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CONSTANT LE BRETON

De
172 pages
Dans un siècle marqué par les débats esthétiques et par les querelles entre les écoles artistiques, Constant Le Breton fait figure de solitaire. Également éloigné de l'académisme et de l'abstraction, cet autodidacte n'appartient à aucune chapelle et s'affirme rebelle à toute classification. Sa peinture, son dessin reflètent cette indépendance mais également son respect et son admiration pour les grands maîtres du passé.
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CONSTANT

LE BRETON

UN PEINTRE DANS LE SIECLE
(1895-1985)

En

couverture:

La petite rouquine

Huile

sur toile (65 cm x 80 cm)

1999 ISBN: 2-7384-7451-9

@ L'Hannattan,

Jean-Marie Le Breton

CONSTANT

LE BRETON

UN PEINTRE DANS LE SIECLE
(1895-1985)

Préface

de Michel

Mohrt

de l'Académie

française

L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75007 Paris - FRANCE

L'Harmattan

Ioc.

55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

SOMMAIRE

Préface de Michel Mohrt, de l'Académie française Avertissement Introduction Chapi tre I Chapitre II Chapitre III Chapitre IV Chapitre V Chapitre VI Chapitre VII Origines familiales, enfance et adolescence La Grande-guerre Un début dans la vie Un artiste dans le Paris des années 1920 Des années heureuses Les idées esthétiques de Constant Le Breton Le peintre 9 13 15 17 29 39 49 59 73 85 97 107 113 127 133

Chapitre VIII Le portraitiste Chapitre IX Chapitre X Chapitre XI Chapitre XII L'illustrateur La vie de tous les jours Lectures, goûts et amitiés littéraires Quand vient le soir

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Préface de Michel Mahrt
de l'Académie française

Né à Saint Germain des Près, sur les bords de la Loire, Constant Le Breton a fini ses jours à l'ombre de Saint Germain des Près, sur les bords de la Seine: je veux voir dans ces lieux tutélaires de sa vie autre chose qu'un hasard: le signe d'une fidélité. Fidélité aux paysages de son enfance qu'il a peints si souvent, fidélité aux fleuves auprès desquels il a vécu et travaillé. L'eau a été l'une des sources de son inspiration. Dans les rivières de l'Anjou et du Maine, sur les plages bretonnes, la lagune de Venise, il a capté les reflets des barques, des arbres, des ponts, des palais. En voyant se croiser les péniches sur la Seine, il se rappelait les chalands descendant le fleuve de son enfance, jusqu'à Nantes. Le portrait de Constant Le Breton, que trace son fils, est admirable, lui aussi, de fidélité. C'est un tombeau qu'il a élevé avec piété à sa mémoire. Il ne cache pas certains aspects du caractère abrupt de son père. Son refus du mondé moderne, ses jugements sans appels sur les peintres qu'il n'aimait pas, ses difficultés avec les marchands de tableaux. Ni pensionné, ni assisté, n'ayant jamais touché une retraite, il ne devait rien à personne. Il n'a pas cherché le suffrage des autorités officielles, qu'il méprisait, comme il méprisait l'argent. D'un caractère

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entier, son fils ne nous cache pas qu'il n'était pas toujours facile à vivre. Mais quel homme! Et quel artiste! On ne peut s'empêcher de l'aimer jusque dans ses foucades, car il fut le plus bel exemple d'une espèce en voie de disparition : un homme libre. Il détestait les théories sur la peinture et s'est brouillé avec des amis qui forçaient leur talent, pour suivre les modes du jour. Mais, au risque de s'attirer des ennuis, il a défendu, à la Libération, des amis qui s'étaient compromis avec l'Occupant. On l'imagine quittant son atelier de la rue Visconti où erre l'ombre de Balzac, son barda sur l'épaule: boîtes de couleurs, toiles ou cartons à dessin, gagner par les petites rues qui se croisent, derrière l'Institut, les quais de la Seine, tout proches. Il descend jusqu'au bord du fleuve, plante son chevalet et se met à peindre l'un des plus beaux paysages urbains du monde: la proue de l'île de la Cité, le Pont Neuf, le pont des Arts, les maisons des quais de Conti ou des Orfèvres. Chemin faisant, il a pu rencontrer ses amis dont certains sont des voisins: Derain, Belmondo, Dunoyer de Segonzac, Valdo Barbey qui habite rue des Saints-Pères. Comme la plupart d'entre eux, il a fait la guerre; comme eux il est resté fidèle à une esthétique que l'on peut appeler « classique », bien qu'il n'ait pas d'indulgence pour la peinture officielle et néglige les expositions. Il ne croit qu'au dessin, la « probité de l'art» (Ingres) ; il ne croit qu'au travail bien fait, rarement satisfait du résultat. Mais sa peinture reflète la joie que lui donnait ce travail, qu'il a continué jusqu'à quatre-vingt dix ans. C'est une peinture heureuse, qu'elle montre des jeunes filles en fleurs ou de simples natures-mortes. Il aimait la littérature et fut un grand lecteur, mais il n'aimait pas la peinture inspirée par l'idéologie et l'abstraction. « Etre vrai et simplement vrai, il n'y a que cela qui

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tienne» : il avait fait sienne cette phrase de Stendhal. Les peintres qu'il aimait sont ceux qui ont cherché la vérité: celle du visage humain - et il a été un grand portraitiste celle des objets les plus humbles. Il a été, comme l'a écrit Maurice Druon, comme ses amis Maurice Genevoix, Alphonse de Châteaubriant, dont il a illustré les livres, auraient pu le dire: « Un peintre de la réalité». La place qu'il n'a pas tout à fait obtenue, dans une époque où ont régné le bluff et l'argent, il l'obtiendra quand on le découvrira, comme un Georges de la Tour. A la fin de sa vie, devenu veuf, il prenait son repas de midi au petit Saint Benoît, où nous avons souvent déjeuné. Par la rue Jacob et la rue Bonaparte, il se rendait sans se hâter à son atelier, songeant à la toile en cours. Nous aurions pu le rencontrer alors, lui demander des conseils, l'accompagner quelques pas... Cet homme pur, cet artiste probe qui revit dans ces pages d'amour filial, on regrette de ne pas l'avoir connu.

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AVERTISSEMENT

En prenant la décision d'écrire une biographie de Constant Le Breton, mon père, je suis conscient des risques encourus. D'un côté, il m'est difficile de faire abstraction de l'affection et de l'admiration que je lui porte toujours et qui peuvent me rendre mauvais juge. De l'autre, n'étant pas artiste, je ne pénètre pas comme il conviendrait dans les finesses et les subtilités de l'art. Toutefois, en écrivant ses souvenirs à ma requête, Constant Le Breton pensait que ses notes devraient servir à bâtir quelque chose. Bien que n'étant pas plus que lui écrivain avais-je le droit de me dérober? Je ne l'ai pas pensé. Un peu plus de dix ans après sa mort, le succès des rétrospectives du Musée Marmottan et de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris ayant été manifeste, je me suis mis à cette tâche en espérant que d'autres iront plus loin que moi pour faire apprécier l'oeuvre et aimer son auteur. Je dédie ces pages au souvenir de mes parents.

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INTRODUCTION

Constant Le Breton, mon père, a consacré sa vie à la peinture. Né en 1895, mort en 1985, il a été pleinement un homme du XXème siècle. Bien qu'il n'ait pas ignoré les audaces de son temps, il est resté fidèle à ses choix fondamentaux de jeunesse: respect de la réalité, amour de la nature. Il a tracé son sillon sans se préoccuper des modes. Son originalité n'a pas été tapageuse. Il n'a pas prétendu révolutionner l'art mais seulement apporter la contribution de sa sensibilité et de son métier à la peinture française de son époque. Reconnu par ses pairs, apprécié par la critique, il ne s'est pas donné pour objectif de sacrifier au goût du jour. Sans être un inconnu, il n'a pas obtenu la consécration que son oeuvre justifie. L'avenir, sans aucun doute, rendra justice à son talent et le fera sortir de la brume qui l'enveloppe encore. Sur la base de ses souvenirs et des miens, sur la trame d'un dialogue, hélas interrompu, je voudrais dire quel homme il était, quelle ardeur il a mise à son travail, quelles idées il chérissait, quels exemples il voulait suivre. En même temps, ce témoignage apportera, je l'espère, quelque lumière sur ce siècle, sur la vie d'un artiste qui n'appartenait pas à la mode, sur une famille française ordinaire.

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J'aimerais que ceux qui liront ce livre et ne connaissent pas sa peinture aient envie de la connaître; que ceux qui connaissent et aiment son oeuvre y trouvent des repères qui la leur fassent mieux apprécier; que ses petits-enfants, sa famille au sens large, ses amis en gardent le souvenir; que « le meilleur père qui fut oncques », comme disait Montaigne, y reçoive le témoignage d'un filial attachement.

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CHAPITRE I ORIGINES FAMILIALES

La famille de Constant Le Breton s'est installée depuis plusieurs siècles en Anjou dans le village de Mont jean, bourg sur la Loire qui a depuis très longtemps abrité une importante communauté de mariniers. On était, chez les Le Breton, mariniers de père en fils. Leur patronyme dit assez leur origine. Il est vrai qu'à Mont jean on est à quelques kilomètres de la Bretagne historique et que depuis toujours on a été tourné vers Nantes, distante de soixante kilomètres par la voie d'eau. Mon père aurait aimé qu'un écrivain de talent situe un de ses romans à Mont jean et décrive les moeurs rudes des gens de la batellerie de la Loire. Il ressentait luimême l'appel du voyage lent des péniches à voile; il imaginait les longues attentes du vent à scruter le ciel. Les mariniers pratiquaient une sorte de cabotage mais c'étaient aussi des marchands, allant vendre du petit vin dans l'Orléanais, chargeant de la chaux à Mont jean pour la livrer en Bretagne, revenant avec du goémon qui servait d'engrais ou de paillasses. Voyageurs par métier, ils regardaient avec quelque condescendance les ruraux, agriculteurs, artisans qui ne sortaient pas de leur village. Ils avaient, comme on

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