Avec ou sans la France ?

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296211810
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AVEC OU SANS LA FRANCE?
La politique africaine du Cameroun depuis 1960

Dieudonné OYONO

AVEC OU SANS LA FRANCE?
La politique africaine du Cameroun depuis 1960

Éditions

L'Harmattan

5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

@ L'Hannattan,

1990

ISBN 2-7384-0687-4

INTRODUCTION

Le 1er janvier 1960, le Cameroun, territoire sous mandat français de
1919 à 1939, puis territoire sous tutelle française de 1946 à 1959, accéda à l'indépendance. Cet événement était une rupture de continuité dans l'ordre juridique, car il y eut transfert, au profit du Cameroun, des compétences jusque-là réservées à la France. En théorie, le Cameroun et la France devenaient des Etats étrangers l'un par rapport à l'autre. En principe, le Cameroun avait désormais le droit de mener à sa guise sa politique étrangère, de conclure des alliances qui semblaient conformes à ses intérêts, de devenir membre de telle ou telle organisation internationale. En réalité, les deux partenaires se trouvaient en quelque sorte prisonniers des habitudes contractées pendant quatre décennies de vie commune. Dès 1958, Ahmadou Ahidjo, alors Premier ministre de l'Etat sous tutelle du Cameroun, avait demandé à la France de rester pour son pays: « Infatigablement le pays généreux qui a su se bâtir dans le monde une réputation aussi flatteuse que méritée »(1) Ces considérations expliquent sans doute pourquoi le 13 novembre 1960, le Cameroun consentit à l'établissement de rapports privilégiés avec son ancienne puissance de tutelle. Dans la mesure où : « la coopération a permis à la France de maintenir ses positions dans les anciennes possessions d'outre-mer et de perpétuer en somme certaines
données coloniales »(2),

(1) Discours d'investiture de M. Ahmadou Ahidjo - 18 février 1958. (2) Robert Bourgi. Le général de Gaulle et l'Afrique noire. Paris; Librairie générale de droit et de Jurisprudence, 1980 p. 383.

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Une étude sur la politique africaine du Cameroun suscite nécessairement une interrogation: compte tenu des liens qui avaient uni depuis 1919 le Cameroun à la France, et le souci de la France étant de : « Préserver sa zone d'influencetraditionnelleen Afrique »(3), le Cameroun a-t-il pu, depuis 1960, mener une politique africaine distincte des lignes maîtresses de la politique africaine de la France? Deux grands moments ont marqué ces années de politique africaine du Cameroun. Entre 1960 et 1973, le Cameroun était membre du groupe des Etats africains francophones, constitué de la plupart des Etats africains qui avaient signé des accords de coopération avec la France et qui, en coordination avec celle-ci, avaient décidé de mener une diplomatie commune. La presse nigériane, dans la première moitié des années soixante, n'avait pas hésité à qualifier ce groupe de :
« véhicule des intérêts néo-colonialistes français »(4).

S'agissant plus particulièrement du Cameroun, Mongo Beti, écrivain camerounais, affmne dans un pamphlet qu'il publia au début des années soixante-dix que la France avait fait « main basse sur le Cameroun »(5). Mais en 1973, le Cameroun était sorti du groupe des Etats africains francophones. Les autorités politiques camerounaises avaient expliqué cette décision par la volonté de leur pays de rompre avec le passé, et de faire désormais de Yaoundé le point de départ et le lieu d'arrivée de la politique africaine du Cameroun. Le refus des autorités politiques camerounaises de participer aux sommets franco-africains depuis 1973 est la manifestation de cette nouvelle attitude. Ces considérations suscitent à leur tour d'autres interrogations, qui constitueront la toile de fond de ce travail: entre 1960 et 1973, le Cameroun, membre du groupe africain francophone, suivit-il « pieds et poings liés» les lignes maîtresses de la politique africaine de la France? Et depuis 1973, Yaoundé, parce que sorti du cadre de concertation francophone en matière de politique africaine, est-il devenu, comme l'affmnent les autorités politiques camerounaises, l'unique centre d'impulsion de la politique africaine du Cameroun ?

(3) Jean-Louis Dagut, « L'Afrique, la France et le monde dans le discours giscardien ». PoUtique Africaine, février 1982. (4) West African Pilot, juillet 1963. (5) Mongo Beti, Main basse sur le Cameroun: Paris, Maspero, 1972. 10

PREMIERE PARTIE

Le Cameroun, relais de la politique africaine de la France? (1960-1973)

Entre 1960 et 1973, le Cameroun était membre du groupe des Etats africains francophones. Cette première partie de notre travail analysera l'évolution de la politique africaine du Cameroun à l'intérieur de ce groupe, qui était un cadre de concertation informelle entre la France et ces pays qui entretenaient des rapports privilégiés avec elle en matière de politique étrangère. Quelles furent les conditions internes et externes qui amenèrent le Cameroun à établir des relations privilégiées avec la France, et à adhérer au groupe des Etats africains francophones, dont le principe de base était la conduite d'une diplomatie commune? Telle est la question autour de laquelle s'organisera ce chapitre de notre travail. Au moment où le Cameroun accéda à l'indépendance, le 1erjanvier 1960, le pays était plongé dans la guerre civile. Jusqu'en 1970, année au cours de laquelle les derniers éléments opposés au régime de Yaoundé furent réduits, les problèmes de sécurité intérieure du jeune Etat indépendant constituèrent la toile de fond de ses choix politiques. Le spectre de la guerre civile détourna, au profit de la survie du régime politique de ces années-là, les choix de politique étrangère. Aussi, importe-t-il d'étudier au préalable les fondements de cette guerre qui fut au centre des choix de politique extérieure du Cameroun au moment de son accession à l'indépendance.

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CHAPITRE I LA MARCHE DU CAMEROUN VERS L'INDEPENDANCE: PROBLEMES POLITIQUES INTERNES ET ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL

Les racines du conflit de légitimité qui, pendant de longues années, divisa les Camerounais, remontent au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Au centre, il y avait le problème de tutelle française sur le Cameroun, dont le but était, aux termes de l'article 78 de la Charte des Nations unies, « de favoriser le progrès politique, économique et social des populations, ainsi que le développementde leur instruction, en favorisant leur évolution vers la capacité de s'administrer eux-mêmes ou à l'indépendance, compte tenu des aspirationslibrement exprimées des populationsintéressées ». L'interprétation de cet article par les acteurs du jeu politique camerounais allait avant tout être un affrontement de logiques et de desseins politiques. Les représentations allaient camper d'un côté la position de la France, à la fois autorité de tutelle au Cameroun et puissance coloniale en Afrique, et de l'autre l'éveil du nationalisme camerounais

A

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LE RÉGIME DE LA TUfELLE INTERNATIONALE ET SES REPRFSENTATIONS PAR LES ACfEURS POLmQUES FRANCAIS ET CAMEROUNAIS

1. La position de la France Depuis 1916, la France administrait le Cameroun. Cependant, la présence française sur ce territoire dès cette période fut chargée 13

d '.ambiguïtés. En effet, c'est pendant la Première Guerre mondiale que les colonnes franco-anglaises vainquirent les troupes allemandes installées dans ce territoire qui était alors un protectorat allemand. La France, pays de tradition coloniale(6) considéra le Cameroun comme un territoire supplémentaire destiné à renforcer démographiquement et économiquement le domaine français d'outre-mer. Cet état d'esprit prévalut de 1916 à 1919. Mais le traité de Versailles fit du Cameroun un territoire sous mandat de la société des Nations (SDN), dont la gestion fut confiée à la France. Ce régime inédit tirait son originalité de trois considérations essentielles(7) :

- Il était gratuit: le mandataire, en principe, ne devait tirer aucun profit personnel de la gestion du mandat. - TIétait provisoire: théoriquement, le mandataire devait provisoirement acheminer les pays sous mandat vers la capacité de s'administrer eux -mêmes. - Enfm, il avait un but moral: sa mission était d'assurer le bien-être des populations des pays sous mandat.
Toutes ces mesures restrictives furent mal accueillies par l'opinion publique française(8). Ceci pourrait sans doute expliquer pourquoi, en 1919, le Cameroun fut purement et simplement aligné au ministère des Colonies, comme l'étaient les colonies françaises. Cet alignement traduisait parfaitement le fait que si, en droit, le Cameroun était un pays sous statut international, dans la pratique, la France le considérait comme faisant partie intégrante de son domaine colonial. Dans l' entredeux-guerres, la politique française au Cameroun fut caractérisée par l'intégration progressive de ce territoire sous statut international dans

(6) Lire à ce sujet: Raoul Girardet, L'Idée coloniale en France 1871-1962. Paris: La table Ronde, 1972. De même que, du même auteur, Le Nationalisme français 18711914. Paris: A. Colin 1970. (7) Il Yavait trois catégories de mandats internationaux: les pays de mandat « A »: il s'agissait des anciennes provinces turques, qui étaient capables de se gouverner elles-mêmes. Mais elles devaient choisir une puissance qui allait les mener à l'indépendance. . lespaysde mandat B »: (le Cameroun et le Togo) ces pays, jugés encore « incapables de se gouverner eux-mêmes, furent confiés à une puissance dite «mandataire ». les pays de mandat « C » : c'étaient les pays du sud-ouest africain et des îles du Pacifique, composés d'une population faible et disparate, et qui devaient provisoirement être gouvernés par une puissance mandataire comme faisant partie intégrante de son territoire. (8) Pierre Miquel, La paix de Versailles et l'opinion publique française. Paris: Nouvelle Bibliothèque scientifique, 1972.

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l'Empire françaiS(9). Cet ancien protectorat allemand, en 1939, allait être présenté comme une « création française »(10). Pendant les années de guerre, le Cameroun participa à l' effort.de guerre français aux côtés des forces de la France Libre. Le gouverneur Carras fut le représentant du Cameroun à la Conférence africaine française qui se tint à Brazzaville du 30 janvier au 8 février 1944. Or, la tenue de cette conférence dans la capitale de l'Afrique Equatoriale Française (AEF) apparaissait comme une réponse à deux préoccupations du moment. D'une part, il s'agissait de redéfinir les relations entre la France et son empire colonial après quatre années d'efforts communs de guerre; le général de Gaulle l'exprima clairement dans son discours d'ouverture: « Dans l'extrémité où une défaite provisoire l'avait refoulée, c'est dans ses territoires d'outre-mer, dont toutes les populations, dans toutes les parties du monde, n'ont pas une seule minute altéré la fidélité »(11). Ainsi, en compensation à cet effort de guerre consenti par les populations africaines, le général de Gaulle décida-t-il d'associer l'Empire et l'élaboration de la nouvelle société qu'il se proposait de bâtir après la Libération. Voilà pourquoi les conférenciers insistèrent sur les changements à introduire dans les relations entre la France et son empire colonial: « TIest désirable et même indispensable, que les colonies soient représentées au sein de la nouvelle Assemblée... Il est indispensable que la représentation des colonies auprès du pouvoir central dans les métropoles soit assurée de manière plus large que par le passé »(12):' déclara René Pleven, Commissaire aux colonies, le 30 janvier 1944. Les assises de Brazzaville mirent fm à l'indigénat et au travail forcé. Elles permirent la liberté syndicale(13). Mais la proclamation de ces nouvelles orientations masquait en réalité les préoccupations permanentes de la politique coloniale française. Car la conférence de Brazzaville apparaissait également comme une riposte à l'offensive conjuguée des Etats-Unis et de l'Union soviétique. Si l'anti-colonialisme soviétique apparut alors comme une position de principe depuis la Révolution d'Octobre, en revanche, un
(9) Lire à ce sujet un travail que nous avions fait antérieurement: Dieudonné OYONO, Les relations internationales et la continuité de la politique française au Cameroun (1919-1946). Thèse pour le doctorat de 3ecycle en Etudes Politiques, Institut d'Etudes politiques de Paris, 1980. (10) « Le Cameroun, création française» in Revue de l'Empire français, numéro
spécial

- avril

1939

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(11) Ch. de Gaulle. Discours et Messages, p. 393. (12) Ministère des Colonies, la conférence africaine-française de Brazzaville (30 janvier 1944-8février 1944). Paris, 1945, p. 33. (13) Pierre Chauleur, Le régime du travail dans les territoires d'outre-mer. Paris: Editions de l'Union française, 1946. 15

conflit colonial était né pendant les années de guerre entre les EtatsUnis et la France Libre. L'affaire de Saint-Pierre et Miquelon et celle d'Indochine en furent le témoignage(14). La conférence de Brazzaville apparut ainsi comme l' affumation de conserver intact l'Empire, face aux pressions américaines, comme en témoigna ce discours de René Pleven: « Les fms de l'œuvre de civilisationaccomplie par la France écartent toute idée d'autonomie, toute possibilité d'évolution hors du bloc fr~çais de l'Empire. La constitution éventuelle, même lointaine de self-governments est à exclure »(15). Ce souci de conserver intact l'Empire anima le titre VITI de la constitution française du 27 octobre 1946. D'une part, les constituants réaffumèrent l'idée d'une « France des cinq continents» une et indivisible, aux termes de l'article 60 de le nouvelle loi fondamentale(16), et d'autre part, conformément à « l'esprit de Brazzaville », ils poursuivirent une politique d'ouverture plus marquée, que par le passé (droit de cité dans l'Union française, fm de l'indigénat et du travail forcé, libertés politiques et syndicales).

(14) L'affaire de Saint-Pierre et Miquelon dressa le président américain Roosevelt contre le général de Gaulle. Les Etats-Unis ont toujours été sensibles à tout ce qui peut intervenir dans les territoires à côté de leur zone d'influence. C'est une attitude constante depuis l'énonciation de la « doctrine Monroe». Le 24 décembre 1941, les Forces françaises libres débarquèrent dans les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon au large du Canada. L'amiral Muzelier les rallia à la France Libre. Or, en vertu d'un accord qu'il venait de conclure avec le régime de Vichy pour maintenir le statu quo dans les possessions françaises d'Amérique, le gouvernement américain s'opposa à l'intervention des forces du général de Gaulle dans ces îles. La Maison Blanche accusa le chef de la France Libre de saboter la diplomatie américaine. En mai 1942, le général de Gaulle, au cours d'une conférence de presse à Londres, expliqua que la subordination militaire de la France vis-à-vis des Etats-Unis n'impliquait nullement la subordination politique des Forces françaises libres. L'affaire d'Indochine fut tout aussi significative. Les Français étaient présents en Cochinchine depuis 1860. Mais un mouvement nationaliste se développait en Indochine, le Viet-minh qui, dès sa naissance, ne cacha pas ses sympathies pour le mouvement communiste international. Pendant les années de guerre, ce mouvement en lutte contre la France reçut des armes des Etats-Unis, ce qui lui permit de s'installer solidement au nord du Tonkin. TIfallut attendre 1945 pour que Truman, qui succéda à Roosevelt, reconnût la souveraineté française en Indochine. Le général de Gaulle, pour y parvenir, avait dû mettre en balance, face à l' anti-colonialisme américain, la défense du « monde libre» contre le communisme. (15) Ministère des Colonies, op. cit. p. 33. (16) Article 60. L'Union française est formée d'une part de la République française qui comprend la France métropolitaine, les départements et territoires d'outre-mer, et, d'autre part les territoires et Etats associés. 16

Au Cameroun, la politique française au cours de ces années-là se situait dans la même mouvance. En devenant un territoire associé à l'Union française, la France achevait ainsi un processus d'intégration progressive, dont l'alignement au ministère des Colonies en 1919 avait constitué l'acte de naissance et les dispositions de la constitution du 27 octobre 1946 la consécration sur le plan constitutionnel. Sur le plan politique, l'administration française continuait, comme par le passé, à monopoliser le pouvoir. L'Union française était en effet un édifice unilatéralement construit par la France. Le Cameroun, comme l'ensemble des territoires d'outre-mer et malgré son statut international, n'était pas autorisé à avoir ses propres institutions politiques, celles dont devaient dépendre ses décisions de principe, les institutions locales, étant dépolitisées. L'article 76 de la constitution de la IVe République mettait en relief cette monopolisation du pouvoir politique: Article 76. Le représentant du gouvernement de chaque territoire ou de groupe de territoire est le dépositaire des pouvoirs de la République. Il est
responsable de ses actes devant le gouvernement ».

Enfm, au niveau de la représentation parlementaire, la principale question concernait le mode des élections locales. En effet, le caractère démocratique d'un système politique se juge à l'influence réelle du peuple sur les institutions, c'est-à-dire l'extension du corps électoral(17). Or, au Cameroun comme dans l'ensemble des territoires d'outre-mer, le suffrage n'était pas universel. Seuls, les citoyens de statut civil français étaient d'office électeurs. Le reste de la population n'en avait la jouissance que s'il appartenait aux catégories énumérées par la loi, à savoir être un notable « évolué », être titulaire de décorations, être fonctionnaire, militaire ou commerçant, propriétaire foncier ou planteur ayant « l'ordre du mérite indigène », le suffrage était donc restreint, capacitaire et censitaire à la fois. TI ne serait pas exagéré d'affmner que ce choix ne se portait que sur ceux qui, en raison de leurs activités passées ou présentes, offraient des garanties de loyalisme pour l'administration française. Or, le statut international du Cameroun, qui sur le plan juridique en faisait un territoire à part dans l'ensemble français, s'accommodait mal de la politique française. Voilà pourquoi, tirant bénéfice des libertés politiques et syndicales concédées. par l' administration française, une structure prit corps, exigeant de l'autorité de tutelle une application à la lettre des dispositions de la charte des Nations unies.

(17) L'extension du corps électoral n'est cependant pas l'unique condition. C'est un préalable qui suppose en retour l'existence des conditions pennettant aux électeurs d'exprimer leur choix en toute liberté. Les « trop belles élections» dans les régimes autoritaires montrent les limites de cette afftrnlation. 17

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L'éveil du nationalisme camerounais

La fonne prise par le nationalisme camerounais au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale fut un phénomène indissociable des libertés politiques et syndicales issues de la conférence de Brazzaville et de la constitution du 27 octobre 1946. Dès cette période, l'on vit s'affmner des revendications collectives, animées par la volonté de constituer un Etat camerounais libéré de la tutelle française. Cependant, avant la guerre de 1939-1945, le Cameroun connut quelques manifestations localisées de caractère nationaliste contre les Allemands d'abord, puis contre les Français. En effet, les relations entre le Cameroun et les différentes administrations qui se succédèrent dans le territoire entre 1884 (année de la signature du traité germano-camerounais) et 1945 furent chargées d'ambiguïtés. Le sens donné à ces présences européennes successives, s'il était clair d'un point de vue théorique, dans la pratique, il ne fut pas toujours perçu de la même manière par les parties en présence. Les rapports germano-camerounais en constituèrent une première illustration. Les Allemands appelaient le Cameroun « Schutzgebiet », pays protégé ou protectorat. Or, l'établissement d'un protectorat suppose au départ l'existence de deux Etats, un Etat protecteur et un Etat protégé, qui organisent entre eux une répartition inégale des compétences, l'Etat protégé conservant en principe sa personnalité juridique en droit interne, et l'Etat protecteur se portant responsable de l'Etat protégé sur le plan international. Pourtant, après le tracé des frontières camerounaises, le territoire fut directement administré par l'Allemagne, l'édifice du pouvoir local étant entre les mains du gouverneur, représentant direct du Reich jusqu'en 1907, puis du ministère des Colonies. En revanche, la partie camerounaise exigeait que le traité du 12 juillet 1884 fût respecté à la lettre. Celui-ci, en effet, garantissait le droit de propriété des terres camerounaises. Quand une ordonnance impériale de 1896 fit des terres de l'intérieur du Cameroun des terres de la Couronne, une revendication domaniale opposa alors les Doualas, signataires camerounais du traité, à l'administration allemande(18). Les rapports franco-camerounais dans l'entre-deux-guerres constituèrent une seconde illustration des équivoques nées de la présence européenne au Cameroun. La France y pratiqua une politique d'intégration progressive dans l'Empire, malgré son statut international. Une telle attitude suscita des mouvements oppositionnels au Cameroun, qui, s'ajoutant à la question domaniale que la nouvelle administration avait interprétée dans un sens favorable à ses intérêts dans le territoire, fIrent l'objet de plusieurs pétitions à l'Assemblée de la SDN entre 1926 et 1931, les plus significatives étant celle des Doualas en 1929(19) et celle de
(18) Emmanuel Ghomsi, « Résistances africaines à l'impérialisme européen, le cas des Doualas ». Revue d' histoire africaine, Yaoundé, 1975, pp. 166-167. (19) Archives, Carton 39, dossier 297. (ANSOM). 18

VincentGanty en 1931(20). Toutes ces pétitions relevaient les irrégularitésde la gestion du mandat international par la France et exigeaient de l'Assemblée de Genève le départ des Français du Cameroun. Mais suffit-il de constater une hostilité à l'administration coloniale ou« mandataire» pour être en droit de conclure à l'existence d'un mouvement nationaliste ?Une telle conclusion impliquerait le constat d'une communauté de sentiments et de desseins, de même qu'une cohésion dans l'action face aux..administrations allemande et française au cours de ces phases successives de I'histoire politique du Cameroun. Or, il n'en fut rien. Alors que Rudolph Manga Bell et Martin-Paul Samba étaient pendus en 1914 pour s'être opposés à l'administration allemande, Charles Atangana, chef supérieur de Yaoundé, suivait les Allemands dans leur retraite en Guinée Espagnole, par fidélité pour le Reich. De même la déportation du Sultan Njoya, qui s'opposa à l'administration française, ne dressa pas les populations camerounaises contre la France. L'on pourrait également noter que la pétition des Doualas de 1929, qui pourtant posait les problèmes à l'échelle nationale, non seulement apparut comme un phénomène isolé dans l'ensemble du territoire, mais aussi suscita une contre-pétition de Charles Atangana, réhabilité dans des fonctions de chef supérieur de Yaoundé, et qui, niant toute affinité ethnique avec les Doualas, prônait en revanche le maintien de la France au Cameroun(21). De même le mouvement dirigé par Lotin Same, d'essence religieuse, ne dépassa pas le cadre de la Native Baptist Church, église camerounaise indépendante, que l'administration française aligna d'autorité au même rang que l'ensemble des Eglises contrôlées par la France. Le caractère localisé de ces manifestations nationalistes était dû à des facteurs à la fois endogènes et exogènes aux populations camerounaises. D'une part, les tensions ethniques limitaient toute possibilité de prise de conscience d'un destin commun entre les Camerounais, et la contre-pétition de Charles Antagana en était l'illustration. D'autre part, l'administration s'appuyait sur ces divisions pour mieux asseoir son autorité. Autrement, quel sens donner par exemple à ce télégramme du gouverneur Marchand du 29 octobre 1923, qui expliquait au ministre des Colonies les raisons politiques qui poussaient l'administration française au Cameroun à concéder des avantages en matière de développement agricole aux populations de la région de Yaoundé?

(20) Un article documenté a été publié sur l'action du Guyanais Vincent Ganty au Cameroun par Adalbert Owono, « A l'aube du nationalisme camerounais: la curieuse figure de Vincent Ganty », in Revue française d' histoire d'outre-mer, 3etrimestre 1969. (21) Archives, Carton 39, dossier 297 (ANSOM).

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« Il est de notre intérêt... de créer ainsi une bourgeoisie agricole qui formera l'élément stabilisateur de la population et sera pour le gouvernement local un auxiliaire non négligeable... Cette bourgeoisie terrienne... saura faire obstacle aux ambitions des populations côtières (il s'agit des Doualas) qui tendraient à s'attribuer un droit chimérique d'hégémonie sur les autres races »(22).

TIfaut également ajouter à ces facteurs exogènes l'indigénat et les restrictions qu'il opposait aux velléités d'organisations politiques. De ce fait, avant la conférence de Brazzaville, l'éveil du nationalisme camerounais s'était fait en ordre dispersé. L'instauration des libertés politiques et syndicales, suite à la répression de l'indigénat et du travail forcé, allait permettre l'éveil de la conscience nationale. Les premières manifestations du nationalisme camerounais se déroulèrent dans le cadre des organisations syndicales. Après la conférence de Brazzaville, un décret du gouvernement provisoire français en date du 7 août 1944 organisa l'activité syndicale en Afrique. Au Cameroun, les pionniers furent Donat et Jacquot. TIs venaient d'Algérie et furent intégrés dans le corps de l'enseignement. Les cheminots de leur côté furent initiés au syndicalisme par Lalaurie et Soulier. Trois de ces syndicalistes appartenaient à la Confédération Générale des Travailleurs (CGT) centrale syndicale française pro-communiste(23). Le 18 décembre 1944, ils créèrent l'Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) qui ouvrit ses cercles d'études aux fonctionnaires camerounais. S'y inscrivirent: Ruben Urn Nyobé, commis-greffier au Tribunal de Yaoundé, Charles Assalé, infmnier au service de la Santé et Jacques Ngom, instituteur. Après leur initiation syndicale, les trois hommes adhérèrent à la première section locale de la CGT créée en 1945. Le syndicalisme camerounais naissant eut à faire face dès 1945 à un certain nombre de difficultés. Il y eut d'abord des problèmes d'ordre économique. Tout au long des années de guerre, la réduction des échanges avec la France et les pays industrialisés avait donné un essor relatif à l'industrie locale. Des usines avaient été montées pour pallier les déficiences des exportations. Tel fut le cas pour le traitement du café. Ainsi se forma un embryon de classe ouvrière. D'autre part, les salaires avaient été bloqués au Cameroun pendant les hostilités. Ce blocage s'accompagna d'une hausse considérable des prix, et d'une aggravation des conditions de vie. Alors qu'après la Libération, il y eut augmentation des salaires pour le personnel français, ils restèrent bloqués pour les Camerounais. Aux revendications de salaires ne tardèrent pas à se conjuguer celles remettant en question les relations
(22) Télégramme du commissaire de la République au ministre des Colonies, carton 30, archives Nationales, section outre-mer (ANSOM). (23) Gaston Donat, dans un ouvrage, affmne qu'il n'appartenait pas à la CGT. Lire à ce sujet G. Donat, Afin que nul n'oublie: itinéraire d'un anti-colonialiste. Algérie, Cameroun, Afrique, Paris: l'Harmattan, 1986. 20

d'autorité entre l;administration française et les populations camerounaises. La revendication prenait ainsi un tour anti-colonialiste. Les ouvriers camerounais exigeaient l'extension aux Mricains du bénéfice des avantages jusque-là réservés aux Européens. La conjonction de tous ces facteurs aboutit aux grèves de Douala en 1945, sous l'égide du mouvement syndical(24). Dès l'origine, ce mouvement syndical s'était appuyé sur un mouvement politique préexistant, la « jeunesse camerounaise française» (JEUCAFRA). Ce mouvement, au départ pro-français, avait été créé en 1938. Il s'était alors fixé pour mission de rejeter les revendications coloniales allemandes sur le Cameroun. Ses militants, composés pour l'essentiel de jeunes « évolués» formés à l'école française à l'approche de la guerre, avaient sollicité l'intégration pure et simple du Cameroun dans l'Empire français(25). Mais, après la défaite des puissances de l'Axe, ce mouvement fut gagné par le mythe de la conférence de Brazzaville. Les libertés politiques octroyées transformèrent ce mouvement au départ pro-français en front anti-colonialiste. En effet, le congrès qu'il tint du 22 au 30 septembre 1945, au moment même où se déroulaient les grèves de Douala, et les résolutions qui furent adoptées (entre autres la revendication de la liberté de parole et de presse, choix libre des chefs, détermination et affermissement de l'autorité de ceuxci, large participation des populations autochtones à la gestion des affaires publiques par l'attribution de certains emplois jusque-là réservés aux Européens, élection d'une assemblée territoriale au pouvoir législatif, interdiction aux Européens du petit commerce de brousse au profit des commerçants autochtones) étaient autant d'éléments révélateurs des changements intervenus dans ses orientations. Au cours de ce congrès, la JEUCAFRA changea de dénomination. Elle devint l' « Union camerounaise française» (UNICAFRA). En mars 1947 allait naître le « Rassemblement camerounais », résultant de la fusion de l'UNICAFRA avec une autre formation politique qui avait pris naissance dans le territoire, le « Mouvement démocratique camerounais », et du « Cercle d'études sociales ». Le RACAM - tel était son sigle - dès sa constitution, inscrivit dans ses objectifs la création d'un Etat camerounais et l'application à la lettre de la charte des Nations unies et des accords de tutelle. Mais,
(24) Lire au sujet de ces grèves Richard Joseph, Le mouvement nationaliste camerounais. Paris: Karthala, 1986. De même que Georges Chaffard, Les carnets secrets de la décolonisation, Paris: Calmann-Levy, 1972, T.2. (25) Le président de la Jeucafra, Paul Soppo-Priso, avait entrepris une démarche dans ce sens auprès du Haut-commissaire de la République française au Cameroun, qui en avait fait état au ministre des Colonies le 14 mars 1939 (Lettre du haut-commissaire au ministre des Colonies 14 mars 1939 Cameroun-Togo (ANSOM) carton 31 dossier 294). Mais, quelques militants, particulièrement Ruben Urn Nyobé, affirmèrent plus tard que le président de la Jeucafra était allé au-delà de la mission qui lui fut confiée. 21

le 6 mai 1947, ce mouvement fut mis dans l'illégalité par l'administration française. Le vide politique ainsi créé fut comblé par la naissance de l' « Union des populations du Cameroun» (UPC) par un syndicaliste de l'USCC, Ruben Urn Nyobé, le 10 avril 1948 à Douala. La même année, l'UPC devint la section camerounaise du « Rassemblement démocratique africain» (RDA), parti également né du syndicalisme (le syndicat des planteurs africains) et affilié au « Parti communiste français» (PCF). Dès sa constitution, la nouvelle formation partisane inscrivit à son programme l'indépendance et la réunification du Cameroun sous tutelle française avec la partie sous administration britannique(26). Dès les premiers mois de son existence, l'UPC apparut à l' administration française comme l'expression d'un double défi. En premier lieu, ses thèses sur l'indépendance risquaient à terme de remettre en question le principe de l'intégrité de l'Union française. Les autorités politiques françaises pouvaient-elles concéder aux Camerounais un droit qu'elles refusaient aux Indochinois? Car, la guerre que la France menait en Indochine - Etat associé à l'Union française - s'expliquait à des détails près pour les mêmes motifs. Le second défi s'inscrivait dans le cadre de la confrontation Est-Ouest. L'origine cégétiste des fondateurs de l'UPC et ses liens avec le RDA, en fIrent aux yeux de l'administration un parti lié au communisme international. La réalité était peut-être moins nette(27). Mais, dans l'ordre politique, les comportements des acteurs n'obéissent pas nécessairement à des critères de rationalité. Les réactions passionnelles l'emportent souvent sur les comportements rationnels. Et la représentation que les acteurs du jeu politique ont des faits est parfois plus importante par ses conséquences que les faits eux-mêmes. La thèse de la filiation de l'UPC au mouvement communiste international allait dominer le débat politique au Cameroun. Le climat de guerre froide dans le système international à la fm des années quarante et au début des années cinquante hypothéqua l'avenir de cette formation partisane, en transformant l'action de l'administration française au Cameroun en une croisade pour la défense du « monde libre». Cependant, les premiers pas de l'UPC se déroulèrent sur la scène politique légale. André Soucadaux, Haut-commissaire de la France au Cameroun de 1949 et 1954, fut l'artisan de cette politique. Aux thèses
(26) J.A. Mbembé a rassemblé les discours de Urn Nyobé dans un ouvrage qui expose ainsi le programme de l'UPC dès sa naissance en 1948. Ruben Urn Nyobé, Le problème national camerounais. Paris: l'Harmattan, 1984. (27) UmNyobé, dans ses interventions publiques, de la création de l'UPC à son entrée dans le maquis en 1955, nia la filiation de son mouvement au communisme international. TIle présentait tout simplement comme un mouvement anti-colonialiste. A ce sujet, lire R. Urn Nyobé, op. cit, de même que Louis Ngongo, Histoire des forces religieuses au Cameroun. Paris: L'Harmattan, 1984. 22

défendues par la formation politique d'Dm Nyobé, il allait opposer d'autres partisans acquis à la politique française au Cameroun.

B. LA POLITIQUE ET LA BIPOLARISATION

Dt ANDRÉ

SOUCADAUX CAMEROUNAISE

DE LA SCENEPOLITIQUE

Le mandat d'André Soucadaux au Cameroun fut marqué par des ambiguïtés et des incompréhensions résultant de deux discours à la. fois manichéens et asymétriques. TIy avait d'un côté l'UPC, qui présentait son action comme une croisade contre le détournement de la mission confiée à la France par les Nations unies à des fins coloniales. Aussi, adopta-t-elle une position qui mettait les Camerounais en demeure de se prononcer pour ou contre une politique qu'elle présentait comme étant en contradiction avec les accords de tutelle, qui avaient pour mission de conduire le territoire à l'indépendance. TI y avait de l'autre côté l'administration française au Cameroun, qui désignait l'UPC comme un maillon du communisme international. Aussi demandait-elle aux mêmes populations camerounaises, en pleine période de guerre froide, de se déterminer pour ou contre l'introduction du « péril rouge» au Cameroun. Ainsi, les soutiens que recueillirent ces deux pôles dans la première moitié des années cinquante se firent sur la base de cette double incompréhension, qui à son tour expliquait le caractère à la fois manichéen et asymétrique de leurs alliances politiques respectives. Le discours de l'UPC était un plaidoyer contre la politique française au quotidien. « Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un
Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Eglise. Quelle est alors l'âme éprise de liberté, qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées, que sa peau n'est pas capable d'assimiler les choses supérieures. Bien que les faits se soient maintes fois inscrits en faux contre cette prétention, les colonialistes ne veulent point y renoncer... Une telle façon de ne rien.faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité »(28) Urn Nyobé présentait donc la création de l'UPC comme un combat pour la liberté et la dignité des Camerounais devant les écarts de la politique française. Sa vision de la scène politique camerounaise était manichéenne. TIdivisait le champ des acteurs sociaux en « oppresseurs»
(28) Ruben Urn Nyobé, op. cil., p. 23.

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et « opprimés ». Pour dépasser cette situation qu'il présentait comme moralement injuste, il prônait la mise en cause de la politique française dans son ensemble. Dans sa présentation des discours du fondateur de l'DPC, J.A. Mbembé a montré l'impact de ce plaidoyer sur les populations camerounaises: « Le mérite théorique d'Dm Nyobé fut de réarticuler, à partir du quotidien,
les pratiques des plus humbles... Il dévoila, à travers ses concepts de réunification et d'indépendance, le vaste champ utopique des possibles et ouvrit ainsi dans l'imaginaire de ses compatriotes les lieux du quotidien vers lesquels se réfugient et s'énoncent ces possibles. Ce faisant, il fit exploser le conflit entre le système colonial et la condition faite au peuple camerounais »(29).

Le discours de l'UPC toucha en premier lieu le prolétariat urbain. Um Nyobé s'appuya sur cette couche qui avait déjà, en organisant les grèves de Douala en 1945, remis en question le mode de relations entre l'administration française et les autochtones. La proposition upéciste partit ainsi des villes vers les villages. La région Bamiléké, à l'ouest du Cameroun, fut la seconde zone sensible aux thèses de l'UPC. Cette partie du territoire connaissait de graves tensions entre les aînés et les cadets sociaux. Les chefs, personnalités dotées d'un immense pouvoir, étaient les dépositaires de la terre. Dans cette région à la démographie galopante, la surpopulation ne tarda pas à faire naître des tensions sur les terres disponibles. Alors que les lots se rapetissaient pour faire face à la croissance démographique, ceux des chefs restaient intacts. Une telle inégalité créa des frustrations chez les cadets sociaux. Dès lors, ils devinrent très critiques à l'égard du système colonial qui, à leurs yeux, garantissait un ordre injuste, et les thèses de l'UPC rencontrèrent un écho favorable en pays Bamiléké. Et c'est dans cette région, à Dschang, que se tint le premier congrès national de l'UPC en 1951. Le discours de l'UPC toucha également les populations Bassa, dont le fondateur de l'UPC était originaire. Dans la jeunesse d'Dm Nyobé, le chemin de fer reliant Douala à Yaoundé et qui traversait le pays Bassa, était en construction. Les travaux avaient mobilisé plus de six mille travailleurs, dont quatre mille sept cents au titre des travaux forcés et mille trois cents volontaireS(30). Le thème de l'indigénat et des travaux forcés, qui allait ponctuer le discours politique d'Um Nyobé trouva ainsi sa signification à partir de son milieu originel. Auprès des populations de cette région, il allait apparaître comme celui qui avait dénoncé au grand jour des frustrations longtemps refoulées. Dès lors, son discours prenait des allures messianiques. Pouvait-on s'étonner de

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(29) Ibid., p. 49. (30) René Costedoat, Jacques et Demontrand, L'effort français au Cameroun. Besançon: Imprimerie 1930, p. 246.

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