AUSTRALIADES

De
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Envoyée à Sydney en mission professionnelle, l'auteur découvre les strates d'une histoire qui remonte à 40000 ans : l'univers mythologique des Aborigènes et les ancêtres Hommes-Eclairs du Temps du Rêve, les pérégrinations des bagnards et celles des chercheurs d'or. Au-delà de Sydney, son itinéraire la conduit à Adélaïde, Kangaroo Island, Darwin, Cairns, avec ses péripéties et ses rencontres insolites. Une invitation au voyage parmi les ibis et les perruches vertes, accompagné de l'étrange mélodie du didgeridoo. Australie, un pays à découvrir avec les jeux olympiques de septembre 2000.
Publié le : mardi 1 février 2000
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EAN13 : 9782296402683
Nombre de pages : 176
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Patricia Gotlib

Australiade
Voyage d'une Parisienne aux antipodes

L 'Hannattan

«;)L'Harmattan, 1999 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Ine 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qe) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-8631-2

A Jonathan et à Sandra, comme une invite à bâtir, au-delà de tous les murs, leur propre Temps du Rêve. A Martine qui a introduit les couleurs dans un univers en noir et blanc. A mes parents, dont l'enfance et les rêves

furent anéantis par un aigle noir.

Remerciements

Mon affection à Moi"qui barrait de rouge les pages de mes cahiers et a nourri ma passion de l'écriture sur les bancs du lycée. Ma reconnaissance à S. Cann et à F. Mahieux qui transforment les nuages en poussière d'étoile.

Qu'elles soient toutes trois remerciées pour
encouragements et leur contribution à ce livre.

leurs

Antipodes
Le soleil a disparu derrière la tache noire et compacte des nuages, délimitée à 1'horizon par une ligne orange et son liseré jaune. Quand l'astre perce à nouveau, il jette dans le ciel une coulée de lave incandescente. Singapour, posé sur son écrin de forêts, est notre première escale. Temps gris, Asie sur les visages. Nouveau décollage. Nous passons l'équateur et descendons maintenant sur Jakarta. Dans l'aéroport tout dallé de marbre, seuls des hommes déambulent. A n'en pas douter, les Pénélope indonésiennes exécutent encore le séculaire voyage domestique menant de la casserole au fourneau. Dernière ligne droite; un repas nous est servi - déjeuner ou dîner, je ne sais plus. Saumon fumé, agneau au curry. Délicieux. L'air est si sec dans la cabine que l'eau s'évapore à vue d'œil dans mon gobelet. Nous tournons autour de l'aéroport de Sydney sans obtenir l'autorisation de nous poser en raison des vents trop violents. Les hôtesses nous distribuent les formulaires à remplir: « Etesvous un criminel, transportez-vous de la drogue, de la terre, un morceau d'animal mort ou vivant, des plantes, êtes-vous atteint de maladie mentale?» Répondre oui, par provocation, et risquer de s'engluer dans les méandres de la bureaucratie douanière? Non, répondre non. Nous tournons toujours dans les cieux et le jour commence à poindre sur la baie de Sydney, dévoilant un magnifique enchevêtrement de langues de terre grise et d'anses marines. J'aperçois le pont le plus célèbre de la ville. L'opéra ne doit pas être loin. Atterrissage. Je jubile. J'ai su sans effort rester zen pendant tout le voyage. Vingt-cinq heures de vol. Il fallait autrefois aux navires britanniques sept mois de traversée pour transporter les bagnards vers le lieu de leur exil. Enchaînés 9

dans les cales, un sur dix seulement survivait à la faim, aux rats, aux maladies, à la détresse morale et aux mauvais traitements. Deux siècles plus tard, il fait beau, je suis vivante et libre, épargnée par la vermine. Gilbert, souriant, paraît en forme lui aussi. Nous passons la douane ensemble, puis prenons un taxi. Tandis que végétation exotique et constructions modernes défilent sous nos yeux, un vol de cigognes passe au-dessus de nos têtes. Nous sommes rapidement en ville. Les colons, par nostalgie de leur mère patrie, ont redonné aux rues et aux places les mêmes noms qu'en Angleterre. Nous passons devant Hyde Park. Soudain, une façade attire mon regard: elle ressemble à celle d'une synagogue. Il faudra que je revienne faire un tour. Nous arrivons devant l'hôtel Continental: terminus somptueux. Des chasseurs en grand apparat nous prennent nos bagages. Un bouquet de fleurs exotiques monumental agrémente le patio au style espagnol. Ma chambre est royale. L'immense baie vitrée donne sur les jardins botaniques et la baie de Sydney. Emerveillée, je contemple le panorama du 22e étage. Sous ma fenêtre, j'aperçois Gilbert, lilliputien, en short et en tee-shirt, prêt à accomplir son footing quotidien. Nous avons rendez-vous dans une heure pour prendre notre petit déjeuner ensemble avant de nous rendre au bureau et d'entamer notre journée de travail. Inutile de m'allonger, je ne dormirai pas et les jardins m'appellent. Dans l'ascenseur s'affichent la date, I'heure et la température extérieure. L'hôtel est séparé des jardins par une large avenue bordée d'arbres. Des cris étranges me font lever la tête. Non, je ne rêve pas, des perruches aux couleurs chatoyantes sont nichées dans les arbres et semblent se quereller en permanence. Contrairement à nos pigeons parisiens aux plumes maculées de kérosène et aux pattes dévorées par la lèpre, ces perruches arborent d'éclatantes couleurs et débordent de santé.

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Le parc est un havre de paix. Des ibis au long bec se promènent sur les pelouses. Je marche en direction de l'opéra à l'architecture de voilier si caractéristique. Je m'émerveille, je goùte l'espace, les couleurs, I'harmonie, la liberté. Après une longue journée d'immobilité, ces quelques pas sont délicieux, le nez au vent et les narines remplies de senteurs marines. Je dois rentrer. Malgré mon plaisir et mon intense désir d'être libre, il me faut jouer le jeu: je crois savoir que je suis d'abord là pour travailler et mériter ma chance. Consultante au service de la société Lobélia, j'attendais au siège parisien depuis un an déjà que le dossier australien se débloque. Fin aoùt 1995, je fus conviée à une réunion au sommet organisée par Gilbert, le plus haut responsable parisien du dossier. Il m'informa que la mission de supervision du schéma directeur australien pouvait démarrer et décida de m'accompagner pour assurer les Australiens de l'importance que le siège accordait à cette opération. Forte de ses instructions, il ne me resta plus qu'à préparer mes valises pour deux semaines de travail que je décidai de prolonger par deux semaines de tourisme tous azimuts. Huit heures. Je monte me changer et revêtir mon uniforme de jeune « cadresse» dynamique puis rejoins Gilbert dans la salle du petit déjeuner où un buffet de délices nous attend. Nous partons à pied au bureau. Bernard, un collègue français en poste à Singapour, nous a rejoints à I'hôtel et fait lui aussi partie de la mission. La ville a des allures de Manhattan, avec ses larges avenues et ses gratte-ciel. Nous sommes dans la City où se concentrent les sièges des principales multinationales. Je suis étonnée de découvrir l'architecture de l'immeuble Lobélia. Sa façade s'inspire directement de l' Art nouveau, massif et rococo. A l'entrée, nous présentons nos cartes d'identité; l'hôtesse nous remet des badges. Le numéro deux de la filiale vient nous accueillir: Franck est jeune, souriant et sympathique. Il nous conduit au travers du dédale de couloirs. Isabelle, mon alter

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ego local vient à notre rencontre. Je demeure avec elle tandis que Franck et Gilbert partent pour un court entretien avec le responsable de la filiale. Je remercie chaleureusement Isabelle d'avoir tenu sa promesse. En effet, quelques mois auparavant, elle était venue me voir dans mon bureau pour m'annoncer qu'elle partait à Sydney conduire l'opération schéma directeur. Elle me demanda alors si je voulais bien la former à ce genre de mission. J'avais bien évidemment accepté, tout en lui confiant que si je lui transmettais mon savoir-faire, je perdais tout espoir d'être appelée là-bas à participer à la mission. «Ne t'inquiète pas, m'avait-elle répondu, je ferai tout mon possible pour que tu me rejoignes ». C'est ainsi qu'en me voyant, Franck s'exclama: «Ah! enfin, nous faisons votre connaissance. Isabelle nous a tant parlé de vous! » J'étais à la fois ravie et inquiète car qu'allaisje pouvoir leur apporter d'appréciable et de significatif en deux petites semaines de travail? Pour I'heure, nous faisons le tour du propriétaire. L'immeuble, fort beau dans son style, ne répond guère aux besoins du personnel: le hall et les escaliers sont démesurément spacieux, les ascenseurs 1900 très lents et désuets. Les étages ont été coupés en deux dans leur hauteur afin de doubler la superficie habitable du bâtiment. Les cloisons-planchers arrivent en milieu de fenêtre, de sorte qu'on ne peut plus les ouvrir. Le personnel est entassé dans des réduits obscurs, mais l'engouement des responsables français pour cette architecture européenne a primé sur la rationalité et la banalité des gratte-ciel environnants. Franck nous introduit auprès du personnel: impossible de retenir tous ces noms. Plusieurs nationalités sont représentées: quelques Français bien sûr, des Britanniques, des Australiens, une Sud-Africaine et des Asiatiques. Depuis l'embauche d'un cadre asiatique dans un des départements, celui-ci a constitué une équipe très compétente mais exclusivement asiatique 12

s'exprimant en chinois ou en vietnamien et ne s'intégrant pas au reste du personnel- de sorte que l'adjonction de collaborateurs non asiatiques au sein de cette équipe est rendue difficile. Cet îlot au milieu de l'entreprise est devenu un délicat problème de management. De retour à son bureau, Franck nous fait remettre à chacun une pochette avec des dépliants touristiques sur l'Australie, Sydney et sa région. Le reste de la matinée est consacrée à la présentation de l'activité de la filiale. Plusieurs interlocuteurs se succèdent, projetant des transparents qu'ils commentent avec des accents parfois incompréhensibles. La responsable financière, brillante golden-woman, est branchée sur 220 volts et ne fait aucun effort pour mettre son flux verbal à la portée de Français fraîchement débarqués du matin. Dans la douce pénombre de la pièce, je commence à lutter férocement contre mes paupières qui s'affaissent et ma tête qui dodeline. Pourvu qu'ils rallument la lumière et qu'on bouge un peu sinon, je sens que je vais perdre la bataille du sommeil. Cela ferait mauvais genre. Gilbert ne semble pas aussi harassé que moi et hoche du chef à chaque tournant de phrase. Comprend-il vraiment ce qui se dit? Son accent anglais est pitoyable, son débit laborieux, j'ai peine à croire qu'il comprend tous ces discours. Thank God! la cloche sonne, ou presque. Il est treize heures. Franck propose de nous emmener déjeuner à l'Holiday Inn. Le décor restitue l'atmosphère des anciens clubs très sélects réservés autrefois aux Anglais, à l'exclusion de toute autre ascendance et de tout jupon. Assis sur des canapés et fauteuils chesterfield, nous consommons un délicieux saumon sur lit de fenouil. Le repas s'éternise en convivialité. Franck nous rassure sur le programme de l'après-midi: une heure encore de présentation et nous serons libérés. Vers seize heures en effet, la journée de labeur s'achève. Franck nous transmet l'invitation du numéro un de la filiale pour un déjeuner barbecue dimanche midi. Quant à samedi

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après-midi, Kate, la responsable du service informatique, se propose de nous emmener visiter un parc national dans la région de Sydney. Craignant mondanités et contraintes, je me dis que j'aurais préféré faire mon programme moi-même. Mais je ne peux échapper à ces invitations, sympathiques au demeurant, même si je sais que leur organisation n'est due qu'à la présence de Gilbert. Politesse oblige, Bernard et moi y sommes également conviés. Après avoir pris congé de nos collègues, Bernard, Gilbert et moi-même nous donnons rendez-vous pour dîner. En attendant, nous avons quartier libre. Le temps est au gris et à la fraîcheur. Dans cette ville quadrillée d'avenues et de rues se croisant perpendiculairement, à la mode américaine, il est facile de se repérer. Je retourne du côté de Hyde Park et cherche la Grande Synagogue. Vendredi soir, veille de shabbat... je vais peut-être pouvoir assister à l'office et voir à quoi il ressemble de ce côté-ci du Pacifique. J'arrive trop en avance et attends l'heure de shabbat en me promenant dans Hyde Park. Je parcours de belles allées bordées d'eucalyptus. Des ibis aux plumes blanches et à la tête noire piquent et repiquent le bec dans les parterres d'orchidées. Des guirlandes de petites lumières tendues entre les rangées d'eucalyptus commencent à s'allumer à la tombée de la nuit, donnant une impression de Noël. La synagogue doit maintenant être ouverte. A l'entrée, je constate avec tristesse que la fouille, là aussi, est obligatoire; on ne me laisse d'ailleurs pas entrer avec mon sac à main'. Bien peu de fidèles se rassemblent et la prière se déroule sans débordement de ferveur. A la faveur de la chaleur et de l'ennui, le sommeil me gagne. Je ressors. Je n'ai qu'une envie: dormir. Mais les spécialistes ès décalages horaires conseillent de se caler sur le rythme local dès le premier jour. Je ne suis pas sûre que ce conseil soit pertinent pour les insomniaques. Quoi qu'il
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Le shabbat, il est interdit de porter.

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en soit, je tente de résister au sommeil. Après ces premières heures de liberté, la dernière obligation de la journée sera d'honorer mon rendez-vous pour dîner. Je retourne à l'hôtel. Avec une carte magnétique (les clés ne sont plus à la mode), j'ouvre la porte de ma chambre: mon dessus de lit a été ôté, mes draps partiellement débordés et repliés sur un côté de façon à élargir l'ouverture et faciliter le faufilage. Un petit mot de la direction imprimé sur papier glacé, posé sur la table de chevet, indique que le lendemain des perturbations dans la circulation sont à craindre en raison d'une manifestation antinucléaire. La direction de 1'hôtel nous présente ses excuses et prie sa clientèle d'hommes d'affaires pressés de prendre les précautions nécessaires. De ce côté-ci du Pacifique, la reprise des essais nucléaires français sur l'atoll de Mururoa a déclenché une importante vague de protestations. Notre arrivée, précisément à cette période, risque de nous réserver quelques déconvenues. Vingt heures. Gilbert, Bernard et moi-même sommes attablés devant une belle nappe blanche. Du restaurant, la vue sur la baie de Sydney, sur le pont et l'opéra tout illuminés, paraît un décor irréel projeté sur écran géant. A parler français avec mes collègues, j'ai peine à réaliser que je suis ici pour de vrai à l'autre bout du monde. Le dîner est excellent; j'ai choisi un poisson régional: le barramundi, servi avec une sauce délicate et des légumes joliment disposés. La conversation est pauvre. J'essaie de plaisanter et de rompre la distance conventionnelle qui sépare généralement un grand chef de ses exécutants. Mon inquiétude porte sur le discours que je devrai tenir aux Australiens une fois Gilbert reparti. Stratégiquement, comment devons-nous parler de Prométhée aux Australiens? Présenté comme la solution incontournable, ce projet dans lequel le siège est embourbé depuis plusieurs années risque de capoter pour de bon. Faut-il vraiment feindre d'ignorer cette éventualité, et faire comme si 15

les Australiens n'étaient pas au courant? Ne vaudrait-il pas mieux préconiser qu'ils étudient une alternative à Prométhée, même si pour le moment la priorité est maintenue autour de lui? Comment échapper à l'usage de la langue de bois? Comment éviter le discrédit à l'égard du siège si nous les incitons à tout bâtir autour de Prométhée et si réellement ce projet est arrêté dans quelques mois? Situation délicate. Personnellement, je ne crois pas à sa réussite et je n'adhère pas non plus à la façon dont le siège se positionne vis-à-vis de ses filiales à l'étranger: ni autorité, ni délégation, mais flou artistique. J'ai constaté ce même problème à Stuttgart: cette filiale a souhaité refondre son informatique il y a quelques années. Le siège les a enjoints d'attendre Prométhée, la solution miracle. Avec esprit de discipline, ils ont attendu, les mois ont passé, les années, et Prométhée n'est pas venu. Aujourd'hui, au siège, les responsables ont changé et devant les plaintes répétées de Stuttgart, Paris répond: «Mais pourquoi toujours tout attendre du siège, pourquoi vous êtes-vous croisé les bras jusqu'à présent? » Si ce discours un peu trop cavalier ne choque pas grand monde à Paris, il est perçu comme un scandale par les Allemands et le siège n'y a pas bonne presse. Mais, contingence pour contingence, je n'y suis pour rien et le siège me fait vivre. Les problèmes semblent toujours compliqués, la vérité partielle et les hommes petits devant l'Eternel. Aussi devrai-je me contenter de représenter une politique obscure, de dispenser un discours de jésuite et de garder mes envies de refaire le monde pour d'autres occasions. Il est vingt-deux heures. Je me retire sous la couette. Les paupières baissées et le cerveau toujours écarquillé, je n'ai pas encore pleinement réalisé où je suis. Sous mes tempes, un orchestre de clarines sonne ma chance à toute volée. Ce concert intérieur me maintient dans une vive excitation. Pourtant, tandis que la nuit peu à peu m'enveloppe, je sais qu'il me reste

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encore à vaincre ma funeste compagne: l'angoisse aux multiples tentacules, celle qui m'étreint soudainement dans la solitude du bout du monde et qui naît des nuits d'insomnie interminables. Malgré ses menaces et son obstination à me gâcher la vie, je ne renonce jamais à partir. Cette fois, d'ailleurs, pourquoi ne me dirais-je pas que je l'ai anéantie? Ne s'est-elle pas essoufflée à me suivre dans un si long voyage? A court d'aile, n'est-elle pas tombée en vrille dans l'océan, me laissant ainsi en paix à jamais? J'ai emporté mes talismans: quelques photos, des lettres cachetées à ne lire qu'en cas d'approche du deep blues et un rendez-vous télépathique quotidien faisant fi des dix heures de décalage horaire. J'ai pris ma respiration. J'ai bu lentement à la source des volcans d'Auvergne des gorgées de patience et de confiance, et, en ce mercredi 30 août 1995, je suis partie pour les antipodes.

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n/

Quartier libre à Sydney
Samedi, cinq heures du matin: mon réveil interne m'extirpe du sommeil. Je n'ai pas tout à fait mon compte, mais mon appétit de découverte me pousse déjà hors du lit. Premier geste: tirer le rideau et découvrir la baie aux premières lueurs du jour. Le château du gouverneur situé dans les jardins botaniques est tout illuminé; des nuages noirs assombrissent le ciel encore couvert sous son manteau de nuit. Je ne connais rien de ce pays. Le récent engouement des Américains et des Anglais pour les cultures indiennes et aborigènes ont envahi depuis peu les devantures de nos librairies hexagonales et, contrairement à nos voisins d'OutreManche, notre enfance au pays de la francophonie n'a pas été bercée par les récits de grands-oncles venus ici vivre l'aventure. Jusque-là, je ne m'étais attendrie que sur les marsupiaux kangourous et koalas - et j'avais toujours été intriguée par cet animal au nom barbare, qui, contemporain des mammouths et des dinosaures, demeure un des rares témoins vivants de la préhistoire. Malgré sa fourrure et son allure de mammifère quadrupède, ce fossile vivant pond des œufs et est affublé d'un bec de canard. J'ai nommé: l'ornithorynque. Je l'avoue: caresser ces nounours vivants que sont les koalas, marcher entourée de kangourous bondissants, dénicher près de son terrier un ornithorynque nonchalant, croiser sur les sentiers sauvages un échidné aux épines en broussaille, tels étaient les désirs secrets que j'entretenais, tandis que mes responsables parisiens me confiaient la mission stratégique de conseiller leur filiale australienne dans la conduite de leur schéma directeur. Je flâne dans la salle de bains, teste les petits échantillons, découvre les intentions délicates des hôteliers, explore le mode 19

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