Maxime Dumoulin

De
Publié par

Voici le premier ouvrage consacré à Maxime Dumoulin, compositeur méconnu, et à son oeuvre considérable mais incomplètement publiée. C'est à la maîtrise de la cathédrale de Lille, sa ville natale, que commence en 1903 sa formation musicale. Elle s'achève au Conservatoire de Paris de 1917 à 1920. Sa notoriété naissante est brisée par la Seconde Guerre mondiale. Représentant d'une école française trop oubliée, Maxime Dumoulin, homme du Nord, évoque dans son oeuvre profane son enfance et son adolescence à travers les villes flamandes dont il chante les beffrois, les canaux, les légendes.
Publié le : samedi 1 juillet 2006
Lecture(s) : 507
Tags :
EAN13 : 9782296152908
Nombre de pages : 268
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

MAXIME DUMOULIN
COMPOSITEUR FRANÇAIS
(1893 - 1972)

Univers Musical Collection dirigée par Anne-Marie Green
La collection Univers Musical est créée pour donner la parole à tous ceux qui produisent des études tant d'analyse que de synthèse concernant le domaine musical. Son ambition est de proposer un panorama de la recherche actuelle et de promouvoir une ouverture musicologique nécessaire pour maintenir en éveil la réflexion sur l'ensemble des faits musicaux contemporains ou historiquement marqués.

Déjà parus Jean-Philippe HEBERLE, Michael Tippett, ou l'expression de la dualité en mots et en notes, 2006. Bertrand RICARD, Lafracture musicale, 2006. Gabriel CASTILLO FADIC, Musiques du ume siècle au sud du rio Bravo: images d'identité et d'altérité, 2006. Ana STEF ANOVIC, La musique comme métaphore, 2006. Mara LACCHÈ (dir.), L'imaginaire musical entre création et interprétation, 2006. Philip GAREAU, La musique de Morton Feldman ou le temps en liberté, 2006. Mutien-Omer HOUZIAUX, Sur la prononciation gallicane du latin chanté, 2006. Virginie RECOLIN, Introduction à la danse orientale, 2005. Blandine CHARVIN, Clara Schumann, 2005. Claude JOUANNA, Yves Nat, du pianiste compositeur au poète pédagogue, 2005. Laurent MARTY, 1805, la création de Don Juan à l'opéra de Paris,2005. Marie-Paule RAMBEAU, Chopin, l'enchanteur autoritaire, 2005. Henri-Claude FANTAPIÉ, Le chefd'orchestre, 2005. Martial ROBERT, Ivo Malec et Studio Instrumental, 2005. Ivan WYSCHNEGRADSKY, Une philosophie de l'art musical, 2005.

Robert Guilloux

MAXIME DUMOULIN
COMPOSITEUR FRANÇAIS

(1893 - 1972)

L' Hannaltan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique; FRANCE
LHarmattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris
Italia 15 L'Harmattan Burkina Faso

L'Harmattan

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN Xl de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 10124 Torino

1200 logements villa 96

12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

Université

ITALIE

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion .harmattan@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-0 Il 04-7 EAN: 9782296011045

TABLE DES MATIÈRES Avant-propos Premier chapitre Situation de Maxime Dumoulin, sa personna1ité musicale Deuxième chapitre Biographie du musicien Troisième chapitre Les œuvres pour piano Quatrième chapitre Lamusique de chambre
Cinquième chapitre Œuvres pour orchestre et musique de scène Sixième chapitre Musique vocale profane

p.9 p.13 p.25 p.65 p.S5 p.97 p.lll p.135 p.lSl p.211

Septième chapitre Le langage musical et le style Huitième chapitre Lamusique religieuse Neuvième chapitre Réalisations postérieures à 1972 et perspectives d'avenir

Catalogue des œuvres de Maxime Dumoulin

p.227

Annexe I : écrits de Maxime Dumoulin
Annexe n : bibliographie Bibliographie générale concernant Maxime Dumoulin

p.257 p.25S p.260 p.265

Index des noms cités

7

AVANT-PROPOS

Le but du présent ouvrage est d'attirer l'attention des mélomanes, des musicologues, des musiciens, professionnels ou amateurs sur la personnalité de Maxime Dumoulin, compositeur français dont la production comporte un ensemble de 170 œuvres environ, appartenant à tous les genres, à l'exception du drame lyrique: symphonies et poèmes symphoniques, suites et sonates pour piano, mélodies profanes, messes et motets, musique de chambre. Le catalogue figurant à la fin de l'ouvrage contient la liste, aussi complète que possible, de cet ensemble. De prime abord, on objectera, à juste titre, que les pages qui suivent ne trouvent leur raison d'être que si le lecteur est à même d'entendre couramment les compositions de Maxime Dumoulin, ou, à tout le moins, d'en consulter le texte, car il est incontestable que l'étude théorique d'une œuvre exige qu'on l'ait écoutée avant ou qu'on en ait au préalable examiné sérieusement la partition. Or, en ce qui concerne l'œuvre de Maxime Dumoulin, il s'en faut de beaucoup que ces conditions soient remplies: aucun concert de portée nationale ne lui est jamais consacré actuellement; les manifestations intermittentes organisées pour diffuser sa musique pendant ces dernières décennies sont restées, pour la plupart, circonscrites à la région Poitou-Charentes. De plus, on ne peut pas compter sur les enregistrements effectués lors de ces auditions pour faire connaître les œuvres du compositeur, car ils ne présentent pas les qualités requises pour être divulgués; ceux qui ont été réalisés par des professionnels sont, pour ainsi dire, introuvables. D'autre part, le texte musical des œuvres n'est pas immédiatement accessible ;parmi celles qui ont été éditées avant 1940 et qui sont toutes épuisées, une vingtaine ont été remises au dépôt légal de la Bibliothèque Nationale (département de la musique),

9

un grand

nombre

de compositions

ont été déposées
ces dernières

à la

Bibliothèque Bozidar Kantuser 1 ,.parmi

figurent

celles qui ont paru depuis 1945 à la Gamma Musikforlag d'Oslo. Ce dépôt sera bientôt complété. Enfin, le fonds ancien de la Bibliothèque Universitaire de Poitiers possède les doubles d'une cinquantaine d'œuvres. D'autres dépôts sont prévus,. les compositions manuscrites ou éditées sont actuellement conservées au siège social de l'Association des Amis de Maxime Dumoulin, 4 bis, rue Louis Renard à Poitiers (86000). Cette dernière peut communiquer le texte musical d'une œuvre aux interprètes ou aux chercheurs qui le désirent. Faute de pouvoir compter sur des exécutions publiques pour diffuser l'œuvre de Maxime Dumoulin, nous en proposons donc une étude théorique,. ce travail se présente comme une invitation et une incitation à découvrir la personnalité d'un artiste victime d'un oubli injustifié.A l'heure actuelle, un important mouvement de curiosité entraîne des interprètes à explorer les terres inconnues du domaine musical. Nous voulons croire que, par leur entremise, la meilleure partie des œuvres de Maxime Dumoulin acquerra la notoriété qu'elle mérite. Notre étude n'est pas exhaustive: si, par exemple, la musique religieuse du compositeur a fait, de notre part, l'objet d'une recherche assez poussée, il est des questions qui seraient dignes d'un examen approfondi: les éléments constitutifs de son langage harmonique, les traits caractéristiques de son orchestration, les influences qu'il a subies,. tel sujet esquissé dans les pages qui suivent est susceptible de fournir à des étudiants un travail d'ordre esthétique ou musicologique. Quelle que fût l'indépendance dont faisait preuve Maxime Dumoulin à l'égard des courants musicaux de son temps, sa production s'inscrit dans une continuité historique ,.qu'on le veuille ou non, son art apporte un témoignage sur le siècle au cours duquel s'est exercée son activité créatrice : il y a là matière à des recherches complexes et originales.

1. La Bibliothèque Bozidar Kantuser est rattachée à la Médiathèque Hector Berlioz (Conservatoire National Supérieur de musique et de danse de Paris, 209, avenue ]ean]aurès, 75019 Paris.)

10

Une autre raison justifie l'existence de notre ouvrage: une partie des renseignements qu'il contient, relatifs à la vie et à l'œuvre du musicien, provient d'une transmission orale,. il importait de fixer par écrit ce qui est voué à l'oubli avec la fuite des années et de consigner les propos qu'il tenait à ceux qui le fréquentaient et dont le nombre diminue inexorablement. Enfin, ce travail est la réalisation d'une promesse faite au compositeur lui-même,. il souhaitait ardemment, comme on le devine, que son œuvre n'allât point au néant, pour reprendre sa propre expression,. il émettait aussi le vœu qu'un ouvrage apportât des précisions sur ce qu'il était et sur ce qu'il avait créé. Sur bien des points notre étude demeure nécessairement incomplète,. nous espérons toutefois que, dans ses grandes lignes, elle ne trahira pas la pensée du musicien. Nous tenons à témoigner notre gratitude aux personnes suivantes qui nous ont communiqué des renseignements sur le compositeur ou qui ont facilité la rédaction et la publication de cet ouvrage: BARON Yves, BARREAU Denise, BARREAU Lise, BEAUREGARD Christine, BEAUREGARD jean, BOurET jeanne, CARADEC Odile, CHATAIN-BOISSEAUX Christine, CHATAIN Roger (f), DUMOULIN Madeleine (f), DUMOULIN-BOBICHON Françoise, FRANÇOIS Michel, GAILIARD Monique, HOÉRÉEArthur (f),jANICK Philippe, MASSON Roger (f), RICHARD Michel, ROBILIARD Raymond (f), RODRIGUEZ Abraham (f), RYCKBUSCH Olivier, SARNEITE Eric (f), VALLÈSSuzanne (f), VAN BERGENHENEGOUWENjean.
Nous remercions également: Les Archives municipales de Dunkerque Les Archives municipales de Châtellerault Les Archives municipales de Poitiers L'agence VIBRATO, conseil en communication (Poitiers)

11

PREMIER CHAPITRE

Situation de Maxime Dumoulin Sa personnalité musicale

Le mélomane qui voudrait avoir des informations sur Maxime Dumoulin chercherait en vain dans un dictionnaire musical français le nom du compositeur; seul, à l'étranger, le Grove's Dictionary of Music and Musicians lui consacre un article. D'autre part, les études qui attirent l'attention sur lui entre 1924 et l'année 2000 dans différents périodiques ne dépassent guère la douzaine; c'est vraiment peu, eu égard à une production musicale d'une incontestable valeur qui s'étend sur plus d'un demi-siècle. La personnalité de Maxime Dumoulin reste méconnue. Si on fait le bilan des manifestations musicales au cours desquelles quelques-unes de ses œuvres importantes ont été présentées au public pendant son existence, on est bien obligé de constater qu'elles n'ont pas été assez nombreuses, ni suffisamment rapprochées les unes des autres pour lui faire obtenir une notoriété durable et définitive, pour autant que cela est possible dans un monde où les gloires sont fragiles et tributaires de mille données changeantes trop longues à exposer ici. C'est pendant la guerre de 1914-1918 qu'ont vu le jour les premières œuvres de Maxime Dumoulin. Deux d'entre elles lui valent alors le prix Lai Boulanger et le prix de la fondation Halphen ; lauréat du Conservatoire de Paris, il est vivement encouragé par ses professeurs à concourir pour le prix de Rome. Il est déjà en pleine possession de ses moyens et ses débuts dans la carrière musicale ne pouvaient rester inaperçus dans les milieux proches du Conservatoire de Paris; à partir de 1920, il ambitionne de se faire connaître du public parisien; il entreprend des démarches auprès des interprètes et des organisateurs de concerts; mais il se heurte à des refus ouverts ou déguisés; le style de ses compositions est jugé trop moderne.Arthur Hoérée fait état du découragement qu'il éprouva entre 1925 et 1930. Sa production musicale qui n'avait pas cessé de s'accroître après la fin de la guerre demeure ignorée du grand public. Après 1930, la situation s'améliore un peu pour le musicien: deux de ses premières œuvres symphoniques sont inscrites au programme des concerts Pasdeloup et sont exécutées à plusieurs reprises, tandis

15

que la radio retransmet quelques-unes de ses mélodies; mais ces espoirs naissants sont de courte durée, car la guerre survient qui remet tout en cause et oblige le compositeur à émigrer à Châtellerault où il résidera définitivement. Son œuvre tombe alors dans un oubli à peu près total; éloigné de la capitale et des grandes instances musicales, il se voit privé des appuis sur lesquels il pouvait compter auparavant. Il ne renonce pas pour autant à composer et à édifier ce qu'il appelait, non sans un légitime orgueil, sa cathédrale spirituelle. Mais, à partir de 1963, des initiatives se précisent dans le département de la Vienne pour faire sortir du silence qui les entoure, des œuvres importantes du maitre; les directeurs du Conservatoire de Poitiers et de l'Ecole de musique de Châtellerault inscrivent au programme de leurs concerts et font exécuter par leurs orchestres respectifs de grandes compositions symphoniques de Maxime Dumoulin; l'élan est donné et des musiciens professionnels, éminents récitalistes pour la plupart font entendre des œuvres de musique de chambre; des amateurs éprouvés prêtent leur concours; enfin des universitaires et des intellectuels de Poitiers, de Châtellerault, de la Rochelle se mettent de la partie, s'élèvent contre l'abandon dont est victime le musicien, parlent, écrivent, agissent en sa faveur. En 1970 est créée à Poitiers, l'Association des Amis de Maxime DUMOUliN. Son but est de diffuser l'œuvre du musicien, de la faire connaître par des concerts et par des articles, de publier ses compositions inédites; les manifestations qui ont lieu avant sa mort survenue en 1972 sont accueillies avec une curiosité ardente et avec une chaleureuse sympathie. Nous donnerons plus de détails ultérieurement sur l'activité déployée depuis 30 ans dans la région Poitou-Charentes pour propager l'œuvre du compositeur; mentionnons seulement pour l'instant, le brillant hommage posthume rendu à Maxime Dumoulin par l'Ecole Nationale de musique de Châtellerault et par le Centre Musical Clément Janequin, le 14 décembre 1993 à l'occasion du centenaire de sa naissance. D'après ce qui a été dit plus haut, on peut s'étonner à bon droit que Maxime Dumoulin n'ait pas, avant la guerre, obtenu l'audience et occupé la place que pouvait lui faire espérer une œuvre déjà très importante en quantité et en qualité. Pour expliquer cet état de fait, quelques considérations d'ordre historique ne seront pas inutiles.

16

Lorsqu'on étudie, sur le plan musical, la période qui s'étend entre 1920 et 1940, on est frappé de l'éclat incomparable dont brille alors l'école française. Des musiciens dont la carrière a commencé bien avant 1900 continuent d'exercer leur rayonnement: Camille SaintSaëns, Gabriel Fauré, Vincent d'Indy, Albert Roussel, Louis Vierne, Maurice Ravel, Joseph-Guy Ropartz, Louis Aubert, Charles Koechlin, Charles Tournemire sont les plus célèbres d'entre eux. Les générations qui voient le jour entre 1890 et 1905 sont également riches en compositeurs de grande valeur; on en dénombre plus d'une trentaine; à ceux qui sont bien connus, comme Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Maurice Duruflé, il convient d'ajouter des personnalités telles que Marcel Delannoy, Raymond Loucheur, Maurice Jaubert, Georges Migot,Jean Rivier,LiliBoulanger; cette liste est loin d'être complète et devrait comprendre, outre les musiciens qui ne sont pas cités, ceux que les dictionnaires français ignorent systématiquement: par exemple Emile Goué et bien entendu Maxime Dumoulin. Mais, à propos de l'époque que nous envisageons, une autre constatation s'impose, moins positive sans doute: les compositeurs qui atteignent l'âge d'homme dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale se heurtent pour la plupart à des difficultés souvent insurmontables pour faire exécuter leurs œuvres, en particulier celles qui sont destinées à une grande formation orchestrale ou qui mobilisent des masses chorales importantes. Les associations symphoniques parisiennes, soumises à des contraintes financières, sont assurées de faire recette avec des programmes consacrés entièrement ou presque à des œuvres de Beethoven ou à des extraits symphoniques de Wagner qui demandent seulement une mise au point relativement courte avant leur exécution. En revanche, des œuvres modernes peuvent exiger des musiciens d'orchestre des séances de répétition longues et coûteuses pour les associations. Il suffit de parcourir les programmes des concerts symphoniques donnés entre 1920 et 1940 pour constater que la part de musique contemporaine y est restreinte. On a pu soutenir, de façon légitime, qu'une petite partie seulement des chefsd'œuvre de la musique française de cette époque avait été révélée au public. D'ailleurs, beaucoup d'auditeurs, méfiants vis-à-vis des compositions récentes, préfèrent entendre ou réentendre des œuvres dont la

17

valeur est éprouvée, plutôt que de prendre le risque d'être désorientés par un langage musical nouveau; une véritable rupture se produit donc entre les compositeurs vivants et le public, celui-ci se tournant délibérément vers les musiciens du passé, ceux-là se voyant condamnés à continuer dans l'isolement leur travail de création et à attendre pendant des mois ou des années une exécution hypothétique de leurs œuvres. Bien des compositeurs ont souffert de cette situation et Maxime Dumoulin tout particulièrement. Un trait de caractère explique aussi l'oubli où il fut laissé: timide, réservé, modeste, il pouvait à la rigueur, avec toute la courtoisie qui lui était habituelle, demander à un interprète de bien vouloir jouer une de ses œuvres; mais, dénué d'arrivisme et d'esprit d'intrigue, il était incapable d'entreprendre des démarches prolongées et compliquées en vue de faire exécuter une de ses compositions. Si ses deux premiers poèmes symphoniques eurent la chance d'être présentés aux grands concerts, il le dut à deux amis influents et actifs: le critique musical Eric Sarnette et le chef d'orchestre Manuel Rosenthal. Enfin, comme nous l'avons signalé plus haut, il lui arriva ce qui était arrivé à bien d'autres créateurs: sa musique déconcertait les personnes auxquelles ilIa faisait entendre. On la trouvait compliquée, savante; ce jugement proféré souvent par des amateurs l'était aussi par des professionnels ;on voyait dans ses compositions le résultat de combinaisons intellectuelles, appréciation qui semble stupéfiante à qui se donne la peine de lire les œuvres les plus caractéristiques du musicien; on peut assurer que leur qualité maîtresse immédiatement perceptible est la passion qui les anime. Maxime Dumoulin connut pendant son existence des périodes de découragement pareilles à celle qu'il avait traversée après 1925, mais un des traits les plus saillants de sa personnalité c'est de n'avoir jamais perdu la foi qu'il avait dans sa vocation de compositeur. A l'incompréhension dont il fut l'objet s'ajoutaient les difficultés matérielles dont il souffrit presque toute sa vie, les tâches pénibles qu'il dut assumer pour assurer son existence quotidienne, les vicissitudes provoquées par la Seconde Guerre mondiale, la maladie ellemême, un manque de chance permanent et implacable; tous ces obstacles ont pu ralentir momentanément son élan créateur, ils ne l'ont jamais brisé. Il fallait d'ailleurs voir avec quelle ardeur et avec quelle ingénuité il se remettait au travail quand il était débarrassé des tâches stériles ou des corvées ingrates qui lui avaient fait perdre son temps.

18

Un autre aspect de sa personnalité musicale, c'est la merveilleuse continuité créatrice qui lui permet de réaliser, étape par étape, à des époques différentes de sa vie des ensembles musicaux importants. Ainsi,Maxime Dumoulin laisse un recueil de douze suites pour piano: la première remonte à l'année 1918; quatre autres voient le jour entre 1920 et 1935 ; la composition des six suivantes s'échelonne entre 1945 et 1960 ; en 1972, le musicien préparait une douzième suite, malheureusement inachevée; elle devait servir de conclusion à l'ensemble qui, malgré les écarts chronologiques séparant les dates de création de ses éléments constitutifs, n'en présente pas moins une unité indiscutable; c'est, pour ainsi dire, le même livre auquel le musicien a travaillé pendant plus de cinquante ans et dont il a écrit les différents chapitres par intermittence. Une observation analogue s'impose à propos des quatre messes et des quatre saluts pour le temps de l'Avent,. Maxime Dumoulin avait conçu avant 1930 le projet d'illustrer musicalement ce cycle liturgique; en 1931 il achève l'office du troisième dimanche. Les messes et les saluts des trois autres dimanches ont été composés bien plus tard, sans doute après la Seconde Guerre mondiale; en 1970 le musicien préparait une messe de Noël, complément indispensable de l'ensemble devant lui assurer sa signification rétrospective. Maxime Dumoulin a donc la facu1té de reprendre, après des mois ou des années d'interruption, la composition d'œuvres musicales commencées bien avant, sans que l'unité de style ait à en souffrir en quoi que ce soit. L'assiduité qu'il met à créer des ouvrages de grande ampleur ne l'empêche pas d'écrire des pièces de circonstance de dimension restreinte comme on en trouve dans sa musique de chambre, ou de composer, sur la suggestion d'autrui, des mélodies pour voix et piano dont la durée excède rarement trois minutes. De fait, il a une aptitude étonnante à cu1tiver avec bonheur tous les genres musicaux et bien des indices, dans son œuvre, nous autorisent à penser qu'il aurait abordé avec succès le drame lyrique, comme il le souhaitait, si les circonstances ne l'en avaient détourné. Il convient naturellement de faire le départ entre ses œuvres religieuses et ses compositions profanes. Dans les premières, il célèbre avec la plus stricte observance de la liturgie catholique, telle qu'elle était définie au début du siècle dernier, plusieurs grandes fêtes de l'office; on verra, dans le chapitre consacré à ce sujet, comment il compose chaque pièce de l'ordinaire en utilisant des thèmes grégoriens extraits du propre du jour. Mais ce n'est

19

pas tout: chaque fête liturgique a une manière d'être spécifique. Quand il choisit d'illustrer l'une d'entre elles musicalement, il s'efforce de traduire avec une fidélité et une humilité admirables la tonalité spirituelle qui la caractérise. Il renoue, par là même, avec la tradition des polyphonistes de la Renaissance qui, sur des textes latins toujours identiques, ont écrit des chefs-d'œuvre d'une étonnante variété. Les œuvres profanes, elles, ont un caractère bien différent. Les pièces pour piano qui forment une part importante de la production du maitre en ce domaine nous révèlent un autre aspect de sa personnalité: il suffit de consulter les titres qu'elles portent pour s'apercevoir que la plupart d'entre elles ont une résonance autobiographique. Elles sont l'œuvre d'un poète qui nous transmet des impressions vécues et qui nous parle de sa propre personne; à cet égard, on est tenté de rapprocher Maxime Dumoulin d'un Schumann ou d'un Grieg. Ce qu'il nous confie, dans sa musique pour clavier, ce sont des souvenirs d'enfance, les épreuves de son adolescence et de son âge mûr ;il ressuscite pour nous des figures d'êtres chers, à jamais disparus; il évoque la silhouette de femmes rencontrées ou aimées qu'il ne reverra plus. Quelques œuvres de musique de chambre nous parlent le même langage; quant aux compositions symphoniques, elles sont liées elles aussi à des événements vécus ou bien elles sont l'illustration d'un texte littéraire. Maxime Dumoulin est, avant tout, un homme du Nord. Du nord de la France et du nord de l'Europe. Il chante sa patrie flamande avec ses villes, leur architecture, leurs fêtes; il évoque les vieux quartiers de sa cité natale, nous dit ses évasions qui le conduisent en Belgique, en Hollande; il nous transporte jusqu'aux rivages de la Norvège. Sur l'ensemble de ses compositions, une soixantaine environ ont été inspirées par des réalités du nord de la France ou de l'Europe septentrionale. Sa musique n'est descriptive que de façon limitée et ne recherche pas le pittoresque pour lui-même; elle se contente, dans son figuralisme, de suggérer l'existence d'un paysage ou d'un décor citadin ; l'essentiel, ce sont les événements humains qui s'y déroulent. Maxime Dumoulin, a l'art de nous faire revivre en musique non pas les péripéties d'un drame, mais plutôt les émotions provoquées par ses différentes phases. Son œuvre, enfin, est l'écho de son être intérieur; Maxime Dumoulin qui était si affable et si souriant cachait une vie affective

20

d'une complexité déconcertante; c'est sa musique qui nous dévoile ses révoltes, ses angoisses, ses colères, ses mouvements d'orgueil. Le lyrisme dont son œuvre est imprégnée, la place qu'y tient son moi le plus profond, les références nombreuses qu'il fait à son propre destin, tous ces éléments ont fait conférer à Maxime Dumoulin l'épithète de romantique. Pierre Auclert et Marcel Landowski qui connaissaient bien les œuvres importantes du musicien souscrivaient à ce jugement. Il conviendrait néanmoins d'en nuancer la portée: il y a toujours dans l'expression musicale de la pensée de Maxime Dumoulin une retenue volontaire et une discipline calculée qui en contrôle la véhémence sans l'affaiblir; d'autre part, son langage n'est plus celui d'une école dont le rayonnement s'inscrit dans les limites du XlXesiècle. Les aspects techniques de l'art de Maxime Dumoulin seront étudiés dans un chapitre spécial; il suffit pour l'instant de préciser qu'il n'a jamais recherché, comme une fin en soi, les harmonies rares et subtiles qui faisaient se pâmer les dilettantes du début du siècle passé; il n'est attiré ni par la polytonalité, ni par l'atonalité, ni par le dodécaphonisme ;il ne se réclame d'aucune tendance esthétique et n'appartient à aucune école; son goût pour les combinaisons contrapuntiques et son habileté en ce domaine pourraient le faire classer parmi les partisans de l'écriture horizontale, mais il n'a jamais érigé en système ce moyen d'expression. Il se plaisait à déclarer que sa musique ne contenait aucun élément révolutionnaire et se flattait même de rester attaché aux vieilles règles, selon sa propre expression. On pourrait, à propos de son œuvre, rappeler cette assertion de son ami Marcel Delannoy: "On peut faire avec des formes anciennes de la musique neuve:'l. Il est à peine nécessaire de préciser que chez Maxime Dumoulin, l'attachement aux vieilles règles n'entraîne aucun académisme. Son but est d'émouvoir ses auditeurs en leur communiquant ce qu'il a lui-même éprouvé; il ne cherche ni à éblouir ni à surprendre et on serait tenté, malgré les différences qui séparent les époques et les styles, de lui prêter cette parole de François Couperin: "J'avouerai de bonne foi que j'aime beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend:' Mais,s'il se propose d'émouvoir le public, c'est sans complaisance à son égard. Son ami Roger Masson, autrefois directeur de l'Ecole de musique de Châtellerault nous dit : "En écrivant sa
1. Propos recueilli à un concert du Triptyque, le 7 juin 1956.

21

musique, il semble se parler à lui-même. Il ne cherche pas à frapper l'imagination de l'auditeur moyen. Il ne se soucie pas de lui plaire..:'2. Jugement corroboré par le conseil que donnait le maître en classe de composition: "Dites ce que vous avez à dire et ne vous occupez pas des réactions éventuelles du public:' Un des derniers traits qui caractérisent l'art de Maxime Dumoulin, c'est la rigueur de son écriture; beaucoup de ses œuvres, lors d'une première audition déconcertent l'auditeur à cause de la complexité apparente de leur architecture et du foisonnement des motifs musicaux; mais si on se familiarise avec ses compositions, soit en les réécoutant, soit en faisant de la partition une lecture attentive, on découvre qu'elles sont construites selon un plan strict généralement simple et que le développement des thèmes obéit à une logique serrée ;ce que cherche le musicien c'est une continuité parfaite dans la succession et dans l'enchaînement des idées; à ce propos, il écrit luimême: "Je voudrais que chacune de mes œuvres puisse s'écouter comme on écouterait une pièce de théâtre". Les mélomanes qui découvrent les œuvres de Maxime Dumoulin ne manquent pas de s'interroger sur les influences musicales qu'il a pu subir ou rechercher. Le compositeur a indiqué lui-même les musiciens qui ont laissé en lui, au cours de ses années d'apprentissage, l'empreinte la plus profonde et la plus durable. Ce fut d'abord Palestrina qui exerça sur lui, alors qu'il était encore enfant, une véritable fascination; on ne s'étonnera guère, ensuite, de voir Maxime Dumoulin mettre]. S.Bach au rang des maîtres dont il a le plus appris. Parmi les pianistes de l'école romantique, ses préférences vont à Schumann auquel il se sent lié par de nombreuses affinités. Dès son adolescence, il voue à Wagner une admiration sans restriction et se passionne pour l'œuvre de Franck dont il déclare se rapprocher par bien des côtés. L'influence de Liszt, moins affirmée que celle de Wagner ou que celle de Franck, transparaît dans plusieurs pièces pour piano où Maxime Dumoulin reprend à son compte, pour accentuer la véhémence de certains thèmes, des ressources de technique instrumentale mises en œuvre par le maître hongrois. Dès son adolescence, il a lu et étudié la musique de Grieg; il en est profondément imprégné et toute sa vie il l'entendra chanter en lui; ses pièces pour piano, sa musique de chambre contiennent des harmonies, des structures rythmiques, des motifs mélodiques qui évoquent le langage et
2. MASSON (Roger), Maxime Dumoulin p. 6

22

le style de l'auteur de Peer Gynt et des Pièces lyriques. Mais l'imitation n'est jamais servile et, malgré les ressemblances, la marque personnelle de Maxime Dumoulin n'est jamais absente. Enfin, notre compositeur reconnaissait avoir une dette envers Albeniz : dans les somptueux poèmes musicaux d'Iberia, il a trouvé le modèle d'architecture rigoureuse dont il rêve pour ses grandes œuvres; il Ya trouvé également cette alternance parfaite d'élans lyriques et d'épisodes méditatifs dont on retrouve un écho dans mainte pièce des suites pour piano. On notera qu'il est peu attiré par la musique française; on ne sait pourquoi, il détestait Saint-Saëns; il connaît bien les œuvres de Fauré, de Debussy, de Ravel,mais il n'a pas eu un seul instant la tentation de marcher sur leurs traces ;il se sent davantage en famille avec les musiciens de l'école franckiste à laquelle il aurait pu appartenir s'il était né trente ans plus tôt. Le penchant qui l'entraîne vers la musique germanique peut sembler irrésistible; pourtant, dans son œuvre, l'Occident latin oppose aux compositeurs d'outre-Rhin une contrepartie qui n'est pas négligeable: dès son enfance, Maxime Dumoulin a assimilé le répertoire grégorien; aussi lui arrive-t-il,même en dehors de ses compositions religieuses, d'y puiser des thèmes liturgiques, comme Vmcent d'Indy l'avait fait dans ses drames musicaux. D'autre part, Maxime Dumoulin emprunte fréquemment au chant grégorien ses échelles modales; elles confèrent à sa musique une couleur tout à fait originale à peu près absente chez les compositeurs allemands. Telles sont, dans leur diversité parfois surprenante, les principales influences présentes dans les œuvres de Maxime Dumoulin; nous n'avons fait qu'effleurer ce sujet auquel on pourrait consacrer une étude détaillée. Interrogé en 1971 à ce propos par les élèves du Conservatoire de Poitiers, le compositeur déclara qu'il ne rejetait aucune des influences évoquées plus haut; il conclut néanmoins par les paroles suivantes :"Jecrois, tout compte fait, que mon style est très personnel:' Ce style personnel, son ami Arthur Hoérée en définissait les contours, dès 1924, dans un article paru dans La Revue Musicale; voici ce jugement qu'on peut étendre à toutes les œuvres que le compositeur devait écrire postérieurement: "sans s'éloigner de la norme, la musique de Maxime Dumoulin n'imite rien et semble ignorer les productions contemporaines... Plutôt contrapuntique qu'harmonique, de thématique serrée plutôt que de mélodie pure, sa langue n'a aucun souci de plaire et relègue la

23

couleur au second plan; elle se développe en elle-même, évite le charme facile de la cadence, mais se complaît, avec une égale indifférence dans les consonances les plus élémentaires ou les heurts les plus violents." (LaRevue musicale février 1924). En 1963,Maxime Dumoulin consacra à la mémoire de son ami et compatriote MarcelDelannoy décédé peu avant,un article émouvant dont voici un extrait: "son art fut très flamand par l'expression directe, franche, sans hermétisme, et fut aussi très personnel... n n'imite personne, ne s'attache à aucune école, il ne cherche ni à étonner, ni à plaire ni à déplaire. n dit clairement par l'art des sons, ce qu'il veut dire. Sa musique est riche d'une perpétuelle variété, riche par l'émotion qu'elle exhale, telle témoignage authentique d'une vie, relatant tout ce qu'une existence humaine comporte de joie, de tristesse, d'espoir, de religiosité, parfois même d'humour ou de gaminerie." (Notre
Flandre, 1963 n° 1). Par une curieuse coïncidence, les termes de cette appréciation qui conviennent si bien à Marcel Delannoy s'appliquent avec une parfaite adéquation à Maxime Dumoulin lui-même; tout se passe comme si le compositeur décelait en autrui les qualités, les tendances qui sont les siennes. Il est superflu d'ajouter que la musique de Maxime Dumoulin et celle de Marcel Delannoy n'offrent entre elles aucune ressemblance frappante. Cette présentation d'ensemble concernant la situation et la personnalité de Maxime Dumoulin n'est pas exhaustive; de nombreuses précisions compléteront cette première approche au cours de l'ouvrage. Le plan adopté en est le suivant: à un chapitre consacré à la biographie du musicien (chapitre II) succédera une étude de ses œuvres pour piano (chapitre III), de sa musique de chambre (chapitre IV), de ses compositions pour orchestre (chapitre V) et de sa musique vocale profane (chapitre VI). Les considérations d'ordre technique relatives au langage musical et au style du compositeur seront regroupées dans le chapitre suivant (chapitre VII). Les œuvres religieuses qui obéissent à une esthétique particulière, feront l'objet d'un examen séparé (chapitre VIII). Les pages conclusives (chapitre IX) mettront en lumière les efforts fournis par l'Association des Amis de Maxime Dumoulin pour propager la connaissance de son œuvre.

24

DEUXIÈME

CHAPITRE

Biographie du musicien

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.