Proverbes, paraboles et argot dans la chanson congolaise moderne

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L'importance reconnue à l'art de la parole se passe de tout commentaire en milieu africain. Le cas des artistes musiciens congolais qui recourent fréquemment aux proverbes, paraboles et argot pour exprimer leurs idées constitue une démonstration certaine de la survivance de la culture orale dans les villes.

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PROVERBES, PARABOLES ET ARGOT
DANS LA CHANSON CONGOLAISE MODERNE


























Dieudonné IYELI KATAMU








PROVERBES, PARABOLES ET ARGOT
DANS LA CHANSON CONGOLAISE MODERNE















Du même auteur

La musique au cœur de la société congolaise, L’Harmattan, 2010.























© L’HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-12679-4
EAN: 9782296126794 PREMIERE PARTIE : LE LANGAGE PROVERBIAL,
PARABOLIQUE ET ARGOTIQUE

I.1. LA PLACE DE PROVERBES, PARABOLES ET ARGOT
DANS LA COMMUNICATION

La vie en société exige aux différents membres de communiquer,
échanger les idées. La communication devient pour ainsi dire
l’élément central autour duquel se tissent les réseaux relationnels sans
lesquels la vie ne peut être rendue possible.
Le social étant relationnel, l’interaction entre les différents membres
de la société bénéficie du concours de différents moyens de
communications. Cette communication se fait des diverses manières.
Elle peut être verbale ou non verbale. « Par « communication non
verbale », on entend les postures, les gestes, les mouvements des yeux
et de la tête, les expressions de visage ( sourire, sourcils froncés) qui
1jouent un grand rôle dans la communication ».
La communication a surtout retenu, depuis très longtemps, l’attention
des sociologues nord-américains. Parmi eux, des psychosociologues et
ethnologues très célèbres comme Mead, Boas, Sapir et Hall ont
souligné l’importance du phénomène en y voyant le fondement
2essentiel de la vie sociale.
Quand bien même la communication est une réalité universelle, il
revient tout de même de signaler que la façon de communiquer diffère
d’une société à une autre. Les sens des mots, des gestes et des
mimiques peuvent différer d’une culture à une autre. Ce qui confère à
la communication son caractère socio-culturel essentiel. Partant, elle
devra toujours être contextualisée.
En Afrique, même si l’écrit fait partie intégrante du système
communicationnel, force est de reconnaître que l’art oral continu
encore à dominer le continent africain au point que même dans
l’administration qui est le domaine où semble dominer l’écrit, les
traces de la civilisation de l’oralité continuent à se faire sentir dans
l’administration africaine.

1
DORTIER, J-F., Les sciences humaines. Panorama des connaissances, éd.
Sciences humaines, Paris, 1998, p. 66.
2 e
DE COSTER, M. et al., Introduction à la sociologie, 6 éd., éd. De Boeck,
Bruxelles, 2006, p.115.
5 L’importance reconnue à l’art oral se passe de tout commentaire en
milieu africain. Ce qui a poussé N’sougan Agblemagnon d’écrire ce
qui suit : « il me semble qu’en Afrique nous ne pouvons rien faire de
valable si nous mettons entre paranthèses cet art oral. Pour savoir qui
nous sommes, d’où nous venons, l’art oral est la seule source qui nous
3donne des bribes de réponses ».
D’après Merand, en Afrique, « dès sa prime jeunesse, l’enfant accède
à la culture africaine par les contes, les légendes, les fables, les
devinettes ou les proverbes qui lui sont racontés par une grand-mère
ou par une tante. Après le repas du soir, la veillée réunit les enfants
autour du feu où grand-mère ou grand-père raconte. Là, chacun est à
l’école de l’enseignement des ancêtres qui parlent par la bouche des
4anciens : moral, religion, histoire, divertissement ».
Dans le milieu urbain, même si la culture africaine n’est pas transmise
avec la même intensité que dans le milieu rural, il est tout de même
vrai que certains parents, font connaître à leurs enfants les traits
culturels africains qu’ils jugent nécessaires. C’est ainsi qu’il n’est pas
du tout étonnant d’entendre les citadins africains évoquer la sagesse
contenue dans des fables, contes, devinettes, proverbes ou des
paraboles.
Signalons que certains artistes musiciens congolais qui n’ont pas
grandi dans les milieux ruraux recourent fréquemment aux maximes,
proverbes, paraboles et à l’argot pour exprimer leurs idées. Ceci
constitue une démonstration certaine de la survivance de cette culture
orale africaine dans des villes et parmi ceux qui peuvent prétendre
avoir un pied dans le global et l’autre dans le local.
Il est difficile d’auditionner un album de la musique congolaise
moderne surtout dans sa version dite « profane » sans pour autant
découvrir le recours au langage proverbial, parabolique et argotique.
Les artistes musiciens tels que Koffi Olomide, Félix Wazekwa, Simaro
Masiya, Luambo Makiadi pour ne citer que ceux-là, sont connus par
leur capacité à développer le parlé proverbial, parabolique et
argotique. La sortie d’un nouvel album ne consacre seulement une

3 N’SOUGAN AGBLEMAGNON cité par KAPENGA KASONGO BIBASUYA,
Modèles et styles de conduites d’après les proverbes Songye (Contribution à
l’Ethnopsychologie), Thèse de Doctorat en Psychologie, FPSE/UNIKIS, 1995-1996,
p.111.
4 MERAND, P., La vie quotidienne en Afrique, L’Harmattan, Paris, 1984, p. 44.
6nouvelle musique, mais aussi la découverte de nouvelles expressions
proverbiales, paraboliques et argotiques.
Se mettant au centre de l’univers, l’homme tente d’expliquer et
d’interpréter les choses par rapport à lui. Les proverbes sont donc issus
des réflexions que l’homme fait sur tout ce qui l’entoure. Ils sont ainsi
le résultat d’une série d’expériences d’un peuple. Ces expériences sont
énoncées dans une formule toujours belle… et qui se passe de
génération en génération. Les expériences des jeunes générations sont
également coulées en proverbes et enrichissent la collection
précédente. Ainsi, comme on le remarque, les origines des proverbes
sont aussi variées que le champ d’activités de l’homme dans le présent
comme dans le passé et il n’est pas possible d’énumérer d’une façon
5exhaustive toutes les possibilités de leur émergence.
Ce qui est dit pour les proverbes est aussi vrai pour les expressions
paraboliques et argotiques contenues dans les chansons de la musique
congolaise moderne. Toutefois, les principales sources semblent être la
sagesse ancêtrale tirée dans diverses cultures nationales ou étrangères
et le génie créateur des artistes musiciens congolais qui, sur base de
leur propre expérience de la vie, arrivent eux aussi à mettre sur pieds
proverbes, paraboles et argots qu’ils legueront aux générations futures
de la même manière que les générations antérieures ont fait pour eux.
La rhétorique congolaise développée dans le domaine musical sous la
dénomination du « verbe » est pour beaucoup dans la mise sur pieds
des nouveaux proverbes, paraboles et expressions argotiques par les
artistes musiciens congolais. A travers ces créations, ils alimentent
ainsi le parlé de la population et enrichissent les proverbes, paraboles
et argots existants.

1.2. IMPORTANCE DES PROVERBES, PARABOLES ET
ARGOT DANS LA VIE COURANTE

Les proverbes, les paraboles et argot sont généralement les fruits
d’une longue observation et expérience de la vie. Mais aussi de
l’innovation. Par conséquent, ils renferment des informations sur des
réalités qui se déroulent fréquemment dans la vie. De ce fait, ils
contiennent une assez forte dose d’informations dont tout esprit
curieux a besoin de connaître pour éviter d’évoluer dans la vie en non

5 KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p. 104.
7averti. A ce sujet Utshudi écrit : « beaucoup de proverbes sont tirés de
l’observation et de la comparaison directe des objets. Des proverbes
sont aussi le résultat de l’expérience vecue ou le fruit de la réflexion en
6vue de parvenir à la compréhension ».
Etant donné que les proverbes, les paraboles et l’argot font partie
intégrante de la littérature orale, ils ont une importance réelle dans la
culture africaine, en général, et dans celle des bantous, en particulier.
Leur importance est liée entre autres au fait qu’ils renferment des
informations exprimées dans une formule, qui ne laisse pas son
contenu à la merci des non-initiés au secret de leur langage.
Pas mal de proverbes sont compris intuitivement par suite des
circonstances dans lesquelles ils sont prononcés. Néanmoins, la plupart
des proverbes requièrent des explications. Il s’agit de dégager le sens
7métaphorique du sens littéral.
Chaque proverbe, parabole et argot possèdent une signification
profonde, applicable à des situations diverses. De ce fait, ils sont des
armes souples et dangeureuses dans la bouche d’un homme intelligent
et habile.
Le fait qu’un proverbe peut s’appliquer à des situations diverses
dénote de sa richesse expressive. En outre, les proverbes, les paraboles
et l’argot permettent de diffuser les idées, de prodiguer des conseils et
de mettre en garde des personnes qui se méconduisent sans les citer
nommément. Ils peuvent également trouver toute leur place dans des
situations similaires se trouvant dans la contrée qui les a vu naître.
Ainsi, la sagesse se trouvant dans des proverbes wolofs, peut servir
aussi bien ce peuple que d’autres peuples de la planète qui peuvent en
user. De même, les paraboles contenus dans la Bible, qui ont été
exprimés dans un contexte précis, dans le temps et dans l’espace, ne
servent-ils pas jusqu’aujourd’hui des milliers de gens chrétiens ou non
chrétiens ?
Dans la société, savoir exprimer ses idées est un atout majeur. Mais
savoir exprimer d’une manière attrayante et « philosophique » les
idées qui vous traversent la tête n’est pas donné à tout le monde. Ceux
qui en possèdent la capacité jouissent dans une certaine mesure d’un
prestige même implicite dans la société.

6 UTSHUDI, Op. Cit., p. 545.
7
VAN ROY, H. et DAELEMAN, J., Proverbes Kongo, Tervuren, Bruxelles, 1963,
p.3.
8 En Afrique, « un homme qui connaît beaucoup de proverbes, qui les
emplois judicieusement, qui se montre habile à interpréter les
proverbes d’autrui, jouit d’une grande estime dans la société
autochtone. Prononcer un proverbe équivaut à évoquer la sagesse des
ancêtres ; et les ancêtres représentent la plus haute autorité morale
8après Dieu ».
Parlant des proverbes chez les Baoulés, le père Vincent écrit : « Ils
sont d’une grande efficacité, car pour un Baoulé, un proverbe est une
tranche de vie, du vrai, du vivant qui parle, qui fait vibrer avec
l’univers et le fait basculer avec, en emportant d’emblée son
9assentiment ».
A ce titre, écrit Kapenga : « le proverbe joue une grande importance
dans divers domaines de la vie et sur plusieurs plans par exemple sur
le plan culturel, moral, juridique, psychologique, éducatif voire
10philosophique ».
Même dans notre contexte de la modernité, les proverbes, les
paraboles et l’argot gardent toujours leurs sens et leur importance dans
la vie de tous les jours. Des fois, on voit les gens répondre à des
questions en recourant à un proverbe. On voit les artistes musiciens
congolais même en dehors de la scène recourir à des parlés
paraboliques, à l’argot pour répondre à des questions de Mamy Ilela,
de 33 Kitenge ou de Hélène Kalema, pour ne citer que ceux-là.
Dans des émissions de musique, il faut parfois fournir un grand effort
pour comprendre le contenu des idées diffusées par les porte-paroles
des orchestres congolais tellement qu’ils recourent souvent à des
proverbes, paraboles et à l’argot.
D’après Kalele Ka-Bila, il « n’est point des proverbes qui ne soient
l’expression d’un fait historique, véridique, qui ne renvoient à des
situations qui avaient véritablement eu lieu, et à plusieurs reprises…
Quiconque ne connaît aucun proverbe, ne connaît rien de tout, est un
homme perdu, mort car ignorant le passé, il ne saurait s’en servir ni
pour accéder à l’intelligence profonde du présent ni pour orienter
11sciemment et méthodiquement son avenir ».

8 VAN ROY, H. et DAELEMAN, J., Op. Cit., p. 1.
9
Père Vincent cité par KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p. 112.
10 KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p.112.
11
KALELE Ka BILA cité par KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p.
114.
9 Ces déclarations montrent à quel point certains universitaires
continuent à croire à l’importance des proverbes dans la vie courante
suite à la forte richesse expressive qu’elle regorge. Ils sont perçus
comme des outils merveilleux pour qui sait en user. Mais aussi comme
des boussoles de la vie et des tremplins pour accéder à l’intelligence
profonde.
Dans la vie de tous les jours, les différents contextes religieux,
familial, social, politique… sont liés. A partir d’une série des faits
particuliers constatés dans ces différents contextes entre lesquels un
observateur établit une similitude, se dégage progressivement, par
induction, une idée générale qui, sous forme de jugement conseille,
met en garde ou instruit, en général, la société. C’est cela le proverbe.
Devant des circonstances concrètes de la vie, on fera référence à ce
12proverbe.
Les proverbes servent surtout dans la vie courante. Ils sont employés
comme des conseils, des suggestions, des insinuations ou des avis sur
une question qui embarasse l’interlocuteur. L’usage du proverbe
tranche un conflit, réconcilie des antagonistes, instruit et corrige. Le
proverbe peut être aussi une réponse ironique à une attaque.
13L’éloquence également utilise les proverbes.
Pendant le séjour de William Suing en République démocratique du
Congo comme Réprésentant spécial du Secrétaire général des Nations-
Unies, parmi les choses apprises par ce dernier, il convient de signaler
la sagesse contenue dans le proverbe qui stipule « soki ngolo ayebisi
yo que ngando aza malade, ndimela ye mpo bango yonso bafandaka na
mai », ce qui signifierait littéralement « si la silure vous dit que le
crocodile est malade, il faudrait le croire, car tous deux logent dans
l’eau ». Ce proverbe légué par les ancêtres et qui a retenu l’attention de
ce diplomate, quand bien même existant avant a été fortement
médiatisé par l’artiste musicien Madilu Systèm dans sa chanson Frère
Edouard.
Pour le Chef de l’Etat congolais, dans sa campagne électorale de
2006, son état-major s’est accroché sur le proverbe « mokumbi maki
asuanaka te, abundaka te », qui est un proverbe puisé dans la fontaine
ancestrale mais utilisé dans des nombreuses chansons congolaises dont
la célèbre chanson « Daty Pétrole » du poète Simaro Masiya. Ce

12
KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p. 103.
13 UTSHUDI, Op. Cit., p. 551.
10proverbe qui signifierait littéralement « le porteur des œufs ne se
chamaille pas, ne se bagarre pas » a été aux yeux des kabilistes une
réponse de taille aux provocations des bembistes et autres. Les œufs
représentent le pouvoir du Président Joseph Kabila qu’il faut à tout
prix sauvegarder, d’où, il ne faut pas céder aux provocations, aux
bagarres sous risque de perdre ce bien précieux qu’est le pouvoir.
Comme on peut le constater, nous nous retrouvons ici dans la
conception substantialiste du pouvoir dans laquelle celui-ci « est conçu
14comme une substance que des personnes ou des groupes possèdent ».
Mais quatre ans après les élections qui ont porté Joseph Kabila au
pouvoir au détriment de Jean-Pierre Bemba, de tout ce que ce dernier
avait prononcé comme déclarations électorales ; ce qui est resté dans la
tête des Congolais qui ont cru à Joseph Kabila Kabange et qui sont
deçus de sa gouvernance est la phrase parabolique suivante : « Ne
soyez pas de ceux qui diront demain, si je savais ».
Les proverbes et les paraboles de par leur concision, ont la facilité
d’être retenus. Ils répondent ainsi à la demande de Félix Wazekwa qui
trouve normale qu’on prodigue des conseils aux gens, mais exige tout
de même que ces conseils ne soient pas trop longs au risque, nous
osons le croire, de leur faire perdre leur pertinence.

1.3. IMPORTANCE DE L’ANALYSE DES PROVERBES,
PARABOLES ET ARGOT

Le terme proverbe vient du latin proverbium qui veut dire expression
d’une pensée générale sur un thème déterminé intéressant toute
15société. Comme les mots sont employés pour constituer des idées et
en exprimer le sens, le proverbe n’est rien d’autre qu’une formule
nettement frappée, de forme généralement métaphorique, par laquelle
16la sagesse populaire exprime son expérience de la vie. Tout proverbe
se présente comme une courte chaîne parlée porteuse de signification,
comme un signifiant qui renvoie à un signifié. En tant que tel il peut
être considéré comme un phénomène particulier du langage et faire

14 DEUBEL, P. et MONTOUSSE, M., (Sous la direction de), Dictionnaire des
sciences politiques et sociales, éd. Bréal, Paris, 2004, p. 280.
15 KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p. 101.
16
Jacques PINEAUX cité par KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit., p.
145.
1117l’objet d’une étude sémiologique. L’intérêt que peut susciter l’étude
des proverbes pourrait également être dicté par la complexité de ceux-
ci lié au fait que « le même proverbe est susceptible de plusieurs
interprétations, parfois contradictoires, selon les lieux, les individus,
18les prononciations… ou les accents ».
Par contre les paraboles renvoient généralement aux récits
allégoriques implicites chargés d’enseignement moral ou religieux. La
Bible par exemple, constitue un document où les paraboles sont légion.
C’est ce qui rend entre autre la compréhension de ce document
difficile, car il faut rendre explicite ce qui se trouve sous une forme
implicite. Ce qui n’est pas une entreprise aisée. Toutefois, elle s’avère
indispensable pour tout celui qui veut comprendre le message coulé
sous forme proverbiale en dénichant ce qui est caché derrière ce qui est
visible.
Précison que l’argot, « lui, est un terme qui, selon Pierre Guiraud,
remonte au XVIIème siècle. A cette époque, l’argot est d’abord
l’appellation des mendiants et des gueux mais, peu à peu, il désigne
leur langage. L’argot est donc un « langage spécial », secret ou codé,
utilisé par les marginaux, les malfaiteurs et ceci au moins jusqu’au
19XIXème siècle ».
Au cours des siècles, cette forme de langage évolue et change sans
cesse…En effet, l’argot pour l’essentiel, est un lexique parallèle au
langage et vocabulaire commun, mais ce n’est certainement pas une
langue avec sa gramaire et sa phonétique propres. En revanche, l’argot
aussi appelé « langue verte », est très riche par la densité de
création/déformation qu’il apporte (substitution de suffixes argotiques
aux suffixes habituels, introduction d’une syllabe parasite-javenais-,
utilisation de métaphores, d’homonymes, de métonymes, de
synecdoques, emprunt à des langues étrangères, tropes,
20abréviations…) ; les figures sont nombreuses.
Comme on peut s’en rendre compte, les proverbes, les paraboles et
l’argot contiennent des idées, informations et leçons qu’il convient de

17 FAIK-NZUJI citée par UTSHUDI, « Etude comparée de proverbes des quatre
langues nationales congolaises » in Zaire-Afrique, n° 50, Décembre 1970, pp. 545-
551.
18
RODEGEM, F.M, Sagesse Kirundi, Tervuren, Bruxelles, 1961, p.7.
19 BOUCHER, M., Rap. Expression des lascars. Significations et enjeux du Rap dans
la société française, L’Harmattan, Paris, 1998, p. 174.
20 Idem.
12découvrir. La découverte des informations véhiculées dans des
proverbes, paraboles et l’argot apportent une connaissance
supplémentaire en enrichissant le stock d’information d’un individu et
par conséquent, son savoir.
La pénétration du savoir proverbial, parabolique et argotique s’avère
nécessaire surtout quand on sait que la non compréhension des choses
qui se disent dans la langue que vous prétendez connaître met mal à
l’aise et place l’individu concerné dans la position d’étranger et joue
sur sa psychologie. Ce qui n’est pas du tout intéressant.
Il convient également d’ajouter que les proverbes, les paraboles et
l’argot font partie de l’art de la parole. « L’art de la parole est déjà à
lui seul un élément capital de la culture africaine ; il permet d’éveiller
la curiosité intellectuelle, d’exercer la mémoire et de transmettre la
21sagesse ».
Georges Hagan nous fait savoir que l’« étude de ce qui pourrait
sembler être des idées anciennes, offre un intérêt manifeste en ce sens
que les nouveaux angles sous lesquels les problèmes sont appréhendés,
résultent simplement du fait que les problèmes anciens et bien connus,
22sont énoncés dans des formes nouvelles ».

II. IDENTIFICATION DES PROVERBES, PARABOLES ET
ARGOT CONTENUS DANS LA CHANSON CONGOLAISE

Les proverbes, les paraboles et l’argot étant des moyens de
communication auxquels recourent de temps à autre les artistes
musiciens congolais dans leurs productions artistiques, il nous paraît
impérieux d’identifier les chansons ou les albums où les proverbes,
paraboles et argot sont utilisés. Il convient de signaler que de fois un
même proverbe, parabole ou argot est utilisé dans plusieurs chansons
par divers artistes. Toutefois, nous avons jugé utile de procéder dans
des situations pareilles à son identification dans une seule chanson. A
titre d’exemple , l’idée selon laquelle le fleuve Congo ne constitue pas
une haie, mais une route reliant les deux pays, c’est-à-dire la
République démocratique du Congo et la République du Congo se

21 MERAND, P., Op. Cit., p. 44.
22
Georges HAGAN cité par KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op. Cit.,
(épigraphe).
13retrouve dans de nombreuses chansons dont celle de Bombenga et
Kallé, Papa Wemba, etc.
Mais, il y a aussi des cas où un même proverbe, parabole ou
expression argotique se retrouve à maintes reprises dans l’œuvre
musicale d’un artiste musicien. Le proverbe tel que « songe ya mbeli
babetaka likofi te », qui signifierait littéralement qu’on ne peut pas
boxer la pointe d’une machette, se retrouve aussi bien dans la chanson
« Riziki » et « l’autre-là » d’Antoine Koffi Olomide. Pour des cas
pareils, nous tenons à l’identifier seulement une fois dans l’une de ces
deux chansons.
Dans notre démarche, nous avons tantôt transcris textuellement les
proverbes ou les paraboles, tantôt nous les avons fait subir certaines
modifications techniquement indispensables pour faire passer ces idées
de la forme chantée à la forme écrite. Dans « Ofela » par exemple,
Simaro Masiya chante « ngai mwana mobali, nabotama mpo namona
pasi », cette idée nous l’avons présentée sous la forme écrite suivante :
« mwana mobali abotama mpo amona mpasi ». Là où nous avons
opéré des modifications que nous avons considérées comme
techniquement indispensables, nous avons veillé, nous le croyons bien,
à garder comme telles les idées des artistes.
Même si généralement, les proverbes et les paraboles sont définis
comme des phrases courtes, nous avons jugé utile pour certains cas, de
présenter l’entierté de l’idée de l’auteur au lieu de se limiter à mi-
chemin. C’est le cas par exemple de « mopaya zoba, mai ekufela
mbwa mopaya azwa amela », il peut se présenter sous sa forme
concise comme suit : « mopaya zoba ». Mais, nous avons jugé utile de
le présenter entièrement qouiqu’en longueur en vue de bien éclaircir
l’idée qui s’y rattache.
Le langage proverbial affirme Kulunga, se présente sous une face
double. Il s’annonce donc comme lieu des significations complexes où
un autre sens tout à la fois se donne et se cache dans un sens immédiat.
Il est alors l’expression d’un fond dont on peut dire avec P. Ricoeur,
qu’il se montre et se cache. Il veut dire autre chose que ce qu’il dit, il a
23un double sens, car il est l’objet des symboles ou de la double face.
Conscient des difficultés liées à l’interprétation des proverbes, nous
avons jugé bon pour y rémdier un tant soit peu, d’opter à la fois pour la

23
KALUNGA et RICOEUR cités par KAPENGA KASONGO BIBASUYA, Op.
Cit., p. 158.
14traduction littérale et littéraire afin d’essayer de faire ressortir la
double facette contenue dans des proverbes.
L’interprétation des paraboles aussi n’est pas une mince affaire. Il faut
fournir un effort d’abord de compréhension en se mettant à la peau de
l’auteur. Mais, cela n’exclut pas le risque des nombreuses
interprétations liées surtout à la complexité du message lancé sous
forme de paraboles.
Interpréter l’argot, paraît également une entreprise difficile sutout
quand on sait qu’il a une fonction cryptologique. Depuis toujours cette
24fonction permet « de cacher le sens de certains mots ou messages ».
En outre, il convient de noter que celui qui recourt à l’argot, manie la
« langue tantôt de façon poétique afin de séduire et d’émouvoir, tantôt
de façon agressive afin de provoquer... Parler autrement devient une
25manière de lutter contrer la norme et les pouvoirs en place ».
En effet, l’identification des proverbes, paraboles et argot effectuée
dans quelques albums à succès de la musique congolaise pris
occasionnellement, a donné lieu à la connaissance des idées diverses
diffusées par les artistes musiciens congolais tantôt sous la forme
chantée ou sous forme des cris. L’analyse de ces différentes idées
permet sans doute d’avoir un éclairage nouveau, une connaissance
beaucoup plus profonde de la musique congolaise moderne.
Puisque nombreux proverbes paraboles et expressions argotiques
contenus dans la chanson congolaise moderne sont en lingala, la
langue la plus utilisée par la musique congolaise moderne, la
traduction de ceux-ci en français s’est avérée nécessaire. Toutefois, la
traduction d’une idée d’une langue à une autre ne semble pas être une
entreprise aisée. « Les personnes bilingues et qui participent de deux
cultures le savent bien : certaines choses qui s’expriment bien dans une
26langue n’ont pas d’équivalent dans l’autre ».
Les proverbes, paraboles et expressions argotiques identifiés parmi la
multitude se trouvant dans la chanson congolaise moderne sont ci-
dessous présentés :
1. Absence ya moto olinga, ekomisaka lokola mwana ya etike
Titre de la chanson ou de l’album : Rue d’amour

24
BOUCHER, M., Op. Cit., p. 176.
25 Idem.
26 e
WARNIER, J.P., La mondialisation de la culture, 3 éd. , La Découverte, Paris,
2006, p. 8.
15Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : L’absence de la personne qu’on aime, transforme celui
qui aime en un orphelin
Sens littéraire : L’absence de la personne aimée rend mal à l’aise
2. Absence ya moto olingaka pasi eyaka na motema
Titre de la chanson ou de l’album : Soupou
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : L’absence de la personne aimée fait mal au coeur
Sens littéraire : L’amour fait souffrir
3. Amour ezali elengi soki bakolinga yo
Titre de la chanson ou de l’album : Eputsha
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : L’amour donne du plaisr si on vous aime
Sens littéraire : Etre aimé, procure de la joie
4. Amour ezali lokola mbeli ekoyebaka kolo na yango te
Titre de la chanson ou de l’album : Ofela
Auteur-compositeur : Simaro Masiya
Sens littéral : L’amour est comparable à un couteau qui blesse même
son propriétaire
Sens littéraire : Les flèches de Cupidon atteignent tout le monde
5. Amour ezanga calendrier, eyaka na tango yango elingi
Titre de la chanson ou de l’album : Arsenal des belles mélodies
Auteur-compositeur : Fally Ipupa
Sens littéral : L’amour n’a pas de calendrier, il arrive quand il veut
Sens littéraire : L’amour est une réalité imprévisible
6. Anzelu azali na mapapu, kasi batiaka ye elongo moko na ba ndeke
te
Titre de la chanson ou de l’album : Destination
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : L’ange a des ailles mais on ne le classe pas parmi les
oiseaux
Sens littéraire : Il faut donner à chaque chose son identité réelle
7. Arc-en-ciel ebimaka ekanga mbula
Titre de la chanson ou de l’album : Bébé goût
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : La sortie de l’arc-en-ciel empêche qu’il ait pluie
Sens littéraire : Quel que soit la méchanceté d’un individu, il y a
toujours quelqu’un qui peut le calmer
8. Ata ba escrocs bakokoka ko escroquer souci te
16Titre de la chanson ou de l’album : Bébé goût
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : Même les escrocs ne parviennent pas à escroquer le
souci
Sens littéraire : L’escroquerie a ses limites
9. Ata ba meme batambolaka elongo mais batekamaka motuya moko
te
Titre de la chanson ou de l’album : Aquarelle
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : Même si les agneaux se promènent en groupe, ils ne se
vendent pas tous à un même prix
Sens littéraire : Chacun vaut selon sa valeur intrinsèque, son poids
réel
10. Ata bato bakobongwana kasi ngubu na mai akotikala obele ngubu
Titre de la chanson ou de l’album : Arsenal des belles mélodies
Auteur-compositeur : Fally Ipupa
Sens littéral : Même si les hommes peuvent changer, l’hypopotame
dans l’eau restera hypopotame
Sens littéraire : Il y a des choses qui ne changent pas
11. Ata butu eindi makasi tongo ekosukaka se etana
Titre de la chanson ou de l’album : Maya
Auteur-compositeur : Simaro Masiya
Sens littéral : Même s’il fait tellement nuit, le jour finira par arriver
Sens littéraire : Si longue que soit la nuit, le jour viendra
12. Ata likasa ekwei na nzete eyebaka destination na yango
Titre de la chanson ou de l’album : Destination
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : Même la feuille qui tombe d’un arbre connaît sa
destination
Sens littéraire : Il faut connaître la finalité de ce que l’on fait
13. Ata na se ya mai jamais ngubu akoki kosuana na likatasiata
Titre de la chanson ou de l’album : Salopette
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : Même dans l’eau profonde jamais l’hippopotame ne peut
se disputer avec les petits êtres aquatiques
Sens littéraire : Les grands ne se disputent pas avec les petits
14. Ata nzoku azalaka na besoin ya vitamines
Titre de la chanson ou de l’album : Fouta Djallon
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
17Sens littéral : Même l’éléphant a besoin des vitamines
Sens littéraire : L’homme est insatiable
15. Ata oina na yo mboloko, kasi ndima mbango na ye
Titre de la chanson ou de l’album : Rouge à lèvre
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : Même si vous haissez l’antilope, il faut tout de même
reconnaître sa vitesse
Sens littéraire : Il faut évaluer les gens objectivement
16. Avenir na bomoi na yo na maboko na yo moko
Titre de la chanson ou de l’album : Galaxie
Auteur-compositeur : Mbilia Bel
Sens littéral : L’avenir de quelqu’un est entre ses propres mains
Sens littéraire : L’homme est le boulanger de sa vie
17. Aventurier moko akoti na zamba akati nzete mobimba kaka mpo
asala cure dent moko
Titre de la chanson ou de l’album : La chèvre de monsieur Seguin
Auteur-compositeur : Félix Wazekwa
Sens littéral : Un aventurier a abattu tout un arbre uniquement pour en
faire un cure dent
Sens littéraire : Il faut éviter le gaspillage
18. Avion soki epumbwe suka suka na Maya Maya
Titre de la chanson ou de l’album : Bazonkion
Auteur-compositeur : Papa Wemba
Sens littéral : L’avion qui vole finit par atterrir à Maya Maya
Sens littéraire : On doit éviter à faire du mal à une personne
incontournable
19. Awa owoleli kobima to kokenda est-ce que oyebi nzela ?
Titre de la chanson ou de l’album : Arsenal des belles mélodies
Auteur-compositeur : Fally Ipupa
Sens littéral : Comme vous vous précipitez à partir, connaissez-vous le
chemin ?
Sens littéraire : Avant de prendre une décision, il faut avoir toute la
maîtrise de la situation
20. Babetaka lisolo ya sapato te esika moto akatana makolo aza
Titre de la chanson ou de l’album : Effrakata
Auteur-compositeur : Koffi Olomide
Sens littéral : On ne parle pas de souliers là où il y a quelqu’un qui a
des peids emputés
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