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L'Autre en images

De
205 pages
A l'heure où les mots "respect" et "tolérance" sont sur toutes les lèvres, il nous a paru nécessaire de nous interroger sur les clichés identitaires qui conditionnent notre rapport aux autres. Que peuvent avoir en commun, par exemple, les analyses du Journal Télévisé de France 2 et des films de Youssef Chahine ? Le débat sur Maastricht et les photographies d'hystériques à la Salpêtrière ? Les formes d'altérité ici posées bénéficient d'approches croisées permettant de cerner au mieux les idées reçues diffusées par les images.
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L'Autre en images
Idées reçues et stéréotypes

2005 ISBN: 2-7475-8035-0 EAN : 9782747580359

@ L'Hannattan,

Collection Champs Visuels Sous la direction de Pierre-Jean Benghazi, Raphaëlle Moine, Bruno Pequignot, Guillaume Soulez

L'Autre en images
Idées reçues et stéréotypes

Cet ouvrage a été réalisé dans le cadre du GRRAAL (Groupe de Réflexion sur les Représentations de l'Autre, de l'Ailleurs du Lointain), dirigé par Delphine Robic-Diaz

et

Ouvrage coordonné par Élodie Dulac et Delphine Robic-Diaz

Comité de rédaction,' Aurélie Aubert, Laurent Béru, Élodie Dulac, Delphine Robic-Diaz.

L'Harmattan

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage doit beaucoup aux conseils avisés de Monsieur Roger Odin, professeur de Cinéma à l'Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, qu'il en soit ici remercié. L'origine du GRRAAL et des recherches qu'il mène sur les représentations de l'Autre et de l'Ailleurs se trouve dans le cours donné jusqu'en 2001 par Madame Hélène Puiseux à l'EPHE, nous profitons du présent volume pour lui exprimer toute notre reconnaIssance. À nos directeurs de recherche, Mesdames Murielle Gagnebin, Michèle Lagny, Sylvie Lindeperg, Laurence Schifano et Messieurs Philippe Dubois, Michel Marie, Michael Palmer, Francis Ramirez nous tenons à manifester notre gratitude pour leur soutien tant intellectuel que moral. Enfin, merci à Guillaume compréhension. Soulez pour sa patience et sa

PRÉFACE

L'autre regard(e) Guillaume Soulez

Devant la floraison d'ouvrages trop généraux sur «les médias» et leurs supposés «discours» ou de monographies trop auteuristes sur un cinéaste et son seul univers, on ne peut que se réjouir du projet de ce groupe d'« étudiants-chercheurs », en cinéma & audiovisuel et en information-communication, d'aborder leurs différents objets propres autour d'un véritable « problème» commun, la question de la présence et de la représentation de l'autre dans les images, les films, les documents audiovisuels. Dans son introduction, Delphine Robic-Diaz présente clairement trois modalités possibles du rapport à l'autre - affrontement,

complémentarité, dédoublement

-

abordées par les différents

articles de ce recueil, ce qui, sans nier leur multiplicité et leur diversité, montre que les questionnements traversent précisément la variété des problématiques et des objets de recherche. Ainsi, par exemple, une étude qui relève de l'analyse filmique et des rapports entre cinéma et Histoire (Sonia Bruneau) et une enquête sur la

réception de journaux télévisés avec l'aide des outils des cultural
studies anglaises (Aurélie Aubert), ou dit autrement, une analyse de la difficulté à figurer l'ouvrier dans les Ciné-Tracts de Mai 68 et une analyse des réactions de téléspectateurs à la couverture

télévisuelle de la crise ivomenne (envoyées au Médiateur de l'information de France 2), ont plus à voir en effet l'une avec l'autre qu'on ne pourrait le croire a priori. Le premier « dédoublement» qu'abordent ces deux études n'est-il pas d'abord celui du chercheur qui « se met dans la peau» du destinataire de ces films ou de ces reportages pour pouvoir comprendre ce que signifie être un militant en 68, ou ce que signifie être choqué aujourd'hui par telle représentation de la Côte d'Ivoire au journal télévisé? Et l'on pourrait de même associer les autres études rassemblées ici autour d'autres questions communes liées à I' altérité. Sans doute l'intérêt d'un tel recueil est-il ainsi, au-delà des analyses spécifiques qui le composent, d'aborder souvent de front ce qu'on pourrait appeler « l'autre regard », c'est-à-dire l'idée que ce que je vois - image, film, document - est vu, regardé par un autre, mais surtout autrement par un autre, pour paraphraser le titre de David Faroult, qui s'intéresse à la façon dont un groupe de Cinéthique a cherché à restituer le point de vue d'handicapés sur le monde que nous avons en partage malgré la différence de nos regards sur lui. Il y a là un effort à produire, tant pour le cinéaste, le journaliste, le spectateur que le chercheur, devant la force apparemment assertive des images que nous n'imaginons pas pouvoir être vues autrement, force qui n'est autre que la force de notre propre regard sur elles, c'est-à-dire encore l'attachement que nous avons pour notre propre regard. Comme le montre bien la première partie du recueil, cet attachement à notre regard est à son tour producteur d'images, les types et stéréotypes, dont la fonction n'est pas seulement de produire une image, parmi d'autres possibles, qui corresponde à notre regard (sur une chose, un événement) mais d'imposer cette image précisément pour éviter le regard de l'autre, en faisant en sorte de nier les autres images qu'il pourrait produire de la même chose. Présent dans l'argumentation verbale, comme le souligne Laurent Béru à propos de la présentation du débat sur le Traité de Maastricht par trois journaux qui votaient « oui », ce processus de réduction de l'altérité en régime visuel- en l'occurrence du corps et du visage - en œuvre dans la stéréotypie est bien mis au jour par le travail de Sylvie 10

Hepp-Hauteville sur les photographies de Bertillon et Charcot qui tentent, selon deux modalités inverses, l'une déterminée par le tableau, l'autre par le détail, de « cerner [l'] inquiétante altérité» des marginaux, en un processus qui fait de ces photos le « négatif du portrait bourgeois» (selon les termes de Christian Phéline), alors en plein développement, peut-on dire pour filer la métaphore. Comme en miroir, on observe également dans l'étude de Delphine Robic-Diaz comment un film nostalgique comme Indochine se réalimente en clichés visuels colonialistes, produisant un double discours qui naît du décalage entre bande image et bande son, et, à l'inverse, comment un comique visuel burlesque permet de déconstruire les stéréotypes du corps franquiste dans le film La Vaquilla. La puissance corrosive du rire focalisée sur le corps en représentation se retrouve aussi dans la minutieuse analyse d'Elodie Dulac qui confronte la statuaire visuelle du Führer dans Le Triomphe de la Volonté et sa destruction dans Le Dictateur. Faire voir sous le corps franquiste un corps nu d'homme, identique dans sa nudité au corps d'un Républicain, ou sous le Dictateur le barbier juif, etc. c'est utiliser une médiation, celle du corps de l'acteur. En ce sens, les études ici réunies analysent aussi des processus d' altérisation des images qui visent à produire une alternative pour les regards à travers de telles médiations, tel « la place» - et non le « rôle» - des personnages de Français dans les films de Youssef Chahine, analysés par Ramla Kronfol Chourbaji, puisque le cinéaste cherche à introduire une autre figure de l'Occidental pour mieux engager la critique interne du regard égyptien sur l'Occident et sa propre culture. C'est aussi à restituer le regard de l'autre que s'efforce précisément le bien nommé Médiateur de l'information de France 2, lors de son émission hebdomadaire, en permettant la vision à nouveaux frais de reportages que nous avons sans doute déjà vus mais que nous sommes invités à revoir avec les yeux des téléspectateurs choqués ou critiques qu'il invite sur son plateau, donnant en quelque sorte voix au regard. La réversibilité des images - via un acteur, un personnage, la distance historique ou la voix du regard - apparaît ainsi comme une piste féconde pour poursuivre l'enquête sur images et altérité. 11

Comme on l'a souvent remarqué à propos de l'anthropologie ou des études de réception, la démarche des sciences humaines et des sciences sociales en fait parfois de véritables «sciences de l'autre» et c'est bien dans cette perspective altruiste que se situe l'ouvrage que le lecteur a dans les mains. Signe des temps, l'analyse porte beaucoup plus sur la critique des «images uniques» (comme on parlait de « pensée unique» à une époque) et de leur dynamique réductrice, de leur puissance d'orientation du regard dans une seule direction, ainsi que sur les moyens d'y remédier, sur les médiations qui font surgir l'invisible dans le visible, le non-vu dans le vu, l'autre regard sur la même image, etc., que sur la présence de l'autre dans mon propre discours ou dans mon propre regard. Faiblesse actuelle du paradigme psychanalytique?, l'époque actuelle semble délaisser le troublant «je est un autre» au profit du seul alter ego, qu'il soit altruiste ou « différentialiste ». À moins justement qu'il ne s'agisse là de la principale victoire du «communautarisme» qui, en parvenant à imposer sur la scène sociale et culturelle ce règne relativiste des alter ego, a réduit à néant notre altérité propre au profit d'une simple « identité », qui sous les apparences du singulier nous réduit au même. Le contexte actuel de « guerre des identités» nous rend plus vif encore le débat entre Levinas et Derrida: quelle est la meilleure voie, à la fois éthique et scientifique, pour prendre en compte l'altérité de l'autre? Faut-il, à l'instar de Levinas, penser l'autre comme radicalement autre plutôt que comme alter ego, afin d'éviter la réduction d'autrui à un autre moi-même? Ou, penser au contraire l'autre comme alter ego, mais en un sens plus « grammatical» que psychologique, c'est-à-dire, comme le défend Derrida, comme un autre sujet, y compris un sujet de discours, c'est-à-dire pourrait-on ajouter ici, non pas seulement comme un visage mais comme un regard? L'autre n'est pas seulement ce que je regarde: l'autre regarde aussi. Ce serait, en ce sens, le moyen de faire une place à l'autre en moi-même, non pas par simple altruisme, mais parce que je suis moi-même divisé en plusieurs regards (sur autrui, sur moi-même, sur les images que nous échangeons ou refusons d'échanger). Ce n'est pas seulement faire une place aux autres images possibles d'une chose ou d'un 12

événement, ou au regard de l'autre tout en conservant « le mien », mais au contraire interroger l'altérité de mon propre regard: mon regard est aussi autre pour un autre. Si la réversibilité des images est possible, si les médiations parviennent à fonctionner autour des images, c'est qu'il existe, pour reprendre le mot de Bakhtine, un dialogisme des regards, une fondation de tout regard dans un regard de l'autre.

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ÉDITORIAL

Connaître l'Autre revient à se connaître soi-même et s'affirmer en tant qu'individu. Ainsi, dans un seul mouvement, l'Autre est tout à la fois mis à distance et relié au Même. Il s'agit ici de l'Autre collectif, celui auquel on pense par le biais d'un ensemble. Pour comprendre qui est cet Autre, il faut se l'approprier, le simplifier jusqu'à ce que sa complexité s'adapte au cadre étroit d'une idée. En sériant le réel à partir d'une typologie de la généralisation, nous nous donnons l'illusion de maîtriser l'infini qui nous entoure. Les idées reçues conditionnent notre rapport au monde, à l'Autre, à nous-mêmes et réciproquement. À travers l'étude de l'image stéréotypée de l'Autre véhiculée par les médias, notre objet est de poser un paradoxe propre à la nature humaine: le besoin de construire son identité en l'affirmant face à certaines formes d'altérités et l'envie de participer à la revalorisation de l'Autre en refusant de le penser selon des idées reçues. L'Autre est le plus souvent un être extérieur à une communauté donnée, il est « l'étranger ». Les idées reçues nationales établissent une barrière entre réalité et regard sur l'Autre et s'enracinent dans un système figé. Dès lors, seule une prise de conscience du stéréotype permet à l'émetteur de le détourner ou le rejeter. La mise en relation de l'Autre avec le Même s'effectue toujours sur le mode de la confrontation, laquelle peut prendre trois formes principales selon le degré d'éloignement ou de proximité

entre les deux sujets: dédoublement.

l'affrontement,

la complémentarité,

le

Les neuf textes qui suivent s'efforcent d'illustrer ces trois grands moments de la relation entre l'Autre et le Même dont le premier temps semble bien être la rivalité, l'hostilité qui exacerbe les opinions et réduit le rapport entre nations étrangères à l'expression d'un conflit plus ou moins larvé et à la stigmatisation forcément caricaturale de l'ennemi contre lequel il faut se défendre. Ainsi, la récurrence de figures malfaisantes, malveillantes et même criminelles comme incarnations de l'altérité est-elle remarquable d'un point de vue national (le mythe du « péril jaune» et ses réminiscences dans Indochine de Régis Wargnier), international (la presse française s'exprimant sur l'opinion publique étrangère et les motivations de refus du Traité de Maastricht) et enfin transnational (la réversibilité du mythe de Hitler entre Le Triomphe de la Volonté et Le Dictateur). Mais si l'altérité est différence, elle peut également être complémentarité. De fait, là où dans un premier mouvement il y avait mise à distance et diabolisation, dans un deuxième temps nous observons des tentatives de rapprochement: par l'intégration (les Français participant à la définition d'une identité égyptienne dans les films de Youssef Chahine) mais aussi l'acceptation de l'Autre dans toute l'étendue de sa différence sans volonté d'assimilation (l'exemple du traitement des handicapés par le groupe Cinéthique) et enfin un dispositif parallèle de dépossession et d'appropriation des spécificités individuelles (typologie des marginaux par le portrait photographique). À cette fusion de l'Autre et du Même répond un processus de dédoublement. Au sein d'un même groupe apparaît soudain l'identité étrange d'un véritable alter ego. Qu'il s'agisse de l'altérité étouffée des Républicains sous le franquisme, parvenus à prendre la parole au temps du consensus national, ou à l'inverse, de la tentative, par les cinéastes insurgés de Mai 68, de parler au nom des classes ouvrière et étudiante. En défmitive, antipathie, sympathie ou empathie régissent les rapports d'un groupe culturel donné à l'Autre. Ainsi, les téléspectateurs du Journal Télévisé de 16

France 2 critiquent-ils l'information qui leur parvient et plaident-ils pour que soit préservée leur identité dans le respect de celle d'autrui. À l'heure où les médias discourent de plus en plus souvent autour de la notion de communautarisme, il est à notre avis important de participer au débat. Ainsi, soumettons-nous au lecteur le moyen d'initier une réflexion sur l'image en tant que biais de communication et de connaissance et donc de vecteur d'une communication et d'une connaissance biaisées. La mise en image de l'Autre, de sa différence, de son étrangeté, équivaut à une mise en scène (redoublée par l'élément sonore). Apprendre à décrypter, décoder l'expression d'une communauté comme un point de vue forcément partiel et supposément partial est sans doute, à l'aube du XXIèmesiècle, la clef d'une cohabitation apaisée entre les groupes sociaux, économiques, culturels, etc. Mais la seule prise de conscience de l'existence des stéréotypes conditionnant notre rapport aux autres, n'équivaut ni à leur condamnation comme mode réducteur d'entendement de la diversité du vivant, ni à leur éradication. Bien au contraire, une fois dénoncés, ils sont simplement détournés. Il s'agit donc pour les membres du GRRAAL (Groupe de Réflexion sur les Représentations de l'Autre, de l'Ailleurs et du Lointain), en tant que collectif d'étudiants-chercheurs, de mettre à disposition les premières conclusions de leurs travaux pour tenter de sensibiliser le lecteur sur sa position de récepteur d'images. Charge à lui de ne pas se contenter de consommer et assimiler les productions médiatiques qui lui sont proposées mais véritablement d'éduquer son regard pour mieux les interroger.

Le comité de rédaction.

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LOGIQUE D'AFFRONTEMENT