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     OEDIPE ROI DE PASOLINI
Poétique de la mimèsis
 
  
Florence Bernard de Courville         OEDIPE ROI DE PASOLINI Poétique de la mimèsis     Préface dHervé Joubert-Laurencin          LHarmattan
  
     
  OUVRAGES DU MEME AUTEUR  Nietzsche et lexpérience cinématographique, le savoir désavoué , coll. « Ouverture philosophique », 2005. Le Double cinématographique , coll. « Champs visuels », 2011                       © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99132-3 EAN : 9782296991323
PREFACE
 1. Je me souviens avoir été heureux de lire, dans lintroduction au premier volume des uvres complètes de Pasolini, cette notation de Walter Siti : « Dans la vulgate des bavardages et des colloques, Pasolini est présenté comme un partisan du " cinéma de poésie ", mais dans ses textes Pasolini juge négativement le " cinéma de poésie " » (à savoir le cinéma conçu dans la langue de la poésie), parce quil y voit une " école internationale " snob et élitiste. Le cinéma qui lintéresse est au contraire conçu avec la simplicité syntaxique de la prose, mais une prose capable de témoigner que « la poésie existe dans la Réalité . » Jy trouvai confirmation de ce que javais souvent été obligé dexpliquer à différents auditoires : les films de lauteur de la célèbre conférence de Pesaro qui porte ce titre vendeur ne sauraient être, ou en tout cas vouloir être, du « cinéma de poésie », plutôt du « cinéma poétique » (cette « prose » donc, capable de ramener à elle la poésie du monde). Certes, Walter Siti exagère afin de bien se faire entendre. Sil est indéniable que Pasolini a préféré se donner pour maîtres Chaplin, Dreyer, Mizoguchi ou lIchikawa de La Harpe de Birmanie , plutôt que ses contemporains modernistes Antonioni, Godard ou les Straub et Huillet d Othon , il nen est pas moins vrai quil aima sincèrement et tenta de rencontrer par dautres chemins le nouveau savoir de ses contradicteurs, dont il sut reconnaître en direct la vérité artistique, fût-ce dans la polémique.
 
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Ainsi, quoiquen accord avec lhyperbole de Walter Siti, javais toujours ménagé, dans ma propre réponse négative à la question : « le cinéma de Pasolini est-il un " cinéma de poésie " ? », la réserve de lexception à la règle générale pour LEvangile selon Saint Matthieu , en souvenir dune conférence entendue un jour à Lyon dans les années 1980. Prudente, modeste et inspirée, comme toujours difficile à contredire (plus difficile que les deux pages à la fois contournées et simplistes sur le même sujet dun livret pédagogique de Stéphane Bouquet), elle avait été prononcée par lun des plus grands écrivains de cinéma de notre histoire : Barthélemy Amengual. Amengual, dans mon souvenir, avait su brancher les promesses formalistes hésitantes du jeune cinéaste Pasolini à sa fable de lincroyant bourgeois et marxisant (lui) qui raconte lhistoire du Christ à travers les yeux de Matthieu lévangéliste issu du peuple (son narrateur), afin de prouver que le poète cinéaste sétait essayé là, lui-même, au « cinéma de poésie », ce style impropre qui tend à construire, dans les films, une sorte de nouveau discours indirect libre.  Le lecteur du présent livre découvrira que, quelques années plus tard, Pasolini tente à nouveau le diable avec son dipe roi .  Florence Bernard de Courville prend au sérieux la théorie critique de Pasolini, éclaire la pensée de son film, et son argumentation convainc. On ne peut plus, après lavoir lue, réfuter cette affirmation nouvelle : dipe roi est une seconde expérimentation du « cinéma de poésie ». Plus encore : mimèsis , contamination, malédiction, impureté (qui sont les mots de la subjective indirecte libre , la forme du cinéma de poésie ) font système. Peut-être nous faudra-t-il revoir la filmographie de Pasolini à ses nouveaux frais ? Tant il est vrai quil est toujours utile de surprendre Pasolini lorsquil se frotte à son contraire.  2. Ce travail sera « traversé par limpureté » annonce du reste lauteur du présent livre. De fait, même vis-à-vis de Pasolini, la lecture y est impure  mais heureusement impure, « purement impure » pour reprendre une formule dAndré Bazin. Une partie
 
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de la théorie critique de lauteur du bien nommé Empirisme hérétique , notamment celle qui concerne la théorie du signe cinématographique, peut en effet être considérée comme non écrite, non finie. Elle reste cependant virtuellement puissante, offerte à qui veut sen emparer (il existe déjà de grands exemples : Gilles Deleuze, Giorgio Passerone). Elle est comme hallucinée par des mots suggestifs, des exemples frappants, des paradoxes révélateurs de nouveaux champs, des tournures de pensée jusqualors inimaginables. Il faut travailler sans trop dinhibition académique pour la faire parler, pour percevoir cette hallucination comme vraie. Le présent ouvrage uvre en ce sens, et propose un résultat théorique qui nest ni une explication pédagogique ni le résumé des thèses dun maître, mais la parole libre dun disciple qui a appris de son « maître sans commandement » à se soumettre à sa propre liberté dinventer. « Cest dans la plus grande impropriété du discours que, dans dipe roi , le plus " propre " et le plus " spécifique " affleure. Ce film se tient au plus près de la puissance donatrice et expropriatrice du sens et du propre », dit à son tour la conclusion de Florence Bernard de Courville. Cette remarque vaut pour toute luvre de Pasolini. Jy reconnais les principes de cette figure de style peu commentée, la synoïkeiosis , dont Franco Fortini disait que, mieux encore que son quasi-synonyme loxymore, elle définissait à elle seule le poète Pasolini. Alliance particulière de contraires, que lon peut transcrire en français moderne  puisque le mot grec ne connaît de traduction ni en latin ni en français  par le « faire cohabiter », la synoïkeiosis  consiste à rendre familières les choses étrangères, à « prendre ensemble ce qui rend propre ». On peut donc en déduire, et cela vaut pour Pasolini comme pour la plupart de ses personnages, dont dipe sans doute, que se joue dans cette trope , dans cette torsion du mot sur lui-même, et dans laction pasolinienne, une appropriation du figuré à travers une défiguration de l oprié . appr  3. Toute cette démarche ravageuse qui sen prend aux racines du langage, cest-à-dire de la pensée, est dune inquiétante
 
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cohérence chez Pasolini. Cet ordonnancement du désordre est lourd à porter. Il fallait un tempérament théorique au fond dénué dacadémisme pour laffronter. On peut louer le livre de Florence Bernard de Courville de sêtre laissé posséder par cette liberté.   
 
 Hervé Joubert-Laurencin  
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