Patrimoine et valorisation des territoires

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Le patrimoine apparaît comme une alternative possible aux modèles industriels classiques et un moyen d'aller vers de nouveaux modèles de développement culturels. Les processus de "valorisation des territoires" mobilisent autant la question économique que celle des territoires ou celle des pratiques. Loin d'être un héritage passivement assumé, le territoire est une ressource qui peut être activement mobilisée.
Publié le : lundi 1 octobre 2012
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EAN13 : 9782296507555
Nombre de pages : 306
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Sous la direction  Patrimoine et valorisation des territoires
de Laurent Sébastien Fournier , Dominique Crozat,
Catherine Bernié-Boi SSar D, Claude Cha Stagner
Dégagé de l’obligation de poser la signifcation
 du passé comme objet pre-
mier, le patrimoine renvoie bien souvent aujourd’hui à la volonté de susci-
ter un développement mis en péril par la crise, qu’elle soit économique ou 
identitaire. Le patrimoine ouvre ainsi sur le futur et rejoint la prospective. 
il apparaît comme une alternative possible aux modèles industriels classiques et comme un moyen de se projeter vers de nouveaux modèles de  Patrimoine et valorisation Patrimoine et valorisation développement culturel. Cela constitue un enjeu important, en particulier 
pour des régions périphériques ou politiquement instables qui tentent en 
dépit de leurs diffcultés  économiques ou démographiques de faire valoir  des territoiresdes territoires
leurs compétences comme leurs spécifcités,  et au fnal,  leur attractivité. 
Cela  justife   aussi  une  étude  compréhensive  des  modes  de 
valorisation 
patrimoniale et de leur incidence sur la valorisation des territoires.
L’examen des « désirs d’identité » qui sont à l’origine de la patrimonialisation ou qui l’accompagnent conduit dans ce livre à un examen plus 
approfondi  des  processus  mêmes  de  la  «  valorisation  des  territoires 
» 
consécutive à la patrimonialisation. Ces processus mobilisent autant la 
question économique que celle des territoires ou celle des pratiques. ils 
montrent que le patrimoine, loin d’être simplement un héritage passivement assumé, est bien une ressource qui peut être activement mobilisée 
dans le développement et la valorisation des territoires.
Ouvrage dirigé par
Laurent Sébastien Fournier , Université de Nantes (ethnologie)
Dominique Crozat , Université Paul Valéry, Montpellier 3 (géographie)
Catherine Bernié-Boi SSar D, Université de Nîmes (aménagement)
Claude Cha Stagner , Université Paul Valéry, Montpellier 3 (études anglophones)
Photo de couverture : « t hermoscopie #2 ». Vue aérienne d’un quartier de Montpellier,  
retravaillée à partir d’une capture d’image (© Ville de Montpellier et D. Crozat, 2011).
31  €
ISBN : 978-2-336-00478-5
CONFERENCES-UNIV-NIMES_GF_BERNIE-BOISSARD_PATRIMOINE-VALORISATION-TERRITOIRES.indd 1 25/09/12 15:56
Dir. Laurent Sébastien Fournier , 
Dominique Crozat , Claude Cha Stagner,  
Patrimoine et valorisation des territoires
Catherine Bernié-Boi SSar D0.0.Préface OK2 5/05/12 18:09 Page 1
PATRIMOINE ET VALORISATION
DES TERRITOIRES0.0.Préface OK2 5/05/12 18:09 Page 2
Collection Conférences universitaires de Nîmes
dirigée par Olivier Devillers
Le but principal de cette collection est de rendre compte des recherches qui sont menées au
Centre Universitaire de Nîmes – ou en association avec lui – dans le domaine des sciences
humaines, sociales et artistiques. Une caractéristique est, conformément à l’identité d’un établissement
où se côtoient des spécialistes de domaines divers, leur interdisciplinarité : il s’agit de croiser,
autant que possible, plusieurs approches. Dans cette mesure, la présente collection réservera une
grande place aux ouvrages collectifs et le terme de « conférence » qui figure dans son intitulé est
presque à entendre dans son sens étymologique de « mise en commun ».
Les questions de « représentation » et de « fait culturel », qui sont à la rencontre de
différentes disciplines, retiendront particulièrement notre attention : comment l’histoire est-elle vue par la
littérature ? Comment les traditions s’inscrivent-elles dans l’espace urbain ? Comment un artiste
réagit-il à l’actualité ? Autant de thématiques qui pourraient être multipliées et qu’il convient
d’inscrire dans un temps et dans un espace. Pour ce qui est de cette première dimension, l’apport
des approches diachroniques ne peut être négligé : étudier l’évolution et les mutations d’une
même « représentation » des origines à nos jours permet d’aborder et de clarifier les problèmes
essentiels de la transmission et de la survie. Pour ce qui est de la seconde, sans être pour autant
exclusifs, nous accorderons un intérêt plus marqué aux études languedociennes.
C’est autour de ces traits – interdisciplinarité, intérêt pour la représentation des faits culturels,
régionalisme languedocien – que nous entendons bâtir cette collection.
Dans la même collection :
Autour de Nîmes et de sa région
sous la direction de Catherine Bernié-Boissard et Danièle Julien
Tauromachies et identités locales
sous la direction de Catherine Bernié-Boissard
Peurs et risques contemporains. Une approche pluridisciplinaire
sous la direction d’Emmanuel Gleyse
Tauromachies, sport, culture. Regards croisés sur les publics
sous la direction de Laurent Sébastien Fournier, Catherine Bernié-Boissard et Jean-Pierre Michel
Tauromachies, cultures du Sud
sous la direction de Catherine Bernié-Boissard et Laurent Sébastien Fournier
La Fête au présent. Mutations des fêtes au sein des loisirs, Dominique Crozat, Catherine Bernié-Boissard,
Claude Chastagner
Développement culturel et territoires, Dominique Crozat, Catherine Bernié-Boissard,
Claude Chastagner
Pour tout contact
Rencontres universitaires de Vauban
Bibliothèque du Centre universitaire de Nîmes
Rue du Dr Salan
30021 NÎMES Cedex 1
buvauban@unimes.fr0.Titre modèlevol.2 27/06/12 10:42 Page 3
sous la direction de
Laurent Sébastien Fournier
Dominique Crozat
Catherine Bernié-Boissard
Claude Chastagner
PATRIMOINE ET VALORISATION
DES TERRITOIRES
L’Harmattan0.Titre modèlevol.2 27/06/12 10:42 Page 4
























Cet ouvrage présente une sélection de textes issus du colloque Patrimoine culturel et désirs
de territoire qui s’est tenu à l’université de Nîmes les 24-27 février 2010, à l’initiative de
l’équipe CNRS Acteurs-Ressources-Territoires dans le développement (ART-Dev, UMR
5281), avec le soutien de l’Université Paul Valéry-Montpellier 3, du Conseil général du
Gard et du Conseil régional du Languedoc-Roussillon.





© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00478-5
EAN : 9782336004785 0.Titre modèlevol.2 27/06/12 10:42 Page 5
SOMMAIRE
Laurent Sébastien Fournier, Dominique Crozat,
Catherine Bernié-Boissard, Claude Chastagner
VALORISATION DU PATRIMOINE, VALORISATION DES TERRITOIRES
PREMIÈRE PARTIE
ACTEURS ET SYSTÈMES TERRITORIAUX
DU PATRIMOINE
Introduction
Catherine Bernié-Boissard
Chapitre 1
Sylvie Christofle
Chapitre 2
Hovig Ter Minassian
Chapitre 3
Letizia Bindi
Chapitre 4
Hélène Douence
Chapitre 5
Cristina Grasseni
Chapitre 6
Sandrine Sintas
Chapitre 7
Corinne Pardo
DEUXIÈME PARTIE
MISES EN SCÈNE
Introduction
Laurent Sébastien Fournier
Chapitre 8
Jean-François Charnier0.Titre modèlevol.2 27/06/12 10:49 Page 6
Chapitre 9
Pierre Couturier
Chapitre 10
Jocelyne Mathieu
Chapitre 11
Martine Roberge
Chapitre 12
Émmanuel Paris
Chapitre 13
Dominique Crozat
TROISIÈME PARTIE
ENJEUX POLITIQUES
DE LA PATRIMONIALISATION
Introduction
Dominique Crozat
Chapitre 14
Isabelle Lefort, Ghada Salem
Chapitre 15
Martine Assénat, Daniel Bartement
Chapitre 16
Géraldine Djament Tran
Chapitre 17
Marion Krüger
Chapitre 18
Laetitia Cochet1.Intro gen vol.2XP 5/05/12 18:12 Page 7
VALORISATION DU PATRIMOINE,
VTION DES TERRITOIRES
Laurent Sébastien FOURNIER
Dominique CROZAT
Catherine BERNIÉ-BOISSARD
Claude CHASTAGNER
Les conceptions traditionnelles du patrimoine en faisaient essentiellement un
eoutil de prise en compte du passé. Ainsi, au XIX siècle, le champ du patrimoine
s’est-il surtout constitué en réaction aux risques de destruction ou de vandalisme
et a-t-il proposé la sauvegarde raisonnée de biens culturels réputés remarquables
– objets et œuvres d’art, monuments historiques, etc. – dont on pensait qu’ils
devaient être soustraits à l’usure du temps, inventoriés et protégés par des lois.
Les institutions muséales et les États-nations naissants ont joué un rôle majeur
dans ce contexte.
Aujourd’hui, cette façon de penser le patrimoine a vieilli, le patrimoine est de
plus en plus associé aux projets de territoire, intégrant des dimensions tout à la
fois sociales, culturelles, économiques et politiques. Dégagé de l’obligation de
poser la signification du passé comme objet premier, le patrimoine renvoie bien
souvent à la volonté de susciter un développement mis en péril par la crise,
qu’elle soit économique ou identitaire ; le « goût » immodéré du patrimoine est
le fruit des crises que notre époque utilise pour donner l’illusion de rythmer cet
éternel présent qu’elle s’est inventé en fuyant l’histoire.
Mais dans le même temps, le patrimoine ouvre ainsi sur le futur et rejoint la
prospective. Il apparaît comme une alternative possible aux modèles industriels
classiques et comme un moyen de se projeter vers de nouveaux modèles de
développement culturel. Cela constitue un enjeu important, en particulier pour
des régions périphériques ou politiquement instables qui tentent, en dépit de
leurs difficultés économiques ou démographiques, de faire valoir leurs
compétences comme leurs spécificités, et au final, leur attractivité. Cela justifie aussi
une étude compréhensive des modes de valorisation patrimoniale et de leur
incidence sur la valorisation des territoires.
LES NOUVEAUX ENJEUX DU PATRIMOINE
Dans ce contexte, le patrimoine renvoie en premier lieu à la question des
ident i t é s : parce qu’il est réputé favoriser la construction d’identités collectives
territorialisées, il s’articule avec un ensemble de désirs qui s’expriment socialement
71.Intro gen vol.2XP 5/05/12 18:12 Page 8
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
autour d’une telle construction. Malgré les risques de standardisation et de
globalisation qui guettent une notion appliquée à l’échelle universelle, le patrimoine
peut donc être associé au maintien de la diversité culturelle. Cette ambiguïté
explique sans doute en partie que le patrimoine constitue à la fois une garantie
d’inviolabilité des biens culturels transmis et une injonction au développement
touristique. De plus, l’assomption patrimoniale contemporaine participe aussi
bien de la transformation de la vie quotidienne, que de la redéfinition des cadre s
mentaux et de l’expérience des lieux. Le patrimoine, pris dans le jeu des désirs
sociaux, se donne à voir comme un nouvel argument de développement, ce qui
invite à réfléchir aux déterminations et aux origines des discours et des opérations
de valorisation patrimoniale.
Mais l’examen des « désirs d’identité » qui sont à l’origine de la
patrimonialisation ou qui l’accompagnent ne peut se suffire à lui-même. Il invite en effet à
un examen plus approfondi des processus mêmes de la « valorisation des
territoires » consécutive à la patrimonialisation. Ces processus mobilisent différents
types de questionnements :
– La question économique : quels sont les indicateurs qui témoignent d’une
évolution du patrimoine culturel et de son adaptation à de nouveaux
paradigmes ? Peut-on vraiment mettre en valeur un enrichissement économique, voire
même un réel développement économique au moyen de ces processus de
patrimonialisation ?
– La question territoriale : en quoi les références au patrimoine servent-elles le
« marketing des lieux », la gestion de l’espace et la construction de nouveaux
espaces attractifs dans différentes régions du monde ?
– La question des pratiques : comment le patrimoine se construit-il au
croisement des regards des experts et des acteurs sociaux engagés dans la réalisation
de performances artistiques et culturelles de différentes natures ? Quelles sont
les relations entre la construction d’images et de mondes virtuels, le réel et le
patrimoine culturel ? Peut-on parler d’une abstraction croissante du
patrimoine ? Tout est-il patrimonialisable ? Le patrimoine est-il devenu un double
commode de la société permettant d’échapper aux contingences du réel ? À ce
titre, il participerait alors d’un nouveau mode de construction identitaire,
reconfigurant les imaginaires, et donc l’utopie, depuis la recherche d’un progrès
devenu illusoire jusqu’à une valorisation locale à vocation plus conservatrice : la
recherche d’un « équilibre » censé garantir une permanence temporelle dans la
globalisation. Mais cela induit alors deux dimensions particulièrement
importantes issues de cette évolution : la standardisation et la naturalisation.
– La question de la globalisation : cette utilisation de la patrimonialisation
pour réinventer la diversité et s’adapter à l’intensification des échanges née de
l’imposition de ce paradigme global (changement global dans les champs
économique mais aussi environnemental et surtout culturel) pose cependant la
question de sa standardisation selon des normes elles-mêmes globales. À q u i
appartient le monde ? À l’ICOMOS, producteur des normes de labellisation
U N E S C O ? Aux émigrés reconfigurant les fêtes de leur territoire d’origine et
81.Intro gen valor.XP 11/09/12 20:03 Page 9
VALORISATION DU PATRIMOINE, VALORISATION DES TERRITOIRES
de référence culture l l e ? Aux touristes qui viennent constater et consommer
ces territoires garantis « a u t re s » ? Comment réinventer la différence q u a n d
on la nie par ailleurs ?
– La question de la naturalisation : en insistant sur une permanence et la
référence à une stabilité sur la longue durée, la patrimonialisation participe d’un
processus de naturalisation de la vie territoriale construite sur le conservatisme.
On peut y voir le danger d’une conception des territoires en rupture avec le
modèle hérité des Lumières qui les envisageait bâtis sur le contrat collectif
autour d’un projet. Émergerait alors une vision des systèmes territoriaux qui les
imaginerait comme des unités biophysiques, stables et attachées ad libitum à la
reconquête du même. Le patrimoine serait alors en résonnance avec d’autres
topiques du discours de la globalisation autour de la recherche d’un «
équilibre » inquiétant ; cette proximité avec les discours environnementaux ou
économiques expliquerait, depuis une génération, la forte valorisation des patrimoines
naturels mais aussi celle des pratiques et usages économiques issus de modèles
économiques disparus.
Ces questionnements fondamentaux, qui doivent être croisés avec l’examen
concret des dimensions politique, commerciale, voire imaginaire de la
patrimonialisation, ouvrent un champ de réflexion très vaste. Pour comprendre ce que ce
champ recouvre, une réflexion sur le fonctionnement même des processus de
valorisation patrimoniale semble alors utile.
COMMENTFONCTIONNENTLESPROCESSUSDEVALORISATIONPATRIMONIALE ?
Des analyses récentes ont fait valoir que l’étude des processus de constitution
du patrimoine était aussi importante que l’étude des éléments constitutifs de ce
même patrimoine (Rautenberg, Micoud, Bérard et Marchenay, 2000 ; Davallon,
2002). En termes sociologiques en effet, une telle perspective permet d’identifier
des logiques d’acteurs et des stratégies de patrimonialisation, et ainsi de penser
le patrimoine en termes d’usages sociaux dynamiques plutôt qu’en termes de
corpus finis et objectifs. Plus précisément, les processus de valorisation
patrimoniale sont caractéristiques en ce qu’ils empilent plusieurs couches de
reconnaissance culturelle, aboutissant à une requalification sociale et symbolique totale
des éléments patrimonialisés.
Sur un territoire donné, le processus de patrimonialisation se construit ainsi
en suivant une série d’étapes successives (Fournier, 2010). La pre m i è re étape
p rend souvent la forme d’une relance culturelle, consécutive à un sentiment de
perte. Expositions, visites à thème, fêtes inventées et animations diverses sont
caractéristiques de cette première étape et construisent une pre m i è re image de
l’élément patrimonialisé, le rendant disponible auprès d’un public élargi. Une
fois que le patrimoine est constitué, il constitue une potentialité que les acteurs
locaux mobiliseront à diverses fins. D’autres étapes se succèdent alors,
valorisant des aspects que la première étape avait en général ignorés ou écartés. La
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PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
succession de ces étapes dans le temps permet de conserver à la démarche de
patrimonialisation son caractère innovant.
Ainsi, autour d’un thème ou d’un produit, une première génération
d’opérations de patrimonialisation mettra en valeur des objets anciens ou artisanaux,
tandis qu’une seconde génération pourra valoriser des objets plus récents et se
référer à un passé industriel. Dans d’autres cas, les acteurs de la
patrimonialisation se saisiront d’abord d’objets matériels, puis d’œuvres représentant ces
objets. Chaque génération inventera ainsi un discours nouveau et trouvera des
supports originaux pour valoriser le patrimoine d’un territoire donné. Un même
patrimoine pourra être valorisé d’abord en termes ethnologiques, puis en termes
scientifiques et techniques, puis enfin en termes esthétiques, et aura un effet
durable sur l’identification du territoire concerné.
Au niveau territorial, cette revalorisation est intéressante parce qu’elle engage
une démarche collective de construction territoriale (Crozat et Bartement, 2011)
dans deux configurations complémentaires qui permettent de justifier ce qui, au
premier regard, peut apparaître comme un gaspillage ou, du moins, une dépense
somptuaire : tout d’abord, celle de la création d’une idéologie territoriale pour
prendre en compte les diverses dimensions du rôle du discours collectif dans la
mise en cohérence du territoire. De plus, cette dimension discursive n’est pas
seulement l’expression d’un « nous » local narcissique, voire chauvin ; c’est
aussi un outil de gouvernance qui permet de donner cohérence à des politiques
de mise en ordre des territoires : le patrimoine est l’objet de vifs débats, en
particulier sur son utilité et sur son coût, mais surtout d’ordre esthétique et
politique qui, parce qu’il construit des appétences, des valeurs collectives, permettent
de construire une identité des territoires et de donner sens à d’autres actions qui
ressortent de l’aménagement de ces espaces.
Cela permet d’échapper à une contradiction majeure puisque le patrimoine
est associé au développement territorial qui serait un développement
économique. Or, en effet, indiscutablement, le patrimoine a une utilité économique, en
particulier par l’intermédiaire du tourisme et des loisirs. Sous cet angle, il
demeure que, si on prend en compte l’ensemble des coûts sociaux qu’il suscite,
le retour sur investissements se révèle médiocre. On pense cependant peu à
d’autres fonctions qui, en termes d’attractivité (résidentielle comme touristique),
jouent un grand rôle mais qui restent indirectes sous l’angle économique ; or,
dans le contexte des économies postmodernes, ce type d’aménité se révèle
déterminant pour attirer tant les activités à forte valeur ajoutée, les entreprises de haut
niveau en particulier technologiques, que les cadres susceptibles d’animer ces
structures…
Ce travail de patrimonialisation, de nos jours largement conditionné par le
tourisme, produit au passage des valeurs nouvelles associées aux différents
patrimoines. Dans le processus, les patrimoines se trouvent requalifiés en termes
sociaux (ils atteignent des publics différents), spatiaux (ils sont utilisés dans la
conception des hauts lieux touristiques), et même cognitifs (lorsque de nouveaux
lexiques sont inventés pour accompagner la transformation du regard sur tel ou
101.Intro gen vol.2XP 5/05/12 18:12 Page 11
VALORISATION DU PATRIMOINE, VALORISATION DES TERRITOIRES
tel élément patrimonial). Cela montre que le patrimoine, loin d’être simplement
un héritage passivement assumé, est bien une ressource qui peut être activement
mobilisée dans le développement et la valorisation des territoires.
LES MODALITÉS VARIABLES DE LA PATRIMONIALISATION
De ce qui précède, il ressort qu’une modélisation des processus de
valorisation patrimoniale est possible et qu’elle a des applications dans le champ de
l’économie touristique et dans celui du développement local. Pour mettre ce
modèle à l’épreuve et envisager sa variabilité à l’échelle de différents territoires,
les chapitres qui constituent le présent ouvrage proposent un ensemble d’études
de cas, propres à illustrer différentes façons de valoriser le patrimoine sur
différents territoires. Dans les trois parties qui composent l’ouvrage, l’accent est porté
successivement sur les acteurs, les systèmes territoriaux du patrimoine, les mises
en scène et les enjeux politiques.
Les chapitres de la première partie, réunis sous le titre « Acteurs et systèmes
territoriaux du patrimoine », ont en commun de s’intéresser à des stratégies
économiques de valorisation des territoires. Analysant les territoires en eux-mêmes
ou les ressources emblématiques – souvent alimentaires – qui les caractérisent,
ils montrent comment des acteurs locaux, inscrits ou non dans des filières
professionnelles spécialisées, construisent des systèmes spécifiques de valorisation
du patrimoine sur leurs territoires d’appartenance.
Sous l’intitulé « Mises en scène », les chapitres qui composent la deuxième
partie abordent volontairement des objets très différents, mais qui tous
témoignent de volontés de spectaculariser des ressources qui n’ont pas forcément un
sens patrimonial a priori sur les territoires qui les accueillent. Ces études de cas
montrent bien, dès lors, le caractère construit de valorisations patrimoniales
largement performatives.
Dans la dernière partie de l’ouvrage, les chapitres réunis sous l’intitulé
« Enjeux politiques de la patrimonialisation » montrent que la valorisation des
patrimoines ne saurait être étudiée indépendamment des contextes dans
lesquels elle se produit. Le poids des systèmes administratifs, du tourisme ou de
l’histoire oblige toute patrimonialisation à des négociations permanentes, ce qui
justifie en même temps l’intérêt de ce champ d’études.
Enfin, en guise de conclusion, un chapitre supplémentaire donne le point de
vue d’une professionnelle de la valorisation du patrimoine, témoignant de
l’autonomisation progressive de ce champ vis-à-vis des disciplines académiques
conventionnelles. Ce chapitre donne des pistes pour penser une articulation
possible, qui reste à renforcer, entre universitaires et professionnels dans la
constitution des études patrimoniales.
111.Intro gen vol.2XP 5/05/12 18:12 Page 12
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
RÉFÉRENCES
CROZAT, D., BARTEMENT, D., (2011), « Patrimoine et développement territorial », in De
Boislandelle, H.-M. (dir.), Le Patrimoine dans tous ses états, Presses de l’université de
Perpignan, p.59-71.
DAVALLON, Jean, (2002), « Comment se fabrique le patrimoine ? », Sciences Humaines,
hors série n° 36 (mars-mai), p. 74-77.
FOURNIER, Laurent Sébastien, (2010), « Mise en tourisme des produits du terroir,
événements festifs et mutations du patrimoine ethnologique en Provence », Ethnologies
(Québec), vol. 32, n° 2, p. 103-144.
RAUTENBERG, Michel, MICOUD André, BÉRARD Laurence et MARCHENAY Philippe, (2000),
Campagnes de tous nos désirs : patrimoines et nouveaux usages sociaux, Paris, Maison des
sciences de l’homme.1.Intro gen vol.2XP 5/05/12 18:12 Page 13
PREMIÈRE PARTIE
ACTEURS ET SYSTÈMES TERRITORIAUX
DU PATRIMOINEPage blancheXP 2/05/12 15:33 Page 12.IntroActeursXP 10/09/12 14:42 Page 15
Introduction
Catherine BERNIÉ-BOISSARD
Matériel ou immatériel, le patrimoine crée le territoire. Les sept chapitres qui
rythment la partie « Acteurs et systèmes territoriaux du patrimoine » révèlent
une exceptionnelle diversité dans l’approche géographique, mise en œuvre aussi
bien par des géographes que par un sociolinguiste, un anthropologue ou une
philosophe. La pluridisciplinarité correspond ici à la polysémie des notions de
patrimoine et de territoire et leurs articulations. On relèvera donc que la Côte
d’Azur française s’accorde à la Catalogne espagnole, les vallées alpestres à la
région italienne du Molise, le vignoble du Sud-Ouest au Périgord noir.
Le phénomène de patrimonialisation se décline selon une toute aussi grande
variété d’angles de vision. Ainsi, Sylvie Christofle pointe la Côte d’Azur comme
un lieu touristique, où le patrimoine culturel est destiné à valoriser une image
qui ne résiste pas au piège du marketing. Ce même marketing, à en cro i re Hovig
Ter Minassian, s’il légitime un projet de territoire à Barcelone, n’évite pas la
contradiction portée par les habitants. Le patrimoine cristallise les tensions
sociales.
Ce même patrimoine met en exergue la typicité d’activités, de pratiques et de
ressources rurales. C’est ce que démontre Letizia Bindi, en étudiant la région
italienne de la Haute Molise (Frosolone) où l’ancienne pratique des déplacements
le long des « tratturi » (les pistes campagnardes pour les troupeaux), disparue
depuis longtemps, renaît en même temps que les produits, les goûts et les
saveurs « d’antan ».
Hélene Douence-Jouhet la rejoint, en focalisant son regard sur la
patrimonialisation du vignoble du Sud-Ouest. Fondée sur une nouvelle approche du lien
ville-campagne, celle-ci entraîne une recomposition territoriale problématique,
puisqu’elle peut s’accompagner d’une perte d’identité du territoire vitivinicole.
La ressource fromagère des vallées alpestres a, comme le montre Cristina
Grasseni, figure d’icône et valeur symbolique « virtuelle et rituelle dans les
foires aussi bien que dans les ateliers du goût mettant sur le devant de la scène
l’exemple de “sauveurs” et de témoignages d’une culture alimentaire de relief
qui se perd ».
De quelle manière la patrimonialisation des productions alimentaires fonde
une identité socioculturelle, qui contrebat le « colonialisme intérieur »
( e x p ression inventée par Robert Lafont dans les années 1960 à propos de
l’Occitanie par rapport à la France), Sandrine Sintas l’étudie au travers de la
dualité Catalogne-Castille. Les fromages, les huiles, les viandes, la charcuterie
ou la culture de l’oignon, autant de produits du terroir qui donnent consistance
152.IntroActeursXP 5/05/12 18:17 Page 16
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
à un territoire, créant une « M a rq u e - P a y s » qui défie l’uniformité de la
« M a rq u e - E s p a g n e ».
Dans le même esprit, pour Corinne Pardo, évoquant le cas de la tru ff i c u
lt u re, la patrimonialisation est tout à la fois « la source potentielle de richesses
pour le territoire » et un « élément fondateur d’une dynamique socioculture l l e
l o c a l e [ … ] ». Mais « cette patrimonialisation croisée peut-elle contribuer sur
le temps long à l’émergence de nouvelles ru r a l i t é s ou participera-t-elle au
c o n t r a i re à une muséification des territoires producteurs, à la folklorisation des
pratiques ? » .
163.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 17
Chapitre 1
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME
ET MARKETING DES LIEUX
NICE ET LA CÔTE D’AZUR ENTRE DÉSIRS
DE TERRITOIRE ET DÉVELOPPEMENT
Sylvie CHRISTOFLE
Ce chapitre montre que le patrimoine culturel, à la fois ferment et révélateur
d’identité et d’imaginaires collectifs, est de nos jours considéré comme un
potentiel levier d’attractivité pour les territoires et, par là même, comme un outil au
service d’un développement souhaité par maints décideurs locaux, notamment en
France et en Europe. Le discours public à son propos en devient parfois lancinant,
pendant que se multiplient des actions d’instrumentalisation, des dérives de
stand a rdisation, voire des tentations de réification d’un passé disparu. La question
territoriale se révèle centrale quand le patrimoine culturel sert le marketing des
lieux, la gestion de l’espace et/ou construit de nouveaux espaces attractifs. C’est
ce que nous allons analyser au travers du cas de Nice Côte d’Azur.
Nice et la Côte d’Azur forment un territoire profondément marqué par une
omniprésente image touristique (Christofle S., Khlifi S., 2010). Parallèlement,
bien que Nice Côte d’Azur soit un espace de réalité culturelle forte (patrimoine
matériel et immatériel), cette dimension est généralement occultée. En effet, en
termes de représentations comme de pratiques, et ce, autant à l’échelle
microrégionale que nationale et internationale, la culture azuréenne et le patrimoine
afférent sont mésestimés. Ce phénomène de concurrence dans le
fonctionnement, dans les jeux d’acteurs entre culture et tourisme, classiquement observé
dans de multiples espaces, s’accentue à Nice Côte d’Azur. Cette occultation
d’image est plus spécifiquement liée au tourisme bi-séculaire qui participe en soi
à la mémoire des lieux. Il en est un des marqueurs identitaires en termes
d’urbanisation, d’architecture, d’impact socioéconomique et de représentation sociale
et possède son patrimoine culturel propre (sites, palaces historiques, jardins
clas1sés…) . Pour exemple de ce patrimoine culturel architectural touristique, citons
l’hôtel Negresco de Nice, construit en 1912, classé monument historique et rare
palace privé transformé en hôtel-musée pour ses hôtes.
1 Menton est « ville d’art et d’histoire » du fait essentiel de ses jardins.
173.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 18
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
Parallèlement, Nice Côte d’Azur est un espace de forte dynamique
territoriale. Les acteurs territoriaux portent actuellement une stratégie de
métropolisation volontariste et ambitieuse qui tente d’imposer une image moins fondée sur
le tourisme, notamment balnéaire. Pourquoi les acteurs locaux se saisissent-ils à
présent du patrimoine et de la culture pour en tirer profit en termes d’image et
de développement territorial projeté ? Nous nous posons ainsi la question des
connections entre patrimoine culturel azuréen, désirs de territoire et gestion de
l’espace. Plus précisément, l’investigation s’intéresse aux liens entre le marketing
des lieux et la construction d’un nouvel espace attractif : la Route des Peintres
de la Côte d’Azur.
NICE CÔTE D’AZUR ESPACE EN MUTATION ENTRE MÉTROPOLISATION
ET SPÉCIALISATION TOURISTIQUE
Contexte urbain
2Il est peu connu que la Côte d’Azur est un territoire en voie de métro p o l i s a t i o n .
Cet espace, localisé dans le département des Alpes-Maritimes, se caractérise en eff e t
par une concentration de population suivant un linéaire ouest-est (fig. 1). En eff e t ,
un ensemble urbain s’étale actuellement de Théoule/Mandelieu-La-Napoule à
Menton avec pour point d’orgue, Nice, cinquième ville de France. Localisée sur une
riviera, entre mer et montagnes, cette conurbation s’allonge sur environ 60 km et
ecomposait dès 1999 la 6 a i re urbaine de France après celles de Paris, Ly o n ,
Marseille, Lille et Toulouse, avant Bordeaux, Nantes et Strasbourg. Dans ce réseau
3de villes agglomérées par leurs périphéries, vit plus d’un million d’habitants , dont
la très grande majorité sur le littoral. En effet, à l’exception de Grasse, les villes
principales sont concentrées sur une étroite bande de terre en bord de Méditerranée :
4 5 6Nice, 350 735 habitants , Antibes, 76 9 2 5 , Cannes, 715 2 6 , Menton-Monaco,
7 8 96 8 8 2 6 , Cagnes-sur- M e r, 48 9 7 7 , Saint-Laure n t - d u - Va r, 30 3 8 3 …
2 La terminologie « Côte d’Azur » ne correspond pas, à la diff é rence du terme géographique
« r i v i e r a », à une entité délimitable ; il s’agit d’une appellation au départ poétique, ensuite liée au
mareX I Xketing territorial, inventée au siècle par l’écrivain et poète S. Liégeard (cf. bibliographie). Cette
« Côte d’Azur » comprend géographiquement, selon les auteurs, au maximum l’espace situé entre
Toulon et Menton, incluant donc une partie du Var et, au minimum l’espace essentiellement localisé
sur la bande côtière des Alpes-Maritimes. Pour ce travail nous privilégions cette dernière option.
3 Chiffres clés, Résumé statistique Alpes-Maritimes (06 - Département).
http://www.statistiques-locales.insee.fr/Fiches/RS/DEP/RS_DEP06.pdf consulté le 22/12/2009.
4 h t t p : / / w w w. i n s e e . f r / f r / p p p / b a s e s - d e - d o n n e e s / re c e n s e m e n t / p o p u l a t i o n s - l e g a l e s / c o
mmune.asp?annee=2006&depcom=06088 consulté le 22/12/2009.
5 h t t p : / / w w w. re c e n s e m e n t . i n s e e . f r / c h i ff re s C l e s . a c t i o n ? z o n e S e a rc h F i e l d = A N T I B E S & c o d e Z o n e
=06004-COM&idTheme=3 consulté le 22/12/2009.
6 h t t p : / / w w w n s - l e g a l e s / c o
mmune.asp?annee=2006&depcom=06029 consulté le 22/12/2009.
183.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 19
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME ET MARKETING DES LIEUX
Figure 1.— Conurbation azuréenne.
L’espace analysé se révèle donc très densément peuplé avec une moyenne de
23 313 habitants au km (INSEE) de Cannes à Menton. Ce corridor cumule
égaleement de grands moyens de transport (3 aéroport de France, rail, autoroute) mais
ces derniers arrivent à saturation : plus d’espace disponible pour le
développement de l’aéroport de Nice, situé en ville, pas de ligne ferroviaire à grande
vitesse et de nombreux dysfonctionnements (retards, suppressions de trains…),
trafic incessant sur l’autoroute A8 dont l’élargissement, non effectué, est à l’ordre
du jour depuis les années 1980, et sur les voies routières en leur ensemble, tant
principales que secondaires…
7 http://www.statistiques-locales.insee.fr/Fiches/RS/AU1999/RS_AU1999110.pdf consulté le
22/12/2009.
8 h t t p : / / w w w. i n s e e . f r / f r / p p p / b a s e s - d e - d o n n e e s / re c e n s e m e n t / p o p u l a t i o n s - l e g a l e s / c o
mmune.asp?annee=2006&depcom=06027 consulté le
22/12/2009.
9mune.asp?annee=2006&depcom=06123 consulté le 22/12/2009.
193.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 20
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
De plus, même si, matériellement, la frontière entre France et Italie a disparu,
si des réseaux se nouent entre acteurs publics et privés transfrontaliers, la Côte
d’Azur reste un cul-de-sac à l’échelle de la France métropolitaine. Enfin, du fait
de sa situation géographique entre mer et montagnes, nous nous trouvons dans
un couloir globalement très contraint.
En effet, la conurbation est développée sur un littoral très étroit cerné par des
zones de haute montagne, constituées par l’extrémité sud-est de l’arc alpin, avec
des reliefs côtiers qui isolent des plaines littorales restreintes. Actuellement, ces
lieux sont très urbanisés et, hors de la plaine du Var, jusqu’à présent vouée à des
activités périphériques (agriculture, BTP…) du fait des risques naturels, l’espace
libre commençait à sérieusement manquer pour un développement urbain. La
situation évolue actuellement avec le classement depuis le 28/11/2006 d’une
partie de la plaine du Var à l’ouest de Nice en zone OIN – Opération d’Intérêt
National – qui prévoit sur plusieurs décennies d’exploiter 10 000 hectares, d’en
urbaniser 450, et de faire de ces espaces de transition un secteur attirant
investis10seurs publics et privés et créant « 30 000 emplois en 30 ans ».
Présentement, en matière d’activités stratégiques, fonctions supérieures
spécifiques des métropoles, la conurbation compte essentiellement sur l’université
pluridisciplinaire Nice Sophia Antipolis, éclatée en différents campus sur
diverses communes (Nice, Cannes, Villefranche-sur-Mer…) et sur les hautes
technologies principalement autour de Cannes, Grasse et surtout le technopôle
SophiaAntipolis (sur la commune de Valbonne. Cet espace azuréen se révèle néanmoins
relativement pauvre en fonctions de commandement, tant public (Nice n’est que
préfecture de département) que privé (nombre de sièges sociaux d’entreprises).
Petit à petit cependant, l’économie tend à se diversifier en ressources de niveau
supérieur, de recherche et d’innovation.
Cet espace est enfin polynucléaire. En effet, la ville de Nice, même capitale
administrative du département et principale agglomération démographique, ne
le polarise pas véritablement. Le territoire reste structuré par des villes
individualisées (Grasse, Cannes, Antibes, Nice, Menton…) qui forment un semis hérité
du passé et qui possèdent toutes une identité et une liberté d’agissement
marquées. Cet espace fonctionne donc à partir de plusieurs nœuds, les villes
azuréennes principales, qui traitent de nombreux flux, tant matériels (mobilités de
populations, biens et services via les voies de communication physiques)
qu’immatériels (flux d’idées, de données et de capitaux via les voies de
communication virtuelles, notamment Internet). Ces nœuds « constituent des avantages
comparatifs » en matière d’attractivité territoriale (Association des CCI
métropolitaines-Ramboll Management, 2009, 3) mais leur multiplicité et leur variété
freinent un développement territorial homogène.
Ce fonctionnement polynucléaire apparaît dans le foisonnement des stru
ct u res institutionnelles de gestion de l’espace maralpin où sont répertoriées
10 Selon C. Estrosi, Dépêche AFP, 4 août 2008.
203.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 21
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME ET MARKETING DES LIEUX
s t ru c t u res communales (Cannes), ou intercommunales, communautés
d’agglo11 1 2 1 3mérations autour de Grasse , A n t i b e s , Menton … et la communauté urbaine
1 4Nice Côte d’Azur .
15La communauté urbaine Nice Côte d’Azur (CUNCA) réunit néanmoins
16environ 510 000 habitants, soit la moitié de la population du département.
erCette communauté urbaine regroupe, au 1 janvier 2010, 27 communes autour
de la ville-centre, Nice. Portée par le maire, Christian Estrosi, cette récente
comermunauté urbaine (créée le 1 janvier 2009) tend à s’ouvrir aux communautés
d’agglomération voisines. Le conseil de la communauté d’agglomération de la
17Riviera française (CARF-Menton) a notamment voté en septembre 2009 une
demande de fusion avec la CUNCA. Cette fusion porterait à plus de 550 000 le
nombre d’habitants de la future communauté et créerait un continuum de
gestion de l’espace sur un linéaire côtier de plus de 30 km soit plus de la moitié du
rivage maralpin. Une gestion intercommunale de plus en plus intégrée devient
petit à petit la règle dans cet espace complexe, ce qui est un élément essentiel de
cohérence en termes de politique territoriale mais la fusion précitée n’est pas
encore entérinée.
In fine, la Côte d’Azur se révèle un espace en mutation territoriale, une
conurbation de récente genèse, un espace polynucléaire, soumis à une gestion
éclatée. Un élément commun soude pourtant cet espace hétérogène, le tourisme.
À la fois filière économique et pilier d’image territoriale, le tourisme, et la « d e
stination Côte d’Azur » sont largement capitalisés depuis leur invention (Boyer,
e e2002) des X V I I I et X I X siècles, devenus socles du développement de ces lieux
mondialement désirés.
11 Communauté d’agglomération Pôle Azur Provence : Auribeau/Siagne, Grasse,
MouansSartoux, Pégomas, La Roquette/Siagne.
12 Communauté d’agglomération Sophia Antipolis : Antibes/Juan-les-Pins, Biot, Caussols,
Châteauneuf, Courmes, Gourdon, la Colle-sur-Loup, Bar-sur-Loup, Le Rouret, Opio,
Roquefort-lesPins, Saint-Paul, Tourrettes-sur-Loup, Valbonne, Vallauris Golfe-Juan, Villeneuve-Loubet.
13 Communauté d’agglomération de la Riviera française : Beausoleil, Castellar, Castillon, Gorbio,
La Turbie, Menton, Moulinet, Roquebrune Cap-Martin, Sainte-Agnès, Sospel.
14 Une nouvelle collectivité territoriale naîtra en janvier 2012. Elle comprendra 45 communes et
se nommera Métropole Nice Côte d’Azur.
15 Communauté urbaine Nice Côte d’Azur : Aspremont, Beaulieu-sur-Mer, Cagnes-sur-Mer,
Cap-d’Ail, Carros, Castagniers, Coaraze, Colomars, Duranus, Eze, Falicon, La Gaude, Lantosque, La
Roquette-sur-Var, La Trinité, Levens, Nice, Saint-André-de-la-Roche, Saint-Blaise,
Saint-Jean-CapFerrat, Saint-Jeannet, Saint-Laurent-du-Var, Saint-Martin-du-Var, Tourrette-Levens, Utelle, Vence,
Villefranche-sur-Mer.
16 Chiffres clés Résumé statistique CA de Nice - Côte d'Azur (240600577 - EPCI).
h t t p : / / w w w.statistiques-locales.insee.fr/Fiches/RS/EPCI/RS_EPCI240600577.pdf consulté le
22/12/2009.
1 7 N i c e - M a t i n, 23/09/2009, article de O. Poisson « Communauté urbaine, une aff a i re entendue ? » ,
p . 5 .
213.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 22
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
Contexte touristique
En effet, les territoires étudiés partagent une même fonction principale, le
1 8tourisme, avec jusqu’à 10 millions de touristes reçus annuellement
(Observatoire du tourisme-Touriscope, CRT Riviera, 2009). Ce chiffre place
l’espace étudié parmi les premiers lieux mondiaux d’accueil de touristes,
notamment internationaux : 50% de cette clientèle touristique est étrangère
19(Touriscope, CRT Riviera) .
20Le CRT Riviera considère que la Côte d’Azur reçoit par an 1% des touristes
du monde. Avec environ 64 à 65 millions de nuitées et 4,5 milliards d’euros de
dépenses touristiques en 2008, le tourisme est la première force économique de
la micro-région. Environ 75 000 emplois seraient liés au « tourisme » (18% de
l’emploi total), et 150 000 résidents actifs auraient leur emploi dépendant
directement ou indirectement du tourisme (CRT Riviera, 2008).
Néanmoins, les acteurs territoriaux de la Côte d’Azur, publics et privés, se
retrouvent actuellement devant un dilemme. Le CRT Riviera a calculé en 2008
que, chaque jour, un minimum de 50 000 personnes foule le sol azuréen, avec
des pics estivaux à 600 000 touristes lors du week-end du 15 août. Ce tourisme
se nourrit essentiellement d’un imaginaire national et international fondé sur la
mer, le paysage, ainsi que sur le prestige des lieux. Le désir de la Côte d’Azur
e eremonte au XIX siècle et débuts du XX , quand cette dernière était encore un
espace peu urbanisé, ouvert, au charme méditerranéen, à la lumière et au climat
exceptionnels et au patrimoine paysager spectaculaire (caps, baies aux eaux
turquoise, montagne « tombant dans la mer »). Même si de belles photos bien
21cadrées, des émissions télévisuelles attractives et des ouvrages/sites de
promotion perpétuent cette image et alimentent le désir envers ces territoires
emblématiques du tourisme dans le monde entier, une réalité moins glamour affecte de
plus en plus ces espaces.
De nos jours la donne a changé et des points négatifs s’accumulent. La réalité
des faits est la suivante : le littoral concentre près de 90% du tourisme qui reste
très balnéaire et qui apporte une richesse considérable au territoire. Cependant,
l’espace azuréen souffre d’une concentration humaine sur un espace contraint et
restreint et subit de fortes nuisances sonores, de trafic, de pollution, de gêne
constante pour les habitants… et pour les touristes. Parallèlement, la Côte
d’Azur doit affronter une concurrence de plus en plus forte de pays émergents
proposant des produits balnéaires à rapport qualité–prix-paysage-accueil très
18 http://www.touriscope.com/v2/chiffres-clés/ consulté le 22/12/2009.
19fres-clés/ consulté le 2/2/2010.
20 http://wwwfres-clés/ consulté le 06/01/2010.
21 Un exemple : Magazine télévisuel culturel « Des racines et des ailes » émission « Riviera
secrète », France 3, 10/03/2010, 20h35-22h30.
223.CristofleXP 11/09/12 20:06 Page 23
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME ET MARKETING DES LIEUX
supérieur (Croatie par exemple). Ainsi, même si l’inertie de l’image touristique
paysagère joue son rôle d’amortisseur, même si persistent encore de beaux
panoramas avec la mer pour décor idyllique, même si l’évènementiel récurrent,
prestigieux ou plus populaire (Festival international du Film de Cannes, Grand Prix
de Formule 1 de Monaco, carnaval de Nice…) relance chaque année l’intérêt et
le désir de ce territoire, celui ci se trouve dans une situation moins confortable
qu’auparavant, confronté à une saturation spatiale proche. Ces facteurs internes
et externes ne permettent donc plus une progression de la fréquentation
touristique et empêcheraient donc une augmentation des profits pour les acteurs du
tourisme, publics et privés.
Stratégie métropolitaine et touristique en faveur de la culture et du patrimoine
culturel : pour un nouveau désir de territoire ?
L’espace ne pouvant raisonnablement accepter un accroissement quantitatif
du tourisme, les édiles locaux, en concertation avec les professionnels, ont mis
sur pied une stratégie touristique visant à augmenter qualitativement l’activité
touristique. À cet effet, un plan marketing est déployé dont l’objectif est double.
D’une part, la politique est d’étaler géographiquement la diffusion touristique en
encourageant visites et activités dans le moyen pays pour déconcentrer le
littoral ; d’autre part, l’action prescrite est, sinon de décourager, a minima de ne pas
encourager l’arrivée des clientèles modestes et a contrario d’attirer des
populations touristiques à niveau de revenus plus élevés. Après réflexion des différents
acteurs, la prise en compte, la diffusion, la médiatisation locale, nationale et
internationale de la culture à Nice Côte d’Azur et notamment de son patrimoine
culturel ont été choisis comme vecteurs préférentiels permettant d’atteindre les
objectifs précités. Au-delà de l’aspect touristique, la mise en valeur du
patrimoine culturel du littoral et du moyen pays présenterait plusieurs intérêts :
intérêt identitaire, intérêt politique, dans le cadre d’une communauté
intercommunale élargie comprenant villes littorales et communes du moyen pays, intérêt
économique et de gestion, intérêt de durabilité des territoires dans une
communauté urbaine juxtaposant trop-plein littoral (d’urbanisation, d’activités,
d’hommes) et vides relatifs des villages du moyen pays.
En sus d’actions ponctuelles visant à proposer des activités touristiques
couplées littoral-moyen pays (tourisme urbain et balnéaire/tourisme sportif, de
pleine nature), la culture et le patrimoine culturel ont donc été sélectionnés pour
devenir des axes de stratégie de développement territorial voire métropolitain.
Cette manière d’agir n’est pas propre à Nice. En effet, depuis plusieurs
décennies, le tourisme et la culture sont envisagés par de multiples acteurs
comme des vecteurs de compétitivité, des leviers de valorisation des
territoires, accroissant le rayonnement, l’attractivité voire la capacité d’innovation de
lieux (OCDE, 2005 ; Gre ffe, 2006 par exemple). Leur intégration dans des
stratégies de développement territorial se fait à l’échelle de villes de toutes tailles
et, plus particulièrement, dans des métropoles déjà bien positionnées dans le
233.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 24
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
champ de l’économie touristique et de la connaissance. Culture et tourisme, au
sein de politiques locales, peuvent alors acquérir « un rôle stru c t u r a n t »
( C rozat, 2008, 4). Nous postulons qu’à Nice Côte d’Azur la culture est en
partie instrumentalisée autant à l’interne, vers les habitants (idéologie territoriale)
qu’à l’externe, vers les visiteurs (marketing territorial). Vers « l ’ i n t é r i e u r », la
c u l t u re et la mise en valeur du patrimoine culturel auraient un effet de
cohésion sur une population locale en grande partie étrangère aux A l p e s - M a r i t i m e s
et même à la région, avec un taux de résidents étrangers particulièrement élevé
et un accroissement de la population lié essentiellement au solde migratoire
(INSEE, 2010). À l ’ « e x t é r i e u r », qui nous intéresse plus dans le cadre de ce
travail, culture et patrimoine culturel attireraient les touristes « c u lt u re l s ». Ces
derniers auraient des dépenses relativement plus élevées que la moyenne ; ils
g é n è reraient moins de nuisances potentielles que le tourisme dit de masse
baln é a i re (moindre nombre, diffusion sur sites plus importante) et ils
permettraient à la fois la diversification des activités touristiques (visites, festivals,
« ro u t e s », etc.), l’étalement géographique (par diffusion à la fois hors des
plages et ports, vers l’intérieur des communes littorales, et vers le moyen pays –
OTC Nice, 2007) et le lissage saisonnier. La mise en valeur et la dynamisation
de la culture auraient donc un impact positif en matière touristique sur les
espaces locaux, tout en aidant à la mise en place et à la valorisation de la
conurbation azuréenne en son ensemble.
En ce qui concerne d’abord l’aspect touristique, il est clair que la culture est
devenue un point mis en avant de nos jours par les acteurs institutionnels de la
filière. Ainsi, l’organisme officiel de promotion de la France à l’étranger, Maison
de la France, met en place des actions pour conforter la place de notre pays en la
matière. Un diagnostic a été élaboré, portant essentiellement sur les rapports
culture-image de la France, sur le patrimoine culturel, la vivacité de la culture
vivante, les nombreux équipements muséologiques et leur originalité. Cinq
orientations stratégiques ont suivi (Ressouches, 2009) pour « renouveler l’image
culturelle de la France en valorisant le patrimoine vivant (évènements et
festivités) ; promouvoir une offre accessible et ludique ; valoriser les démarches de
qualité existantes ; sur les marchés de proximité mener une stratégie de fidélisation
et de conquête de nouvelles clientèles (les moins de 30 ans) ; sur les marchés
émergents ou lointains, conquérir les primo-visiteurs et inciter au
renouvellement des séjours ». Outre la promotion via différents guides, a été ouvert un
club de promotion vers l’international, « Patrimoine et Cultures » regroupant des
partenaires, publics et privés (dont des acteurs azuréens) avec une activité
portant sur les musées et monuments historiques, routes historiques, centres
d’interprétations, festivals. L’action des décideurs de Nice Côte d’Azur se situe donc
dans une mouvance nationale et internationale, une vision du monde dans
laquelle la culture serait un levier d’attractivité, notamment touristique. Ainsi, en
2010, a eu lieu un repositionnement marketing de la ville de Nice pour
renouveler le désir des touristes potentiels envers le territoire azuréen et conforter sa
croissance, s’appuyant sur des notions d’authenticité, de sensualité, d’énergie
créative et de culture (fig. 2).
243.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 25
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME ET MARKETING DES LIEUX
Authentique Sensuelle
Active Culturelle
Énergie
créative
Figure 2.— Repositionnement national et international de Nice, 2010.
Source : OTC Nice, 2009.
L’activité touristique a été et demeure l’élément clé de développement de
l’espace azuréen. Notamment, sa présence a induit la mise en place de
fonctionnalités de haut niveau, de nos jours indicateurs de métropolisation, dont une
accessibilité aérienne internationale, un savoir-faire de haut niveau en matière
d’activités tertiaires, qui stimulent une forte captation de flux de personnes, de biens
et de services. Le tourisme est vecteur d’un rayonnement exceptionnel, d’une
image positive, qui assure à cet espace un pouvoir d’attraction bien supérieur à
son rang national urbain, économique, universitaire, etc. Par conséquent, outre
son aspect purement économique, le tourisme est un atout pour cette
microrégion, en l’insérant dans des « flux mondiaux » en lui permettant « de capter
des richesses pour maintenir (sa) position et poursuivre (son) développement »
(Ramboll Management-Association des CCI métropolitaines, op. cit, 3).
Développer le tourisme patrimonial et culturel autoriserait ainsi à la fois une
diversification des activités touristiques, indispensable à la croissance des
territoires azuréens, et une valorisation de la « métropole » niçoise. En effet, Nice se
trouve dans une position très particulière au sein des villes françaises. C’est la
seule de son rang à ne pas être capitale de région, polarisant un territoire élargi.
Nice est simple préfecture de département au même titre que Châteauroux ou
Vesoul, par exemple. La capitale de Provence-Alpes-Côte d’Azur est Marseille,
localisée à plus de 200 km, identitairement et culturellement très différente de la
capitale du « païs niçart ». De plus, Nice, à l’échelle de la France, reste localisée
dans un « bout du monde » entre les Alpes et la frontière italienne, ce qui, ajouté
253.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 26
PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
à son rattachement relativement récent à la France (1860) favorise une recherche
de reconnaissance à l’échelle nationale. S’individualiser, se faire donc
reconnaître comme métropole et non comme simple ville touristique, valoriser son
territoire pour diversifier son économie vers des fonctions supérieures (culture,
recherche, enseignement supérieur, nouvelles technologies, connaissance…) sont
des souhaits portés par les décideurs locaux au premier rang desquels les édiles
dans le cadre d’un projet de ville/communauté urbaine/métropole. Une part
importante de ce projet repose sur l’Opération d’Intérêt National décidée le 28
novembre 2006, le long de la plaine du Var, que M. Christian Estrosi,
ex-président du Conseil général des Alpes-Maritimes, ex-ministre en charge de
l’Industrie, maire de Nice, président de la communauté urbaine Nice Côte
d’Azur, considère sur le site de la dite communauté comme « symbolisant le
22nouveau départ de la Côte d’Azur » . Sur plusieurs milliers d’hectares,
l’aménagement de la plaine du Var aux portes de Nice, labellisée par l’État, vise à
aménager et développer ce secteur à l’image de La Défense à Paris ou
d’EuroMéditerranée à Marseille. C’est ainsi un projet capital pour Nice et sa
région, et ce, à plusieurs échelles :
– échelle de la ville : car l’espace urbanisable va permettre à Nice quasi
saturée, de s’étendre sur des terrains relativement plats ;
– échelle micro-régionale en matière, d’abord, de préservation et de
durabilité du territoire avec les connections de Nice et des villages de l’arrière-pays,
espaces naturels, ruraux, touristiques et, en matière, ensuite, de liens à
développer avec les villes de l’ouest maralpin comme Antibes et Cannes et le pôle
technologique Sophia Antipolis de Valbonne ;
– échelles nationale et internationale avec consolidation des échanges avec
des métropoles comme Marseille, Lyon, Paris, Barcelone, Londres, Bruxelles,
Francfort, et l’Italie, si proche (Milan, Turin, Rome…).
Via donc cet immense projet, qui va se développer sur plusieurs décennies, la
communauté urbaine de Nice prévoit son insertion prochaine dans le groupe des
métropoles françaises, se diversifiant économiquement de la spécialisation
touristique qui est encore la sienne aujourd‘hui. La culture, sous de multiples
formes, dont la valorisation du patrimoine culturel, entre de plain-pied dans ce
développement territorial et métropolitain projeté.
La mise en valeur de la culture et du patrimoine culturel azuréen et plus
particulièrement de la communauté urbaine de Nice se révèle donc partie prenante,
in fine, de plusieurs stratégies, politiques, économiques… clairement
déterminées par des acteurs, ou plus évanescentes, liées à l’air du temps et à la vision du
monde des habitants.
En conclusion de cette partie sur la Côte d’Azur, espace en mutations e n t re
m é t ropolisation et spécialisation touristique, il a été observé qu’urbanisation
littorale, étalement urbain, spécialisation économique et image de tourisme
22 http://www.nicecotedazur.org/entreprendre-nca/eco-vallee.html consulté le 4/2/2010.
263.CristofleXP 29/05/12 20:13 Page 27
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME ET MARKETING DES LIEUX
b a l n é a i re (même « saupoudrée de g l a m o u r ») dans un contexte actuel
d’émergence de nombreuses destinations touristiques balnéaires de qualité et d’un
meilleur rapport qualité-prix, avaient incité les acteurs azuréens à mettre en
place une stratégie. Cette stratégie de développement territorial se fonde sur la
volonté des décideurs de faire émerger et re c o n n a î t re au monde une métro p o l e
en même temps que d’attirer des touristes dits qualitatifs. Par conséquent, la
c u l t u re, dont la mise en valeur du patrimoine culturel, a été choisie comme un
vecteur de reconnaissance et de croissance aux échelles nationale et
internationale et donc fait l’objet de diff é rentes modalités de l’action publique territoriale
que nous allons à présent examiner. Comment, pourquoi, avec quels outils les
acteurs se saisissent-ils de la culture, du patrimoine culturel ou agissent au
nom de ce dernier pour en tirer un profit en termes de développement ?
Peuton savoir comment ce qui est appelé, reconnu, revendiqué comme patrimoine
peut être instrumentalisé à des fins de développement ?
NICE CÔTE D’AZUR : STRATÉGIE DE DÉVELOPPEMENT
ET PATRIMOINE CULTUREL
Le « lancement »
La Côte d’Azur n’est pas très connue pour ses richesses patrimoniales et
culturelles. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas toujours faciles à définir. En effet
e(Barrière, Barthélémy et al., 2009), si depuis le XVIII siècle, la notion de patrimoine
se développe, si la Révolution française considère la protection des biens
cultuerels, les termes « patrimoine culturel » datent du XX siècle et ont longtemps pris
en compte les seuls éléments matériels (monuments, sites, œuvres d’art, etc.).
Petit à petit, néanmoins, cette notion de patrimoine culturel s’est
internationalisée et l’UNESCO, en 1972, a créé la première Liste du patrimoine mondial,
répertoriant des centaines de lieux à travers le monde. Dans notre pays, il a fallu
attendre 1976 et un décret, celui du 10 février, pour officialiser la Convention pour la
protection du patrimoine mondial, culturel et naturel adoptée dès le 16/11/1972
par l’UNESCO. De nos jours a eu lieu une large extension du sens du mot «
patrimoine » qui recouvre aussi bien architecture, écrits, peintures, sculptures… que
flore et faune, paysages, langues régionales, etc.
Dans les Alpes-Maritimes, 370 monuments historiques sont recensés ; le
patrimoine culturel, dans l’acception classique du terme, soit le patrimoine
culturel matériel et architectural, se révèle varié (Christofle, 2009), des grottes
préhistoriques (Vallée des Merveilles et ses gravures rupestres, classée monument
historique) aux vestiges romains de Cimiez (Nice), des monastères (notamment
sur les Iles de Lérins) aux citadelles et forteresses (à Antibes, Villefranche,
Menton…) et villages perchés…, des traces baroques aux édifices contemporains
en passant par l’urbanisme Belle Époque et les bâtiments Art déco (Nice). La
Villa Arson, à Nice est labellisée centre d’art, et subventionnée à ce titre par le
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PATRIMOINE ET VALORISATION DES TERRITOIRES
ministère de la Culture et de la Communication pour ses activités «
d’exposition, d’édition, de commande, de production d’œuvres, d’accueil d’artistes, de
sensibilisation et de pédagogie prenant en compte toutes les formes d’expression
plastique » (Lacroix, 2009).
Le patrimoine naturel et paysager est diversifié et se révèle original, une
interface mer-montagne sur un territoire géographiquement restreint. En effet, à
quelques kilomètres de distance, se trouvent la mer Méditerranée avec les îles de
Lérins, au large de Cannes, des côtes rocheuses à l’est du département et
sableuses à l’ouest, et les Alpes, jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Parc naturel national
du Mercantour (au nord) et 13 parcs naturels départementaux (au sud), sont
également des aires de détente et d’activités de pleine nature pour les habitants de
la conurbation.
Intellectuellement, la Côte d’Azur possède un fort héritage littéraire (Sévigné,
Cocteau, Aragon…) et pictural. Ce dernier est peut-être plus particulièrement sa
spécificité. En effet, la lumière et les paysages azuréens ont inspiré de nombreux
artistes, dont beaucoup de renommée mondiale, qui ont marqué la Côte d’Azur
de leur empreinte. 81 musées sont recensés (dont 32 Musées de France, Lacroix,
2009). Objets architecturaux remarquables, ils possèdent des collections parfois
très riches, comme le Musée d’Art moderne et contemporain – MAMAC, de
Nice. Dans cette situation se trouvent également le Musée national du message
biblique Marc Chagall, le Musée Matisse, etc.
De nos jours, ces sites dédiés au patrimoine et à la culture ne semblent pas
a t t i rer fortement les visiteurs. Peu de sites ont une fréquentation importante.
Seuls le MAMAC et le Musée Chagall ont accueilli plus de 100 000 unités en
2007 (Lacroix, 2009). Deux autres espaces de la Côte d’Azur se re t rouvent dans
le Palmarès des sites culturels et récréatifs français (INSEE, 2008) répertorié par
O D I T-France. Dans ce palmarès, le musée océanographique de Monaco se situe
e eà la 26 place avec 600 000 visiteurs en 2007, le Parc Phoenix, à Nice, en 31 p o s
ition avec 500 000 visiteurs. Malgré la présence de ces quelques pôles
d’attraction locaux, les éléments du patrimoine culturel azuréen ne génèrent donc pas
de flux touristiques spécifiques, la Côte d’Azur n’étant ni perçue ni « v e n d u e »
par les acteurs professionnels du tourisme comme une destination culturelle en
soi (CRT Riviera), à l’exception notable des évènements. Festival du jazz de
Juan-les-Pins, Festival de jazz de Nice, Fête des citrons de Menton… animent
villes et stations, en été ou en fin d’hiver. Les rendez-vous phares sont
essentiellement, outre l’évènement sportif du Grand Prix de Formule 1 de Monaco, le
festival international du film de Cannes et le Carnaval de Nice qui attirent
chaque année l’attention des médias nationaux et internationaux et les flux de
touristes. Le Carnaval de Nice à lui seul attirerait 1 million de touristes en février
(OTC Nice, 2011 ) .
Souhaitant diversifier l’image balnéaire/évènementiel, s’appuyant sur
toutes les richesses culturelles généralement mal connues, coordonnant un pro j e t
impliquant les villes principales de la Côte d’Azur, les édiles de Nice ont
décidé en 2007 de médiatiser l’ancrage et le potentiel culturels de la capitale
283.CristofleXP 10/09/12 14:50 Page 29
PATRIMOINE CULTUREL, TOURISME ET MARKETING DES LIEUX
azuréenne en postulant au label de capitale européenne de la culture 2013
(Christofle, 2011). Portant stratégiquement la volonté de reconnaissance de
Nice comme métropole culturelle d’échelle internationale, cette candidature ,
pour éphémère qu’elle ait été, Nice ayant été éliminée dès le premier tour,
n’était pas anecdotique. Cette candidature a été le premier pas marketing d’une
action d’enverg u re. Le projet culturel la fondant reste d’ailleurs d’actualité et
est mis en œuvre sur tout le territoire de la conurbation (Comité de
candidat u re Nice Côte d’Azur capitale européenne de la culture, 2007). Cette
candidat u re, outre la médiatisation, à la fois forte et diff érenciatrice de l’aire
géographique en question, a permis de catalyser des énergies variées, mettant en re l
ation autour d’un projet commun des populations, des institutions et des
territ o i res répartis sur 30 communes, qui n’étaient pas habitués à coopérer entre
eux. L’intérêt a été l’inclusion de manière claire et formelle de la culture dans
un projet territorial, projet urbain, projet de ville, voire projet de métropole, la
c u l t u re reconnue comme « axe majeur de développement et de rayonnement
de Nice » (Ville de Nice, 2007).
Même si nous sommes actuellement encore très loin de la mise en place
d’un véritable « cluster créatif » (Suire, Vicente, 2008), au sein d’une
dynamique intercommunautaire, la culture apparaît actuellement comme un ciment de
développement partagé par les diff é rentes communautés azuréennes.
Concrètement, la candidature s’est parallèlement appuyée sur et a impulsé des
actions patrimoniales et culturelles sur le territoire de la conurbation. À N i c e ,
des actions de relocalisation, de réhabilitation, d’extension, de mise en valeur
se multiplient : école municipale d’arts plastiques, archives municipales,
théât re de l’opéra, cinémathèque, musée des Beaux-Arts, musée Matisse… Deux
nouveaux musées sont prévus : muséum d’histoire naturelle et musée de la
musique (collection d’instruments de musique anciens). Un pôle arc h i t e c t u r a l
et urbanistique pour l’accueil, le travail, la re c h e rche est envisagé sous forme
d’une Fondation avec Jean Nouvel, Premier Prix de l’International d’arc h i t e
ct u re par l’UNESCO (2003) et Prix Pritzker d’arc h i t e c t u re (2008), la plus
prestigieuse récompense mondiale du secteur. Enfin, un immense projet de
réhabili2tation de friche urbaine, la Halle Spada, va permettre sur plus de 20 000 m u n e
double opération c u l t u re l l e : la mise en place d’ateliers pour la jeune création
niçoise (théâtre, danse, vidéo, arts plastiques, arts de la rue) et un auditorium
de 1 200 places pour l’Orc h e s t re philharmonique de Nice. À Cannes, on note
une cité de l’image (cinéma et création contemporaine), une maison de l’image
numérique, un centre d’art contemporain (La Malmaison) et un cheminement
piéton original, de 5 km, entre le quartier Ranguin et le littoral, autour d’un
concept artistique, dans le cadre de la commande publique du ministère de la
C u l t u re, pour conjointement consolider l’image de la station (autour du cinéma)
et apporter un souffle plus nouveau (art contemporain). Dans les terres, Grasse
(labellisée Ville d’art et d’histoire en 2003), participe du même mouvement en
mettant en avant à la fois la mise en valeur d’éléments ancestraux et
traditionnels (centre d’interprétation de l ’a rc h i t e c t u re et du patrimoine du pays de
Grasse, re s t ructuration et extension du musée international de la parfumerie) et
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