Le violon des autres

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Ainsi a commencé l'histoire : celle de ce gamin qui voulait obstinément apprendre la musique, quoi que sa paysanne de mère en pense, celle de cette société rurale, à l'écart de la modernité, celle de l'Ecole, et de l'ouverture des futurs possibles..., celle d'une volonté d'apprendre la musique et de la faire partager. Anne Verdet, sociologue spécialiste de l'éducation, a élaboré cette évocation d'un village qui lui est familier en mêlant patiemment entretiens, recherche documentaire et bibliographique.
Publié le : lundi 1 novembre 2010
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EAN13 : 9782296446557
Nombre de pages : 379
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Le violon des autresAnne VERDET







Le violon des autres

Un village et la musique, des années 30 aux années 70
















L’Harmattan



























© L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12907-8
EAN : 9782296129078 Préambule
L’étude d’Anne Verdet portant particulièrement sur la pratique de la musique
dans un village du Lot m’a, tour à tour, intéressé, ému ou amusé. Ce livre a
ravivé, chez moi, tant et tant de souvenirs. Toutes ces danses, ces titres de
chansons, ou d’opérettes dont il est question, ces instruments tels l’accordéon
ou la batterie - jazz - , ces objets magiques comme la radio Pathé Marconi, ont
fonctionné à la manière des « Je me souviens... » de Georges Perec.
A la lecture de ces pages, combien de mélodies, succès des années trente que
je connais par cœur pour les avoir joué dans des bals populaires, après la guerre,
me sont revenues, tout autant que ces danses traditionnelles ou nouvelles qui se
succédaient ou rivalisaient entre elles.
J’ai passé mon enfance et mon adolescence au pays basque, à Bayonne et
accompagnais mes parents dans les nombreuses fêtes profanes ou religieuses en
ville comme à la campagne. J’ai été étonné de découvrir tant de similitudes
entre les débuts de la vie musicale que j’ai connus et ce qui s’est passé dans ce
village. Il s’agit pourtant de régions de traditions différentes, mais je constate
que ces pays du Sud Ouest avaient en commun un sens de la fête dans lequel je
me suis reconnu.
Lorsque j’étais enfant, quelle excitation en l’attente de la fête. Quelle joie de
participer à sa préparation, de rêver à tout ce qui allait s’y passer : courses
cyclistes, défilés, tirs, tombolas, pétards, confettis ou fleurs jetées dans les
processions et fêtes religieuses avec surtout l’omniprésence de la musique et de
la danse et quelle appréhension aussi, après le feu d’artifice lorsque l’on sentait
que la fête était finie !
Ces événements étaient un peu, pour moi, l’occasion de découvrir certains
aspects de la musique, de voir de près et même de toucher divers instruments,
de monter sur l’estrade et très vite d’y jouer. J’ai, en effet, participé, très jeune,
à l’harmonie bayonnaise, aux bals populaires où j’ai rencontré ces musiciens
amateurs de tous âges et de toutes professions - mais, à l’époque, tous masculins
- qui dans un joyeux brassage social, jouaient avec le même enthousiasme que
les habitants de ce village du Lot.

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D’autres rencontres me donnaient l’occasion de jouer de la musique de chambre
avec des amateurs, passionnés de musique classique ; elles étaient empreintes
d’un esprit plus bourgeois. Il faut remarquer que le violon, ainsi que le
piano, étaient considérés comme des instruments plus « nobles » que la
clarinette ou les cuivres. Ces derniers sont très présents dans les formations
populaires, il est vrai qu’ils supportent mieux les aléas climatiques auxquels est
soumis le jeu à l’extérieur.
Dans les harmonies on jouait toutes sortes d’arrangements : de musique
classique, d’opéra, de jazz ou de variétés ; sans doute, cet éclectisme m’a -t-il
marqué et ai-je trouvé tout naturel ensuite, de ne pas choisir entre la musique
classique et le jazz. De même dans ces types de formation d’amateurs au
répertoire très varié, il était courant - nécessité faisant loi - de trouver des gens
qui jouaient plusieurs instruments, je me rends compte, au fond que j’ai
poursuivi, au cours de ma carrière, cette pratique venue de l’adolescence,.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir feuilleté le catalogue de Manufrance,
indispensable pour qui n’habitait pas à la ville. Je le regrette car l’énumération
des divers objets, instruments et méthodes de musique avec tous ces détails et
ces libellés pittoresques, ces rapprochements surréalistes m’ont évoqué de
drôles d’histoires de musiques et de musiciens et reflètent bien la succession
des modes musicales.
Les années suivant la Libération comme le montre bien cette étude,
correspondent à la multiplication des fêtes et bals populaires et surtout, à
l’arrivée en force du jazz qui a impulsé un dynamisme excitant et un
renouvellement des rythmes et des thèmes qui m’ont profondément marqué.
Devenu musicien professionnel, à Paris, j’ai senti les métamorphoses de la
pratique musicale, avec la disparition progressive des formations d’ « artisans
de la musique » dans les bals populaires, puis les studios d’enregistrement
supplantés progressivement par les multiples et diverses innovations
technologiques. La pratique de la musique a pris alors d’autres formes, plus
institutionnelles, mais il me semble qu’elle n’a pas tout à fait réinventé ce sens
de la fête et du collectif si caractéristiques de la vie passée de ce village du Lot.
Michel PORTAL
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A ma grand-mère Eugénie,
la femme du maçon,
pour ses framboises
et sa maison.














































Avant-propos

« Le violon des autres » est une chronique, celle d’un village, ou, plus
précisément, celle de la pratique musicale dans ce village. De différentes
pratiques, de différents moments d’appropriation de la musique par les
habitants de ce village : celui des années folles - décalées, Paris est loin -
celui de l’après-Libération et celui du renouveau des harmonies dans les
années 70. La mise en contact avec un nouveau répertoire et de
nouveaux instruments provoqua le premier de ces moments ; les
circonstances historiques le second, renouant avec le premier. La
généralisation d’une scolarité tendant à se prolonger, combinée à la
sensation d’un dépérissement de la sociabilité, tribut de l’entrée dans la
modernité, favorisa le troisième. Un rapport à la musique préexistait à
ces temps forts, celui que l’on résume approximativement par le mot
tradition. Une certitude, sa longévité ; il apparaîtra en toile de fond du
premier.
Ces moments ont existé pour ce village comme pour tant d’autres. Ce
village, il faut le situer, du point de vue de la géographie, de l’histoire,
de l’économie et de la démographie. Village du nord du sud-ouest, dans
une vallée, celle de la Dordogne, entre causse et piémont du Massif
central. La splendeur de son monastère est effacée ; village tout agricole,
pauvre, à quelques vergers près, et se dépeuplant inexorablement depuis
ele milieu du XIX siècle. Le voilà défini, mais est-ce la peine de le
nommer ? Ce sera « le Village ».
Pourquoi celui-là ? Parce que, dirait un enfant boudeur. Ce n’était pas
mon village, le vrai, celui où l’on va à l’école, mais un peu tout de
même ; en pointillés faits de vacances et de souvenirs des miens. Je n’en
suis pas, mais j’y suis « la petite-fille, ou la fille, de… », selon la
génération. Ni trop ni trop peu d’implication ; position favorable pour le
chercheur.
Le récit commence dans les années 30. 1937, pour l’anecdote, mais bien
au cœur de ces années folles de danse. Premier personnage : la Fête.
Deuxième, un gamin, douze ans cette année-là : il découvre la musique, à
la fête du Village. Elle deviendra une partie de sa vie ; pas la plus
mauvaise.
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Sa vie, l’histoire de sa vie, sera un fil conducteur pour ce récit puisqu’il
participa activement à chacun de ces moments spécifiques
d’appropriation de la musique. Mais cette histoire n’est pas seulement
celle de sa vie ; elle est aussi celle d’un troisième personnage : le
Village. Plus qu’un cadre, un acteur, multiple, et changeant. Et voici le
quatrième personnage : le Temps.
Celui de l’Histoire, les marques de 14/18, la cassure vertigineuse de
39/45. L’Histoire, et l’histoire : celle des immigrés, puis réfugiés,
espagnols, des prisonniers allemands, des nouveaux immigrés, les
portugais.
Le temps de l’économie, confrontant brutalement la quasi-autarcie
paysanne à la mécanisation obligée et au tertiaire dominateur.
Le temps de la démographie, de la mortalité infantile implacable et de la
tuberculose ravageuse au vieillissement sans appel.
Le temps de l’Ecole, de celui des Certificats d’études primaires glorieux
à celui des cheminements appliqués de la mobilité ascensionnelle.
Ce récit, c’est quarante ans d’aventure, des années 30 aux années 70.

L’écrire en fut une autre, entre témoignages - sincères toujours, mais
scrupuleux, approximatifs ou fantaisistes selon le cas - , archives à
explorer - locales, départementales ou nationales, au gré des besoins - et
recherche constante d’une bibliographie éclairante pour relier le Village
à sa région et à la société française dans son ensemble.
Ce n’était pas mon village, je l’ai dit. Il finit par le devenir en cinq
bonnes années de haltes dans des maisons accueillantes et de
questionnement des registres municipaux calligraphiés. Le Village…
celui de ces années 30 qui s’entrouvraient sur un avenir différent. Celui
de 1945, où les jazz-bands, accordéons et saxophones réunis, le disaient
haut et fort que tout devait changer. Leurs vedettes m’ont fait miroiter
tous leurs éclats.
Des jazz-bands ? Mais oui, ce n’est pas un rêve. Revenons donc à la
musique : « Et vous l’aviez acheté où ce violon ? »
Ainsi a commencé l’aventure. Puisse-t-elle en être une aussi pour les
lecteurs curieux comme je le fus moi-même.

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ère 1 partie
La Fête


Les feuilles des grands ormes et des tilleuls bruissent ; la place est désertée à
cette heure d'après-midi de mois d'août. La présence fraîche de la Dordogne se
devine en contrebas mais cela n'y change rien. C'est hier soir, vendredi, que
l'estrade en bois garnie de buis a été installée pour les musiciens qui joueront ce
soir. Ce soir ce sera la fête. Dans les maisons du Village et des hameaux, l'heure
du souper arrive. Pour Loulou comme pour bien d'autres, le temps s'accélère,
s'affole. Il a trop vite fini de manger ; son agitation contenue ne passe pas
inaperçue : « Eh ! bien vas-y ! Qu'est ce que tu attends ? » Il dégringole la rue
en pente, qui tourne, au ruisseau, remonte, et lui avec, qui ralentit son allure,
s'arrête presque, avant le dernier détour qui lui livrera toute l'étendue du lieu de
la fête. Inspiration ; à droite, le porche du prieuré découpant l'ombre et le
silence de sa cour intérieure. A gauche, les bruits de voix, l'agitation pressentie
et la lumière qui saisit. Un pas de plus et il y est, ébahi dans un contentement
sans faille.

Devant l'estrade, une aire de ciment coulée récemment pour les ébats des
danseurs. La fête étant une institution pérenne, cette solution moderne avait été
choisie pour remplacer les laborieuses mises en place annuelles d'un plancher
mal équarri dont on prenait le matériau à la scierie. Mais l'oeuvre du maçon,
date inscrite dans la masse, n'était pas au seul bénéfice des danseurs : l'aire était
parfaite pour le battage des haricots ou du seigle et avait facilité ainsi la vie de
la communauté villageoise toute entière.

La foule s'amassait, les bavardages s'intensifiaient, mais Loulou n'avait d'yeux
que pour le théâtre. Les musiciens qui, depuis midi, donnaient des aubades dans
les écarts, après s'être restaurés, faisaient le tour du Village en jouant. De sur la
place on les entendait distinctement, tantôt tout près, tantôt s'éloignant au gré de
l'entrelacs des rues et ruelles. Loulou avait renoncé à les suivre : il lui fallait
s'assurer la meilleure place possible pour écouter la musique qui durerait jusqu'à
minuit.


11 Les obligations de la classe

Les jeunes de la classe - 20 ans révolus ou dans l’année civile en cours - avaient
la fête en charge avant leur départ au service militaire. Ils en assumaient non
seulement l'organisation matérielle mais les frais, salaires, nourriture et...
boisson, afférents aux musiciens. La taille de l'orchestre était fonction de la
richesse des familles de ces jeunes gens. Dans le meilleur des cas on doublait
tous les pupitres, dans le pire on se contentait d'une clarinette, d'un tambour et
d'un saxhorn basse. Encore mieux, il arriva une fois que le Village soit régalé du
1luxe d'un véritable orchestre d'harmonie , la Sainte Cécile de Brive. Ce fut très
probablement en 1924. Dans la classe, le fils, étudiant en droit, d’une famille de
commerçants, cafetiers et épiciers, propriétaires d’excellentes terres par surcroît.
Son père était un militaire, grade capitaine, passionné de musique. Un élève de
l’Ecole Normale, fils d’agriculteurs aisés, y était aussi. Quand la classe était
2trop réduite - pas plus quelquefois, ces années-là, de deux ou trois garçons -
ceux de la classe d'après pouvaient donner un coup de main ou ceux de la classe
d'avant, s'ils n'avaient pas été appelés sous les drapeaux (exemptés ou soutiens
de famille) ou étaient bienheureusement en permission.

C’était le temps des « permissions agricoles », généreusement accordées jusqu’à
la guerre de 14, et après, jusqu’en 1925. Les agriculteurs pouvaient même,
pénurie faisant loi, demander à employer des appelés pour leurs travaux. Ces
permissions furent placées ensuite sous le signe de la restriction voire
suppression, « ce régime exerçant une influence néfaste sur l’organisme
militaire dont elles ruinent la santé matérielle et morale ». Avec la conscription
d’un an, de 1929 à 1935, elles disparurent, sauf exceptions. Etre privés d’une
fête était une raison supplémentaire pour profiter pleinement de la précédente,
celle d’avant le grand départ.


1 Orchestre d'harmonie : les familles des cuivres, des bois et des percussions y sont toutes au
complet, ce qui représente dans le cas optimal 70 à 77 instruments. Voir Annexe 3.

2 Statistique des jeunes de la classe, futurs conscrits ou exemptés :
1928 : 2 1931 : 7 1934 : 3 1937 : 3
1929 : 5 1932 : 4 1935 : 5 1938 : 2
1930 : 7 1933 : 5 1936 : 2 1939 : 2

12
Les permissions agricoles
Le temps de permission de tous les appelés, de 1905 à 1912, était de 30 jours, mais « tous
1les travailleurs de la terre pouvaient l’obtenir au moment de la levée des récoltes ».
Autre précaution, afin de ne pas mécontenter les couches paysannes et surtout pas les
viticulteurs, l’incorporation ne se faisait jamais avant octobre-novembre. La loi d’août
1913, ramenant à 3 ans la durée de l’incorporation, avait porté les permissions à 120 jours.
Entre les deux guerres, la durée du service national changea plusieurs fois, dans les deux
sens : de 18 mois, en 1923, à 1 an, en 1929, sur décision du Cartel des Gauches ; 18 mois à
2nouveau en 1935 et 2 ans en 1936 ; celle des permissions fit de même, dont celle des
permissions spécifiques des agriculteurs.
Les agriculteurs de la classe 1925 eurent 77 jours de permission pour 18 mois de service,
soit 30 de plus que les non-agriculteurs. En 1926, ils furent 201 155 dans ce cas. Les
modalités d’attribution des permissions se durcirent ensuite et leur durée régressa : 141
080 bénéficiaires, de 20 jours, en 1927, et 52 000 de 10 en 1928. L’entrée en vigueur du
service d’1 an « marqua la fin de ces errements ». Il y en eut encore, mais exceptionnelles
(loi du 4/4/1929). Les autorités militaires redoutaient que le Parlement, avec d’évidentes
visées électorales, ne rétablisse l’octroi de permissions agricoles en 1932. Et l’Etat-major
de préparer des obstacles dans cette éventualité, afin « de limiter le mal [ … ] aggravé par
des fraudes avérées autant qu’incontrôlables ». Ceci « à un moment où l’on signale de
divers côtés la recrudescence d’un esprit militaire et guerrier en Allemagne ».
L’allongement de la conscription, à 18 mois en 1935 et à 2 ans en 1936, avec le plan de
réarmement décidé par Léon Blum, favorisa à nouveau ce régime préférentiel. En 1939, le
régime normal des permissions agricoles était de 14 jours et l’exceptionnel (exemple des
3 fils de veuves) de 30. Tous les types de permission furent supprimés le 13 mai 1940 .

1 PEDRONCINI, Guy, Histoire militaire de la France, CORVISIER, André (dir.) t. 3, 1871-
1940, Paris, PUF, 1992, p. 101.
2 GRESLE, François, Le service national, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1977.
3 D’après la documentation fournie par le Service historique de la Défense (EMA 1).

La tâche des jeunes gens consistait d’abord à monter l'estrade : elle était
constituée d'éléments fabriqués par un charpentier qui s'assemblaient avec des
boulons. Des procédés plus sommaires avaient longtemps prévalu : réutilisation
de poteaux électriques hors d'usage, leur base ayant pourri dans la terre, ou
coupe d’arbres pour constituer un soubassement solide à des planches.
L'opération était rapidement menée et, la fête finie, ce matériel était remisé dans
le cloître, espace vacant.

Il avait été classé monument historique en 1909, alors que l’église l’était depuis
1893, mais en déloger les familles qui l'habitaient, état de fait consécutif à la révolution
de 1789, fut, même avec l'intervention de l'Etat, un processus laborieux. Des travaux de
restauration y débutèrent timidement en 1928.

13 A leur charge également l'éclairage des lieux : aux entrées du Village et aux
abords de la place ils accrochaient, de maison à maison, des séries de lampions
cylindriques en papier de couleur, et, au milieu, la sphère d'une lanterne
vénitienne multicolore. On y plaçait des bougies qui, tant bien que mal, duraient
le temps des bals. Quelques guirlandes de drapeaux taillés dans des chutes de
papier de tapisserie parachevaient le décor, dans les rues et les ormes de la
place. Celui du milieu avait une branche qui avançait au-dessus de la rue et l’on
y suspendait, à l'aide d'une poulie, un cerceau de cuve chargé de lanternes.
Les filles de la classe - du même âge que les garçons concernés, elles étaient
gratifiées de l’appellation - ou de ses adjacentes, n'étaient pas oubliées. Au fil
des aubades, chacune se voyait galamment offrir un bouquet et, le dimanche
après-midi, à deux ou avec un garçon, elles vendaient les cocardes. Pour ce qui
était du bal, leurs mères veillaient.


Le détail des festivités

Les aubades occupaient tout l'après-midi du samedi et s'achevaient le dimanche
vers midi, temps de la messe déduit. Les musiciens jouaient à la demande, dans
les limites de leur répertoire bien entendu. Le choix récurrent était celui de
musiques de danse, mais Le chant du départ ou La Marseillaise avaient leurs
partisans, les chants d'église en avaient aussi quelques uns. Depuis 1936, des
adhérents de la SFIO, ou pire, demandaient systématiquement L'Internationale,
symbole d'une ère nouvelle. Dans un hameau, un paysan qui votait communiste
à bulletin ouvert, ne demanda, lui, jamais rien d'autre que La carmagnole. Aux
législatives de 1932 le candidat de la SFIO avait eu, dans la commune, le plus
fort suffrage du canton et, en 1936, les votes communistes y étaient montés à 12
- 5 en 1932 - pour 156 suffrages exprimés (c’était 11% dans l’arrondissement).

L’instituteur avait coutume de dire à ses élèves, dont Loulou, « Si vous ne
travaillez pas, vous n'aurez aucune place dans le paradis communiste ! »,
tournant cet enthousiasme en dérision car il ne l’était point. En 1938,
L'Internationale fut jouée dans le bourg cinq fois d'affilée. Le sixième foyer à
honorer était celui d'une dame récemment installée au Village, aux convictions
affichées, sociales, certes, mais religieuses d'abord. Elle s'était barricadée en
maudissant ces troubleurs d'Ordre Public, qui, de leur propre chef, la
comblèrent d'un Ave Maria Stella.
14 Le samedi soir, la fête était inaugurée par un tour de ville, drapeau en tête, porté
par les garçons de la classe ; à sa suite les musiciens, les jeunes de la classe -
garçons et filles, des couples dans la mesure du possible - et les autres. Adultes
et enfants complétaient le cortège, portant des lanternes vénitiennes accrochées
à un bâton. La mairie les avait longtemps fournies, avec des T où les accrocher
et des demi-bougies à y fixer, mais, nouveauté, ces accordéons aplatis et leurs
bougies s'achetaient à l'un des marchands forains qui s'installaient sur la place,
à l'opposé de l'estrade et du plancher. Il vendait des jouets et, accessoires
précieux entre tous, des pétards et des confettis ; à son tourniquet de loterie, on
gagnait de la vaisselle ou des bouteilles de mousseux. Les autres tenaient un
stand de tir, un manège et des balançoires.
Le dimanche matin, à 7 heures, les habitants étaient réveillés par trois
1bombes que l'artificier en chef tirait dans l’île, à l'aplomb de la place.
Le lundi après-midi était réservé aux prouesses physiques des jeunes gens :
courses de barques à la rame, ou l’exercice périlleux consistant à se jucher sur
des tonneaux flottant sur le petit bras de la rivière, à l’à-pic de la place, quasi-
plan d’eau propice à ces jeux. Les recettes ramassées grâce aux aubades ou à la
vente des cocardes compensaient en principe les dépenses, et pouvaient même
rapporter. Mais on ne thésaurisait pas : si bénéfice il y avait, le dimanche
2suivant c'était une nouvelle fête, « lou rey de bote », ou « refête ». Cela pouvait
n’être qu’un repas. Un Comité des fêtes s'était organisé, en 1925, avec des
intentions louables de gestion rationnelle mais son action fut éphémère...

1 Longtemps cela avait été une bombe artisanale, briques concassées et poudre noire, tassées dans
un authentique mortier qui explosait, tout près de l'église, pendant la messe au moment de
l'élévation, pour que la fête affirme ses droits. Des mortiers, il y en avait trois ou quatre
spécimens, conservés à la mairie et facilement accessibles. Ils avaient pu servir aux fêtes
révolutionnaires, ou à la célébration des victoires de Napoléon. Le maire finit par les camoufler,
par peur d'un accident, ayant découvert qu'un de ses administrés leur vouait une véritable
passion... quand il avait bu.
2 « lo rei de vota », soit « le roi de fête », expression dérivée d'une tradition de l'Ancien régime,
selon laquelle, chaque année, les jeunes gens élisaient, ou choisissaient après une épreuve
sportive, leur chef -leur roi- chargé d'organiser toutes les festivités du calendrier.
e ePELLEGRIN, Nicole, « Les bachelleries du Centre-Ouest, du XV au XVIII », Bulletin de la Société
des Antiquaires de l'Ouest, 1982, p.112.

Note : les phrases, mots ou expressions en occitan présents dans ce texte le sont seulement quand
ils apportent une nuance supplémentaire, une image ou sont littéralement intraduisibles. Ils sont
transcrits phonétiquement afin de participer à la restitution sensible d'un univers. La graphie
académique des mots, en caractères gras, et leur traduction si nécessaire, sont signalées en note en
bas de page.

15
Pour l’essentiel nous avons là les éléments constitutifs des fêtes villageoises depuis
des siècles : les déambulations - tour de ville, procession vers la messe -, les jeux de
type compétitif entre jeunes gens, les quêtes en dehors de la fête elle-même, les coups
ede canon, les bouquets pour les jeunes filles. (Dès le XV siècle pour les compétitions et
e 1le XVII pour les bouquets des « bachelières » ). Apparition des forains mise à part,
récente, au gré de leurs itinéraires, c'est ainsi que s'organisaient les réjouissances, au
cœur de l'été lourd de travaux agricoles, depuis une période lointaine, difficile à
déterminer. L’installation sur la place est attestée, au minimum, par une gravure datant
2de 1831 .

Au Village, de 1935 à la guerre, un petit comité seconda les jeunes de la classe
pour l'organisation de la fête. Concurrence ? Pas vraiment. C’était le nouvel
instituteur et son épouse, enfants du pays, et des cousins et amis de l’institutrice
qui venaient pour leurs vacances. A leur tête, un militaire hautement gradé, « le
colonel », et un directeur d’école en région parisienne. Ce monsieur, dont on ne
peut mettre le sérieux en doute, chapeau noir à larges bords, arborait, le jour de
la fête, un bouquet de violettes à sa boutonnière, astucieusement relié à une
poire à eau… Ils avaient des idées et surtout des moyens qui manquaient aux
jeunes. Ils décidèrent que le lundi après-midi un défilé de barques fleuries sur la
Dordogne remplacerait les habituels exploits aquatiques des jeunes gens. La
femme de l’instituteur avait supervisé la réalisation de deux de ces barques qui
avaient chacune un thème. Il y en avait dix ou douze en tout et quelques
familles s’en partageaient la réalisation. En tête du cortège, un gramophone,
jouant à pleine manivelle des musiques à la mode, dont la barcarolle des Contes
d’Hoffmann, pour violoncelle. Cette année-là, une reine de beauté fut élue :
défilé des candidates sur l'estrade, encadrées par leur paire de demoiselles
d'honneur ; l'expérience ne fut pas renouvelée. L’année suivante, la fille du
directeur d’école, Pâquita, soprano à l’orée d’une carrière, fit, avec son ténor de
mari, un récital mémorable de grands airs d’opérettes ou d’opéras le lundi
après-midi.

1 Les bacheliers, ou bachelières, sont sortis de l’enfance mais ne sont pas mariés ou au moins
n’ont pas encore d’enfants, ibid., p.145 -154.
2 Album historique du département du Lot, des frères GLUCK, texte de Jean-Baptiste GLUCK,
professeur d’histoire à Cahors, et dessins d’Eugène GLUCK, Paris, France édition, rue Saint-
Sulpice, 1845 (rééd. 1852). Reprint Lafitte, Marseille, 1977, p. 134.


16
Les forces disponibles

Les ménétriers

Les musiciens qui menaient la danse étaient, depuis des temps immémoriaux,
ceux que l’on appelait « ménétriers », désignation élargie des violoneux, soit
violonistes de tradition orale, considérés comme médiocres par opposition à
ceux de tradition savante. Cette définition ne s’appliquait pas ici à la lettre.
C'était, pour la plupart, des fils de familles bien dotées en terres, qui, de
coutume, avaient fait tout ou partie de leur scolarité chez les Frères des Ecoles
1chrétienne , présents à Gramat, chef-lieu de canton à 20 kilomètres du Village,
depuis 1865. Les effectifs y étaient conséquents : maximum atteint dans la
décennie 1910-1920 avec une moyenne de 230 élèves, (160 la décennie
2suivante), époque où l’on construisit, en 1913, une salle de musique . A Saint
Charles, la musique était une discipline de plein droit ; sous la houlette d'un
frère musicien, polyvalent, ce qui était alors habituel, les jeunes garçons y
acquéraient de bonnes bases de solfège, éventuellement des rudiments de
piano ou de violon, et s’initiaient à la pratique d’ensemble avec les bois et les
cuivres : c’est ce qu’ils mettaient ensuite particulièrement à profit. Cette
initiation pouvait susciter des vocations, ou au moins des enchaînements
logiques. Les anciens élèves des Frères faisaient, si possible, à 20 ans, l'âge du
service militaire, le choix d'entrer dans la Musique. Perspective d’une vie
militaire point trop rébarbative sans doute, mais aussi formation prisée, d’autant
plus que l’offre allait en s’amenuisant.

Une fois close la période faste, autoritaire et conquérante, du Second Empire, de
1851 à 1865, les musiques militaires avaient réduit comme peau de chagrin : supprimées
e
III République confirma la démarche en dans l'infanterie et la cavalerie en 1867. La
1880 et allégea l’infanterie de vingt des siennes en 1912. La motorisation des régiments
acheva de réduire leur emploi. Une décision dans ce sens fut prise en 1921.
Les musiciens militaires étaient dûment formés. Sous Louis-Philippe c'était au Gymnase
musical fondé en 1836. A partir de 1856, année de sa fermeture, ce fut dans des classes
spéciales - solfège, harmonie et composition, cornet à piston, saxophone, saxhorn et
trombone - annexées au Conservatoire de Paris, ouvert le 16 Thermidor de l’an III (3
août 1795). Leur créateur était Adolphe Sax, l’inventeur des saxophones, entre 1840 et

1 Congrégation fondée en 1684, par le chanoine Jean-Baptiste de la Salle.
2 Archives lassaliennes, Lyon. 1845, brevet déposé en 1845, fournisseur du matériel musical de l'armée, qui y
enseignait lui-même.
Après la débâcle contre la Prusse, cette formation fut restreinte et réservée aux chefs et
sous-chefs (les deux musiques de la Garde Républicaine furent seules épargnées). Leur
art n'était pas un passe-temps : devenus formateurs, ils faisaient travailler les recrues six
heures par jour sur un répertoire assez large, de marches militaires, à l'évidence, mais
tout autant d'opérettes, Jacques Offenbach ou Frantz Lehar, d'opéras ou de musiques
religieuses, pour les temps forts des défilés ou des messes d'apparat. Jusqu’en 1914, où
le nationalisme aveugle l’emporta, Les deux grenadiers de Heinrich Heine, mis en
musique par Schumann, prêts à tout pour l’empereur au son de la Marseillaise, étaient
un fleuron des chansons de marche.

Pour la République, le souci d’économie primait et d'aucuns prétendaient que
c'était là une formation gratuite dont le bénéfice échappait à l'armée : « Ceux
qu'on forme avec tant de peine dans les régiments […] iront rejoindre les
bateleurs. » Avec les chefs, on pensait limiter les risques : leur engagement était
à vie et la réorganisation de 1872 leur interdisait explicitement de jouer dans les
1théâtres ou tout autre cadre civil . Les sociétés de musique prenaient elles aussi
leurs précautions : « Il est absolument interdit aux membres actifs de jouer, soit
isolément soit en groupe, en dehors des sorties officielles, les morceaux du
2répertoire. » (article 20 du règlement des « Artisans réunis », Figeac, 1893)

Aguerris à la pratique musicale et l’uniforme déposé, nos hommes se mariaient.
Ces mariages, si souvent de raison, arrangés pour la survie des lignées et la
prospérité des domaines, ne comblaient pas toutes les aspirations de ceux qui
avaient été, un temps, des musiciens. Cette ouverture sur un autre monde, la
liesse des échanges, leur manquaient. Pour apaiser cette probable nostalgie, ils
réintroduisaient la musique dans leur vie quotidienne. Son exercice solitaire
étant peu gratifiant, ils organisaient entre eux des réunions musicales, jouaient
dans les noces et faisaient, occasion des plus grandes satisfactions, la tournée
des fêtes votives. Sans en avoir l'organisation stricte et hiérarchisée, la
participation des ménétriers aux rituels sociaux les apparentait à la corporation
du même nom.

1 D’après :
- ROTH, Jean-Chrétien, Les musiques militaires en France : de leur réforme au point de vue de
l'amélioration du sort des musiciens et de leur perfectionnement dans la limite des crédits du
budget. «Se trouve chez l'auteur, facteur d'instruments, 18, place Kléber », Strasbourg, 1882.
- NEUKOMM, Edmond, Histoire de la musique militaire, Librairie militaire de L. BAUDOIN &
Cie, Paris, 1889.
2 A D Lot, 4 T 22.
18 La première dont l’existence nous est connue est celle de Paris fondée en 1321, sous
l’égide de St Julien le Pauvre et de St Genès, patron des comédiens. A Montpellier ce
fut en 1353, à Toulouse en 1492, à Orléans en 1560, à Bayonne en 1691, avec d'autres
e 1saints patrons. Au début du XVIII , une quarantaine de villes françaises avaient la leur .

A la ville voisine, des affiches annonçaient les bals avec « orchestre de
ménétriers ». Au Village, nul besoin d’affiches, le bouche-à-oreille suffisait.


Des « orchestres de bal champêtre »

Pour une fête, l'ensemble type était constitué de deux clarinettes et deux cornets
à piston pour la mélodie, d'un trombone ténor, à piston, et d'un saxhorn alto, en
mi bémol, pour les voix intermédiaires, d'un saxhorn ténor ou baryton et d'un
saxhorn basse pour l'accompagnement, assuré de concert par un tambour et une
grosse caisse avec cymbales. Une vielle, et avant tout une cabrette, étaient de
rigueur pour les bourrées mais s'accommodaient parfaitement des valses. Un
violoniste pouvait se joindre à l’ensemble et s'adjuger, un ton au-dessous, une
des parties de clarinette.

Cette formation était un idéal rarement atteint, ne serait-ce que pour des raisons
de financement. On cherchait d'abord un clarinettiste qui rassemblait les
comparses voulus et... disponibles. Deux anciens de la musique militaire
faisaient ici figure de meneurs incontestables. Les ménétriers, à la formation
éclectique, devenus « orchestres de bal champêtre », se consacraient aux
musiques de danse, dans un répertoire varié ; le clou en était inévitablement les
valses, grandes valses avec couplet, reprise et trio : La lune vous regarde de
2 Louis Benech ou Sous les ponts de Paris, (1913). Avec Valentine (1925) ils
sacrifiaient à la nouveauté - relative, Paris était loin - mais des valses de Johann

1 CHARLES-DOMINIQUE, Luc, Les ménétriers français sous l'Ancien Régime, Paris, Klincksieck,
1994, p. 52-53.
2 Louis Benech, 1875-1925
Ce chanteur vedette, compositeur et interprète, était originaire d’un tout petit village du
département, La Tour de Faure, proche de Saint-Cirq-Lapopie. On lui doit La femme aux bijoux,
1912, Du gris, L’hirondelle des faubourg, 1920, et Nuits de chine, 1922. Chansons généralement
composées, paroles et musique, avec Ernest Dumont, 1877-1941. Ils avaient commencé leur
carrière ensemble, à Paris comme chanteurs ambulants.
eDILLAZ, Serge, La chanson sous la III République, Paris, Tallandier, 1991, p. 252.
19 Strauss étaient toujours présentes dans cet assortiment. Ils jouaient des marches,
des polkas, des mazurkas, des scottish, simples ou doubles, (voisines de la
polka), des boléros. On dansait en couples mais aussi, encore, en groupes : des
planières - rondes sur un pas de bourrée -, le brise-pied, au rythme que son nom
indique, une version simplifiée du quadrille, à deux temps seulement,
dénommée la figurée, et, l’Auvergne étant proche, des bourrées, version dite
montagnarde.

Cette bourrée à trois temps, d’Auvergne, ou du Rouergue, du Limousin, du
Gévaudan, est celle que les Auvergnats ont exportée à Paris où ils émigrèrent dès le
e e
XVIII siècle. Le phénomène s’amplifia à la fin du XIX : ils y furent 110 000 (et 250 000
en 1930). C’est l’époque des bals-musettes stricto sensu, c’est-à-dire au son de la
musette (petite cornemuse), ou cabrette (petite chèvre en occitan, le sac de l’instrument
étant en peau de chèvre) et de la vielle. Le public de ces bals s’élargit aux citadins non
auvergnats. La bourrée se conserva, en se standardisant, mais se renouvela par ses
1
contacts avec les danses de couple et se réexporta ainsi dans son pays natal .

L'alternance de rythme, rapide-lent, était respectée pour le confort des danseurs.
Celui-ci n'était, de toutes façons, pas trop malmené : entre les morceaux, les
ménétriers faisaient volontiers des pauses et se désaltéraient, bavardaient et les
danseurs de même jusqu'à un rappel à l'ordre : « Eh ! la musique ! »

Les ménétriers se faisaient payer ; une fête, du samedi midi au lundi minuit,
rapportait 20 ou 30 francs aux vents, la moitié aux tambours. A cette époque, un
journalier agricole gagnait 7 francs pour sa journée, jusqu'à 10 francs s'il était
jeune et très vaillant. En été, les journées plus longues amenaient à des tarifs de
11 ou 12 francs. (Toutes ces sommes sont d’après la dévaluation Poincaré de
1928). La discrimination entre les pupitres pouvait être source de ressentiment,
mais face à un batteur revendicatif, les vents avaient des arguments : « Regarde
ma lèvre », pouvait dire un clarinettiste le dimanche matin, en montrant la face
interne de sa lèvre inférieure toute meurtrie par son bec, « tu n'as pas ça toi et
2moi je vais quand même continuer à jouer ! » En tout état de cause, l'appât du
gain n'était pas l'essentiel de la motivation des ménétriers.

1 GUILCHER, Yves, Histoires de bal, « Les danses traditionnelles et le bal en France », Paris, Cité
de la Musique, Centre de ressources de la musique et de la danse, 1998, p. 85-93.
2 Les clarinettistes ont, et avaient déjà, l'habitude de placer, à cheval sur les dents inférieures de
devant, une feuille de papier à cigarette pliée en huit ; les musiciens jouant d'un instrument à
embouchure, comme la trompette, avaient une autre astuce de protection : frotter l'embouchure
d'ail, mais quelles que soient les précautions prises la résistance physique a ses limites.
20 Ce barème par catégories était nuancé par l'état de l'offre et de la demande. Les
cornets à pistons - « Du tonnerre pour les polkas ! » - étaient ici la spécialité la
plus répandue ; parmi eux un paysan, qui avait un large rayon d’action, et un
inspecteur de l'enregistrement de Saint-Céré. Ces musiciens étaient tout de
même artisans plutôt que notables : un menuisier trombone à piston, deux frères
matelassiers jouant du saxhorn, l’un baryton, l’autre basse, faisaient partie des
valeurs sûres. Les batteurs venaient, en nombre, juste après les pistons. Au
Village, un cordonnier de son état avait débuté avec le piston, mais l’avait
délaissé pour la grosse caisse. Pur autodidacte, c’était un « vrai » ménétrier,
sachant lire la musique et faire une transcription à vue pour son instrument. Il
suivait la demande en transportant grosse caisse et cymbales de cuivre dans sa
jardinière, voiture - de maraîcher - à deux roues en bois cerclées de fer, tirée par
son cheval, un alezan du nom de Kiki.


La polka
Improvisée par une servante en Bohème vers 1830, elle fit son apparition en
France en 1840, avec une exhibition au théâtre de l’Odéon du maître à danser Raab. Il venait de Prague où l’on avait donné son nom à la danse. Polka est
un mot tchèque se traduisant par «demi-pas », « pol » signifiant moitié. Parler
de pas de polka , « simple et entraînant » était un pléonasme qui ne freinait
pas les danseurs. Sa mode était d’abord passée par Vienne où les
compositeurs s’en étaient emparés. Une « polkamanie » se déclencha en
Europe.

Par erreur, on décréta la polka polonaise ; en France, la Pologne était à
el’honneur en ce milieu du XIX siècle : la répression de l’insurrection de 1830 avait provoqué une « émigration massive », (Frédéric Chopin, lui, vivait déjà
à Paris), et la compassion générale. Dans le même mouvement, « on résolut
d’acclimater la mazurka, mais son pas était beaucoup plus ardu. On garda
l’appellation en faisant de la danse une version très édulcorée ».

GASNAULT, François, Guinguettes et lorettes, bals publics et danse sociale à
Paris entre 1830 et 1870, Paris, Aubier, 1986, p.184 -190.

Note : Si elles ne font pas l’objet d’une note spécifique en bas de page, toutes les
chansons évoquées sont recensées en annexes, avec les noms de leurs auteurs,
compositeurs et interprètes les plus connus : Cahier n° 1, p. 342.


21 Harmonies et fanfares

Les Ecoles primaires supérieures

Cette dernière génération de ménétriers vieillissait sans se renouveler à
l’identique. L’enseignement de la musique chez les Frères avait perdu de sa
vigueur : en 1925 la salle de musique avait été reconvertie en atelier de
mécanique, indice funeste… Au mieux, du chant, des notions de solfège, avec
l’harmonium pour tout instrument, sans professeur de musique en titre. De
1936 à 1939 c’était le professeur d’espagnol - moine s’étant mis à l’abri de
l’Espagne républicaine - qui en était chargé. Fini « les soufflants » qui
constituaient une harmonie, fierté de l’établissement, depuis au moins 1883.
C’est en 1889 que La lyre gramatoise avait déposé ses statuts ; d’obédience
laïque ou religieuse, il est impossible de le déduire avec certitude des
documents, mais, l’existence de deux ensembles musicaux étant difficile à
imaginer pour un simple chef-lieu de canton, le gros de la troupe était le plus
probablement constitué d’élèves ou d’anciens élèves de Saint Charles. Mais
e avec la III République, une autre voie, gratuite et non confessionnelle, s'était
ouverte pour prolonger, plus radicalement, sa scolarité au-delà du Certificat
d'études primaires : les Ecoles primaires supérieures. (La gratuité de
l'enseignement secondaire, c’est-à-dire la filière des collèges et lycées, payante,
erinstaurée par Napoléon1 , ne date que de 1930, mise en oeuvre par Edouard
Herriot, ministre de l’Instruction Publique).

Les EPS étaient, pour leurs meilleurs éléments, la voie toute indiquée vers les
concours de la Fonction Publique. Leur clientèle était typiquement celle
d'enfants d'artisans, de commerçants, d’ouvriers mais aussi d'agriculteurs aisés.
A l’EPS de Saint-Céré les fils d’agriculteurs étaient même la première
1composante des effectifs . Cela n’empêchait pas un retour sur les terres
familiales, pour l'aîné au moins, selon l’affinité du sud de la France avec le
modèle de la famille-souche, au contraire : que les agriculteurs soient instruits
et capables d’améliorer leurs techniques de production était clairement dans
l’idéologie de la période. Des adultes y étaient accueillis, depuis 1929, dans une
« section agricole d’hiver » ; ils étaient de 25 à 30.


1 Annexe 1 : répartition des élèves de l’EPS de Saint-Céré selon la profession du père.
22 L'enseignement musical était, dans l’enseignement public, emblématique de la
concurrence avec l'ennemi congréganiste. Cela valait pour les filles dont le
chant signait la bonne éducation, mais filles et garçons étaient pour les EPS,
dans des établissements distincts, sur un pied d’égalité, contrairement à
l'enseignement confessionnel, où les filles apprenaient, en priorité, leur futur
métier de maîtresse de maison. Le décret du 14 août 1893 (art. 3) mettait au
programme des « éléments de musique », solfège et chant.

Guizot avait décidé, en 1833, de la création de ces écoles pour les classes moyennes
émergentes, mais leur réseau ne se développa qu’à partir de 1879, sous l’impulsion de
Ferdinand Buisson, directeur de l'Enseignement primaire. Paul Lapie, un de ses
successeurs, affirma, dans un discours à un congrès de la Ligue de l’enseignement, à
Lyon en 1922, que l'objectif était «d'ouvrir aux enfants « intelligents et pauvres » les
carrières réservées jusque là aux enfants de familles aisées donnant ainsi
« un contrecoup à l’ordre social ». Structure légère, l’effectif minimum requis était de
45 élèves. Il en subsistait 40, de garçons exclusivement, à la prise de fonction de
Ferdinand Buisson; leur nombre et leurs effectifs allèrent croissant durant toute la
e 1
III République :
Années Ecoles Garçons Effectifs Ecoles Filles Effectifs
1890/91 197 18 830 70 5846

1938/39 319 50 755 238 54 478

L’Union musicale

A Saint-Céré, à 14 kilomètres du Village, une EPS de garçons ouvrit en 1887.
L’Union Musicale déposa ses statuts en 1892. Son premier but était de
« compléter la formation musicale des élèves de l’EPS », le second de « donner
aux jeunes gens qui ont quitté l’Ecole un lieu où ils puissent se réunir en
2attendant leur tirage au sort ». Ses relations étroites avec l’EPS étaient

1 D’après : - BRIAND, Jean-Pierre & CHAPOULIE, Jean-Michel, Les collèges du peuple, Paris,
CNRS/INRP, Presses de l' ENS, 1992,
- , « L'enseignement primaire supérieur des garçons en France, 1918/1942 », Actes
de la Recherche en Sciences sociales, septembre 1981.
2 Le tirage au sort pour le service militaire ne fut supprimé qu’en 1905, la loi du 21 mars le
rendant obligatoire et d’une durée égale, de 2 ans, pour tous. La classe 1904 bénéficia de la
mesure. En 1872, une moitié des conscrits, tirée au sort, n’en faisait qu’1 an au lieu de 5, en 1889,
un tiers 1 an seulement, au lieu de 3.
PEDRONCINI, G. , Histoire militaire de la France, op. cit., t. 3, p.100.
23 manifestes : le directeur d’icelle en était vice-président et les subventions
demandées étaient accordées contre l’organisation de « répétitions musicales » à
l’école de garçons (primaire et primaire supérieure), en 1896 ; en 1901, l’octroi
de leçons de musique à six élèves de l’EPS conditionnait l’allocation du chef. Et
ainsi de suite… Ces groupes, de type fanfare, ensemble de cuivres et de
percussions, ou harmonie, la famille des bois s’ajoutant aux précédents,
eflorissants à la fin du XIX siècle, étaient les héritiers des orphéons, mot inventé
en 1833 par Guillaume Bocquillon, dit Wilhem, (1781-1842), pour désigner des
1chorales réunissant enfants et adultes .

Ancien élève de Gossec au Conservatoire de Paris, Wilhem s’était consacré à
développer la pratique du chant dans les milieux populaires. Il fut chargé en 1819 de
2l'enseignement musical dans les « écoles mutuelles » de Paris. Pour cela il publia, en
1821, une méthode et un recueil de musique chorale adoptés par toutes les écoles de la
ville à la rentrée 1833. « L’orphéon était né autour des principes d’éducation de masse,
de démocratisation de la musique et surtout d’association : « L’antagonisme social doit
3laisser la place à l’association universelle» disait Saint-Simon . » « Société
uniquement fondée dans l’intérêt de l’art, de la civilisation et de la bienfaisance »,
Luzech, 1877, 2000 habitants, dans la vallée du Lot, était un intitulé en forme de
profession de foi répondant assez bien au vœu de Saint-Simon.

D’abord essentiellement ouvrier et parisien, le mouvement s’étendit à la
province et devint à prédominance instrumentale : lyres, fanfares, cliques et
harmonies. L’implantation de ces ensembles ne commença pas avant 1862 dans
le département du Lot. Une bonne vingtaine, dont 5 ou 6 sociétés chorales, (22,
sous réserve de lacunes, certaines, dans leur enregistrement), déposèrent leurs
statuts entre 1862 et 1895, dont au moins 10 de 1862 à 1866. On pouvait y
accueillir des étrangers, par dérogation spéciale, leur présence étant proscrite
dans toute autre association, même sportive.

Une circulaire du ministère de l’Intérieur l’avait signifié aux préfets en 1885. En
1898 le ministre le rappelait, en mentionnant précisément une exception pour les
sociétés musicales. La nationalité française donnait dorénavant des droits - celui de

1 e e D’après : - GERBOD, Paul, « La tradition orphéonique en France au XIX & au XX siècles »,
Ethnologie française, 1980, X, 1, p. 27-44.
- GUMPLOWICZ, Philippe, Les travaux d'Orphée, Paris, Aubier, 2001, p.76-79,
re(1 éd. 1987).
- RADIGUER, Henri, L’orphéon, Paris, Delagrave, 1925.
2 Annexe 2 : L’enseignement mutuel.
3 CHARLES-DOMINIQUE, Luc, op. cit., p. 290.
24 voter, et l’accès aux toutes premières prestations sociales (une aide médicale gratuite en
1893) - ils ne devaient pas être usurpés et un contrôle strict était de mise. La main
d’œuvre étrangère, souhaitée, indispensable, ne devait plus se fondre dans la population
e nationale, bien que 40 % du million d’étrangers présents en France à la fin du XIX
1fussent nés en France .

C’est, très nettement, dans la vallée du Lot que cette pratique musicale fut la
plus intense : sur une vingtaine de kilomètres, de la vallée et du vignoble de
Cahors, on trouve cinq des premières sociétés musicales du département et deux
de plus, à distance de la rivière mais toujours dans le vignoble. Huit autres
étaient disséminées dans tout le reste du territoire, dans ses plus grosses
agglomérations, au minimum des chefs-lieux de canton. A Cahors il y en avait
cinq et deux à Figeac. Dans les années 30, beaucoup avaient cessé leur activité,
d’autres s’étaient créées.

Au Nord de la France et en Alsace-Lorraine, le processus, d’une autre ampleur, avait
débuté dès 1840-50 par contagion avec la Belgique et l’Allemagne. Au niveau national
le tassement commença vers 1900, le sport concurrençant la musique. La revue « Le
monde orphéonique » dénonçait un snobisme d’imitation des Anglais dans les classes
2aisées, les classes populaires ne tardant pas à suivre leur exemple .

La guerre imposa l’arrêt des réjouissances musicales.

En 1917, l’EPS eut un nouveau directeur, Louis Vidal, titularisé en 1919. Il
jouait pour sa part du violon. En 1921, il prit les choses en mains et dirigea
l’Union Musicale. « L’Union Musicale a remporté un beau succès au concours
qui a eu lieu à Saint-Gaudens le 5 août courant, où elle a obtenu plusieurs prix.
Sur la proposition de Monsieur le Maire, le Conseil Municipal, à l’unanimité,
vote ses plus sincères félicitations à Monsieur Vidal, chef de l’Union Musicale,
ainsi qu’aux membres exécutants de cette société musicale pour les progrès
qu’elle fait annuellement et qui la classeront bientôt parmi les meilleures

1 re NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Paris, Gallimard, 2006, p.110-112, (1 éd. 1988). ,
2 GUMPLOWICZ, P., op. cit., p. 212-213.

Note : Toutes les informations sur les sociétés musicales proviennent des Archives
départementales du Lot, côte 4 T 22.



25 sociétés musicales du département. » Délibération de l’assemblée municipale de
Saint-Céré, du 11 août 1923, qui avait les félicitations plus faciles que les
crédits, faisant défaut pour la construction d’un kiosque à musique par exemple.


Une harmonie à l’EPS

Parallèlement, ce nouveau directeur créa, en 1923, une harmonie au sein de
l’EPS : 25 à 32 musiciens, pour un effectif de l’ordre de 90 élèves.



Si la formation municipale était intermédiaire - ou bâtarde - entre fanfare et
harmonie, les cuivres y dominant largement les bois, celle-ci respectait
l’équilibre des pupitres : logique, puisque c’était le chef qui décidait des
affectations de ses élèves. Il décidait aussi de leur participation à L’Union
musicale si l'on avait besoin d'eux à un pupitre ou un autre. Un ancien élève,
qui devint directeur de Cours complémentaire, se souvenait fort bien d’avoir
joué du cornet à piston dans la fanfare de la ville sans l’avoir jamais demandé.
Le rapprochement cher aux municipalités soucieuses de l’animation de la vie
publique… sans qu’elle ne pèse de trop sur leur budget, était idéalement
concrétisé.

Monsieur Vidal était entreprenant ; l’inspecteur d’Académie l’avait bien noté et
dit de lui, en 1919, qu’ « il avait produit bonne impression et que son esprit
d’initiative et de réalisation était apprécié ». Dès son arrivée il avait installé
dans son école un poste de radio, peut-être bien le premier de la ville, un arbre
de la cour aidant à supporter le fil faisant antenne. Bien qu’il fut professeur de
26 sciences, trois heures de chant et de solfège hebdomadaires étaient dans son ,
emploi du temps et il s’occupait de la chorale, qu’il avait créée, obligatoire pour
les élèves internes.



Cela était dans l’esprit de la circulaire du Ministère de l’Instruction publique et des
Beaux-Arts, de novembre 1911, recommandant de créer des chorales scolaires dans les
établissements secondaires. En 1912, la directrice de l’EPS de filles de Saint-Céré s’y
était conformée, mais à son corps défendant car les heures pour l’enseignement musical
étaient en partie déduites des heures d’enseignement ménager et elle s’en ouvrit à
1Monsieur le Ministre en personne .

C’était la deuxième chorale à l’actif du directeur de l’EPS de garçons : la
première c’était au Cours complémentaire de Puy l’Evêque, son chef-lieu de
canton natal dans le sud du département, où il avait eu son premier poste, à
vingt ans, en 1898, après son Brevet Supérieur. Au même endroit, il s’était
également employé à relancer l’harmonie municipale.

1 AD Lot, 1T35 : « Aucune maîtresse ne possédant les qualités requises », une maîtresse
auxiliaire fut nommée par le Recteur, payée 50F de l’heure seulement. Aucun crédit n’étant
disponible, on rogna sur les 100F/h. de l’économie domestique et du dessin décoratif, qui
passèrent à 75F/h.

27 A Saint-Céré, « dirigeant le fonctionnement de la société sportive et de la
société musicale, l'EPS est devenue pour la jeunesse de la ville un véritable
foyer », écrivait-il dans ses « minutes » à l’attention de l’inspecteur
d’Académie, en 1927. La colonne musique fut vide en 1935/36, l’année suivant
son départ à la retraite. Puis un maître auxiliaire, deux heures, jusqu’en 1941,
fin d’existence des EPS en tant que telles. Monsieur Vidal ne baissa pourtant
pas les bras et réclama à la municipalité une salle de répétition. En vain.


L’harmonie de Puy l’Evêque
L’harmonie de Puy l’Evêque était l’héritière de l’orphéon, la chorale Ste Cécile,
fondée en 1866 par les frères des Ecoles chrétiennes. C’était des maîtres laïques
qui donnaient des leçons de plain-chant et de musique instrumentale.
L’abonnement annuel à la musique vocale, 8 F, était obligatoire ; l’admission aux
leçons de musique instrumentale était possible, moyennant une contribution de 4
F par mois.
Suivant le mouvement général des orphéons la chorale était devenu ensemble
instrumental, fanfare ayant obtenu une médaille de Vermeil à un concours
musical, à Périgueux, en 1880. L’école des Frères fermée, en 1890, tout porte à
penser que la fanfare, dorénavant municipale, était en sommeil. Une commune
voisine, Prayssac, qui créait la sienne, lui avait proposé, en 1898, de racheter ses
instruments. La réponse fut non, « parce que l’on s’en sert les jours de fête », ce
qui était maigre.
Monsieur Vidal en prit la direction et forma celui qui aurait dû lui succéder, après
un service militaire dans la Musique : un jeune sabotier qui jouait de la clarinette.
Mais il fut incorporé en octobre 1911 et le projet attendit la fin de la guerre. Une

fois en poste, il donnait des cours à tous les musiciens, quel que soit leur
instrument, « et ça marchait ! »
Après la Seconde Guerre, l’Harmonie, en 1947, vint donner un concert à Saint-
Céré en l’honneur de Monsieur Vidal qui, à la retraite, habitait toujours cette ville.

Archives de l’établissement et AD 4 T 22.








28 Les « Echos » et les « Ritous »

Le maire d'un chef-lieu de canton limitrophe, Bretenoux, entre celui du Village
et celui de Saint-Céré, au demeurant médecin et non musicien lui-même, prit
l'initiative, en 1927, de fonder une société musicale, Les Echos de la Cère, du
nom de l'affluent de la Dordogne arrosant sa bourgade. Cette « société de
trompettes », dit son fanion, « offert [et brodé] par les dames de la ville »,
1comptait 33 membres en 1934 . Trois tambours et une grosse caisse, des
trompettes et des clairons.



Jusqu’en 1936 son directeur musical fut un bourrelier, ancien de la musique
militaire et tambour de ville. Lui mis à part, ils jouaient à peu près tous
d’oreille. Deux exceptions au moins, un peintre en bâtiment, accordéoniste-
trompettiste, et le secrétaire du greffier. L’ensemble de la troupe était juvénile : :

1 Photo des Echos de la Cère, Haut-Quercy-Magazine, Prudhomat, « Le Molinié », 46130, n°42,
1998, (ISSN 1265-2768). (Le benjamin est au centre de la photo, le secrétaire du greffier à sa
gauche).
29 ses premières recrues avaient de seize à vingt ans et les ultérieures pas
davantage, maintenant une moyenne d’âge très basse. Gros contingent, 9,
d’ouvriers du « Paris - Orléans », occupés essentiellement à la fabrication et au
créosotage des traverses ; parmi eux un immigré espagnol. (Dix ans plus tôt ils
étaient 30, sur 55 Espagnols résidents, à être affectés à cette activité insalubre…
e 1perdurant jusqu'au début du XXI siècle ). Le tambour de ville y était à sa place
comme chef de pupitre des percussions.
Les 24 autres étaient, par ordre décroissant, agriculteurs, (7 au moins), artisans
ou commerçants, 5 de chaque catégorie ; fils de, apprentis ou employés, plus
que patrons, vu leur âge. Pas d’uniforme, mais une casquette.
Ils se manifestaient pour le 14 juillet, le 11 novembre, et pour les fêtes votives,
la leur ou celles des environs, où ils défilaient le samedi soir ou le dimanche
matin. La messe bénéficiait ce jour-là d’une marche solennelle. On les invitait
pour des banquets, et pas seulement celui des anciens combattants. En 1935 ils
allèrent à Arcachon, pour un concours de sociétés de trompettes, d’où ils
ramenèrent un prix !

Le plombier du groupe fit le lien entre sa profession et ses loisirs musicaux en
fabriquant pour tous des instruments… en zinc ! Et un nouvel ensemble doubla
Les Echos de la Cère. C. e fut Les Ritous de Bretenoux ; ritou-ritou est
l’onomatopée servant à appeler les canards, nommés « rits » dans l’occitan
local. Dire qu’ils faisaient de la musique serait beaucoup dire ; ils émettaient des
bruits modulés dans lesquels on pouvait reconnaître la mélodie d’une chanson,
2 Auprès de ma blonde ou Les fraises et les framboises . Cela avait commencé
pour un Carnaval et se répéta des jours de festivités diverses, sur place ou en
marge de sorties de la « société de trompettes ». C’est le benjamin qui raconte ;
lui aurait pu, dû, apprendre à lire la musique.


1 BOUSQUET, Nathalie, Les Espagnols dans le Lot, de l’entre-deux-guerres aux années 50,
mémoire de maîtrise, Université Toulouse-le Mirail, sous la direction de Pierre LABORIE, 1992,
p. 25.
En décembre 2009, la Préfecture du Lot a mis la SNCF en demeure de se conformer aux normes
des sites dits « Seveso », pour le personnel et pour les rejets dans la nappe phréatique. La Dépêche,
17/12/2009.
2 Chanson traditionnelle, aux couplets coquins, utilisée dans une pièce de théâtre, « La petite grue
edu 5 », 1927 ; notons qu’elle avait deux versions, une masculine et une féminine.
PENET, Martin, Mémoire de la chanson, 1200 chansons de 1920 à 1945, t.2, Paris, Omnibus,
2004, p. 291.
30 Après son CEP, en 1932, sa mère rêvait de le voir devenir instituteur : chemin tracé,
l’EPS de Saint-Céré et le concours pour entrer à l’Ecole Normale. Son père était maçon,
mutilé de guerre travaillant malgré tout, et voulait des résultats plus immédiats ; il lui
offrit une bicyclette, mais les études ce furent trois années d’apprentissage chez un
peintre à Beaulieu. Les temps étaient durs et le travail insuffisant ; des chantiers au
printemps et en été, l’aubaine de la restauration d’une église, mais sinon c’était
s’occuper de la vigne paternelle ou amener les chèvres brouter. Le jeune peintre partit. Il
alla à Agen où il avait une tante, puis à Bordeaux, puis à Marseille. En 1939, il était chef
de chantier à Fréjus.

Il avait quitté Les Echos de la Cère juste avant que le secrétaire du greffier
n’en prenne une direction énergique et ne lui imprime une orientation nettement
plus festive. Le co-benjamin de l’ensemble en tira, lui, un meilleur profit en
entrant dans la Musique de la Police où il s’était engagé.


L’huissier des Echos de la Cère

Le nouveau chef des Echos de la Cère était fils de petits agriculteurs. Il était
allé, après son Certificat d’études, à l’Ecole primaire supérieure de Saint-Céré.
Il y suivit l’année de Cours Supérieur mais revint ensuite à la ferme familiale. A
l’EPS il avait découvert la musique ;chant et solfège obligatoires mais la
tentation d’apprendre un instrument avait été trop forte : il avait pris quelques
cours de violon avec la dame professeur de musique à l’EPS de filles. Le fils de
son ancien instituteur, qui était son ami, prenait des cours avec elle. Il réussit,
ou plutôt son père, à convaincre les parents du futur chef de lui payer des leçons
particulières. Ils y allaient ensemble, à bicyclette évidemment ; trajet de 10
kilomètres qui descendent et montent. L’élan était donné : à seize ans il intégra
la « société de trompettes » où il ne jouait pas du violon mais de la grosse-
caisse. Il travaillait chez le greffier, jouait au foot, tout allait bien jusqu’à une
douleur bizarre à un orteil. Le diagnostic finit par tomber : tuberculose osseuse,
exactement mal de Pott et une vertèbre atteinte. La femme du maire-médecin
prit en charge les démarches pour qu’il soit admis à Berck. (La vocation
thérapeutique de Berck, dans le Pas de Calais, pour le traitement de la
tuberculose osseuse remonte au second Empire. L'Hôpital Maritime fut
inauguré en 1869 par l’Impératrice Eugénie). Il y passa quatre ans ; de 20 à 24
ans. Quatre ans allongé, nuit et jour, même pour la séance sur la plage tous les
après-midi, réputée bénéfique grâce à l’air iodé ambiant. Ses parents venaient le
31 voir une fois par an. Quatre ans seul avec son violon à portée de la main. Le
temps ne lui manquait pas et des cours, avec un professeur, complétèrent
excellemment ceux de l’EPS. On finit par tenter une opération qui réussit.
Retour au pays, à l’étude du greffier et à la batterie-fanfare dont il prit la
direction deux ans plus tard. Il entreprit d’enseigner les bases du solfège à ses
condisciples. Savoir lire des partitions leur permettait d’avoir un répertoire
varié, faisant appel à davantage de pupitres : ils pouvaient de la sorte se définir
comme une authentique harmonie. Leur champ d’action resta avant tout local,
mais il y avait à l’occasion des déplacements longue distance, pour des
concours ou des rassemblements festifs jusqu’à Clermont-Ferrand, Bordeaux,
Vichy. La femme du maire et président se chargeait de leur organisation.

Le violon ne lui suffisant pas pour s’exprimer il avait appris à jouer du
saxophone, du saxophone soprano. Cela motiva la naissance d’un trio, le
Tourbillon-jazz, avec l’accordéoniste peintre en bâtiment et un batteur maçon.
Côté professionnel, en 1946, le greffier lui vendit sa charge. Greffier, puis
huissier, adjoint au maire après la Libération et toujours chef des Echos,
jusqu’en 1948, année de son mariage, avec une institutrice. Le jazz, lui,
tourbillonna deux ou trois années supplémentaires.


L'Espérance

Dans une autre commune, à 15 kilomètres mais dans une direction opposée aux
deux agglomérations précédemment citées, une harmonie entra dans la carrière
erle 1 janvier 1934. Fait remarquable pour une commune de 550 habitants. Le
député, Louis-Jean Malvy, l’ancien ministre de l’Intérieur, président de la
Commission des Finances à l’Assemblée, avait donné une subvention pour
l'achat d'instruments. La commune ne lui en témoigna pas une gratitude
unanime, votant massivement communiste en 1936 : 56 voix pour 157 suffrages
exprimés, proportion la plus forte du canton et même de tout l’arrondissement.

Cette commune n’était pas typiquement rurale ; de très petite taille, elle avait été
créée, en rognant sur le territoire de 3 autres, en 1912, peu après la construction de la
gare qui justifiait son existence. Cafés, restaurants, commerces concentraient l’essentiel
de son activité ; de petites industries ( textile et bois ), une coopérative agricole, s’y
ajoutèrent. Harmonie et subvention y correspondaient sans doute à certaines logiques.


32 Les plus fortunés avaient acheté eux-mêmes les leurs. L'harmonie, baptisée
L'Espérance, avait huit clarinettistes et au total quarante participants. Tous
savaient lire la musique, bien qu’autodidactes en majorité ; parmi eux deux
anciens élèves de l’EPS de Saint-Céré. Elle se donna pour chef le premier tuba
1de son harmonie . Il était mutilé de guerre, fait Chevalier de la Légion
d’Honneur à titre militaire en 1932. Avait-il été formé à la Musique militaire, ou
déjà durant ses études, cela n’est pas déterminé. Sa femme était le professeur de
musique de l’EPS de filles de Saint-Céré. Pourtant, il aurait penché sur le
versant confessionnel : par inclinaison ou par opportunité on l’ignore.

Le clivage était marqué dans cette ville qui comptait deux établissements
congréganistes. Pour les filles, il avait fallu une semonce du préfet, en mai 1882, pour
qu’une première école publique primaire de filles soit ouverte. « Il est inadmissible
qu’un an après le vote de la gratuité absolue, (juin 1881), les pères de famille soient
placés dans l’alternative d’envoyer leurs enfants dans une école libre payante ou de ne
leur faire donner aucune instruction. » Ce n’était pas mieux pour les garçons : ce ne
fut qu’en 1887 que l’école primaire, 220 élèves, dirigée jusque là par les Frères des
2Ecoles chrétiennes, fut laïcisée par rattachement à l’EPS de garçons . Les élèves
internes de l’EPS qui le désiraient allaient à la messe, accompagnés par un surveillant ;
il arriva qu’une allusion critique à « la laïque » soit faite en chaire : le départ du groupe
fut instantané.

Bref, s’il ne faisait pas l’unanimité à Saint-Céré où les comparaisons avec
Monsieur Vidal, pilier de la vie musicale, n’étaient pas à son avantage, aux
Quatre-Routes, pas même chef-lieu de canton, il apparut comme un messie. En
juillet 1936, L'Espérance bénéficia exceptionnellement d’une subvention
3municipale de 500 F (100 F allant à la société des boulistes). Ils jouaient pour
leur fête votive, celle du chef-lieu de canton, à 8 kilomètres, et pour toute
cérémonie officielle. Ils se déplaçaient à la demande, dans un rayon de 20
kilomètres.




1 er Au centre, avec un chapeau, photo n°1, p. 26, à l’extrême-gauche, au 1 rang, photo n°2, p. 27.
2 Archives communales de Saint-Céré, 3 T 51.
3 Les primes, du Secrétariat aux Sports aux Loisirs et à l’Education physique, aux orphéons
chorales et harmonies étaient typiques de la période.

33 Quelles que soient leurs prestations obligées, les membres des Echos de la
Cère, ou de l’Union musicale de Saint-Céré, ou de L'Espérance, pouvaient se
décliner en groupes restreints, radicalement consacrés à la danse. A trois ou
quatre - accordéon, batterie, saxophone, piston - ou, à titre individuel, avec des
partenaires d’un jour, ils allaient là où un besoin se manifestait. (D’une façon
générale les compétences ne restaient pas en jachère : l’accordéoniste du
Tourbillon-jazz, néanmoins clairon des Echos de la Cère, devint un membre
actif d’une autre harmonie, L’étincelle, en Corrèze, à une vingtaine de
kilomètres). Tant qu’à subir la salutaire discipline des harmonies autant en tirer
un profit joignant l’agréable à l’utile. L’huissier n’avait pas été le premier à le
faire, il ne serait pas le dernier. Ce vivier permettait qu'aucune envie de danse
ne reste insatisfaite, et elles ne manquaient pas ! Dans une ville comme Saint-
Céré, (3000 habitants) on dansait les jours de foire, les 6 et 22 de chaque mois,
dans trois ou quatre cafés de la ville au moins. Le samedi soir et le dimanche
aussi ; dans des cafés et des hôtels, celui « de la Perle », surnommé « le petit
Casino », et celui « du Lion d’Asie » où des sommités politiques et artistiques
allaient « se vulgariser ». Marie DUBAS* la chanteuse fantaisiste, ou réaliste,
vedette incontestée des années 30, y fit des apparitions, entre 1928 et 1931,
années de sa liaison avec Pierre Benoît.

Mais c’était là des pratiques urbaines. Au Village, qui n’avait plus de foires
depuis bien longtemps, (en 1860, il y en avait cinq par an), ces manifestations
étaient moins formalisées.

Note : des biographies des vedettes évoquées, nom en majuscules et *, sont
rassemblées en Annexes, Cahier n°2, « Les têtes d’affiche ».

1

1 Accordéon chromatique, 1930, collection personnelle de Pierre MONICHON. L’accordéon,
Lausanne, Van de Velde/Payot, 1985, p. 113.
34
Une nouvelle donne musicale

1Dans les guinguettes des rives de la Seine et de la Marne , on dansait la valse,
la mazurka aussi, tout comme dans les villages. Mais à l’approche du nouveau
siècle la manière changea : un rythme saccadé, un déhanchement et un
2mouvement des épaules suggestifs allaient faire de la mazurka la java .

Java, tango et fox-trot

Si la java peut prétendre à être une auto-production française, le tango,
exactement à la même époque, est bien, lui, d’abord une importation. Ses
premières apparitions, en Europe, ce fut sur des scènes parisiennes ; en 1905 au
Musée Guimet, avec Mata-Hari, en 1910 au théâtre Marigny avec Mistinguett,
mais aussi dans des cabarets, dansé par des Argentins. L’engouement parisien
fut immédiat, suscitant une appropriation par les apaches, ces voyous chantés
par Bruant, dont la culture régnait sur les faubourgs de l’époque comme la
Bastille, et, pour la bonne société, un foisonnement de cours de danse. Cette
appropriation mondaine assura son acclimatation. Le tango y perdit de son
mordant et sa dimension improvisée : le tango argentin devint le tango parisien
et fit tourner les têtes de toutes les classes sociales confondues. Mais la guerre
stoppa son envol que sa « sauvagerie », c’est-à-dire son immoralité, avait déjà
freiné.

1 « A Paris même, ces lieux de distraction honteux disparaissent, administrativement, à dater de
1860 ; dans ces lointaines banlieues restées champêtres elles refleurissent à partir de 1890. »
GASNAULT, F., op. cit. , p. 288.
2 Le nom de cette danse fait référence au javanais, argot de la culture apache intercalant dans les
emots les syllabes va ou av, en vogue depuis le milieu du XIX siècle (« Ce n’est plus un argot, ce
n’est plus le javanais, en un mot c’est le parisien. » Le Figaro, « Vocabulaire des moeurs »,
janvier 1865). Java et ses musiques étranges révélées par l’Exposition universelle de 1900 peut en
être une autre explication, non exclusive de la précédente. Une « étymologie de fantaisie » serait
« ça va, ça va », dit avec l’accent auvergnat, pour calmer les danseurs.
-Dictionnaire de l’argot, POLIN, Jean-Paul & MEVEL, Jean-Pierre, Paris, Larousse, 1995, p.345-
346.
-Dictionnaire du français non conventionnel, CELLARD, Jacques, et REY, Alain, Paris, Hachette,
1980, p. 458-459.
35
L’Archevêque de Paris, en 1913, le jugea « obscène et diabolique » et consulta le
Vatican, sur la requête des évêques, « pour savoir s’il était possible d’absoudre les
pénitents qui s’accusaient de danser le tango ». Il posa les mêmes problèmes en Italie,
où le ministre de la Guerre l’interdit aux officiers en 1914 ; le pape Pie X, éminemment
conservateur, se fit faire une démonstration de tango et conseilla de le remplacer par la
forlane, danse vénitienne à deux temps (6/4, 6/8), de tempo très animé, en faveur chez
e 1les gondoliers au XVII siècle . Maurice Ravel, composant son « Tombeau de
Couperin », en 1919 , se proposait d’en dédier la forlane au Pape, le suivant, et se
2réjouissait à l’idée de la faire créer au Vatican par Mistinguett et Colette en travesti .

En 1919, le tango était prêt pour le renouveau des bals et la java, apanage des
bals populaires, tout autant.
C’était :
La vraie de vrai :
« Celle qu’on dansait
Avant la guerre,
Au bar de la Glacière ».
Ou encore : celle « qui dégot,
le fox-trot
[…]
la java,
la vieille mazurka
du vieux Sébasto ». (Chansons de 1923 & 1922).
La valse avait intégré de multiples influences qui l’avaient démocratisée. C’était
le boston, ou valse lente, création d’un pianiste créole américain en 1853 et
arrivant en France 40 ans plus tard, la valse musette, italienne ou française, la
3valse-jazz et la valse argentine ou croisée . Le charleston, révélé en 1925 par
Joséphine Baker, subit le même formatage que le tango mais n’en fit pas moins
fureur en conservant un parfum d’exotisme, comme la rumba cubaine, « la vraie
danse de l’amour », que chanta Mistinguett six ans plus tard, au Casino de
Paris, dans la « Hyper-production » (sic) « Paris qui brille ».
Ce n’était pas tout : la guerre avait amené en France des Américains du Nord,
militaires avec leurs fanfares pas si militaires que ça. Les noirs américains

1 D’après : -HUMBERT, Béatrice, « Le tango à Paris de 1907 à 1920 », p.109-162 et CAMRA de
LANDA, Enrique, « L’introduction du tango en Italie », p.172-263, PELINSKI, Ramon, (dir.), Tango
nomade , études sur le tango transculturel, Montréal, 1995.
-HESS, Rémy, Le tango, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1996.
2 CHARVET, Pierre, « Le mot du jour », France-Musique, 25/09/09.
3 HESS, Rémy, La valse, la révolution du couple, Paris, A.M. Métailié, 2003, p.144-147.
36 étaient présents depuis la guerre de Sécession dans les musiques militaires,
« l’oreille pour seule boussole […] Ils lisaient la musique entre les lignes,
1embellissaient la mélodie ». En 1917, leurs bataillons, un sur quatre, défilent
sur les Champs-Elysées, avec ceux des soldats blancs, mais tous dirigés par un
noir. C’était Jim Europe, en temps de paix chef de l’orchestre accompagnant le
couple anglo-américain Castle, danseurs d’exhibition et chorégraphes : : « «« c’est
2à ce trio de choc que l’on doit l’avènement du fox-trot », en 1913 . Au
programme, des standards de variétés et des danses issues du rag-time, fox-trot
en-tête.


Les music-halls parisiens emboîtèrent le pas des fanfares, organisant des
spectacles pour les permissionnaires alliés ; la première française du fox-trot eut
lieu, précisément, en 1917, aux Folies-Bergères. En 1919, le Casino de Paris fut
relancé avec faste, avec comme invité l'Orchestre de New-York. Salabert, qui
représentait à l'époque la moitié de l'édition musicale en France, publiait, en
relation avec les music-halls, les fleurons du répertoire américain.

1 GUMPLOWICZ, P., op. cit., p.199-203.
2 Harry Fox était le nom d’un danseur qui l’improvisa dans un spectacle de Broadway.
GARAUDEAU, Virginie, « Le bal sous influence jazz : du cake-walk au rock-and-roll » p.100,
DECORET-AHIHA, Anne, (dir.) Les danses exotiques en France, 1880-1940, Pantin, Centre
national de la Danse, 2004.
Autre explication du terme : « Trot du renard » fut l’appellation générique pour un ensemble de
danses syncopées, dont un « Pas de l'ours » qui décidément marquait bien la sauvagerie de ces
nouveautés que l'on ne pouvait arrêter.
PENET, Martin, « Figures libres », France-Musique, 11 au 16 août 1997 et 15 au 19 juin 1998.
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