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La mélodie française contemporaine : transmission ou transgression ?

De
325 pages
Parmi les nombreuses œuvres vocales solistes contemporaines, peu se revendiquent comme des mélodies. C'est le paradoxe de la mélodie française contemporaine, rarement représentée au concert et peu souvent l'objet d'enregistrements. En quoi ces œuvres s'apparentent-elles au genre d'origine ? Prolongent-elles ou transgressent-elles l'esprit de la mélodie française ? L'auteur analyse les choix poétiques et les démarches musicales d'une sélection d'œuvres et éclaire ainsi le genre de la mélodie française contemporaine.
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Remerciements
Cet ouvrage, issu d’un travail de recherche universitaire, est tout d’abord redevable aux nombreuses personnes qui m’ont accompagnée au 1 cours de mes recherches : Marie-Claire Beltrando-Patier qui m’a encoura-2 gée dans mon orientation sur la voix contemporaine et Guy Gosselin qui a 3 dirigé ma thèse. Je remercie également Pierre-Albert Castanet , Geneviève 4 5 Mathon , Gianfranco Vinay qui, au cours de mes recherches, ont éclairé ma réflexion dans le domaine des écritures et de la voix contemporaines. J’ai été confortée dans ce projet éditorial par ma collaboration à l’Association Française des Professeurs de Chant, au cours de laquelle j’ai participé à plusieurs évènements autour de la voix et de la mélodie 6 7 contemporaine , en collaboration avec Vincent Vivès . Je remercie particulièrement les compositeurs qui ont bien voulu me confier les clés de la genèse de leurs œuvres et ont contribué à nourrir mon enthousiasme : Georges Bœuf, André Bon, André Boucourechliev, Jean-Yves Bosseur, Charles Chaynes, Adrienne Clostre, Gérard Condé, Michel Decoust, Frédéric Durieux, Graciane Finzi, Suzanne Giraud, Olivier Greif, Lucien Guérinel, Gérard Pesson, Philippe Hersant, Paul Mefano, Michèle Reverdy, François Sarhan. Ces contacts, l’accès aux partitions et aux sources sonores, ont été rendus possibles grâce au Centre de Documentation de la Musique Contemporaine et à la disponibilité de Corinne Monceau. 8 Merci enfin à Sylvie Douche et Philippe Clémençot qui m’ont encouragée et accompagnée dans ce projet.
1. Marie-Claire Beltrando-Patier, Professeur honoraire de l’Université de Paris-Sorbonne 2. Guy Gosselin, Professeur à l’Université François-Rabelais de Tours. 3. Pierre-Albert Castanet, Professeur à l’Université de Rouen. 4. Geneviève Mathon, Maître de conférences à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. 5. Gianfranco Vinay, Maître de conférences à l’Université de Paris-8. 6. L’AFPC était dirigée par Monsieur Paolo Zedda, actuellement Membre honoraire. Le colloque de l’AFPC qui s’est tenu en mai 1998 au CNSM de Paris était consacré à la mélodie française contemporaine. Vincent Vivès et moi-même ont élaboré la Revue de l’AFPC - n°3 « Écritures, Notations et Esthétiques de la vocalité dans la mélodie française contemporaine », en avril 1998. 7. Vincent Vivès, Maître de conférences de l’Université de Provence. 8. Sylvie Douche, Maître de conférences à l’Université de Paris-Sorbonne, auteur de nombreux travaux sur la mélodie française et la correspondance des arts.
Avertissement
Lorsque j’ai décidé, plusieurs années après mes recherches 1 universitaires , d’écrire ce livre sur la mélodie française contempo-raine, mon vœu le plus cher était de faire connaître ces œuvres vocales à un public élargi intéressé par la voix et la mélodie française, et curieux des expressions vocales contemporaines.
Malgré mon souhait, il n’a pas été possible d’élaborer un CD proposant des extraits des œuvres présentées et analysées au cours du livre. Les références des œuvres enregistrées sont mentionnées ; 2 par ailleurs les autres œuvres, souvent enregistrées à Radio France , peuvent être entendues au Centre de Documentation de la Musique 3 Contemporaine à Paris . C’est donc naturellement la cote du CDMC qui apparaît alors. Je remercie chaleureusement les documentalistes du Centre qui ont mis à ma disposition tous les documents néces-saires à mes recherches et m’ont permis de rencontrer les composi-teurs. Le lecteur pourra aisément y prendre connaissance des œuvres répertoriées.
L’ouvrage présente deux systèmes de notes. Les notes de bas de pages apportent des informations qui élargissent le propos textuel. Les notes de fin de chapitres sont plutôt relatives aux sources. Le glossaire permet de préciser les termes et expressions techniques relatifs à la musique contemporaine ou à la musique en général.
Le choix des œuvres présentées est certes subjectif, et corres-pond à une période d’investigation donnée. Cependant, elles permet-tent d’approcher un éventail des écritures vocales solistes contem-poraines, ainsi que des affinités poétiques très diverses. Je souhaite qu’elles séduisent le lecteur et l’incitent à découvrir ces mélodies contemporaines dans leurs enregistrements et au concert.
1. « La mélodie française contemporaine : de l’ouverture aux mutations d’un genre », Thèse soutenue le 26 avril 2003, à l’Université François-Rabelais de Tours, sous la direction de Monsieur le Professeur Guy Gosselin. 2. Discothèque de Radio France, 116, avenue du Président Kennedy, 75016 Paris, tel : 01 56 40 39 03, site : www.radio-France.fr. 3. CDMC, 16 place de la Fontaine aux lions, 75019, Paris, tel : 01 47 15 49 86, site : www.cdmc.asso.fr.
Préface À une question évoquant les éventuelles difficultés de la mise en musique de la langue française, le compositeur contemporain, Karol 1 Beffa répondit que, peu souple, le français lui posait plus de problème 2 pour la mélodie que pour le chœur . L’exigence de la mélodie est due, en grande partie, à l’ambiguïté du rapport entretenu entre les deux entités constitutives du genre : texte et musique, tant sont poreuses les frontières entre ces deux arts du son, tant est large la communauté des matériaux et de leurs techniques employés, tous deux portés par ce 3 medium magique qu’est la voix humaine, « divin gosier » ! Voix du poète/compositeur/lecteur du poème, voix de l’interprète qui, du parlé au chanté, par son expressivité mise à nue, expose son instrument à la fascination ou au rejet.
La voix est à la fois l’instrument et l’instrumentiste, la musique et le musicien ; position privilégiée et troublante […] c’est elle qui marque notre commencement et notre fin : nous venons au monde 4 avec un cri, nous le quittons sur un râle .
La voix a ceci de particulier qu’elle se modifie sensiblement, dès lors que l’une de ses caractéristiques est modifiée, même de e façon infime. Et, en effet, la voix duxxsiècle va ouvrir un champ e de possible que lexixsiècle finissant n’avait qu’à peine entrevu, grâce à Chabrier, Ravel ou Satie, par exemple. Le genre même de la mélodie s’en trouve profondément remis en cause. Aussi l’auteur du présent ouvrage va-t-il en envisager les différents avatars contemporains, à travers l’étude d’une vingtaine d’œuvres, issues de compositeurs variés. Et ce faisant, seront mises à jour quatre des démarches de compositeurs face au texte, autant de propositions à la libération de l’écriture vocale.
S’adossant aux dires mêmes des créateurs (via leurs écrits ou des entretiens directs), cette étude montrera çà et là les traces d’une certaine préciosité inhérente au genre de Salon, quoiqu’assumant, la plupart du temps, les mutations vocales et instrumentales – subversives ou, au contraire, plus sagement évolutives – de l’attitude déférente à la transmission plus provocante, de la lecture élargie à la profé-ration s’acheminant vers une réappropriation théâtralisée du texte.
L’on mesure alors mieux l’action du temps, de ces décennies de création e qui séparent l’auditeur actuel, de celui duxixsiècle. C’est à travers ce nouveau rapport entretenu avec le texte transmis que se jauge le degré d’historicité réévaluant la relation texte/musique. Celle-ci n’a jamais cessé de varier, à toutes époques, au gré des subjectivités créatrices. Il est toutefois une attitude qui tend à disparaître : celle qui consiste à considérer arbitrairement l’œuvre musicale d’après le texte retenu ; attitude qui nierait le pouvoir suggestif (pouvoir phonique) du poème surgissant dans la conscience du compositeur ; attitude que fustige sans ambages, dès 1912, le compositeur viennois Arnold Schönberg :
Lorsqu’on juge une musique à partir d’un texte, on ne fait guère mieux que lorsqu’on juge l’albumine à partir des propriétés du carbone.
Voilà bien affirmée l’autonomie des deux entités texte/musique que l’on cherche parfois à superposer abusivement. Or, une notion est au cœur de ce travail de mariage/distanciation qu’opèrent les compositeurs, c’est celle de l’expression du texte, voire, de l’expressivité du produit final. e L’on constate – dans bien des cas auxxsiècle – une certaine méfiance vis-à-vis d’une déclamation appuyée suspecte (probablement trop teintée de romantisme), posture sans doute bien française… On atteint alors l’aboutissement des revendications – ravéliennes, par exemple – prônant la valorisation du naturel de la voix, la retenue d’un chant sans lyrisme 5 affecté. N’est-ce donc pas ce que traduisent ces propos de Gérard Pesson ?
Lorsque j’ai à travailler […] avec des chanteurs […] j’ai souvent demandé aux artistes de trouver une couleur, une blancheur de la voix, de chercher à désapprendre des tics de lyrisme.
Mais ce renoncement à l’excès emphatique ne signifie nullement la mort du genre. Et il n’est que de parcourir le présent ouvrage pour saisir, au contraire, combien il est encore débordant de vitalité dans la multiplicité de ses expressions. Ecrire une mélodie, en France, aux e e xx-xxisiècles, c’est toujours se soumettre à un coup de cœur poétique 6 engageant totalement la sensibilité esthétique du compositeur . Au fond, les caractéristiques de la mélodie française se définissant par e rapport au Lied (à la fin duxixsiècle) sont encore parfaitement déce-lables dans le corpus qu’il nous est donné d’embrasser ici. Art de tradi-tion savante – bien qu’ayant quelque peu quitté les sphères bourgeoises
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