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CHILI 1967-1973

De
182 pages
Pierre Dupuy, prêtre-ouvrier, mécanicien aux chantiers navals de Valparaiso, vous fait découvrir la grandeur et la richesse du peuple chilien qui construit l'Unité populaire couronnée par l'élection du Dr Salvador Allende, et qui sera réduite en poussière par le coup d'Etat de Pinochet.
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CHILI 1967- 1973
Témoignage d'un prêtre-ouvrier

Collection Histoire de Vie et Formation dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de : Pierre Dominicé, Magali Dubs, Guy Jobert, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus
Volet: Histoire de vie Claire SUGIER, Haïti terre cassée... Quinze ans dans la campagne haïtienne, 1996. Line TOUBIANA, Marie-Christine POINT, Destins croisés. Elles sont
profs, l'une est juive, l'autre est catholique..., 1996.

Pierre DUFOURMARTELLE, Globe trotter et citoyen du monde, 1997. Auguste BOUVET, Mémoires d'un ajusteur syndicaliste, 1997. Martine LANI-BA YLE, De femme à femme à travers les générations. Histoire de vie de Caroline Lebon-Bayle 1824-1904, 1997. Guy-Joseph FELLER, Libre enfant de Favières. Territoire de serpents, 1997. Malika LEMDANI BELKAÏD, Normaliennes en Algérie, 1998. M. CHAPUT, P.-A. GIGUÈRE et A. VIDRICAlRE (eds), Le pouvoir transformateur du récit de vie, 1999. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris sous l'Occupation, 1999. Guislaine JOURDAIN, Combat au quotidien dans le Chili de l'aprèsPinochet, 1999. Marcel BOLLE DE BAL et Dominique VESIR, Le sportif et le sociologue, 2000. Marie-Jo COULON, Jean-Louis LE GRAND, Histoires de vie collective et éducation populaire. Les entretiens de Passay, 2000. Léon VOERLHE, Jean-André OLIVIER, Le siècle de vie d'un enfant du peuple, 2000.

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8854-4

Pierre Dupuy

CHILI 1967- 1973
Témoignage d'un prêtre-ouvrier ou

LE NOIR ET LE ROUGE

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L' Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Pour moi, c'est une grande joie de dédier ce livre à mon immense famille répandue depuis le Chili jusqu'au Canada, en passant par le Nicaragua et Cuba. Ces lignes veulent exprimer ma profonde reconnaissance à cette grande famille latina-américaine où je suis né à nouveau. Pour remercier tous ces frères, tous ces travailleurs qui m'ont accompagné pour faire le passage du NOIR au ROUGE. Grâce à vous, il n'y a pas de SOLITUDE!

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Introduction Le grain de maïs

« TODA LA GLORIA DEL MUNDO LA CONTIENE UN GRANO DE MAÏS... » Toute la gloire du monde est contenue dans un grain de maïs. Cette phrase célèbre de José Marti, qui est vénéré par tout le peuple cubain comme «el apostol de la liberacion », l'apôtre de la libération du colonialisme espagnol, est bien connue dans toute l'Amérique latine. A la lecture de ces pages, vous découvrirez la proo fonde richesse, jalousement cachée sous la carapace ocre et si humble de ce grain que l'on foule aux pieds où que l'on savoure avec plaisir. La condition pour s'emparer de ce trésor, l'Amérique latine, c'est de ne pas se laisser rebuter par la grande simplicité de ces lignes qui ne sont que l'enveloppe grossière où sont enfermées la grandeur, la beauté et la simplicité d'un peuple humble. Pour percer ce grain de maïs, il faut naître avec lui, s'enfouir dans la terre avec lui, germer avec lui, croître avec lui, pour enfin porter du fruit et l'offrir à ceux qui sont capables d'écouter, de s'émerveiller, de communier. A ceux qui sont ni saturés, ni repus. C'est ce que j'ai essayé de faire depuis 1967 au Chili, au Vénézuela, au Nicaragua et à Cuba. Je n'ai pas du tout l'intention de vous raconter mes mémoires, ou de publier une autobiographie, car j'ai horreur de ces genres littéraires, et j'espère que je ne tomberai pas dans leurs pièges. Ce livre n'est que la carapace un peu rustre, la simple enveloppe qui voudrait vous faire apercevoir l'immense ri9

chesse que j'ai découverte là-bas. Cinq siècles après l'arrivée des caravelles des conquistadors, elle est toujours là. Le sabre et le goupillon n'ont pas pu s'emparer. Aujourd'hui, le cancer du néolibéralisme la ronge sournoisement. Elle résiste. La cupidité de l' homme empêche ses mains aveugles de s'en emparer. C'est elle qui, insensiblement, vous emplit le cœur, si vous acceptez de laisser percer votre carapace. Enfin, si j'ai accepté de prendre la plume, c'est sous la pression de beaucoup d'amis. C'est vrai, je n'ai pas le droit de garder toute cette richesse pour moi, puisqu'elle ne cherche qu'à se multiplier, lorsqu'elle trouve un terrain fertile. J'aurai gagné si, en tournant les dernières pages, vous découvrez soudain que cette richesse est là, qu'elle emplit votre esprit, qu'elle anime votre volonté, et qu'elle réside déjà dans votre cœur.

Une première anecdote, pour faire sauter les verrous et apercevoir I'horizon C'était en 1988. Avec un groupe d'amis, anciens du Nicaragua, nous formons un comité baptisé «Les amis de Fernando ». Fernando Cardenal était alors ministre de l'Éducation du gouvernement sandiniste. C'était un jésuite, condamné par le pape, ainsi que son frère Ernesto, ministre de la Culture, et Miguel d'Escoto, ministre des Affaires Étrangères: trois prêtres catholiques condamnés en raison de leur engagement avec le gouvernement sandiniste. Nous organisons sa visite dans une vingtaine de villes de France. A l'Université de Poitiers, il prend la parole devant cinq cents étudiants. L'un d'eux lui dit: - Monsieur le ministre, parlez-nous de la jeunesse du Nicaragua. Fernando répond: - J'arrive de visiter une grande ville d'Allemagne. Et dans une rue, je voyais des jeunes en train de peindre une

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inscription sur un mur. Ils avaient écrit: L' AVENIR EST FOUTU. Il Y a peu de temps, à Managua, je me trouvais au milieu d'une foule d'étudiants qui acclamaient leur nouvelle présidente nationale qui venait d'être élue. Et cette jeune fille, les bras levés vers le ciel, leur criait: «Compafieros, el futuro es nuestro!»: Camarades, l'avenir est à nous! Pourtant, ses bras levés n'avaient plus de mains. Alors qu'elle partait avec d'autres étudiants au travail volontaire de la cueillette du café, leur camion avait sauté sur une mine posée par les mercenaires de USA. Elle avait été amputée des deux mains. Et quelques mois plutôt, son fiancé était mort au combat, tué par ces mêmes mercenaires. Je vous avoue que je n'arrive pas à comprendre l'attitude de ces jeunes Allemands, qui vivent dans la première puissance économique de l'Europe, qui ne manquent ni de pain ni de vêtements, qui ont tout à leur disposition, et qui désespèrent de l'avenir. Au Nicaragua, on manque de tout; nous sommes harcelés sans arrêt par les bataillons de mercenaires armés par l'extérieur, et la jeunesse n'hésite pas à donner sa vie pour construire un avenir meilleur ». Silence des cinq cents étudiants. L'impact de ces faits dispensait de tout commentaire. Alors, on reste sous les verrous, ou on les fait sauter!

J'ai fait sauter les verrous en 1966
Après des études secondaires à Saintes, au collège Notre Dame de Recouvrance, (où vingt prêtres se consacraient à l'enseignement de quatre cents élèves), et six ans d'études supérieures au grand séminaire de La Rochelle, pour moi aussi l'avenir me paraissait plutôt sombre, presqu'aussi noir que la soutane dont j'étais vêtu. Ordonné prêtre en 1956, je me suis retrouvé vicaire durant quatre ans à Saint Jean d'Angély, sous les ordres de M. l'archiprêtre David. Il

Quelques faits, pour dépeindre l'ambiance... Après la messe quotidienne, j'allais prendre le petit déjeuner à la cuisine. Je trouvais un morceau de sucre dans le sucrier (un seul 1), et un peu de café dans une casserole. Tous les placards étaient fermés à clef... de même que la salle de bain, réservée à M. l'archiprêtre. J'avais la ressource d'aller aux douches publiques de la ville. Interdiction de dîner en ville, pour le vicaire. Ainsi, après avoir dîné avec M. David, j'enfourchais le vélo pour aller recommencer chez les amis qui m'avaient invité. J'avais de fréquentes réunions le soir, avec de nombreux mouvements qui s'étaient organisés rapidement, comme le Club de la jeunesse angérienne qui réunissait des jeunes de quatorze à vingt ans. Avec ces jeunes, la réunion se terminait assez souvent sur le petit terrain de sport de l'école laïque, en face de l'hôtel Régnaud qui était alors le presbytère. Après quelques exercices à la corde lisse et à la barre fixe, je disais au revoir aux jeunes qui, discrètement, disparaissaient rapidement pour mieux m'observer, et voir comment je franchirais le dernier obstacle. Le portail de fer forgé de la cour du presbytère était normalement fermé dès 20 h 30, et il fallait escalader la haute grille, festonnée de têtes de lance. La clôture était aisément franchie, mais il arrivait parfois que des pans de tissu noir ornent les fers de lance. Après quatre ans de ce régime, j'ai eu mon changement. Et, en regardant l'état du diocèse de La Rochelle, je ne comprenais toujours pas pourquoi, en autres choses, les vingt prêtres du collège de Recouvrance se consacraient à quelques centaines d'élèves, alors que dans les grandes villes du Brésil, il n'y avait qu'un prêtre pour 120 000 ou 150 000 habitants. Malgré des injustices aussi criantes, tous les échelons de la hiérarchie étaient bien convaincus de l'universalité et de la sainteté de cette église... Ne pouvant plus supporter cette situation, je demande alors mon départ pour l'Amérique latine, grâce à l'encyclique Fidei Donum, qui offrait cette possibilité. L'évêque refuse. J'ai dû attendre 1966 pour mettre son suc. cesseur devant le fait accompli. D'accord ou pas d'accord, je 12

partais, pris en charge par le CEFAL, le comité épiscopal France- Amérique latine, et je décidais de réaliser enfin ma vocation de prêtre-ouvrier.

L'horizon s'ouvre sur l'Amérique latine Un stage de quatre mois au Mexique. J'ai eu le privilège d'étudier l'espagnol dans la fameuse école de langue de Cuernavaca, dirigée par le célèbre Yvan Illich, intellectuel de renommée internationale, qui parlait couramment huit langues. J'occupais une bonne partie de mes week-ends à découvrir de pauvres villages de paysans, et plus spécialement une communauté de quatre mille Indiens, sur les flancs du volcan Popocatepelt. Chaque fin de semaine, j'étais accueilli dans la famille de Don Luz. Dans la pièce principale, un foyer central; la fumée s'échappait par un trou, au centre de la toiture. Et toute la journée, la maîtresse de maison pétrissait la pâte de maïs bleuté, et cuisait les tortillas. Je commençais à découvrir l'importance de ce petit grain de maïs, que des mains indiennes travaillaient amoureusement toute la journée, aussi bien sur les pentes du volcan qu'à l'intérieur de la cuisine. Mais pour moi, ce n'était encore qu'une céréale bien commune. Le jour de mon départ, le grain a éclaté. En me disant au revoir, toute la famille de Don Luz pleurait. Mais je n'étais pas encore capable de faire le lien avec cette richesse qui, soudain, débordait de leur cœur. Il faut de longs mois pour germer ensemble.

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1 Le bout du monde: le Chili

A la fin de mon stage, le baron m'appelle. C'était le surnom de François de Lespinay, le responsable des prêtres volontaires pour l'Amérique latine. - Où veux-tu aller? - Ça m'est égal... mais je suis né dans une île, j'aime beaucoup la mer. Je serais heureux de travailler près de la mer. Destination: Valparaiso, au Chili. Le baron, très sympa, me dit: - Tu ne peux pas débarquer brutalement chez les Chiliens. Auparavant, il faut que tu découvres un peu l'Amérique latine. Et il me donne un billet ouvert, en me conseillant de faire escale au Guatémala, au Honduras, au Panama, en Equateur, au Pérou, pour enfin arriver au Chili. Trois souvenirs seulement, parmi les plus percutants: La ville de Panama. Grâce à des prêtres français, je pénètre au cœur de la ville, dans les quartiers les plus déshérités: on entre dans une première cour intérieure, ceinturée de logements entassés sur deux ou trois étages. Un balcon circulaire, une pièce unique par famille, et un W.C. en commun par étage. Puis on pénètre dans une deuxième cour, et une troisième cour. Une odeur nauséabonde oblige à découvrir la misère enfouie au cœur de la ville. Le port de Guayaquil, en Equateur. Sur les rives du fleuve, une immense cité lacustre. Là encore, mon guide est 15

le curé de cette cité, et mon garde du corps. Les touristes qui s'égarent dans ce secteur, poussés par la curiosité, n'en reviennent jamais. D'étroites passerelles vous mènent de taudis en taudis, au-dessus du fleuve, qui sert de tout-à-I'égout. Réception chez l'archevêque de Guayaquil. Pour me rendre chez l'archevêque, je prends un taxi. Mon chauffeur ne comprend pas où je veux aller. Je lui explique longuement: la maison où habite l'archevêque, el arzobispado. Soudain, il s'exclame: « Ah ! el palacio espiscopal » ! En effet, il s'agissait d'un luxueux palais... Et quelques minutes plus tard, l'archevêque était fier de me montrer sa faculté catholique de médecine, en face de la faculté de médecine de l'État. Parfois, les dons généreux des catholiques, versés aux quêtes pour les missions, servent à creuser un puits pour les pauvres. Mais cet argent sert plus souvent à construire des palais pour les archevêques et les nonces. L'archevêque offrait une réception à tous les prêtres de son diocèse, dans une hacienda proche de la ville. Je me retrouve seul en tenue civile, au milieu d'une centaine de prêtres. L'archevêque m'interroge: - Qu'avez-vous fait de votre soutane? - J'ai dû la perdre en traversant l'Atlantique. - Vous devriez toujours l'avoir sur vous, ou du moins la porter sur votre bras. - Grâce au brave pape Jean XXIII, il y a longtemps que beaucoup d'entre nous avaient largué le saint étui.

Le Chili: deux années sans pouvoir rire
Il est possible que le mot Chili vienne de la langue aymara et signifie: «là où s'achève la terre». Depuis la disparition de l'URSS, le Chili est devenu le pays le plus long du monde, avec environ 4 500 km, depuis le Pérou au nord, jusqu'à l'extrême sud, le Cap Hom. Il est aussi l'un des plus étroit,

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resserré entre le Pacifique et la Cordillère des Andes où culmine l'Aconcagua avec 7 040 mètres d'altitude. J'arrive à Valparaiso au début de l'année 1967. A cette époque, Valparaiso était encore l'un des principaux ports sur la côte pacifique des deux Amériques. Provisoirement, on m'offre une chambre au presbytère de La Matriz, la paroisse la plus ancienne de la ville. Comme tous les ports du monde, ce quartier était très animé, avec beaucoup de commerces, des bistrots et des restaurants assez louches, et une quantité de «bordels» et de maisons de «maricones» (travestis et homosexuels). La clientèle était abondante grâce à tous les équipages des bateaux qui arrivaient de tous les coins du monde. Mgr. Emilio Tagle Covarrubias, archevêque de la ville, me reçoit aussitôt: - J'ai l'intention de créer l'aumônerie de la mer, une institution qui n'existe pas au Chili. Je vous nomme aumônier de la mer pour le Chili. Je le remercie et prends congé, en évitant surtout de lui poser des questions. D'ailleurs, il ne m'avait même pas offert un centime pour entreprendre cette œuvre gigantesque, puisque d'après lui, mon champ d'action allait depuis les frontières du Pérou jusqu'au Cap Hom... Pendant une semaine, je vais flâner sur les quais du port, en discutant avec les marins, les pêcheurs, les dockers, les travailleurs des chantiers navals. En 1967, le port employait environ 4 500 travailleurs, inscrits à la EMPORCHI, l'entreprise portuaire du Chili. Pancho, un grutier, m'accroche: - Tu cherches du boulot? En attendant, viens avec nous, aux Bateaux de sauvetage. C'est ainsi que je suis entré au « Cuerpo de los Voluntarios de los Botes de Salvavidas », le Corps des Volontaires des Bateaux de Sauvetage, le seul qui existait pour toutes les côtes chiliennes. Notre principale embarcation était un bateau de sauvetage que les Anglais avaient utilisé durant vingt-cinq ans, avant de le mettre au rancard... pour le vendre ensuite au Chili. Dans cette noble institution, je retrouvais tout un éven17

tail de la société portuaire, depuis les officiers un tantinet aristocrate, jusqu'au plus simple pékin du port. La porte était ouverte à tous; la preuve, j'y suis resté durant sept années. Il régnait une franche camaraderie entre tous, grâce à un règlement assez strict pour des Chiliens. Durant les longues périodes d'hiver, les « temporales » succédaient aux « temporales» (tempêtes). Et dès que le pavillon noir était hissé au port, les volontaires devaient se présenter au Corps de sauvetage pour embarquer dès le premier appel de la direction maritime. Dans les plus grande~ tempêtes, j'ai été témoin de ce phénomène effrayant décrit par quelques skippers du Vendée-Globe: alors que d'énormes vagues déferlent sans arrêt, poussées par les vents, surgit soudain une énorme masse d'eau qui soulève l'embarcation avec violence, et parfois même la projette en l'air, en transformant les hélices des moteurs en hélices d'avion. Cette nuit-là, nous étions au large de Valparaiso, à la recherche d'un bateau de pêche que nous n'avons jamais retrouvé. Il est facile de comprendre, après avoir essuyé des coups de chien durant des années, comment une profonde camaraderie unit tous les volontaires comme les doigts de la main. Si un jour vous avez la chance d'aller à Valparaiso, vous pourrez admirer ce vieux bateau de sauvetage, le « Capitaine Christiansen », toujours ancré au «Muelle Frat », le quai principal du port. J'ai eu le plaisir de le revoir en avril 1996. La première zone navale de la marine de guerre se trouve à Valparaiso. Et sur la belle colline de Playa Ancha, l'amirauté a établi son Quartier général, ainsi que l'école et l'hôpital navales. L'amiral Merino était le président d'honneur du Corps des volontaires des bateaux de sauvetage. Voilà pourquoi, en 1973, nous nous sommes retrouvés au cœur de la répression la plus sauvage, la marine de guerre étant le fer de lance du coup d'État de Pinochet. Au bout de quelques jours, un copain du port me présente à un ingénieur de la EMPREMAR, l'Entreprise maritime de l'État, et je suis embauché aussitôt comme aide-mécanicien. A Valparaiso, cette compagnie maritime employait cent quatre-vingt mécaniciens, soudeurs, chaudronniers, électri18