Pologne, dans les années 1938-1941, à celle
d’Ivan le Terrible. Ce qui se traduit par le renforcement de
9l’armée dans la prévision d’une guerre , par l’affermissement
de l’Etat et de toutes ses institutions susceptibles de contraindre
les oppositions dans la société, par l’élimination des « ennemis
du peuple » hétérodoxes (« nous » et « eux »). Evoquant la
figure de Souvorov, Chklovski établit un constat d’évidence :

Staline regarde le cinéma, Kinotsentr, 1992, p. 11.
9 Deux exemples parmi une dizaine d’autres : Si demain il y a la guerre
(1938), d’Efim Dzigan, nous montre les images documentaires d’une armée
soviétique prête à affronter le monde. Dans Alexandre Nevski, tous les
ennemis portent des noms à consonance germanique.

13
« Avec la littérature et le cinéma, nous formons les troupes à la
victoire. Il nous faut concevoir un certain type de courage, et
d’abord celui du commandement. Un commandant, un chef de
guerre qui prend la bonne décision doit avoir le courage de
10mener cette décision jusqu’à la victoire. » Cette remarque
vaut pour nombre d’exemples romanesques, entre autres : Port-
Arthur d’Alexandre Stépanov, qui relate la longue défense du
port pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905 (1941,
l’édition définitive paraît en 1944), Bagration de Sergueï
Goloubov (1943) et déjà Ivan le terrible de Valentin Kostylev
dont la trilogie paraît entre 1943 et 1946 et pour laquelle il
11recevra le prix Staline un an plus tard.
Au cinéma, le regain d’intérêt pour l’histoire russe s’inscrit
dans un contexte général de « bruits de bottes » en Europe. Il
est important de ne pas perdre de vue que dans leur travail
d’écriture, les auteurs de scénarios – ainsi que l’exigeait
l’époque – se sont appuyés sur l’incarnation d’épisodes
militaires. Ce qui explique que se soit perdue la qualité du
traitement des conflits sociaux, par rapport aux films des
années 30.
Cela se traduit par la sortie de films illustrant la vie des
grands unificateurs et chefs de guerre de la Russie, des figures
charismatiques de l’histoire russe présentant des ressemblances
analogiques avec le présent : Nevski, Souvorov, Koutouzov,
Ouchakov, Nakhimov, Minine et Pojarski, Pierre 1er, Dmitri
Donskoï. Sans parler de Pougatchev (1937), de Salavat


10 En 60 ans, éd. Iskusstvo, 1985, p. 218. Dans le même recueil d’articles
critiques, il est symptomatique que trois essais se succèdent : « Un film sur
Souvorov » (1941), « Pierre 1er à l’écran » (1937) et « Koutouzov » (1946) :
avec deux de ces trois titres, les scénaristes affirment que là où la Russie a
résisté à Napoléon, l’Union soviétique pourra résister à Hitler.
11 A titre indicatif, le premier tome est titré « Moscou en marche », le second
« La mer » (faut-il rappeler que la dernière partie du film d’Eisenstein devait
se terminer en apothéose : le tsar rassembleur de la terre russe et Maliouta
agonisant regardaient « la mer russe » ?) et le troisième « La citadelle de la
Néva », qui finissait sur ce constat impérial : « Et désormais, et jusqu’à la
consommation des siècles, que mers et océans soient soumis à la puissance
russe ».

14
Youlaïev (l’un des lieutenants de Pougatchev dans l’Oural,
12 1938) et de Bogdan Khmelnitski (1941).
Au théâtre, Alexeï Tolstoï donne les deux premières parties
d’une trilogie inachevée (son auteur meurt en février 1945) sur
Ivan le terrible – L’aigle et sa femelle et Les années difficile.
Elles seront terminées en février 1942. En 1945, dans une
perspective analogue, il met un point final à son roman Pierre
1er, commencé en 1929, qui sera à l’origine du fameux film
13éponyme de Vladimir Pétrov en 1939.
Dirigée contre l’intelligentsia, la paysannerie, les cadres
militaires et les membres du parti, la terreur de 1937 a prouvé
qu’il n’était pas suffisant de représenter un tsar progressiste,
dont l’action consistait à renforcer le pouvoir de l’Etat, ainsi
que le montrait le film de Vladimir Pétrov. Les événements
sanglants de l’époque exigeaient la résurrection, par le biais de
l’écran et de la scène, de toute une institution d’Etat afin
d’extirper les idées déviantes et les oppositions. C’est ce dont
témoignent les deux pièces de A. Tolstoï, qu’un critique
contemporain commente ainsi : « Conformément à la vérité
historique, A. Tolstoï a créé une figure poétique de dirigeant
russe, fier de sa patrie et de son peuple, obsédé par l’idée d’un
Etat fort et heureux [...] et conscient des voies à emprunter pour
14atteindre cet objectif. » On doit ajouter plusieurs autres
exemples de ce regain d’intérêt pour la personnalité et la
période contemporaine d’Ivan. Konstantin Trenev travaille à sa
pièce Le stratège (avant de mourir en 1945). La guerre de

12 Tous les titres évoqués résultent d’une commande directe de Staline. A
quoi il faut ajouter les figures d’unificateurs de « pays frères » ou appelés à le
devenir : David Bek en Arménie, Guéorgui Saakadzé en Géorgie. Quelques-
uns des glorieux chefs de guerre russes donneront leur nom à des décorations
à partir de 1942.
13 Lequel se termine sur un discours-programme du tsar, après sa victoire
contre les Suédois : « En ce jour de bonheur qui marque la fin d’une guerre,
les sénateurs me récompensent en me nommant “père de la patrie”. J’ai été
sévère avec vous, mes enfants, pas pour moi, mais pour la Russie qui m’est
chère. Avec vos peines et les miennes, nous avons couvert notre patrie de
gloire, et les navires russes voguent vers tous les ports d’Europe. »
14 I. Krouti, « Ivan le terrible. Une nouvelle mise en scène au Théâtre
Maly », Moskovski Bolchevik, 3 juin 1945.

15
Livonie d’Ilya Selvinski (1944) justifie moralement les crimes
d’Ivan par son amour de la Russie : « Au diable l’âme, pourvu
que la Russie ne s’étouffe pas ». De son côté, Vladimir
15Soloviev fait jouer une pièce en vers, Le grand prince en mai
1945, pour laquelle il reçoit le prix Staline.
Déjà, Ivan est interprété par Nikolaï Tcherkassov (Cf. ci-
dessous), qui rappellera plus tard les circonstances des
premières représentations publiques : « Le spectacle de notre
théâtre eut lieu durant les journées inoubliables de mai 1945.
[…] Mais j’étais fort occupé par les nombreux débats relatifs à
la première partie d’Ivan le Terrible, par les tournages
inachevés de la seconde partie, lesquels continuèrent après la
première du Grand prince, et enfin par les multiples et diverses
sources historiques que j’avais été amené à étudier durant les
deux années précédentes, en sorte de connaître et de me
familiariser avec l’époque du Terrible […]. » Pour l’occasion,
Ivan est assimilé à un éminent homme d’Etat, sage, fin
politique, grand stratège, victime de ses seules
passions : « Courageusement, il poursuivait la ligne principale
de son action progressiste, il conduisait logiquement une
politique d’édification d’un puissant Etat russe unifié, en butte
16à des ennemis extérieurs et intérieurs. » Autrement dit, la
terreur imposée par le tsar est la conséquence d’une nécessité
historique : lutter contre une opposition intérieure et étendre les
limites de l’Etat russe.
Cette interprétation est loin de faire l’unanimité.
L’historiographie du XIXème siècle – à commencer par
L’Histoire de l’Etat Russe de Nikolaï Karamzine – porte un
jugement résolument négatif sur le règne du tsar. Ce dont la
presse se fait l’écho : « Dans le débat qui oppose Ivan le
Terrible à Kourbski, la littérature russe, suivant en cela
17Karamzine, a systématiquement pris le parti de Kourbski ». Il
faudra attendre 1922 pour que l’historien Robert Vipper (avant
que d’émigrer en Lituanie « bourgeoise » !) réévalue son
héritage et en fasse le modèle de Pierre le Grand.

15 Soit le même terme que pour Le Prince de Machiavel (« Gossoudar »).
16 N. Tcherkassov, Notes d’un acteur soviétique, éd. Iskusstvo, 1953, p. 164.
17 Le Bolchevik, 1944, nn° 10-11, p. 86.

16
En mai 1941, il sera opportunément rappelé par Staline et
nommé à un poste de prestige à l’Université de Moscou.
L’année suivante, et une seconde fois en 1944 (au plus fort de
la guerre !), les éditions de cette même Académie des Sciences
rééditeront sa biographie d’Ivan, publiée en 1922 : « Si Ivan IV
était mort en 1566, au moment de ses plus grands succès sur le
front occidental, alors qu’il préparait la conquête définitive de
la Livonie, la mémoire historique lui décernerait le titre de
grand conquérant, fondateur de la plus éminente puissance
18mondiale, au même titre qu’Alexandre le Grand. » Entre
temps, le 17 septembre 1943, il donnera une conférence
publique apologétique et se verra récompensé quelques jours
plus tard par sa nomination à l’Académie des Sciences.
D’autres historiens apportent leur contribution, bon gré mal
gré, à la campagne en faveur de la réévaluation du tsar. L’un
d’entre eux, Sergueï Bakhrouchine, résumera leur position
commune : « Avec la figure d’Ivan le Terrible, nous possédons
le grand homme d’Etat de son époque, qui a parfaitement
compris les intérêts et les besoins de son peuple et qui lutte
19pour leur satisfaction. » A sa décharge, il sortait de deux ans
de camp en Sibérie pour « complot monarchiste ».
Deux rares contre-exemples à cet engouement de
commande. Mikhaïl Boulgakov, qui avait écrit en 1935 une
pièce de théâtre – Ivan Vassiliévitch – et fait du tsar un
contemporain : un inventeur construit une machine à voyager
dans le temps. Le gérant d’un immeuble, Ivan Vassiliévitch
Bouncha, médiocre personnage, mais exact sosie d’Ivan le
Terrible, atterrit au palais du tsar, dans le même temps que
celui-ci effectue le voyage en sens inverse. La permutation
carnavalesque fait se télescoper deux tyrannies. La pièce ne
sera jamais mise en scène du temps de Staline : les
correspondances sont trop transparentes.

18 Ainsi commence le chapitre VIII de son livre (« Le jugement post mortem
du Terrible »). On le trouvera intégralement reproduit à l’adresse électronique
suivante – http://militera.lib.ru/bio/vipper_ru/index.html.
19 Cité par A. Chikman, Les acteurs de l’histoire nationale, Annuaire
biographique, T. 1, 1997. Article sur S. Bakhrouchine.

17
Un autre, avec la publication, en 1963, par les éditions de
l’Académie des Sciences, d’un ouvrage de l’historien Stépan
Vessélovski (mort en 1952) – Essais sur l’histoire de
l’opritchina. Il était resté inédit jusqu’à cette date, bien qu’il ait
été rédigé en 1944. Non sans une certaine dérision, il fait le
point sur « l’état de l’art » en la matière : « Ces derniers temps,
tous ceux qui ont écrit quelque chose sur Ivan le Terrible et son
époque, ont déclaré d’une seule voix que, finalement, en tant
que personnalité historique, il fallait l’exempter des calomnies
et des altérations de la vieille historiographie et nous le
présenter dans sa stature et sous un juste éclairage. S. Borodine,
dans un compte rendu de la Trilogie de V. Kostylev, loue
l’auteur pour avoir montré Ivan le Terrible “comme un homme
d’Etat d’avant-garde, un transformateur de la vie du pays,
sévère dans l’accomplissement de ses objectifs, perspicace et
courageux”. S. Goloubov, dans un compte rendu de la récente
mise en scène de la pièce d’A. Tolstoï au théâtre Maly, écrit
que “après bien des siècles” de calomnies et de diffamations de
la part des ennemis d’Ivan le Terrible, “nous voyons pour la
première fois sur une scène l’authentique figure historique d’un
combattant en faveur d’un “royaume terrestre”, ardent patriote
de son époque, un puissant homme d’Etat”. C’est à peu près ce
qu’a déclaré l’académicien N. Derjavine dans un compte-rendu
de la Trilogie de Kostylev :“C’est assez récemment que les
événements contemporains du règne d’Ivan IV ont reçu un
traitement juste et objectif de la part de notre science
historique”. Ainsi donc, la réhabilitation de la personnalité et de
l’activité d’homme d’Etat d’Ivan IV constitue une nouveauté, le
dernier mot et la grande réussite de la science historique
soviétique. Mais est-ce bien exact ? Peut-on croire que les
historiens de toutes obédiences, marxistes y compris, se sont
trompés durant 200 ans – La seule nouveauté, c’est que, “à une
date relativement récente”, ce sont des hommes de lettres, des
dramaturges, des critiques de théâtre et des réalisateurs qui ont
20remis les historiens sur le bon chemin. »

20 Ed. de l’Académie des Sciences de l’URSS, 1963, p. 36-37. On trouvera
l’intégralité du texte à l’adresse suivante :

18
Au bout du compte, dans le même temps qu’Eisenstein
travaille à son film, le paysage intellectuel est dominé par
l’image d’un personnage – Ivan le terrible – assimilé à un « tsar
rouge ». On repère aisément plusieurs traits communs à
l’ensemble de ces œuvres : elles traduisent dans l’inconscient
collectif la place – l’idéalisation – du chef, du père ou du frère
aîné. C’est ce dont témoigne la réflexion d’Eisenstein alors
qu’il est encore dans sa période de travail préparatoire : « C’est
un génie, et pas seulement un homme remarquable », ou
encore : « Avec une profonde sagesse et la perspicacité d’un
grand homme d’Etat en avance sur son temps de plusieurs
siècles, Ivan IV a forgé les formes nouvelles d’un Etat
centralisé, dans un combat mortel contre des boyards adossés à
21un morcellement féodal. » De son côté, Nikolaï Tcherkassov
décrit un souverain obsédé par le développement de sa
puissance et l’organisation des modalités de l’exercice du
pouvoir : « C’est précisément le courage qui est devenu le trait
principal du portrait scénique d’Ivan le Terrible et a conféré de
la grandeur à son image. […] Il m’est incombé d’exprimer
l’action progressiste et fondatrice d’un grand prince russe, d’un
éminent stratège et homme politique, d’expliquer que sa ligne
politique “terrible” était la conséquence d’un manque
22d’Etat. »
Tous les titres ici évoqués fournissent une matrice à
l’interprétation du passé. La militarisation de la société
soviétique impose le développement de l’esprit guerrier de la
population. L’histoire est transformée en instrument
d’acculturation : il s’agit de réhabiliter la mémoire des grandes

http://www.historichka.ru/materials/veselovskii/.
C’est en des termes analogues que Pasternak écrit à la même époque : « Il
semble à notre bienfaiteur que, jusqu’à présent, nous avons été trop
sentimentaux et qu’il est temps de se raviser. Nouvel engouement,
ouvertement confessé, – le Terrible, l’opritchina, la cruauté. Sur ces thèmes,
de nouveaux opéras s’écrivent, des drames et des scénarios. Sans rire. »
Correspondance avec Olga Freidenberg (lettre du 4 février 1941), Gallimard,
1987.
21 « Un film sur Ivan le terrible », Izvestia, 30 avril 1941, p. 3.
22 N. Tcherkassov, Notes d’un acteur soviétique, éd. Iskusstvo, 1953, pp. 164
et 166.

19
figures oubliées – fondateurs d’un empire, férus d’expan-
sionnisme, ils ont contribué à créer l’union de tout un peuple
par la contrainte.
La destinée de l’académicien Mikhaïl Pokrovski, la plus
haute figure de l’historiographie marxiste soviétique, est
symptomatique de cette confiscation des grands acteurs de
l’histoire russe. Conformément au grand principe marxisant qui
dénie aux « grands hommes » l’aptitude à être le moteur de
l’histoire, il dénonce ceux pour qui les avancées historiques
résultent de l’action de fortes personnalités : « ... De la même
manière que les “Muses” ont servi de modèle historique bien
longtemps avant Hérodote, que les inscriptions des pharaons
d’Egypte ou des empereurs babyloniens proclamaient leurs
exploits, aujourd’hui, il semble à beaucoup que la relation des
exploits de toute sorte doive aussi constituer l’objet réel de
23l’histoire. » Par ailleurs, il se révèle être un pourfendeur
èmeacharné de l’impérialisme russe, dès le XVI siècle lorsque
celui-ci « s’empara de l’extrémité sud de la voie fluviale
Europe-Asie, de Kazan à Astrakhan, et lorsque commença la
tentative visant à s’emparer de l’extrémité nord, de l’ouverture
24sur la mer Baltique. »
L’histoire de l’humanité traverse un certain nombre de
phases, pour aboutir au communisme, dans un processus
naturel et obligé, dont les masses sont le moteur. En 1936,
Staline décrète que la meilleure des sociétés possibles – le
socialisme – est en voie de construction en URSS. Dès lors, le
parti peut craindre que le dénigrement de l’histoire nationale ne
démoralise les citoyens. Si la gloire de la Russie est d’avoir
créé la première société socialiste de l’histoire, l’ancien régime
doit être vu non comme le passé de la Russie, mais comme le
passé d’une glorieuse nouveauté : la Russie soviétique.
La nouvelle histoire doit mettre l’accent sur les grandes
étapes de la construction de l’Etat centralisé en Russie. Ivan le
Terrible et Pierre le Grand sont hissés au rang de héros de la
construction de l’Etat centralisé en Russie. Et les conceptions

23 Essai d’histoire de la culture russe, M.-L., 1925, p. 2.
24 Cité par M. Heller et A. Nékrich, L’utopie au pouvoir, Calman-Lévy,
1982, p. 246.

20
de Pokrovski et de son école sont condamnées comme
« schémas sociologiques abstraits », dans la mesure où elles
dénoncent l’ancien régime russe, le passé national et
l’exploitation du peuple par les classes dirigeantes.
L’Etat a besoin de l’histoire. Elle est mobilisée de deux
manières différentes : elle sert de viviers à références, elle situe
l’exercice du pouvoir de Staline par rapport à ses
prédécesseurs ; elle justifie a posteriori ses revendications et ses
actes dans l’exercice du pouvoir. L’histoire doit fournir aux
réalisateurs et aux romanciers un réservoir dans lequel puiser
les événements et des personnalités qui contribueront à forger
l’image d’un passé de l’Etat russe fort. Il s’agit là d’une vision
téléologique qui accorde, par avance, au personnage une place
déterminante dans l’histoire. Elle n’a d’intérêt que dans la
mesure où elle « commente » le présent, le cours politique
contemporain, où le présent est lu à la lumière du passé. Il
s’agit d’une histoire soumise au principe politique, au sens où
elle s’inscrit dans un processus d’éducation. On se rappelle les
célèbres formules de G. Orwell dans 1984 : « Que le parti
puisse étendre les bras vers le passé et dire d’un événement :
cela ne fut jamais, c’était bien plus terrifiant que la simple
torture ou que la mort [...]. Celui qui a le contrôle du passé,
disait le slogan du parti, a le contrôle du futur. Celui qui a le
25contrôle du présent a le contrôle du passé. »

La réhabilitation des symboles nationaux russes, des plus
célèbres figures historiques, d’acteurs plus ou moins oubliés de
cette histoire, coïncide avec l’un des grands objectifs
staliniens : la construction d’un Etat autoritaire centralisé.
Symptomatiquement, ces mêmes années voient le retour des
épaulettes et des grades dans l’armée : en 1935, celui de
maréchal, en 1940, celui de général. Les uniformes sont
redessinés, comme sont renouvelés les rituels militaires hérités
de la révolution. En 1942, sont créées des décorations
nouvelles : les ordres de Koutouzov, Souvorov et Alexandre

25 Gallimard, Paris, 1950, p. 54.

21
26Nevski et en mars 1944, ce sera le tour des ordres Ouchakov
et Nakhimov. En mai 1943, un concours est organisé en vue de
remplacer « L’Internationale » par un hymne « national »
nouveau. Le texte évoque d’emblée « l’union indissoluble de
républiques libres rassemblées pour l’éternité autour de la
Grande Russie ». Sa première exécution radiophonique aura
erlieu le 1 janvier 1944. La restauration affecte l’ensemble de la
société : elle traduit le retour à la normalité, après les
bouleversements de la période révolutionnaire et elle semble se
cristalliser autour de l’idée d’Empire russe. Dans le même
temps, deux autres composantes traditionnelles du nationalisme
russe – l’orthodoxie et la paysannerie – sont délibérément
négligées, sinon anéanties.













26 Lorsque les médailles seront frappées, le portrait d’Alexandre Nevski aura
le visage de Nikolaï Tcherkassov !

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