Portraits en métissage

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Cet ouvrage déroule et tend un fil tenace qui rassemble des pratiques plastiques en partant de la matérialité des images de la peinture pour arriver à la texture immatérielle des images numériques. "Visages-éloges du métissage" afin de mettre en évidence un parcours qui conduit le XXe siècle dans le vingt et unième sous le signe de l'altérité.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782296204027
Nombre de pages : 102
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Portraits

en métissages

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06 I 68-2 EAN : 978229606 I 682

Giovanni

Joppolo

Portraits en métissages

L'Harmattan

Du même auteur:

Lucio l'ontana, Images En Manoeuvres Éditions, Marseille, 1992.

L'Ane po vera, les annéesfondatrices, Fall Édition, Paris, 1996.

Mimmo Rotella,Fall Édition, Paris, 1997.

Le matiérisme

dans la peinture

des années quatre-vingt,

L'Harmattan,

collection L'An en brif, Paris, 1999.

Critique d'art en question, L'Harmattan, Paris, 2000.

collection L'Art en brif,

L'an italien au vingtième siècle, L'Harmattan, Idées des Ans, Paris, 2004.

collection

Histoires et

Introduction
L'objectif de cet ouvrage n'est pas de réunir une somme exhaustive des expériences artistiques contemporaines traversées par la question du métissage. Le propos est de retracer un itinéraire personnel nourri de multiples regards portés sur des pratiques artistiques du vingtième siècle (rencontre d'oeuvres et de personnes de générations et d'origines différentes) en vue de cueillir l'éventail de spécificités se rattachant à des cultures identifiées et le faisceau d'ouvertures sur l'universel que porte en elle chacune de ces oeuvres, la part d'hybridation entre ces différents rayons constitutifs de l'arc-en-ciel que dessine toute production artistique en position de plurilinguisme.

« Ulysse ne croyait pas si bien dire quand il mettait les mains en cornet pour hurler au Cyclope qu'il s'appelait « Personne ». On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la

route vous plume, vous rince, vous essore

(00.)

On s'en va

loin des alibis ou des malédictions natales, et dans chaque ballot crasseux coltiné dans des salles d'attente archibondées, sur de petits quais de gare atterrants de chaleur et de misère, ce qu'on voit passer c'est son propre cercueil. »1
« Visages en métissages» ou « éloge du syncrétisme », parce que de Wifredo Lam à Orlan se déroule et se tend un fù tenace qui rassemble des pratiques syncrétiques dont les protocoles sont l'équarrissage, l'empaquetage, la reconstruction dans l'hybridation en partant de la matérialité des images de la lNicolas Bouvier, Le poissonstOrpion,Paris, Gallimard, Folio, 1996, pp. 53-54.

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peinture pour arriver à la texture immatérielle des images numériques, un parcours qui conduit le vingtième siècle dans le vingt-et-unième, sous le signe de l'altérité, de la prise en compte des autres en tant que sujets démontés (équarris), puis recomposés (métissés), puis fortifiés (ryzomatiques) dans le processus du syncrétisme.

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,

Equarrissage, conservation

empaquetage,

Ce titre évoque les liens tissés entre un certain nombre de démarches plastiques au vingtième siècle qui se sont focalisées sur l'utilisation de l'objet quotidien, son analyse, sa déconstruction, sa reconstruction, sa présentation et/ou mise en espace, sa conservation. Les trois modalités d'action évoquées dans ce titre sous-tendent finalement à la perfection le mouvement secret qui a présidé à la production et à la diffusion des arts plastiques au cours du vingtième siècle. Une telle affirmation est sans aucun doute péremptoire et mérite de ce fait d'amples explications là où il est bon de signaler en tout premier lieu et avec fermeté que ces trois substantifs ne se veulent en aucune manière péjoratifs, dégradants ou, pire encore, infamants. Organiser en quartiers, mettre en paquets et ne pas laisser se perdre une quantité de biens précieux constituent un ensemble d'activités qui consentent à l'homme de ne pas disparaître comme un barbare sans histoire. Cette démarche qui consiste à équarrir, empaqueter et conserver semble bien coincider avec la nature du travail accompli par l'historien, l'archiviste et le conservateur de musée. Mais qu'en est-il de l'activité de l'artiste plasticien? Plus qu'aucun autre siècle, celui qui vient de s'écouler, dans son fmal post ou trans-moderne, semble bien avoir été placé sous le sceau de cette dialectique «équarrissage, empaquetage, conservation» au sein même du processus créateur. Mais avant qu'il y ait démembrement, rangement puis stockage, il y a appropriation. Il est intéressant de se pencher ici sur ce qu'écrit un critique d'art comme Harold Rosenberg à propos de cette obsession

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pour lui principalement nord-américaine qui se construit à partir d'un idéal de l'art en tant que chose réelle rendue portable et visible dans le musée: « Les Américains rêvent de rapporter chez eux des morceaux de nature brute, d'atteindre, comme Robert Henri le disait d'Eakins, « la

réalité de la beauté dans la nature telle quelle» anticipant ainsi sur les roues de bicyclette et les sèche bouteille du XXo siècle exposés dans les musées, et traduisant pour la chose réelle des préoccupations du même ordre que celles consistant aujourd'hui à installer des rochers dans les galeries d'art ou à y déverser des monceaux d'immondices, ou encore, à transformer en sculpture une longueur de littoral en l'emballant dans du . 2 P IastIque. »
Déjà au début du siècle, le questionnement pictural néoclassique de Giorgio De Chirico était une recherche s'appuyant sur une méthode de fractionnement, d'accumulation et de conservation. Dans les œuvres qu'il réalise au début des années vinge, après la période métaphysique, les styles et les découvertes du passé pictural occidental deviennent des manières qu'il superpose et où s'amalgament des architectures, des figures et des objets à la fois du passé et du présent (gladiateurs de l'Antiquité qui habitent de leur mystère les salons d'appartements bourgeois de la fm du dix-neuvième siècle), éléments extraits de la complexité du réel et intégrés, assimilés, organisés, dans ces descriptions de l'inexorable mouvement du mental que sont ces tableaux, ces lieux où Giorgio De Chirico atteint la dimension de l'atemporel, où il énonce la durée mentale-culturelle comme une donnée

2Harold Rosenberg, La dé dijinition de l'art, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1992, pp. 21-22 ~'édition originale américaine est de 1972) . 3Et à cause desquelles il sera condamné en 1926 par André Breton.

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