JEUNESSE AUX ANTILLES (Saint-Pierre 1870-1902)

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Voilà un ouvrage empli du charme de la vie martiniquaise à la fin du XIXe siècle. L'auteur évoque son enfance, et décrit, avec un plaisir qu'il nous fait partager, les coutumes locales, la musique et le parler créole, les chants de Noël, en un mot le folklore de Saint-Pierre et de ses environs. Le tout avant l'éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902 : la nature a alors repris d'un seul coup ce qu'elle avait si généreusement accordé….
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
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EAN13 : 9782296272439
Nombre de pages : 176
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Jeunesse aux Antilles
(Saint-Pierre 1870 - 1902) © L'Harmattan, 2001
ISBN : 2-7475-1301-7 Stany Delmond
Jeunesse aux Antilles
(Saint-Pierre 1870 - 1902)
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Huila
Via Bava, 37 5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3
10214 Torino 75005 Paris 1026 Budapest
HONGRIE ITALIE FRANCE
Jeunesse aux Antilles 4
BOURG DE
S'Y PHILOMENE
BOURG ou
FOND-COR
ST PIERRE
BOURG ou CARBET
Cartes 5
6 Jeunesse aux Antilles
13 - Ruines du thtatre 1- Centre Paul Gauguin
14 - Cachot de Cylbaris 2 - Tunnel Le Trois.
15 - Emplacement de l'hôtel de l'intendance 3 - Buste Frank A Perret
16 - Le pont de >erres 4 - Ruines fonderie
17 - Rue Levassor 5 - Tombe de l'abbé Gosse
19 - Ruines del'église Ou Fort 7 - Cimetière du Mouillage
20 - Cimetière du Fco 8 - Ruines de l'évèche
21- Monument d'Esnambuc 9 - Cathédrale
22 - Place Félix Boisson 10 - Fontaine
Berlin et fontaine Agnès 11 Place de l'Hôtel de Ville 23 - Place
12 - Musée du volcan

Cartes 7
;A INT TERRE. - Plan de 1: VIlle
euà eruLai..». aat 1;ob, Yn s;,
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amda.U.rat
nSommaire
Préface par Paul Delmond (2001) 11
Avertissement par Stanislas Delmond (1937) 15
Première partie — Enfance à Saint-Pierre. Martinique 17
Deuxième partie — Adolescence en Musique 57
Troisième partie — Du terroir 103
Quatrième partie — Vers la séparation 135
Lettre de Délice à son frère Stanislas (3 mai 1902) 163
Lettre de Rose Delmond-Bebet à sa fille Solange 165
(3 mai 1902)
Les chants de Noël aux Antilles par Stany Delmond 171
(août 1937)
10 Jeunesse aux Antilles
Stanislas Delmond en 1937 Préface
Le 8 mai 2002, on commémorera le centième anniversaire
de la disparition de la ville de Saint-Pierre et de ses 28.000 habi-
tants dans l'éruption de la Montagne Pelée. C'est l'occasion de ré-
éditer un petit livre publié en 1937 1, qui n'est certes pas le seul
témoignage sur la vie aux Antilles à la fin du XIXe siècle mais qui
ne manque pas de charme. L'auteur de cet ouvrage, Stanislas
Delmond (1870-1951), médecin à Paris au moment de la catastro-
phe, en réchappa ainsi que deux de ses frères, Marcel et Gilbert et
une de ses soeurs, Solange, mais y perdit la moitié de sa famille. Il
mettra trente-cinq années avant de se décider à affronter les om-
bres du passé en rédigeant ses souvenirs d'enfance : après qu'il eût
lui-même fondé une famille, après la Grande Guerre de 1914-1918
qu'il accomplit dans le Service de Santé des Armées, après, enfin,
toute une vie de médecin dans les quartiers pauvres de la capitale.
Le temps de faire son deuil et de recouvrer la mémoire.
Celle-ci reste marquée, comme on s'en doute, par la nostal-
gie du bonheur perdu et par la menace omniprésente du volcan.
Regard attendri sur la vie des îles, Jeunesse aux Antilles n'est pas
un livre sur la Montagne Pelée et encore moins sur l'éruption. Mon
père, Stanislas, nous y conte une enfance heureuse dans la maison
de la rue du Petit-Versailles, au sein d'une famille créole — c'est à
dire martiniquaise blanche, on dirait aujourd'hui béké —, amou-
reuse de son pays, la Martinique, amoureuse de ses habitants, de
son histoire, de sa nature exubérante et de la musique. Il
s'intéresse à tout et tout le passionne. Il nous parle bien sûr des
1 Première publication le 10 août 1937 aux éditions René Debresse à
Paris. 12 Jeunesse aux Antilles
jeux de son âge, de ses frères et soeurs, de ses amis et de leurs ex-
cursions dans les environs de Saint-Pierre, mais aussi, et longue-
ment, des coutumes locales : il se fait ethnologue pour décrire le
Carnaval, le parler créole, les mariages pierrotins, les tournées
théâtrales dans cette province exotique, les duels à l'épée ou au
pistolet entre les têtes chaudes de la ville, la luxuriante flore tro-
picale, les Noëls martiniquais, sur lesquels il réalisa lui-même une
étude reproduite à la fin de cet ouvrage. Cet humaniste lit Cicéron
dans le texte lors des ballades familiales en forêt. Ce musicien, qui
composa de nombreuses biguines, préfère jouer du Beethoven à
l'harmonium de l'église paroissiale plutôt que le répertoire domini-
cal 1. Ce futur médecin nous parle du docteur Freud mais aussi des
zombis... et du volcan.
Car comment ignorer Sa présence formidable ? Le Mont Pe-
lé comme on l'appelle parfois, « ce pelé, ce galeux d'où nous vient
tout le mal », a toujours été en effet une référence incontournable
dans la vie pierrotine. Parce que la ville est bâtie au-dessous du
volcan, il lui a toujours fait de l'ombre. Il lui cache le soleil levant,
il amène la pluie et arrête les vents, apporte l'eau potable à la
ville, fertilise la forêt et les plantations de canne et fait le bonheur
des herboristes et des promeneurs. On grimpe sur ses flancs om-
breux pour pique-niquer au sommet et mieux embrasser d'un coup
d'oeil l'horizon des deux mers : la mer des Caraïbes et l'Amérique à
l'ouest, l'océan Atlantique et la France à l'est. On va se baigner le
dimanche dans ces rafraîchissantes parties de rivière sur les bords
de la Rivière Blanche ou de la Roxelane. On organise des pèlerina-
ges à la chapelle de La Croix, presque au sommet du cratère ou au
calvaire du Morne-Rouge. Bref, on tente d'apprivoiser le dieu Vul-
cain, sa présence tutélaire et en même temps si menaçante. Toutes
les villes qui de par le monde vivent sur un volcan. Naples et Pom-
péi aux bords du Vésuve, Nicolosi et son Etna, Cuernavaca et le
Popocatepetl... ont appris à connaître et à interpréter les colères
de leur hôte encombrant. Pour leur malheur, les pierrotins ont un
jour préféré ignorer les semonces de plus en plus claires qu'il leur
adressait et l'ont payé de leur vie. Saint-Pierre, la tropicale (le
tropique du Cancer passe au nord de l'île sur les plages de La Ha-
1 Il hésita longtemps d'ailleurs entre la Médecine et le Conservatoire.
Préface 13
vane), qui avait survécu en 1891 à un cyclone dévastateur — 700
morts — ne survivra pas à l'éruption de 1902. Totalement anéanti,
l'ancien chef-lieu du département et véritable capitale économique
de l'île, ne fut jamais reconstruit. Longtemps après la catastrophe,
la Montagne Pelée gardera sur son faîte un doigt de basalte tendu
vers le ciel au-dessus des ruines, comme un avertissement fatal à
la frivolité des hommes.
Jeunesse aux Antilles est suivi, prolongé devrions-nous dire,
par un document inédit : la lettre que lui envoya le 3 mai, c'est-à-
dire cinq jours avant l'éruption, sa jeune soeur Délice — un prénom
qui chante comme un écho à la douceur des îles. A lire cette lettre
— que Stanislas reçut après le 8 mai, bien après par conséquent
qu'il eut appris la nouvelle — on reste frappé par l'inconscience des
autorités locales et d'une grande partie de la population qui refu-
sèrent d'évacuer la ville malgré les très nombreux signes avant-
coureurs de la catastrophe : pluies et brouillards de cendres, air
brûlant et saturé de poussières volcaniques qui empêchent de res-
pirer, secousses telluriques, éclairs et détonations. Deux jours
après, le 5, ce sont des coulées de boues et de laves, la destruction
de l'usine Guérin qui fit 25 victimes puis celle de la distillerie
Knight, une élévation considérable de la température et un mini
raz de marée qui balaie le front de mer : à cette date le volcan
avait déjà tué 617 personnes et bien que tout cela fût connu, peut-
être même amplifié par le bouche à oreilles, personne ne bougea
il ne fallait pas empêcher le déroulement normal des élections !
Il m'a paru utile aussi d'ajouter à la lettre de Délice à son
frère Stanislas, une autre lettre inédite datée du même jour, le 3
mai 1902, écrite par leur mère, Rose, à leur soeur Solange. Celle-ci,
comme ses trois frères, se trouvait elle aussi en métropole au mo-
ment de l'éruption de la Montage Pelée. Délice et sa mère, qui se
sont partagé les rôles, ont écrit leurs lettres le même jour, proba-
blement pour que leur courrier puisse partir par le même bateau.
Moins détaillée que celle de Délice sur la description des signes
précurseurs de la catastrophe, la lettre de Rose n'en confirme pas
moins l'inquiétude de la population pierrotine. En annonçant que
la date du mariage de Délice est fixée au 26 juillet, la mère espère
que ses quatre enfants seront revenus à temps pour la fête. Elle
14 Jeunesse aux Antilles
espère aussi « que la Montagne Pelée aura retrouvé sa tranquillité
habituelle ». On sait ce qu'il en advint.
La suite est bien connue, notamment grâce à Catastrophe à
la Martinique 1, présenté par l'historien Philippe Ariès, petit-fils
d'un président de la Chambre de Commerce de Saint-Pierre, qui
pressentiment ? venait juste de s'installer à Bordeaux. Son grand-
père habitait rue Caylus à Saint-Pierre, une rue donnant dans la
rue du Petit-Versailles : les deux familles étaient donc voisines. Il
devait bien connaître mon grand-père, Jacques Delmond, maire de
Saint-Pierre pendant quinze ans, puisque le père de Stanislas était
lui-même membre de la Chambre de Commerce. Parmi les nom-
breux témoins oculaires qui ont assisté impuissants à l'éruption,
plusieurs hommes de science en ont décrit le déroulement, en parti-
culier Emile Berté, dont la relation est reproduite dans Catastrophe
à la Martinique, et Marc Legrand. Le docteur Berté, médecin à bord
navire câblier ancré dans la baie (une semaine du Pouyé Quertier,
avant le désastre, des tremblements de terre avaient rompu les 5
câbles sous-marins qui reliaient la ville au reste du monde.), a mi-
nutieusement consigné ses observations, heure par heure, malgré
l'émotion qui devait l'étreindre puisque toute sa famille se trouvait
à ce moment-là en ville. Quant à Marc Legrand, enseigne de vais-
seau à bord du navire de guerre le Suchet, qui observa de loin
l'éruption avant de revenir mouiller dans la rade le lendemain du
désastre, il a laissé un dessin très parlant intitulé Le cataclysme de
la Martinique.
Pendant Mais il est temps de laisser l'auteur conclure : «
notre séjour au Morne Rouge, la croyance se répandit dans la popu-
lation que la fin du monde était proche. Je crois bien qu'on en pré-
dit le jour. Une comète était apparue... »
Paul Delmond 2
Septembre 2001
Catastrophe à la Marti-' Philippe Ariès, Charles Daney et Emile Berté :
nique. Les Archives de la Société de Géographie, Herscher 1981.
2 Paul Delmond est l'auteur de : Bolibana et autres nouvelles africaines,
L'harmattan, 1999, ainsi que de Sous le vent d'harmattan, L'Harmattan,
2001.
Avertissement
Mon père et ma mère naquirent à la Martinique dans la
première moitié du XIXe siècle. Leurs parents étaient eux-mêmes
nés dans les premières années de l'Empire. Au-delà, renseigne-
ments vagues et incertains, avec probabilité d'une centaine
d'années encore plus avant de générations coloniales. Aussi, quand
nous vînmes au monde à Saint-Pierre dans le dernier tiers (inutile
de préciser davantage) du siècle passé, pouvions-nous nous consi-
dérer comme vraiment Martiniquais, avec manières d'être géné-
ralement adaptées au climat, aux habitudes, aux goûts et aux
moeurs familiales de l'île.
Parti pour France, déraciné avant la vingtième année, j'eus
fort à faire pour m'adapter au milieu nouveau. Température, cou-
tumes, façon de penser, rapports sociaux, tout différait tellement.
« Comment peut-on être Persan ? » pensai-je quelquefois. Et dix ans
ne me furent pas de trop pour une mue progressive en Français
moyen de la métropole.
Toutefois, les souvenirs du terroir, certaines traditions et
tendances ne s'abolissent point. Marque de bon régionalisme. Voici
quelques-uns de ces souvenirs d'enfance et d'adolescence.
On prétend — bruit répandu sans doute par des étrangers —
que le Français ignore la géographie. Je crois au contraire que vous
savez tous que la Martinique est une île de 66 kilomètres de long
sur 34 de largeur moyenne, située dans la mer Caraïbe, Amérique
centrale ; qu'elle est la perle (naturellement) des Petites-Antilles ;
que la population comprend environ cinq mille descendants
d'Européens, et plus de deux cent mille gens de couleur, de sang
mêlé à tous les degrés, depuis le Noir, nombreux, jusqu'au presque
Blanc, et que la colonisation en a été poursuivie depuis trois siècles. 16 Jeunesse aux Antilles
Rappelons aussi que la ville de Saint-Pierre, à l'époque dont
nous parlons, comptait vingt-huit mille âmes et que, fondée en
1635, elle était devenue un petit centre antillais de civilisation.
Le Saint-Pierre d'avant 1902 et ses environs ont été rasés de
fond en comble par le volcan. Ses habitants furent tous anéantis. A
parler d'eux et de l'ambiance, à les évoquer, il me semble que je leur
permets de revivre un moment dans leur cadre idéal de l'Oiseau
bleu, de Maeterlinck.
Oui, les anciens, ma jeunesse vous tient compagnie dans la
ville, au temps retrouvé. Je vous y taquine même un peu, et vous ne
le trouvez pas mauvais, car vous aimiez bien, vous aussi, badiner.
(Parfois, il est vrai, ils se fâchaient très fort, mais c'était le climat).
Je ne leur parle pas, à ces revenants, de politique locale :
j'étais trop jeune à leur époque, et ils pourraient s'en échauffer.
Aussi, lecteurs, qui que vous soyez, je pense que vous pourrez lire ce
récit à bile reposée.
Stanislas Delmond
Première partie
Enfance à Saint-Pierre
Martinique

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