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Le Tamil Nadu

De
156 pages
Le Tamil Nadu est un état qui compte 72 millions d'habitants. C'est touristiquement un paradis hors pair et l'un des états où la croissance économique est très significative. Au sommaire de ce numéro : Une civilisation ancienne - Économie et politique - La société tamoule d'Inde et d'ailleurs - Langue et littérature - Le cinéma tamoul - Les arts au pays tamoul - La cuisine tamoule - Actualité
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LE TAMIL NADU
Delon Madavan
Nanditha Krishna
© Sven – Pondicherry Beach
S. Madanacalliany
Pierre-Yves Trouillet
Selvaraj Velayutham
Dr Prema Nandakumar
19 € Vasumathi Badrinathan
ISBN : 978-2-343-11284-8
LA NOUVELLE REVUE DE L’INDE
NUMÉRO 12
Numéro 12LE TAMIL NADU2
ÉDITORIAL
Le Tamil Nadu est un État qui compte environ 72 millions d’habitants pour un peu plus de
2130 000 km , soit à peu près la superficie de la Grèce.
On sait que le Bharat Natyam, la plus belle des danses indiennes, est originaire du Tamil
Nadu, mais la plupart des Français ignorent que la littérature tamoule classique, le Sangam,
est l’une des plus riches et des plus complexes de l’Inde ancienne, que la cuisine tamoule, à la
fois traditionnelle et de rue, est d’une diversité absolument incroyable, ou bien encore que le
cinéma tamoul, moins connu que celui de Bollywood, a sorti son premier film en langue
tamoule en 1916 et produit aujourd’hui près 340 films par an, pour sept millions de spectateurs
quotidiens.
Bien sûr, nous ne souscrivons pas à la théorie de l’invasion aryenne, qui prétend que des
colons « blancs » ont envahi l’Inde environ 1 500 ans av-J.-C. et chassé vers le sud les Dravidiens
autochtones. La civilisation tamoule est suffisamment ancienne et unique en elle-même, pour
qu’elle n’ait pas à se comparer à celle du Nord. D’ailleurs, il y a longtemps que cette théorie a été
démentie scientifiquement.
Touristiquement, le Tamil Nadu est un paradis hors pair : des temples anciens et
majestueux, tels ceux de Madurai ou de Tanjore ; des réserves d’animaux sauvages, à Peryar Lake ou
Bandipur ; des plages de sable fin, à Mamallapuram ou Karaikal ; des atmosphères de nostalgie
coloniale, à Tranquebar ou Pondichéry.
INTRODUCTION© Photo : internet 3
Enfin, le Tamil Nadu est l’un des États où la croissance économique est la plus forte. Sans
doute, est-ce grâce à sa cohésion politique : deux partis, le DMK et l’AIADMK, issus de la même
origine idéologique, qui se succèdent au pouvoir depuis des décennies.
Le Tamil Nadu occupe, avec plus de 10 % de la production industrielle totale, le troisième
rang en Inde, derrière le Maharashtra et le Gujerat, en termes de valeur ajoutée du secteur
manufacturier. Du coup, la France investit de plus en plus au Tamil Nadu : de Michelin, qui y a
construit la plus grande usine de pneus au monde, à Saint-Gobain, qui a inauguré le 29 janvier
dernier à Chennai, la capitale du Tamil Nadu, son nouveau Centre de recherche transversal.
Alors : bonne lecture et à bientôt au Tamil Nadu !
Écrivain, journaliste et photographe,
François Gautier a été durant huit ans
le correspondant du Figaro en Inde et en Asie.
Il est l’auteur d’une douzaine de livres sur l’Inde, dont :
La caravane intérieure (Les Belles Lettres, 2005)
Des Français en Inde (France Loisirs, 2008)
Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie (Éditions du Rocher, 2012)
Apprendre à soufer (Hachette-Marabout, 2016)
INTRODUCTION4
UNE CIVILISATION ANCIENNE 7
Histoire du Tamil Nadu : VINNA VIENNE 8
La polémique sur l’invasion aryenne de l’Inde: JEAN-YVES LUNG 12
Les temples tamouls et le développement local : PIERRE-YVES TROUILLET 15
Au carrefour du souvenir et des cultures métissées : M.-J. GUÉZENNEC 20
Palais du Chettinad : MARTINE QUENTRIC 23
ÉCONOMIE ET POLITIQUE 25Chennai, la ville où il faut être : FRANÇOIS GAUTIER 26
M.S. Swaminathan – interview : FRANÇOIS GAUTIER 29
Deux entrepreneurs français au Tamil Nadu : CONSTANCE DE AYALA 31
Interview de Christine Valade : M.-J. GUÉZENNEC 34
Les lieux touristiques tamouls : FRANÇOIS GAUTIER 38
La politique au Tamil Nadu : APRAMEYA RAO 43
Quand les stars du cinéma font de la politique : AMY-RUTH HOLT 47
LA SOCIÉTÉ TAMOULE D’INDE ET D’AILLEURS 51 La communauté tamoule mondiale – un facteur... : DELON MADAVAN 52
Vasumathi Badrinathan – interview : VINNA VIENNE 55
SOMMAIRE© Photo : internet
5
58 SAM VIJAY : Mon expérience avec la diaspora tamoule
61 KARTHICK RAM MANOHARAN : Amour, caste et idéologie – note sur un flm tamoul
63 FRANÇOIS GAUTIER : Le roi des serpents
65 NIRMALA GUSTAVE : La fête de la puberté – extrait
67 LANGUE ET LITTÉRATURE
68 GÉRARD MARÉCHAL : L’art et la culture indienne – extraits
72 PREMA NANDAKUMAR : Subramania Bharati – poète et patriote indestructible
76 PHILIPPE PRATX : Le Shilappadikâram – un pilier de la littérature tamoule ancienne
78 SHANMUGANANDAN MADANACALLIANY: Contes tamouls
80 VASUMATHI BADRINATHAN : Les Alwars du Tamil Nadu – interpréter la poésie mystique
85 PHILIPPE PRATX : Devîsadangeï – extrait
87 JAYA BHATTACHARJI ROSE : Perumal Murugan – auteur tamoul, toujours debout
89 LE CINÉMA TAMOUL
90 SELVARAJ VELAYUTHAM : Le monde du cinéma tamoul
92 SHAKILA ZAMBOULINGAME : 1916 – Le film perdu
94 DICKENS LEONARD M. : Les « conscrits » du cinéma – la troisième vague tamoule
98 DHAMU PONIYANNAN : Bala et le retour du néo-réalisme dans le cinéma tamoul
SOMMAIRE© Photo : internet
6
Trois innovateurs tamouls dans la publicité pour le cinéma : PREMINDA JACOB 100
La représentation de la masculinité dans le cinéma tamoul : PREMALATHA KARUPIAH 103
Kamal Hassan – chevalier des arts et lettres contre vents et marées : P.C. PUGSLEY 105
Le cinéma numérique : SWARNAVEL ESWARAN PILLAI 107
LES ARTS AU PAYS TAMOUL 109
Le Bharata Natyam – une danse classique vivante à Chennai : JULIE ROCTON 110
Ma danse, ma vie : DEVAYANI 114
Les femmes tamoules et les kolams : CHANTAL JUMEL 117
Le théâtre populaire tamoul : NANDITA KRISHNA 121
Les Ayanars du Tamil Nadu : FRANÇOIS GAUTIER 124
Le jallikattu – les corridas du sud de l’Inde : TIEGO BINDRA 127
LA CUISINE TAMOULE 131
La cuisine tamoule – le savoir d’antan à la mode d’aujourd’hui : FLEUR SOUMER 132
Le millet – céréale miraculeuse aujourd’hui oubliée : M.S. GANDHIMARY 136
Mon expérience de la cuisine tamoule : JEYASHREE SURESH 140
ACTUALITÉ 143
Le gesturisme – un apport de nouveauté et de spontanéité... : SEN SHOMBIT 144
Le festival du féminin – interview des organisatrices... : VINNA VIENNE 146
SOMMAIRE7
© Photo : internet
Une civilisation
ancienne
UNE CIVILISATION ANCIENNEHISTOIRE
DU TAMIL NADU
par Vinna Vienne
8
Professeur d’histoire-géographie au lycée fran- os et des squelettes. La période préhistorique
çais de Pondichéry et coordinatrice à La Nouvelle dans le Tamil Nadu peut être classée en
difféRevue de l’Inde, Vinna Vienne est une grande pas- rentes sous-périodes :
sionnée de l’Inde et de sa civilisation. 1. L’âge de pierre ;
2. Le nouvel âge de pierre ;
3. L’âge de fer ;
4. La période mégalithique.
e Tamil Nadu a une histoire très ancienne
qui remonte à environ 6 000 ans. L’origi- Des fouilles conduites à Pallavaram près Lne de son peuple est étroitement liée aux de Chennai, puis dans les districts de
Kanchidébats sur la théorie de l’invasion aryenne. puram, Vellore et Thiruvallur, révèlent la
préCeux qui défendent cette théorie avancent sence d’habitations et d’humains. Des outils
l’idée que les Tamouls appartiennent à la race de pierre taillée sont retrouvés dans la vallée
dravidienne et qu’ils font partie des premiers de la rivière Koratalayar près de Chennai, et
colons de la vallée de l’Indus. à Vada, Madurai. Cela atteste de la présence
d’hommes de l’âge de pierre dans différentes
Les États actuels du Tamil Nadu, du Kerala, parties du Tamil Nadu.
du Karnataka et de l’Andhra Pradesh
constituent la culture dravidienne. Quelle que soit eHistoire ancienne – i-ix sièclesla vérité historique, l’identité des Tamouls a
été largement forgée sur cette question. Cette er eLes Chola ont régné entre le i et le iv
région a vu naître et se développer différentes siècle après J.-C. Le premier et le plus célèbre
dynasties et royaumes tels que les Pallava, Che- roi de cette période était Karikalan. Cette
dyra, Chola, Pandya, Chalukya et Vijayanagara. nastie Chola a occupé les districts actuels de
Thanjavur et Tiruchirapalli et elle est connue
La période préhistorique pour ses exploits militaires.
La période préhistorique remonte à 150 000 Au sommet de leur gloire, les rois Chola ont
ans avant J.-C. Les vestiges appartenant à la élargi leur influence jusqu’à Ceylon (Sri Lanka)
période préhistorique ont été mis au jour dans dans le sud et de plusieures centaines de
kilode nombreux endroits du Tamil Nadu. On a re- mètres vers les régions du Nord. Presque tous
trouvé des morceaux de poterie, de pierre, de les rois Chola ont construits des temples
mamétaux ainsi que des outils, des peintures, des gnifiques. Le temple de Brihadeswarar, plus
UNE CIVILISATION ANCIENNEpopulairement appelé le Grand temple à Tan- siècle avant J.-C. avec la fondation de Madurai
jore (Thanjavur), est un exemple classique de par le premier roi Pandya, Kulasekara. Les
Panla magnifique architecture du royaume Chola, dya ont largement développé le commerce et
actuellement classé au patrimoine mondial de l’éducation. Ils ont contrôlé les districts actuels
l’Unesco. de Madurai et Tirunelveli et une partie du sud
du Kerala.
eAu cours de la deuxième moitié du iv
siècle après J.-C, les Pallava, sont devenus de Les Pandya avaient des contacts
commergrands bâtisseurs de temples également et ont ciaux avec la Grèce et Rome. Mais ils ont très
dominé le Sud pendant 400 ans. Ils ont gou- vite été remplacés par les envahisseurs Khilji
verné une grande partie du Tamil Nadu avec du Nord en 1316. La ville de Madurai a
comeKanchipuram comme capitale. Au vi siècle, ils plètement été saccagée. L’invasion
musulmaont vaincu les Chola. ne a affaibli à la fois les Chola et Pandya et
a conduit à la création de l’empire Bahmani
Parmi les plus grands souverains Pallava, (État musulman du plateau du Deccan dans le
on retrouve Mahendravarman I et son fils sud de l’Inde entre 1347 et 1527).
N ar a sim ha var m an. L ’ ar chit ectur e dr a v idienne
atteint son zénith pendant la domination Pal- eL’invasion musulmane du Sud au xiv
9lava. Le dernier roi Pallava était Aparajitha. Il siècle a provoqué une réaction de ralliement
ea été battu par Aditya Chola vers la fin du ix des hindous, qui ont créé un royaume solide,
siècle. appelé l’empire Vijayanagara. Il a intégré
toutes les forteresses des Cholas et d’autres
Le royaume des Chera était composé de dirigeants hindous locaux pour contrer les
l’État actuel du Kerala et de petites zones sur la musulmans. Des gouverneurs appelés Nayaks
côte de Malabar. Leur proximité avec la mer a ont été engagés pour contrôler les différents
favorisé les échanges avec les Romains. Ce pe- territoires de l’empire.
tit territoire n’a jamais connu la conquête des
musulmans et est resté indépendant jusqu’à la Avec Hampi pour capitale, l’empire de
Vipériode britannique. jayanagar fut la dynastie la plus prospère dans
le sud. Mais, en 1564, l'empire a pris fin aux
e eHistoire médiévale – ix -xiv siècles mains des sultans du Deccan, dans la bataille
de Talikota. L'empire a été divisé en plusieurs
Les Chola ont de nouveau récupéré le parties et a été laissé aux mains des Nayaks. Le
epouvoir au ix siècle après J.-C., avec Rajaraja pays tamoul sous les Nayaks était pacifique et
Chola et son fils Rajendra Chola, et s’imposent prospère. Les Nayaks de Madurai et de
Thandans toute l’Inde du Sud. L’empire Chola s’est javur étaient les plus importants de tous. Ils
alors largement agrandi vers le centre de l’In- ont reconstruit quelques-uns des plus anciens
de, l’Orissa et la région du Bengale occidental. temples de la région.
Rajaraja Chola a conquis le royaume de l’Est
des Chalukya, a défait les Cheras, et annexé
eHistoire moderne – xvii siècleune partie de Ceylan en battant les Pandya.
Avec la création de la British East India Rajendra Chola est allé au-delà et a occupé
Company à Madras en 1639, un nouveau les îles d’Andaman et Nicobar, Lakshadweep,
chapitre a été ouvert dans l’histoire du Tamil Sumatra, Java, Malaya et les îles de Pegu avec
Nadu. Les petites querelles entre dirigeants sa grande flotte. Il a vaincu Mahipala, le roi du
provinciaux ont aidé les Britanniques à pren-Bihar et du Bengale et, pour commémorer sa
dre le contrôle administratif. Lentement mais victoire, a construit une nouvelle capitale
apsûrement, l’ensemble du Tamil Nadu et la ma-pelée « Gangaikondacholapuram ».
jeure partie de l’Inde du Sud ont été soumis aux
Avec le déclin des Chola, les Pandya, ont Britanniques. Sous la domination anglaise, ces
epris le dessus, à nouveau au début du xiv siè- territoires ont été intégrés dans une entité
adecle. Le royaume Pandya commence dès le vi ministrative appelée la Présidence de Madras.
UNE CIVILISATION ANCIENNELes Britanniques ont combattu les diffé- Le Tamil Nadu aujourd’hui
rentes puissances européennes, notamment
La majorité de la population de l’État est les Français à Vandavasi (Wandiwash) en
tamoule, de langue maternelle tamoule. Les 1760, réduisant les comptoirs français de
l’InTelougous forment cependant une importante de à l’unique petit comptoir de Pondichéry, et
minorité. L’anglais est largement parlé, et est les Hollandais à Tharangambadi (Tranquebar),
utilisé presque exclusivement dans les affai-obligeant ces derniers à partir définitivement.
res et l’éducation. Madras a hérité ainsi d’un
riche mélange de langues et dialectes, dont la Les Britanniques ont aussi fait quatre fois la
plupart se sont corrodées avec le temps. Avec guerre au royaume de Mysore, contre Hyder Ali
l’avènement des usuriers Marwari et hommes et plus tard contre son fils Tipu Sultan. La
quad’affaires du nord de l’Inde (principalement du trième guerre a pris fin avec le démantèlement
Gujerat et du Rajasthan), qui se sont installés du royaume de Mysore au profit de la
Compaà Chennai dans les années 1950, la ville était gnie Britannique des Indes Orientales, qui a
devenue une cité cosmopolite.pris le contrôle d’une grande partie de l’Inde.
Il y a un grand nombre de salles de cinéma,
Après l’indépendance des parcs d’attractions et des centres
commer10 ciaux dans et autour de la ville. La plage de la
La naissance du mouvement nationaliste Marina à Chennai est un endroit touristique
edans le Tamil Nadu remonte à la fin du xviii très populaire. Chennai est l’une des villes
insiècle. Les premières manifestations du senti- diennes les plus britanniques. Les zones
résiment anti-colonial dans le Tamil Nadu furent dentielles comme Tiruvallikeni (Triplicane),
des rébellions menées par les Poligars de Tiru- Mayilapur (Mylapore) ont une unique
atmonelveli et Shivagana, et la révolte des Cipayes sphère.
à Vellore en 1806.
Beaucoup de vieux bâtiments de plus de
Le Tamil Nadu avait par ailleurs ses com- 150 ans sont toujours présents, ainsi que des
mandants, qui se sont battus contre la Com- établissements commerciaux. La gare centrale
pagnie britannique des Indes orientales alors et le siège du Southern Railway en sont des
qu’elle avait projeté de contrôler toute la ré- exemples. Cependant, la principale artère de la
gion. Parmi les plus connus, on peut citer Vee- ville, Anna Salai (ancien Mount Road) a connu
rapandya Kattabomman, les frères Maruthu et de grands changements et des bâtiments de
Pulithevar. différentes époques coexistent. L’un des
bâtiments sur cette route est le bâtiment Life
InLorsque l’Inde est devenue indépendante surance Corporation (connue sous le nom de
en 1947, la Présidence de Madras est devenue LIC), qui fut utilisé dès sa construction dans
l’État de Madras, comprenant le Tamil Nadu, les années 1950 comme un symbole de la
modes régions sur la côte de l’Andhra Pradesh, dernité dans l’État du Tamil Nadu.
des régions dans le nord du Kerala, et dans la
partie sud-ouest du Karnataka. En 1953, l’État Aujourd’hui, la cité est devenue un centre
de Madras a été divisé en deux États : l’Andhra économique et culturel des plus importants
Pradesh, comprenant le Nord, région parlant de l’Union indienne, qui ne cesse d’attirer non
le télougou, et l’État de Madras, comprenant seulement des migrants du Tamil Nadu et de
les zones de langue tamoule du Sud. l’Inde mais aussi des investisseurs du monde
entier.
En vertu de la loi sur la réorganisation de
l’Union en 1956, l’État de Madras a perdu ses
districts côtiers occidentaux des États du
Kerala et de Mysore. En 1968, l’État de Madras
a adopté un nouveau nom, le Tamil Nadu. La
ville capitale de Madras a été rebaptisée,
Chennai, en 1996.
UNE CIVILISATION ANCIENNEChronologie non exhaustive de l’histoire du Tamil Nadu
150 000 à 1000 av. J.-C. 1251-1370 – Retour des Pandyas
Période préhistorique et règne des musulmans
 1268-1310 : règne de Kulasekaran Pandyan à Ma- 2000 à 1000 av. J.-C : période pré-Sangam.
durai. 600 av. J.-C. : usage de l’écriture tamil-brahmi.
Les voyageurs étrangers, comme Marco Polo, ayant  300 av. J.-C. : le grec Mégasthènes décrit le
royauvisité le pays Pandyan pendant son règne, racontent me Pandya de Madurai.
un empire prospère et pacifique. 250 av. J.-C. : Inscriptions d’Ashoka sur les
royau 1311 : Malik Kafur envahit le royaume Pandya et mes du Sud.
e er ravage Madurai. iv -i siècles av. J.-C. : Thiruvalluvar, poète et
philosophe tamoul écrit le Thirukkural, l’une des
1370-1746 – Vijayanagar et période Nayak
œuvres antiques les plus importantes de la langue
 1370 : Bukka et son fils Kumara Kamapna, règnant tamoule. L’auteur fournit un guide de morale et de
sur Vijayanagar, s’emparent de la région tamoule.bonne conduite.
 1502 : les Portugais établissent un comptoir com-er
 i siècle ap. J.-C. : grande œuvre de la littérature
mercial à Pulicat.tamoule, le Silappatikāram d’Ilango Adigal.
11 1532 -1580 : Sevappa Nayak est le premier roi
200-210 av. J.-C. – Période Sangam Nayak à Tanjavur.
 1609 : les Hollandais établissent un comptoir La littérature Sangam a pour base le Tholkappiyam,
commercial à Pulicat.l’Ettuthogal et le Pathuppattu. Ces travaux
fournis 1623-1659 : Tirumalai Nayak règne sur Madurai.sent des informations précieuses sur l’histoire de
 1623-1655 : Construction du temple de Meen a-l’âge Sangam. Le plus ancien texte serait le
Tholkape kshi à Madurai.piyam, une grammaire tamoule (datant du v siècle
e  1746 : le gouverneur La Bourdonnais, de la Com-av. J.-C. au ii siècle après J.-C.).
pagnie française des Indes orientales, attaque Fort
300-500 av. J.-C. – Période post-Sangam St Georges.
er e
 i -v siècles : seconde grande œuvre de la littérature  1749-1806 : la Compagnie britannique des Indes
tamoule, le Manimekalai de Sīthalai Sāttanār. orientales.
 1760 : bataille de Vandavasi entre Anglais et Fran-560-862 – Pallava et Pandya
çais. Naissance de Veerapandya Kattabomman.
 700-728 : le roi Rajasimha construit le temple de
 1767 Hyder Ali, sultan de Mysore attaque
MaKanchipuram et plusieurs temples à Mahabalipu- dras, mais il est battu par les Anglais.
ram.
 1799 : Serfoji cède le royaume de Thanjavur aux
 575-900 : fondation de la secte dévotionnelle Anglais. Kattabomman est tué par les Anglais.
(bhakti) des Alvars et des Nayanars.
 1806 : la mutinerie de Vellore.
900-1246 – Période Chola 1892- 1944 – L’Inde sous les Anglais
er
 985-1014 : règne de Raja Raja Chola I .
 1921 : premières élections régionales à Madras.
Pen dant son règne, les textes des poètes Appar, Le parti de la Justice forme le gouvernement.
Sambandar et Sundarar sont recueillis et édités en
 1938 : E.V. Ramasamy organise un mouvement
une seule compilation appelée Thirumurai. séparatiste appelé le Dravida Nadu, constitué du
TaConstruction du temple de Brihadeswarar à Than- mil Nadu, Karnataka, Andhra Pradesh et Kerala.
javur.
 1944 : Periyar E.V. Ramasamy et C.N. Annadurai
er
 1014-1044 : règne de Rajendra I . fondent le parti Dravidar Kazhagam.
Il agrandit l’empire Chola jusqu’aux rives du Gange,
Post indépendancefait la conquête des îles Andaman et Nicobar, du
Sri Lanka, des Maldives, et envahit l’Indonésie, la  1947 : fondation de la Présidence de Madras
comMalaisie et le sud de la Thaïlande. Après avoir vain- prenant le Tamil Nadu, une partie de l’Andhra
Pracu Mahipala, le roi Pala du Bengale et du Bihar, il desh et du Karnataka.
construit une nouvelle capitale appelée Gangaikon-  1969 – La région de Madras est renommée «
Tadacholapuram pour commémorer sa victoire. mil Nadu » (pays tamoul).
UNE CIVILISATION ANCIENNELA POLÉMIQUE
SUR L’INVASION
ARYENNE DE L’INDE
par Jean-Yves Lung
12
Après une formation en sciences politiques et de 2500 av. J.-C., et que tous les événements
une activité de conseil en création d’entreprise en historiques devaient rentrer dans ce cadre.
France, Jean-Yves Lung est à présent enseignant-
De plus, ses intentions étaient loin d’être chercheur à Auroville, dans le sud de l’Inde, où il
animées d’une pure recherche scientifique : vit depuis 1993. Il collabore à La Nouvelle Revue
dans un lettre à sa femme, il confesse qu’ayant de l’Inde depuis sa création sous forme d’articles
bientôt terminé la traduction des Védas, les et de traductions.
Indiens pourront vérifier par eux-mêmes leur
absurdité superstitieuse et se convertiront
certainement en masse au christianisme.
epuis plusieurs années, la théorie d’une
Les Britanniques utilisèrent à fond la thèse invasion de l’Inde par des peuples
de l’invasion aryenne, si obligeamment pro-D« aryens » venus d’Asie centrale et y
imduite par l’érudit importé et qui s’avérait po-portant leurs langues, leurs rites et leurs
cultulitiquement extrêmement utile pour « diviser res est remise en question. Il n’y a là rien de
pour mieux régner ». L’Inde, disaient-ils est choquant en soi, la capacité d’une thèse
scienune terre d’invasion, nous ne sommes que les tifique étant d’être « falsifiable », selon le mot
derniers. Le système hindou est une importa-de Karl Popper, c’est-à-dire ouverte à la remise
tion. Les Dravidiens du Sud sont dominés par en question et à l’approche critique.
les Aryens du Nord. Les hindous ne sont pas
Mais le contexte dans lequel cette remise moins colonisateurs que les musulmans ou les
en question s’effectue l’obscurcit considéra- Britanniques, etc.
blement jusqu’à rendre indiscernables les
donDe plus, l’idée qu’une race blanche puisse nées observables sur lesquelles notre jugement
avoir colonisé une race noire « inférieure » leur pourrait se fonder, obscurité que l’on retrouve
semblait tout naturel et ne méritait même pas dès la naissance de la théorie elle-même.
d’être examinée.
En effet, celle-ci est à l’origine une simple
conjecture sans aucun base probante, émise Il est donc évident que d’une part la
théopar Max Müller, indianiste allemand employé rie de l’invasion aryenne s’inscrivait dans un
par la Compagnie des Indes, chrétien militant, système de croyance sur la supériorité des
raconvaincu que le monde avait été créé en 4004 ces qui était une évidence dans l’Europe de la
eav. J.-C., que le déluge s’était produit autour fin du xix siècle, et qu’elle en a outre rempli
UNE CIVILISATION ANCIENNE© Photo : internet
des fonctions idéologiques qui n’ont rien à Enfin, les agitations du monde islamique
voir avec la recherche de la connaissance his- à propos des caricatures de Mahomet
favoritorique. N’importe quelle théorie qui aurait sent l’amalgame : toute remise en question de
subie des influences aussi déformantes dans la théorie de l’invasion aryenne serait une
désa conception et son développement serait faite de la libre pensée face à l’obscurantisme
immédiatement soumise au crible de la criti- religieux.
que, par simple respect de l’éthique
scientifique. Curieusement, ce n’est pas le cas ici. Or les hindous ont beau chercher dans
leurs traditions, ils ne trouvent aucune men-Il faut dire que le contexte présent n’y est
tion d’une quelconque invasion, ni d’aucune pas favorable. En Inde comme ailleurs, la
cri« race ». Le mot arya connote un idéal de no-tique de l’invasion aryenne remet en question
blesse intérieure et non un caractère racial ; de un establishment : critiquer la validité d’une
plus, la couleur qui lui est associé est l’or, non thèse aussi fondamentale quant à l’histoire de
le blanc. Le fait que ce mot ait été emprunté l’ancien monde signifie d’abord remettre en
par les Européens pour soutenir leurs théories question des autorités universitaires et leurs
racistes leur semble inconvenant : un pillage travaux. Or ces autorités gèrent des budgets,
du meilleur pour soutenir le pire.déterminent l’allocation de postes, décident de
13production éditoriale et du contenu des
manuels scolaires, c’est tout un système d’intérêts De plus, lorsque cela leur est retourné par
qui est remis en question dans sa légitimité. des « experts » occidentaux qui leur expliquent
On comprend que le débat s’envenime. benoîtement que tel est le contenu de leur
De plus, il s’est politisé : croire en l’invasion culture, alors que les anciennes prières de paix
aryenne, c’est être marqué à gauche, du côté qu’ils chantent chaque jour sont pour tous les
du Congrès et des sécularistes ; ne pas y croire, hommes qui peuplent la terre, ils se sentent
s’est être marqué à droite comme fanatique du trahis au plus profond d’eux-mêmes.
fondamentalisme hindou. Il n’y a plus de
position neutre, ni d’espace où la question pourrait Nous n’entrerons pas ici dans le débat des
être sereinement posée. Avec l’importante mi- arguments pour ou contre l’invasion aryenne,
gration indienne aux États-Unis, la question a mais nous souhaitons vivement que la
rechertraversé les continents et le California Board che de la vérité, commune aux deux cultures,
of Education ne sait plus ce qu’il doit mention- prenne le pas sur les passions qui
l’obscurcisner dans ses manuels scolaires. sent.
UNE CIVILISATION ANCIENNE© Photo : internet
Et nous faisons nôtre cette déclaration de sont surtout eux-mêmes, leur éclatant
Serge Moscovici sur les approches des cultu- présent. Si nous tenons à les penser, à
res autres : les saisir dans la différence, ne les
pensons, ne les saisissons pas, eux, dans le
Précepte moral pour commencer : manque, dans la négation, mais
pensonschaque réalité, chaque groupe, chaque es- nous, saisissons-nous alors comme une
pèce mérite d’être envisagé dans sa pléni- de leurs métamorphoses, c’est-à-dire
restude, dans sa concrétion, avec le respect tons dans l’affirmation conjointe.
que l’on doit à son originalité. Les êtres,
quels qu’ils soient, ne sont pas le passé, Que je sache, les Indiens n’en demandent
les précurseurs, les ratés des autres : ils pas plus.
14
UNE CIVILISATION ANCIENNE