Femmes sahraouies, femmes du désert

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296193000
Nombre de pages : 200
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Femmes sahraouies, femmes du désert

Déjà parus à L'Harmattan sur le Sahara occidental
BARBIERMaurice, Le conflit du Sahara occidental, 420 p., 190 F. Trois Français au Sahara occidental (1784-1786),215 p., 95 F. - Voyages et exploration au Sahara occidental au XIX' siècle, 371 p., 170 F.
BESLAYFrançois, Les reguibats, Polisario, 200 p., 95 F. de la paix française au Front

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Les fondements juridiques et institutionnels de la République Arabe Sahraouie Démocratique, Actes du Colloque international de juristes, Paris, les 20 et 21 octobre 1984, 160 p., 75 F.

HODGES Tony, Sahara occidental, origines et enjeux d'une guerre du désert, 512 p., 250 F. PERREGAUX Christiane, L'école sahraouie, de la caravane à la guerfe de libération, 160 p., 85 F. Peuple sahraoui, Escuchando la historia, chants d'histoire et de vie pour des roses de sable, texte bilingue, 172 p., 72F. Sahara occidental. Un peuple et ses droits, 200 p., 95 F. ZEIN Saad, Les chemins sahraouis de J'espérance, 190 p., 90 F.
Photo de couverture: C. Page @ L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384-0517-7

Christiane

PERREGAUX

Femmes sahraouies, femmes du désert

Éditions l'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

A Kheira, A Myriam, A nos filles nées pour la paix pour la liberté

« La parole trouve Le silence déborde Entre l'instant S'inscrit notre

en nous son multiple de songes à venu à vivre

paysage

vécu et l'instant visage éternel. »

Andrée Chédid Tels que nous sommes

Khoueita Hammad Hadda avait trente ans en 1977. Mariée, elle vivait dans la ville de Smara. Elle a été arrêtée, enceinte d'un mois. Elle est restée six semaines dans la prison de Smara où elle subissait quotidiennement la torture. Transportée dans la ville d'El Aaiun occupée, elle fut internée dans la prison centrale. C'est là qu'elle mit au monde un garçon qui ne vécut que quelques heures. Khoueita Hammad Hadda est morte sous la torture le 30 novembre 1977 sans avoir revu la liberté.

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]] s'appelle Mon pays, lui, a des noms fabuleux. Saguia El Hamra... Turis.. As-Sahra. Il est très grand. Pour en faire le tour, je dois marcher de très longues années. J'aime bien voyager. Nous le faisons tOujours. Nous dessinons les jours en reliant les points d'eau. Nous en connaissons les mystères. Dès qu'on s'arrête près d'un puits, où le sable est toujours un délice, les chèvres sont contentes. Les hommes et les moutons aussi. Les chameaux ne disent rien, mais ils mangent de l'herbe. Tout le jour, même la nuit. Djamila Olivesi, Les enfants du Polisario 11

Dunes

Elles sont Sahraouies.

Elles sont femmes.

Ensemble, nous avons passé des journées, des nuits, sous les tentes des campèments de réfugiés sahraouis, là-bas tout au fond du désert algérien, autour des puits de la badya, les zones libérées de la République Arabe Sahraouie Démocratique. Ensemble, nous avons pensé à la façon dont nous pourrions transmettre à d'autres femmes, à d'autres hommes, une parcelle de leurs vies, un éclat de leurs luttes, une étincelle de leurs espoirs. Comment nous pourrions dire leur engagement quotidien pour l' indépendance de leur pays, pour l'éducation des enfants et des adultes, pour la santé, pour une plus grande autosuffisance malgré le grand dénuement de la situation actuelle. Comment nous pourrions faire comprendre leur éternité de traditions nomades toujours liées à leur pré13

sent. Comment nous poumons passer le témoin de la solidarité. Nous avons pris la décision d'écrire un livre. Elles en seraient l'encre, la vie. Je serais leur plume. J'essaierais de raconter leur Histoire et leurs histoires. Je publierais les billets, les traces de nos rencontres, de nos discussions, quelquefois inachevées. Exercice périlleux, que de dire sans trahir, avec mes mots de femme sédentaire, nantie, européenne qui n'a connu que la paix, des années de guerre, d'exil. Des années d'espérance, des soifs inextinguibles de libertés, des oppressions toujours vivantes et des défis quotidiens pour s'organiser, survivre puis vivre dans une des régions les plus cruelles du monde.

* * *

Les pages de ce livre sont nées du désir de faire connaître, aimer les femmes sahraouies et leur peuple dans cette période déterminante de leur existence. Trop ignorées du monde, elles mènent une existence qui vaut la peine d'être connue. Les lignes de ces pages sont quelques grains de sable ramassés le long des jours passés ensemble. Loin d'être tout le désert, tout le peuple, elles sont les symboles de milliers d'autres grains qui, pétris par les événements, donnent naissance à la rose des sables, mystérieuse, résistante. Elle a la couleur douce du sable à la rosée, la corolle dentelée par les esquilles qui entaillent sans tuer. Elle réunit le passé au présent et résiste au futur. Comme les femmes sahraouies, elle a la patience de celles et de ceux qui savent que le temps, l'Histoire, demain, est avec eux.

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Mais Finalement ce sont de petits événements de la vie de chacun, qui n'ont que l'importance de faire partie de la vie de tous et qui font J'histoire du peuple. Eva Forest journal et lettres de prison

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Maryam

Parle de nous Raconte notre histoire,

notre

Vie

Maryam, je vais essayer de tenir la promesse que je t'ai faite le 28 août dernier. Nous discutions sous ta tente hospitalière, sur la hamada de Tindouf caillouteuse, brûlante, inhumaine. Avec tes sœurs, avec une partie de ton peuple, vous vous êtes arrêtés sur cette terre il y a plus de dix ans déjà. Depuis 1975, vous lui avez donné la vie, l'espérance, un frisson de liberté qui saisit dès l'arrivée dans vos campements. Camps de réfugiés sahraouis relégués au bout de l'univers habité. Réfugiés dignes, fiers, défiant le temps, l'injustice. Privés de tout sauf de l'espérance tenace, séculaire, de ne jamais accepter la domination, l'occupation. 17

Je revois tes gestes calmes, précis, déterminés. Accroupie sur le tapis rose, vert, bleu vif et blanc sable, tissé dans vos ateliers, tes bras burinés, sertis d'un mince filet d'argent, tu prépares le thé. Devant toi, le plateau de métal à trois pieds, les petits verres cannelés, la boîte precieuse remplie du fameux « special greenpowder », le meilleur thé vert du monde. Je me suis toujours demandée comment, depuis la Chine lointaine, il avait pris le chemin des caravanes. A ton côté, le kanoun ou plutôt maintenant la bouteille de gaz emprisonnée dans un carcan de fer blanc pour prévenir les incendies. Tes mains dansent du réchaud au plateau. Tu remplis d'eau et de feuilles vertes de Chine finement roulottées la petite théière rouge émaillée. Premier lavage du thé. Après avoir secoué circulairement la théière, tu jettes l'eau dans la boîte de fer blanc. Une nouvelle fois, tu recouvres les feuilles de l'eau des puits ou des citernes. Sur le réchaud, rapidement, le mélange bout. Avec un chiffon délavé, tu tiens l'anse brûlante, tu soulèves le couvercle, sucres le breuvage que tu verses dans un verre. Le thé chante une fois encore, déborde à peine sur la flamme et dégage cette odeur caramélisée annonçant que le thé va être servi. Il coule dans les verres. Une fois, deux fois, dix fois tu transvases le liquide moiré de l'un à l'autre et, artiste, tu fais naître au fond des verres une mousse nuageuse, délectable. Puis, saisissant l'anse, entre le pouce et l'index, tu soulèves la théière, la main à hauteur de tes yeux lointains et tu laisses tomber en ruban odoriférant la boisson impatiemment attendue. A petits coups de lèvres, nous savourons le seul élixir qui, ici, peut nous désaltérer. Malgré les 50 degrés, tu recommences une deuxième, une troisième fois la préparation du thé. Inlassablement. Car le boire par trois est plus qu'une coutume, c'est un rite. Une liturgie. La cérémonie du thé rythme toute ta vie
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et celle des réfugiés sahraouis. Les journées des combattants qui arrachent, sur le front, votre liberté. Les transhumances des nomades qui peuplent de nouveau les zones libérées de la RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique). Les discussions des représentants du Front Polisario à l'étranger. Les souffrances de ta famille, de mille familles sahraouies restées dans ton pays toujours occupé par l'armée et l'administration marocame. Te rendre vivante, Maryam, te faire aimer. Décrire ta force, ton cœur de mère qui pleure son fils tombé à la guerre et qui attend son mari en permission. Tes mains d'artisane tissant les tapis qui recouvrent le sable des tentes. Ta ténacité à suivre les cours d'alphabétisation. Ton engagement dans le groupe de musique de la daïra de Tcheira. Cette commune où tu vis depuis ton arrivée, un malheureux jour de mars 1976. Malgré treize ans d'exil, ta foi, toujours sans faille, dans le retour au pays. Foi de milliers d'autres femmes. De vous toutes que j'ai rencontrées au cours de mes séjours dans votre havre provisoire. * * * Aidez-nous Mettez vos mains dans les nôtres et marchons vers la
palX

Maryam, Khadidja, Khadjatou, Khebicha, Mgheily, Barka, Hjeiba, Darjalha, Menina, Meilimnine, Salka, Kh'dija, toutes, lors de nos rencontres, vous m'avez parlé de paix, du retour dans les villes, les campagnes,

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sur le bord de mer de la République Arabe Sahraouie Démocratique. Depuis des siècles déjà vous résistez aux occupants du Nord. Hier c'était l'Espagne. Aujourd'hui, c'est le Maroc. Votre histoire n'est qu'un long chant de résistance. Hommes et Femmes y ont pris part. Pourtant, jamais je n'ai rencontré peuple aussj pacifique, peuple musulman, libre dans ses relations entre hommes et femmes, vivant la précarité quotidienne de la guerre, de l'exil et offrant à ses hôtes la sécurité et la sérénité de l'âme.

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