L'École de Francfort et la critique de la modernité

De
Publié par

Réalité autonome et fait social, l'œuvre d'art est le produit de la société sans être une copie, traduisant l'ordre établi. Entité utopique l'œuvre d'art est l'antidote au désenchantement du monde. Comme tel, elle est promesse de liberté et de bonheur authentiques dans un univers de production-reproduction, soumis au principe du rendement. Et dans un monde pris par les rets d'une mondialisation technocapitaliste et totalitaire, il est impérieux de penser, avec l'école de Francfort, le caractère subversif et utopique de l'art si l'on veut endiguer les avatars de la modernité.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782336377070
Nombre de pages : 138
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

L’éCOLE DE FRANCFORT Doh Ludovic Fié
ET LA CRITIQUE DE LA MODERNITé
Le paradoxe de l’œuvre d’art
Réalité autonome et fait social par excellence, l’œuvre d’art est le produit de
la société sans pour autant en être une pure copie, traduisant l’ordre établi.
Entité utopique, l’œuvre d’art est l’antidote au désenchantement généralisé
du monde, efet induit de la modernité. Comme tel, elle est promesse
de liberté et de bonheur authentiques dans un univers de
productionreproduction, soumis au principe du rendement. Et, dans un monde
pris par les rets d’une mondialisation technocapitaliste et totalitaire, où
l’identité individuelle n’est qu’un simple mot, il est impérieux de penser, L’éCOLE DE FRANCFORTavec les théoriciens de l’école de Francfort, le caractère subversif et utopique
de l’art si l’on veut endiguer les avatars de la modernité.
ET LA CRITIQUE DE LA MODERNITé
Le paradoxe de l’œuvre d’art
Doh Ludovic Fié, ancien élève de l’École normale supérieure d’Abidjan,
est professeur à l’Université Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire). Actuel
directeur du département de philosophie, et directeur de publication de la
revue Perspectives philosophiques, il a déjà publié Musiques populaires
urbaines et stratégies du refus en Côte d’Ivoire (Edilivre, 2012).
ISBN : 978-2-343-06158-0
Série Esthétique14 e
o p o p
soopqqleseroeoreruulreep
L’éCOLE DE FRANCFORT
Doh Ludovic Fié
ET LA CRITIQUE DE LA MODERNITé
hihi uvtu hihi uvtu









L’ÉCOLE DE FRANCFORT
ET LA CRITIQUE DE LA MODERNITÉ
Le paradoxe de l’œuvre d’art





Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
et Bruno Péquignot

Série Esthétique

La série Esthétique publie des ouvrages qui traitent de l’art,
de sa production et de sa réception, ainsi que de diverses
questions esthétiques (goût, valeurs, etc.), d’un point de vue
principalement philosophique. Des livres de théorie de l’art
(cinéma, littérature, peinture, etc.) et de la culture ayant une
portée générale ou philosophique peuvent être également
pris en considération.

Dernières parutions

Sous la direction de Dominique BERTHET, Une esthétique du
trouble, 2015.
Frédéric MONTÉGU, Image et abstraction dans l’œuvre de
Mark Rothko. Tome 2 : Réhabilitation de l’œuvre entière, 2014. NTÉGU, Im
Mark Rothko. Tome 1 : Période dite de la maturité, 2014.
Jean VION-DURY et Christian XERRI (dir.), Plaisir esthétique
dans les arts, 2014.
Francesca CARUANA (dir.), Ecritures et inscriptions de
l’oeuvre d’art, 2014.
Sous la direction de Dominique BERTHET, L’insolite dans
l’art, 2013.
Sous la direction de Bernard GUELTON, Images & récits,
La fiction à l’épreuve de l’intermédialité, 2013.
David BRUNEL, La Photographie comme métaphore
d’ellemême. Corps et visage de l’image photonique, 2012.
Sous la direction de Miguel EGAÑA, Figures de l’artiste,
2012.
Gisèle GRAMMARE, La Maison de l’Armateur. Hôtel
Thibault, 2012.
Dominique BERTHET (dir.), L’imprévisible dans l’art, 2012.

Doh Ludovic Fié











L’ÉCOLE DE FRANCFORT
ET LA CRITIQUE DE LA MODERNITÉ
Le paradoxe de l’œuvre d’art






































































































Du même auteur

Musiques populaires urbaines
et stratégies du refus en Côte d’Ivoire,
Paris, Edilivre, 2012.






















































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06158-0
EAN : 9782343061580

Sommaire

Avant-propos ...................................................................... 9

Introduction ...................................................................... 11


Première partie : Œuvre d’art et société : entre
autonomie et hétéronomie ............................................. 17

Chapitre I – Platon et Aristote ......................................... 19
Chapitre II – Schopenhauer et Nietzsche ......................... 41
Chapitre III – Marx et les marxistes ................................ 55


Deuxième partie : Modernité et crise de l’histoire :
cadre d’émergence de la théorie esthétique
à l’école de Francfort ..................................................... 67

Chapitre IV – Dialectique de la domination et déréliction
de l’histoire : le pessimisme francfortois ......................... 69
Chapitre V – Culture affirmative et désenchantement
de l’art .............................................................................. 77
Chapitre VI – Adorno et la critique
de la musique populaire ................................................... 87


Troisième partie : Problématique de la liberté
et du bonheur .................................................................. 95

Chapitre VII – Une affinité complexe ............................. 97
Chapitre VIII – Liberté ou l’enjeu d’un paradoxe ......... 101
Chapitre IX – Art et promesse de bonheur .................... 111

7

Conclusion ..................................................................... 117

Bibliographie .................................................................. 119



8


Avant-propos

Réalité autonome et fait social par excellence, l’œuvre
d’art est le produit de la société sans pour autant en être
une pure copie, servante de la réalité. Elle est, en effet, la
production réflexive d’une société antagonique. Cette
nature paradoxale fait de l’œuvre d’art une entité utopique et
un antidote au désenchantement généralisé du monde,
effet induit de la modernité. Telle est la conception
francfortoise de l’œuvre d’art, fond discursif de ce livre.
Mais, si les réflexions sur le rapport de l’art à la société
menées par les philosophes de l’École de Francfort, dans
les années 60, sont justifiées pour leur temps, ne
versonsnous pas dans la provocation en invoquant, dans un
univers des Techniques de l’information et de la
communication, du numérique, où les nouvelles techniques de
production et de reproduction sont partie intégrante de la création
artistique, une théorie esthétique qui entretient un rapport
controversé à la technique ? L’approche francfortoise bien
que d’aujourd’hui, est-elle contemporaine ? N’est-elle pas
désuète ? Ces interrogations, au-delà de leur caractère
apparemment rhétorique, mettent en évidence la
problématique d’une théorie qui puisse s’adapter aux nouvelles
formes d’art méconnues ou ignorées de la théorie dite
spéculative de l’art dont la Théorie critique est tributaire.
Aussi, s’il est vrai, en effet, que de nouvelles
approches, notamment les perspectives analytique et
herméneutique permettent d’ouvrir l’horizon de l’art, si elles se
présentent comme un dépassement de la théorie
spéculative de l’art, est-ce pour autant qu’il faut dire de la «
Théo9

1rie esthétique » qu’elle est obsolète ? Doit-on rompre,
selon le vœu de Jean-Marie Schaeffer, avec les diverses
théories qui se sont succédé depuis Kant, et s’intéresser en
priorité voire uniquement aux conduites qui lient la
subjectivité aux multiples formes d’expression artistique non
limitées aux seuls arts canoniques ? Si la théorie
esthétique telle que synthétisée par Adorno et l’École de
Francfort est jugée normative et exclusive, les philosophies
analytique et herméneutique de l’art, bien que déroutantes par
leurs approches différenciées, ne sont pas à l’abri de toute
critique, car dans un univers pris dans les rets d’une
mondialisation technocapitaliste totalitaire, l’on ne peut se
confier à des esthétiques purement explicatives. Notre monde
est dans une phase agonistique. Face au péril, l’on ne peut
se contenter d’une activité artistique purement descriptive
ou explicative, sinon, l’on se rend complice de la perte de
l’homme. C’est pourquoi, il faut allier la critique à la
clinique, condition nécessaire de l’apparition, même en
filigrane d’un monde nouveau, plus libre et plus heureux.
C’est bien cette option qui est prise par l’École de
Francfort, car notre société contemporaine et actuelle continue
de subir les avatars de la modernité : la réification,
l’inauthenticité, l’uniformisation, la massification des êtres
humains et de la pensée. Dans un tel monde, l’œuvre d’art,
de par sa nature, à la fois critique et utopique, peut aider
l’individu à retrouver une existence authentique. Relire la
théorie esthétique, telle que pensée par les Francfortois,
relève d’une impérieuse nécessité.


1 Sans exclure les nuances avec Benjamin ou Marcuse, nous faisons
allusion à la Théorie esthétique d’Adorno comme œuvre
représentative de la pensée de l’art à l’École de Francfort.
10


Introduction

À parler de modernité, l’on se heurte immédiatement à
l’écueil d’une définition unique du concept. Sujette à
moult acceptions, la modernité est parfois désignée, selon
Alexis Nouss, comme « un ensemble de paradigmes dont
tel ou tel assemblage sera accentué selon la période où elle
2s’incarne ». Dans cette perspective, elle rayonne telle une
succession changeante de constellations. L’idée est que la
modernité apparaît toujours en contraste avec son passé,
antagonisme indispensable à sa conception dans des
périodes de mutation et de bouleversement. Ce changement
doit être qualitatif, au sens où il est porteur d’un
paradigme nouveau et non simplement d’un nouveau
paradigme. Dans cette perspective, comme dit Adorno, à
propos de la critique esthétique, « la modernité est une
catégorie qualitative et non chronologique ». La modernité, est
pour ainsi dire, une relation de rupture ou de continuité, à
un passé qui sert de repère. Saisie à partir d’une datation
historiographique, elle est située après le Moyen Âge.
Mais, comme le souligne Alexis Nouss, les historiens des
idées « choisissent volontiers 1789 comme date
inaugurale, modernité non plus événementielle mais état d’esprit
(…) 1789 parce que la Révolution française, les Lumières,
les Droits de l’Homme, bref, une nouvelle définition de
l’homme, en rupture radicale avec radicale avec celles qui
3ont précédé et qui continueraient de nous éclairer » .
Comme rupture, celle-ci apporte une lumière nouvelle

2 Alexis Nouss, La Modernité, Paris, PUF, 1995, collection Que
saisje ? N° 2923, p. 6.
3 Alexis Nouss, op. cit., p. 22.
11

censée sortir l’homme de la minorité, de l’existence
tutélaire, de l’emprise de forces aliénantes et dominatrices ; un
but manqué selon les philosophes de l’École de Francfort.
Aussi, la modernité, telle que présentée et critiquée par
les Francfortois, est-elle caractérisée par le développement
de la rationalité et des dérives de la société industrielle
technocratique. Ici le monde comme dit, Jean-Paul
Resweber, « confirme nos attentes, mais les déçoit et, ce
faisant, les ravive. Tel est sans doute le sens de la modernité :
produire sans cesse de la nouveauté, c’est-à-dire des
objets, à la fois familiers et étranges, attendus, mais aussi
insoupçonnés et inédits ; consentir à épouser
4l’intentionnalité aventureuse de l’imaginaire » . Avec cette
modernité, les valeurs de liberté, d’émancipation, de
bonheur prônées par le siècle des Lumières se sont fondues
pour ne devenir que de simples mots. La raison qui devrait
éclairer, désormais alliée de la techno-science, elle-même
au service du capitalisme triomphant et de la barbarie,
s’est retournée en son contraire, c’est-à-dire productrice de
régimes totalitaires. C’est certainement pourquoi, à
l’image de la première génération, celle des pères
fondateurs que sont Horkheimer, Adorno, Marcuse et Benjamin,
Habermas, tout en récusant les critiques radicales de la
modernité de Horkheimer et Adorno, fondant son
approche sur le paradigme irénique de la discussion, écrit :
« La modernité : un projet inachevé ». Cette approche est
partagée bien que de façon différenciée, par Axel Honneth
quand il perçoit la modernité comme un processus de
rationalisation incomplet. Ainsi, le « sens commun » de la
modernité à l’École de Francfort, est bien celui d’une ra-

4 Jean-Paul Resweber, « Des lieux communs de la modernité » in Le
Portique, revue de philosophie et sciences humaines, n° 1 –
er1 semestre 1998, La modernité, p. 18.
12

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.