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Ethnologie d'Hawaii

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EAN13 : 9782296223554
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HOMME DE LA PETITE EAU FEMME DE LA GRANDE EAU
Ethnologie d'Hawai'i

Serge DUNIS

HOMME
DE LA PETITE FEMME DE LA GRANDE EAU EAU

Ethnologie d'Hawai'i

Université des Antilles et de la Guyane U.F.R. des Lettres et Sciences Humaines
Centre Langue d'Etude et de Recherche étrangère aux Caraïbes»
(CERALEC)

« Anglais

Presses

Universitaires Créoles L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan

ISBN:

2-7384-0817-6

A mes parents

-1-

Un prince (...) prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels.

RIMBAUD

Conte. in "Illuminations"

-2-

je remercie Ben Finney, dont l'odyssée m'a hanté, la générosité beaucoup touché. Je salue Yosihiko Smoto, Matthew Spriggs et Pat Kirch pour leur ouverture. Puis-je dire que John Charlot m'a transmis un peu de la fibre paternelle? "MountaID Gub" et "Sierra Gub" m'ont entraîné jusqu'au plus haut et plus profond de leurs îles. j'éprouve une gratitude particulière pour Annette Kaohelaulli, sûre et chaleureuse ocganisatriœ d'expéditions. je pense à mes compagnons des pistes les plus improbables: Vernon Knight, Bill Gorst, Ed Kaohelaulii. Richard Macmahon. La fraternité de Mustapha Benouis et la sollicitude de josée Penot-llimétry m'ont beaucoup aidé. Bien d'autres m'ont prodigué leur hospitalité. Cet envoi n'est pas un au revoir ! je dois une vive reconnaissance à la llème section du Conseil Supérieur des Universités pour le semestre de rongé sabbatique octroyé en 1985-6. je remercie la Commission Fulbright pour ma bourse de voyage, et les Universités d'Avignon et d'Hawai'i à Manoa pour mon exceptionnel séjour aux îles. je voudrais également rendre hommage aux professeurs qui sont à l'origine de ma vocation de chercheur: jean Courriol, Emile Laurent, Jacques Debouzy et Monica Charlot, cités ici par ordre chronologique.

A la Martinique où j'ai eu la chance de retrouver les paysages hawaiiens, je remercie Mesdames Josette Hoffmann et Denise Caumartin pour leur patience à dactylographier et infocmatiser mon manuscrit. Je sais gré au Conseil Scientifique de l'U.F.R des Lettres et Sciences Humaines de sa contribution fmancière. je rends hommage, enfin, au IX>yenjean Bernabé, dont le Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace Û"éolophone (GEREe),m'a accueilli cocdialement dès mon arrivée en 1986.

-3-

PREFACE

Le plan de cet ouvrage est simple. Cinq grandes parties initient graduellement lecteurs et lectrices à la civilisation hawaiienne préeuropéenne. La première partie situe l'archipel volcanique et ses possibilités, que d'intrépides navigateurs polynésiens surent mettre en valeur dès le début de l'ère chrétienne, après avoir dompté le Pacifique. Nous présentons toutes les techniques de navigation sans instruments de ces pionniers guidés par leur seule connaissance de la nature. En deuxième partie, nous ex1X>Sonsleurs techniques de production : cultures, pêche, aquaculture, construction des maisons et des pirogues. L'archéologie et les premiers explorateurs européens améliorent notre profondeur de champ. Nous suivons Magellan jusqu'aux sources polynésiennes. La reproduction concrète de la société hawaiienne une fois connue, nous passons, en troisième partie, à l'étude de sa hiérarchie. Seul le chapitre des temples est un peu austère. Mais la pratique de l'inceste à l'égyptienne restitue la saveur de la reconstitution. Festival annuel et apothéose des pharaons du Pacifique inaugurent la voie royale de la mythologie en quatriè me partie. Les mythes ne sauraient en effet être entendus sans une connaissance optimale du milieu écologique et social. Les données objectives de nos trois premières parties livrent donc les clefs de l'imaginaire hawaiien. Leur somme est indispensable au recouvrement de l'osmose avec le monde et la société. Les seize Chants de la version intégrale inédite de l'Hymne à la Création nous plongent au coeur de la poésie et de la philosophie hawaiiennes. La cosmogonie versifiée flirte avec la théorie de l'évolution. Elle embrasse toutes les formes de Vie. Trois courts chapitres nous familiarisent ensuite avec les dieux. Ils aboutissent à une première conclusion dans laquelle s'affirme l'originalité de la société pré-européenne. D'où le constat de la cinquième et dernière partie: il manqua peu de choses à la liberté sexuelle pour vaincre la misogynie patriarcale. Le couple n'est pas, n'est

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jamais duel. Il y a toujours un troisième terme: la aéation. Dieu ou l'égalité des sexes: il faut choisir. Ou bien la sexualité est divine, hiérarchique, sacerdotale. Ou bien elle est partagée.
Les Maori de Nouvelle-Zélande faisaient remonter les pouvoirs de reproduction du monde à l'inceste unique et tactique. Tane s'était rapproché du ciel-père et de la terre-mère pour mieux s'emparer de leur fécondité. La prohibition de l'inceste veillait sur ce monopole héréditaire. A Hawai'i, au contraire, l'inceste n'était pas un point de départ nécessaire et suffisant. Il était répété à volonté par les souverains fermant leur lignée pour régénérer l'Histoire. D'où la divinisation des humains et l'égalité sexuelle de haut parage. En reconnaissant presque la parité du roi et de la reine, les Hawaiiens avaient triomphé de l'idéologie. A la venue des Européens, ils surent anticiper et confièrent à leurs propres historiens la sauvegarde de la culture orale. Du fantasme maori à la pratique hawaiienne, l'équilibre était en marche, la poésie aussi.

-5-

PRONONCIATION

HAWAIIENNE

«e» se prononce «é» : Pele = Pélé «u» se prononce «ou»: Ku = Kou " '" : coup de glotte, bref arrêt de l'élocution:

Hawai'i

ORTHOGRAPHE HAWAIIENNE Mots et noms hawaiiens sont d'un seul tenant ou déoomposés de multiples manières en fonction du respect, ou non, du coup de glotte et des étymologies à privilégier.

1ère

PARTIE

LE CADRE

ŒAPI1RE I

:

LA TERRE DU FEU LE ŒIEMIN DES EfOILffi
VERTES MONT AGNES

ŒAPI1RE II : ŒAPI1RE III:

ŒAPITRE

I

LA TERRE DU FEU

1)

LES VOLCANS a) b)

........................................................

8

La Grande lIe ...................................................... 8 La Maison du SoleiL......................................... 11 ..................... .................................... 13 18

2)

LA VIE

Notes

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LA TERRE DU FEU

1 - Lffi

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Les iles Hawai'i sont les sommets émergés d'une grande chaîne de montagnes sous-marine ancrée sur la mouvante plaque du Pacifique. Fumerolles, jets de vapeur, mulées de lave, tremblements de terre: rile d'Hawai'i, qui a donné son nom à l'archipel, est en constante mutation. Du fond de l'océan jusqu'aux deux sommets, la Grande He est l'enfant du volcan. Mauna Loa, le bien nommé: «La longue montagne», est le plus imposant édifice volcanique du monde: 9.754 m, dont 4.169 au-dessus du niveau de la mer. Mauna Kea, «le Mont Blanc», mesure 4.205 m. Les 578 km2 du Parc National des Volcans de rile d'Hawai'i englobent une partie des deux volcans actifs: Mauna Loa et Kilauea, y mmpris leurs grandes caldeiras (1).

La jeunesse géologique de rile d'Hawai'i est évidente. L'érosion n'a guère eu le temps de modifier Mauna Loa et Kilauea. L'âge des volcans s'élève avec l'éloignement nord-ouest des iles de l'archipel, disposées sous le tropique du cancer. L'érosion a taillé de spectaculaires falaises, pali, sur O'ahu et de grandioses paysages ruiniformes sur Kaua'i.Les iles s'étagent en gradins. On passe des 4.205 m de Mauna Kea aux 3.055 m d'Haleakala,sur Maui puis on descend entre 1.600 et 1.000 sur Moloka'i (Kamakou : 1.515), Lana'i (1.027), O'ahu (Kaala : 1.234) et Kaua'i (1.598). Dernier grand palier: Ni'ihau, «l'île interdite», réservée aux Polynésiens: 390 m.
L'orogénèse des iles est maintenant élucidée. La croûte terrestre n'est jamais immobile, car elle est faites d'immenses plaques, de taille égale ou supérieure à celle des continents, qui dérivent lentement sur un manteau plus profond et plus flexible. L'activité volcanique se concentre en général aux points faibles où les plaques se rencontrent.

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ex, l'archipel d'Hawai'i se situe au milieu de la plaque du Pacifique. Que se passe-t-il donc? On suppose qu'il existe un «point chaud» dans le manteau terrestre,par où monte le magma (2). Le «point chaud» est plutôt stationnaire, mais le fond des mers ne l'est pas : la grande plaque du Pacifique poursuit sa progression inexorable vers le nord-ouest, à raison de 7.5 à 12, 5 cm par an. Chaque volcan de la chaîne hawaiienne est né de ce «point chaud», puis a dérivé et s'est ooupé de sa source vive. Au oours des deux derniers siècles, les laves de Mauna Loa ont reoouvert 64.000 hectares, celles de Kilauea 15.200. Les deux volcans ont dû naître au fond de l'océan il y a 2 ou 3 millions d'années, pour émerger il y a environ 500.000 ans. Au fur et à mesure qu'une île s'éloigne du «point chaud», une autre oommence à se constituer. llis que ces îles mouvantes échappent à leur source, l'érosion prend la relève du volcanisme.

Les entrailles des volcans révèlent un réservoir de magma où la lave en fusion se mêle au rocher en une vaste «éponge». L'éruption peut prendre la forme d'une simple explosion de vapeur. Même la pierre cède lorsque la pression augmente. Le volcan enfle, l'expansion devient irrépressible, le magma s'infiltre dans les fractures et se met à monter. Les tremblements qui seoouent la montagne trahissent l'ajustement. Mais les éruptions hawaiiennes sont assez pacifiques. Les laves surgissent en fontaines de plusieurs centaines de mètres de haut, avant la trop grande montée des pressions explosives. Le record est de 610 m (3). Les coulées font partie intégrante du paysage hawaiien Leurs noms sont devenus génériques: pahoehoe pour les laves fluides, 'a'a pour les laves grossières. Lorsque la coulée parvient jusqu'à l'océan, le contact de l'eau et l'érosion donnent naissance aux plages de sable noir. Combien de temps faut-il à la forêt engloutie pour reoonquérir la lave ? ~ la coulée pahoehoe de 1840 à Makaopuhi,il ne reste que des moulages d'arbres, jadis pris dans son flot, aujourd'hui enfouis dans la végétation (4). Les chutes d'eau sont abondantes le long de la fissure orientale de Kilauea. Le sol s'est bien développé. 'Ohi'a (Metrosideros macropus et collina), hapu'u (Cibotium splendens), kawa'u (Cyathodes) et des dizaines d'autres arbres et fougères atteignent 9 m et plus. Tout cela en moins de 150 ans. A l'autre extrême s'étendent les ooulées du désert de Ka'u. L'éruption de la fissure sud-ouest de Kilauea, en 1823. a libéré une sombre nappe pahoehoe qui paraît récente. Bien peu de lichens se sont aventurés sur sa surface lisse. Le retour de la végétation dépend aussi de la texture de la lave. Les chaos d"a'a ,

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propices à la rétention de l'eau, multiplient les niches. Les graines éprouvent davantage de difficultés pour se fixer à la surface compacte des roulées pahoehoe. Les fougères 'ama'uma'u (SadIeria) et kupukupu (Nephrolepis exaltata) s'arriment pourtant solidement dans les aevasses dont l'humidité les fait prospérer trois mois après l'éruption. Le hasard des coulées aée parfois des îlots de végétation appelés kipuka, véritables miaooosmes d'évolution séparée. Les 40 hectares du kipuka Puaulu, ou Parc des Oiseaux, en sont un exemple. Dans les zones de fissures, de profondes crevasses donnent sur les fractures sous-jacentes. Dans le passé, le magma s'est retiré par endroits de la surface et la terre s'est affaissée en énormes cratères, aux parois à pic, de plusieurs dizaines ou centaines de mètres de diamètre. Ce phénomène est à l'origine des grandes béances de la chaîne des aatères de Kilauea ~ la même façon, les mouvements internes du magma ont fait s'effondrer les sommets de Mauna Loa et de Kilauea Sapant les fondations des dômes volcaniques, les cataclysmes provoquèrent de- gigantesques avalanches qui plongèrent à grand fracas dans les caldeiras de plusieurs kilomètres de diamètre pour plus de 300 m de profondeur. D'énormes blocs sont restés en équilibre sur les aspérités des falaises, notamment à Kilauea, sous l'hôtel de la Maison du Volcan, et sur le précipice d'Uwekahuna, près de l'Cbservatoire. Ailleurs, les gouffres se sont découpés nettement, exposant les couches de lave de leur histoire géologique, que soulignent les volutes inépuisables des phaétons.

L'effondrement des sommets n'est pas lié à l'extinction des volcans. Maintes caldeiras étaient sans doute apparues pendant leur croissance, avant d'être comblées par les remontées de lave. Les deux d'aujourd'hui s'évidèrent juste avant l'arrivée des Polynésiens. Leur création ne fut pas nécessairement simultanée, car les deux systèmes volcaniques sont indépendants l'un de l'autre. Durant son tour de l'île à pied et en pirogue, le missionnaire anglais William Ellis fut frappé de stupeur devant le lac incandescent qui s'agitait au fond de la caldeira de Kilauea en 1823. Kilauea se mit à s'emplir et le lac finit par se réduire à la cheminée d'un cratère, Halemaumau, que les laves inondaient périodiquement pour donner à la caldeira le même aspect de bouclier qu'à la montagne. La caldeira de Mauna Loa s'est elle aussi remplie en partie pendant la période historique, mais avec éruption de laves la plupart du temps émises des fissures. Leurs fines rouches ont constitué

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un plancher presque lisse. En 1790 et 1924, la lave de Kilauea s'évacua brutalement et l'eau put entrer dans le volcan. provoquant de violentes explosions de vapeur qui jonchèrent le paysage de rochers et de poussières (6). La déflagration de 1924 fut si puissante qu'elle mit un terme à l'activité permanente d'Halemaumau. Les fluides laves hawaiiennes ont construit les massifs boucliers que sont Mauna Loa et Kilauea. Mais tremblements de terre, fissures, cratères, coulées, lacs de lave, tunnels, côtes, caldeiras et boucliers se reformeront et bouleverseront enoore le paysage dans les 10.000 ans à venir. A Hawai'i, la terre naît et renaît en éruptions soudaines. Maui, la cadette des îles, n'est pas entièrement coupée du «point chaud». Mais elle est entrée dans l'ère de l'érosion et finira par disparaître dans l'océan. comme Molokini,le petit cône de cendres volcaniques situé au large de sa rote sud-ouest.
b) - La Maîson du Soleil

L'histoire géologique d'Haleakala comprend trois phases (7). Dans la première, Honomanu, la montagne se forme malgré la formidable pression des abysses et le volume relativement peu élevé des gaz contenus dans le magma. Les coulées de lave sont fines et s'épandent en grandes nappes. Les éruptions changent de nature en approchant de la surface. Les laves qui entrent en contact avec les eaux peu profondes provoquent d'immenses explosions de vapeur, de roc et de cendres. La montagne continue sa croissance à l'air libre. Le jour vient où ses coulées répétées opèrent la jonction avec Pu'u Kukui (1.764 m), le sommet oœidental de l'île. L'isthme mesure Il km de large et les riches alluvions arrachées aux deux pentes s'élèvent jusqu'à 60 m au-dessus du niveau de la mer. A la fin de la période d'Honomanu, Haleakala s'élevait à 2.600 m et devait ressembler à Mauna Loa. L'île de Maui, constituée par la réunion de Pu'u Kukui, à l'ouest, et d'Haleakala, à l'est, était plus grande, Maui Nui, aux temps glaciaires. Elle comprenait 6 volcans et englobait les îles Moloka'i, Lana'i et Kaho'olawe. La deuxième phase de l'histoire d'Haleakala s'appelle Kula. Sa lave provient de trois grandes fissures: au nord, à l'est, au sud-ouest. Le sommet actuel de la montagne date de cette époque. llis rones de cendres de toutes tailles se sont formés. llis laves se sont frayé un chemin tortueux dans les fentes d'anciennes couches pour former des dykes de moins de 3 m de large dont le fin basalte résiste à l'érosion.

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Les Hawaiiens y taillaient leurs erminettes. Parfois regroupés en essaims, ces dykes sont à l'origine de sources. L'eau de pluie filtrée par les oouches poreuses des cendres et des soories emprunte leur trajectoire pour venir s'accumuler au pied des parois du cratère. A la fin de la deuxième phase, le volcan culmine plus à l'est à 4.000 m. Mais les périodes d'inactivité s'allongent, les pluies torrentielles amenées du nord-est par les alizés entaillent les vallées de Ke'anae et de Kaupo dont la jonction aeuse la vaste dépression sommitale cramoisie de 900 m de profondeur (8). Comme la plupart des vallées hawaiiennes, ces deux gorges avaient une tête en amphithéâtre dotée d'un éventail d'affluents qui alimentaient le cours supérieur de la rivière. Des chutes d'eau se créèrent au fur et à mesure que les vallées s'élargissaient vers le sommet, accélérant l'érosion. L'immensité du cratère provient sans doute du fait que les deux vallées, déportées l'une par rapport à l'autre, ne se rejoignirent pas exactement et formèrent un grand ooude. Les restes de ce cloisonnement sont encore visibles. L'érosion finira aussi par ouvrir la dépression sur la vallée de Kipahulu. La troisième et dernière phase de l'histoire active d'Haleakala, Hana, s'est achevée il y a 800 ou 1000 ans. Elle fut marquée par l'apparition de fontaines explosives dont les déjections érigèrent de gros cimes de scories. Le plus haut de tous, Pu'u 0 Maui, le Mont de Maui, fait presque 300 m. Les coulées issues de la fissure orientale empruntèrent les vallées de Ke'anae et de Kaupo pour aller se ruer dans l'océan. L'accumulation de ces laves, souvent fines et fluides, atteindrait parfois 900 m. L'amoncellement des cendres et scories sur le versant ouest indique que les vents prédominants de l'époque venaient de l'est. Cest en 1790 que la lave de deux cheminées ooula une dernière fois pour jeter une péninsule à la pointe sud de l'ile. La date s'obtient par comparaison des cartes des deux explorateurs La Pérouse, 1786, et Vancouver, 1793 (9). Haleakala n'est donc pas éteint. L'incroyable chaos minéral de cette éruption rappelle à tous les plongeurs de la Baie de La Pérouse que le volcan peut s'éveiller à nouveau.
A Hawai'i comme en Auvergne, les explosions volcaniques ont lanœ des bombes de toutes tailles. Associées à la formation des cimes de scories, elles jonchent le paysage en compagnie des lapilli, fragments inférieurs à 4 cm, et des cendres, particules de moins de 6 mm. Ces bombes sont des morceaux de lave en fusion projetés en l'air où ils se refroidissent avant de tomber, adoptant ainsi des formes fuselées. Ils peuvent aussi s'aplatir au contact du sol s'ils sont enoore chauds. Sur l'ile d'Hawai'i, les grandes éruptions sont prodigues en «cheveux de

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Pele», obtenus par pétrification des filaments nés de la vitesse de projection des laves. Ces cheveux dérivent ensuite sur le sol, au gré du vent Ils témoignent de la présence redoutée de Pele, la déesse du feu de Kilauea. Le tunnel de lave est une autre formation volcanique spectaculaire. Haleakala en possède un de 400 m de long à l'ouest de son cratère, près du refuge d'Holua (10). Ces cavités se sont creusées lorsque la surface d'une étroite coulée s'est refroidie et solidifiée alors que l'intérieur demeurait visqueux et continuait son cours jusqu'à épuisement En s'évacuant, la lave peut laisser des repères de niveau sur les parois du tunnel. Quant aux grottes en forme de bulles, ce sont d'anciennes poches de gaz autour desquelles la lave s'est pétrifiée. Très important dans la mythologie hawaiienne, le volcan évoque , où le demi-dieu Maui piégea l'astre du jour pour ralentir sa oourse et donner à sa mère le temps de vaquer à ses oocupations quotidiennes. Au milieu de la dépression, le petit cratère Pua'a 0 Pele, comme son nom l'indique, ressemble à un enclos. Keanawilinau, le puits sans fond, plonge à quelque 20 m Pour s'assurer de la future honnêteté de leurs enfants, les mères de la région de Kaupo y jetaient jadis le cordon ombilical, pika, des nouveau-nés. Cest aussi par là que passa Kamakokahai, déesse de la surface de l'océan, pour tenter d'éteindre les feux de sa soeur Pele, la puissante femme du volcan: ka wahine 0 ka lua ,qui fait bouillir les rochers et dévaler des torrents de lave sur les flancs de Kilauea. Le «pot à peinture» est un autre petit cratère dont les jaunes et les rouges proviennent du soufre et de l'oxyde de fer.

la maisondu soleil: hale a ka la

2 - LA VIE Le développement de la vie sur les îles volcaniques qui émergent de l'océan rappelle ce qui s'est passé sur terre il y a des millions d'années. L'archipel d'Hawai'i est un véritable laboratoire biologique où certaines espèces de plantes et d'animaux, qui ont été capables de franchir des milliers de kilomètres d'eau, ont pu s'établir sans grande concurrence. Les possibilités qu'ont les formes vivantes de parvenir jusqu'aux îles sont réduites. Les îles Hawai'i sont les plus isolées du monde, à 3.850 km de la vie grouillante du continent le plus proche, l'Amérique. D'après les biologistes, la flore hawaiienne résulte de l'immigration réussie d'une espèce tous les 40.000 ans (11). Aujourd'hui, les sommets montagneux constituent les derniers vestiges de cette expérience naturelle. D'où la valeur du Parc National d'Haleaka-

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la qui préserve le sommet du volcan et la vallée de Kipahulu. Est appelé indigène toute plante ou tout animal arrivé sans le conoours humain. Les espèces exotiques ont par contre été introduites par l'homme. Les Polynésiens d'abord, les autres ensuite. Parmi les indigènes, les formes de vie endémique sont propres à une aire géographique restreinte, alors que d'autres se retrouvent dans toute la Polynésie. Les volcans d'Hawai'i sont sortis tout nus de l'oœan. Seules 275 variétés de plantes et 300 espèœs d'insectes (12) ont pu atteindre l'archipel qui mesure pourtant 2.450 km de long. Les réseaux éoliens et les courants marins favorisaient l'Asie du Sud-Est, mais beauooup de formes vivantes sont incapables de résister à pareille traversée d'eau salée. Il y a 6.200 km entre Honolulu et Tokyo, 8.500 entre Honolulu et Manille. Même les poissons habitués aux eaux côtières peu profondes ne résistent pas longtemps à la pleine mer. Les graines de ko~ (Acacia koa), le plus grand des arbres hawaiiens, et celles du wiliwili (Erythrina sandwicensis) ont dérivé sur la mer. Mais l'archipel n'a ni poissons d'eau douce ni batraciens. Il n'y a qu'un seul et minuscule serpent aveugle et deux mammifères: le phoque à ventre blanc (moine: Monachus schauinslandU et la chauve-souris (Lasiurus), peut-être déroutée par quelque ouragan préhistorique. Les meilleurs candidats à l'émigration vers les îles sont les plantes dont les graines peuvent être apportées par le vent. Les fougères, dont les spores sont particulièrement légères, sont représentées à Hawai'i par 168 espèces. De grandes plantes peuvent aussi produire des graines légères. Celles de l"ohi'a lehua (Metrosideros macropus et collina), dont les fleurs rouges ou oranges sont l'emblème de la Grande He, sont capables de flotter sur des vents de moins de 10 kmlh (13). Dans les hautes couches de l'atmosphère, il existe des turbulences dont la capacité portante est remarquable (14). La probabilité de chute sur une île ne dépend pas du seul hasard. Lorsqu'un oourant d'air heurte un massif montagneux et s'élève, il se produit une condensation de la vapeur d'eau qu'il véhicule. Tous les éléments solides flottant dans l'air sont autant de centres de oondensation Hs se couvrent alors d'une pellicule d'eau, leur poids augmente et ils tombent à terre. Les îles volcaniques élevées servent donc de collecteurs naturels de particules atmosphériques. L'efficacité du transport éolien est accrue pour les semences munies de structures alaires. La variété de pluvier doré (Pluvialis dominica) qui effectue chaque

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année le trajet entre l'Alaska et les îles Hawai'i, véhicule elle aussi des graines. Tube digestif, plumes et pattes assurent le transport. Des oeufs d'insectes et de mollusques terrestres figurent parmi les passagers. Nombreuses sont les plantes adaptées en ce sens grâce à leurs graines adhésives capables de s'aœrocher aux poils et aux plumes des migrateurs. Lorsque les oiseaux boivent ou nidifient dans les zones humides, de la boue reste collée à leurs extrémités ou à leur livrée, les transformant ainsi en convoyeurs involontaires. Les albatros enduisent leurs pattes d'une sécrétion imperméabilisante. Cette pellicule retient des graines et les protège contre l'eau de mer. Elles pourront être libérées intactes longtemps après. parfois très loin de leur pays d'origine (15). Les graines excrétées qui ont résisté au transit intestinal ont d'autant plus de chance de réussir qu'elles sont, par définition, en milieu fertilisé. Les oiseaux d'Hawai'i ont eu du suœès. Les 70 espèces connues sont issues de 15 espèces initiales. La famille des drépanididés est la plus célèbre: 23 -espèces et 24 sous-espèces se sont constituées à partir d'une seule espèce de départ (16). En 1973. un nouveau genre a été découvert à Maui, dans la haute forêt de pluie du versant nord-est d'Haleakala. Son habitat est limité à 400 hectares. Le po'ouli se nourrit de petits escargots et d'insectes (17). Les oiseaux endémiques d'Hawai'i représentent 28 genres, 47 espèces et 38 sous-espèces. Ils appartiennent à Il familles (18). Les espèces qui ont réussi la traversée ont laissé derrière elles la plupart des concurrents, prédateurs et maladies de leur patrie d'origine. Les îles Hawai'i offraient une diversité d'habitats permettant aux colons de nouvelles évolutions. Coupés de leurs bases génétiques, ils ont développé leurs formes propres, à tel point que 98 % des plantes hawaiiennes sont uniques au monde (19). La palme de la colonisation et de la diversification revient aux insectes. Les 300 espèces initiales ont donné naissance aux 7.000 actuelles (20). On en identifie chaque année de nouvelles. Toutes les espèces ainsi isolées ont évolué au point de ne plus être reconnaissables par rapport à leurs ancêtres. En l'absence de grands herbivores et de prédateurs, la quasi-totalité des plantes d'Hawai'i a perdu ses épines, ses mauvaises odeurs et ses substances toxiques. La framboise sans épines 'akala (Rubus hawaiiensis et Rubus macraei) et la menthe inodore en sont deux exemples. Les espèces évoluent aussi par néoténie en retenant des caractéristiques juvéniles. Le sabre d'argent (Argyroxiphium sandwicense) des pentes arides d'Haleakala, qui ne fleurit qu'une fois dans sa vie, serait une forme de jeunesse d'autres

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plantes de la famille des tournesols, poussant sur les côtes de l'Amérique Centrale et de l'Amérique du Nord. Les graines auraient été transportées sur les pattes et les plumes des oiseaux migrateurs (21). A la latitude de Guadalajara, mais 5.200 km à l'ouest, les pentes sous le vent d'Haleakala offrent, de la mer au sommet, tous les habitats renrontrés en allant du centre du Mexique jusqu'à l'Alaska. La chaleur tropicale diminue régulièrement d'un degré tous les 175 m jusqu'à la oouche d'inversion des températures située entre 1.500 et 2.100 m (22). Formée par l'ascension d'air chaud des terres environnantes, cette rouche finit par se refroidir pour ronstituer une sorte de rouverc1e retenant l'air chaud et humide. Au rontact de l'air froid des altitudes supérieures, les alizés gorgés d'humidité se transforment en nuages ou en pluies. Cette rouche d'inversion explique la présence d'une oouronne de nuages presque permanente autour d'Haleakala, malgré le ciel bleu du sommet et des alentours. Au-dessus de la oouche, la température décroît au même rythme qu'au-dessous, mais les pentes reçoivent très peu d'humidité. La végétation s'éclaircit pour laisser place au désert du cratère. Cette diversité d'habitats explique le sucres de l'hybridation graduelle et de la mutation génétique. On pense que l'oie d'Hawai'i nene (Branta sandwicensis) a évolué à partir de la bernache du Canada pour s'adapter aux arides ooulées de lave (23). L'évolution rayonnante est l'un des phénomènes les plus caractéristiques des îles. Renrontrant un milieu presque inhabité où une infinité de niches érologiques restaient libres et d'acres facile, les premiers immigrants ont pu épanouir toutes les potentialités évolutives de leurs espèces. L'orographie de l'archipel a tellement facilité le fractionnement des populations que chaque vallée possède sa propre espèce de mollusques terrestres. Chez les insectes, le genre Hyposmocoma romprend 216 variétés. La souche pionnière des drépanididés devait être semblable à la sous-espèce actuelle Loxops virens chloris. Elle devait surtout se nourrir de nectar et rompléter son régime avec de petits insectes capturés dans les fleurs, romme le font généralement les nectarivores. Une fois l'habitat occupé. il s'est produit une déviation de la norme alimentaire qui a engendré des entomophages et des granivores. Puis d'autres changements intervinrent pour aboutir à de multiples formes qui se distinguent par la structure du bec. Les plus rommunes sont l"i'iwi (Vestiaria roccinea), l"apapane (Himatione sanguinea) et l"amakihi (Loxops virens) (24).

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A l'échelle du Pacifique, le nombre des espèces diminue lentement à partir de l'Australie et de la Nouvelle-Guinée. A cette réduction graduelle rorrespond un aœroissement de la proportion des endémismes. Comment les êtres humains ont -ils pu relever pareil défi ?

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NOTES

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Kaye, Glen, Hawai'i Volcanoes, the stay behind the scenery, Las Vegas, KC Publications, 1976, p.5 Ibidem, p. 7 Ibid., p. 14 Ibid., p.33 Ellis, William, Journal of William Ellis, Narrative of a Tour of Hawai'i, or Owhyhee ; with Remarks on the Histay, Traditions, Manners, Customs and Language of the inhabitants el the Sandwich Islands; Rutland, Vermont and Tokyo, Tuttle, 1979, p. 164 Kaye, Glen, op. cit., p. 21 Mack, Jim, Haleakala, the story behind the scenery, Las Vegas, KC Publications, 1979, p. 6 Ibidem, p. 10 Ibid., p. 12 Ibid., pp. 12-3 Ibid., p. 16 Kaye, Glen, op. cit., p. 26 et Mack, Jim, op. cit., p. 20 Mack, Jim, op. cit., p. 18 La Faune, Australie et les îles, tome 9, Paris, Grange Batelière, 1977, p. 281 Ibidem, p. 282 Shallenberger, Rj., Hawai'i's Birds, Honolulu, Audubon Society, 1981, p.3 Ibidem, p. 70 Ibid., p. 85 Kaye, Glen, op. cit., p. 27 Mack, Jim, op. cit., p. 20 Ibidem, p. 21 Ibid., pp. 21-2 Ibid., p. 19 et Shallenberger, Rj., op. cit., p. 3 La Faune, Australie et les lies, op. cit., p. 287

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ET DE NAVIGATION

a) - Un peu d'histoire Les migrations des Austronésiens de la poterie Lapita, anœtres des Polynésiens, oommencent à partir de 1500 avant Je. en Mélanésie centrale et orientale. Aucun de leurs sites archéologiques n'a hélas livré de squelettes (1). La patrie d'origine semble avoir été l'archipel Bismarck: Nouvelle-Bretagne et Nouvelle-Irlande, au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les sites habités sont toujours près de la mer, car les voyages aller retour étaient indispensables au maintien des échanges, au premier rang desquels figurait celui de l'obsidienne (2). Aux Fidji la poterie Lapita remonte à 1290 avant Je. (3), à 1140 avant Je. à Tonga (4). A partir de 500 avant Je., la poterie fabriquée en Polynésie occidentale cesse d'être décorée pour s'éteindre vers l'an 300 de notre ère, époque où les 3.200 km séparant Samoa des Marquises ont déjà été franchis. En Micronésie occidentale, Belau (Palau) et les Mariannes étaient peuplés dès l'an 1000 avant Je.. Les habitants venaient d'Indonésie du nord-est ou des Philippines. Ils oonnaissaient la poterie. Yap, Truk, Ponape, Kosrae (Etats Fédérés de Micronésie), Marshall et Kiribati (Gilbert) auraient été atteints depuis le nord de Vanuatu (Nouvelles-Hébrides) vers 1300 avant Je. En Polynésie orientale, les dates les plus anciennes appartiennent aux Marquises, qui semblent y avoir joué le rôle de foyer de dispersion (6). A la limite sud des tropiques, l'île de Pâques, à 3.200 km à l'ouest de l'Amérique du Sud et à 2.000 km au sud-est de Pitcairn, où les mutinés de la Bounty vinrent se réfugier en 1790, fut peuplée entre 400 et 500 de notre ère (7). En 1962, l'exhumation d'un site funéraire de l'archipel de la Société, sur l'île de Maupiti révéla des squelettes disposés et parés de la même façon qu'à Ua Huka, aux Marquises, et à Wairau Bar, en Nouvelle-Zélande (8). Ils remontent au IXème siècle,

-21-

époque d'arrivée des Maori dans la zone tempérée australe. Commentant avec humour son extraordinaire matériel archéologique, Yosihiko Sinoto fait remarquer la seule différence entre les trois sites: la plus grande abondance de dents de cachalot sur les colliers néozélandais (9). On s'accorde à penser que l'archipel d'Hawai'i fut découvert dès la fin du IVème siècle par les Marquisiens, avant de connaître une deuxième vague d'immigration venue de Tahiti entre 950 et 1350. Mais l'hypothèse d'une mutation culturelle purement interne n'est pas exclue (10). Les mêmes formes d'hamewns et de leurres pour la pêche au poulpe caractérisent Hawai'i et les Marquises (11). L'un des deux auteurs du dictionnaire d'hawaiien, Samuel Elbert, estime que les parentés linguistiques entre les deux archipels sont aussi solides que les vestiges archéologiques (12). Un tiki de l'île Necker, à l'ouest de Kaua'Ï, est de style marquisien (13). Le lien avec Tahiti est également évident, comme en témoigne la similitude des erminettes de Maupiti et des Tuamotu avec celles d'Hawai'i. Les palets de Raïatea sont identiques à leurs lointains voisins du nord (14). Les sites de Vaito'otia et Fa'ahia, sur l'île de HuahIDe, illustrent aussi l'homogénéité culturelle de la Polynésie CXientale à la grande époque de diffusion vers les trois sommets du triangle polynésien: Hawai'Ï, Pâques et la Nouvelle-Zélande. Déoouverts au nord-ouest de Fare en 1972 (15), lors du dragage d'un étang près d'un hôtel en construction, ils livrèrent une massue en os de baleine similaire aux patu maoris. Les artefacts retrouvés font penser qu'il s'agit du site d'habitation le plus ancien de l'archipel tahitien. En 1974 furent mis au jour d'autres massues et une pagaie de pirogue, des planches et des pilotis de maison ou de grenier en nombre suffisant pour per mettre une reconstitution. Les fouilles de 1975 livrèrent un arc, quatre manches d'erminettes et un fragment de lance cérémonielle. Parmi les trouvailles de 1977 : un patu de bois et un patu en os de baleine, 2 planches à roulis de 6 m 66 de long avec leurs trous d'attache, un fragment de traverse de balancier de 1 m 71, un aviron de queue de 3 m 82 dont la pale mesure 1 m 97 sur 33 cm et le manche 1 m 85 ! Les types de pendentifs en coquille nacrée retrouvés à Huahine n'appartenaient jusqu'alors qu'aux Marquises. Tous les artefacts de Vaito'otia et

Fa'ahia sont caractéristiques des phases 1. période d'établissement:

300-600 et II, période de développement: 600-1300 des Marquises. Mais ils ne oomprennent pas de poterie (16). En revanche, les massues, les manches d'erminette, l'arc, la lance et autres objets de bois, oomme

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ceux qui se rapportent aux pirogues, sont absents des Marquises. Les deux sites tahitiens ont sans doute été engloutis par une vague sismique au IXème siècle. Pour la première fois dans l'histoire de l'archéologie du Pacifique, ils ont permis de recouvrer les pirogues au long cours des grands voyages de peuplement de l'oœan (17). b) - La pirogue double

D'après Green, la conquête du Pacifique s'est faite grâce à la mise au point des pirogues doubles (18). Elles ont transporté hommes, femmes, enfants, plantes et animaux domestiqués jusqu'aux îles fertiles, certes, mais à la faune et à la flore appauvries par l'éloignement. Elles pouvaient atteindre 37 m de long (19). Les proues, manu, n'étaient pas seulement ornementales: elles ouvraient le sillon pour les roques (20). La gémellité assurait une stabilité presque sans roulis. Les coques fuselées coupent bien les vagues, sans trop tanguer. Par grosse mer, elles tendent à travailler séparément et exercent de redoutables pressions sur les traverses et les attaches. Elles peuvent se détacher. Les traverses sont plus fortes arrondies que droites et permettent de surélever le pont par rapport aux houles (21). Les pirogues au long cours étaient habituellement doubles en Polynésie, simples avec balancier sur le côté en Micronésie. Les pirogues à double balancier, un de chaque côté, s'utilisaient sur l'océan Indien et en Indonésie, jusqu'au nord-ouest de l'Irian Jaya, partie occid.entale de la Nouvelle-Guinée, et les îles du détroit de Torres (22). Le lundi matin 29 juillet 1521 à Bornéo, Pigafetta, l'écrivain de l'expédition Magellan partie «pour circuir une fois le monde» rapporte: 'Nous vîmes venir vers nous plus de cent de ces navires appelés prao, divisés en trois bandes avec autant de tungbuly qui sont leurs petites barques. Voyant cela et pensant à quelque tromperie et trahison, le plus tôt qu'il fut possible nous donnâmes voile. Dans notre plus grande hâte nous laissâmes une ancre, et encore avions-nous très grande crainte d'être pris au milieu de certains navires appelés junces , qui, le jour précédent, étaient demeurés auprès de nous. Les

junces , navires de ces peuples, sont faites de cette façon: le fond est

d'environ deux paumes sur l'eau et de grandes planches avec des chevilles de bois assez bien faites, et le dessus est tout de cannes. Une de œs junces porte autant de biens qu'un navire. D'un côté et d'autre, il y a de très grosses cannes pour contrepoids. Leurs mâts sont de cannes et les voiles d'écorce d'arbres"(23).

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Les embarcations les plus connues sont le pahi tahitien, avec ses deux coques et ses deux mâts, le tongiaki tongan, semblable aux bateaux de Samoa et de Rotuma, le baurua de Kiribati. Toutes les pirogues de Miaonésie, des outliers polynésiens et de Mélanésie, excepté les îles Shortland, ont des proues et des poupes identiques, donc interchangeables. Le balancier se trouve du côté du vent (24} A Guam et Rota en mars 1521. Pigafetta avait fait la desaiption suivante: «Leurs barquettes ont de l'autre côté de la voile une grosse poutre pointue à l'extrémité, avec des pales en travers qui baignent dans l'eau, pour aller plus sûrement à la voile. Celles-ci sont faites de feuilles de palme rousues, à la façon de voile latine, à la droite du timon. Certaines ont des avirons comme des pelles de foyer et il n'y a point de différence entre la poupe et la proue de ces barquettes et elles sont romme des dauphins à sauter d'onde en onde» (25). Balanciers et louvoiement par proues et poupes interchangeables semblent être originaires d'Indonésie (26). Les pirogues de bois ne sombrent pas. Elles peuvent chavirer ou se faire submerger, mais continuent toujours de flotter. D'après les Hawaiiens, les pirogues doubles submergées loin des rotes étaient perdues. A l'inverse des pirogues à balancier, il est impossible de les renflouer à l'écope si la mer est démontée. La submersion d'une seule des deux coques est elle-même irrémédiable, aggravée qu'elle est par la poussée de la roque qui surnage (27). A l'éPOQue du contact avec les EuroPéens, les Polynésiens utilisaient donc deux sortes de pirogues doubles: la pirogue de louvoiement et la pirogue convertible, distinguées par leur façon de manoeuvrer (28). Les deux variétés naviguaient au vent de manière oblique, d'un côté du vent puis de l'autre, jusqu'à destination. La pirogue de louvoiement virait pour passer d'un côté à l'autre du vent. La voile changeait de roté sur la pirogue convertible. La poupe devenait proue. Les extrémités identiques facilitaient la manoeuvre. Celles de la pirogue de louvoiement étaient bien différenciées. La coque du roté du vent de la pirogue convertible était plus petite. les deux coques de la pirogue de louvoiement étaient de même taille. Les pirogues océaniennes au long rours pouvaient parcourir 185 à 280 km par jour en trajet direct sans louvoiement, sans vraiment serrer le vent (29). A Belau, Yap, Truk, Ponape, Kosrae et Kiribati, une légère asymétrie de la coque, plus convexe du roté du balancier, compense la traction de ce dernier et maintient l'embarcation en ligne droite. Cook estimait la vitesse moyenne du tongiaki à 7 noeuds. Il trouvait que les pahi tahitiens, capables de couvrir 40 lieues (30) par jour, étaient beaucoup plus rapides que lui (31). até transport, la flottabilité et la stabilité des

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doubles pirogues polynésiennes étaient supérieures à celles des pirogues simples à balancier. Le tongiaki pouvait transpocter 80 à 100 passagers, soit au moins quatre fois plus de personnes que le nombre requis pour la manoeuvre (32). La charge utile était énorme. Les bateaux pouvaient être équipés pour des voyages de plus d'un mois. Les pagaies n'avaient pas grande importance sur de lourdes pirogues à haut bord. c) - Les archipels Peu d'îles sont isolées. La plupart s'agrègent en archipels ou chapelets sur des centaines de kilomètres. Il est possible de voguer d'une île à l'autre du Pacifique, depuis l'Asie du Sud-Est, sans jamais effectuer un passage de plus de 575 km La distance moyenne entre les îles ou archipels oscille entre 90 et 370 km (33). Trois exceptions de taille : Pâques, Hawai'i et la Nouvelle-Zélande, ainsi que le passage de la Polynésie occidentale à la Polynésie orientale. Les plus grands navigateurs se trouvaient donc à l'est. Des dérives imprévues peuvent se produire. Elles n'expliquent jamais les grandes découvertes. Le groupe de la Société s'étend sur 300 km du nord au sud et 575 km d'est en ouest. Les Marquises font 390 km sur 335, Fidji 685 x 610, Samoa 205 x 480, Tonga 480 x 260, les Tuamotu 1.020 x 925, les Cook méridionales, excepté Rarotonga et Mangaia 220 x 370, Tuvalu (les Ellice) 465 x 370. L'archipel hawaiien mesure 2.450 km, dont 630 de montagnes culminant à plus de 4.000 m avec volcans en activité. De telles étendues facilitent la navigation à l'estime (34).

Mais les archipels rendent la navigation nocturne dangereuse. Les insulaires de Belau, Yap, Truk, Ponape, Kosrae et Santa Û'uz, aux Salomon,préfèrent mettre en panne la nuit (35). Citons Bougainville: «J'ai nommé l'Archipel Dangereux cet amas d'îles dont nous avons vu onze (les Tuamotu), et qui sont probablement en plus grand nombre. La navigation est extrêmement périlleuse au milieu de ces terres basses, hérissées de brisants et semées d'écueils, où il convient d'user, la nuit surtout, des plus grandes précautions» (36). Aux Samoa: «On ne se figure pas avec quels soins et quelles inquiétudes on navigue dans ces mers inconnues. menacés de toutes parts de la rencontre inopinée de terres et d'écueils, inquiétudes plus vives encore dans les longues nuits de la zone torride. Il nous fallait cheminer à tâtons, changeant de route, lorsque l'horizon était trop noir devant nous. La disette d'eau, le défaut de vivres, la nécessité de profiter du vent, quand il daignait

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SQufier, ne nous permettaient pas de suivre les lenteurs d'une navigation prudente et de passer en panne, ou sur les bocds, le temps des ténèbres» (37). Plus tard, en quittant Vanuatu: «A onze heures du soir on aperçut à une demi-lieue de nous dans le sud, des brisants et une rote de sable très basse. Nous prîmes. aussitôt les amures à l'autre bord, signalant en même temps le danger à l'Etoile. Nous courûmes ainsi jusqu'à cinq heures du matin, et alors nous reprîmes notre route dans l'ouest-sud-ouest pour aller reconnaître cette terre. Nous la revîmes à huit heures, à une lieue et demie de distance. Cest un petit îlot de sable qui s'élève à peine au-dessus de l'eau et que ce peu de hauteur rend un écueil fort dangereux pour des vaisseaux qui font route de nuit ou par un temps de brume. Il est si ras qu'à deux lieues de distance, avec un horizon fort net, on ne le voit que du haut des mâts. Il est oouvert d'oiseaux» (38). d) - Vents et courants Vents et oourants prédominants du Pacifique sont orientés estouest, en sens contraire aux origines asiatiques et mélanésiennes des Austronésiens. La thèse des dérives d'Andrew Sharp (39) est donc intenable. Pour Sharp le Rubicon polynésien mesurait 555 km, audelà desquels cessait toute possibilité de voyage aller retour (40). Vents alizés dominants et oourants équatoriaux du Pacifique se déplacent de l'Amérique vers l'Asie. Mais dominant ne signifie pas permanent (41). Vents et courants changent de direction. croissent et décroissent. La mousson affecte la bordure occidentale de l'océan. de l'Indonésie à la Nouvelle-Guinée, parfois au-delà. Des vents favorables peuvent soufier pendant plus d'une semaine, par exemple lorsqu'une zone de basses pressions, venue des pays de mousson. submerge les alizés et déclenche un contre-oourant de vents d'ouest jusqu'à Tahiti (42). Les Polynésiens connaissaient ces changements et savaient les prévoir plusieurs jours à l'avance. Attendre les vents d'ouest faisait partie de la stratégie de navigation vers l'est. Cest ce que faisaient les Tahitiens pour se rendre aux Tuamotu et les Rarotongans pour rallier Tahiti. Il fallait sans doute oomposer : louvoyer à la réapparition des alizés, puis profiter des nouveaux vents d'ouest. Ainsi de suite jusqu'à destination. Avancer vers l'est était judicieux: en cas de retraite forcée, il suffisait de se laisser porter par les alizés. Les navigateurs parvenus à la Société et aux Marquises n'auraient pas eu grande difficulté à revenir au point de départ. Repartir pour le centre du Pacifique aurait par oontre oonstitué un nouvel exploit (43). Il y a 1.900 km entre les Samoa

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crientales et les plus oa::identales des îles de la Société, presque 4.000 entre Tonga et les Marquises. Les légendes marquisiennes (44) soulignent que les premiers arrivants venaient «d'en bas», mei iao mai, et qu'il leur fallait <<remonter»,iuna, pour trouver des terres. Cest la fa<;x>n polynésienne de dire qu'ils venaient de l'ouest, sous le vent, et devaient naviguer vers l'est, contre lui, pour toucher au but. Est-ce une coïncidence si le flux des vents d'ouest, qu'autcrise chaque été le mollissement des alizés de l'hémisphère Sud, suit l'itinéraire des potiers Lapita (45) ? La Micronésie ne semble pas jouir d'une saison propice à pousser vers l'est (46). L'étude des roses des vents de Samoa et Tahiti pour décembre, janvier et février montre que ces vents d'ouest persistent au-delà de Fidji. Le pourcentage par rappert aux vents dominants atteint 37 % pour Samoa et 20 % pour Tahiti (47). La fcrce de la double pir~ue venait de sa capacité à louvoyer dès que les vents reprenaient leur cours normal vers l'ouest (48). Le processus a dû être lent et périlleux. Plus d'une embarcation a dû être submergée en grosse mer. Les survivants ont dérivé sur l'épave jusqu'à ce que l'épuisement ou les requins les achèvent. D'autres sont sans doute mcrts de faim sans trouver de terres. Les tempêtes opt prélevé leur part. Des pir~ues se sont écrasées sur des îles ou des récifs. Les traditions craies mentionnent des groupes mis en fuite par la guerre ou la famine sans avoir pu préparer leur voyage (49). L'inhabituelle nuaison d'E1 Niiio (SO) explique peut-être pourquoi les Marquises furent le premier archipel colonisé par l'ouest. Appelée l'enfant parce qu'elle survient aux alentours de Noël. cette nuaison pousse les chaudes eaux équatoriales de surface vers les rotes de l'Amérique du Sud. Elle aITecte alcrs les substances nutritives venues des fraîches profondeurs et dévaste les riches pêcheries péruviennes d'anchoveta (Cetengraulis mysticetus). Sous l'effet conjugué des alizés des deux hémisphères qui provOQuent la formation des deux courants équatoriaux du ncrd et du sud, le niveau du Pacifique équatcrial est plus élevé à l'ouest qu'à l'est. Entre ces deux courants est-ouest, sur une lDne comprise entre 4 et 10° nord, cocrespondant gross<>modo à celle des calmes, se brasse le contre-courant équatcrial crienté à l'est. Il existe aussi le contre-courant équatorial beaucoup plus profond de Cromwell En mollissant au bénéfice des vents d'ouest, les alizés du centre du Pacifique rompent cet équilibre de vents, de courants et de niveaux d'océan (5 I). Sans leur pression. les chaudes eaux amoncelées à l'ouest refluent jusqu'aux côtes de

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l'EQuateur et du Pérou (52).Les pêcheries furent ruinées en 1972. En 1982-3, les vents d'ouest se firent sentir aux Marquises en déœmbre. Ils dominèrent en mars et avril. Cette nuaison eût été parfaite pour pocter des pirogues ociginaires d'une île occidentale (53). Pour la conquête de l'est, les pirogues durent franchir les 2.500 km entre Pâques et les Gambier, les 2.800 entre les Cook et la NouvelleZélande, les 3.500 entre Hawai'i et les Marquises. Hawai'i et Tahiti sont idéalement situées par rappoct aux alizés pour faciliter les voyages aller retour (54). Il n'en va pas de même pour Hawai'i et les Marquises, bien qu'Hawai'i soit facile d'aocès au départ des Marquises. Voyager dans les deux sens entre la Société ou les Cook et la Nouvelle-Zélande aurait également posé de gros problèmes, surtout pour revenir de Nouvelle-Zélande. Le parcours le plus difficile mène du centre de l'oœan jusqu'à Pâques. A 28° de latitude sud, l'île se situe sur la zone de transition des alizés du sud-est et des vents d'ouest plus élevés. Pendant les mois d'hiver, de .mai à septembre, elle subit un climat instable, souvenf pluvieux, avec de focts vents d'ouest. Comme le suggère le parcours du radeau de Ie Bisschopp, toute pirogue venue de Tahiti ou d'autres archipels polynésiens pouvait être prise par les vents d'ouest au soctir des alizés. Outre la chance, cela supposait de fortes qualités de marin et d'endurance pour survivre à ce froid passage (55). Ie meilleures conditions de voyage ont peut-être existé pendant le petit réchauffement climatique des tropiques entre 750 et ] 250. Puis le refroidissement de 1400-1850 a peut-être engendré une période de focts alizés, de tempêtes plus fréquentes et de vents d'ouest plus faibles (56). Cette période fait aussi le départ entre l'ère des dernières conquêtes et l'absence de voyages aller retour. La mobilité des populations surprendra pourtant les premiers Européens. Quiros vit à Taumako des pirogues capables de transpocter 50 personnes (57). Lorqu'en 1686 les Espagnols conquirent les Mariannes, découvertes en 1521 par Magellan, les réfugiés s'enfuirent à Yap, Truk, Ponape et Kosrae (58). Les Tongans, qui partaient guerroyer très loin à l'ouest, dirent à Cook que l'île de Tabiteuea, pourtant située à Kiribati avait jadis été sous leur tutelle (59). Elle se trouve à 2.167 km au nord de Tongatapu. D'après Banks, les insulaires de Raïatea quittaient leur île plusieurs mois pour en visiter une centaine d'autres (60). Ies raids sur Belau se lançaient de jobi-Sarmi et Tarkur-Saar, en Irian occidental (61). Ie lointaines expéditions de pêche se montaient à Tonga et Samoa, par transpoct de l'embarcation de pêche à la bonite sur une double pirogue (62). Les habitants de Pukapuka allaient

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jusqu'à Samoa pour se procurer le basalte des erminettes (63). La suprématie de Yap s'étendait jusqu'à Puluwat et sa monnaie de pierre provenait des carrières de Belau, à 425 km de là (64). Les Hawaüens furent des marins réputés jusqu'au milieu du XIXème siècle. A tel point que les capitaines marchands et baleiniers de la Nouvelle-Angleterre venaient dans le Pacifique avec un équipage minimum afin de mieux les engager pour leurs longs périples (65). e) - Lewis et Finney Comme l'indiquent nos sourœs, l'essentiel de la redécouverte des techniques polynésiennes de navigation a été recueilli et testé par deux anthropologues exceptionnels: David Lewis et Ben Finney. Médecin devenu navigateur, Lewis est originaire de Nouvelle-Zélande et de Rarotonga En novembre et déœmbre 1965, à berd d'un catamaran nommé Rehu Moana, Embruns, il refit le trajet des premiers Maori partis de Raïatea, -Havaiki, pour Aotearoa (66). "Vogue un peu à gauche du couchant en novembre" avait dit l'ancêtre Kupe (67). Sans instruments, en s'aidant des étoiles, des houles et du soleil, Lewis parcourut les 3.850 km en 35 jours. Il toucha terre à seulement SO km de la latitude de débarquement escomptée. En 1968, il obtint une bourse de recherche de l'Université Nationale Australienne pour étudier les techniques de navigation traditionnelle encore pratiquées dans le Pacifique. Il couvrit 24.000 km, dont 3.000 sans instruments, en compagnie de deux des derniers maîtres: le Micronésien Hipour, de l'atoll de Puluwat, à Yap, Carolines, et le Polynésien Tevake, de l'atoll de Pileni, aux îles des Récifs de Santa Cruz, Salomon (68). En 1976, Ben Finney, Professeur à l'Université d'Hawai'i à Manoa, et son équipage, démontrèrent les capacités de la double pirogue à naviguer contre vents et courants entre Hawai'i et Tahiti, les deux archipels les plus éloignés l'un de l'autre (4.1SO km) pour lesquels des voyages aller retour étaient revendiqués. La pirogue, dont l'architecte était l'artiste Herbert Kawainui Kane (69), s'appelait Hokule'a, nom hawaüen de l'étoile Arcturus, dont le zénith. situé au-dessus de la Grande Ile, servait de repère aux navigateurs de retour (70). Sans instruments à l'aller, le bateau aœomplit 5.370 km en 32 jours pour arriver à Papeete le 4 juin. Il draina plus de curieux que Cook et le Général de Gaulle: 15.000 (71). Hokule'a participait aux œrémonies du biœntenaire américain et repartit le 4 juillet, jour de la fête nationale des Etats-Unis. Le 24, Hawai'i était déjà en vue (72), mais œtte fois, le