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Banques et petites entreprises en Afrique de l'Ouest

De
192 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 54
EAN13 : 9782296308497
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BANQUES ET PETITES ENTREPRISES EN AFRIQUE DE L'OUEST

Problèmes

et possibilités

liés à leur rapprochement

Les désignations utilisées dans les publications du BIT, qui sont confonnes à la pratique des Nations Unies, et la présentation des données qui y figurent n'impliquent de la part du Bureau international du Travail aucune prise de position quant au statut juridique de tel ou tel pays, zone ou territoire, ou de ses autorités, ni quant au tracé de ses frontières. Les articles, études et autres textes signés n'engagent que leurs auteurs et leur publication ne signifie pas que le Bureau international du Travail souscrit aux opinions qui y sont exprimées. La mention ou la non-mention de telle ou telle entreprise ou de tel ou tel
produit ou procédé commercial n'implique de la part du Bureau international du Travail aucune appréciation favorable ou défavorable.

@ Organisation internationale du Travail, 1996 @ L'HARMA1TAN, 1996 ISBN: 2-7384-3625-0

BANQUES ET PETITES ENTREPRISES EN AFRIQUE DE L'OUEST

Problèmes et possibilités à leur rapprochement

liés

Étude réalisée pour le Bureau International

du Travail

par

Ibrahima Ba Ibrahima Camara Mouhamadou L. Gaye E.H. Gueye et Boubacar Hane
sous la direction de Bernd Balkenhol

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

TABLE DES MATIÈRES

II1tIOOuction

.............. .... ...................................................

7

Co6ts de transaction du crédit bancaire et PME
(E. H . Gue y e ) . ... .... ... .... ....... ... ... . ... .... y ............ ........
Il

Relations banque et groupements de base Problèmes sur le plan juridique
(I.F. C am ara). .. ... ... .. .... .. .. . ... .. ... . .... . .... ... .. .. ... . .
27

-

Les pratiques du marché parallèle du crédit au Sénégal - Leçons pour le système bancaire ? (B. Hane et M.L. Gaye)
PME et institutions financières islamiques (I. Ba) Tontines et système bancaire: la tontine et ses potentialités d'épargne et comme système de base mutualiste de cautionnement
(M.E. Gueye) .........................................................

10'7
145

171

5

INTRODUCTION

Ce recueil d'études sur certains problèmes liés au financement des petites et moyennes entreprises (PME) en Afrique de l'Ouest est le fruit de la coopération entre le Centre Ouest-Africain de Fonnation et d'Etudes Bancaires (COFEB) de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et le Bureau international du Travail (BIT). Le projet conjoint qui a lié ces deux organismes de 1986 à 1989 concernait les sept pays membres de l'Union Monétaire OuestAfricaine (UMOA), à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la CÔte d'Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Ce projet "Perfectionnement des Cadres de Banque et des Organismes de Promotion au Financement de la petite et moyenne Entreprise et de l'Artisanat" , était financé par la République Fédérale d'Allemagne. Ce projet visait à encourager l'échange de points de vue et d'expériences entre praticiens du métier de banque afin de contribuer à une meilleure maîtrise des dossiers PME et, à tenne, à un rapprochement du système bancaire et des PME. Ces discussions et échanges ont, par ailleurs, aidé à identifier un certain nombre de questions et sujets qui, à ravis des participants et des organisateurs, méritaient d'être approfondis. Les débats tournaient principalement autour de trois questions: 1. D'abord le problème épineux de la marge bancaire et des coûts de transactions: les banques estiment que les plafonds imposés sur le taux de sortie représentent une contrainte majeure compte tenu du niveau de coûts et de risque associé avec le crédit aux PME. La Banque Centrale, quant à elle, soucieuse de la stabilité monétaire et d'un climat favorable aux investissements, estime que les banques ne font pas suffisamment preuve de rigidité dans leur gestion. Ce débat arrive nécessairement à une interrogation: combien de banques disposent effectivement d'outils qui leur pennettent de saisir et de contrôler le coût et le revenu par produit financier et par catégorie de client?

2. Pour maîtriser les coûts de transaction du financement des PME, on a souvent mis en exergue les avantagesd'un regroupement des opérateurs économiques. Plusieurs modèles ont été abordés, avec une participation au risque par le groupement plus ou moins 7

importante. Dans ce contexte, on s'est interrogé sur l'expérience réelle de certaines banques, notamment du type crédit agricole et rural,avec leurs clients collectifs. Par ailleurs, le cadre juridique et réglementaire existant en UMOA se prête-t-il à de telles opérations ? 3. Plus généralement, ne faut-il pas mettre en question l'approche y a-t-il des alternatives? S'il est des banques vis-à-vis des PME? clair que les banques doivent faire un effort plus imaginatif pour chercher activement des créneaux nouveaux, la question se pose de savoir si les pratiques du secteur financier informel ypourraient servir, sinon de modèles, au moins de source d'inspiration. a-t-il des leçons à apprendre d'autres types d'intermédiaires financiers ou d'établissements islamiques? Serait-il faisable et utile de lier des intermédiaires financiers caractérisés par une structure de coOts différente et soumis à différents systèmes de supervision et contrôle? Et toujours dans la perspective d'une meilleure maîtrise du risque "PME" : quel est l'intérêt de transformer et moderniser certaines micro-organisations traditionnelles comme les tontines, par exemple pour mutualiser le risque? Face à ces interrogations et afm d'enrichir de futures actions de perfectionnement de cadres de banques et de promotion de la PME, tant par la BCEAO que par le BIT ou d'autres institutions intéressées par la promotion des PME, les organisateurs ont sollicité le concours de professionnels sénégalais et ivoiriens pour la rédaction des cinq notes techniques recueillies dans ce tome. La note de E.H. Gueye compare trois banques au Sénégal sur le plan de leur saisie et l'analyse des coûts de transaction par service financier et par catégorie de client. Il distingue trois approches: méthode des coOts pondérés, imputation des coOts directs et méthode des sections homogènes. Après avoir montré l'intérêt d'une comptabilité analytique pour une entreprise de prestation de service, l'auteur propose quelques mesures qui pourraient faciliter, au sein d'une banque, l'introduction d'un système de comptabilité analytique ainsi que des mesures externes de nature à encourager le rapprochement des banques et des PME. Le cadre juridique, par exemple, est encore loin de pouvoir rapprocher banques et PME, surtout sur le plan d'un regroupement de ces clients. La contribution de I. Camara passe en revue les différentes fonnes juridiques de groupement mutualiste qui pourraient se prêter à jouer l'intermédiaire entre membre individuel et la banque dans la perspective de réduire les coOts de transaction par un effet d'échelle: coopératives agricoles et artisanales, groupement de base infonnel (groupement villageois et féminin), groupement d'intérêt économique (OIE). L'analyse arrive à la conclusion que, de manière générale, les fonnes juridiques acceptables par les banques - donc dotées d'une personnalité morale claire - exigent dans la pratique des formalités et des démarches excessives; à l'inverse, les formes associatives accessibles aux opérateurs économiques de par leur facilité de constitution et de dissolution -

8

notamment les groupements de base informels - ne permettent pas l'ouverture d'un compte collectif et excluent une relation bancaire durable. I. Camara propose le groupement d'intérêt économique (OIE) comme fonne juridique qui évite un certain nombre de contraintes: bien que le OIE dispose de la personnalité morale, il n'y a pas de conventions constitutives notariées et moins de possibilités d'ingérence pour l'administration publique. Souvent le secteur financier informel est avancé comme modèle d'une
meilleure approche aux petits opérateurs économiques. Afm d'examiner de plus

près la pertinence du secteur financier informel, l'enquête par B. Hane et M.C. Gaye sur les pratiques de 45 commerçants et artisans de plusieurs marchés informels à Dakar s'est surtout intéressée aux techniques de la sécurisation et du recouvrement des crédits. Il ressort de l'enquête que le contexte social et personnel d'une transaction financière remplace facilement les contrats écrits connus dans des milieux formels. Confiance et contrôle social font fonctionner le marché financier informel. Leçons à tirer pour le système bancaire? Il faut investir dans les ressources humaines au sein de la banque (exploitants de compte, marketing, recouvrement), qualitativement et quantitativement, pour atteindre une mesure de proximité requise pour réduire coûts et risques. Or, dans la situation actuelle des banques en Afrique de l'Ouest, il n'est pas réaliste de s'attendre à un tel investissement, mais - comme

Hane et Gaye le montrent

- il Y a aussi des mesures moins coûteuses qui

pourraient avoir le même effet, par exemple la concentration de l'expertise de la banque en matière de financement des PME dans un service, ou le renforcement des visites chez les clients, ses fournisseurs et clients... Aussi, les produits financiers pourraient être mieux adaptés à la clientèle PME sans frais supplémentaires considérables pour la banque: progressivité des montants de crédit, renouvellement uniquement après remboursement intégral, garanties personnelles par des autorités religieuses ou chefs traditionnels, simplification des démarches administratives. Jusqu'ici, on a implicitement assimilé «banque» à une banque commerciale privée ou étatique, supposant qu'un aménagement des procédures et politiques de ce type d'institution pourrait sensiblement contribuer à réduire les coûts d'information sur la clientèle «PME». Or, il existe un type d'institution financière qui - par ses modes d'intervention - devrait être beaucoup plus apte à traiter avec la clientèle «PME», c'est la banque islamique. Dans sa note, I. Ba met d'abord en exergue les particularités du financement islamique. Le contrat de partage de pertes et profits prévoit, en effet, un engagement plus extensif de la banque dans les affaires à financer qu'un simple contrat de prêt. On peut donc supposer que cette forme de financement permet à la banque de réduire ses coûts de transaction parce qu'elle se trouve déjà à la source des informations sur l'état de l'entreprise en question. En plus, le risque est circonscrit par la pratique de concentrer les engagements dans les contrats d'achat-revente, une opération à court terme (Murabahah) intéressant principalement les PME à caractère commercial. En dépit de cela, le portefeuille de trois banques islamiques en Afrique de l'Ouest francophone s'est sérieusement détérioré. 9

S'il n'y a donc pas de «modèle» d'une institution financière qui pourrait fournir des services financiers suffisamment diversifiés et à une échelle appropriée pour être absorbés par les PME, et qui en même temps maîtriserait les coûts et risques de cette multitude de transactions, il reste néanmoins la possibilité de créer des intennédiaires spécialisés entre banque et petite entreprise. Leur vocation pourrait être soit de diminuer coûts de transaction par une spécialisation fonctionnelle et une proximité au milieu des PME (exemple: prêts collectifs aux groupements), soit de partager le risque (exemple: fonds de garantie, sociétés de cautionnement mutuel). Dans ce contexte, il a été suggéré de transfonner certains mécanismes traditionnels d'épargne et de crédit, comme les tontines, en sociétés de cautionnement mutuel. L'enquête de E.H. Gueye sur sept tontines à Dakar et ses environs montre les obstacles qu'une telle transfonnation devrait sunnonter : la réticence contre toute formalisation, la durée nécessaire à une capitalisation d'un fonds de garantie, le conflit entre la taille d'une tontine et la confiance mutuelle. Loin d'offrir des solutions immédiatement applicables dans le financement bancaire de tous les jours, il est souhaité que les articles réunis dans ce livre encourageront la poursuite des travaux sur l'intennédiation financière à petite échelle et le rapprochement entre secteur financier et PME africaines.

10

COÛTS DE TRANSACTION DU CRÉDIT BANCAIRE ET PME

PROBLÈMES

DANS LA SAISIE ET LE CONTRÔLE DE COUTS ILLUSTRÉS PAR TROIS BANQUES OUEST -AFRICAINES

par M. E. H. GUEYE

Table des matières

1. Qu'entend-on

par coûts de transactions

bancaires 1

15 17 18 18
19

2. Crédit aux PME et coûts de transaction 3. Trois systèmes de saisie et de contrôle de coûts 3.1 Banque A : Quasi-absenced'un système 3.2 Banque B : Analysede rentabilitépar imputationde coûts
directs. ..................... ...... .... ... ..............

3.3 Banque C : Méthode des sections homogènes

20

4. Quel système de saisie et de contrôle de coûts pour une application spécifique à la PME 1 s. Mesures internes et externes pour mieux maîtriser les coûts de .transaction

21 23

13

1. Qu'entend-on par coûts de transaction bancaires?
La banque comme la plupart des entreprises industrielles et commerciales fonctionne à partir d'une structure composée d'hommes, de locaux, de ressources, de moyens matériels, etc. La combinaison de ces facteurs de production est nécessaire pour délivrer un produit ou service bancaire à un client. Connaître le coût des opérations bancaires revient ainsi à détenniner le prix de revient d'un produit ou service bancaire en tenant compte de la contribution individuelle de chaque élément de la structure de la banque ayant participé de façon directe ou même indirecte. Afin d'illustrer cette définition, prenons l'exemple d'une demande d'ouverture d'une lettre de crédit. La gamme opératoire de la transaction se présente ainsi:
Centre de responsabilité intervenant dans le traitement GestfonnaJr. du crédit Réception TAches élémentaires effectuées de la régularité matérielle de la demande - Vérificationautorisations. pièces justificatives) (signature. - Vérification du rempUssage du formulaire de lettre de crédit Tempe p888â

-

Département lettre de créerai Préparation de fapprobation

-

- demande -

Vérification

de la cohérence

des termes

de la

-

Préparation d'une Uste de corrections/remarques Émission d'un formulair. d'approbation CréatIon d'un dossier et attribution d'un code ou N8 lettre de crédit Contr6ler les engagements du client Calculer le montant des engagements avec la demande en main SIgnaler les entorses aux procédures du crédit (documentation manquante. dépassements. etc.) Vérification des fiches du département du crédit Uste des corrections éventuelles' apporter la signature du formulaire d'approbation PréparatIon du brouillon du télex de la lettre de crédit Contr6le du texte par rapport . la demande Corrections et sortie texte flnat Détermination clé télégraphique (test) Vérification Contr6le Passation N8 télex télexldispatch comptables copies

Département

administration

du

crédit

-

Contr6le des engagements et procédu.,.. de crédit

Comité de crédit Approbation de ropération

-

-

.Départementtettre de crédit Emission de la lettre de crédit

-

Département télex Envoi de la lettre de crédit

Envoi du télex
réception des écritures

Service comptabilité Enregistrement transaction

-

- Détermination montant des commissions
Enregistrement informatique des opérations

et charges

Département

contr6le

-

Vérifications des opérations passées Microfilm des différentes pièces comptables traitement manuel) ou stockage sur diskette

(si

- crédit
crédit

Département lettre de crédit Négociation de la lettre de

-

Département trésorerie Couverture de la lettre de

-

Réception des documents de la lettre de crédit Vérification des documents Émission des réserves payer Détermination montant' Préparation du paiement Achat éventuel des devises (change) Préparation instruction de paiement Blocage du montant à payer Préparation télex d'nstruction de transfert Vérification coordonnées bancaires fournisseurs

Département

transfert

-

Envoi du transfert

15

Cette

gamme opératoire peut varier d'une banque à l'autre mais ce qui reste

valable généralement, c'est que pour détenniner le coût de traitement d'une lettre de crédit il faut connaître l'ensemble des coûts des centres de responsabilité impliqués, et ce au prorata du temps passé par chaque centre. A partir de ces éléments, il devient possible de calculer les coûts de traitement relativement précis. Les deux principales méthodes d'imputation de coûts sont basées soit sur coûts complets soit sur coûts directs. Le coût complet a l'objectif d'intégrer les charges de structure dans la détennination du prix de revient d'un produit. Cette méthode s'appuie sur un choix d'imputation des charges de structure parfois discutable. Ainsi, le coût complet peut donner une fausse impression de précision. Le coût direct prend en compte les charges nécessaires au bon fonctionnement des centres de traitement impliqués dans la mise en œuvre du produit ou service bancaire, donc les charges directes de fonctionnement. Ces coûts comprennent généralement:

-

-

frais de personnel d'exécution et de premier encadrement;

-

amortissements du matériel utilisé (machines infonnatiques, etc.) ;

dépensesliées à l'utilisationdes locaux (loyer,électricité,eau, etc.) ; - dépenses liées aux fournitures et prestations reçues (photocopie,
fournitures de bureau, selVices infonnatiques) ; - frais de communication (télex, téléphone), etc. La banque a intérêt à connaître les coûts des transactions liées au financement, pour deux raisons: comme toute structure commerciale, la banque a besoin de savoir ce que lui coûte une transaction pour pouvoir apprécier sa rentabilité compte tenu du prix de cession de cette transaction. La mesure de la rentabilité permet d'orienter les politiques commerciales et d'apprécier la productivité. Deuxièmement, le secteur bancaire est une des rares industries qui vend ses produits et selVices généralement à un prix fixé ou plafonné, alors que les ressources engagées sont obtenues à des coûts variables. Le bilan simplifié et fictif d'une banque commerciale reflète cet état de cause: Rémunération TE + 5% max. ACfIF PRET ACf. PASSIF CAPITAL (Actionnaires) DEPOTS A VUE Coûts Rémunération du capital (7 à 15%) 0-5%

TE + 4% max. Taux marché 8,5% 0% 8 - 10% 16

PRET ALMT. Placement Liquidités Lignes crédit Placements LT

DEPOTS TERME 5 - 8,5% Refinancements Il - 13% DEPOTS ALMT 8,5 - 9,5%

La capacité pour une banque de générer des profits dépend donc en grande partie de sa capacité à contrôler le coût de ses ressources. Compte tenu du caractère souvent réglementaire des tarifs appliqués à la clientèle, il s'agit en effet de rechercher un coût des ressources le plus bas possible pour réaliser la meilleure rentabilité. La connaissance des coûts des opérations bancaires suppose l'existence au sein de la banque d'un système d'information de gestion (SIG) fournissant des données simples et des calculs précis et actualisés, basés sur des définitions claires. Un SIG perfonnant doit pennettre de subdiviser la banque en centres de coûts avec précision pour pouvoir suivre le processus d'élaboration d'un produit bancaire et détenniner les éléments constitutifs du coût d'un tel produit. Cependant, la comptabilité analytique ne constitue qu'un outil et non une fin en soi. En effet, le SIG doit être à la base du processus de détennination des coûts des transactions bancaires tels que l'évaluation des postes de travail, l'automatisation des tâches administratives, le diagramme de circulation des documents, le système d'appréciation et d'approbation des dossiers de crédit, etc.

2" PME et coûts de transaction
La banque prête de l'argent contre de l'information. Dans le cadre spécifique de la PME, la banque est souvent confrontée à des informations incomplètes, voire même inexistantes. La recherche et l'évaluation des informations sur l'emprunteur constituent la tâche la plus compliquée dans toute transaction bancaire. De ce fait, la clientèle des PME se trouve forcément moins attirante que celle des grandes entreprises. Une autre contrainte relative au financement des PME relève parfois de la politique des autorités monétaires de diriger le crédit vers certains secteurs, comme l'agriculture ou la PME nationale. Le plafonnement des taux de crédit, par exemple, voulu comme instrument pour rendre le crédit accessible et bon marché, en fait pénalise plus les PME qu'il ne les favorise, compte tenu du niveau de risque plus élevé par rapport aux grandes entreprises, que les banques ne pourront alors compenser à cause du plafonnement des taux. La gestion de la clientèle des PME est en plus alourdie par la multiplicité des petites opérations; les coûts des transactions bancaires pour une grande majorité de produits bancaires ne sont pas proportionnels aux marges dégagées. En effet, ouvrir une lettre de crédit de 100.000 francs requiert le même volume de travail qu'une lettre de crédit de 100 millions de francs. Logiquement, la banque préfère exécuter des opérations de grande envergure. Le suivi de la clientèle PME s'avère lourd pour la banque si elle veut gérer ses risques de manière adéquate. Le dirigeant de la PME, qui est souvent un technicien, n'est pas toujours versé à la gestion. Pour lui, le respect des délais et nonnes de production apparaît beaucoup plus important que la mise à jour des états comptables. Il s'ensuit une gestion "à vue" que le banquier devra constamment tenter de corriger. De ce fait, ses relations avec le client doivent 17

être constantes et suivies. Le coût de ce travail de suivi et de conseil du dirigeant de la PME n'est pas facturé au client. La négligence d'un suivi particulièrement rigoureux vis-à-vis de la PME résulte souvent d'un taux important de crédits sinistrés. Le taux de recouvrement des créances douteuses sur les PME est souvent faible. La plupart des banques ouest-africaines ont considéré que la prise de garanties les protégerait contre ces risques élevés. Cependant, force est de constater que les principales formes de garantie pratiquées sur le marché (hypothèque immobilière, nantissement, etc.) n'ont pas diminué les taux de crédits en souffrance. La banque qui veut assurer son développement doit donc mettre en œuvre un système d'évaluation et de contrôle de ses coûts, surtout face à une PME qui se caractérise par la difficulté d'organiser sa comptabilité correctement.

3. Trois systèmes de saisie et contrôle de coûts
C'est d'abord la structure de la banque ainsi que sa méthode d'évaluation et d'octroi de crédit qui déterminent le niveau des coûts engendrés dans les transactions avec une PME. Le cheminement d'un dossier de crédit dans les différents services concernés ainsi que le temps consacré à son élaboration et approbation pèsent sur le coût global du crédit accordé; de ce fait, il est d'intérêt de comparer les systèmes de saisie et contrôle de coûts dans trois banques ouest-africaines: - une banque commerciale, société d'économie mixte et contrôlée par l'Etat (A) ; - une banque commerciale privée avec participation minoritaire de l'Etat (B) ;

-

une filiale entièrement privée d'une banque multinationale

(C).

Banque A : la méthode des coûts pondérés véritable système de contrôle des coûts

ou l'absence

d'un

La banque A est impliquée dans le financement des petits projets et de la PME. Ceci a pour conséquence une multiplicité de petits dossiers qui exigent le même volume de travail que les importants dossiers qui génèrent des recettes plus importantes. Dans ce cas, le calcul des coûts des opérations est d'autant plus important que la clientèle exige un travail d'analyse et de suivi difficile. Cette banque intervient principalement dans le financement des programmes gouvernementaux d'insertion et de réinsertion d'agents licenciés. Le financement est rétrocédé par l'Etat à un taux relativement bas. La méthode de détennination des coûts des opérations bancaires est celle du coût moyen pondéré des ressources: 30 pour cent de ces ressources pour un programme donné proviennent de l'Etat à un taux de 13 pour cent et 70 pour cent du système bancaire à un taux de 21,5 pour cent. Il ressort de ces calculs un coût 18

moyen pondéré de 18,9 pour cent (30% x 13% + 70% x 21,5%) qui a été appliqué comme taux d'intérêt du crédit aux bénéficiaires de ce programme,
sans tenir compte de la rentabilité de leurs dossiers présentés. En conséquence, beaucoup de prêts n'ont jamais pu être remboursés car ils ne pouvaient pas dégager suffisamment de bénéfice pour rembourser principal et intérêts. Un taux de crédits en souffrance important pèse lourd sur la rentabilité de la banque. Cette banque fait donc un "pilotage à vue" car elle ne peut se situer par rapport à ses concurrents, ni par rapport à ses propres objectifs., faute de bases de comparaison. L'absence d'un système de contrôle des coOts éloigne la direction générale des préoccupations de rentabilité et d'efficacité, gestion et évaluation du personnel deviennent alors aléatoires. L'absence d'un système d'évaluation et de contrôle des coOts des opérations contribue aussi à la lenteur des procédures d'évaluation d'octroi et de suivi du crédit. Pire encore, dans ces conditions la budgétisation de la banque doit se faire sans pouvoir chiffrer la contribution effective de chaque centre de responsabilité dans la mise en œuvre d'un produit ou service bancaire.

Banque B : L'analyse de rentabilité l'imputation des coûts directs

par

client

à travers

La Banque B a connu des difficultés liées à un effectif pléthorique, un réseau non rentable et un taux de mauvais crédits élevé. Ces raisons ont mené à une restructuration de la banque qui s'est soldée par la fermeture d'agences dans les régions et le licenciement de plus de cent employés. La banque B organise sa clientèle en secteurs suivant les critères d'homogénéité. Le processus d'analyse et d'approbation d'un dossier de crédit suit les étapes suivantes, ce qui peut au total durer un à deux mois:

- étude complète du dossier par le rédacteur qui donne un avis technique (ou signature primaire) ; - révision du dossier par le chef de secteur concerné qui donne son avis; - révision du dossier par le directeur du crédit qui donne son avis;
- présentation du dossier au comité de crédit. En dépit d'un système d'approbation de crédit donc assez systématique, il n'existe pas de système d'évaluation et de contrôle de coûts des transactions bancaires. La banque procède - et même pas pour tous les clients - à la détermination d'un "taux de sortie" pour les ressources qu'elle prête, qui n'est autre qu'un moyen pondéré des ressources. Pour un client donné, l'analyse de rentabilité est présentée sous forme d'un compte d'exploitation ayant d'un côté les coOts directs et, de l'autre, les produits. Le seuil de rentabilité est déterminé sur la seule base des coûts directs laissant de côté les charges de structure. Les résultats permettent de se faire au moins une idée primaire sur la rentabilité d'un client.

19