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D'ECUME AU VENT LA VIE

Du même auteur:

- Haïti blues, Editions de l'Harmattan, 1985 - Calebasse d'étoiles, Editions de l'Harmattan, 1989 - De l'autre bord de l'eau, Editions de l'Harmattan,
(retirage 1996)

1994

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4817-8

Jean-François MENARD

D'ECUME AU VENT LA VIE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Instantanés poèmes D'un pays Qu'en marchant l'on aime.

D'AJONCS ET DE VARECHS

C'est un littoral gris d'écume d'algues sèches et de cabanes bleues dans les creux de la dune un rivage de rochers épars à fleur à marée basse où les oiseaux s'ébattent. Vivaient là des pêcheurs transporteurs et sauniers et des pèlerins lents voyageurs d'absolu s'y arrêtaient la nuit. Ils séchaient le poisson ils invoquaient la lune les esprits et les saints. Dans la craie des falaises aux dalles des fontaines aux murs des chapelles on peut encor trouver de leurs messages rares. Souvent le promeneur aventuré à l'aube voit une fumée loin. S'effacent au soleil levé des silhouettes. Parfois chante à ses pieds un coquillage que la mer vient de poser. Il arrive s'il ferme les yeux qu'il entende un air grave inconnu que la vague reprend...

9

Le marcheur fatigué des falaises de brume et des landes d'ajoncs soudain perdu recherche à quelque rocher gris à quelque pin sa route. Mais plus l'on est perdu davantage on se perd. Il court et s'effarouche au soleil qui descend sur la folle bruyère et se prend à prier. Ainsi tu vas ta vie lent parcours d'aventures. Comme les grands voiliers en baie l'après-midi soudain désemparés laissant flotter leurs voiles semblent chercher le vent tu es navigateur mais ta course n'a pas de port où relâcher ni d'horizon serein. Les grands feux de tes nuits quand t'amèneront-ils au rivage final un bel oiseau paisible y conduisant ton âme ?

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C'est une fille assise aquarelle ou fusain qui regarde la mer et sa baie de grès rose où viennent aborder leurs barques les pêcheurs. Le passant la devine et ne l'oubliera plus.

Des vols vifs d'oiseaux blancs suivent les promeneurs sur la lande à bruyère et les chemins de ronde. Il s'entend au lointain des moissons qui s'achèvent et les musiques gaies des terrasses du port. Comme la paysanne autrefois un instant se relevait au champ et jetait un regard sur la mer familière et sa baie de grès rose Elle est une inconnue immobile sirène qui apprend au fusain ce que le paysage lui enseigne du jeu des lignes, des lumières.

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Au calvaire à ses marches de mousse couvertes à sa fontaine d'eau claire à ses statues de saints de monstres de visages connus qu'on retrouve à travers le pays il reste souvenir de pardons de prières de paysans de noir mis et de processions lentes dans les moissons les chemins et les landes jusqu'à des sanctuaires secrets de granite...

Quand tu vas promeneur sur tes routes d'été tu te trouves parfois penché sur la margelle sacrée où ton regard se trouble et danse avec l'eau grise.

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Paisibles souvenirs paysages et rêves. Passée la pluie la mer devenue bleue sable sous les pins le sentier cadence danse après la dune au vent des ajoncs sur les falaises de grès l'espérance. Mauves soleils dans les coteaux parmi l'ocre dur des tuiles les raisins font qu'après la dune l'espérance est bleue.

Vagues sèves parfums: au large repartir...

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Un voyageur étrange est passé parmi nous et déjà disparaît son visage. S'il ne reste que boue aux marques de ses pas après soleil et pluie soleil et pluie soleil le vent dessine son image. Un voyageur étrange est passé parmi nous. Si la mer sur la plage en efface à grands vagues le pas le vent sec dans la dune en gardera la trace. Un voyageur étrange est passé parmi nous. S'il n'y a que silence aux marques de ses pas il reste à notre nuit peut-être son regard. Qui sait nos souvenirs les meilleurs de l'enfance vont Dieu veuille échouer sur de calmes rivages sous les alizés lents comme de grands voiliers?

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Sous les varechs d'infimes étendues d'un sable si profond L'âme s'y perd. De transparentes eaux viennent y recouvrir à la lune la nuit paysages nuages et reflets par-delà où le coeur est enfoui. Sous les varechs l'âme se perd.

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Croisent dans les récifs les courants et les vols des oiseaux les poissons et nos rêves. Nous écoutons la mer lire dans nos pensées et dire avec la vague nos mouvements d'âme. Avec la vie qui va chargée d'écume au vent nos amours naissent passent. En restent les mots qui surgissent parfois comme galets choisis sur la grève un matin de l'arrière-saison. Ils font rire et pleurer souvenir de visages de lèvres et de corps. L'iode les embaume. Nos instants de bonheur s'attachent dans la dune à l'arbre familier se cachent dans un creux poli dans le rocher.

Et bientôt l'horizon les fait devenir grands.

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