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GLOBE-TROTTER ET CITOYEN DU MONDE : SERGE DEBRU

De
216 pages
Ce départ de Serge, à dix-sept ans, pour faire le tour du monde, le mot laissé sur la table de la salle à manger et comment René Debru, son papa réussit à le faire revenir... La chasse aux crocodiles avec Papion en Afrique... Serge devenu conducteur d'un " taxi-traîneau " le soir de Noël chez les Esquimaux... Six mois chez les Machiguengas au coeur de la cordillère des Andes... La relation avec l'ambassadeur de France en Afghanistan, à Kaboul d'abord, en forêt de Verrières ensuite... Le dernier récit de Serge, à la recherche de Païti, la capitale des Incas, et peut-être du " trésor des Incas "... Le drame final et tout ce qui l'implique... Voilà qui méritait d'écrire un livre qui est, avant tout, le livre de Serge.
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GLOBE TROTTER

ET CITOYEN DU MONDE: DEBRU

SERGE

Couverture: Serge Debru, à plus de 5 000 mètres dans les Andes, au cours de l'expédition Tahuantinsuyu 1 Bolivie-Pérou, 1968.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5072-5

Pierre Dufourmantelle

GLOBETROTTER ET CITOYEN DU MONDE: SERGE DEBRU

Postface de Hugues Puel

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

HISTOIRE DE VIE ET FORMATION
Dirigée par Gaston Pineau avec la collaboration de : Pierre Dominicé, Magali Dubs, Guy Jobert. André Vidricaire et Guy de Villers

(1 ~)

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet "formation" s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet "histoire de vie", plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus: Volet "histoire de vie" Claire Sugier, Haïti terre cassée... Quinze ans dans la campagne haïtienne. Line Toubiana, Marie-Christine Point, Destins croisés. Elles sont profs, l'une est juive, l'autre est catholique...

Volet "formation" Danielle Desmarais et Jean-Marc Pilon, Pratiques des histoires de vie. Au carrefour de la formation, de la recherche et de l'intervention, 1996.

A Laurence Debru, la mère de Serge et à Danielle, qui fut secrétaire de l'Association créée par René Debru, le père de Serge, pour l'aider dans ses voyages.

SOMMAIRE

INTR 0 DUCTI 0 N LE TOUR DU MONDE LA PREMIERE TENTATIVE LE TOUR DU MONDE EUROPE AFRIQUE ATLANTIQUE AMERIQUE DU SUD AMERIQUE DU NORD PACIFIQUE ASIE YUKON 64 LA DESCENTE DU YUKON...: ... LE PORTAGE L'HIVER CHEZ LES ESQUIMAUX T AHU ANTINS UYU 1 AUTOUR DU LAC TITICACA. BOLIVIE LA SEL VAil LE RETOUR
Il

7 15 ... 17 21 21 23 35 35 44 56 59 75 SI 92 111 121 127 131
139

:

151 157 162 172 173 181 .195 199

TAHU ANTINS UYU 2 LA DERNIERE BANDE DE SERGE PREMIERES RECHERCHESDES TROIS EXPLORATEURS L'ANNONCE DU DRAME PO EMES. VISAGES CONCLUSION POSTFACE DE HUGUES PUEL

INTRODUCTION
C'était le 2 Août 1960. Je terminais un voyage au Brésil où m'avait envoyé le Ministère de la Coopération Technique pour enseigner, pendant trois semaines, l'Organisation Industrielle aux élèves d'une Ecole d'Ingénieurs de Rio Janeiro. Je venais de quitter Colgate Palmolive où j'avais été responsable du Service d'Organisation et j'allais entrer chez Nestlé pour y créer un Service analogue. Le Ministère m'avait demandé de clore ma mission en faisant quelques conférences dans deux ou trois villes du Brésil sur des sujets d'actualité. Ce jour là j'étais à Salvador de Bahia, l'une des plus belles villes du Brésil, sur l'Atlantique, au Nord de Rio de Janeiro etje devais exposer, à dix-sept heures, ce qu'était la "rechercheopérationnelle", nouveauté de l'année, dont le moins que je puisse dire est que je n'en connaissais pas grand chose. Malgré mes réticences, le Ministère avait insisté pour que je fasse une conférence sur ce thème à Salvador de Bahia. Heureusement, j'avais obtenu, avant de quitter la France, un bon nombre d'informations sur ce sujet imposé, grâce à l'un de mes amis qui en était le promoteur en France.
Nestlé, bien que je ne dusse intégrer son équipe que lemqis suivant, avait mis à ma disposition voiture et chauffeur, ce qui m'avait permis, pendant toute la matinée, de visiter Salvador de Bahia. J'ai souvenir d'un marché extraordinaire, appelé "Agua de los meninos", où le chauffeur de Nestlé avait tenu à m'acheter un énorme ananas. Un tel fruit ne se mange pas comme une pomme et j'avais du demander au donateur de bien vouloir se charger du cadeau qu'il venait de m'offrir.

7

Je ne me doutais pas à quel point cet ananas allait être bien venu sous peu. Sur le coup de midi, comme il faisait très chaud, je demandais au chauffeur de me conduire à une plage pour me baigner. Il en connaissait une à deux kilomètre au nord de Salvador et, précisa-t-il : "il y a, sur cette plage, un restaurant tenu par une Française, Madame Suzanne ". Après un excellent bain je me présentais à l'entrée du restaurant. Madame Suzanne, à qui le chauffeur avait parlé de moi, avait l'air ahurie: "Vous êtes français? " me dit elle. J'acquiesçais. Elle ajouta: "Ça alors, c'est extraordinaire! Je ne vois jamais un français ici et, aujourd'hui, j'en ai trois! " "Quoi, lui dis-je, il y en a deux autres? " "Oui, répondit-elle, deux jeunes qui font le tour du monde à pied. Oui, le tour du monde à pied".

C'est ainsi que je rencontrai, pour la première fois Serge Debru, accompagnédans son périple par Daniel Szabo. Serge avait dix-huit ans, Daniel vingt-et-un... et moi trente neuf Serge, bien que le plus jeune, était le chef d'expédition. Nous avons fait, bien entendu, table commune, à la quelle se joignit
très vite Madame Suzanne, qui s'assit, une bouteille de Champagne à la

mam. Nous accueillîmes, aussi, le chauffeur de Nestlé, qui ne comprenait rien à ce qui arrivait mais qui, au dessert, alla chercher l'ananas. Au cours de ce déjeuner je découvris Serge. Il avait dix-huit ans mais n'en paraissait que seize. C'était un très beau garçon. Il avait un regard d'une extraordinaire acuité. Il voulut savoir ce que j'avais fait depuis un mois au Brésil, si j'avais rencontré certains brésiliens, ce que j'avais pu visiter, quelle impression profonde me resterait. Puis le voici nous racontant le début de leur tour du monde, en particulier la chasse aux crocodiles en Afrique et comment ils avaient pu sauver la vie d'un jeune africain qui les accompagnait. J'étais fasciné et je me demandais, au fond de moi-même, si aucun de mes six fils oserait un jour entreprendre une expédition comparable. Après le déjeuner, nous profitâmes de la voiture pour aller reprendre un bain un peu plus loin. A seize heures, nous nous séparâmes, pour que j'aille faire ma conférence, non sans avoir donné aux deux garçons l'adresse de mon hôtel et les avoir invités à dîner, ce qui permettrait de compléter une connaissance encore bien légère.

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Et me voilà exposant durant trois quart d'heure, les secrets de la "recherche opérationnelle" devant une centaine de brésiliens. Je pense n'avoir jamais, de ma vie, eu autant le sentiment d'incompétence. Plus je parlais et moins je comprenais ce que je disais. Les applaudissements, qui suivirent la fin de mon exposé, me firent penser que, très probablement, mes auditeurs ne comprenaient pas le français. Un Monsieur respectable s'approcha de moi et se présenta: "Monsieur le Professeur, je suis le Professeur Hannibal Bon Jésus. J'aimerais beaucoup vous poser des questions complémentaires sur la recherche opérationnelle, dont je suis, un peu, le spécialiste pour le Brésil. Pourrions nous dîner ensemble ce soir? " Sans même avoir à mentir, je répondis au Professeur Hannibal Bon Jésus (tout le monde ne s'appelle pas comme ça!) : "Je suis désolé, Professeur, mais je ne suis pas libre ce soir. Ecrivez moi à Paris, je ferai de mon mieux pour répondre à vos questions. " Il n'écrivit jamais. Ouf! Serge et son copain venaient, sans le savoir, de me rendre un fier service. Le malheur c'est qu'ils ne vinrent pas dîner à l'hôtel. J'étais furieux contre moi-même de n'avoir pas pensé à prendre, l'après-midi, leurs coordonnées en France. En effet, j'avais le sentiment d'avoir fait, ce jour là, l'une des plus extraordinaires rencontres qu'il m'eut été donné de réaliser, au cours des voyages nombreux que je faisais et que j'allais continuer à faire. Je me trouvais sans aucun moyen de donner suite à cette rencontre. Heureusement, le lendemain matin, au moment où j'allais quitter l'hôtel pour me rendre à l'aéroport, je vis arriver Daniel, qui en trois minutes me donna les adresses de leurs deux familles, et me demanda de leur téléphoner dès mon retour en France, ce qui fut fait, bien entendu. Une semaine après, ma femme et moi étions invités à dîner chez les
parents de Serge à Paris. Serge était leur fils unique.

Ainsi commença une amitié entre la famille Debru et la nôtre. Serge revint à Paris en 1962. Nous l'avons fréquemment rencontré quand il séjournait chez ses parents entre deux voyages. Nos fils étaient frappés par sa personnalité. En particulier le quatrième, Bruno, qui eut

été tout à fait disposé à partir avec lui. 1 Mais Bruno avait huit ans de
moins que Serge et les parents que nous étions ne le voyaient pas bien
1

C. f Lettre de Bruno à Serge page 125 9

lâchant ses études pour partir à l'autre bout du monde, même avec un être aussi exceptionnel que Serge. Un incident assez pittoresque s'est produit, vers 1963 : Un soir nous recevons un coup de téléphone de Monsieur Debru père nous expliquant que Serge venait d'inviter à dîner l'ambassadeur de France en Afghanistan, un Monsieur au nom somptueux, dont il avait fait connaissance au cours de son voyage autour du mondez. Monsieur Debru nous invite, ma femme et moi, à participer à ce dîner. Nous acceptons, bien volontiers. Ce soir là l'ambassadeur n'avait pas de voiture, son chauffeur étant en congé. Nous allons le chercher dans son magnifique hôtel de la rue de Varenne et nous l'amenons à Verrières, près de Juvisy, où les Debru avaient une petite maison de
campagne.

A peine arrivé l'ambassadeur dit à Monsieur Debru : "Il y a une chose ennuyeuse, Monsieur, le prince Sihanouk passe ce soir à l'aéroport d'Orly. J'ai été prévenu tardivement. Je m'excuse, mais il faudrait que je me rende à Orly, pour vingt heures. Monsieur Dufourmantelle pourrait-il m'y conduire? Je reviendrai après ici, bien entendu. " Monsieur Debru regarde l'ambassadeur droit dans les yeux et lui dit : "Voyons, Monsieur l'ambassadeur, est-ce nous que vous venez voir ce

soir ou est-ce le prince Sihanouk?

" Vous imaginez l'embarras de

l'ambassadeur. Finalement je conduis l'ambassadeur à Orly, mais il a bien été précisé par Monsieur Debru que je n'attendrais pas que l'ambassadeur en eut fini avec le Prince Sihanouk. Je reviens donc seul à Verrière, pour y découvrir les trois Debru et mon épouse costumés, plus ou moins, en Indiens. Nous dégustons, dans la liesse la plus parfaite et sans l'ambassadeur, le merveilleux repas que Madame Debru avait préparé. Cette affaire n'empêcha pas le moins du monde Serge et ses parents de poursuivre leur relation avec l'ambassadeur, qui, il est vrai, était, sans doute, contraint, ce soir là, de rencontrer le prince Sihanouk. N'étant pas ambassadeurs de France, il nous est difficile d'en juger. N'empêche que j'ai admiré, à cette occasion, la netteté sans compromis de Monsieur Debru. Serge, quand il était à Paris préparait à fond chacun de ses voyages, en s'appuyant sur une Association qu'avait créée son père pour l'aider et il travaillait souvent au Musée de l'homme, où il avait large accès.
2 C. f. La rencontre avec l'Ambassadeur en Afghanistan page 67

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Il reçut en 1964 le "prix de la Fondation de la Vocation" qu'avait lancé Monsieur Bernstein Blanchet. Il a fait son service militaire en Algérie en 1962-1963 et ce ne fut pas l'un des moments les plus faciles de sa vie. 3 A Paris il avait une fonction de journaliste-pigiste, ce qui l'a amené à travailler en Suède sur le phénomène beatnik. Il faisait paifois des photos de visages parisiens, pour lesquelles il était rémunéré.
Enfin il était membre du "club des poètes".

Ma femme et moi avons poursuivi une relation étroite avec les parents de Serge, notamment lorsqu'il effectuait l'un de ses voyages, les laissant seuls. En onze ans, Serge a effectué quatre voyages principaux qui font l'objet des quatre premiers chapitre de ce livre:

au cours duquel il parcourut, avec Daniel Szabo puis seul, quelques cent cinquante mille kilomètres, d'Avril 1960 à Juillet 1962. Après avoir sillonné l'Afrique, il remonta l'Amérique de la Terre de Feu à l'Alaska, avant de traverser le Pacifique et d'atteindre le Japon, puis le Viet Nam, l'Inde, l'Afghanistan, l'Iran, la Turquie... Il avait quitté Paris avec cent dollars U. S. en poche. Il a donc dû trouver moyen de gagner sa vie tout en voyageant de la manière la plus frustre. - L'expédition Yukon 64 qui consista à descendre en kayak le fleuve Yukon du Nord Canada et à passer ensuite l'hiver 1964-1965 chez les Esquimaux en Alaska
- L'Expédition Tahuantisuyu 1 (juin 1966 - février 1968) qui lui permit

- Le Tour du Monde d'abord, qui lui demanda deux ans et trois mois,

de séjourner chez les descendants des Incas, dans les îles du lac Titicaca, d'abord, puis dans la Cordillère des Andes, pendant cinq mois ensuite.
- L'Expédition Tahuantinsuyu 2 qui eut lieu en 1970 et pour laquelle il était à la recherche de l'ancienne capitale des Incas au Pérou, Paititi, en plein coeur de la Cordillère des Andes. 3 c. f.page 71 11

Les événements tragiques que comporte cette quatrième expédition et qui sont racontés dans le quatrième chapitre de ce livre ont resserré nos liens avec les parents de Serge jusqu'à la mort de Monsieur Debru.

Pour les trois dernières expéditions, Serge et son père avaient donc
créé un association qui fut subventionnée, bien que modestement, par divers organismes et aussi par des Entreprises privées, pour les quelles
Serge faisait "une certaine publicité internationale.
4

Après la mort de son mari, Madame Debru se tint isolée. Elle est installée maintenant dans une maisonpour personnes âgées à Béziers et mafemme ou moi l'appelons, chaque mois, au téléphone. En juin 1993 elle téléphona un soir pour me dire: "J'ai bien réfléchi, je voudrais que tOutes les archives de Serge, ce soit vous, Monsieur Dufourmantelle, qui les ayez, à la fois parce que vous avez bien connu Serge et parce que vous êtes un grand voyageur. " C'est là l'un des plus extraordinaires et des plus inattendus coups de téléphone que j'ai jamais reçu. J'en eu conscience tout de suite, de même que le soir de la rencontre de 1960, tandis que je dînais seul dans hôtel de Salvador de Bahia, j'avais senti que je venais de rencontrer, cejour là, un être unique, Serge. Et c'est ainsi qu'au mois de Juillet 1993, par deux voyages successifs en voiture, je rendis visite à Madame Debru et rapportais quelques deux cent kilos d'archives de Serge Debru. Il y eut un long, difficile, mais passionnant, travail de tri, grâce auquel je dégageais: - un journal de bord, écrit tOus les jours, au cours de chacun des voyages. Il y a bien deux millepages de cejournal.
- de nombreux articles de pre'ise, dont Serge est l'auteur et pour lesquels il était rémunéré.. ce qui lui permettait, pour une part, de vivre, que ce soit pendant ses voyages ou bien à Paris. Certains articles résument ses expéditions. D'autres ont une teneur sociale ou religieuse. Serge défendait opiniâtrement la cause des Indiens d'Amérique du Sud, qui avaient été et étaient encore dévoyés et exploités par les Blancs.
- quelque trois mille diapositives et presqu'autant de photos sur papier. Serge a pris de prodigieuses phoT!)s de visages et de paysages.

4

c. f page 123

12

5 alors Premier Ministre. Le contenu émouvant de la dernière "Tahuantinsuyu 2".

- plusieurs bandes magnétiques audio, enregistrées à partir d'un Magnétophone Nagra de l'époque, offert par Monsieur Pompidou,
de ces bandes figure au chapitre

- un film de cinéma sur le carnaval d' Orouro en Bolivie.

et qu'il trouvait moyen d'écrire au cours des voyages. Les meilleurs poèmes figurent au dernier chapitre de ce livre. J'ai été particulièrement touché par celui qui évoque sa rencontre avec "la
petite fille de Hong Kong".

- des poèmes, des réflexions ou des contes dont certains sont adorables

- un livre, paru en Allemagne de l'Est, concernant le rôle fâcheux des Blancs vis à vis des Indiens d'Amérique ("Zu Aymara und Machiguenga VEB. F. A. Brockhaus Verlag Leipzig 1972). Face à cette montagne de documents, j'ai essayé d'extraire les péripéties les plus notoires de chaque voyage, la quintessence de la vie de Serge. J'ai utilisé les textes les plus caractéristiques de ses journaux de bord, de ses résumés, de certaines lettres écrites par lui ou qui lui sont adressées, et j'ai essayé de faire un récit qui permette de le connaître et de tirer tout l'enseignement dont je pense avoir moi même bénéficié. Et ceci au plan de la confiance en soi, de l'énergie que l'on est capable de déployer quand on a en tète un projet auquel on adhère profondément, et aussi au plan de la persévérance, de la curiosité d'esprit, de la recherche de la vérité et enfin de l'aide à apporter à ces populations, dites primitives par l'homme d'aujourd'hui, qui « se pense civlisé ». D'où sa tendance à les mépriser, sinon à les écraser. Enfin Serge faisait preuve d'une croyance spirituelle, comme en témoignent quelques textes,6 ce qui ne l'empêchait pas de critiquer parfois les manifestations chrétiennes dont il était témoin. Dans un dernier chapitre, j'ai porté les meilleurs poèmes qu'il ait écrits et les plus belles photographies de visages dont je disposais.

J'ai ajouté, par endroits, en italique, quelques explications qui éclairent ce qu'a écrit Serge et permettent de ne lire de lui qu'un seul
5 6

c.! page 77 c.! Passage à Cuscopage 41 13

texte, bien que ce texte soit issu d'éléments écrits ou dits par lui à des moments assez divers.

je n'ai eu connaissance que récemment, écrit par Bernard Lelong, le responsable de recherches effectuées lors de ce quatrième voyage.
. Je citerai, pour clore cette introduction, la dernière coïncidence que me vaut l'édition chez l'Harmattan. étran1?e

Enfin dans le chapitre Tahuantinsuyu

2 il sera fait état d'un livre, dont

Le directeur de la collection "Histoires de vie", dans laquelle paraissent ces lignes, Gaston Pineau, a été un ami de Géraud Puel, compagnon de Serge lors de son ultime expédition. Il m'a mis en relation avec Hugues Puel, le frère de Géraud, que j'ai rencontré à Lyon et qui a bien voulu rédiger la "postface" de ce livre, quelques
pages de témoignage importantes et touchantes.

Pour nous tous, Serge est un être d'exception qui a contribué à construire une nouvelle manière d'être "Citoyen du Monde", comme le mentionne le titre de ce livre. Pierre Dufourmantelle

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LE TOUR DU MONDE

LA PREMIERE

TENTATIVE

J'ai 17 ans et envie de partir... Chaque jour, je parviens à extraire de l'appartement de mes parents une partie du matériel qui me sera nécessaire. J'entrepose sac à dos, vêtements et autres ustensiles, dans la cave. Le jour J (fin 1959), je file, en laissant à mes parents un petit mot explicatif sur la table de la salle à manger. 7 J'atteindrai Istanbul et, là, je devrai rebrousser chemin, faisant l'objet de poursuites de la police internationale et un consul de France, assez malin, ayant réussi à me délester de mon passeport. Je suis mis d'office, dans un train, d'où je m'échapperai, en Italie, afin, tout de même, de visiter Venise, Florence, Rome et Naples, au coeur de l' hiver. Sans argent, je dois me nourrir de pain et d'eau et passer mes nuits sur la paille des granges. A mon arrivée, à pied, au col de Tende, frontière de la France, il fait - 250 et je suis seulement vêtu d'un jean et porte aux pieds des brodequins de toile troués. Ainsi équipé et dans de telles conditions, une nuit au poste de police devient chose appréciable, même quand elle est imposée. Le lendemain je me retrouve à Paris.

7

C.F. page 18 17

Voici le texte du "petit mot" laissé par Serge sur la table de la salle à manger de ses parents. AU Au revoir Papa, au revoir Maman! Excusez votre enfant. Je suis parti, Vers de nombreux pays, Je suis parti vers d'autres vies. J'ai quitté ma patrie, Mais un an à Béziers, seize ans à Paris, Ce n'est pas une existence. Faites moi confiance. La vie sédentaire n'est pas pour moi. Excusez moi. Bien que parti, bien que loin, Je vous prouverai, au moins, Que je ne vous oublie pas, En vous faisant participer à mes joies. Vous recevrez lettres et parchemins Et vous suivrez, aussi, sur les cartes, mon chemin. Mon bonheur est dans ce départ, REVOIR

Ma vie est dans ce départ... ..
Pas de recherches, je vous en prie, Ne gâchez pas ma vie... Au revoir Maman, au revoir Papa, Serge qui vous aime et ne vous oublie pas.

(Et ne vous oubliera pas...
SERGE

)

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Monsieur Debru, après réflexion et convaincu que Serge ne pourrait pas mener à bien ce projet, ne serait-ce que parce qu'il n'obtiendrait pas les visas nécessaires, n'ayant pas dix-huit ans, décida de prévenir la police internationale. C'est ainsi que Serge, comme il l'a raconté plus haut, fut arrêté à Istanbul. Son père le joignit alors au téléphone et le pria de revenir à Paris, explications sur les visas à l'appui. La réponse de Serge à son père fut la suivante: "Bon, malheureusement tu as raison, papa, je n'obtiendrai pas les visas... alors, d'accord je reviens à Paris, mais à une condition, c'est que tu ne m'empêches pas de partir l'année prochaine" Et Monsieur Debru dit à son fils: "Non, Serge, je ne t'empêcherai pas de partir l'année prochaine, mais nous préparerons cela ensemble". Ce fut fait, et Monsieur Debru, malgré une cécité grandissante rendit possibles, et efficaces, par la suite, les voyages de Serge, avec le soutien d'une association qu'il avait créée. Il est intéressant de rapprocher la relation de Serge avec son père, à propos de cette première tentative, de celle que manifestent les deux lettres que René Debru a écrites à son fils lors le l'expédition Yukon 64. Ces lettres figurent dans le Chapitre 2 de ce livre page 109. Il Y avait vraiment entre le père et le fils une manière de voir commune, incluant l'acceptation de risques importants, tout un mode de planification pour l'organisation des expéditions, je dirai même toute une philosophie de la vie, qu'il est assez rare de rencontrer justement entre un père et un fils.

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