//img.uscri.be/pth/d8e9ecb0ec63095be55bc3168e12498c583d5b0b
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Muzdalifa House

142 pages
Retour sur une expérience de sept ans au Muzdalifa : un lieu d'expérimentation artistique et d'agitation citoyenne, ouvert dans la capitale comorienne en 2009. Le Directeur de la compagnie de théâtre O Mcezo, Soeuf Elbadawi, avait voulu interroger le fait colonial dans son propre pays. Son ouverture a surtout permis d'initier un débat sur les capacités et les limites organisationnelles de la scène comorienne émergente. Prévue pour durer sept ans, l'expérience a pris fin en 2016. Dans cette initiative, créer revient à résister contre le défaitisme ambiant et l'éclatement de la fratrie.
Voir plus Voir moins
afric tures w w w . a f r i cult u r e s . c o m
MuzdalifaHouse La culture à mains nues
MOURCHID ABDILLAH, ANSSOUFOUDDINE MOHAMED, FATHATE KARINE HASSAN, FOUAD AHAMADA TADJIRI, IRCHAD OUSSEINE DJOUBEIRE ET SOEUF ELBADAWI
hèque
HorBsi-bAlsifoértircieultures
nUméRo HoRS-SéRïE
Muzdalia House
La cUlTURE À maïnS nUES
Muzdalifa Housen° horssérieBïblïoTHÈqUE ARïcUlTURES1 III
MUzDalïa hoUSE La culture À mains nues
CONtrIButIONs de MOurChId ABdILLAh, ANssOuFOuddINe MOhAMed, FAthAte KArINe hAssAN, FOuAd AhAMAdA tAdjIrI, IrChAd OusseINe djOuBeIre et sOeuF eLBAdAwI.
I.
PICA #1CHEïkH
4
12
LES lïmïTES D'UnE ScÈnE cUlTUREllE14
dJanDo oU l’obSESSïon DU gRoUpE
PICA #2FoUaDï AHmED
ConvERSaTïon D’aRcHïvE
dES manïÈRES DE aïRE En mUSïqUE
PICA #3FoUaD AHamaDa taDJïRï
dUo ïnéDïT
ZaWïa bïS
PICA #4NURUl’ BaRakaaT
un DHïkRï aU THéáTRE DéSaRTïcUlé
22
34
36
42
52
54
62
70
72
eXcEllEncE
PICA #5un DïmancHE À la plagE
AUToUR DU RécïT
PETïTE convERSaTïon avEc Un aUTEUR
PICA #6ZïpïnDï za maanDzïSHï HaRïmWa nTSï ya mWEzï
LES jEVïEn DU SHanTïyE
AUToUR DES lETTRES
FRagmEnTS cHoïSïS
PICA #7La réUnïon À MoRonï
Uropve
sHUngU concEpT
un SoïR DE SHUngU À uzERcHE
78
86
88
92
96
98
102
108
116
118
124
130
RÉDACTION23 RUE BïSSon 75020 PaRïS +33 (0)1 40 40 14 65DIRECTEURDELAPUBLICATIONOlïvïER BaRlETRÉDACTEURSENCHEFAnnE BocanDé, soEU elbaDaWïONTPARTICIPÉÀCENUMÉROMoURcHïD AbDïllaH, AnSSoUoUDDïnE MoHamED, FaTHaTE KaRïnE haSSan, FoUaD AHamaDa taDJïRï, IRcHaD OUSSEïnE dJoUbEïRE, Alï MzE BEn CHEïkH, Nakïb ïbRaHïm, sanï MoHamED, raboUan MaoUlïDa, AnnE BocanDé ET soEU elbaDaWïDESIGNGRAPHIQUEAmanDïnE BïgoTRECHERCHESICONOGRAPHIQUESMélanïE CoURnoTRELECTURESCaTHERïnE MoURnETaSSITEINTERNETWWW.aRïcUlTURES.comÉDITIONETDIFFUSIONÉDïTïonS L’haRmaTTan 5-7 RUE DE l’ÉcolE PolyTEcHnïqUE 75005 PaRïSABONNEMENTSvoïR DERnïÈRE pagEVENTE2BïblïoTHÈqUE ARïcUlTURESn° horssérieMuzdalifa House IIIAUNUMÉROEn lïbRaïRïES oU À L’haRmaTTan ET SUR WWW.HaRmaTTan.R
sommaire
eN COuVerture
ImagE EXTRaïTE DE « rïS’ezï », SéRïE conSacRéE aU aïT colonïal aUX ComoRES, DanS lE caDRE D’UnE ïnSTallaTïon,Pays de lune I Un rêve brisé, pRéSEnTéE paR soEU elbaDaWï, loRS DE la SEconDE éDïTïon DU FACC (FESTïval DES ARTS ConTEmpoRaïnS DES ComoRES) À MoRonï En 2014. LE coq blanc, la nUDïTé paRTïEllE DU SUJET, lES coUlEURS blEU, blanc ET RoUgE SUR lE coRpS… S’aJoUTEnT aUX élémEnTS qUESTïonnanT la RElaTïon DE DomïnaTïon, ïnSTRUïTE DanS l’aRcHïpEl paR la pUïSSancE RançaïSE. CETTE pHoTo a éTé pRïSE aU PalaïS DU PEUplE, DanS l’EncEïnTE mmE DU paRlEmEnT éDéRal DE l’unïon, Un 12 novEmbRE, DaTE DE commémoRaTïon oicïEllE DE l’aDmïSSïon DES ComoRES aUX NaTïonS unïES. eX mEmbRE DU moUvEmEnT DES JEUnES waTWanïya, CHEïkH, l’HommE aU coq, aïT paRTïE DES RaRES acTïvïSTES DE la placE À S’occUpER EncoRE DE qUESTïonS DE DïgnïTé ET DE SoUvERaïnETé cïToyEnnES,
En DépïT DU REnoncEmEnT ET DU DéaïTïSmE ambïanT. La plUpaRT DES alTERnaTïvES polïTïqUES ïnïTïéES DanS lE payS SE RéSUmEnT aUJoURD’HUï En UnE pHRaSE, écRïTE paR MaalESH, ïcônE DE la pop mUSïc naTïonalE : « Al awal ba hindru ya hula ». LE vEnTRE commE HoRïzon SymbolïqUE. ManïÈRE DE DïRE qUE ToUT Un cHacUn nE pEnSE qU’À SE REmplïR lE goSïER, ET non À noURRïR lE cHamp DES poSSïblES. FaUT-ïl égoRgER Son coq, commE lE SoUS-EnTEnD Un aDagE popUlaïRE (« ye ntsu ye hidja, hena mru nal’emna 1 nkuhu wa hahe » ) poUR SURvïvRE aU DélUgE pRomïS ? QUE aïRE, JUSTEmEnT, loRSqUE lE volaTïlE À cRTE ïncaRnE la ToUTE pUïSSancE DE l’aDvERSïTé REmplïSSanT noS maïnS Sï DémUnïES ? « rïS’ezï » cHEmïnE aUToUR DE cETTE RéflEXïon…
1 - LïTTéRalEmEnT : « LE JoUR vEnU, qUE cHa-cUn boUfE Son poUlET ».
toUS DRoïTS DE REpRoDUcTïon RéSERvéS, SaU aUToRïSaTïon pRéalablE. NUméRo hoRS-SéRïE IsBN : 978-2-343-11505-4 IssN : 1276-2458 CommïSSïon paRïTaïRE aRïcUlTURES.com : 0918 w 91080
Muzdalifa Housen° horssérieBïblïoTHÈqUE ARïcUlTURES3 III
I.
Hîstoîre d’une vîe. Hîstoîre d’une expérîence.
Sept ans de Muzdaîa House à Mo-ronî. Une expérîence partant du dé-sîr d’expérîmenter cutureement et de construîre une paroe cîtoyenne, dans un paysage où e dénî et e men-songe ’emportent sur a nécessîté et ’urgence de tenîr ace à ’adversîté. ï n’est pas excessî de penser ou de dîre qu’aux Comores, a scène cuturee s’est ongtemps ourvoyée. Dans e conservatîsme et a compaîsance. ïn-teectues, artîstes ou poètes, îs sont nombreux à se aîsser apper par es contîngences de a survîe et à s’asseoîr sur eurs convîctîons premîères, aIn de s’assurer une exîstence, de s’ofrîr une reconnaîssance ou d’arracer un bout de prîvîège. es guîcets cutures ayant pîgnon sur rue négocîent eur soutîen contre un sîence organîsé autour des tragé-dîes d’arcîpe, et nombre de créateurs ou de eaders d’opînîon coîsîssent
tenta
de pratîquer ’évîtement dans eurs reatîons avec ’autorîté. e guîcet e pus payant étant ceuî de a repré-1 sentatîon cuturee rançaîse dans e pays, a crîtîque sur es questîons de domînatîon ou de reatîon coonîae – sau exceptîon – est quasî înexîs-tante, bîen que ce soît ’une des pro-bématîques es pus prégnantes du paysage. Pour un cacet de queques mîîers de rancs, une învîtatîon à un événement natîona, une subventîon européenne ou encore un sîmpe vîsa déîvré au consuat de ’ambassade de France à Moronî, es acteurs cutures apprennent à se taîre. Ce quî Inît par compromettre es contenus eux-mêmes. es enjeux sont souvent énormes, et beaucoup d’acteurs cutures préèrent jouer à n’y rîen comprendre. Au-deà d’un contrôe quasî tota des pouvoîrs ocaux, îé à une îstoîre de décoonî-satîon ma négocîée et à des questîons
1- CoopéRaTïon cUlTUREllE oU AllïancE Ran-çaïSE.
4BïblïoTHÈqUE ARïcUlTURESn° horssérieMuzdalifa House III
tatéricdeesivt
Le dernîer vîsu représentant e îeu. Shungu sîgnîie e cerce, e soce d'une communauté. Le Muzdaîfa mettaît ce concept îssu de a tradîtîon au coeur de toute son actîon. géostratégîques dîgnes des temps de (« a maîn que tu ne peux pîer, mîeux 2 guerre roîde, e partenaîre rançaîsvaut a baîser »), se contente de noyer s’învîte dans de nouveaux enjeux, de e sentîment de dépossessîon de tous – contrôe économîque. es observa-« e pays quî nous écappe »– dans des teurs parent voontîers des ydrocar- dîscussîons de saon, sans efets sur e bures, du gaz, des nodues poyméta- cours des coses. Où se pose a ques-îques, un gâteau que des socîétés ran- tîon du rôe des ommes de cuture çaîses, présentes dans a zone, aîme- dans un pays déaît… raîent bîen se partager à moîndre coût. De quoî obîger es uns et es autres à 2-« Mhono mru yatso udjua vundza, mru pus de retenue sur es questîons quîhunuka ». un aDagE popUlaïRE, qUï EncoU-RagE À céDER HypocRïTEmEnT À la pUïSSancE âcent, y comprîs au nîveau de ’esta-DE EU DE l’aDvERSaïRE, S’ïl S’avÈRE plUS oRT bîsment, quî, Idèe à un vîeux egs qUE voUS.
Muzdalifa Housen° horssérieBïblïoTHÈqUE ARïcUlTURES5 III
’îstoîre du Muzdaîa House est née de ce contexte. Homme de téâtre, Soeu Ebadawî, aors en résîdence de créatîon poura anare des ous 3 à ’Aîance rançaîse , se aît vîoem-ment vîrer du pateau en 2009 par a dîrectîon, après avoîr commîs une perormance pubîque (gungu a mce-zo) sur ’occupatîon de Mayotte par a France. Au passage, rappeons que ce ne sont pas es Comores quî réca-ment Mayotte, aujourd’uî, certaîns pouvoîrs ocaux ayant presque prîs aît et cause pour a rétrocessîon de ’e, maîs es Natîons Unîes, quî, au I des ans, depuîs ’îndépendance en 1975, ont voté une vîngtaîne de réso-utîons, condamnant a posîtîon ran-çaîse dans ’arcîpe. Toujours est–î que Soeu Ebadawî, vîdé du pateau de ’Aîance, a dû se trouver un autre espace d’exîstence, aIn de poursuîvre son travaî de déconstructîon des réa-îtés coonîaes. Dans ’Unîon des Comores, es seus îeux équîpés, en apparence, pour accueîîr des expressîons cuturees contemporaînes sembaîent jusque-à être es Aîances rançaîses. C’est du moîns ce que se racontent nombre d’acteurs cutures de a scène ocae pour expîquer eurs dîicutés à s’opposer ausot powerautorî- des tés cuturees rançaîses à Moronî. ’Etat comorîen ne s’est, en efet, ja-maîs donné es moyens de construîre un îeu cuture, en tenant compte des attentes actuees du monde de a créatîon : téâtre, cînéma, arts vîsues ou perormance. e pays, aussî bîen
3- « FRanco comoRïEnnE ».
dans a partîe «îndépendante» que dans sa partîe « occupée », ne dîspose d’aîeurs d’aucune poîtîque consé-quente pour a cuture. A a îmîte, pare-t-on d’une reatîon tarîée, quî consîste à rémunérer ’exîstant, et non à générer de nouveaux conte-nus, sur e ong terme. a pupart des créateurs doîvent se brîcoer des vîes et des parcours, sans moyens, nî sou-tîen pubîc. e coup d’écat provoqué par ’expu-sîon de sa compagnîe a obîgé Soeu Ebadawî à réLécîr à d’autres espaces d’expressîon. ï a commencé par proposer de transormer une arène abandonnée aux sportîs du quartîer 4 Oasîs dans a capîtae en un îeu de spectace. Maîs a proxîmîté de ’arène avec es ocaux de ’Aîance rançaîse a suscîté de a gêne, personne ne vou-ant être suspecté de concurrencer e partenaîre rançaîs. En juîet dernîer, au moment de core son exercîce en-tamé î y a sept ans, ’équîpe a encore soîcîté e présîdent de a répubîque sur a questîon, maîs n’a pas été
4- ConSTRUïTE DanS lE caDRE D’Un pRoJET DE qUaRTïER RéSïDEnTïEl, financéE paR la coopéRaTïon avEc l’eTaT SUD-aRïcaïn, À la gRanDE époqUE où lE mERcEnaïRE RançaïS Bob dEnaRD conTRôlaïT lES écHangES DïplomaTïqUES EnTRE MoRonï ET joHannESbURg. CETTE aRÈnE DEvaïT SERvïR D’ESpacE DE loïSïRS aUX RïvERaïnS DU qUaRTïER. La plUpaRT DES TERRaïnS ET DES maïSonS conSTRUïTS DanS cE caDRE onT éTé pRïvaTïSéS oU SonT En paSSE DE lE DEvEnïR. PaR conTRE, l’ARÈnE, SanS DoUTE À caUSE DE Sa oRmE SïngUlïÈRE, EST DEvEnUE la SEUlE paRTïE DU pRoJET, qUE lE « DomaïnE pUblïc » n’a paS EncoRE pRoJETé DE REvEnDRE. dES SpoRTïS vïEnnEnT RégUlïÈREmEnT S’y EnTRanER, SanS aUcUn manDaT oicïEl.
6BïblïoTHÈqUE ARïcUlTURESn° horssérieMuzdalifa House III
entendue. ’arène d’Oasîs appartîent à ’Etat, et sa revaorîsatîon en espace cuture natîona era partîe des projets
même es moyens de son exîstence. Dès e départ, î convîe ses paîrs (poètes, artîstes, unîversîtaîres, etc.),
La transformatîon de ’Arène d’Oasîs, sîtuée à moîns de 200 m du Muzdaîfa House, en espace de créatîon natîona est ’un des dernîers projets avortés du îeu. © S.E / Fonds Washko Ink.
avortés du Muzdaîa House. Paraèe-ment à cette îstoîre, Soeu Ebadawî a reprîs e cemîn desbangwedes et kîabu, espaces pubîcs où se dîfuse a cuture tradîtîonnee. Résutat ? Et a orme, et e contenu de son téâtre, y ont gagné en proondeur. ï a surtout ouvert et déveoppé ce îeu de créatîon qu’a été e Muzdaîa House. Un abo-ratoîre d’expérîmentatîon cuturee et d’agîtatîon cîtoyenne, où e prîncîpe premîer consîstaît à înventer par soî-
aînsî que des membres de a socîété cîvîe, à e rejoîndre dans e dîsposîtî aînsî mîs en pace. Dans ’îdée de o-menter des aternatîves ensembe, dans une perspectîve transdîscîpînaîre. Sur es murs du Muzdaîa House, î y a eu ce texte, au début :« Comment réîn-venter e egs cuture de cet arcîpe sîtué en mer îndîanocéane, en tenant compte des réaîtés de ’abîtant de ces es, et en se projetant dans des ormes sînguîères d’expressîon cuturee, potentîeement
Muzdalifa Housen° horssérieBïblïoTHÈqUE ARïcUlTURES7 III
destînées à un pubîc pus arge, y com-prîs en deors du pays ? A quoî sert a cuture d’un pays, orsque e cîtoyen sembe îvré à uî-même, subîssant es contrecoups d’une crîse permanente ? es Comores sont un pays rongé par un ort sentîment d’înstabîîté poîtîque,
Un lyer du Muzdaîfa House. économîque et socîae, empêcant toute projectîon au-deà de ’îdée de crîse. En ouvrant ses portes au pubîc, aux créa-teurs, aux cerceurs, aînsî qu’à d’autres acteurs du quotîdîen de ’arcîpe, au nom d’une utopîe cîtoyenne, e Muzda-îa House souaîte devenîr e îeu d’une paroe de résîstance contre e déaîtîsme
et e repî dans un espace însuaîre trop ongtemps bâîonné ». e îeu accompagne des artîstes et des auteurs, eur ouvre a porte de Wasko ïnk., pate-orme assocîatîve de pro-ductîon et d’écange, au seîn de a-quee caque créateur convîé est sus-ceptîbe de trouver des moyens pour açonner ses propres outîs d’expres-sîon. ’enjeu consîstaît, non pas à user des mêmes armes que ’adversîté, maîsà générer du contenu, înédît et sou-veraîn, dans un paysage déconstruît.« Créer du contenu en rapport avec ce que nous sommes, car ce contenu ramène ensuîte au monde, et e monde à a ques-tîon du partage et de a reatîon. Putôt que de mendîer notre exîstence, sous une enseîgne queconque, avec un produît déjà taîé pour servîr es oîs du marcé et de ’Entertaînment, quî nous obîge à nous mettre au servîce d’întérêts quî nous sont étrangers, je proposaîs d’înterroger nos propres îmîtes dans ce domaîne de a créatîon et de aîre conIance à ce qu’on avaît à dîre au monde. J’étaîs persuadé que a sîncérîté de nos îmagînaîres et de nos convîctîons détermîneraît a suîte des événements, et surtout, que cette dyna-mîque procureraît de ’autonomîe à tous ses acteurs, assureraît e sentîment d’în-dépendance à cacun. Ce quî revenaît à dîre qu’î aaît bosser nos contenus, en îeu et pace de mendîer. Je croîs que c’est ce quî expîque mon évîctîon de ’A-îance : ’obîgatîon de mendîer une exîs-tence à une înstîtutîon, quî n’admet pas que ’on énonce certaînes vérîtés amères, supposaît que je devîenne docîe. Or, on ne peut uîr sa réaîté. a nôtre est cee d’un pays encore sous tutee, dont î aut
8BïblïoTHÈqUE ARïcUlTURESn° horssérieMuzdalifa House III
s’extîrper, en questîonnant e rapport à a domînatîon et en éargîssant a perspec-tîve »conIe Soeu Ebadawî. En mîsant sur ’esprît underground et sur a productîon de sens, e Muzda-îa venaît court-cîrcuîter a tendance répandue, airmant que a scène cuturee comorîenne ne pouvaît exîster de açon îndépendante, aute de moyens. Raîson pour aquee es artîstes se croîent obîgés de s’adres-ser au seu guîcetbankabe de a pacea représentatîon cuturee rançaîse – sans s’autorîser à renégo-cîer es abîtudes en pace, nî à re-garder aîeurs. e projet comportaît une nuance împortante :« Ne pas se tromper d’adversîté. Notre ennemî n’est pas a France, nî ’Etat, maîs a ragîîté de nos contenus, quî nous obîge à pîer nos convîctîons, à nous asseoîr dessus, à nous dédîre, souvent, pour espérer nous en sortîr. Quand vous êtes sîncères dans ce que vous avez à dîre, vous n’avez pas peur de vous conronter à a Ictîon tîssée par ’autre à votre sujet. Œuvrer dans ce aboratoîre que nous mettîons en pace en 2009, c’étaît se donner es moyens de vîvre une autre îstoîre, cee du partage et de a reatîon entre deux mondes, en étant souveraîns dans nos manîères de dîre et de aîre ». C’est aînsî qu’est né e Muzdaîa, avec ses compagnons de route, dont cer-taîns souaîtent, dans ce ors-sérîe, raconter eur vécu, dans et à partîr du îeu, en rappeant queques moments orts ou même d’însuccès, et en însîs-tant sur e aît qu’à orce d’abnégatîon, e projet a quand même porté ses ruîts. Mourcîd Abdîa, Anssououddîne
Moamed, Fatate Karîne Hassan, Fouad Aamada Tadjîrî, ïrcad Ous-seîne Djoubeîre et Soeu Ebadawî ont vouu consîgner eur pratîque, aIn de dîre qu’î est encore possîbe d’înven-ter, sur cette scène. En efet, e îeu, durant toutes ces années, a su încarner une aternatîve ace au déîtement des conscîences, au sentîment de renon-cement coectî, au aît accompî, et a été – îronîe du sort, puîsque tout e monde doutaît de sa capacîté à tenîr a durée – îmîté, dans ses réaîsatîons. Pus qu’une îstoîre de résîstance, c’est ’îstoîre, à présent, d’une tentatîve de récît, autre que ceuî de a résîgnatîon et de a déaîte. En tous cas, c’est de cette manîère que e Muzdaîa House s’est împo-sé. En étant ce aut îeu du débat et de ’écange à Moronî, empruntant à des ormes mutîpes d’expressîon, du téâtre aux arts vîsues, en passant par a îttérature, e cînéma et a musîque, générant des questîonnements sur e rôe des scîences umaînes et socîaes dans e pays. Un îeu d’înterrogatîon de a mémoîre, où ’on dîscutaît sur ’efacement de a trace et de a com-munauté de destîn. e Muzdaîa House Iguraît une sorte de aboratoîre d’expressîons înédîtes, venant pertur-ber es espaces de vîe en partage, dans ’îdée de aîre s’émancîper es ommes, quand ’îstoîre tend à es rabaîsser. Du Muzdaîa House s’organîsaîent et se réînventaîent des manîères de aîre et des manîères d’être pour des centaînes et des centaînes de cîtoyens d’arcîpe, au nom d’une cuture agîs-sante. Du Muzdaîa House s’orces-
Muzdalifa Housen° horssérieBïblïoTHÈqUE ARïcUlTURES9 III