Camorra sound

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C'est un livre qui cherche à comprendre quand et comment la camorra est entrée dans la chanson populaire napolitaine. C'est un voyage dans l'histoire de la musique et de la criminalité organisée de la Campanie et de l'Italie de ces quarante dernières années. Pour réaliser ce travail, l'auteur est allé à la rencontre d'artistes et d'acteurs culturels d'hier et d'aujourd'hui, parmi eux : Caparezza, Edoardo Bennato, Teresa De Sio, Dario Fo, etc.
Publié le : mercredi 8 juin 2016
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EAN13 : 9782806108425
Nombre de pages : 164
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CAMORRA SOUND
La mafia dans la chanson populaire napolitaine, entre justifications, exaltations et condamnation
Daniele Sanzone
Camorra Sound
C O L L E C T I O N Carrefours
Cette collection a pour objectif de se pencher sur les tensions dialectiques qui animent notre monde et sur les nouvelles formes d’expression qui en découlent (tendance à l’uniformisation cultu-relle mais diversification des identités ethnoculturelles, individuali-sation constante mais émergence de nouvelles formes de solidarité,...), et ce dans une perspective transdisciplinaire.
La collection présente trois thèmes majeurs : la multiculturalité, les migrations et l’ethnicité au sens large du terme.
Directeur: Marco Martiniello (FRS-FNRS et Université de Liège)
Comité éditorial: GianniD’AMATO(Université de Neufchâtel, Suisse),MichelineLABELLE (UQAM, Montréal, Québec-Canada), PatrickSIMON(INED, Paris, France), AlyTANDIAN(Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal)
Ouvrages parus dans la collection : GautierPIROTTE,Une société civile post-révolutionnaire. Étude du nouveau secteur ONG en Roumanie. Le cas de Iasi, 2003. MarcoMARTINIELLO& AndreaREA(eds),Affirmative Action. Des dis-cours, des politiques et des pratiques en débat, 2003. FabienneBRION(éd.),Féminité, minorité, islamité. Questions à pro-pos du hijâb, 2004. NouriaOUALI (ed.),Trajectoires et dynamiques migratoires de l'im-migration marocaine de Belgique, 2004. AnnickLENOIRACHDJIAN,Appréhender la nation, vivre en diaspora : regards arméniens, 2006. KàtiaLURBEI PUERTO&FrédéricLEMARCIS,Endoétrangers. Exclusion, reconnaissance et expérience des Rroms et gens du voyage en Europe, 2013. MarcoDEBIASE,Comment on devient camorriste, 2016.
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Camorra Sound
La mafia dans la chanson
populaire napolitaine,
entre justifications,
exaltations et condamnation
Daniele SANZONE
8 Carrefours
QUéstO îbrO è stàtO tràdOttO gràzîé à U cOtrîbUtO àà tràdUzîOé àsségàtO dà mîîstérO dégî Affàrî Estérî îtàîàO.
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© Dàîéé SàzOé,Camorra sound. 'O sistema nella canzone popolare napoletana tra giustificazioni, esaltazioni e condanna, AddîctîOs-Màgéés EdîtOrîàé(cOàà VOcî dà SUd), 2014.
D/2016/4910/20
© AcademiaL'Harmattan Gràd’Pàcé, 29 B-1348 Louvain-la-neuve
ISBN : 978-2-8061-0276-8
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé quece soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Préface à l’édition française
En ouverture de son filmPassioneconsacré à la musique napo-litaine, le réalisateur et acteur américain John Turturro affirmait avec amour et conviction “Il y a des endroits où tu vas une fois et cela te suffit... et puis, il y a Naples”. Cette ville, et sa région n’ont en effet de cesse de fasciner depuis des siècles. Capitale artistique mondiale pendant des décennies sinon des siècles, la richesse de son patrimoine et la splendeur sa baie ont attiré et séduit les visi-teurs en provenance du monde entier. Le Vésuve, la mandoline, le théâtre San Carlo, les pizzas, la côte amalfitaine, Capri évoquent la sophistication intellectuelle, le bon goût et la douceur de vivre, une espèce de paradis terrestre.
Mais Naples a de multiples visages et la réduire à une carte postale serait fallacieux. Lorsqu’il publie son livreGomorra, qui sera plus tard porté à l’écran par Matteo Garrone, Roberto Saviano, présente une autre facette de la réalité napolitaine, celle des quar-tiers périphériques délabrés ou la criminalité organisée locale, la Camorra, règle (ou dérègle ?) tous les échanges économiques, sociaux et politiques. Cette Naples effrayante, violente, sale, sous-prolétaire, immorale frappée de manière récurrente par les crises des déchets, le travail des enfants, le commerce et l’usage de drogue, les luttes mortelles entre les groupes mafieux, le dénue-ment de la population locale, le chaos urbain a été aussi caricatu-rée que la Naples de carte postale. Il n’en demeure pas moins que l’agglomération urbaine napolitaine connaît des problèmes qui la font parfois ressembler à une ville sud-américaine au cœur de l’Union européenne.
Étant moi-même originaire de Campanie, la complexité de Naples m’a toujours fortement intéressé. Lorsque j’ai décidé d’entreprendre des recherches sur l’importance sociale et politique des musiques populaires pour les populations minorisées, j’ai décidé d’inclure le cas napolitain dans mes travaux. Le choix se
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justifiait notamment par l’omniprésence de la musique dans l’his-toire de la ville qui avait aussi la particularité d’avoir une impor-tante population locale minorisée et géographiquement mise à l’écart dans des quartiers périphériques paupérisés dans lesquels pourtant, la musique résonne constamment.
Très vite, mon attention a été attirée par un groupe de rock de Scampia, le quartier deGomorra, qui avait la particularité d’utiliser son art pour lutter contre la Camorra. Ce groupe porte le nom de A67, la loi qui a donnée naissance à la banlieue de logements sociaux de Scampia. Dans leur chanson intitulée en napolitainÀ Camorra song’io(la camorra, c’est moi), le groupe critique la culture mafieuse qui a selon le groupe pénétré les esprits des gens des quartiers et qui les empêche de réagir contre ce fléau criminel. En quelque sorte, la Camorra, ce ne sont pas seulement les criminels, mais c’est aussi nous qui adoptons leurs “valeurs” et leur “culture” et qui nous soumettons à leur loi et à l’ordre social qu’ils ont imposé. Un message puissant, autocritique qui me pousse à contacter le groupe. Et me voici un matin de mai 2010 à la station de métro de Barra dans la banlieue industrielle de Naples où le chanteur du groupe, un certain Daniele Sanzone, m’a donné ren-dez-vous. Depuis ce matin printanier, Daniele et moi sommes restés en contact régulier et fréquent. Nous sommes aujourd’hui des amis.
À la lecture de son livreCamorra Soundpublié en 2014, il m’a semblé important que le public francophone puisse avoir accès à cette réflexion. À travers la question qui sert de fil conducteur à l’ouvrage (pourquoi les chanteurs napolitains ont-ils tant tardé à prendre explicitement position contre la criminalité organisée locale ?), Daniele nous emmène dans une ville extrêmement com-plexe et inégalitaire. Sa voix est celle d’un artiste, d’un acteur social et d’un observateur engagé et ludice qui nous enseigne que la culture, en général, la musique en particulier, peuvent être des armes de résistance, des moyens de ne pas sombrer dans la soumis-sion volontaire et de rester debout face aux injustices de ce monde. Il n’y a pas de voyeurisme dans ce livre d’une honnêteté impla-cable écrit par un vrai amoureux de sa ville et de son quartier,
Préface à l’édition française
malgré tous ses problèmes. Il y a une leçon humaine cruciale et encourageante : nous ne sommes jamais condamnés à accepter, l’oppression, l’exploitation et la marginalisation. Les arts et la culture peuvent nous permettre de ne pas consentir à celles-ci et partant de rester debout, de résister.
Marco Martiniello Bruxelles, 14 Mars 2016
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Aux sacrifices et aux couleurs de mon père, au sourire de ma mère et à Massimo et Amedeo, avec vous jamais je ne serai seul.
Aux frères ’A67 pour avoir vêtu mes mots de notes, passeport pour n’importe où.
À Luciana
Il y a mille ans comme aujourd’hui, conteurs et ménestrels, rockers et rappeurs, chantent l’autre histoire, celle que les gens veulent entendre et que le palais veut faire disparaître.
Mais la musique vole. Insaisissable et imprenable.
Comment fait-on pour mettre une chanson en cage ?
Comment peut-on tuer un rythme, une balade, un refrain ?
(DARIO FO)
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