Les compagnons pianistes

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Ils s'appellent F. Olivia, J. Schoubert, G. Sigrist... Les connaissez-vous ? Ils ont accompagné les plus grands chanteurs et d'autres, moins célèbres. Ces musiciens ont largement contribué au succès des artistes qu'ils savaient mettre en valeur, rassurer, rattraper. C'est un art, l'accompagnement, un métier très particulier. Ces "compagnons de l'ombre" l'auteur leur a donné la parole, les a mis en lumière. Ils lui ont livré leurs souvenirs émaillés d'anecdotes sur certaines vedettes. Un autre regard sur la variété française.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
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EAN13 : 9782296253094
Nombre de pages : 255
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ÀRoland
ÀChristian





«Mon piano c’est pour moi
ce qu’est au marin sa frégate,
ce qu’est à l’Arabe son coursier,
plus encore peut-être mon piano
c’est ma parole, c’est ma vie.»
Franz Liszt

Avant-propos

Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
ChapitreIV
ChapitreV
ChapitreVI
ChapitreVII
ChapitreVIII
ChapitreIX
Chapitre X
Chapitre XI
Chapitre XII
Chapitre XIII
Chapitre XIV
Chapitre XV
Chapitre XVI
Chapitre XVII
Chapitre XVIII
Chapitre XIX
Chapitre XX

Conclusion

Remerciements

SOMMAIRE

Anne Baladou
Marc Chevalier
Denise Tosi
Jean-Louis Beydon
Jacques Debronckart
FranceOlivia
JacquelineRichit
PhilippeMarcillac
YvonneSchmitt
GilbertSigrist
Luce Klein
JeanSchoubert
JacquesPailhes
AntoineMillet
JackyDelance
Michel Precastelli
Roger Pouly
Paul Braffort
Roland Godard
RomainLavielle

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AVANT-PROPOS

Les témoins oubliésd’un mondeoublié.
C’est sur letard et parhasardquejesuisentrée auCabaret.
J’ai toutd’abordrencontréquelques témoinsetacteursdutemps
révoluoùleschansons pouvaientêtrerodéeset présentéesaupublic
dansces lieuxfestifs, impitoyables parfois pour le malheureux chanteur
s’époumonantdevantune assistanceindifférente mais surtout,tremplins
pour lesdébutants.
Commeil se doitàtoutbon néophyte, cesanciens,jelesai
observés, écoutés.Leurs souvenirs,souventagrémentésd’anecdotes
drôles oucroustillantes, d’histoires inattendues,lalecture deleurs
témoignages ont suscité en moi l’envie d’écrire.

Ma démarche danscet ouvrage estderéparer, en quelquesorte,une
certaine forme d’injustice etd’oubli.Car point n’estbesoinde
s’immergerdans lemonde dela chanson pour s’apercevoir queles
ouvragesconsacrésà ce domainerelatent,leplus souvent sous forme de
biographie,lavie deschanteurs.Il suffit, pour s’enconvaincre, d’aller
visiter lerayonvariétés françaisesdes librairies ouautresdistributeurs.
Avez-vousdéjàtrouvéun livre consacré à ceuxqui,parfois durant
toutela carrière delavedette,l’ontaccompagnée?
Quelques très raresaccompagnateurs ontfait l’objetd’un récit mais
ouvertementetuniquement portépar lanotoriété del’artistequ’ils
servaient, comme,parexemple,FrançoisRauber,undes pianistesde
Brel ouPierreNicolas, bassiste de Brassens.

Un instrument malconnu.
Les pianistes jouent surun instrumentfantastique dont l’étendue du
clavier n’a cessé de croître :des quatreoctaves lorsdesa création par
BartolomeoChristoforien 1709,il passa à cinqdans lepianode concert
de Mozart,sixpour lemodèle de Liszt, aujourd’hui sept octaves plus
quelques notes.Moins pour lepianodroit, davantagepour lepianoà
queue.Lepianoàqueue atteintdeuxmètres soixante,lalongueurdes
cordeset l’importance dela caisse derésonance contribuentàla

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puissance desasonorité.Lesdeuxprototypes sontconservés l’unà
Leipzigl’autre à NewYorkauMetropolitanMuséum.
Lorsdesa création on peutdirequelepianofut lasuite duclavecin,
cequi nesignifiepas quelepiano soitunclavecin perfectionné.C’est
un instrumentà cordesfrappéesalors quele clavecinestun instrumentà
cordesgrattées parunbec deplume.Le demi-queue,lequartdequeue
et le crapaudsontdes modèles réduits.Lepianodroitdont lescordes
sontdisposéesverticalementcontrairementà cellesdupianoàqueue
envahit les maisonsbourgeoisesauXIXèmesiècle.
Ilest soumisàun impôtaudébutde cesiècle fécond encabarets ou
autres lieuxd’expression musical«e :Si tu veuxpas payerd’impôt,
cacheton piano (…)», chantait-ondans lesannées trente.Par référence
austatutbourgeoisdel’instrument,lepianodupauvreoupianoà
bretellesdésignel’accordéon.
Quandlepianiste est tropamateur,ildevientunbroyeurd’ivoire en
argotdemétier.Àcepropos,quelques surnoms populairesdenotre cher
instrument:la commode,la casserole,le chaudron.Voltairele
surnomma ainsicar ilavait l’oreilletrèsancien régime : «Instrumentde
chaudronnierencomparaisondumajestueuxclavecin»(lettre du8
décembre1774).
Puisquenousen sommesauxcitations,JulesVerne dans«Parisau
XXèmesiècle »imagineuncurieuxmodèl«e :(…)Il toucha
l’instrumentdont le clavier serabattitet laissavoirun lit tout préparé,
avecunetoilette garnie desesdiversustensiles.Voilà bien, dit-il, ceque
notre époque étaitdigne d’inventer!Un piano-lit-commode-toilettes! »
EtMaxJacob dansC« Leornetà dés»proposeun piano-fuseau
dont les radiations musicalesguérissent les troubles nerveux…

AucabaretduChatNoir,lepiano,mal placé, contraignait les
pianistesàjouer le dosaupublic.Ilfut la cause de biendes
désagréments pour lepatron.Àl’instigationdequelques mauvais
coucheurs,un officierdelapaix, défenseurdusilenceurbain,n’hésita
pasà donner l’assautaucabaret pouryenleverde hauteluttelepiano
jugétrop sonorepar lesvoisins!RodolpheSalis réussitàrécupérer
l’instrument mais,par lasuite,les plaintes semultipliant,il sevit
infligerhuitcentscontraventions pour tapagenocturne et menacé de
fermeture.Nombre de cabaretsfurentconfrontésà ce genre deproblème
émanant principalementdupiano… Etdesapplaudissements!

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D’illustres prédécesseurs.
Certains pianistes-accompagnateursc, «ompagnonsdupassé »,ont
connula gloire.
DebussyfréquentaitLeChatNoir peuaprès sa fondationen 1881.
Il jouaitdelamusiquelégère aufond d’unemodeste brasserie du
boulevardRochechouart.On l’yretrouve après son retourdeRome
alors queLeChatNoir, confortablement logérueVictorMassé, est
devenucélèbre dans lemonde entier.Ilyaccompagne aupianodroit la
chanteusepolonaiseMarieKrysinka,seule femme duprogramme,
tandis queMadameSalis,Junonblonde etépouse dupatron,surveillela
scène duhautd’une estrade.Plus tard,Debussydevenuleroidela fête
dirigeait toutelasoiréeleschœursendiablés.Ilaccompagnaitégalement
aupiano leThéâtre d’ombres,préfiguration impressionniste del’art
cinématographique. CharlesdeSivryassisteDebussyaupianoet tient le
clavieren sonabsence.
ErikSatie fut leprotégé deDebussy.L’innocent,timide et tracassier
musicien-enfantdoublé d’un musicien-prophète estemployé dansdeux
outroiscabaretsdeMontmartre.Paria delamusique,il s’était réfugié
dans la frivolitémontmartroisepour lamêmeraison
queToulouseLautrec dans lesbordels parisiens. Lamisèremarquait leursvies.Ils
sont liésavecVerlainequivoitdans lapauvretéleprixqu’ont, enfinde
compte, àpayer,tousceuxqui ont tenté de conserveràl’âgemûr,la
candeurdel’enfance.
«Donnez-moiun poète,j’enferaideuxmusiciensdont l’un sera
chansonnieret l’autrepianiste-accompagnateur.Auboutd’un instant,le
chansonnierauramontéuncabaretdit montmartrois.
Quelquesannéesaprès,lepianiste-accompagnateur seramort
alcoolique et le chansonnier seraprince, ducouautre chose demieux
encore.»(ErikSatie1866-1925).

Aprèsavoirévoqué cescompagnonsdutemps jadisetdela
Révolution industrielle,jementionnerai quelquesgrandsartistes
contemporainsayantdébuté en tant quepianistesd’accompagnement.
Parmi les pluscélèbres,on trouveSergeGainsbourgquidébuta à
Milordl’Arsouille(nom prédestiné?)et jouatous les soirs pourfairele
pianiste d’accueil, d’ambiance etd’accompagnementdansce cabaretà
lamode en 1958,DarryCowl quidébuta auxTroisBaudets ouLéo
Ferré dont je cite,plus loin,quelques souvenirsducabaret l’Écluse.

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Il ne faudrait surtout pas omettreLouisdeFunès.
C’est à ce dernier, car son rôle depianiste aparticulièrement
influencéson jeud’acteur (par l’observationdes patrons malmenant les
employés,les riches rudoyant lesfaibles),quejevaisconsacrer
quelques lignes.
Endéballant sescadeauxde Noël, CarlosLuisde FunèsdeGalarza
découvreparmieuxdes instrumentsdejazz.Deplus,samèreLéonor,
luidonne, dès l’âge de cinqans, descoursdepiano pour lesquels il se
montreplutôtdoué.
En 1939,pour nourrir sa familleil remarqueunepancarterue
Pigallestipulant que dans les prochains jours«on rechercheraitun
pianiste ».De17h à 5 h dumatin,ildivertit lesclients par son jeuet ses
mimiques,lèvres pinçantdescordes imaginaires.Il possèdeune bonne
oreille etune excellentemémoirelui permettantderetenir tous lesairs
alorsàlamode.Ila250morceauxàson répertoire dont pas malde
standardsaméricains.
Agentd’ambiance,il moduleles rythmes, delanostalgie auswing
syncopé,sentant lasalle et sesvibrations.
Unclient lui réclame-t-ilunemélodiequ’il ne connaît pas ?Louis
serenseigne et répètelemorceaud’arrache-pied,lui quiest incapable de
déchiffrerunepartition.
Ildémarche bientôtd’autresclubs,on levoit même brièvement
remplaceruncollègue authéâtre desTroisBaudets.
À L’Horizon,prèsdelaMadeleine,il selie d’amitié avecunautre
musicienaussibeauqu’élégant, aux yeuxbleuélectrique commeles
siens,ÉdouardRuaux,plusconnusous lenomd’EddieBarclay.
Ensemble,ils improvisentàquatremains.Pour lesconnaisseurs,ils
bravent l’interditdurégime deVichyen jouantdujazz,musique
décadentemais tellement plusexcitantequelavariété del’époque.
AuGavarni,touten pianotant, Louis s’amuse àimiter lesclients qui
passent.Safaçonbienàluide faire courir ses mains sur lepianoàla
ChicoMarxet ses imitations muettes recueillentun joli succès.
Revenantchezsamère après sondivorceil passeson tempsentrele
coursSimon,l’entretiendel’appartement maternel qu’ilbriquejusqu’au
derniergraindepoussière et,lesoir,part travailler.
Lepatrondel’Ascott,oùilestcenséjouerdès seize heures,patiente
en tapantdupied,lesyeuxfixés sur samontre.S’ila cinq minutesde
retard c’est l’engueulade.Louis ne bronchepas maisattendsonheure
pour sevenger, cequ’ilferaplus tard en incarnantdans sesfilms, des

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rôlesdefesse-mathieuxquibrusquent les«petits» en plusdeles
exploiter!
Il perfectionnesatechnique auconservatoire dejazzdeCharles
Henryqu’ilfréquente avec Eddie Barclay,oùilanimeuncours pour
arrondir sesfinsdemois.Ilyrencontresa deuxième épouse :Jeanne
Barthélemyde Maupassant,pianiste classiquemaisférue dejazz.
Celle-ci neselassepasd’écoutercetélève extraordinairequi joue
commeundieusans lireunenote demusique.
Louis travaille énormément ;amarré àson pianodurant parfois
douze heuresd’affilée,ilasouvent les nerfsà fleurdepeau.
Ilcroise des patronscharmants maisaussides odieuxetdes
mesquil sins ;esouviendra en particulierd’un Thénardier sur les
Champs Élysées: «Sitôt quejem’arrêtaisdejouer,ilétait là !S’ily
avaiteu unesoupière à côté demoi satête en serait sortiepour me
dire :Alors ?On nejoueplus ?»
Suite àunerencontre avecDanielGélin qui lui procureun petit
rôle,Louis, en plusdescabarets, court maintenant lesfigurations.
Lasuite,on la connaît…

Mais il suffitavecles« gloires» !
Jeveuxconsacrer mon livre aux« compagnonsdel’ombrcee »,
termen’étant nullement péjoratifsous maplume, bienaucontraire.
D’ailleurs,jenepuiscomprendrepourquoicetteombreocculte encore
des musiciensd’un tel talentet là,je citeundes pianistes quej’ai
rencontrés qui me confianon sansune certaine amertume : «Jamais,on
n’aparlé demoidansunbouquin! »
C’està cause de cesilence,maisaussi pourconnaîtreleur ressenti
vis-à-visdeschanteursetavoirunevisiondifférente dumonde dela
Variété,quej’aivouludonner laparole à ces témoins privilégiés.

Genèse de mon livre.
J’avais rencontré,ilya de cela environ trois mois,lorsd’undîner,
unepianiste-accompagnatrice aveclaquellej’avais immédiatement
sympathisé :AnneBaladou.
C’estdonctout naturellementet pourêtreparfaitement sincère,tout
confortablement,quej’aidemandé à cette femmesensible, généreuse et
accueillante, deme consacrer quelquesheures.

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Elle acceptatoutdesuite, avecsa gentillesse coutumière deme
raconter son métieretdeme dire cequ’était,pourelle,lerôle d’un
accompagnateur.Puis, ellemeproposa demeprésenteràune deses
amies, égalementanciennepianiste de cabaret quejepourrai,me
recommandantdesapart,interroger.
Car ilfaut,pourentrerdanscemilieu, « êtreprésentée ».
J’aibénéficié égalementdel’aideprécieuse deChristianStalla,
auteur-compositeur-interprète,membre de ce cercle des poètes pas tous
disparus,maisenfin,il n’en reste guère !Il m’a,luiaussi,
généreusement ouvert soncarnetd’adresses,m’aidantconsidérablement
en me faisant rencontrer sesamis pianisteseten m’aiguillantdans mes
recherches.
J’aiévoqué «les poètesdisparus» car,lorsqu’on s’intéresse à
l’époqueoùlescabaretsétaientenvogue,ilfaut remonterassezloin
dans letemps.Eneffet, ces lieuxont tous,lesunsaprès lesautres, fermé
leurs portesaudébutdesannées 70; l’âge des protagonistes,lavie
parfoisépuisante et pas toujours très sainequ’ils ont menée font que
certains,quej’auraisaimépouvoir rencontrer,nesont plus parmi nous.

Jemeposeraidanscelivre delibresentretiens, enCandide «de
service ».Riendemieuxqu’unepetitetouche denaïvetépour relancer
le dialogue etengendrer lerire çà et là…

Mes interventions seront«en italique»pour la commodité dela
lecture.

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CHAPITRE I

ANNE BALADOU

Annem’invite chezelle dans son joliappartement montmartrois.
Elle estdéputé dela République de Montmartreoùelle est née,rue des
Martyrs! Un signe dudestin ?Non, carcelanel’apasempêchée de
suivre descoursde dessin rue desBonsEnfantsdontelle est sortie
nantie d’undiplôme demaquettiste.Après le Conservatoireoùelle
reçutune formationclassique, Anneseretrouva confrontée àunchoix.
Soitelleintégrait l’École desenseignantsdemusique,soitellese
dirigeaitvers le dessin.Lapremièresolutioneutétélaplus logique
maisellenesupportait pas l’idée d’enseigneravectoutes les servitudes
que cela génère.C’estcurieuxd’adorer lamusique etd’endétesterà ce
point lescontraintes.Elle devintdoncmaquettiste endécoration jusqu’à
sarencontre avec celui quiallait, devenant sonépoux,laramenerdans
le giron musical.
Laviel’éloigna deson quartier nataldurantdenombreuses
années,maisellen’eutde cesse d’yretourner.PourAnne,revenirdans
cequartier qu’ellequalifie d’inspiré, emplidemusique(carysubsiste
nombre de cabarets mêmesi laplupart nesont que des piègesà
touristes)estun retourauxsources natureletbénéfique : « J’yentends
deschansons, delamusiquelorsquejemepromène dans mes rues, cela
m’est toutaussi indispensablequel’air quejerespire ! »

—AlorsAnneracontCe !ommentas-tudébuté?Pourquoi ?
Quand?Jeveuxtout savoir!

— Commentai-je commencé?
J’ai prisdescoursdepianoclassique durantdouze ans.J’ai joué de
façon traditionnellejusqu’aumoment oùj’ai réalisé : «Cen’est pascela
quej’aime ! »
Puis j’ai rencontrémonfutur mari,GilBaladou,qui seproduisaiten
tant qu’auteur-compositeur-interprète aucabaretL’Écluse.
Ila commencé àposer sur mon pianodes poèmesafin quejeles
mette en musique.Ensuite,il m’aprésentéun pianiste de cabaret,
Claude Cassard,quivenait travaillercheznous.J’aialorscompris que

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mon univers setrouvait là;cefut unerévélation!Mais, d’abord ilya
euMireille.

—Le Petit Conservatoire?
—C’est ça !J’yai découvertun milieuartistique aveclequel jeme
suis toutdesuitesentie en osmose.
J’observe,je comprendset j’aimetoutcemonde-là :PierreVassiliu,
JeanObé,AliceDona,PhilippeCastelli qui me faisait tellement rire,
pleinde gens intéressants.
Un parcoursdevie,si tu veux…
Le fait queGilchantâtàl’Éclusem’a aussi permisde connaître de
futuresvedettescomme Barbara.
Après,nousavons monténous-mêmes leDiable àQuatre,28rue
Dauphine, dans leVIème, avecPetitBobo (PierreMaguelon)et
FrançoisLalande.Beaucoupde comédiens jouaientdanscespectacle,
j’accompagnais tout lemonde.
Ilfautdirequ’accompagner lesartistes, c’est très particulier.C’est
la compréhensionde ceque fait l’autre,touten nerenonçant pasà ce
quetufais,toi.
Jen’ai quetrès rarement travaillé avecunepartitionhélas,j’écoute
et jejoue.C’est mondéfaut!

—Pourquoi serait-ceundéfaut ?
—Parceque deschanteurs quetune connais pasarriventavecleur
partition,pensent quetu vas lalire et,toutdesuite, démarrer
l’accompagnement.
Certains pianistes sont« des machinesàmusique »,la chanteuseou
le chanteur leur metunepartition sous lenezetc’est parti!

—Etc’est mieux?
— En quelquesortenon,tuas raison,pour moic’estun plus,
parfois, d’être ainsi.Car si l’ondevait se contenterdelireunepartition,
il manquerait l’essentiel.Leprincipal,vois-tu, c’est larelationentrela
musique et le chanteuorr ;,si tues obnubilépar lapartition,tu
n’observes pascelui quetudoisaccompagneralors que c’est très
importatnt ;ule comprends mieuxet il se crée alorsun lien trèsfort
entreluiet toi.
Àmon sens, dumoinsest-cema conceptiondumétier,lepianiste
d’accompagnementest quelqu’un quifait partie duchanteur.

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C’estvraiment un mariage et, comme dans tous lescouples,il peut
yavoir undominant,l’idéal setrouvantdansl’égalité.
Ilya desalliances qui nefonctionnent pas,parcequ’on nese
comprendpas ou queletexteneparlepasàl’accompagnateur,il peut y
avoir pleinderaisons…Mais quand c’estun mariage heureux,iln’ya
riendeplusformidable !
C’estuneosmose. Tucomprendsceque fait l’autre,l’autre
comprend cequetufais, c’estdurespect. Quandondit
accompagnement,voilà, c’estvraimentça :une empathie.

— N’as-tujamais l’impressiondet’effacerderrièrele chanteur ?
—Non,non!Jeparticipe.Ah !Non!Jenem’effacepas!
Parexemple,j’aiaccompagné, audébotté,GianiEsposito, en
remplacementdeson pianiste.Celase déroulaitdansune fête chez
FrançoisGire,je connaissais toutes leschansonsdeGiani, ce fut pour
moiungrandmoment,inoubliable.

En 1975,Gilfutengagé auxTréteauxduMidi, dirigéparJacques
Échantillonet jel’ai suivià Béziers.Ce futassezdifficile car, danscette
ville,il nesepassait riendupointdevue culturelet j’étaisdépendante
de ceque faisaitGil.
J’ai néanmoinsfaitun spectacle de café-théâtre avec Gil, Yves
Elliotetd’autrescomédiens.
Nousavons monté des numéros«VictorHugo»pour lesquels j’ai
composétoutelamusique.C’était très original.
En 1980nousavonscrééune autrepièce :«Onestdrôlesaussi,
maisdesfoiscelanesevoit pas» comportant tous les slogansdemai
68.J’enavaiscomposélamusique,nous l’avons inaugurée à
Carcassonne.J’arrivaisen rugbyman,j’avais latrentaine,tu voiset le
premier motdupublic était: «Àpoil, àpoil» !Alors j’enlevaiscetruc
derugbyman (j’étais, heureusement, encostume dessous).
Lelendemain,jesuis montéesur scène en longuerobenoire !
Après,jesuis revenue àParis.Ilya eu un petitcreuxdans mes
activités parcequ’ilfallait renouer les relations.
Là,j’ai rencontréune fille formidablequiestunhomme,JennyBel
Air,transsexuel,unevoixfantastique, avecqui j’ai travaillé cinqans.
Nous nous sommes trèsbienentendues.C’étaitun personnage
complètementdélirant,mais qui me faisaitvraiment participer.Elleme
laissait maplace,mepermettait même de chanter parcequeje chante

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aussi.Jusqu’aumoment oùnoschemins sesont séparéset oùj’aifait la
connaissance d’autrescomédiens.
J’aime bien travailleravec descomédiens, d’ailleurs,si jeremonte
dans
letemps,j’aiaccompagnépresquetoujoursdescomédienschanteurs.

—Pourquoi ? Que t’apportent-ilsdeplus qu’unchanteur ?
—Ilsapportent l’intelligence et le choixdes texteset,par-dessus
tout,lanon-prise ausérieuxdeleur proprevoix;connaissant leurvoix
de comédiens,ilschantent sansavoir lesdéfautsdeschanteurs qui
s’écoutent.
—Mêmesichanter, ça changelavoix, comme disaitAragon ?
—Voilà,oui,neseprenant pas pourdeschanteurs,ilémanaitd’eux
une générositéquiest,jetrouve,très importante.
—Pourrais-tum’enciter quelquesuns ?
—GianiEsposito, Claude Leblond,YvetteMontiet qui m’aquittée,
elle aussihélas,pourunautreparadis, YvesElliot,RobertLucibello
parmi les principauxdont jemesouviens...Ça enfaitdescomédiens!

Maintenant,jesuisun peuen manque,jen’ai plus personne avec
qui travailler ;une amie chanteusevient merendrevisite detempsen
temps pourvoir si onarrive às’entendre,si onest sur lamêmelongueur
d’ondes.Parceque,vois-tu,parfois jetravaille avecquelqu’un, çase
passe bien mais jesens que celan’irapas plus loin parceque ça
«n’accroche »pas toutà fait.
C’estcela,letravail,ilfaut qu’on soitd’accord,qu’on s’amuse
aussi,qu’on prenne duplaisir.
La chanson,l’accompagnement, celane doit pasêtre delatragédie,
lesdeuxcompagnonsdoiventen tirerunesatisfaction réciproque.
J’adoreles poètes,jelesaibeaucoupchantés (Aragonentre autres)
etaccompagnélescomédiens qui les interprétaient.

Jevais teparlerdela chanson qu’ona faite avecChristianStalla,
sur l’Écluseoùnous passions tous lesdeuxdans lesannées 60.
Ilavaitenvoyé cette chansonàl’ancien patron,MarcChevalier,qui
luia dit: «C’estbiencequetuasfait,mais lamusiquen’est pas
terrible.»

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Alors,ila effectué des recherches afindemeretrouver (Gilétait
sonami,maisChristianet moi nous nousétions perdusdevue)et m’a
demandés’il pouvait m’envoyerun textesur l’Écluse,tupensesbien
quej’aidit oui!
Il m’a donné cepoème.Jel’ai misen musique et la chansonapluà
tout lemonde.Nous l’avonsenregistrée en studioavecunguitariste,un
accordéoniste et moicommepianiste.MartineDesmaretsetJeanObé, à
la fin,ont nommé,pour leur rendre hommage,presquetous lesartistes
s’étant produitsdansce cabaret.

Àprésent,il m’arrive d’accepterdetravaillerbénévolement, en
particulier pour les personnesâgées séjournantdansdes maisonsde
retraite.Mais,souvent,lepianofourni par l’établissement n’est pasàla
hauteurdelaprestation souhaitée, cequiestdouloureuxpourun
pianiste.
Ilyaun petit objet qui nousestfortutile dans l’exercice denotre
art, c’estunepince àlinge.Oui,tuasbienentendu!Grâce à elle,
lorsquenous jouonsen pleinair,les partitions restentàleur place,j’en
ai toujoursunesur moi.Celapeut paraîtreinsignifiant maisc’est très
important,les partitions s’envolant:unvraicauchemar!
Lesgens neserendent pascompte àquel point ilfautassumer
parfois.Je garde en mémoirelesoir où, àMarcillac,j’arrivesur scène,
dans lenoir.Jem’installe aupianoet là,jevois,posésur le clavier,un
étron!C’étaitunfaux,unami m’avaitfaitune blague,seulement sur le
coup,jenem’en suis pas renducompte,imaginemonémoi! Bien que
l’on soit totalementdéstabilisé,lepublicne doit pas s’enapercevoir.

Lesartistes me chantent la chansonune foiset jelesaccompagne;
ils sont toujoursétonnés maisc’est mon métier, « c’est mon oreille »,je
nesais pas l’expliquer, c’est très particulier.
D’excellents pianistes sontdetrès mauvaisaccompagnateurs, çan’a
rienàvoir ;ilsvoient lapartition mais pas lapersonnequi réciteou
chante.Moi,j’essaievraimentdetoutentendre,toutcomprendre de
l’artiste.C’est parfoisunesensationun peubizarre,leschosesarrivent
toutes seules,jeles ressens sans lesanalyservraiment.

— Dans quelscabarets, es-tupassée?Tuas mentionnél’Écluse…
—Oui,l’Écluse et leDiable àQuatrequi n’apasdurélongtemps
parcequ’un jeune homme avait investidedansetatoutclaqué en très
peudetemps.

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1

—Oùétait-il situé?
—Versles quais,jenesais plusexactement, entrelepontMarie et
lepontLouisPhilippe. Tusais, cela date desannées 70 etaprès,tous les
cabarets ontfermé.
Avec YvetteMontieretClaudeLeblond,nous nous sommes
produitsendivers lieux,très souventauGuichetMontparnasse.Nous
avons réalisé de bonneschosesensemble,plutôtdes« chantés-parlés».
Nousavons notamment montétoutun spectaclesurCharles Trenet.
Maisensuite,les patronsdes salles susceptiblesdenousaccueillir
ontchangélamanière detravailler.Maintenant,pourypasser,ilfaut
payer, alors qu’auparavant lapatronnenous réglaitet retenait l’argent
pour l’entretiendelasallesurcequ’ellenousdonnait ;àprésent,
avancer l’argent sansconnaîtrelemontantducachet quivanousêtre
alloué, cen’est plus possible !
Lesdirecteursdes lieuxqui seraientdisponibles neprennent plusde
risques,il n’yapratiquementaucun théâtre dans lequel monterun
nouveauspectacle, démarrer ;c’est pourtantcela créer!

Mais j’enaivécu, de cemétier.Avec Gil,onavécuque de cela.
Lui, chantaitaucentre des TréteauxduMidi,puisavec Savarydont les
spectaclescomprenaientbeaucoupdemusique etde chansons.
Jetravaillaisavec euxcommemusicienne.
Aujourd’hui,jenesais pascommentfont les jeunesde20/25 ans
s’ilsveulentvivre deleur métierd’artiste et tupeuxêtre artiste àplein
deniveaux.C’est terrible depenser quelorsqu’on netravaillepas,les
gensvousdisent: «Mais tune fais rien! »
Cen’est pasvrai,ilfautchercherdesengagements, envoyerdes
lettres partout (ça coûte cher) se déplaceretc.
Parfois, c’estvraiment parcequ’il n’yapasdetravailet,ona beau
chercher,on netrouverien.Mais lesartistes sontdesgens quiveulent
travailler, bien sûr!Onaime ça,parceque c’estduplaisiraussi, c’est
êtresoi-même et onena besoin.
Onestdéprimélorsqu’on ne fait rien,jet’assureque depuis
qu’Yvette est partie,l’année dernière,j’essaie derefaire autre chose.
Jen’yarrivepaset j’en suis très malheureuse.

—Pourtant,parveniràvivre desapassion, c’estformidable !
—Oui, c’estformidable !Je faisais moinsde choses queGil parce
quejem’occupaisdesenfantset queles maris n’aiment pas toujours
voir leurfemmetravailler!Ilyaunejalousie artistiquequi s’instaure,

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n’existant pasdans laviemaisentrantdans le couplequandon travaille
à deux.Jemesouviens que,lorsqu’il rentrait lesoiraprèsavoirchanté
dans lescabarets, Gil posait soncachet sur mon piano,lasomme était
minime et nous n’avions que celapourfairevivrela famille.

—N’ya-t-il jamaiscetantagonisme aveclesautres interprètes ?
—Si,maisalors, à cemoment-là, çane collepas.Si tuasbesoinde
gagner tavie,ouque celapeut,pourd’autres raisons, êtreintéressant,tu
le fais toutdemême.Ousi tuasdéjàsignéuncontrat,tuesbien obligé.

—Qu’ya-t-ildepirepour toi?
—Lesgens quichantentfaux!C’estatroce !
—As-tu unexemplesignificatif àmeraconter ?
—J’aiconnu une comédienne, aveclaquellej’ai travaillé
longtemps.Elle avaitunetrèsbellevoixmaischantaitfaux, ellene
l’acceptait paset jen’arrivais pasàla diriger, cardansce cas,ilfautêtre
directif, cela faitégalement partie durôle del’accompagnateur.
Tudois luidire : «Tu vois,ici, cen’est pas toutà fait juste.»
Uncomédien n’est pas obligé de chanter parfaitement maisdu
moinsdoit-ilchanter juste et, chosetrès importantepour lepianiste, en
mesure.Pourun musicien, c’estvitaql ;uelqu’un qui ne chantepasen
mesure devient incompréhensible.
Lamesure est quelque chose denaturel pour moi,mais ilya des
gens qui nesavent pas le faire et,lepire, c’est qu’ils nes’en rendent pas
compte, alors tut’arraches lescheveux!Parcequetuaimesbien la
personne,tuaimescequ’elle fait mais tuneparviens pasàlamettresur
les rails.

Tupeuxessayerun momentet puis tuarrêtes,parceque c’estune
souffrance. Tun’arrives pasàte faire comprendre et surtout,tune
parviens pasà faire entendre àl’autreoùest lepetit problème…
Qu’est-cequetu veuxfaire?Il n’yarienà faire !
Toutdemême,jel’ai tentéplusieursfois.Avec certains interprètes
adorables,talentueuxdans l’interprétation,mais je courraisderrière,les
rattrapais sansarrêt parcequ’ils sautaient trois phrases,on passaitd’un
coupletàl’autre et jesortaisdelà épuisée !
Eteuxme disaient: «C’estformidable,tum’asbien suivi! »
Ah !Oui!Maisçavauncertain temps!Après tudis«Stop! » car
en plusd’être épuisant, cen’est pasgratifiant,tun’es pascontent.

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En principe,si tu rattrapesbien leschoses,lepublicnes’enaperçoit
pas,maisc’est tellementdur, d’autant quej’ai,toutdemême,toujours
l’impression quetout lemondel’entend, bien quejesache
pertinemment que cen’est pasvrai.C’estcommeuncomédien qui se
trompe dans son texte, grâce àson talent,personnenes’encompte.
Moiaussi,j’aicetalent mais quandj’aifini jeme dis: «Ah,Non!
Plus jamais!Neme fais plusça,s’il teplaît! »
Bon, cela arrive detempsen temps.Là, c’estunéchec, celarend
malheureux.

—Et ton plusgrandsuccès ?Oudumoinsce dont tues laplusfière
oulapluscontente?
—Ah !Je crois quandmêmeque c’estVictorHugo!C’étaitun
spectaclEge, «o-Hugo»,pour lequel j’avaiscomposétoutelamusique,
dans lequel j’ai joué en tant quepianiste-accompagnatrice etchanté
aussi.
Quandtu vois que çaplaît,quetuasdesgens, àla fin,quiviennent
te dirc« Ça,e :’estVictorHugo ?Cen’est pas possible ! »Alors là,
c’estgénial!
TufaisdécouvrirVictorHugogrâce àtamusique,parcequela
musiquelepermet.Etcela, àpartirdetextes parfoisun peudifficiles,
complexes, envers (et l’on saitcombien le grandpublic est peuenclinà
setourner naturellementvers lapoésieil) ;est nécessaire de faireun
effortafind’appréhenderces rimes,lesgens ont parfoisdumalà entrer
dans lepoème.
SurtoutVictorHugo,plutôt réputé en tant quepolitique, dramaturge
un peusombre,pesant.
Alors quepour moi, cela a étéuncoupde cœur!
Ila écrit touteunesérie detextes sur les jeunesfilles,lanature,les
petits oiseaux, c’estcharmant, coquinaussi quelquefois!
Jepensequelesgens qui repartent séduits par ses textes,se
replongentdans son œuvre avecune autrevisionen quittant le
spectacle, c’estàla foisunevéritablereconnaissance etun immense
bonheur!
—Quand était-ce?
—Ilyatroisans.Nousavonsbeaucoup joué cespectacle en
France,ona faitunetournée.Nousétions trois,toujours les mêmes.
C’estdubonheurdese dire : «J’ai serviàquelque chose », cen’est pas
seulementun succès personnelbien quejesoisfière demoicarcela
signifiequelamusique est jolie,qu’elle fait passer letexte.

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C’estégalement un travaild’équipequi permetdepenser:ona
réussi quelque chose d’intéressant.

J’aiune amie, GenevièveTheillade(Javotte),qui interprète des
poèmes, ellem’enenvoiesouvent. Elle estcomédienne etchante dans
un spectacle comportant quatrepoésies quej’ai misesen musique, cela
aussi, c’estungrandplaisir.

—Commentchoisis-tutes textes ?
—Eh bien, c’est mongrandproblème !C’est qu’avant,j’avaisGil,
grandlecteurdepoésie et,tous les matins,jetrouvaisun textesur mon
piano,plutôt parmi les poètesfrançais,FrançoisVillon parexemple,le
texte était là !
Choisirun texte,un poème,jenesais pas le faire.Alors je demande
auxamis,jeleurdis: «quandtuasun textequi teplaît,qui teparaît
susceptible d’êtremisen musique,tumel’envoies».

—Mais ilfaut pourcela avoirunesensibilitémusicale,il nesuffit
pasd’aimer lapoésie.Sentir,savoir mêmequ’un textepeutêtremisen
musiquen’est pasàlaportée detout lemonde.
—Oui,maisça c’est lemiracle desamis qui se connaissent.Ils
saventcomment jetravaille etavecGil, c’était pareil,ildisait: «Tiens,
tu vas pouvoirenfaireune chanson! »
C’estvrai quetous les textes nesont pasfaits pourça.Parfois ils ne
sont pasassezcarrés,je doisalors rajouterdes notes.Ilfautaussi qu’ils
meparlent.Certains s’accumulent sur mon piano,jenelesferai jamais,
jelesais parceques’ilsyrestentun moisalors quejevaisdixfois par
jouràmon piano… d’autres pour lesquelsçavient toutdesuite.
JacquelineRichita beaucoupécrit sur mes partitions,jetela
présenterai si tu veux, elle a égalementétépianiste-accompagnatrice
dansdescabarets.D’ailleurs jevais te chercher son numérode
téléphone,j’aiun trèsvieuxcarnet quiappartenaitàGil, dans lequel ily
atous mescontacts,jenel’ai jamais jeté; ilest trèsancien,ilyatout
là-dedans!
Nouscherchonsdans le fameuxcarnet ;ancieneffectivement!
Nous trouvonsun numérocomportantdes lettres,style Balzac3622!
Enfin, aprèsavoirappeléles renseignements,nous nousapercevons que
les lettrescorrespondentencore auxchiffres ;il nous suffisaitde
rajouter01, 4….Ilyavaitunepléiade denomsd’anciens pianistes qui,
commejelesoulignaisaudébut, auraientfait monbonheur si j’avais pu

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