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Aux sources du jazz noir
Racines du Présent Collection dirigée par François Manga-Akoa En cette période où le phénomène de la mondialisation conjugué au développement exponentiel des nouvelles technologies de linformation et de la communication contracte lespace et le temps, les peuples, jadis éloignés, se côtoient, communiquent et collaborent aujourdhui plus que jamais. Le désir de se connaître et de communiquer les pousse à la découverte mutuelle, à la quête et à linterrogation de leurs mémoires, histoires et cultures respectives. Les générations, en se succédant, veulent senraciner pour mieux souvrir dans une posture proleptique faite de dialogues féconds et exigeants. La collection » du Présent« Racines des études et des propose monographies relatives à lhistoire, à la culture et à lanthropologie des différents peuples dhier et daujourdhui pour contribuer à léveil dune conscience mondiale réellement en contexte. Déjà parus Ange DIAWARA - Jean-Baptiste IKOKO - Jean-Claude BAKEKOLO - Jean-Pierre OLOUKA,Autocritique du M22,2011. ROCHE Christian,50 ans dindépendance dans les anciennes possessions françaises dAfrique noire, 2011. CHATAIN Jean, EPANYA Augusta, MOUTOUDOU Albert, Kamerun, lindépendance piégée. De la lutte de la libération à la lutte contre le néocolonialisme, 2011. LABURTHE-TOLRA Philippe,Les seigneurs de la forêt, 2009. MORGEN Curt von,A travers le Cameroun du Sud au Nord (deux volumes), 2009. FOTSO DJEMO Jean-Baptiste,Le regard de lautre. Médecine traditionnelle africaine, 2009. ADLER Alfred,La mort est le masque du roi,2008. BARRY Boubacar, Sénégambie du XVe au XIXe siècles, La 2003.
Antoine Manda Tchebwa
Aux sources du jazz noir
© L'HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56300-1 EAN : 9782296563001
PRÉLUDEEvolution diachronique du jazz à travers ses multiples accents et métissages « trans-ethniques » et « trans-raciaux »
Le présent livre a la modeste ambition de revisiter lépopée du Jazz noir à partir des réminiscences éparses de lambiance née autrefois dune « savane » lâche et désolée des Etats-Unis, dénommée originellementCongo Plains. Juste assez pour permettre au jazz de se redéployer, le temps de la lecture, à travers ses multiples déclinaisons et accents rythmiques, harmoniques et mélodiques. Ressacs mémoriels qui ont tout dun maelström en tant quils impliquent moult aventures fulgurantes et burlesques, passionnantes et picaresques, qui plus est charriées par des personnalités illustres, profondément inspirées et irradiées dun génie incommensurable.
Lhistoire dun peuple déracinéPour qui sait lire entre les lignes, cette épopée-là porte lhistoire intime de lesclave africain, qui dans labjection de la servitude, tout en marchant sur le fil de son destin, cueillait patiemment son passé pour fleurir sa vie de cafard avec lespoir de se réinventer un jour libre, debout, fier et altier  par le jazz bien entendu. Jazz qui, pour tout Afro-Américain, nest autre chose que ce langage musical « fruste » doublé dun « lieu de mémoire » par quoi le nouvel « être » négro-américain vint au monde sur sa nouvelle terre dadoption. Plus joyeux, fleuri et moins iconoclaste, cependant beaucoup plus près de lâme du captif africain, le ton parfois tragique donné à ce livre devrait être perçu comme une tacite invitation à sincliner avec révérence devant lextraordinaire génie dont a fait montre lélite jazzistique afro-américaine, telle quelle y apparaît dans sa dimension la plus mythique, sinon la plus inventive. Un génie qui, dans la flamme de la créativité, apparaît comme cette étincelle intérieure qui se déclenche à la confluence de lintellect et des joies du cur. A laune de toutes les histoires des pays du Nouveau Monde, ici aussi comme hier en Guadeloupe, à Cuba, au Brésil ou en Haïti, cest bien dun trésor « imaginaire » dont quil est question. Catherine Eve di Chiarra lavait énoncé encore mieux dans sonDossier Haïti. Un pays en péril (1988) : « Ce nest ni en kilomètres carrés ni en dollar » que devrait sexprimer la vraie richesse dun pays, encore moins la richesse dune culture. En quelle unité de mesure pourrait-on, dans ce cas, évaluer cette richesse sans courir le risque de verser dans des extases
par trop idéologiques ? De notre point de vue, toute chose étant égale par ailleurs, rien ne vaut une plongée abyssale dans la mémoire. Pour sûr, cest en plongeant dans les pages de lhistoire du peuple afro-américain quil faut la chercher cette richesse-là. Il sagit sans doute ici dune histoire qui a plus dune fois flirté avec la geste des « marrons » afro-américains, exemplaire la conquête de lIndépendance et des libertés, et sanglantes les luttes pour légalité raciale, tant foisonnèrent dans la trame historique de cette conquête, des héros dignes de mémoire. Héros de tous ordres, pervers et parfois confrontés à inhumanité inoxydable. Qui  ironie du sort  finit un jour par susciter (en guise de réponse à la férocité coloniale infligée « aux Noirs de la plantation »), une musique incandescente, porteuse de tant dhumanité et de beauté à laune de la polyphonie culturelle en gestation. Serait-ce là une fois encore lhistoire dun peuple maudit par le destin ou par la félonie primordiale dun héros fondateur? Que non. Il ne sagit ni plus ni moins que de lhistoire de ce peuple « en haillons », victime dun doudouisme1guimauve qui un jour se vit contraint de faire souche, à son corps défendant, dans tous les empires coloniaux des Amériques esclavagistes. Peuple dont les descendants fourmillent dénergie, la mémoire ancrée dans la nostalgie de ses racines africaines, et qui par le jazz a tenté den renaître virtuellement à partir de Congo Plainson le voit, de ce peuple de foi au cur généreux, et. Il sagit, comme pour le moins dire riche et pauvre, toujours « prêt à oublier sa misère, souriant et résigné, amoureux de danse, de musique, de légende, de fêtes, débordant de vie, de verve, de personnalité, instinctivement doué, créateur infini, exceptionnel-lement raffiné dans chaque moyen dexpression »2.
Lambiance de Congo Plains Et dire que cest dans cette ambiance fabuleusement chaotique et sauvage de Congo Plains que les ancêtres africains de ce peuple-là se forgèrent les premières armes de la conquête de leur indépendance culturelle. Ici même, sur ce théâtre de chants et de danses hallucinés, où ce vieux peuple originaire dAfrique se plaisait à faire planer tous les dimanches et les jours de fête, les mythes du vaudou et ses mystères insaisissables. Ici même où des corps noirs mystérieusement agités, comme habités par des divinités innommables, hurlaient dans leurs transes, entre convulsions et transmutations mystiques. Ici même où se mélangeaient dans une nostalgie lancinante des traditions dune Afrique « une » et « plurielle » à la fois, lAfrique dici et dailleurs. Peut-on oublier si facilement ce negro pavillon ? Cest que, cest cet sans homme en lutte permanente pour la conquête de la plénitude de son humanité qui gît au fond de chaque esclave, car il sagit bien ici dun « être » jadis pleinement accompli et qui, razzié par limpitoyable appareil esclavagiste
1 Dans un contexte créole, le concept doudouisme implique un regard critique porté sur lAutre dans une condescendance arrogante à partir de ses propres préjugés ou exigences. 2Idem, p. 15.
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européen, « de rupture en rupture, après quune nausée grandissante leût livré au vide du ciel, est devenu non plusêtremais blessure et mêmeagoniede tout ce qui est », selon les propos de Georges Bataille. Une certitude :Congo Plainsne serait guèreCongo Plainssil navait pas ce don prodigieux de vibrer en spectacle tambourinant et jubilatoire livrés par des Noirs au torse nu, jambes et pieds bruissant de grelots, en plus de se laisser dévaster à cur joie par des cyclones des rythmes de tambours, mêlés aux frémissements de hochets en calebasses. Il était dit dans les livres des prédictions que cest ici, sur la prairie boisée de Congo Plains, quallait sécrire tôt ou tard une des plus belles pages de lhistoire de la musique noire des Amériques. Eh bien, nous y voilà ! De même, lon devrait se convaincre que sans tous ces secouements hebdomadaires des nègres en transe, investis par leurs dieux dAfrique, sans ce génie éruptif de ces diables de tambourinaires aux milles figures rythmiques, Congo Plainsne serait quune plaine banale et muette. Une simple plaine sauvage gorgée de serpents, de mygales et de scorpions venimeux. Une terre incapable de témoigner, à terme, des exploits héroïques de ceux qui hier nont pu se faire taire ni par les outrages de la déportation, ni par les morsures du fouet. Encore moins, par la tentative  de la part du « maître dompteur de nègres »  de lannihilation de leur identité primordiale. De plus, quen serait-il advenu à cette plaine désolée si un jour le nègre navait pas eu lheureuse fortune dy inventer le jazz ? Après tout ce jazz, nest-ce pas la réponse du loup à la bergère ? « Tu mexècres, tu me maltraites ? Eh bien, en retour moi je tapporte le sens de lhumanité et de la générosité à travers les ressources de mon imaginaire », avait répliqué lAutre à linhumanité chronique lui imposée par son tortionnaire.
Au-delà de la posture victimaire de lesclave noir Toujours est-il que la naissance du jazz ne peut mieux sappréhender en excluant de son champ historique les deux protagonistes de laventure coloniale américaine que sont : le maître blanc et lesclave noir, donc lEuropéen et lAfricain. Lun, le « dompteur par excellence du Noir », obsédé tout juste par lesprit de domination et la rentabilité économique, ce qui le poussa à asservir sans états dâme son cheptel noir ; lautre, « lasservi dompté », englué dans une totale résignation dans sa posture victimaire, en quête de sa liberté toujours extorquée, armé tout juste dune âmebluespour mieux panser son coeur saignant. A la vérité, lesclave africain  cet artiste intuitif né  neut guère le temps dapprendre la musique dans quelque académie, pour prétendre un jour en revendiquer quelque mérite. A coup sûr ; il fit ses premières gammes là où il vécut, cest-à-dire dans lenfer de la plantation. Nul réflexe rationaliste, nul souci dabstraire les éléments de sa culture orale, nulle planification marketing pour valoriser outre mesure sa trouvaille neffleurèrent non plus son esprit. Dans la candeur de son innocence, il navait pour lui que lenvie de sévader de la grisaille de son âme torturée.
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Au-delà de cette apparente insouciance naïve, voyez cependant le regard que lui portent aujourdhui les théoriciens de la musique afro-américaine ! Voyez comment, par un retournement spectaculaire du destin, lancienne musique du paysan en haillons du Delta du Mississipi, ou encore celle des quartiers malfamés de La Nouvelle-Orléans, suscite aujourdhui autant dintérêt dans le monde entier. Musique que lui  simple paysan dépourvu de quelque assise académique  a humblement inventée dans sa sauvagerie la plus fruste ! Que des théories savantes, les unes parfois plus sophistiquées que les autres, consacrées à lévolution du Jazz (cet enfant de la plantation) ! Devenue une vraie science socio-historiographique, létude chronologique du jazz autorise même, aujourdhui, son découpage en tranches décennales, voire au-delà. Et dire quà lorigine cette conception sérielle3 choses ne fut nullement le privilège de des « linventeur intuitif nègre » du jazz quétait lesclave. Pouvait-il simaginer un jour projeté au cur de toute une science ? Lui qui naguère battait naïvement son tambour ou grattait les cordes de son banjo dans linsouciance absolue. Pourtant, à lère de la division du travail, tout devient possible. Surtout maintenant que le musicologue contemporain sattache lui aussi  à linstar du philosophe, du mathématicien ou du comptable  à tout abstraire, tout compter, tout classifier selon une logique catégorielle4. Oubliant parfois que la vie est bruyante, désordonnée, chaotique. La vie ? Oui la vie, avec ses « bruits du travail, bruits de fête, bruits de vie et de nature ; bruits de révolte, de révolution, de rage, de désespoir Musiques et danses. Complaintes et défis. Rien ne se passe dessentiel dans le monde sans que le bruit sy manifeste. »5Bruit à tout le moins immaîtrisable et inclassifiable. Daprès les hypothèses de chercheurs, cest même en suivant cette logique bruyante, logique taxonomique qui plus est, que prit racine  dans le chaos de lesclavage pur et dur au temps de la colonie  la genèse matricielle du jazz. Genèse atemporelle qui demeure encore et malgré tout indéchiffrable.
Les grands moments de lhistoire du jazz noir Le fait est là que, lorsquon chercher à planter la stèle fondatrice, cest la période qui précède les années 1900 qui semble simposer à bon nombre de théoriciens et que lhistoriographie du jazz érige en proto-jazz. Certains la situent plus précisément entre 1619 et 1865. Autrement dit, entre limplantation des premiers colons européens et larrivée des premiers esclaves noirs, suivie peu après, à partir de 1776, de laffirmation proclamée dune Amérique blanche totalement émancipée de lattache tutélaire avec la Couronne anglaise.
3 culture », in A. Huybrechts, V. Y. Mudimbe, L. Peeters, J. Valentin Y. Mudimbe, « La Vanderlinden, O. Van Der Steen, B. Verhaegen, 1960-1980. Essai du bilan :Du Congo au Zaïre, Bruxelles, CRISP, 1980, pp. 319-322. 4Cf. Emile Bongeli Yeikelo ya Ato,Sociologie et sociologues africains. Pour une recherche citoyenne au Congo-Kinshasa, Paris, LHarmattan, 2001, p.182. 5Jacques Attali,Bruits, Paris, Presses Universitaires de France/Fayard, 2001, p. 11.
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Vivant dans une cohabitation difficile avec leurs maîtres, surtout dans les Etats du Sud, les Noirs quant à eux sillustrèrent tout de suite par un sens de résignation assez poussé. Et aussi, lorsque les circonstances lexigeaient, par des révoltes héroïques sinon épiques. Toujours est-il quen dépit de la dispersion des tribus, leurs folklores chantés, leurs musiques aux tambours et leurs percussions corporelles vont, avec le temps, occuper une place importante dans leurs divertissements. Mais de quelle manière ? Pour se donner du courage dans les plantations, certains esclaves noirs se mettent à chanter des comptines. Certains autres encore sadonnent à des lancinantes berceuses héritées de la culture africaine. Dautres semploient à chanter collectivement deswork songschants de travail ») émaillés defield hellers(« cris de champs »), de yodles (tyroliennes) ou de grognements (moanin). Cette ambiance sonore, chargée prodigieusement deffets de syncope et gouvernée par une inspiration profondément élégiaque, annonce déjà les prémices du blues, disons mieux du jazz à venir. Ainsi, à lorigine de tout il y a dabord, nous semble-t-il, le blues primitif. Cest le blues du paysan en mal de vivre, livré aux caprices du destin. Il y a donc dans ce blues de la plantation le cri, la plainte, le grognement qui expriment lâme du paysan et esclave noir saignant abondamment de lintérieur. A partir de 1641  à la faveur de lévangélisation  déjà dès les premiers baptêmes administrés aux Noirs, les hymnes protestants fécondent les premières formes dewhite spititualsetnegro spirituals(1800-1830).Les mots chantés de cette hymnodie réconfortante  dont chacun, faute de mieux, sefforce de sapproprier la quintessence  se veulent la parole séminale qui sépanche pour faire éclater à terme une grande espérance au sein de lhumanité souffrante des Noirs. Pourtant, dans lambiance du mouvement de la « Reconstruction », consécutive à la fin de la guerre de Sécession, les Noirs sont toujours sous la coupe réglée dun racisme féroce. Cette ambiance inique est exacerbée surtout par des lynchages sanglants6, voire mortels, perpétrés par le Ku Klux Klan (1884-1900). Cette terrifiante milice des Blancs cagoulés tout en blanc, comme pour mieux se cacher de sa forfaiture en tant que membres dune sinistre confrérie anti-noirs, abhorre tous ceux qui nont pas la peau blanche7. Elle sème la mort partout, en villes comme dans les campagnes. Ce qui, forcément, appelle une résistance farouche des Noirs, refusant de se laisser exterminer par ces forces diaboliques. Surgissent alors des émeutes dans tous les ghettos noirs. Sous la
6Pius Ngandu Nkashama note au moins 250 cas de lynchages parLe professeur congolais (RDC) an. Cf. son ouvrage :Enseigner les littératures africaines, T. 1 Aux origines de la négritude, Paris, LHarmattan, 2000, p. 27. 7 loi ségrégationniste dite « Jimcrownism » Une distinguant nettement le statut civil dun homme libre blanc de celui dun noir sociologiquement et ontologiquement inférieur. Ce qui donna lieu à cette litote chargée de tant de dédain à lendroit des Blancs peu policés, voire à tout métis ou quarteron : « Une goutte de sang noir vous ramène au rang des noirs » (sauvage et inférieur sentend).
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conduite de lactiviste noir Booker T. Washington (apparu peu après la guerre de Sécession), lAmérique noire affronte lAmérique blanche dans un rapport de forces inégal. Face à ces dures épreuves, qui tournent finalement à lavantage des Blancs numériquement plus importants, les Noirs émigrent vers les grands centres urbains. Là, ils créent les premiers ghettos dans les périphéries urbaines : South Side (Chicago), Harlem (New York), etc. Il sagit en fait de véritables termitières où fourmillent des cafards affamés, complètement déglingués ! Dans tout cela, lEglise reste la principale institution médiate entre les communautés. Elle incite à espérer, tout en dynamisant la vie sociale, associative, culturelle Dans cemelting pot bouillonnant de créativité, le chant choral dit Jubilee (né entre-temps à Nashville à la faveur dune première esquisse démancipation de lélite universitaire noire de la Fisk University), le Gospel, le Blues et le Ragtime, formant soudain la tessiture dune nouvelle musique populaire afro-américaine en pleine mutation, font jaillir les premières racines formelles du jazz. Cest dans cette ambiance de chants et de danses quapparaît le jazz dit Nouvelle-Orléans (1900-1920). A cet âge commence donc le sevrage dune forme de jazz fruste, à peine sorti de son berceau, bruissant de toutes les esthétiques sonores et rythmiques matricielles créoles. Si Kansas (Kansas et Missouri), Memphis (Tennessee) et Saint Louis (Missouri) passent pour les premiers foyers possibles de léclosion des prémices du jazz noir, pour une grande majorité dhistoriens La Nouvelle-Orléans, étant à la confluence de toutes les ascendances (amérindiennes, africaines, créoles et européennes), demeure sans aucun doute le « berceau » officiel, sinon la « capitale » du jazz noir8. Trois grands moments forment ainsi la trame historique du jazz Nouvelle-Orléans, dont la phase matricielle pourrait être désignée sous le terme proto-jazz.
LE PROTO-JAZZQuel est létat de la musique à cette époque pionnière en Amérique? Le contexte historique inspire demblée un constat : dotés dune mémoire fortement dépouillée, donc déglinguée du fait de la dislocation des tribus et des familles originelles, des langues et des coutumes africaines  contrairement aux esclaves des colonies espagnoles ou françaises des Antilles ou des Amériques latines (à qui il fut autorisé de se réunir en « cabildos de nación » ou en « batuque de nación »)  les familles des esclaves noirs des Etats-Unis, puisque systématiquement atomisées, ne surent conserver rigoureusement ni les langues, ni les instruments de musique, encore moins leurs rites africains. Puisant dans un réservoir mémoriel totalement imbriqué, les premières formes mélodiques, rythmiques et harmoniques des esclaves afro-américains peuvent être perçus à ce stade à la fois comme « le fruit de la mémoire et de loubli » (Bergerot, F. : 2001). Il sagit dans ce cas dune mémoire qui, pour mieux
8Cf.Lencyclopie Microsoft Encarta, 2004.
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