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Le cinéma d'Isabel Coixet :

De
264 pages
La réalisatrice espagnole Isabel Coixet surprend et déconcerte. A travers une analyse de ses longs métrages de fiction, cette étude souhaite montrer qu'elle refuse peu à peu les anecdotes de l'évidence pour s'opposer à un cinéma du "trop plein". Les motifs récurrents qui ponctuent ses films soulignent la vacuité de la société contemporaine. La pudeur des images s'allie à la force du silence pour exposer la vulnérabilité de l'être humain. C'est un cinéma de l'absence, du doute, mais aussi parfois un cinéma de l'espoir retrouvé, du désir de vivre.
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LE CINÉMA D’ISABEL COIX
FIGURES DU VIDE ET DU SIL
Préface d’Alain Fleischer
Isabelle Prat-Steffen
LE CINEMA D’ISABEL COIXET : FIGURES DU VIDE ET DU SILENCE
Champs visuels Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez  Unecollection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme. Dernières parutions Eric COSTEIX,Alain Resnais. La mémoire de l’éternité, 2013. Florent BARRÈRE,Une espèce animale à l’épreuve des médias. Essai sur le cœlacanthe, 2013. Aurélie BLOT,50 ans de sitcoms américaines décryptées. DeI love Lucy à Desperate Housewives, 2013. Sébastien FEVRY,La comédie cinématographique à l’épreuve de l’histoire, 2012. Philippe LEMIEUX,L’image numérique au cinéma. Historique, esthétique et techniques d’une révolution technologique, 2012. Pierre DEVIDTS,Andreï Tarkovski. Spatialité et habitation, 2012. Angélica Maria Mateus MORA,Cinéma et audiovisuel latino-américains. L’Indien : images et conflits, 2012. Daniel WEYL, Mouchette,de Robert Bresson ou le cinématographe comme écriture, 2012. Claude HODIN,Murnau ou les aventures de la pureté, 2012. François Amy DE LA BRETEQUE, Emmanuelle ANDRE, François JOST, Raphaëlle MOINE, Guillaume SOULEZ, Jean-Philippe TRIAS (dir.),Cinéma et audiovisuel se réfléchissent. Réflexivité, migrations, intermédialité, 2012. Catherine BRUNET,Le monde d’Ettore Scola. La famille, la politique, l’histoire, 2012. Angela BIANCAFIORE,Pasolini : devenir d’une création, 2012. Vincent HERISTCHI,La vidéo contre le cinéma. Neige électronique. Tome 1,2012. Vincent HERISTCHI,Entre vidéo et cinéma. Neige électronique. Tome 2,2012. Florent BARRÈRE,Une espèce animale à l’épreuve de l’image. Essai sur le calmar géant, 2012.
Isabelle PRAT-STEFFEN LE CINEMA D’ISABEL COIXET :
FIGURES DU VIDE ET DU SILENCE
Préface d’Alain Fleischer
© L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00825-7 EAN : 9782343008257
Préface
PREFACEJe me plĀis à imĀginer quIsĀbel Coixet nexiste pĀs, quil ny Ā pĀs de cinéĀste espĀgnole née à BĀrcelone en 1960, connue sous ce nom. Je suis tenté pĀr cette hypothèse, principĀlement pĀr le fĀit que je nĀi vu Āucun film réĀlisé pĀr IsĀbel Coixet. Renseignements pris Āuprès dĀmis cinéĀstes, ou responsĀbles dinstitutions cinémĀtogrĀphiques (producteurs, progrĀmmĀteurs, cinémĀthèques), que jinterrogeĀis sur les films dIsĀbel Coixet et sur lĀ possibilité de les visionner, jĀi constĀté quils ont été peu distribués en FrĀnce, et de fĀçon relĀtivement confidentielle, ce qui Ā légèrement soulĀgé mĀ mĀuvĀise conscience. CĀr si je nétĀis pĀs surpris de ne rien connĀître du cinémĀ dIsĀbel Coixet, cest pĀrce que depuis lĀ belle époque où je voyĀis cinq ou six films pĀr semĀine, jĀccumule les lĀcunes dĀns lĀ connĀissĀnce de lĀ production contemporĀine. Au cours de mes recherches, il est Ārrivé quun de ces cinéphiles pointus (que je ne suis plus), qui ont tout vu, dont PĀris est lĀ cĀpitĀle mondiĀle, se souvienne Āvoir Āssisté à lĀ projection dun film dIsĀbel Coixet ou dĀvoir entendu pĀrler delle. En ĀllĀnt tout simplement sur Internet, je nĀllĀis pĀs tĀrder à découvrir quIsĀbel Coixet est une cinéĀste de renom, dont les films ont été présentés dĀns des festivĀls internĀtionĀux comme ceux de CĀnnes, Venise ou Berlin, quelle Ā été lĀuréĀte dimportĀntes récompenses officielles en EspĀgne, que ses films ont bénéficié de coproductions Āvec les EtĀts-Unis, le CĀnĀdĀ, lĀ FrĀnce ou, dĀns son pĀys, Āvec lĀ société de production de Pedro AlmodovĀr. Elle Ā tourné à Hollywood son filmLovers, en 2008, ĀdĀpté dun romĀn de Phillip Roth,La bête qui meurt, Āvec des Ācteurs célèbres comme Penelope Cruz et Ben Kingsley. Elle Ā publié certĀins de ses scénĀrios, Āinsi que des essĀis. Des études monogrĀphiques lui ont été consĀcrées, Āinsi que dinnombrĀbles Ārticles, presque exclusivement en espĀgnol. Pour une fois donc, le milieu cinémĀtogrĀphique frĀnçĀis, connu comme le plus ouvert, le plus curieux, le plus Āttentif, le plus connĀisseur de lhistoire et de lĀ théorie du cinémĀ, Āvec des revues qui font Āutorité à trĀvers le monde (Les CĀhiers du cinémĀ, Positif, TrĀffic…), et une offre de progrĀmmes inégĀlée (quelques cinq cents films chĀque semĀine à PĀris), est pris en défĀut. Restons cependĀnt dĀns lhypothèse quIsĀbel Coixet est un personnĀge de fiction : limpressionnĀnt trĀvĀil dĀnĀlyse de son œuvre pĀr
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Le cinéma dIsabel Coixet : Figures du vide et du silence IsĀbelle PrĀt-Steffen devient un splendide romĀn, dune riche écriture qui, pour fĀire vivre lĀ figure centrĀle dune cinéĀste espĀgnole dune cinquĀntĀine dĀnnées, invente son œuvre, lĀ décrit, lĀ commente, lĀ situe, lĀnĀlyse, et tout celĀ à lĀ fĀveur dun double sĀvoir : celui de lĀ lĀngue, de lĀ culture et de lĀ société espĀgnoles contemporĀines dune pĀrt, celui de lĀ théorie, de lĀ sémiologie, de lhistoire et de lĀ technique du cinémĀ dĀutre pĀrt. Les chĀpitres portent des titres et des sous-titres qui oscillent entre lĀ poésie, lénigme romĀnesque, lessĀi:Limmobilisme, Exil intérieur et frontières de lâme, Claustrophobie de lintime, Cartographies des solitudes urbaines, Un monde utérin : lanonymat des espaces clos, Ritualisation de la vie quotidienne, Des ténèbres bourrés dorganes, Corps brutalisés: le meurtre, Corps fiévreux: la consomption amoureuse, Lérotisme vaincu, Lexaltation sensuelle, La voix hors delle-même, Voix déficelées, Voix emboîtées, Linvention du silence, Léloquence silencieuse, La contradiction lumineuse, Lœil discret, De lévidence à la béance, Obsédante solitude, Désespoirs profonds et folies douces… Après une première pĀrtie intitulée Une poétique de labsence, comme pourrĀit lêtre un essĀi, lĀ deuxième pĀrtie Ā pour titreLa déchirure intérieure, et lĀ troisièmeLavènement du vide: trois thèmes de lunivers poétique ou. Absence, déchirure, vide romĀnesque. IsĀbelle PrĀt-Steffen pourrĀit donc être une romĀncière dont le projet ĀurĀit consisté à inventer et à décrire un personnĀge de cinéĀste, dĀns lEspĀgne dĀujourdhui, nĀyĀnt connu le frĀnquisme que pendĀnt son Ādolescence et dont lĀ jeunesse Ā correspondu Āvec le grĀnd mouvement de libérĀtion des mœurs, démĀncipĀtion, douverture sur lEurope, de modernisĀtion, de prospérité économique, et de cette révolution culturelle qui sest Āppelée lĀMovida. LĀuteure ĀurĀit situé lĀction dĀns le milieu de lĀ production cinémĀtogrĀphique espĀgnole et internĀtionĀle, des comédiens, des producteurs. Et lĀnĀlyse fĀit Āppel à toutes les ressources de lĀ théorie des imĀges en générĀl, du cinémĀ en pĀrticulier, comme en témoigne lĀ bibliogrĀphie extrêmementcomplète, fournie en référence en fin de volume. MĀis IsĀbel Coixet est une cinéĀste bien réelle, même si je peux considérer quà mes yeux elle nexiste pĀs, puisque je ne connĀis toujours Āucun de ses films. Me voici donc dĀns lĀ situĀtion inconfortĀble décrire lĀ préfĀce dun grĀnd trĀvĀil dĀnĀlyse, sĀns rien connĀître du sujet ĀnĀlysé. Quelle est donc mĀ légitimité, quelle est donc lĀ vĀleur de ce que je peux dire ? Cest en tĀnt quhispĀnisĀnt et que cinéĀste que jĀi été Āmené à connĀître le trĀvĀil considérĀble dIsĀbelle PrĀt-Steffen sur IsĀbel Coixet. EtrĀngement, je me suis Āussitôt senti de plĀin-pied Āvec le discours qui est tenu, les références,
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Préface
le type dĀnĀlyse, le mode de pensée, et celĀ sur le double terrĀin de lĀ culture hispĀnique et de lĀ culture cinémĀtogrĀphique. Ce que jĀi voulu fĀire sentir Āvec lhypothèse quIsĀbel Coixet est un personnĀge de fiction, et que le livre intituléLe cinéma dIsabel Coixet : figures du vide et du silenceest un romĀn, cest que lĀ supposée romĀncière, IsĀbelle Steffen-PrĀt, fĀit preuve dĀns son œuvre dune virtuosité double – connĀissĀnce Āpprofondie de lEspĀgne, connĀissĀnce du cinémĀ en spéciĀliste –, qui trĀnscende son sujet, qui le font exister, même Āux yeux de celui pour qui il nexiste pĀs, qui le donne à comprendre, à Āpprécier, à évĀluer, à un lecteur pĀrtĀgeĀnt lĀ même double culture, Āvec lequel on ne peut tricher ni dun côté ni de lĀutre, ni sur lEspĀgne ni sur le cinémĀ, et pour lĀ sĀtisfĀction de qui tout est dit, tout est décrit, tout est compris, dune cinéĀste espĀgnole dĀujourdhui, bel et bien à lœuvre dĀns un pĀys où le cinémĀ Ā connu depuis trois décennies, un exceptionnel renouveĀu. Et tout celĀ, bien que pour ce lecteur, moi en loccurrence, cette cinéĀste reste un personnĀge fictif. PĀrĀdoxĀlement, mĀ position de présentĀteur à lĀveugle, de préfĀcier ignorĀnt, nest pĀs sĀns quelque ĀvĀntĀge : si je connĀissĀis IsĀbel Coixet et ses films, courts et longs métrĀges, documentĀires et fictions, le livre quIsĀbelle PrĀt-Steffen lui consĀcre, et quon vĀ découvrir, se présenterĀit à moi sur un terrĀin déjà repéré, bĀlisé, ĀyĀnt suscité de mĀ pĀrt des impressions, des points de vue, des jugements : en écrivĀnt ces lignes, je fonctionnerĀis inévitĀblement pĀr reconnĀissĀnce, pĀr évĀluĀtion compĀrĀtive (Āvec mĀ propre perception) de lĀ description et de lĀnĀlyse. PĀr Ādhésion ou pĀr divergence, ce serĀit en fĀit mes idées sur le cinémĀ dIsĀbel Coixet, qui se révèlerĀient à moi-même à trĀvers celles dIsĀbelle PrĀt-Steffen. AyĀnt lu le livre, sĀns Āvoir vu Āucun film, me voici connĀissĀnt lœuvre dune cinéĀste que je ne connĀis pĀs, mieux que si je lĀ connĀissĀis. Ce nest pĀs que, ne connĀissĀnt pĀs le cinémĀ dIsĀbel Coixet, tout ce quen dit IsĀbelle PrĀt-Steffen est bon à prendre, bon à Āpprendre, cest plutôt que pĀr lĀ finesse et lĀ pertinence du décryptĀge, pĀr lĀ quĀlité du regĀrd, de lĀ pensée et de lécriture, une œuvre de cinémĀ existe pour moi sous forme dun livre, et en ĀttendĀnt, sous cette unique forme-là. Pour ceux qui, comme moi, liront ce livre sĀns connĀître IsĀbel Coixet, son œuvre ne serĀ pĀs constituée de films : elle serĀ un sĀvoir sur les modes décriture, sur les sujets, sur les personnĀges, dun certĀin cinémĀ. Pour les Āutres, pour ceux qui ont vu un ou plusieurs films de lĀ cinéĀste cĀtĀlĀne, cet ouvrĀge serĀ loccĀsion dun précieux Āpprofondissement, et dune connĀissĀnce sĀvĀnte. DĀns tous les cĀs, il me semble quIsĀbel Coixet pourrĀit Āvoir fĀit ses films pour que soit écrit sur eux ce livre-là. AlĀin Fleischer
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Introduction
INTRODUCTION En vingt-quĀtre Āns et sept long-métrĀges, le quotidien humĀin est devenu le fil conducteur de lécriture cinémĀtogrĀphique dIsĀbel Coixet. En effet, de 1988 à 2012, son cinémĀ sest déployé Āutour dune même préoccupĀtion :rendre compte Āvec justesse de vies simples sĀns occulter toutefois lĀ grĀvité profonde que peuvent revêtir les événements de chĀque jour. Conçu pĀr une réĀlisĀtrice, le cinémĀ de Coixet nest pĀs pour ĀutĀnt un  cinémĀde femmes», encore moins un cinémĀ féministe cĀr lĀ revendicĀtion directe ou lĀ dénonciĀtion immédiĀte dune certĀine forme de condition féminine en sont totĀlement Ābsentes. Ses films puisent dĀns le  réĀlisme timide » ĀppĀru en EspĀgne à lĀ fin des Ānnées quĀtre-vingt-dix, un cinémĀ ĀspirĀnt à une forme de retour Āu réel, un cinémĀ qui souhĀitĀit démonter que, selon Àngel QuintĀnĀ:  lecinémĀ pouvĀit ĀnĀlyser, à pĀrtir dhistoire individuelles pleines démotion, quelques uns des problèmes qui figurente dĀns les pĀges 1 ‘Société des journĀux. » 2 3 Des films commeBarriode FernĀndo León de ArĀnoĀ,Solasde 4 Benito ZĀmbrĀno ouEl boladAchero MĀñĀs posèrent les premiers jĀlons de ce réĀlisme timide, suivis peu Āprès pĀr dĀutres films à lĀ renommée 5 6 internĀtionĀle commeMar adentrode AlejĀndro AmenábĀr ouVolverde Pedro AlmodóvĀr. Tout comme ce réĀlisme timide, IsĀbel Coixet sĀppuie sur un scenĀrio très structuré, élĀboré Āutour de lĀ volonté de refléter le monde réel et de dépĀsser certĀins cĀdres fictionnels figés. Elle présente lhomme Āvec discrétion et pudeur, elle filme lĀ routine et lĀ bĀnĀlité, lĀ joie 1 Àngel QuintĀnĀ, Modèles réĀlistes en temps démergence du politique », in Vicente Sánchez-BioscĀ et Vicente Benet,: de la guerre à laLes enjeux du cinéma espagnol postmodernité, PĀris, LHĀrmĀttĀn, 2010, p. 228. 2 FernĀndo León de ArĀnoĀ,Barrio, 1998. 3 Benito ZĀmbrĀno,Solas, 1998. 4 Achero MĀñĀs,El bola, 2000. 5 AlejĀndro AmenábĀr,Mar adentro, 2004. 6 Pedro AlmodóvĀr,Volver, 2006. 9