Histoire de l'Australie (de 1770 à nos jours)

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Les étapes de l'histoire de l'Australie depuis le temps où cette île accueillait les bagnards jusqu'à l'aube de l'an 2000 où ce pays devient peu à peu une puissance mondiale.

Publié le : samedi 1 juillet 1995
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EAN13 : 9782296296831
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HISTOIRE DE L'AUSTRALIE (de 1770 à nos jours)

Michel BERNARD

HISTOIRE DE L'AUSTRALIE
(de 1770 à nos jours)
Naissance d'une nation du Pacifique

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

(Ç) L'Harmattan, 1995 Isbn: 2-7384-3579-3

INTRODUCTION

Avec une superficie de 7 682 300 km2 (soit quatorze fois celle de la France) et 36 735 km de côtes, presque 40o~) du territoire australien se situent au nord du Tropique d\;L Capricorne. À l'est, berceau de la colonisation, la popula-tion se concentre sur les plaines côtières fermées par la Grande Cordillère qui s'allonge sur 300 km, du Cap Yor1<: à la Tasmanie. À proximité immédiate, la Grande Barrière de corail s'étend sur 2000 km depuis le Sud du Queens-land jusqu'au Golfe de Papouasie. Au nord se trouvent des régions marécageuses, noyées chaque année sous les pluies tropicales. Au sud, une bande côtière, fermée par un immense désert, se prolonge d'une extrémité sud-est flanquée au nord d'une cuvette que drainent deux grands fleuves, le Murray et le Darling, pratiquement inutilisables pour la navigation fluviale. Les régions bien arrosées ne constituent qu'une frange littorale au nord, à l'est et au sud; la moitié de l'espace est désertique. Pourtant, en moins de deux siècles, après des millénaires d'isolement, cet immense continent insulaire, le plus aride du monde, est en passe de devenir l'une des premières puissances mondiales. De fait, l'histoire de l'Australie est une expérience unique, brève, fulgurante.

CHAPITRE I TERRE DE BAGNE
(1770-1810)

UNE CULTURE EN SURSIS Il est probable qu'à l'origine, l'indigène australien était un Caucasien qui aurait émigré d'Europe en Asie lorsque la plaque indo-australienne était toujours rattachée à la plaque eurasienne. À l'époque où les premiers Européens s'établirent sur le littoral, 30 000 ans après la fin de l'ère glacière, les Aborigènes étaient très peu nombreux (environ 300 000 sur le continent et, sans doute, moins de 6 obo en Tasmanie). Ils se répartissaient en 600 tribus ayant chacune sa propre langue et son propre système de parenté. L'immensité de l'espace, en les protégeant de tout contact avec les autres peuples du Pacifique, avait contribué en partie à l'immobilisme de leur culture. Le gouffre était tel entre leur société tribale et celles de l'Europe que toute résistance à l'envahisseur aussi bien que toute assimilation étaient vouées à l'échec. Les Aborigènes vivaient essentiellement de chasse, de pêche et de cueillette sans doute par choix délibéré, car les recherches archéologiques ont révélé que les peuplades de Nouvelle-Guinée connaissaient l'irrigation et la culture en terrasses. Toute l'organisation sociale était fondée sur le respect de l'intérêt commun et de la propriété collective, la terre ne faisant l'objet d'aucune convoitise individuelle. Si la terre appartenait à la tribu ce n'était que parce que la tribu appartenait à la terre. Étant donné le climat et le type

d'économie pratiquée, le stockage des denrées n'existait pas, nul individu ne pouvait ainsi accumuler des richesses au détriment du reste de la communauté. En conséquence, l'organisation sociale excluait les rapports d'autorité fondés sur la transmission héréditaire du pouvoir ou le maintien de droits acquis par le truchement de la propriété privée. Il n'existait donc pas de structure sociale hiérarchique, et la seule division notable était le rapport entre les deux sexes, la femme étant largement exploitée par l'homme. En revanche, les règles d'alliance et de parenté étaient précises et contraignantes; elles nourrissaient, d'ailleurs, la plupart des conflits entre tribus. Ces heurts s'accompagnaient de tout un rituel d'hostilité et avaient une fonction régulatrice dans le cadre du maintien de la stabilité sociale. En effe~, les Aborigènes ne pouvaient concevoir la façon dont les Européens pratiquaient la guerre avec son cortège de malheurs tels que l'esclavage, l'accaparement du sol et l'extermination des populations. Cette culture dite primitive constituait à elle seule un mur d'incompréhension entre les Aborigènes et les Blancs: elle s'opposait directement aux valeurs de la société occidentale fondée sur l'industrialisation et le culte de la 'propriété privée. LA PRÉSENCE HOLLANDAISE En 1605, le Hollandais Williem Janszoon aborde le golfe de Carpentarie et, l'année suivante, l'Espagnol Luis Vaez de Torres franchit le détroit qui porte son nom, entre la Nouvelle-Guinée et l'Australie. Albert Tasman, appointé par la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, découvre la Terre de Van Diemen (future Tasmanie) en 1642. Cependant, la Compagnie Hollandaise, dont l'objectif était uniquement mercantile, ne donna pas suite aux découvertes de Tasman qui pensait que la Nou8

velle-Hollande n'offrait aucun intérêt commercial. Lorsqu'en 1688, le boucanier anglais William Dampier jeta l'ancre dans la Baie des Requins, il ne vit, comme les Hollandais précédemment, qu'une terre hostile dont les habitants n'avaient d'humain que l'apparence physique. Les écrits de Dampier, à la fin du XVIIème siècle, renforceront la perception négative de ces espaces des antipodes et de leurs habitants. Cette vision contraste avec celle du bon sauvage qui prévaudra avec Cook à la fin du XVllIème siècle. L'« ENDEA VOUR » JETTE L'ANCRE (1770) À BOTANY BAY

En 1768, James Cook est chargé de conduire une expédition dans le Pacifique avec pour mission la reconnaissance des terres australes. Il choisit un robuste charbonnier, l'Endeavour, qu'il charge de vivres et de matériel scientifique. Il quitte Plymouth avec à son bord une centaine d'hommes, passe par le détroit de Magellan, fait escale à Tahiti, puis atteint les côtes de la NouvelleZélande où il s'installe pour six mois. En 1770, sur la route du retour, il découvre par hasard la côte orientale de la Nouvelle-Hollande et jette l'ancre face à la pointe de Kernell. Cook prend possession du territoire sous le nom de Nouvelle-Galles du Sud. Peu de temps après avoir quitté la côte australienne, l'Endeavour heurte un récif de la Grande Barrière et il lui faudra plusieurs jours pour réparer les dégâts. Au cours de cette escale forcée, Cook observe qu'il n'a pas devant lui cette terre stérile et inhospitalière décrite par Dampier. Bien au contraire, lui et ses hommes sont fascinés par la faune et la flore, surtout par le kangourou « qui se meut en courant et en sautillant ». L'Aborigène devient un bon sauvage, loin du superflu et

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des inégalités sociales, entouré d'une nature splendide avec laquelle il vit en harmonie. Ce nouveau continent offrait un terrain sans limite à la curiosité des scientifiques qui, telle botaniste Joseph Banks, accompagnaient Cook sur l'Endeavour. Les savants se trouvaient, en effet, devant une multitude d'espèces à répertorier et, en 1771, Cook apporta à l'Angleterre le fruit de ses observations. Ce mouvement scientifique, qui s'incarne dans le nom originaire de Sydney, Botany Bay, influença une longue tradition qui avait commencé avec les journaux d'explorateurs et allait continuer avec les observations de Darwin dans The Voyage of the Beagle (1832) (Voyage d'un naturaliste autour du monde, 1839). Cet intérêt scientifique s'explique par le fait que les plantes, les animaux et les êtres humains de la NouvelleHollande s'inscrivaient dans l'idée communément admise que chaque espèce animale et végétale possédait une place spécifiqu~ dans l'immense chaîne du vivant, depuis la forme de vie la plus primitive jusqu'à la forme la plus complexe. Les naturalistes croyaient qu'il existait des chaînons manquants, et les découvertes qu'ils venaient de faire semblaient répondre à leurs interrogations. Certaines espèces de corail permettaient, en effet, d'établir le lien entre le monde animal et le monde végétal. Surtout, l'Aborigène incarnait le maillon qui unissait l'homme au singe pour la simple raison que les « natifs» étaient le peuple le plus éloigné de la civilisation européenne. Même vers le milieu du XIXème siècle, cette image de l'hommesinge restait ancrée dans les esprits, ce qui permettait aux Européens de justifier à bon compte le massacre des Aborigènes au nom du progrès de la civilisation et de }'expansion des grands pâturages.

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LE CAPITAINE CONVICTS

PHILLIP ET LA PREMIÈRE FLOTTE DE

Suite à une proposition parlementaire de Joseph Banks, Lord Sydney suggéra au Roi de créer une colonie pénitentiaire à Botany Bay. En effet, des rapports alarmants faisaient cas de maladies contagieuses dans les prisons surpeuplées. De plus, à l'accroissement des inégalités sociales et de la criminalité qui créait une véritable psychose parmi la gentry, s'ajoutaient de graves difficultés politiques aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Or, l'Angleterre ne pouvait plus écouler sa main-d'œuvre de détenus chez les planteurs des colonies américaines en raison de la guerre d'indépendance. L'implantation d'une colonie pénitentiaire aux antipodes permettrait au gouvernement d'évacuer vers une destination lointaine la lie de la société, c'est-à-dire toute une population qui devait à jamais quitter le sol britannique. Il y avait aussi deux autres raisons qui justifiaient la création d'une colonie pénitentiaire. D'une part, Botany Bay représentait un site stratégique qui ne pouvait être abandonné aux Français, toujours présents dans la région. D'autre part, à quelques 1 000 miles de Botany Bay, sur la petite île inhabitée de Norfolk, que Cook avait visitée en 1774, poussaient d'immenses pins et du lin en grande quantité. L'Angleterre y voyait la possibilité de fabriquer les voiles, les cordages et les mâts de ses navires sans dépendre d'importations en provenance de SaintPétersbourg via les ports de la Baltique. En fait, le projet de créer une industrie du lin à Sydney fut un fiasco, non seulement parce que le lin et le bois de l'île de Norfolk se révélèrent de piètre qualité, mais aussi pour des raisons techniques et financières. Le 13 mai 1787, la Première Flotte, placée sous le commandement du Capitaine Arthur Phillip, quittait
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Il

Porstmouth avec à bord officiers, fonctionnaires, un contingent de soldats et '732 convicts. Le 18 janvier 1788, grâce aux cartes dressées par Cook, les premiers des onze navires jetaient l'ancre à Botany Bay après une traversée de plus de huit mois. Surpris par l'aridité du sol, Phillip entreprit d'explorer les environs et découvrit, plus au nord, une vaste baie bien abritée qui deviendra Sydney Cove. Il décida alors que l'implantation du « camp» se ferait à cet endroit, auquel il donna le nom de Port Jackson. Le 26 janvier, qui sera désormais le jour de la fête nationale, les convicts mirent pied à terre. Onze jours plus tard, le navire qui transportait les femmes déportées débarquait sa cargaison, ce qui donna lieu à une beuverie mémorable. Environ deux semaines après l'arrivée de la Première Flotte, le gouvernement de Sa Majesté prit officiellement possession de toute la partie orientale du continent, y compris la future Tasmanie. Le Capitaine Phillip, nommé Commandant en chef et gouverneur général de la Nouvelle-Gallés du Sud, était un homme d'envergure, plein de bon sens, de discipline et de 'maîtrise de soi, dépourvu d'intérêt pour le pouvoir quoique sachant l'utiliser. Il se voulait le garant de la loi, de la religion, de l'ordre et de la propriété individuelle. Phillip avait pour mission de fonder une colonie à Botany Bay, de mettre la terre en valeur grâce au travail pénal, d'explorer le littoral et d'encourager les liens d'amitié avec les Aborigènes. La déportation avait pour objectif d'exiler de Grande-Bretagne un certain nombre d'indésirables en les affectant aux travaux les plus pénibles de la colonisation, notamment à la mise en place des infrastructures. Toutefois, l'accomplissement de la peine avait une valeur rédemptrice. Après avoir expié, le forçat, libéré sur place, pouvait devenir colon en recevant une concession de terre gratuite et une aide matérielle. Le peuplement constituait ainsi l'aboutissement d'un proces12

sus de moralisation du condamné par le travail, par la constitution d'une famille et par l'instinct de propriété. Il fallait que la peine fût à la fois utile moralement et rentable économiquement. La colonisation allait donc s'articuler autour de deux axes interdépendants: d'un côté la morale, de l'autre l'économie avec comme moteur idéologique la religion protestante. En réalité, la classe dirigeante entretenait surtout une image effroyable du bagne en insistant sur la sévérité de la sanction plutôt que sur la possibilité de s'amender: la déportation devait être plus terrible que la mort. Botany Bay était censée produire le même effet que l'enfer dans l'esprit de la classe laborieuse afin d'assurer la vertu du travail et de l'humilité. Mais au-delà de sa fonction d'épouvantail, le bagne impliquait la peur de l'inconnu à laquelle s'ajoutait un fort sentiment d'exil qui transparaît aujourd'hui dans les ballades populaires transmises par des générations de convicts. De 1788 à 1868, les navires britanniques déporteront 162 000 convicts dont beaucoup moururent de maladie au cours de la traversée: délinquants primaires, criminels par passion, assassins sordides, proxénètes de métier, truands par vocation, incendiaires, mais aussi pauvres bougres condamnés pour avoir dérobé un morceau de tissu ou quelques poules, rebelles raflés après les troubles d'Irlande ou d'Écosse, vagabonds, braconniers, contrebandiers, escrocs et faux-monnayeurs - toute une foule résignée marquée par la violence et la misère. DES DÉBUTS DIFFICILES Malgré toutes les bonnes intentions, la juridiction et l'organisation mises en place étaient conçues pour des gens vivant en servitude (à la différence des pères pèlerins du Mayflower qui, eux, fuyaient l'oppression). C'est pour13

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