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L'archive-forme

De
366 pages
Voici analysés les usages et le statut de l'archive sous les angles esthétique, historique et sociologique. Comment expliquer ce rapprochement entre ces démarches? D'une part, le réemploi des archives est l'une des esthétiques parmi les plus actuelles. D'autre part, la nécessité de renouveler les théories au tournant du XXe siècle n'est sans doute pas étrangère à ce retour massif aux archives.
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L’Archive orme : Création, Mémoire, Histoire
Champs visuels Collection dirigée par PierreJean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez  Unecollection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme. Dernières parutions Isabelle PRATSTEFFEN,Le cinéma d’Isabel Coixet : figures du vide et du silence, 2013. Aurélie BLOT et Alexis PICHARD (coord.),Les séries américaines. La société réinventée, 2013. Jim LAPIN,La régulation de la télévision hertzienne dans les départements d’outremer,2013. Eric COSTEIX,Alain Resnais. La mémoire de l’éternité, 2013. Florent BARRÈRE,Une espèce animale à l’épreuve des médias. Essai sur le cœlacanthe, 2013. Aurélie BLOT,50 ans de sitcoms américaines décryptées. DeI love LucyàDesperate Housewives, 2013. Sébastien FEVRY,La comédie cinématographique à l’épreuve de l’histoire, 2012. Philippe LEMIEUX,L’image numérique au cinéma. Historique, esthétique et techniques d’une révolution technologique, 2012. Pierre DEVIDTS,Andreï Tarkovski. Spatialité et habitation, 2012. Angélica Maria Mateus MORA,Cinéma et audiovisuel latino américains. L’Indien : images et conflits, 2012. Daniel WEYL, Mouchette,de Robert Bresson ou le cinématographe comme écriture, 2012. Claude HODIN,Murnau ou les aventures de la pureté, 2012. François Amy DE LA BRETEQUE, Emmanuelle ANDRE, François JOST, Raphaëlle MOINE, Guillaume SOULEZ, JeanPhilippe TRIAS (dir.),Cinéma et audiovisuel se réfléchissent. Réflexivité, migrations, intermédialité, 2012. Catherine BRUNET,Le monde d’Ettore Scola. La famille, la politique, l’histoire, 2012. Angela BIANCAFIORE,Pasolini : devenir d’une création, 2012.
Sous la direction de Giusy Pisano Comité scientifique : Philippe Bourdier – MarieFrance ChambatHouillon JeanMichel Durafour – Kira Kitsopanidou Caroline Renouard – Geneviève Sellier – Sylvie Thouard L’Archiveforme : Création, Mémoire, Histoire e Textes issus du VIIICongrès de l’Afeccav Université ParisEst, MarnelaVallée, 910 juillet 2012 Avec les textes de Marta Alvarez – Livio Belloï – Maxime Cervulle – Delphine Chedaleux Chloé Delaporte – Vincent Dussaiwoir – Alexandre EstaquetLegrand Mélanie Forret– Claudine Le Pallec Marand – Sylvain Louet JeanChristophe Olive – Viva Paci – Julien Péquignot Alina Popescu –Yannick Pourpour – Clément Puget Leonardo Quaresima – Charles Quiblier – Caroline Renouard Philippe Roger – Mirco Santi – Giuseppina Sapio Frédéric Tabet – Stéphane Tralono – Euénie Zvonkine
© L'HARMATTAN, 2014 57, rue de l'ÉcolePolytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782343035703 EAN : 9782343035703
Introduction
L’étrange trinôme : 1 archives visuelles, création et Histoire
Giusy Pisano Traditionnellement, les archives audiovisuelles constituent l’une des sources réservées à l’historien. Pourtant, dès 1898, le photographe et 2 opérateur (etnon historien) Boleslaw Matuszewski écrit deux articles sur « La destination réelle de la photographie animée » dans lesquels il déclarait que le cinématographe devait permettre l’étude et 3 l’enseignement du passé , car un film constituerait «non seulement un document historique, mais une parcelle d’histoire, et de l’histoire qui 4 n’est pas évanouie, qui n’a pas besoin d’un génie pour la ressusciter » . Matuszewski perçoit alors, dans le fonctionnement même de la caméra, une nouvelle façon de produire des archives du temps mais aussi de 5 penser l’Histoire de ce qui « échappe au yeux » . Pour Matuszewski, le cinématographe enregistrerait donc l’Histoire tel un œil mécanique, rythmé par les tours de manivelle exécutés par les opérateurs Lumière. Ces capacités du cinématographe à porter un regard sur la réalité et à ressusciter infiniment le passé, sont évoquées, certes sous divers angles, dans les textes théoriques, mais aussi à travers les déclarations éparses d’artistes. Dans ces témoignages, la relation entre cinéma et Histoire est sans doute complexe car elle n’est pas envisagée du point de vue du 1 Il faudrait ajouter « sonores » mais force est de constater la place écrasante de l’image. 2 Voir à ce propos l’excellent article de Magdalena Mazaraki: «Boleslaw Matuszewski : photographe et opérateur de cinéma »,1895, 44/2004, pp. 4765. 3 Boleslas Matuszewski,Une nouvelle source de l’histoire du cinéma (Création d’un dépôt de cinématographie historique), Paris, [s.n.], 1898, 12 p. [réimprimé en facsimilé dans:Boleslas Matuszewski. Écrits cinématographiques, éd. Magdalena Mazaraki, Paris, Association française de recherche sur l’histoire du cinéma/Cinémathèque française, 2006. 4 Idem.5 Idem.
L’ARCHIVEFORME:CRÉATION,MÉMOIRE,HISTOIRE
contenu mais de la forme, du support photographique luimême, de la praxis cinématographique consistant schématiquement à sélectionner, enregistrer, monter, montrer et remontrer. En France, d’autres critiques 6 et historiens du cinéma tel Georges Sadoul , ont placé l’étude du cinéma parmi les sources pour l’Histoire. Suivent au début des années soixante 7 8 dix les travaux de Marc Ferroet Pierre Sorlin: le premier, historien, intègre à ses recherches l’analyse des films comme documents pour une contreanalyse de la société. Il écrit à ce propos : Actualité ou fiction, la réalité dont le cinéma offre l’image apparaît terriblement vraie; on s’aperçoit qu’elle ne correspond pas nécessairement aux affirmations des dirigeants, aux schémas des théoriciens, à l’analyse des opposants. Au lieu d’illustrer leurs discours, il lui advient d’en accuser la dérision […]. Le film a cet effet de déstructurer ce que plusieurs générations d’hommes d’État, de penseurs, avaient réussi à ordonner en un bel équilibre. Il détruit l’image du double que chaque institution, chaque individu, 9 s’était constitué devant la société . Quant au second, Pierre Sorlin, il englobe le cinéma à ses investigations sociologiques mais aussi esthétiques. À partir de ce moment, «les historiens songèrent à ajouter les films à la liste déjà longue de leurs 10 objets d’étude» .Ces deux auteurs ont marqué – certes avec des nuances, voire des divergences méthodologiques – les générations d’historiens qui suivent: JeanPierre BertinMaghit, Christian Delage, Antoine de Baecque, François Garçon, Michèle Lagny, Sylvie Lindeperg, Marcel Oms, Rémy Pithon, Laurent Véray, etc. Les relations entre histoire/société/culture et les images en mouvement sont bien évidemment explorées par de nombreux spécialistes du cinéma et de l’audiovisuel. Bien que les approches soient diverses (historique,gender studies,visual studies, etc.), toutes donnent une certaine importance au contexte historique et social et toutes ont recours aux archives. 6 Il est d’ailleurs l’auteur de trois articles publiés en 1961 dansL’histoire et ses méthodes :Moyens récents de diffusion. Témoignages enregistrés:Georges Sadoul, « Photographie et cinématographie » pp. 771780 ; « Cinémathèque et photothèques » pp. 11671177 ; et « Témoignages photographiques et cinématographiques » pp. 13901410, L’Histoire et ses méthodes, Paris, Encyclopédie de la Pléiade, 1961. 7 Marc Ferro,Analyse de film, analyse de sociétés, Paris, Hachette, 1976. 8 Pierre Sorlin,Sociologie du cinéma: ouverture pour l’histoire de demain, Paris, Aubier, 1977. 9 Marc Ferro, « Le film, une contreanalyse de la société ? »Annales E.S.C., 1973 repris dansCinéma et Histoire, Paris, Gallimard, 1993, p. 39. 10 Pierre Sorlin et François Garçon, «L’historien et les archives filmiques»,Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, t. XXVIII, avriljuin 1981, p. 344.
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Giusy Pisano
En revanche, ce qui apparaît plus récemment est l’intérêt que l’esthétique porte à l’«étrange trinôme» :archives visuelles, création, Histoire. Cet ouvrage en témoigne, d’où son titreL’Archiveforme : 11 Création, Mémoire, Histoire. Comment expliquer ce rapprochement – impensable il y a quelques années, du moins en France – entre démarches esthétiques, historiques et sociologiques? D’une part, le remploi des archives est devenu l’une des formes de création parmi les plus actuelles. Et d’autre 12 part, le développement des approches génétiques des œuvresprenant appui sur des éléments «extérieurs »(les différentes versions du scénario, les étapes de l’écriture d’une partition, la réception critique, les affiches, les photos de plateau, la correspondance, etc.) a sans doute favorisé l’attention portée aux archives audiovisuelles, notamment celles affectives. La nécessité de renouveler les théories au tournant du e XX siècle n’est sans douteas étrangère à ce retour massif aux archives. Tel est le cas du Projet international de coopération e scientifique (PICS) «Les technologies sonores et le théâtre (XIXe XXI siècles)» – projet associant entre 2008 et 2012 l’équipe d’ARIAS/CNRS et l’équipe du CRI (Centre de recherche sur l’intermédialité) de Montréal qui a proposé une nouvelle histoire du théâtre à partir d’un élément presque totalement négligé par la théorie : la dimension sonore. Ce projet a nécessité le recours aux archives sonores de la Bibliothèque nationale de France, de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, de la ComédieFrançaise et de l’Institut national de l’audiovisuel. Le programmeLa mise en scène théâtrale et les formes sonores et visuelles: emprunts esthétiques et techniques, à l’initiative du centre de recherche Littératures, Savoirs et Arts (LISAA, EA4120) de l’Université ParisEst MarnelaVallée – en collaboration avec le CRI de l’Université de Montréal et avec la participation de nombreux chercheurs français spécialistes du théâtre, du cinéma et de la musique – a proposé l’étude des relations esthétiques et techniques entre
11 Précisons, cependant, que l’archive audiovisuelle, plus que celle écrite, se prête peu aux catégorisations étroites, par conséquent certaines études traversent les divers chapitres. Ainsi l’archivematériau, à la base de tel ou tel autre exemple filmique, peut être aussi considérée comme une archivesource et, d’une certaine manière, il faudrait considérer toutes les archives inhérentes aux formes artistiques comme des archives symptômes, des archives affectives. 12 Almuth Grésillon,La mise en œuvre. Itinéraires génétiques, Paris, CNRS Éditions, 2008,mener à bien la démonstration, il faudrait réunir« Pourp. 264 :tousles documents concernés, autant les manuscrits qui témoignent de la genèse textuelle que les manuscrits de mise en scène, mais aussi les corresondances et autres témoignages rendant compte de l’ensemble de la genèse de l’œuvre ».
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