Anti-doxa, paradoxes et contre-textes

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Tout le monde s'accorde à reconnaître à la lyrique d'Oc un rôle de modèle absolu à l'échelle de l'Europe médiévale. Ce que l'on dit moins, c'est que ce rôle ne se restreignit pas à la seule poésie amoureuse : les troubadours ont en effet expérimenté toutes les formes du dire poétique, y compris les plus déconcertantes, les plus "paradoxales", les plus "déraisonnables". Ce livre est consacré à ce qui, dans l'oeuvre des troubadours (y compris les plus grands), contrarie, la doxa ou tout au moins s'en écarte significativement, que celle-ci fût sociétale, religieuse, morale, littéraire ou, référée au code a cortezia, idéologique.
Publié le : lundi 1 novembre 2010
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EAN13 : 9782296434615
Nombre de pages : 213
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ANTI-DOXA,PARADOXES ET CONTRE-TEXTESÉtudes occitanes
Ouvrage publié grâce au concours financier du Conseil Régional, du Centre de recherches ORACLE (Observatoire Réunionnais des Arts, des Civilisations et des Littératures dans leur Environnement) et de l’Université de La Réunion.
MAQUETTE: Katia DICK, Sabine TANGAPRIGANIN, Marie-Pierre RIVIERE, Bureau Transversal des Colloques, de la Recherche et des Publications ©Réalisation : Bureau Transversal des Colloques, de la Recherche et des Publications Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Université de la réunion, 2010 Campus universitaire du Moufia - 15, avenue René Cassin - BP 7151 -97 715 Saint-Denis Messag cedex 9   PHONE: 02 62 938585COPIE: 02 62 938500 - SITE WEB :http://www.univ-reunion.fr© Éditions l’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École Polytechnique - 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.frLa loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite. Illustration de couverture :». Relief de la« Eu veing vas vos, Seingner, fauda levada e e Porta Tossa (3 ¼ XIII s.), Milan, Musei Civici. Source : Jean Wirth,L’image à l’époque romane, Paris : Cerf, 1999, Fig. 43 :Femme relevant sa robe.ISBN : 978-2-296-13541-3 EAN : 9782296135413
UN I V E R S I T E L AD E RE U N I O NFaculté des Lettres et des Sciences Humaines
PATRICEUHL
ANTI-DOXA,PARADOXES ET CONTRE-TEXTESÉtudes occitanes
EDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris
 UNIVERSITE DE LA REUNION 15, avenue René Cassin 97715 Saint-Denis
COMITE SCIENTIFIQUE DE LAFACULTE DESLETTRESET DESSCIENCESHUMAINESe M. Bernard CHAMPION, Professeur (20 s.) ; e M. YvanCOMBEAUs.) ;, Professeur (22 me e M Gabriele FOISKASCHEL, Professeur (12 s.) ; e M. Alain GEOFFROYs.) ;, Professeur (11 e M. Jean-FrançoisHAMONs.) ;, Professeur (70 e M. Jean-MichelJAUZE, Professeur (23 s.) ; e M. SergeMEITINGERs.) ;, Professeur, (10 e M. Jean-Pierre TARDIEU, Professeur (71 s.) ; e M. Bernard TERRAMORSIs.) ;, Professeur (10 e M. Jean-Philippe WATBLEDs.) ;, Professeur (7 e M. Michel WATINs.)., Professeur (71
Ce livre est dédié à ma mère, Dame d’Oc.
Avant-Propos
Les études réunies dans ce livre sont le fruit de recherches menées dans le champ troubadouresque depuis 1990. Le fonds est constitué d’articles publiés dans des revues internationales de médiévistique, de romanistique ou d’orientalisme (Arabica,Cahiers de Civilisation Médiévale,Neophilologus,Revue Romane,Studia Neophilologica, Tenso), des revues universitaires généralistes (Expressions, Travaux & Documents), des ouvra-ges collectifs pilotés par des chercheurs de l’Université de La Réunion (Cahiers du CRLH) ou des Actes de colloques (« Dérives et déviances » ; « Poésie et rhétorique du non-sens »). Toutes ont été revues, corrigées, actualisées et systématiquement augmentées 1 de traductions des textes médiévaux . Pour certaines, la révision n’a été que locale : études 1 (2000a), 4 (1991b), 5 (2001a), 6 (1997), 9 (2004) et 10 (2008b) ; pour d’autres – en particulier celles qui fusionnent la matière de plusieurs articles –, il conviendrait plutôt de parler de remaniement : études 2 (1990), 3 (1990 et 1991a), 7 (1994 et 1998), 8 (2000b et 2001b) et 11 (2005 et 2008c). Si la poésie d’Oc ne relève pas directement de mon champ de recherches électif – la poésie du non-sens, la parodie, la satire, laLügentradition, la mouvance carnavalesque et ses manifestations littéraires, etc. –, c’est néanmoins vers elle que mes travaux m’ont conduit : les Provençaux n’ont-ils pas été les premiers à expérimenter poétiquement les ressources du non-sens et du paradoxe ? D’une rencontre circonstancielle et – si j’ose dire – « intéressée » est née une passion pour la culture d’Oc : une culture dont les liens avec al-Andalusviales petits royaumes du nord de la Péninsule ibérique, allait faire le plus fécond creuset interculturel de l’Europe médiévale. C’est la raison pour laquelle mon livre s’ouvre sur une étude (plus méditerranéenne qu’occitane) consacrée à Wallada : princesse qui fut l’égale dans l’insolence de Guillaume IX d’Aquitaine et poétesse de grand style, préfiguratrice destrobairitz. De fait, la lyrique occitane deviendra avec les troubadours un modèle pour tous les poètes d’Occident (France, Catalogne, Castille, Italie, Allemagne, etc.). Mais pas seulement, comme on le dit souvent, en matière de poésie amoureuse : tous les usages rodés par les Occitans, y compris les plus déconcertants, les plus « paradoxaux », les plus « déraisonnables » seront en effet également imités… ou contrefaits. C’est la raison pour laquelle j’ai inclus dans mes « études occitanes » un travail sur les parodistes d’Oïl.
1  Sauf indication contraire, toutes les traductions sont de moi.
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Anti-doxa, paradoxes et contre-textes
Comme je l’ai indiqué, ce livre est un recueil d’études, et non un essai. Il pourrait en résulter une certaine disparate, tenant à la variété des sujets traités et à la distance séparant dans le temps la rédaction de certaines d’entre elles. Pourtant, il existe bien de l’une à l’autre une unité souterraine que fédère à mes yeux la notion d’« écart ». Écart par rapport à laδóξαla règlecommune ;  (l’opinion consensuelle) – qu’elle fût sociétale (Wallada, Guillaume IX,Flamenca), reli-gieuse (Flamenca), morale (Sordel,Flamenca), littéraire (tenso de non-re), ou encore, si l’on réfère le motdoxacode « courtois » et à la au Fin’ Amors, idéologique (Guillaume IX,Flamenca; Arnaut Daniel, Montan). Mais la notion d’« écart » peut aussi s’appliquer aux conventions logico-discursives du dire poétique (non-sens,adynata-impossibilia,opposita, paradoxes ;versettensosur « rien du tout » ou « je ne sais quoi ») et aux conventions langagières del’ars trobadorica, d’ordinaire régies par lamezura(Arnaut Daniel, Montan). D’où mon titre : « Anti-doxa, paradoxes et contre-textes ». Car chez les troubadours, l’« écart » débouche tout naturellement sur une forme de « contre-textualité », au sens défini par Pierre Bec : Le contre-texte est, par définition, un texte minoritaire et marginalisé, une sorte d’infra-littérature (underground). Sa référence paradigmatique reste le texte, dont il se démarque, et son récepteur, inévitablement, le même que celui du texte. Car sa réception et son impact sont étroitement 2 liés aux modalités du code textuel majoritaire . À l’occasion, la dialectique du texte et du contre-texte aura des prolongements au nord de la Loire et deviendra transculturelle, se jouant des frontières politiques et linguistiques du temps et périmant par avance toute vue doctrinaire sur la soi-disant « clôture » du monde médiéval. Saint-Denis de La Réunion, avril 2010.
2  BEC1984 : 13.
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