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L'acte culturel

De
176 pages
Parce qu'il a proliféré au cours du XXe siècle, l'objet de la recherche sur la culture est devenu insaisissable. L'auteur tente d'expliquer les raisons du foisonnement apparemment sans limite des sens du mot " culture ". D'ordre théorique et méthodologique, les propositions faites ici permettent de préciser les caractéristiques du champ culturel, de déceler ce qui rapproche et différencie les deux concepts d'art et de culture.
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L'acte culturel

Collection Questions Contemporaines dirigée par l.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. Jamais les «questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. le pari de la collection «Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Déjà paru
Henri-Géry HERS, Science, non-science etfausse science, 1998. Jean-Paul MEYER, Face au troisième millénaire, 1998. Jean-Paul GOUTEUX, Les fils de l'an 2000, 1998. Jean TERRIER, La dispersion de l'information, 1998. Charles DURIN, L'émergence de l'humanisme démocratique, 1998.

@L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6862-4

Lise DIDIER MOULONGUET

L'acte culturel

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y IK9

CET ESSAI FAIT SUITE LA FONCTION MENÉE EN 1993

À UNE ÉTUDE CULTURELLE

INTITULÉE

ET 1994

AVEC LE CONCOURS

DU MINISTÈRE DÉLÉGATION

DE LA CULTURE, ET AUX FORMATIONS.

AU DÉVELOPPEMENT

Que soit ici chaleureusement remerciée Hélène Mathieu sans laquelle ce travail n'aurait pu être engagé. Je veux exprimer également toute ma reconnaissance à ceux qui furent et sont encore mes compagnons d'aventure au sein de Savoir au Présent et qui, tout au long de cette recherche, ont partagé ma solitude et ma ferveur. Je tiens également à exprimer ma très affectueuse gratitude à ceux qui furent à un moment ou à un autre du travail, mes lecteurs fidèles et critiques: Francis Moulonguet, Aline Cohen, Cécile Ernst, Marima et Ulrik Hvass, Michel Petit, Jean-Marie Touratier. Sans l'attention et la confiance de Marcelin Pleynet, je n'aurais pu parcourir la dernière ligne droite. Il m'a aidée et soutenue. Enfin, je remercie Emmanuel Didier pour ses relectures patientes, attentives et éclairées, qui m'ont été infiniment précieuses. L.D.M.

À Em et El

Sommaire

Introduction La culture
I. Les deux paliers du mot culture Une notion étendue Une multitude de verbes et de noms synonymes de culture Une autre approche à partir du mot culture Premier groupe des définitions Deuxième groupe des définitions Correspondance entre le signe culture et la fonction mathématique Palier énergétique / Palier matriciel Un signe particulier L'univers du sens II. Historique du mot culture La Coltivazione La légitimation d'un nouvel usage La dimension individuelle du mot Les conceptions collectives de culture Démultiplication des définitions Une large palette de configurations III. Le mouvement divergent Des réflexions restées mystérieusement limitées Mouvement dans la culture / Réflexions sur la culture Il

13 25
27

S3

71

L'agir culturel Mouvements culturels et dimension collective La culture, un domaine de la connaissance Le champ culturel

Vart I. Art et champ culturel
L'urgence à traiter de la question de l'art L'émotion esthétique, le studium et le punctum Les deux portées des mots « art » et « artistique» L'art dans le champ culturel II. L'émotion esthétique objet pour les sciences sociales Le raisonnement anthropologique et l'art Règles de l'art et analyse sociologique du champ littéraire Une autre hypothèse

101 105

121

III. Art et mouvement de légitimation Le face à face avec l' œuvre d'art
dans sa matérialité La mise en mouvement de la question du sens L'émotion esthétique à l'épreuve du temps Les trois temporalités du mouvement de légitimation de l' œuvre d'art Intronisations inattendues et re-naissances L'artiste dans le mouvement de légitimation Les œuvres, référent du mot art Immédiateté et présence de l'œuvre d'art

137

Conclusion

157 169

Notes bibliographiques

Introduction

Dans la proposition par laquelle Maurice Merleau-Ponty engage l' Œil et l'Esprit, son ultime méditation, l'auteur évoque la méthode scientifique, soulignant par là-même la distinction fondamentale sur laquelle se fonde la recherche; à savoir la position extérieure d'une part, et d'autre part, l'inscription dans la chose. La science relève de la première. « La science manipule les choses et renonce
à les habiter. . . Elle est, elle a toujours été, cette pensée admirablement active, ingénieuse, désinvolte, ce parti pris de traiter tout être comme "objet en général", c'est -à-dire à la fois comme s'il ne nous était rien et se trouvait cependant prédestiné à nos artifices» (I).

Ré-apercevoir à partir des deux positions - distanciée d'une part, dans la matière explorée de l'autre - et relire ce qui s'écrit sur la culture à l'aune de cette distinction, révèlent des absences et des incongruités surprenantes. Dans le concert des idées reçues, ce point de vue apparemment incident, met en fait le doigt sur ce qu'on ne veut pas voir: une coupure inexpliquée entre recherche fondamentale sur la culture et pratiques la concernant. Au point que cette prise de conscience conduit à s'interroger sur la possibilité d'aborder scientifiquement les dynamiques culturelles. Pourtant les textes et réflexions sur la culture se sont extraordinairement multipliés. Distinguons dans un premier temps deux types d'ouvrages sur ce thème: les recherches en sciences sociales, qui relèvent de la première position, les écrits des médiateurs culturels qui participent de la seconde. Les scientifiques pensent la culture in abstracto; les administrateurs y réfléchissent pour« l'agir ». Les premiers s'en dégagent; les seconds s'y inscrivent. Les premiers renoncent à 1'« habiter» et l'appréhendent comme «objet en général»; les seconds y adhèrent. Le travail des premiers est perçu comme recherche fonda15

L'acte culturel

mentale. Mais il s'attache au phénomène de l'extérieur plus qu'à ses ressorts internes. Les études des seconds relèvent de réflexions visant à comprendre les actes culturels, afin d'articuler les conduites et, par ailleurs, de structurer le secteur culturel. Ainsi les travaux des grands anthropologues en particulier Bernard Malinowski, Marcel Mauss, Margaret Mead, Claude Levi-Strauss, ont jalonné les étapes de la recherche sur la culture. Ils en précisent d'abord des définitions: les systèmes symboliques, les coutumes, les traditions, l'art, etc., puis en observent les manifestations. Ils associent ensuite certains traits. Mais ils y recourent pour découvrir autre chose, les règles qui régissent les relations au sein des collectivités par exemple. Et non pour préciser comment la culture elle-même se développe et évolue: pour la science, c'est un objet de substitution permettant d'explorer l' organisation de telle ou telle structure sociale. Et à travers l'ensemble des recherches sur la culture, ce qui frappe en définitive, est la multiplication des représentations et des sens donnés à ce concept et non leur affinement. D'autres réflexions parviennent-elles à l'appréhender de l' intérieur? Les essais des acteurs et administrateurs eux-mêmes en constituent-ils des exemples? Depuis les années 1960, de nombreux écrits ont été publiés par ces derniers. Citons pour mémoire quelques-uns d'entre eux: Pierre GaudibertAction Culturelle Intégration et / ou Subversion (2), Gérard Montassier Le Fait Culturel (3), Catherine Clément Rêver Chacun pour l'Autre (4), Jacques Rigaud dont la réflexion fait l'objet de publications régulières. Expressions militantes, témoignages, études préfigurant des formations spécifiques, propositions visant à dessiner des orientations de politique culturelie; ces ouvrages s'attachent principalement aux actes et dynamiques culturels. Mais il s'agit d'un tout autre registre que celui des chercheurs: ce sont des essais très engagés, souvent polémiques, où les points de vue s'appuient sur l'expérience acquise. L'observateur semble ne pas pouvoir prendre de distance par rapport à son objet. Dans ce deuxième cas, on ne connaît pas d'exemple qui ne soit subjectif, parfois très engagé. De sorte que, si tous attestent d'une grande sincérité, certains ayant introduit un souffle qui a inspiré pour un temps les initiatives, aucun n'a permis d' enraci16

Introduction

ner durablement la réflexion et de fonder cette activité sur le plan théorique. Ces ouvrages ne parviennent pas à se situer sur le plan ontologique. De plus, entre les deux types d'ouvrages, les articulations ne sont que pure application. Certes, les acteurs culturels s'inspirent des définitions établies par les chercheurs. Dans leurs essais, ils ont recours volontiers aux formules élaborées par ces derniers. La fameuse proposition d'Edmund B. Tylor par exemple est citée

presque chaque fois: « ce tout complexequi comprend la connaissance, la croyance, l'art, la morale, le droit, la coutume... ». De même Claude Levi-Strauss est souvent repris. Mais ensuite les raisonnements se développent sans relation entre les conclusions des uns et les propositions des autres. Les formules sont utilisées de manière très littérale, extraites d'une réflexion dont il n'est pas fait mention; comme si on ne les rappelait que pour supporter (et légitimer) le témoignage d'un engagement, l'expression de convictions dont découlent des suggestions, et qui se substituent à tout fondement théorique. La relation entre les recherches scientifiques et les réflexions appliquées se réduit à l'usage par les secondes, de définitions issues des premières, isolées de leur contexte, et détachées de l'argumentation qu'elles ont fondées ou dans lequel elles s'inscrivent. Il est pourtant fondamental, pour le professionnel de l'action culturelle, d'approfondir d'un point de vue théorique ce qui est en jeu
.

dans les dynamiquesculturelles.C'est-à-dire de préciser la matière
à laquelle il consacre la part la plus importante de son énergie et de son intelligence. Certes, comme tout être humain, il est immergé dans la culture; mais sa fonction est marquée par un volontarisme qui implique de penser son activité dans. Ce qui n'est pas le cas du scientifique qui, bien que dans la culture au plan personnel, s'en abstrait dès lors qu'il se met en position de l'étudier. Pour le professionnel culturel, provoquer des évolutions dans la culture constitue le but fondateur de ses initiatives. Par son activité, il tente de l'approfondir, de la développer, de la transmettre. Il vise à intervenir en elle et sur ses dynamiques. C'est aussi son moyen d'action: par elle, il entend permettre à d'autres de s'insérer dans le corps social, d'y occuper une place, de découvrir leurs potentia17