Le cinéma iranien

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Ce livre se propose d'analyser les influences étrangères qui se sont exercées sur le cinéma iranien, depuis ses débuts tardifs, à la veille du "parlant", jusqu'au déclenchement de la révolution islamiste. Il distingue les influences des cinémas des pays voisins (arabo-turcs et indiens), puis s'attarde sur celle du cinéma américain des années 50 et 60 et de la Nouvelle Vague française. L'auteur montre comment un cinéma "sous influences" a pu servir de terreau à l'éclosion d'un cinéma "national".
Publié le : dimanche 15 novembre 2015
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EAN13 : 9782336396330
Nombre de pages : 302
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Ce livre se propose d’analyser les infuences Javad ZeinyLe ca i étrangères qui se sont exercées sur le cinéma iranien,
depuis ses débuts tardifs, à la veille du « parlant », un cinéma national sous influences
jusqu’au déclenchement de la révolution islamique.
De 1900 à 1979 Cette périodisation apparaît pertinente, dans la
mesure où elle correspond au règne des Pahlavi,
marqué justement par une forte dépendance vis-à-vis des puissances occidentales
(d’abord la Grande-Bretagne puis les États-Unis). Cette dépendance se traduit aussi
dans le domaine culturel et explique que la lente construction d’un cinéma national a iase soit faite sous l’infuence directe des cinématographies étrangères, qu’elles soient
occidentales, arabes, ou encore indiennes, principalement à travers la diffusion massive
de flms étrangers sur les écrans iraniens et à travers la formation des cinéastes iraniens
ca naa à l’étranger.
Le livre distingue les infuences des cinémas des pays voisins (arabo-turcs et indiens), i
puis s’attarde sur l’infuence du cinéma américain des années 50 et 60, en particulier les De 1900 à 1979genres d’action, puis celle du néo-réalisme italien, de De Sica à Antonioni et Comencini,
enfn de la Nouvelle Vague française qui impose à la fois une esthétique et une économie,
celle du cinéma à petit budget, favorables à l’émergence d’un cinéma d’auteur. La dernière
partie pose la question de l’existence d’un cinéma national iranien, que l’auteur identife à
des lieux de tournage privilégiés (le hammam, la maison de thé, le cimetière, la mosquée,
le foyer familial…), correspondant aux formes principales de sociabilité iranienne, dans
lesquelles le public se reconnaît. Ces infuences montrent aussi comment nous avons tous
appris les uns des autres, afn d’arriver à mieux s’exprimer, et c’est exactement ce qui
a mené peu à peu les cinéastes iraniens à créer leur propre cinéma, élaboré selon leurs
propres moyens et leurs propres codes culturels… un cinéma fdèle à ses caractéristiques
territoriales et ses convictions, comme l’auteur le mentionne dans son dernier chapitre
au sujet de khaneh, de la mosquée, du cimetière, de Ghahva-Khaneh et du Zour-Khaneh.
L’originalité du sujet réside dans le fait que le cinéma iranien était jusqu’ici peu
exploré dans les études cinématographiques, notamment le cinéma de la période
précédant la révolution islamique. La question était complexe, exigeant la connaissance
de différentes cultures et des approches différentes - historique, sociologique, esthétique,
interculturelle. L’ensemble regorge d’informations sur l’histoire et la société iranienne
(sur les codes et les principes moraux et religieux qui la régissent) et sur le cinéma iranien.
Le livre nous montre ainsi comment un cinéma « sous infuences » a pu servir de terreau
à l’éclosion d’un cinéma « national ».
Préface de Jean-Luc Godard
Javad Zeiny, cinéaste, enseignant et critique de cinéma au Canada et en France, a
réalisé ses premiers flms à la fn des années 80 en Iran, puis il a fait ses études de
cinéma (PhD) à Mel Hoppenheim School of Cinema, Concordia University (Montréal)
et à l’Université de Paris VII . Il est également depuis 2004, directeur artistique du
festival « Uninvited », festival international de flm et de scénario à Paris.
31 €
ISBN : 978-2-343-06368-3
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Conception graphique : Ata Ayati
le cinéma iranien
Javad Zeiny
un cinéma national sous influences
es so
ni néLE CINÉMA IRANIEN :
UN CINÉMA NATIONAL SOUS INFLUENCES
DE 1900 À 1979 ( AVANT LA RÉVOLUTION)
Zeiny.indb 1 29/10/2015 11:33:45COLLECTION L’IRAN EN TRANSITION
Dirigée par Ata Ayati
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révolution, l’histoire tourmentée de l’Iran. 2015.
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interférences américaines. Concilier l’inconciliable. Préface de Thierry Kellner,
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2015.
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d’une bahá’íe, 2015.
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voile. Vie et œuvre de Tâhereh, la pure (1817-18),52 poétesse, pionnière du
emouvement féministe en Iran du XIX siècle, Préface de Farzaneh Milani/
Postface de Foad Saberan, 2014 .
Leyla FOULADVIND, PHO/HGGUL ,
Préface de Farhad Khosrokhavar, 2014 .
Ali GHARAKHANI, Téhéran, l’air et les eaux d’une mégapole, Préface de Philippe
Haeringer, 2014 .
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LE CINÉMA IRANIEN :
UN CINÉMA NATIONAL SOUS INFLUENCES
DE 1900 À 1979 (AVANT LA RÉVOLUTION)
Préface de Jean-Luc Godard
L’HARMATTAN
Zeiny.indb 3 29/10/2015 11:33:45© L'Harmattan, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06368-3
EAN : 9782343063683
Zeiny.indb 4 29/10/2015 11:33:45À Vali mon père
et
Léonard Vali mon fls.
Zeiny.indb 5 29/10/2015 11:33:45Zeiny.indb 6 29/10/2015 11:33:45SOMMAIRE
Préface .....................................................................................................................................9
Introduction ......................................................................................................................11
CHAPITRE I : L’Iran : la politique et la culture,
des origines à aujourd’hui ........................................................................................ 15
CHAPITRE II : L’influence cinématographique
des pays voisins ...................................................................................................................49
CHAPITRE III : L’influence cinématographique
américaine et Massoud Kimiaei .............................................................................85
CHAPITRE IV : Le cinéma européen :
une influence prédominante ................................................................................. 119
CHAPITRE  V : Y a-t-il un cinéma national en Iran ? ......................... 211
Conclusion ........................................................................................................................253
Annexe ................................................................................................................................277
Bibliographie sélective ...........................................................................................283
Table des matières .......................................................................................................289
Zeiny.indb 7 29/10/2015 11:33:45Zeiny.indb 8 29/10/2015 11:33:45Préface 9
PRÉFACE
Personnellement, j’ai toujours détesté tout ce qui réduit un travail à la qualité de
nation mais maintenant que j’habite en Suisse, je me demande parfois « est-ce
que j’aurai fait la même carrière si j’avais vécu en Suisse ? ».
Et là, je pense que tout à coup, la question du pays (la nation) d’un réalisateur
devient un peu plus claire. Oui, au fnal le cinéma d’un pays reste un produit
national qui peut devenir international. Alors, autant prendre le mot « national »
au sens noble, car le terme « international » possède de son côté une signifcation
« batarde » et pas claire du tout, surtout à nos jours.
Alors, au fnal, tu as raison d’en parler et de montrer que le cinéma iranien
de cette époque est un cinéma national proche de la classe ouvrière, de son
quotidien et, qu’au contraire, aujourd’hui son statut international l’éloigne de
son peuple.
Un livre de ce genre doit paraître dans chaque pays – surtout maintenant que
tout se délocalise, il faut que chaque pays parle de son cinéma, de son passé et
de son présent mais surtout du passé car plus le temps passe, moins la nouvelle
génération connaît sa culture et son histoire cinématographique.
Le jour où tu es venu me demander de te parler du cinéma iranien, je
ne comprenais pas du tout pourquoi tu avais choisi quelqu’un d’aussi nul et
incompétent que moi pour te parler d’un sujet si complexe et si vaste que « Le
cinéma national iranien ».
Mais, comme il me faut absolument avoir un avis sur tout, je me suis lancé
sur le sujet et il me semble que l’on a du parler environ 30 minutes de tout et
surtout de politique en Iran, mais pas de cinéma. Bien plus tard, tu as débarqué
avec une dizaine de D.V.D. de flms iraniens me demandant de les visionner,
j’avais dit oui sans arrières pensées ! Au fnal, les longues soirées d’hiver où on se
fait chier ont eu raison de ces flms : je me suis mis à les regarder puis tes écrits
sont arrivés et m’ont encore poussé vers ce cinéma jusque-là inconnu.
Le premier et le dernier chapitre m’ont beaucoup appris et impressionné : là
où tu dépasses l’univers du cinéma et écris sur tout ce qui existait en Iran avant
l’arrivée du cinéma, puis les obstacles comme celui de la religion (l’islam), les
sujets brûlants d’aujourd’hui qui pourtant existent depuis 1400 ans… mais dont
il faut parler et évoquer pour qu’on voit enfn ce qui s’est passé dans ces pays
musulmans à travers leurs cinémas et leurs cinéastes.
Zeiny.indb 9 29/10/2015 11:33:45/HF ?PDL LH QX F ?PDQ OV RX VL ? FH10
Les infuences montrent aussi comment nous avons tous appris les uns des
autres, afn d’arriver à mieux s’exprimer, c’est exactement ce qui a mené peu à
peu les cinéastes iraniens à créer leur propre cinéma, fait selon leurs propres
moyens et leurs propres langages. Ce livre a le mérite d’être aussi traduit en
persan et publié en Iran pour que les jeunes cinéastes puissent mieux connaître
leur pays et son cinéma : un cinéma fdèle à ses caractéristiques territoriales et
ses convictions, comme tu les as bien mentionnées dans ton dernier chapitre au
sujet de khaneh, de la mosquée, du cimetière, de ghahva-khaneh et du
zourkhaneh.
Enfn, je dois surtout souligner ta persistance et ta ténacité pour mener à
bien ce travail malgré un certain climat hostile actuel… Et, comme je te l’ai déjà
dit, j’aurais préféré la version du cinéma « natation », cette petite faute de frappe
allait bien aussi avec ton sujet car j’admire toujours un cinéma qui se bat pour
garder la tête hors de l’eau, malgré toutes les difcultés et les emmerdements.
Rolle, juin 2015
Jean-Luc Godard
Godard reçoit la dernière version du manuscrit de la main de Javad Zeiny, Rolle, mai 2015
Zeiny.indb 10QDWXLRQQQQDQVLQLHUD29/10/2015 11:33:46Introduction 11

INTRODUCTION
1Écrire une livre sur le cinéma iranien et ses infuences venues d’ailleurs nous a
toujours intéressé pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, depuis quelques années (à partir de 1990), devenu très célèbre,
le cinéma iranien vole la vedette aux autres flms dans les festivals étrangers. Ses
origines et son parcours, datant de presque cent ans, restent cependant toujours
méconnus. Pour la plupart des critiques, le cinéma en Iran ne serait né qu’à partir
des années 1990 avec notamment les flms de Kiarostami. Toutes les périodes
précédentes, et ainsi les flms sont totalement ignorés et/ou méconnus. Pourtant,
il faut savoir que tous les flms réalisés bien avant cette période glorieuse
des années 1990 (qui perdure encore aujourd’hui), ont été indispensables à
l’évolution et au succès du cinéma iranien. Sans ces flms – parfois amateurs,
avec des qualités techniques souvent médiocres, réalisés entre 1930 et 1979 – le
cinéma iranien n’aurait sûrement pas aujourd’hui le même visage ni la même
renommée. Ces longues et lentes années d’apprentissage – appelées « le cinéma
d’avant la révolution », ont laissé des traces très importantes, aussi bien au niveau
du cinéma lui-même, que pour la société iranienne et sa population. Or, encore
aujourd’hui, et malgré l’évolution du temps, de la technologie, une grande partie
des gens continue à regarder ces flms anciens dit « d’avant la révolution » et
1 Comme il est indiqué dans Le Petit Robert, ‘l’infuence’ signife : « Action qu’exerce une
chose, un phénomène, une situation sur quelqu’un ou quelque chose. ». Évidemment
dans ce livre, nous nous penchons plus sûr ‘l’action’ en terme morale, intellectuelle et
surtout cinématographique. Cette interprétation ne porte forcément pas une signifcation
négative ou positive, elle défnit tout simplement les flms étrangers qui ont eu des impacts
importants sur les flms et d’une manière générale sur le cinéma iranien :
« Ce n’est pas diminuer la valeur d’une œuvre que de chercher à discerner les infuences qui
lui ont donné sa forme défnitive. », TrufautLe, Pet  it Robert, Nouvelle édition millésime,
2013, p. 1328.
Par conséquence le mot ‘infuence’ dans cette thèse possède une signifcation purement
cinématographique, nous utilisons ce terme de la même manière que lorsque nous parlons
de l’infuence d’un cinéaste ou écrivain dans son travail cinématographique ou littéraire.
Ainsi quand nous parlerons de l’infuence du cinéma d’un pays sur un réalisateur iranien,
ceci veut dire l’infuence des éléments caractéristique propre à ce cinéma (de ce pays
spécifque) sur les œuvres de ce cinéaste. Il faut aussi mentionner que les infuences n’ont
pas toujours eu la même raison d’être, comme nous allons le voir dans les pages suivantes.
Ces infuences ont parfois des critères économiques (exemple celui de l’infuence des
pays voisins surtout celui de l’indien) ou techniques et intellectuels (exemple le cinéma
américain et européen).
Zeiny.indb 11 29/10/2015 11:33:46/HF ?PDL LH QX F ?PDQ OV RX VL ? FH12
continue de les apprécier. Les acteurs de l’époque sont considérés comme des
héros nationaux, des grandes stars immortelles et irremplaçables.
Pour la plupart des gens de la rue, le triomphe du cinéma iranien à l’étranger
n’a aucune importance. Pour eux, le vrai cinéma iranien était ce cinéma « d’avant
la révolution ». Les médias, et surtout la télévision nationale, se donnent
pourtant du mal pour remplacer les héros « retraités » des anciens flms par les
nouveaux héros de la guerre, et de la révolution.
Cette démarche n’a toujours pas l’impact souhaité.
Mais qu’est vraiment ce cinéma dit « d’avant la révolution », tant aimé et
admiré malgré les décennies passées ? D’où sort-il ? Comment est-il né et a-t-il
grandi ? Quelles sont ses infuences ?
Il s’agit d’un sujet très controversé, parfois rejeté, parfois admiré mais surtout
très complexe et difcile à aborder, à étudier, car il n’y a aucun livre ni autre
document de ce genre sur ce sujet. Il a donc fallu que je bâtisse tous les éléments
nécessaires, pour mener à bien ce livre.
La première partie est un court regard sur le passé de l’Iran : les « hauts et les
bas » de ce pays à travers l’histoire. Un pays souvent anéanti par le despotisme
et les invasions étrangères qui, malgré tout, a su préserver son identité nationale
à travers les décennies. Les questions économiques, religieuses et sociales sont
également traitées dans cette partie.
La seconde partie, intitulée « L’infuence des pays voisins », entre dans le
vif du sujet, et traite des premières infuences cinématographiques en Iran
venues des pays voisins comme la Turquie, les pays arabes et l’Inde. Cette
partie donne une grande place au cinéma indien (Bollywood), qui a été un des
cinémas les plus infuents dans les pays orientaux et asiatiques. Cette partie
explique comment la recette indienne du flm à grand public a été copiée par les
réalisateurs iraniens et leurs flms populaires. Il aborde aussi la naissance d’une
sorte de cinéma national créé à partir de ce cinéma indien appelé « flm-farsi ».
La troisième partie nous emmène vers des infuences plus lointaines,
c’est-àdire le cinéma américain ou hollywoodien qui eut une infuence aussi importante
que celui du cinéma indien en Iran. Cette partie tend à montrer comment les
flms américains des années 1960, 1970 ont pu infuencer et inspirer la jeune
génération de cinéastes iraniens de ces années. Il montre aussi, comment ils
ont pu dépasser les conventions habituelles et le « politiquement correct » du
cinéma traditionnel, en réalisant des flms osés et critiques. Dans cette partie,
nous parlons de Kimiaei et prends quelques-uns de ses flms comme exemple,
les plus importants de cette infuence venue de l’ouest.
La quatrième partie parle de l’infuence européenne sur le cinéma iranien,
et explique comment – malgré la timidité de sa présence dans le paysage
cinématographique du pays – cette infuen ce a pu créer quelques-uns des plus
importants chefs-d’œuvre du cinéma iranien. Nous allons voir l’efet de cette
Zeiny.indb 12QQDUXLHLQDVQQQLWQRD29/10/2015 11:33:46Introduction 13
infuence, en traitant les flms de quelques-uns des plus célèbres cinéastes
iraniens comme : Darush Mehrjoui, Hajr Darush, Sohrab Shahid Saless. Cette
partie laisse une grande place à « La Nouvelle Vague » française, mais surtout au
cinéma de Godard, et son infuence sur les cinéastes iraniens des années 1970.
Après avoir connu les infuences des diférents genres de cinéma venus
d’ailleurs sur le cinéma iranien, notre dernière partie va chercher à savoir s’il
2 3existe bien un cinéma iranien ou, autrement dit, un cinéma national iranien.
4Cette partie essaye d’abord de défnir le terme de « cinémayé watani »
(cinéma national) :
2 En critique et en étude cinématographique, le terme ‘cinéma national’ désigne l’ensemble
de la flmographie d’une nation. Associé au protectionnisme culturel, il est une façon de
promouvoir la sauvegarde des marchés domestiques du cinéma.
« Un flm est considéré dans un cinéma national quand son contenu, son contexte, les
intentions des créateurs et la réception de l’œuvre, le place dans une culture nationale
particulière. »
Scott MacKenzie, Screening Québec: Québécois moving images, national identity, and the
public sphere (Projection Québec: Films Québécois, identité nationale, et sphère publique),
Manchester University Press, 2004, p. 224.
La notion même de cinéma est profondément attachée à la « nation », c’est-à-dire au pays
où le flm a été réalisé. Ceci est parfois même plus important que le flm et son sujet. Par
exemple, en 2002, l’académie des Oscars avait refusé la participation d’un flm (Divine
Intervention) d’ Elia Suleiman, car la nationalité de ce dernier apparaissait « unclair » -
de nationalité israélienne, mais né dans une famille chrétienne en Palestine, et non juif,
l’institution estime donc difcile de mentionner son flm comme étant israélien. Puisque
l’état Palestinien n’est pas reconnu par le UN (United Nation), le flm reste orphelin et par
conséquent ne sera pas candidat dans la catégorie de l’Oscar du meilleur flm étranger :
« […] Selon les règlements de l’académie des Oscars, pour être admissible dans cette
catégorie, un flm doit tout d’abord être réalisé dans son pays d’origine. » Hamid Dabashi,
Dreams of a Nation (Le rêve d’une nation), édition Verso, London, 2006, p. 8.
« Plusieurs facteurs sont importants pour que l’on considère un flm, comme « un flm
national ». Un de ces éléments est de savoir, si le flm a été produit et fnancé par le pays
même, ainsi que d’autres éléments comme : la langue parlée dans le flm, la nationalité
et les codes vestimentaires des personnages, le lieu, la musique ou les éléments culturels
présent dans le flm. »
« A flm maybe considered to be part of the “national cinema” of a country based on a
number of factors, such as the country that provided the fnancing for the flm, the
language spoken in the flm, the nationalities or dress of the characters, and the setting,
music, or cultural elements present in the flm. »
Jimmy Choi, Is National Cinema Mr. Mac Gufn? (Est-il cinéma national Monsieur Mac
Gufn ?), International Films Te Institute of Communications Studies , University of Leeds UK.
Available at http://ics.leeds.ac.uk/papers/vp01.cfm?outft=iflm&folder=17&paper=22
3 « Tel n’était pas le cas dans le monde islamique, où la fliation, la langue et le lieu de
résidence étaient secondaires, et où ce n’est qu’au siècle dernier, sous l’infuence européenne,
que le concept politique de nation a commencé à se faire jour. Pour les musulmans, la ligne
de partage fondamentale - celle qui sépare le frère de l’étranger - est la foi, l’appartenance
à une communauté religieuse. »
Bernard Lewis, La formation du Moyen-Orient moderne, Aubier Histoires, 1995, p. 116.
4 « Le terme utilisé pour exprimer l’idée de patrie, devint l’arabe watan qui était passé,
avec quelques variations phonétiques, en persan, en turc et dans d’autres langues
musulmanes. Dans son sens premier, watan désignait le lieu d’origine ou de résidence d’un
Zeiny.indb 13 29/10/2015 11:33:46/HF ?PDL LH QX F ?PDQ OV RX VL ? FH14
Est-ce que le cinéma national iranien ne se résume qu’aux limites territoriales,
et ne regroupe ainsi que les flms réalisés dans le pays ? Ou est-ce que le cinéma
national iranien est un cinéma qui refète la vie des iraniens et leurs cultures ?
Cette partie du livre répond à cette deuxième question qui est par conséquent
la question la plus appropriée.
Nous appelons le cinéma national iranien un cinéma qui est capable de
montrer la vie, ainsi que la manière de vivre des Iraniens, à une période
spécifque du temps (de l’Histoire), qui est sa date de réalisation. Ce cinéma
national doit être capable de représenter le pays aussi bien au niveau économique
que social, politique et religieux. À partir de cette défnition, nous pouvons
étudier le cinéma iranien, de sa naissance à 1978, pour voir si ce cinéma peut, ou
aurait pu prétendre, être représentatif de la société iranienne de l’époque et être
un cinéma national. Nous allons voir, que malgré l’infuence d’autres cinémas en
Iran, le cinéma iranien (tout en copiant sur les modèles étrangers) a, peu à peu,
su introduire ses propres caractéristiques et références. Il crée ainsi son propre
cinéma, et répond aux exigences de son public.
individu et s’appliquait à un village, une ville ou tout au plus une province. Comme on
trouve fréquemment le témoignage dans la littérature islamique classique, il est associé
à la famille, aux souvenirs de jeunesse, et on pouvait inspirer des sentiments d’afection,
d’attachement ou de nostalgie en cas d’éloignement. On peut donc dire que dans la langue
classique, watan était l’équivalent, non pas du français « patrie », mais plutôt de l’anglais
home entendu au sens large. » (Pays [watan], nation). » Ibid., Bernard Lewis, p. 121.
Zeiny.indb 14QXRQLDDWQHQQLQQLVDU29/10/2015 11:33:46u bODS WODFHH G RU QH V?D MRX u 15
CHAPITRE I

L’IRAN : LA POLITIQUE ET LA CULTURE,
DES ORIGINES À AUJOURD’HUI
Pour mieux comprendre le contexte socioculturel de l’Iran, il est préférable de
1commencer par connaître un peu son histoire.
L’Iran possède une surface de six cents vingt-huit mille mètres carrés,
dont 50 % est recouverte par le désert, située au milieu du pays. Le pays est
entouré par la Russie, l’Irak, le Pakistan et l’Afghanistan. La langue ofcielle
2du pays est le Parsi : une langue indo-européenne, proche de celle du kurde et
3du pashtu .
La diversité linguistique et culturelle est une caractéristique importante pour
la connaissance de l’Iran. Ces mosaïques de diversité, construites en Iran tout
au long de son histoire millénaire, ne doivent pas être ignorées :
« Les civilisations ne sont pas des produits indépendants et autoproduits.
L’homme moderne ne peut pas construire son propre mode de penser ou
inventer sa présence [...] sans ses liens avec sa culture d’origine ou celle qui
1 Ce concept culturel (cinéma) serait impossible à étudier si nous ne prenions pas en compte
les contextes territoriaux et religieux du pays.
2 « ‘Perse’, dans ses diverses variantes européennes classiques et modernes, vient de Pars,
nom d’une province du sud-ouest de l’Iran située le long du golfe Persique. Les Arabes,
dont l’alphabet ne possède pas d’équivalent de la consonne [p], l’appellent « Fars ». De
même que le castillan devint l’espagnol et le toscan l’italien, le dialecte du Fars, appelé
farsi, devint la langue littéraire, vernaculaire et, fnalement, nationale de l’Iran. À l’époque
classique et aussi en Occident, le nom de cette province désignait également l’ensemble du
pays, ce qui ne fut jamais le cas chez les Perses, qui utilisent le mot Iran-terre des
Aryensdepuis des millénaires et en ont fait le nom ofciel de leur pays en 1935. »
Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la Modernité, Gallimard, 2002,
p. 12.
3 « Langue nationale de l’Iran, il présente des variantes dialectales relativement mineures
à l’intérieur des frontières du pays. Il est également utilisé dans certaines parties de
l’Afghanistan et entretient une étroite parenté avec le tadjik, lequel, à l’ère soviétique,
s’écrivait dans l’alphabet cyrillique. Le phashto, le kurde et quelques autres idiomes moins
répandus appartiennent à la famille iranienne, mais sont distincts du persan. »
Bernard Lewis, La formation du Moyen-Orient moderne, édition Aubier Histoires, 1995,
p. 38.
Zeiny.indb 15HKLRXQUDLUH,O/GLXWJLVTXULWXXO29/10/2015 11:33:46/HF ?PDL LH QX F ?PDQ OV RX VL ? FH16
l’entoure. Chaque grand contraste dans la culture semble être venu d’ailleurs,
4en efet c’est un processus de synchronisation ».
L’Iran joue le rôle de pont entre l’Est et l’Ouest. D’ailleurs, c’est pour cette
raison que le pays a souvent été la cible d’attaques des pays voisins.
En 331 avant Jésus-Christ, Alexandre III de Macédoine envahit l’Iran, et
met fn à la grande dynastie Achamenian, en brûlant le palais de Persépolis.
Même si les Grecs se considéraient supérieurs aux Perses, Alexandre les apprécie
et s’adapte très vite à la culture iranienne. Il s’habille et se comporte comme les
rois perses, et va jusqu’à se marier avec Roxanne, la flle de Darius III.
Plus tard, l’Iran sera envahi par les Arabes. Ces derniers ont infuencé la
culture et l’éducation même si, au fnal, ils ont aussi adapté une grande partie
de la culture du pays vaincu :
5« Les traditions persanes continuèrent à exister dans les cours des Califes. »
Une grande partie des intellectuels iraniens ont contribué à la culture arabe
aussi bien dans la littérature, la science, la philosophie, la théologie, que dans
6l’art et la musique. L’invasion arabe n’a pas pu complètement arrêter la tradition
millénaire de la culture iranienne. Les Iraniens voulaient préserver leur langue,
leur tradition et leur culture. Pour cette raison, les Iraniens se révoltent contre
les Califes arabes et sunnites en établissant une secte islamique, propre à eux,
7appelée « chiisme » (écrit aussi shi’isme).
L’Iran est attaqué aussi plusieurs fois par les tribus nomades turques de
8l’Asie centrale. L’invasion la plus terrible fut celle des Mongols, à la fn du
4 Lewis Mumford,T echnics and civilisation (La technique et la civilisation), édition George
Routledge et son Ltd, London, 1946, p. 107.
5 « […] the old traditions survived and continued at the Court of the Caliphs. »
R.Ghirshman, Iran from the earlies times to the Islamic conquest, (Iran, de sa naissance à la
conquête musulmane), édition Penguin, London, 1978, p. 357.
6 Reza Arasteh, Éducation and social awaking in Iran (L’Éducation et l’évolution sociale en
Iran), Leideni E.J. Brill, 1962, p. 66.
7 « Certes, les Perses formaient une nation dotée d’une longue et prestigieuse histoire, et se
distinguaient de leurs voisins par leur langue et leur religion, le shi’isme. »
Bernard Lewis, La formation du Moyen-Orient moderne, op.cit., p. 129.
e e « Au cours du IX et du X siècle, la Perse reft surface sur la scène politique. Des dynasties
perses indépendantes virent le jour dans des provinces ayant autrefois appartenues à
l’Empire arabe  ; une nouvelle langue littéraire islamo-perse se développa, en même
temps qu’une riche et brillante littérature répondant aux goûts de princes et de mécènes
persophones et refétant la nouvelle prise de conscience des Perses en tant que groupe
culturel distinct – et par bien des aspects le plus évolué – à l’intérieur de l’islam… Plus à
l’est, non seulement en Perse, mais aussi dans les régions sous son infuence en Turquie, en
Asie centrale et en Inde, le persan devint la première langue de culture et les classiques de
la littérature persane remplacèrent ceux de la littérature arabe comme modèles à imiter. »
Op.cit., Bernard Lewis, p. 29.
8 «  Pendant longtemps, les Mongols ont été les méchants de service  : c’étaient les
einvasions mongoles du XIII siècle qui avaient anéanti la puissance musulmane, détruit
sa civilisation et été la cause de sa stagnation et de sa faiblesse persistante. Jusqu’au jour
Zeiny.indb 16QULLVQXDQQDDQQRQLWH29/10/2015 11:33:46u bODS WODFHH G RU QH V?D MRX u 17
douzième siècle. Mais plus tard, eux aussi commencèrent à adopter la culture
et les traditions persanes :
« Les invasions arabes et mongoles n’ont pas arrêté l’avancement et la continuité
de l’histoire iranienne. Ces barbares étaient peu à peu civilisés et assimilés à la
9société iranienne » .
Shâh-Nâme (Livre des Rois), le livre du grand poète national
AbolGhassem Ferdowsi (940-1020), a été écrit sous leur Empire. Ce livre montre
que les sentiments patriotiques iraniens sont toujours vivants, malgré toutes les
invasions et les guerres :
« Le peuple a su s’adapter et faire sienne les grandes civilisations urbaines
de la vaste plaine des deux feuves. Le peuple a connu une forte pénétration
occidentale à la suite de la conquête macédonienne, et a largement puisé dans
la civilisation étrangère resté, malgré tout, iranien. Le peuple qui, devant toutes
les invasions plus récentes, arabes, turques ou mongoles, a su trouver la force
non seulement de survivre mais d’iraniser ces éléments étrangers, ce peuple ft
10cours de sa longue histoire, preuve d’une vitalité extraordinaire ».
1. Trois périodes importantes qui ont marqué l’histoire de l’Iran 
Safavi
Établi en Iran en 1502, cette dynastie, en se reliant au septième Imam
Chiite, commence à établir la loi sur la base du Chiisme. C’est ainsi que le
Chiisme devient la religion ofcielle en Iran :
« Les rois Safavi s’établissent comme les Imams dans leurs temps (époque) et
11essayent d’assumer leur supériorité en se déclarant philosophe-roi. »
où des historiens, musulmans et autres, ont relevé deux vices dans ce réquisitoire. D’une
part, certaines des plus hautes réalisations culturelles du monde musulman, notamment
en Iran, étaient, non pas antérieures, mais postérieures aux invasions mongoles. D’autres
part, plus difcile à accepter mais néanmoins irréfutable, les Mongols avaient submergé
un empire déjà mortellement afaibli – en efet, on ne voit pas comment, sinon, l’empire
autrefois si puissant des califes aurait succombé devant une horde de cavaliers nomades
venus des steppes d’Asie centrale. » Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et
la Modernité, ibide., p. 211.
9 « Te Arab invasion and the Mongolian catastrophe did not break the continuity of
Iranian history, for these barbarians were gradually civilized and assimilated. »
Léonard Binder, Iran : Political development Iran changing society (L’Iran : Développement
politique dans une société changeante), Berkeley and Los Angeles University of
Californian Press, 1964, p. 77.
10 Roman Ghirshman, L’Iran des origines à l’Islam, Albin Michel, Paris, 1976, p. 350.
11 « Te Safavi shahs posed as the Imams of the age and tried to assume the prerogatives
of the philosopher-king. » Léonard Binder, Iran : Political development Iran changing
society (L’Iran : Développement politique dans une société changeante), Berkeley and Los
Angeles University of Californian Press, 1964, p. 63. Voir aussi Platon, la république V,
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C’est pendant la dynastie Safavi (dès 1502) que commencent les premiers
contacts commerciaux et culturels entre l’Iran et l’Europe.
Qajar
En 1742, Aga Mohamad Khan Qajar (1742–1797) établit la dynastie Qajar.
Pendant cette période, les Anglais et les Russes, en utilisant une nouvelle arme
appelée «la pénétration pacifque», dominent tout le système économique du
pays. Par exemple, en 1901, William Darcy (un anglais), en payant quelques
billets au Shah, a pu avoir l’exclusivité de l’exportation du pétrole pour une
période de soixante ans. C’est justement à cette époque que commencent les
premières vagues d’immigration économique du pays. En 1900, un million
d’Iraniens quittent le pays pour la Russie et les autres pays voisins. En 1905,
les ouvriers et les étudiants iraniens immigrés rapportent au pays des nouvelles
de la révolution russe :
« D’autre part, à cette époque, les intellectuels revenus d’Europe commencent à
faire connaître aux Iraniens des notions telles que la constitution, la monarchie
constitutionnelle, le libéralisme, le scientisme, et l’humanisme […] À l’époque,
grâce aux eforts conjugués du clergé et des intellectuels de retour d’Europe, les
Iraniens commencent à faire connaissance avec des cultures venues d’ailleurs
et les nouvelles idées politiques européennes. La publication des journaux, et
surtout des journaux clandestins qui blâment le pouvoir, fait découvrir une
liberté inconnue et à portée de mains des Iraniens, écrasés depuis des millénaires
sous diverses tyrannies. Ils apprennent le sens de notions telles que le Parlement,
l’Assemblée Populaire, la Constitution et la liberté, et deviennent capables
12d’être critiques envers le gouvernement. »
Ces événements à l’extérieur – et d’autres à l’intérieur du pays – vont
déclencher la procédure de la révolution constitutionnelle (1905-1911) en Iran,
une révolution de masse contre le régime monarchique. L’impact se montre
aussi dans la culture du pays. La littérature change son style traditionnel pour
un style plus libre, moderne (Mohammad Ali Jamal-Zadeh), et politiquement
engagé. Il en va de même pour la poésie et l’art qui étaient jusqu’alors privilégiés
à la cour royale :
13« La dépendance de la Cour Royale aux gens des rues et du Shah au peuple. »
473 c, tradition L Robin. ‘Dirigeant idéal de Kallipolis’, la cité idéale selon Platon, le mot
e‘philosophe-roi’ est mentionné dans le livre V de la République.
12 Arefeh Hedjazi, « La révolution constitutionnelle de 1906 »La, Revue de Téhéran (mensuel
culturel iranien en langue française), Téhéran, n° 10, septembre 2006.
13 « Dependency from the court to the streets, from the Shah to the people. So» rour
Soroudi, Poet and revolution, Te impact of iran’s constitutionnal revolution on the social and
literary out look of the poets of the time (Le poète et la révolution, l’impact de la révolution
constitutionnelle sur la société et la littérature par les poètes de l’époque), Part 1, Iranian
studies: Journal of the society for Iranian studies, USA, 1979, Vol 12 n° 1.2, p. 9.
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La révolution va jusqu’à changer la vie des femmes. Un petit groupe de
femmes commence à écrire des articles dans les journaux en donnant leurs
14points de vue politiques et sociaux  :
« L’Iran a connu aussi les premiers mouvements de femmes au Moyen-Orient.
En 1905, à la veille de la révolution, des femmes, souvent épouses, flles ou
sœurs de révolutionnaires, ont fondé des associations (‘anjomanha-ye nesvan’)
pour débattre de leurs droits sociaux et politiques […] elles ont organisé des
15sit-in au Parlement, et ont commencé à publier des magazines féminins. »
Pahlavi
Reza Khan, un ofcier de l’armée Caucase, prend le pouvoir en 1921 et se
proclame roi (Shah) le 13 décembre 1925. Prenant Ata-Turc comme modèle, il
commence aussitôt la modernisation du pays. Reza Khan ne se contente pas de
réformer l’industrie et l’économie sur les modèles occidentaux :
« [….] Pour le dire dans sa façon brute de parler : il veut forcer la populace à
trimer pour construire un état fort et moderne devant lequel le monde entier
tremblera […] Reza Khan interdit le port de l’habit traditionnel. Tous les
hommes doivent revêtir les costumes européens ! Il interdit le port du bonnet
iranien. Tout le monde doit mettre des chapeaux européens ! Il interdit le port
16du tchador. Dans les rues, la police l’arrache aux femmes, épouvantées ».
Le Shah adopte aussi le système juridique occidental, remplaçant celui des
clergés, afn de diminuer la présence et l’importance de ces derniers dans les
afaires judiciaires. Après le clergé, il vise les artistes, les poètes et les écrivains.
Il commence à chasser ces nouveaux moyens d’expression très en vogue depuis
la révolution constitutionnelle. Ainsi, le poète Farrakhi Yazdi, qui critiquait
la monarchie, est emprisonné. Il en est de même pour Mirzadeh Eshghi, un
autre poète connu de l’époque. Le journalisme, très actif pendant la révolution
constitutionnelle, sera également visé. Le nombre des journaux diminuera de
cent à cinquante de 1934 à 1940. Reza Khan met en marche une institution
appelée « Sazeman Parvaresh Afkar » (Le Bureau de l’Éducation de l’Opinion
Publique). En empruntant les images glorieuses de l’ancienne monarchie
iranienne (Achamanian, Sassanian), Reza Khan essaie de se trouver une
légitimité historique et une source d’inspiration :
« ‘La censure positive’ veut dire que seul le nationalisme ofciel, mettant en
avant une nation homogène, anti-clergé et forte, que nous avions connu pendant
17la période avant l’islamisation, peut être forissante. »
14 Reza Arasteh, Éducation and social awakening in Iran (L’Éducation et l’évolution sociale en
Iran), Leideni E.J. Brill, 1962, p. 145.
15 Azadeh Kian-Tiébaut dans Questions internationales : L’Iran, n° 25 mai-juin 2007, p. 24.
16 Ryszard Kapuscinnski, Le Shah, Flammarion, Paris 2010, p. 40.
17 « ‘Efective Censorship’ meant that only ofcial nationalism stressing national
homogeneity, anticlericalism, and strength that were read into the pro-Islamic past could
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Reza Khan essaie de donner une image de plus en plus occidentale
18(européenne) du pays – une image de marque :
« Son objectif principal n’était pas de transformer la société mais plutôt d’assurer
et de renforcer sa propre position, dans un pays mieux développé et, par la
suite, installer les fondations nécessaires pour établir une nouvelle dynastie. À
partir du milieu des années 1930, il est devenu un tyran dictateur, qui utilisait
la peur et la terreur afn de sauvegarder son pouvoir et acquérir un maximum
19de richesse. »
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés décident d’envoyer de l’aide
à la Russie en passant par l’Iran. Reza Khan s’y oppose, déclarant l’Iran pays
neutre, tout en gardant une certaine sympathie pour les Allemands. Il faut dire
que la théorie de la supériorité Allemande, descendant de la race aryenne dans
20laquelle on peut trouver aussi les races iraniennes, lui convient à merveille .
Les Alliés le punissent en l’envoyant en exil en Afrique du Sud en 1941, où il
meurt peu de temps après. Son fls, âgé de vingt-deux ans, Mohammad Reza,
le remplace. Durant cette période d’occupation par les Alliés, il y a environ
cent cinquante-quatre journaux qui traitent aussi bien de sujets politiques que
sociaux ou artistiques – ils contribuent de manière importante aux changements
politiques et sociaux du pays.
En 1960, la situation socio-économique en Iran est très critiquée.
L’administration de Kennedy propose une réforme dans le système politique
fourish.é » Nikki R.Keddie, Roots of revolution (Les origines de la révolution), New York,
Te Vail Ballon Press Bringhamton, N.Y, 1981, p. 94.
18 Les conseillers de Reza Shah étaient tous éduqués à l’étranger, et principalement en
Europe :
- Taghizadeh avait étudié la langue française et avait fait des études dans une école
américaine à Tabriz.
- Kazemzadeh-Iranshahr en Allemagne et en Suisse. Pro germano-anglais, il conseillait
aux étudiants iraniens « d’aller étudier en Angleterre ou en Allemagne pour la qualité de
l’éducation et déconseillait fortement la France. À son avis, la mentalité ‘Gallic Qualities’
était plus proche de celle des iraniens ».
Iran-shahr (journal), n° 7, 1922.
- Syassi, en France, ‘pro français’ pensait que la mentalité iranienne était plus conforme
avec celle des Français.
Les autres : Dashti en France, Mostafa Adl à l’école française du Caire, Alam en France,
Saed en Russie et en Suisse.
19 « His fundamental purpose was not to transform the society but to secure his own position
within a stronger, more advanced country and to lay the foundations for a new dynasty.
His own particularly after the mid-thirties, he became a tyrannical despot who used fear
and terror to safeguard his power and to acquire vast wealth. »
Joseph S.Szyliowicz, Éducation and modernization in the Middle East (Éducation et
modernisation en Moyen-Orient), Cornell University Press, London, 1973, p. 232.
20 L’origine du nom « Iran » vient d’Arien, ce qui veut dire le « royaume des Aryens ».
Zeiny.indb 20XQDUHLQLVDDQQQLWQRQ29/10/2015 11:33:46u bODS WODFHH G RU QH V?D MRX u 21
des pays dit « du tiers monde ». L’Iran en faisant partie, le Shah est forcé de
21diriger un nouveau programme appelé « La révolution blanche »  :
« La fameuse « Révolution Blanche », était premièrement un acte purement
politique plutôt qu’économique, le but étant de servir à encadrer une conception
22particulière de la relation et de la domination du pouvoir du ‘Shah’. »
2. Le paysage culturel iranien
« La culture en Iran est considérée comme les autres outils politiques et elle
23n’arrive à survivre que si elle est attachée (alliée) au régime. »
En Iran, le système « féodal » de ces années (1945-60), empêche tous les
avancements politiques, sociaux et culturels. Ce système dominant a une telle
force et une si grande infuence qu’il est rare de voir les artistes s’exprimer. Il
peut même être dit, qu’à part quelques rares exceptions, cette catégorie est
complètement absente du paysage culturel du pays.
Les expressions individuelles n’ont pas été encouragées et cela dans toutes
les formes artistiques de l’époque. Évidemment, dans ce climat, les nouveaux
modes d’expression, comme celui du cinéma, avaient du mal à s’installer dans
ce genre de pays.
Les témoignages de deux Françaises, en voyage touristique, dans l’Iran de
l’époque, nous aide à mieux comprendre la situation cinématographique du
pays :
« La production cinématographique iranienne se cantonne dans quelques flms
commerciaux peu intéressants pour un œil occidental, quelques essais louables
21 La Révolution Blanche (Enghelab-e-Sefd ) est une série de réformes à grande portée lancée
en 1963 par le Shah. Comprenant les objectifs suivants :
- la réforme agraire ;
- le partage des profts industriels par les ouvriers du secteur privé ;
- la nationalisation des forêts et des pâturages ;
- un amendement de la loi électorale permettant une représentation plus large des employés
et des fermiers ;
- la vente de certaines usines nationalisées afn de fnancer la réforme agraire ;
- la création du Sepah-e Danesh, un nouveau corps regroupant les hommes et les femmes
faisant leur service civil, qui sont destinés à aller dans les villages pour alphabétiser la
population.
Le Shah appelle cet ensemble de réformes la Révolution Blanche, et annonce une majorité
en faveur de ce programme de 99 %. En plus de ces réformes, il annonce également en
février 1963 l’extension du droit de vote aux femmes.
22 « Te ‘White Revolution’, as it came to be known, was primarily an act of political rather
than economic necessity, intended to serve and sustain a particular conception of relations
of domination centered around the Shah. » Ali Ansari, Modern Iran since 1921 (L’Iran
moderne depuis 1921), Pearson Éducation Limited, 2003, p. 148.
23 « Culture in fact is just another tool of the political system in Iran, and survives only where
it is allied to the system ». Robert Graham, Iran : Te illusion of power (Iran: illusion de
pouvoirs), Groom Helm, London, 1979, p. 202.
Zeiny.indb 21VXXDUUG,J/RWOKLUWLLLTHXHXXLOQ29/10/2015 11:33:46/HF ?PDL LH QX F ?PDQ OV RX VL ? FH22
ont été tentés, mais les metteurs en scène manquent de talent, nous a-t-on
24dit… »
Deux éléments ont contribué au ralentissement de la culture
cinématographique en Iran :
- La religion
25Une vision déformée de l’islam, qui interdisait toutes les formes picturales
artistiques.
- Le pays
La méfance nationale à l’égard de tous les produits dit « culturels » venant
de l’étranger.
La religion
L’islam et l’art pictural
Dans l’islam, à travers le Coran, il est expliqué aux fdèles la diférence entre
le bien et le mal jusqu’au moindre détail :
« Les croyants, méfez-vous du vin, des jeux de mises et des statues ou tous ces
26genres de péchés fait par la main du diable (Satan). »
Pour autant, ce regard suspicieux, porté sur les images picturales, ne
se résume pas à la religion musulmane. On le retrouve également dans les
confessions bouddhisteet jus ives.
Le chapitre vingt du livre Exodus pointe les juifs et les chrétiens au sujet de
l’interdiction de toutes fabrications d’images picturales. Les chrétiens étaient
d’accord sur le fait de ne mettre aucune statue ou tableau dans les églises. Cette
attitude a changé à la fn du siècle. Le Pape Gregory le Grand, qui vivait au
e16 siècle, disait :
24 Caroline Gazaï et Geneviève Gaillet, Vacances en Iran, Berger-Levrault, 1961, p. 70.
25 Nous utilisons ce mot (déformée), car contrairement à certaines interprétations, l’Islam
n’a pas été un obstacle à la modernité : « L’image caricaturale d’une religion arriérée qu’on
donne à l’Islam est facilement rejetable. Entre le huitième et le treizième siècle, quand
l’Europe traversait une période des plus sombres de son existence, la science triomphait
dans les pays musulmans. » (Te caricature of Islam’s endemic backwardness is easily
dispelled. Between the eighth and the 13th centuries, while Europe stum bled through
the dark ages, science thrived in Muslim lands.) Islam and science (L’Islam et la science),
article publié dans Te Economist , numéro 8820, janvier 2013, p. 50.
«  On l’a souvent dit  : si l’islam constitue un obstacle à la liberté, à la science, au
développement économique, comment se fait-il que le monde musulman ait été autrefois
un pionnier dans ces trois domaines, et ce à un moment où les musulmans étaient plus
proches dans le temps des sources d’inspiration de leur foi ? Certains ont donc posé la
question autrement ; non pas : « Qu’est-ce que l’islam a fait des musulmans ? », mais :
« Qu’est-ce que les musulmans ont fait de l’islam ? » et ont imputé la faute à des penseurs,
des doctrines, des courants particuliers. » Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam,
l’Occident et la Modernité, op.cit., p. 217.
26 Tomas-W-Arnold, Painting in Islam, A study of the place of pictural art in muslim culture (La
peinture dans l’Islam, une étude sur la place de l’art pictural dans la culture musulmane),
Dover Publication, New York, 1965, p. 5.
Zeiny.indb 22QQDUXLHLQDVQQQLWQRD29/10/2015 11:33:46u bODS WODFHH G RU QH V?D MRX u 23
« La peinture peut faire pour les illettrés ce que l’écriture peut faire pour les
27lettrés.»
Quand le Bouddhisme et le Christianisme changent peu à peu leur manière
de voir les arts visuels et commencent à les utiliser comme un moyen pratique
pour attirer les masses, l’islam continue à les refuser. Il est interdit d’utiliser
dans les Mosquées des tableaux peints, des statuts ou de la musique, même si
28cette interdiction n’a pas été formellement mentionnée dans le Coran. Certains
pensent que cette idée vient des « Hadiss » (tradition transmise par les paroles
des Prophètes et des Imams). L’un de ces « Hadiss » dit :
« Les anges n’entrent pas dans une maison où se trouvent le chien et l’image
29(photo ou peinture). »
Pendant longtemps, les métiers artistiques – tels que peintre, sculpteur ou
dessinateur – étaient maudits dans la culture musulmane, jusqu’à ce qu’avec
le temps (des siècles), cette vision des choses change. Le premier signe de ce
echangement intervient au courant du III siècle : Ali Bikari, un théologien
musulman, décide que les dessins ou les peintures sans âme ne sont pas
e« harram » (interdits). Au XIII siècle, l’art ainsi que sa représentation deviennent
de plus en plus importants dans l’architecture et la culture iranienne. Jalal
Al30Di-Rumi (1207-1273), conseille la peinture comme méthode pédagogique.
Le grand poète Saedi (1210-1291) dit que « Dieu est la source d’inspiration de
31tout, y compris de l’art fguratif. »
Le fameux théologien musulman espagnol Ibn-Al-Arabi explique que
« l’ombre de l’être humain qui dirige les marionnettes (connu dans les spectacles
d’ombre chinoise) peut faire comprendre aux gens que derrière chaque être
32 ehumain se trouve Dieu ». Plus tard (au XVI siècle), il était même permis
de peindre le Prophète, à condition de cacher son visage avec un petit rideau
(« Maghnaeh »). La religion, à travers le clergé, a joué un rôle très important
27 « Painting can do for the illiterate what writing does for those who can read. op» .cit., p. 95.
28 Selon Trevor Mostyn quand le prophète Mohammad est entré dans le Kaba, il a vu des
tableaux peints de Jésus et de Marie sur les murs, il a donné l’ordre de ne pas les toucher
et de les laisser à leurs places. Mostyn dans Derek Jones, Censorship, A World Encyclopedia,
Volume 2, Fitzroy Dearborn Publishers, London, 2001, p. 1227.
29 Tarikh Naghashi-e Iran, Te history of painting in Iran , traduit par Abolghasm Sahab,
Édition Sahab, Téhéran, 1978, p. 36.
30 Richard Ettingchausen, Interaction and integration in Islamic art, in unity and variety in
muslim civilisation (L’interaction et l’intégration dans l’art musulman, dans l’unité et la
diversité de lkjiua civilisation musulmane), ed. Gustave E.von Grunebaum, Chicago,
Illinois, Te University of Chicago Press, 1955, pp. 121-122.
31 Op.cit. p. 121.
32 « […] he might at the same time come to realize that God directs the afairs of men, just as
the showman regulates […] his puppets » G. Jacob. Geschichte des Schattenspiels (L’Histoire
du théâtre d’ombres), Hannover Orient, Buchhandlung, H. Lafaire, 1924, p. 49.
Zeiny.indb 23LLU,H/KDLQHRXOXLGWXLJTVXXUOWU29/10/2015 11:33:47/HF ?PDL LH QX F ?PDQ OV RX VL ? FH24
dans l’interprétation et l’installation de l’art en Iran. Ceci devient encore plus
marquant avec l’arrivée de la photo et surtout du cinéma.
3. L’Iran avant l’arrivée du cinéma
Après 1905, le nombre de salles de cinéma commence à augmenter dans
les pays industrialisés – le cinéma devient le passe-temps favori de la classe
moyenne. Pourtant, en Iran, le cinéma reste encore un amusement réservé à
la haute société. Il faut encore beaucoup de temps pour qu’il devienne aussi
populaire qu’en Europe :
« Dans notre pays l’Iran] depuis toujours, la majorité des gens n’avait pas le
droit à une vie libre et juste, pour cette raison les gens vivaient dans une situation
terrible de pauvreté, d’ignorance et de despotisme total. Pour résumer, l’inégalité
sociale, les guerres féodales et la pauvreté avaient tellement détruit la vie des gens
qu’ils avaient l’habitude d’accepter, par peur, cette situation malheureuse, du
moment qu’ils pouvaient avoir à manger et de quoi vivre. Naturellement, dans ce
genre de situation les gens ne font pas attention au plaisir ni à l’amusement. Alors
que la classe aisée et noble de la société passait son temps à s’amuser, en buvant
du vin et en passant la nuit avec les femmes ou les hommes les plus séduisants. Il
y avait aussi pour cette minorité privilégiée : le jeu de hasard, la chasse, le cheval,
la musique, la chanson, le jeu d’échecs et les spectacles de clown accompagnés
33de danses et d’histoires racontées par des conteurs…».
En regardant l’histoire du pays, on retrouve aussi quelques-unes de ces
activités chez les gens de la rue, parmi les plus connues on retrouve : Taziyeh
34et Roohozi.
Taziyeh 
Taziyeh, qui veut dire « jeu passionné », est un spectacle dramatique
ereligieux, apparu au VIII siècle. Ce genre de spectacle, que les occidentaux
appellent « l’opéra islamique », évoque des moments tragiques de Tassoâ et
Ashora quand l’Imam Hossein (le fls d’Ali) et ses enfants sont massacrés par
Yazid (l’imposteur) :
« […] le Taziyeh à l’origine était un spectacle (ou jeu) politique pour faire
connaître les idées de ‘Shiia’ dans le but d’encourager le nationalisme iranien
35(majoritairement Chiite) ».
33 Morteza Ravandi, Tarikh Ejtémaei-e Iran (L’Histoire sociale de l’Iran) volume 3, édition
Amir-Kabir, Téhéran, 1961, p. 639.
34 Nous voyons aussi ce sujet (Roohozi) dans la partie consacrée au cinéma de Majid Mohseni
et son flm « Latte-e Javanmard ».
35 Ali Assadi and Hormoz Mehrdad,  Naghsh-e Resaneha dar Poshtibani va Toseye Farhangi
(Le rôle des médias dans le développement culturel), Téhéran, Iran, Communications and
development sciences institute 253, 1976, p. 94.
Zeiny.indb 24QD>DLQLXDHQQQLWQRUVQ29/10/2015 11:33:47u bODS WODFHH G RU QH V?D MRX u 25
Sur ce fait que Taziyeh est un « spectacle politique », la majorité des critiques
est d’accord, mais il existe toujours des divergences au sujet de ses origines :
« […] la fameuse ta’ziye, sorte de « mystère de la passion » chiite commémorant
ele martyre de Hussein, apparut au tournant du XIX siècle. Selon une opinion
communément répandue, mais sans doute erronée, cette forme théâtrale
remonterait aux origines du chiisme. Si cela est vrai, ces origines sont bien
36cachées. »
37Ils se déroulent dans les squares (Maydan) ou les quartiers populaires.
Aucune formalité artistique (scénario, découpage) ou matérielle (rideaux,
lumière,…) n’est utilisée. Les acteurs non professionnels, habillés avec des
vêtements de guerriers de l’époque, jouent leur rôle en communiquant parfois
avec les spectateurs, en improvisant des vers, de la musique ou des chants pour
les faire pleurer.
Ce genre de spectacles, avec le temps ainsi que l’apparition du cinéma, de la
télévision, du téléphone portable et d’internet, n’ont toujours pas perdu de leur
importance ni de leur infuence. Aujourd’hui encore, au moment de Moharam,
on voit les spectateurs pleurer leur Imam Hossein en regardant le Taziyeh :
« En tant que spectacle dramatique ‘le Taziyeh’ est considéré comme étant
le plus fort, et le plus important dans le monde. Le Taziyeh, en utilisant les
conventions culturelles et dramatiques du pays, arrive à toucher les spectateurs
38d’une manière très émotionnelle. »
Reza Khan, dans son projet de modernisation, avait interdit le Taziyeh.
Cependant, plus tard (vers 1960), il sera reconnu par les intellectuels et les
artistes iraniens comme une forme d’art théâtral et populaire.
Le Taziyeh infuence indirectement le cinéma iranien par ses côtés « les bons
et les méchants, le bien et le mal », souvent présents dans les flms iraniens.
Ce genre, typiquement théâtral, est présent aussi dans les théâtres romains et,
36 Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la Modernité, op.cit., p. 196.
37 Taziyeh au départ est connue, comme une performance qui se déroule à l’extérieur, ayant
des mises-en-scène et des dialogues simples. Mais avec le temps et son succès populaire,
la nécessité d’un lieu permanent propre à ces performances, devient évident, d’où vient la
construction des Tekiyes. « Ta’ziyeh started out as an outdoor performance, with simplicity
of dialogue, props and mise-e-scene. With its growing popularity, however, the need for
permanent place was all too evident, and resulted in the building of the tekiyes. » Nacim
Pak-Shiraz, Shi’i islam in iranien cinema (L’Islam Shi’i dans le cinéma iranien), I.B.Tauris,
2011, p. 136
38 « As a dramatic tradition it is one of the most powerful in the world, utilizing culturally
appropriate dramatic conventions and devices designed to engage spectators in a deeply
moving emotional experience. » Peter J.Cherkowski, Cultural dimensions of performance
conventions in Iran Taziyeh (Les dimensions culturelles des performances de Taziyeh en Iran),
Taziyeh : Ritual and drama in Iran (Taziyeh, le rituel et le drame en Iran), New York
University Press and so rush press, 1979, pp. 24-31.
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beaucoup plus tard, dans certains genres du cinéma italien, comme Le bon, la
brute et le truand de Sergio Leone. 
Roohozi
Quand les Mohram et Ramezan sont terminés, le spectacle de Taziyeh
prend fn et un nouveau spectacle le remplace. Mais cette fois pour amuser le
public et le faire rire.
Roohozi est le spectacle comique le plus ancien. Il se déroule dans les fêtes
privées ou dans les Ghavah-Khanehs :
« Ce genre de spectacle, appelé Roohozi ou Ghab-hozi, existe depuis longtemps,
39il est considéré comme la base de l’art du spectacle en Iran ».
On y chante, on y danse et surtout on improvise en fonction du public
présent. Pour un public jeune, on joue de l’ironie (axée sur le sexe). Pour les
autres, on traite avec humour, des sujets d’actualité, et on n’hésite pas à taquiner
le pouvoir en place :
« Une des caractéristiques de ce genre de spectacle fut la possibilité pour les
imitateurs les acteurs] de ridiculiser ou critiquer facilement le régime ou le
pouvoir établit par les féodaux ou les nobles, et ceci sans aucune gêne… Le
40rôle principal de ces spectacles était joué par le Siyah le noir celui qui, sous
41un air naïf, se moquait en toute liberté de tous les représentants du pouvoir ».
Les personnages sont toujours les mêmes : un maître arabe et son serviteur
noir (Siyah). Ce dernier est un acteur blanc, se teintant le visage en noir. Il
provoque les situations amusantes et drôles en se moquant de la classe supérieure,
donc celle de son maître. Il est honnête et direct dans sa façon de voir les choses
et de parler. Il se moque de tout, des règles sociales établies par le maître, et
sa classe « snobe et superfcielle ». Et c’est précisément cela qui plaît au public.
Comme Taziyeh, Roohozi aussi a une infuence sur le cinéma iranien. Dans
presque tous les flms, un acteur (souvent le même) joue des rôles comiques.
39 Hamid Shoaei,  Sedai-e Paa…, Nazari gozara beh tafrih va sargarmi mardom va tarikhchei
az flm irani va cinema dar iran (Le bruit de pas…, Un petit regard sur les amusements des
Iraniens et l’histoire de cinéma en Iran), édition Sépehr, Téhéran, 1973, p. 10.
40 Siyah (le noir) : pour le public ce genre de personnage avait un esprit simple, mais en
même temps malin, qui avec des ruses et des moqueries retournait les situations à son
avantage. « Ce personnage a été probablement inspiré des esclaves noirs qui sont arrivés
eau sud de l’Iran avec les Portugais (vers le XIX siècle). Ils sont installés depuis dans le sud
de l’Iran, on les appelle des ‘Zaris’ ». Hamid Shoaei,  Sedai-e Paa…, Nazari gozara beh
tafrih va sargarmi mardom va tarikhchei az flm irani va cinema dar iran  (Le bruit de pas…,
Un petit regard sur les amusements des Iraniens et l’histoire de cinéma en Iran), édition
Sépehr, Téhéran, 1973, p. 11.
« On retrouve ce même personnage dans Taziyeh, qui interprète le rôle de Ghanbar, le
serviteur de l’Imam Ali. Ici aussi les scènes de Ghanbar sont drôles et font rire le public ».
Ibid., p. 16.
41 Ibid., p. 11.
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Parfois, les blagues se vulgarisent et se limitent juste à une sorte d’amusement
léger. Leurs rôles, comme les autres ingrédients à succès (la chansonnette, la
42musique, la danse et le sexe ), est d’attirer des spectateurs.
Malgré sa popularité, Roohozi a souvent été méprisé par les classes
intellectuelles (avant la révolution) et religieuses (après la révolution).
Mais son succès auprès du public a toujours encouragé les artistes à continuer
leurs activités. Ces succès populaires poussent les organisateurs à bâtir des salles
et à s’installer défnitivement dans le quartier le plus populaire de Téhéran,
appelé Lalézar.
Les scripts changent, ils sont plus divertissants, les pièces sont variées et
populaires, comme celles du café-théâtre en France. Peu à peu, on appelle ce
genre de spectacle : les théâtres de Lalézar ou Lalézari (le lieu du théâtre).
Plus tard, en 1950, beaucoup d’acteurs, danseurs et musiciens de Lalézar se
sont convertis au cinéma, et ont adapté ces pièces et ce genre (Lalézari) au cinéma.
4. Le cinéma iranien et la religion
Le clergé et le cinéma
Avec l’arrivée des nouvelles technologies, comme les appareils
photographiques et plus tard le cinéma, les regards méfants et suspicieux de
certains religieux ne vont pas tarder à se manifester. Certaines personnes vont
jusqu’à dire que pratiquer ce genre de métier artistique pourrait être fatal. Ce
genre d’idée afectait quelquefois la réaction des gens vis-à-vis de l’image et
surtout de la photographie ou du cinéma. Par exemple, au début de la dynastie
Reza Shah Pahlavi (1920), un consul américain a été assassiné parce qu’il voulait
43photographier un rassemblement de musulmans.
Beaucoup pensent que l’infuence de la religion sur les gens, et notamment
celle de la population défavorisée, fut la raison principale de la marginalisation
du cinéma à ses débuts. Les religieux sont les premiers à montrer du doigt cette
44machine néfaste pour le peuple, et à critiquer ses infuences :
42 Les acteurs les plus connus dans cette catégorie sont : Bahman Mofd, Miri, Taghi Zohori,
Vahdat, Morteza Aghili, Homauon.
43 Khandaniha (Les lectures), Risheyabi-e Yaâs (l’Origine du Désespoir), 1945, cité par
Mohamad Tahami-Nejad volume 2 et 3, édition Babak, Téhéran, 1976, p. 115.
44 Et ceci ne se limite pas à la religion musulmane (comme nous allons le voir dans les pages
suivantes) d’autres religions, notamment les chrétiens ont montré leur méfance, face au
cinéma et ceci depuis bien longtemps :
« It was a British moral reform group, the National Council of Public Morals, that
included, in 1917, having taken evidence on the infuence of flms on young people from
clergymen, teachers, and police… »
(C’était une réforme morale britannique appelée, Le Conseil National de la Morale, ils
avaient conclus, en 1917, qu’il est évident que l’infuence du cinéma, dépasse celui de la
religieux, des professeurs et de la police…)
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« Dès que l’on a su montrer des femmes non voilées dans ces salles de cinéma
de Sahaf Bashi, Ayatollah Shaikh Fazlollah Nouri a déclaré : ‘le cinéma est
45Haram’ interdit »
Apparemment cette interdiction est annulée après que le Shaikh Nouri ait
visionné et apprécié quelques flms en projection privée :
« Ayatollah Shaikh Fazlollah Nouri, après avoir visionné trois flms de Roussi
46Khan, a levé le boycott du cinéma. »
La raison principale de la contestation religieuse contre le cinéma se retrouve
dans le rôle important qu’on lui confère. Il est considéré comme une attraction
principale pour les gens et surtout ceux des classes défavorisées. Cet art arrive
facilement à les séduire et à les infuencer. Pour y arriver le cinéma disposait de
grands moyens : l’action, la musique, la danse et le sexe :
« En regardant les titres des flms iraniens produits depuis 50 ans, il est
intéressant de noter que la majeure partie de ces titres contiennent le mot
47Dokhtar (flle), plus qu’aucun autre mot. »
La voix des religieux, à travers les mosquées ou même les journaux,
commence peu à peu à s’élever. Elle pointe surtout le cinéma en tant que
nouveau modèle de colonisation et d’aliénation du peuple. Le cinéma, un diable
fait d’images et de sons : 
« Quand on voit un homme et une femme légère s’assoir côte à côte dans une
salle de cinéma, qu’ils regardent des hommes et des femmes nus s’embrasser et
se donner de longs baisers chauds sur la bouche, ne seraient-ils pas brûlés en
enfer ? Ils préparent la Terre pour toute sorte de malheurs qui va détruire leurs
48vies. Oui, ils brûleront en enfer, comme du feu enfammant les bois secs. »
Cette influence est telle que, dans la ville sainte de Qom, l’unique
cinéma, nouvellement bâti, est détruit en 1974 par une bombe peu après son
inauguration. Puis, aucun autre cinéma n’est ouvert et ceci même longtemps
49après la révolution  :
Derek Jones, Censorship, A World Encyclopedia, Volume 2, Fitzroy Dearborn Publishers,
London, 2001, p. 802.
45 Khandaniha op.cit., p. 14.
46 Massoud Mehrabi, Tarikh Cinémai-e Iran- AzAghaz Ta Sal-e 1357 (L’Histoire du cinéma
iranien - du début jusqu’à 1978), édition Pikan, Téhéran, 2007, p. 12.
47 « […] Scanning the titles of the Iranian flms produced in the last 50 years, it is apparent
that more titles contain the word Dokhtar (girl) than any other word. »
History of Iran, from Nadir Shah to the Islamic Republic, edited by Peter Avery, Gavin
Hambly-Charles Melville, Cambridge University Press, 1999, p. 303.
48 Homayon (journal), Qom, 1935, n° 1, p. 25, archive de la bibliothèque d’Ayatollah Najaf
dans la ville sainte de Qom.
49 Il est intéressant de noter qu’après la révolution, les religieux étaient les premiers à
encourager et même à enseigner le cinéma dans cette ville sainte. La majeure partie des
centres culturels ou artistiques était tenue par ces même religieux. Parmi eux on peut citer :
« L’association du jeune cinéaste de Qom (Anjomaneh cinemayjavan-e Qom), le Bureau de
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« Les autorités religieuses (avant la révolution) n’ont jamais arrêté de s’opposer
au cinéma, tout particulièrement, quand ils étaient situés proche d’un lieu de
50pèlerinage comme celui de Qom. »
L’autre exemple se retrouve dans la ville de Shiraz, qui n’est pourtant pas
du tout considérée comme une ville religieuse. Afn de promouvoir sa dynastie,
Shah, sous le conseil de sa femme, Farah Diba, décide d’organiser en 1967 un
festival d’art dans cette ville. Ce festival va avoir un efet plutôt néfaste à l’égard
du régime et deviendra un des éléments importants du mécontentement du
peuple face à la politique du Shah.
En 1977, le festival présente une pièce dans un des quartiers les plus
populaires de Shiraz. Une boutique est louée afn de présenter une pièce très
avant-gardiste, intitulée : Le porc, l’enfant et le feu. L’auteur est Stephan Balint,
un artiste new-yorkais. Cette pièce met en scène le viol d’une femme par un
homme, sur le trottoir le plus fréquenté de la ville. Un autre se sodomise avec un
revolver. Tout ceci se passe en plein mois de Ramadan dans un pays musulman.
Les témoins parlent d’un désastre. Le choc est tel que Sir Anthony Parsons,
l’ambassadeur britannique en Iran, alerte le Shah de ce choix désastreux :
« […] à deux pas de la mosquée, pour montrer une pièce qui comprenait un
viol efectif et des gestes plus qu’osés entre acteurs nus. Un tel spectacle aurait
entraîné un scandale (et l’arrestation des acteurs) dans n’importe quelle ville de
51province anglaise ou américaine ».
Dans les autres pays musulmans nous sommes témoins de la même méfance.
En 1952, au Congrès Musulman tenu à Karachi, la plupart des participants
ont demandé la fermeture de tous les cinémas dans les pays musulmans.
Cette méfance, causée par la religion à l’égard du cinéma, ne se limite pas au
territoire iranien ou musulman. Aux États-Unis, Hollywood a souvent été la
cible d’attaque des religieux :
« Cette peste profonde, qui infecte le pays entier avec ses obscénités et ses scènes
52luxuriantes venant du cinéma, doit être nettoyé et désinfecté. »
L’église catholique via les représentants des parties chrétien-conservateur
(Pat Robinson, Jerry Falwell, Ralph Reed) et d’autres conservateurs (William
la culture et propagande islamique (Sazman Tablighat Eslami) ou encore L’école artistique
(Hozeh-e Honari), il y eu parmis ses éléves le cinéaste Mohsen Makhmalbaf.
50 « Te religious authorities never relaxed opposition to the cinema, particularly in or near
the pilgrim age centers like Qom ». Ervand Abrahamian, A History of Iran (L’histoire de
l’Iran), Cambridge, 2008, p. 129.
51 William Shawcross, Le Shah, traduit de l’anglais par Françoise Adelstain, Stock, 1989,
p. 56.
52 « Te pest hole that infects the entire country with its obscence and lascivious moving
pictures must be cleaned and disinfected. » Gregory D.BlackT, e Catholic Crusade Against
Te Movies 1940-1975 (La Guerre de Croix Catholique contre les flms), Cambridge
University Press, 1997, p. 22.
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