Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'ANCRAGE TERRITORIAL DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

De
352 pages
Les réflexions sur le développement durable s'affirment et se transforment. L'objet de cet ouvrage est de montrer ce double enjeu : éclatement de la problématique traditionnelle du développement durable et recomposition de ces questions à partir de la prise en compte des agents, des conventions, des institutions et des différents modes de régulations que portent les spécificités territoriales par exemple.
Voir plus Voir moins

L'ANCRAGE TERRITORIAL DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
De nouvelles perspectives

Collection Emploi, Industrie et Territoire
dirigée par Gilbert BENHAYOUN, Maurice et Bernard PLANQUE CATIN

Cette collection accueille des ouvrages présentant un intérêt scientifique qui dans des domaines spécifiques tels que l'économie de l'emploi, l'économie industrielle et, de manière connexe, l'économie internationale et l'économie du développement, intégrent une dimension régionale, spatialisée. Les territoires peuvent être l'objet ou un éclairage des analyses. Les approches peuvent être aussi bien théoriques, méthodologiques ou appliquées. Ouvrages parus dans la collection: Gilbert BENHAYOUN et Steve BAZEN (sous la direction de), Salaire minimum et bas salaires, 1995,400 p. Christel AL VERGNE, Vingt-cinq ans d'évolution territoires français, 1997, 208 p. de l'industrie et des

Antje BURMEISTER et Guy JOIGNAUX (sous la directions de), Infrastructures de transport et territoires - Approches de quelques grands projets, 1997,320 p. Gilbert BENHAYOUN, Maurice CATIN et Henri REGNAULT (sous la direction de), L'Europe et la Méditerranée: intégration économique et libre-échange, 1997, 192 p. Jean BERNARD et Maurice CATIN (sous la direction de), Les conditions économiques du changement technologique, 1998, 302 p. Gilbert BENHA YOUN, Nathalie GAUSSIER et Bernard PLANQUE (sous la direction de), L'ancrage territorial du développement durable: de nouvelles perspectives, 352 p.

Sous la direction de

Gilbert BENHA YOUN Nathalie GAUSSIER Bernard PLANQUE

L'ANCRAGE TERRITORIAL " DU DEVELOPPEMENT DURABLE
De nouvelles perspectives

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADAH2Y lK9

<9L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-7955-3

PRÉFACE L'idéal de développement durable, pour tous, économe des ressources non ou peu renouvelables, assurant une amélioration du niveau et de la qualité de la vie dans le long terme est au cœur du présent ouvrage issu des travaux du colloque d'Arles (1998). Les textes rassemblés dans ce volume posent des questions, abordent des pistes de recherche et des amorces de solutions pour faire face à un défi majeur pour le XXIème siècle. L'objet de la préface est de rappeler brièvement les caractéritiques et les contraintes du processus de développement économique en général, de souligner que tout processus de développement a un ancrage territorial qui le contraint. à la compétitivité et que cette contrainte ne peut pas être évacuée du discours et des stratégies visant à la durabilité à long terme de ce processus. 1. LE PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT Il est ici question de développement économique, même si, on le verra, des dimensions non économiques au sens étroit du terme interviennent très fortement pour déclencher et/ou permettre le processus de développement économique. François Perroux, dans une définition célèbre et désormais classique, opposait la croissance économique, conçue comme une mesure synthétique de l'augmentation de la valeur ajoutée sur une certaine période et sur un certain ensemble, au développement économique, vu comme l'ensemble des transformations structurelles (économique, sociales, technologiques, organisationnelles, culturelles) qui permettent la croissance économique. On peut prolonger un peu cette définition en soulignant que le tenne de "développement" peut désigner un état (un "niveau") des structures procurant un certain niveau de vie aux populations concernées ou bien un processus permettant à long terme à ces populations d'améliorer leur niveau de vie. C'est au processus que nous allons nous intéresser.

8

L'ancrage territorial du développement durable

Pour essayer de restituer ce processus, qui affecte une partie de I'humanité depuis quelques dizaines de siècles, on peut souligner quelques bifurcations essentielles, quelques pré-conditions fondamentales pour la réalisation du processus qui a conduit les sociétés "développées" à un niveau de richesse matérielle et de complexité que nos lointains ancêtres n'auraient sans doute pas pu imaginer et dont pourtant, au travers de quelques innovations et de quelques bifurcations, ils sont à l'origine. Jane Jacobs dans son livre: "The Economy of Cities" a une formule lapidaire pour souligner que la disposition d'un "surplus", d'une capacité minimale d'épargne, est la première des pré-conditions d'enclenchement d'un processus de développement: "Prosperity is a prerequisite" (Jacobs, 1969, Randon House, New York, p. 29). Un prérequis, certes, mais pas une condition suffisante. Dans les sociétés qui ont disposé de cette marge de manœuvre et qui ont connu par la suite un mode de développement économique, une bifurcation majeure a été prise dans le choix d'affectation de la capacité d'épargne, une bifurcation proprement culturelle. Ces sociétés là ont "choisi" d'orienter ce surplus vers la réalisation d'un investissement, vers la création de biens de production, vers le démarrage du processus d'accumulation capitalistique. Nous reviendrons un peu plus bas sur ce "choix" et sur les alternatives possibles et leurs conséquences. Quand un groupe a fait ce premier "choix" il est entré sur le chemin de l'innovation technologique incorporée dans des biens de production susceptibles d'accroître considérablement la productivité du travail, la capacité de production du groupe et donc sa capacité d'épargne. Apparaît ici, intimement lié au couple investissement/innovation une première forme de Division du Travail, de Spécialisation des Tâches et d'Echange Marchand. Il est clair que le processus ainsi que l'augmentation conséquente de potentiellement porteuse de nouvelles investissements et d'une diversification Notons que la généralisation engagé peut être cumulatif, la capacité d'épargne est innovations, de nouveaux de l'économie. des échanges liée à la

Préface

9

diversification du système de production et à l'approfondissement de la spécialisation des tâches/division du travail tend à l'augmentation de l'interdépendance économique et sociale des membres du groupe, interdépendance qui suppose des formes de coopération des membres entre eux, des coopérations dont la régulation peut-être assurée par divers moyens: "marché", contrainte, entente, etc. : des formes nouvelles d'organisation collective de la société qui correspondent à des formes de "solidarité" objective parfois plus ou moins acceptées librement par les membres du groupe, parfois imposées par la contrainte, par les plus forts aux plus faibles. Avant' d'examiner la suite possible de événements, revenons un instant sur la "bifurcation culturelle" soulignée un peu plus haut. L 'histoire des groupes humains montre que, dans un très grand nombre de cas, disposant d'un "surplus" (c'est-à-dire n'étant pas en permanence dans un état de famine endémique), ces groupes n'ont pas fait le "choix" technologique mais ont orienté la plus grande partie de leur capacité d'épargne dans d'autres directions, religieuses, artistiques, ludiques.. . (cf. par exemple Glowczewski B., 1989, "Les rêveurs du désert", Plon-Paris) ou, jusque dans certaines sociétés contemporaines, purement ostentatoires. Sans faire montre d'anthropocentrisme, nous sommes bien forcés de constater que, si ces "choix", liés à des systèmes autres de représentation du monde, sont éminemment respectables, ils ont été traités avec une grande cruauté par l'histoire du monde qui a progressivement éliminé ou fortement marginalisé les civilisations ainsi fondées. Des aborigènes d'Australie (Hughes, 1988, "La rive maudite", Flammarion, Paris) aux indiens d'Amérique en passant par les multiples groupes africains et probablement de nombreuses peuplades européennes dès la période néolithique, tous ont impitoyablement été éliminés, laminés ou intégrés par les civilisations fondées sur un "choix" plus ou moins fortement technologique; pour d'impérieuses raisons de concurrence interterritoriale sur lesquelles nous reviendrons dans la deuxième partie. Dans la suite du processus, l'orientation de l'affectation de la

10

L'ancrage

territorial

du développement

durable pour l' effectivité du

capacité d'épargne développement.

reste

déterminante

Deux conditions supplémentaires peuvent être résumées par deux formes d'investissement: - l'investissement humain dans la formation des plus jeunes par la transmission des savoirs et des savoir-faire, condition majeure pour la perpétuation des processus d'innovation... (un type d'affectation de la capacité d'épargne qui ne va pas de soi et demande des conditions sociales, politiques et culturelles spécifiques) ; Figure n 0 1 : Le processus de développement

Capacité d'épargne

-

-

(autres affectations possibles)

Investissement humain

Innovation Investissement productif

Division du TravaiI/ Interdépendance

Diversification Echange Croissance

- l'investissement collectif matériel (dont l'accu-mulation et l'entretien au fil des générations successives sont naturellement un élément vital de l'efficacité économique globale, même si, parfois, dans les pays développés et très "équipés" nous prenons l'habitude d'en perdre la conscience) dans les infrastructures qui aménagent le territoire du groupe en rendant plus performant l'ensemble du système de production et l'investissement collectif immatériel dans

Préface

Il

les services collectifs qui fluidifient les relations et les échanges complexifiés; in fine, l' investissement collectif immatériel dans la recherche vient relancer la capacité d'innovation. L'ensemble des investissements collectifs produit des externalités positives (et conduit à lutter contre les externalités négatives) qui participent fortement à la dynamique du système. En résumé, le cheminement pourrait être schématisé selon la figure n° 1.
2. LE DÉVELOPPEMENT LOCAL ET LA DURABILITÉ DU PROCESSUS

L'introduction de ce petit vocable, "local", d'apparence insignifiante, ouvre à une démultiplication du degré de complexité, à une augmentation du niveau de contrainte et à une difficulté accrue de réalisation du processus de développement. L'introduction du territoire c'est aussi celle, fondamentale, de la concurrence interterritoria le. L'histoire interterritoriale se décline autour de quelques scénarios majeurs de relations entre groupes aux capacités technologiques hiérarchisées: depuis le scénario impérialiste, en passant par celui de l'expulsion vers des terrains "périphériques" misérables (Indiens d'Amérique par exemple) ; jusqu'au scénario d'émigration plus ou moins volontaire que nous connaissons bien non seulement sur le plan international des pays pauvres vers les plus riches mais aussi à l'œuvre dans les processus de désertification des zones périphériques (corollaires du processus de métropolisation) dans les pays développés depuis des lustres et dans beaucoup de pays moins développés désormais. Si les phénomènes interterritoriaux ont sans doute toujours existé, il est manifeste qu'ils prennent dans la période contemporaine des formes nouvelles, avec probablement un niveau jamais atteint dans l'histoire de concurrence interterritoriale économique qui impose à chacun des territoires d'être globalement compétitif par rapport à l'ensemble des autres s'il doit connaître et/ou poursuivre un processus de développement. L'introduction du territoire, de la dimension "locale", c'est

12

L'ancrage

territorial

du développement

durable

l'introduction de la concurrence interterritoriale ; en d'autres termes c'est dire que, pour se développer, il ne suffit pas de devenir plus efficace que par le passé au travers des processus résumés cidessus mais qu'il faut désormais mettre en place des modes d'organisation de ces processus, ou de certains d'entre eux, au moins aussi efficaces que ceux à l'œuvre dans d'autres territoires; cette contrainte complique singulièrement le problème; surtout si on considère les conditions d'un développement local durable. Il faut repartir du point de départ et se poser la question de l'influence de l'ouverture (concurrence) territoriale sur la capacité d'épargne pointée comme première pré-condition du développement. Il est clair que, dans un monde ouvert, dans une économie dont on répète à satiété -et avec raison- qu'elle se mondialise et se globalise de plus en plus, le problème n'est plus principalement de pouvoir dégager une capacité locale d'épargne mais qu'il est de rendre le territoire local capable de retenir et/ou d'attirer et donc de rémunérer une épargne disponible quelque part, localement ou non. La "rémunération" doit s'entendre au sens très large du terme, incluant la sécurité et la viabilité du capital investi; c'est cette capacité de "rémunération globale" qui, en dernière analyse est la clef du développement local. Il est clair qu'elle dépend d'un grand nombre de facteurs et de la combinaison de ces facteurs, notamment des facteurs collectifs et culturels qui influençant la production d'externalités tendent à :
- Pérenniser les gains de productivité et donc la compétitivité des "centres" les mieux équipés, capables de produire cumulativement des externalités positives de tous ordres et, dans le même temps, de dégager les moyens de lutte contre les externalités négatives associées à leur expansion: de se forger les moyens d'une certaine durabilité de leur processus de développement.

- Handicaper cumulativement les "périphéries" moins dotées en les contraignant à exploiter dans le court terme éléments de compétitivité partielle (bas coût du travail...) d'étroits crénaux sans être à même de dégager ou d'attirer surplus suffisants pour financer une amélioration de environnement susceptible de les engager effectivement sur la d'un développement durable.

bien des sur des leur voie

Préface

13

Figure n 0 2 : Développement local et durabilité
_ _ (autres affectations possibles)

Investissement humain

Innovation Investissement productif

Investissement collectif - matériel - immatériel

Inscription dans la division interterritoriale des tâches "s éeialisation")

Contrainte

de compétitivité

interterritoriale

"Selon que vous serez puissant ou misérable. .." la durabilité de votre développement sera ou ne sera pas en bonne voie.

Bernard Planque Professeur, institut d'Aménagement Régional, Université de Droit, d'Economie et des Sciences d'Aix-Marseille

INTRODUCTION GÉNÉRALE

"Le siècle s'achève dans le scandale du mal développement", I. Sachs, 1998, "Quel Etat pour quel développement ?", Alternatives Economiques, n° 35, p. 57 Il suffit de consulter un dictionnaire pour associer au terme développement une acception positive, dans le sens d'un changement, d'un processus irréversible, porté par une transformation qualitative, technique et organisationnelle de nos sociétés. Si nos économies sont dites développées, ou d'autres en développement, il est très fréquent aujourd'hui de se heurter aux termes de crise, d'exclusion, d'inégalités ou de pollutions. Bien plus que de simples aspérités conjoncturelles difficiles à juguler, l'ampleur et la persistance de ces phénomènes dénoncent des "tendances lourdes" (La Documentation Française, 1991). Le développement semble-t-il s'entoure d'un halo d'effets pervers au point qu'il soit possible d'envisager les terminologies de "mal développement", de préconiser l'émergence d'un développement durable et d'en systématiser l'approche en soulignant son nécessaire ancrage territorial.
1. DU MAL DÉVELOPPEMENT AU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Reprenons le constat de I. Sachs. La croissance de la production mondiale, plus forte que celle de la population, n'entraîne pas une augmentation uniforme du revenu par tête. Ce constat n'est qu'une illustration du clivage entre les pays du Nord et du Sud ou les pays dits riches versus les pays pauvres. Il insère même, si l'on y regarde de plus près, un Sud dans le Nord et un Nord dans le Sud: exclusion dans les pays du Nord d'un côté, une minorité très riche dans les pays du Sud de l'autre. Cette segmentation croissante illustre le "mal développement" qui marque nos sociétés. Ce "mal développement" dont parle I. Sachs, serait le fruit de l'essoufflement des modèles qui ont fonctionné jusqu'alors. Tous les espoirs se sont portés vers la notion de développement durable.

18

L'ancrage

territorial

du développement

durable

"Référence rituelle et incantatoire au rapport Brundtland" (J.P. Carrière, 1994, p. 517) ou construction du "paradigme de développement des années 90" (U. Lele, 1989, cité dans S. Faucheux et J.F. Noel, 1995), la notion de développement durable apparaît comme le mot de passe de nos sociétés contemporaines. Forgée sur la base d'un développement économique et social (Conférence de Stockholm, 1972), elle propose d'intégrer dans une réflexion globale, les sphères économiques, sociales et environnementales autrefois considérées comme étanches (R. Passet, 1979). "Pour parvenir à un développement durable, la protection de l'environnement doit constituer une partie intégrante du processus de développement et ne pas être considérée isolément" (Principe 4 de la déclaration de Rio de Janeiro sur l'environnement et le développement, 1992). Bien qu'il existe un effort de définition (de multiples débats et approches jalonnent ce concept, s'opposant en partie sur les termes de durabilité ou de soutenabilité que nous avons utilisés ici de manière indifférenciée), le rapport Brundtland reste la référence: "le développement soutenable répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité pour les générations futures de satisfaire les leurs" (Rapport Brundtland, 1987) : - D'une part, on expose les objectifs auxquels un tel processus de développement est censé aboutir, en englobant l'ensemble des problèmes auxquels le genre humain est confronté: "la reprise de la croissance, la modification de la qualité de la croissance, la satisfaction des besoins essentiels, (...) la maîtrise de la démographie, la préservation et la mise en valeur de la base de ressources, la réorientation des techniques et la gestion des risques, l'intégration des considérations relatives à l'économie et à l'environnement dans la prise de décisions" (Rapport Brundtland, p. 58). De grands axes de réflexion sont proposés qui marquent une prise de conscience et de grandes aspirations, sans toutefois en fixer réellement le contenu. - D'autre part, l'hypothèse est faite que les besoins des générations futures ne seront pas trop éloignés de nos préoccupations présentes. Ces objectifs s'appuient par exemple sur des caractéristiques attendues à un moment donné de la répartition

Introduction

générale

19

spatiale des individus, des activités et des ressources naturelles. Si elles sont considérées comme des atouts à un moment donné, ces caractéristiques peuvent présenter des inconvénients à d'autres moments. Ainsi l'activité minière, moteur de développement à une époque, fut porteuse de crise puis de risque environnemental à une autre. - Enfin, rien n'est dit sur ce que pourrait être ce processus ou comment atteindre ces objectifs. Il y a dans cette définition une notion de continuité devant conduire vers certains objectifs qualitatifs. Si l'on a vu des contre-exemples au développement par "étapes" (Ph. Aydalot, 1985), comment envisager le lien entre différents états, comment associer mutation et durabilité ? Le développement durable, formulé comme un programme dans le temps, de maximisation sous contrainte, prend le parti de la maîtrise de phénomènes chaotiques et de l'incertitude. Le développement durable apparaît ainsi comme un projet de société idéal que chacun exprime à sa manière: En premier lieu, selon une approche normative, des objectifs ou "vecteurs d'objectifs sociaux désirables" (D.W. Pearce et alii, 1990) sont mis en évidence et orientent les décisions. L'accent est alors porté sur les ressources renouvelables, la non-décroissance du revenu par tête et du stock de capital naturel et artificiel ou l'équité entre générations et l'accès au développement de l'ensemble des populations (B. Esambert, 1995). En second lieu, des approches plus nuancées sur la mécanique du processus susceptible de régir l'interface entre économie et environnement sont avancées. Entre deux positions extrêmes, celle de l'économiste orthodoxe et celle de l'écologiste radical, le processus de développement durable se dote d'une palette de modèles fondés sur la substituabilité plus ou moins parfaite entre capital artificiel et capital naturel. Ces modèles s'échelonnent donc entre les deux hypothèses suivantes: - la substituabilité entre capital naturel et capital artificiel est parfaite,

20

L'ancrage

territorial

du développement

durable

- la substituabilité entre capital naturel et capital artificiel est nulle. L'analyse des interactions économie-environnement s'inscrit ainsi dans différentes approches théoriques portées par les courants néo-classique, évolutionniste, néo-ricardien et économicoécologique, caractérisés par un point de vue individuel ou holiste, une approche en terme d'équilibre, de déséquilibre ou d'instabilité des trajectoires de développement. Les approches divergent selon que l'on s'intéresse aux mécanismes susceptibles de porter ce processus (soutenabilité faible) ou que l'on définit les objectifs à atteindre (soutenabilité forte). En dépit du caractère générique de la terminologie "développement durable" ou "soutenable", dont on a vu qu'elle puise ses références dans de nombreux domaines aussi variés (économie, sociologie, politique, écologie, biologie, chimie...) que riches, l'approche multidimensionnelle qui en découle suscite l'intérêt. Ce sont le temps et le discours intergénérationnel, la qualité de l'environnement et la préservation des ressources naturelles, l'équité sociale et l'équité spatiale qui sont portés au devant de la scène. Le défi posé par la réflexion sur le développement durable, pour intégrer simultanément l'ensemble de ces aspirations interdépendantes, est sans doute celui qui est porté par le paradigme de la complexité ou que certains ont qualifié "d'autre développement" . 2. UNE NOUVELLE FAÇON D'APPRÉHENDER LE DÉVELOPPEMENT? Entre l'idée d'un développement porté par les activités économiques et celle d'un développement uniquement voué à des finalités environnementales, au service de la Nature, le développement durable soulève le défi d'une approche complexe triangulée où s'associent l'économie, la société et l'environnement. L'usage de l'approche systémique en économie spatiale est déjà ancien (B. Mac Loughlin, 1972). Certains voient d'ailleurs dans la problématique du développement durable, une résurgence des

Introduction

générale

21

thèmes de l'éco-développement (Conférence de Stockholm, 1972 ; 1. Sachs, 1980) ou, plus ancienne, de la problématique du vaisseaumonde (K. Boulding, 1966). Les conférences mondiales de Stockholm (1972), de Rio de Janeiro (1992) et de Kyoto (1997) ont amorcé et alimenté la réflexion sur un développement respectueux de la qualité de l'environnement et de la disponibilité des ressources naturelles: - Il n'est pas encore question de développement durable ou soutenable lors de la conférence de Stockholm mais" d'un développement raisonné et solidaire" (J. Billet, 1998, p.54). Un processus de développement porté par le souci d'équité intra et inter générationnelle. Le développement économique et social est posé comme principe (principe 8 de la déclaration de Stockholm), condition nécessaire d'une finalité sociale et environnementale. L'idée d'un développement "raisonné" était déjà portée par les thèses développementalistes, qui voyaient dans les politiques volontaristes le moyen d'influer sur la trajectoire d'un pays ou de briser le cercle vicieux de la pauvreté. - Par contre, il est déjà question lors de la conférence de Stockholm, d'environnement, de cadre de vie, de disponibilité des ressources, d'équité et d'irréversibilité. Si la prise en compte des interrelations environnement-développement apparaît peu à peu, elle s'ancre dans une réflexion plus ténue sur les interrelations entre sociétés et développement. On retrouve ici posée la controverse entre efficacité et équité déjà très présente dans les réflexions sur le développement local ou régional "La réflexion sur le développement local et régional ne permet pas d'éluder une question essentielle: comment peut-on réconcilier, y compris dans les régions qui gagnent, efficacité économique et justice sociale ?" (G. Benko, 1995). L'atmosphère marshallienne, matérialisée par l'existence d'économies internes et externes aux firmes, préfigure de plus l'existence d'extemalités chères à l'économie de l'environnement. Ainsi, du principe 8 de la déclaration de Stockholm au principe 8 de la déclaration de Rio, la question du développement économique et social est posée comme une condition essentielle de

22

L'ancrage

territorial

du développement

durable

la durabilité du développement "Afin de parvenir à un développement durable et à une qualité de vie plus élevée pour tous les peuples, les Etats devraient réduire et éliminer les modes de production et de consommation non viables et promouvoir des politiques démographiques appropriées". Ce n'est donc pas de préservation des ressources naturelles ou de durabilité de l'environnement dont il est question en premier lieu, mais de la durabilité du modèle de développement économique traditionnel (J.I. Gouguet, 1997, p.476). Défini comme "l'ensemble des changements économiques, sociaux, techniques et institutionnels liés à l'augmentation du niveau de vie, résultant des mutations techniques et organisationnelles issues de la révolution industrielle du 18ème siècle" (P. Bairoch, 1990, p.134), le développement a plus souvent été compris comme un ensemble de transformations que comme un système dynamique. Il s'agit plus d'observer les mutations qui marquent nos sociétés contemporaines (R. Passet, 1994) que de comprendre les interrelations entre les sphères économiques, sociales et environnementales qui portent ces mutations. L'engouement pour la problématique du développement durable semble sous-tendre cette idée. Si le développement est associé à l'augmentation du niveau de vie, comment expliquer des situations où le niveau de vie est sujet à dégradation, du fait de pollutions ou de chômage, par exemple? Une approche en terme de systèmes pourrait expliquer ces dysfonctionnements et éviter que le processus ne dérape. On retrouve là un enseignement du modèle élaboré par J.W. Forrester au M.LT. Bâti à partir de l'étude de la dynamique des systèmes, il soulignait le jeu complexe des interrelations à l'œuvre dans le système Monde. Décrié quant à ses hypothèses et ses conclusions, il n'en reste pas moins une amorce de la compréhension des interrelations entre sphères environnementales et économiques. Les avancées en dynamique des systèmes, l'étude de l'adaptativité des écosystèmes et de l'évolution du contexte et de la structure qui les définit en témoignent. Le développement, caractérisé par un processus irréversible, serait ainsi appréhendé dans son aspect bidimensionnel (environ-

Introduction

générale

23

nement-économie) et multidimensionnel (environnement-économie~société). On retrouve ici posée la question de la coévolution, posée en théorème par J.J. Gouguet (1997, p.473) : "On n'a pas le droit de rechercher l'équilibre dans l'une des deux sphères si cela doit se faire au détriment de l'équilibre dans l'autre". La question pourrait être: comment gérer au mieux les déséquilibres de chacune des sphères? Le développement durable pose la question des actions à entreprendre et des processus à mettre en œuvre: quelles sont les mesures envisagées pour concilier simultanément des objectifs économiques, écologiques et sociétaux ? Il s'agit d'une approche active, censée orienter les mutations qui conduisent un processus de développement. Il serait possible d'en préciser la tendance par une connaissance plus ou moins fine des objectifs recherchés. La problématique du développement durable marque ainsi une génération de chercheurs portés par le paradigme de la complexité, par la volonté d'intégrer aux raisonnements traditionnels la richesse des interactions et des relations asymétriques entre agents dans et avec leur environnement. 3. L'ANCRAGE TERRITORIAL DU DÉVELOPPEMENT DURABLE La réflexion sur le développement territorial ne peut faire l'impasse d'une réflexion en terme d'efficacité et d'équité (G. Benko, 1995). Il semble qu'elle ne puisse non plus occulter les questions d'environnement. En effet, celles-ci apparaissent nettement comme un problème d'espace. Les problèmes d'environnement, de disponibilité des ressources naturelles, ne se posent pas de la même manière et avec la même acuité dans différents territoires. On retrouve ici par exemple, le clivage entre des pays développés soucieux de leur qualité de vie et des pays en développement dont la préoccupation est avant tout celle du court terme et de la croissance. Une argumentation plus fine au niveau infra-territorial peut être menée. La recherche de substituts aux décharges dans un territoire ayant une large surface libre sera sans doute moins importante que dans un territoire n'ayant que peu de

24

L'ancrage

territorial

du développement

durable

possibilités de localiser une décharge. De plus, les conditions géologiques n'étant pas les mêmes selon les territoires considérés, les réactions chimiques susceptibles de s'y dérouler ne peuvent pas être, en conséquence, de même nature. Les pollutions constatées ne s'y expriment donc pas avec la même intensité et ne suscitent pas le même intérêt. La "Charte de la Terre" et l'Agenda 21 qui ont suivi la conférence de Rio n'ont ainsi eu qu'un effet modeste faute de portée juridique. Pourtant, la notion de développement durable, issue du rapport Brundtland, apparaît comme une référence incontournable, magnifiant le processus de développement. Des accords de Marrakech (1994) à la conférence de Kyoto (1997), le développement durable est compris du point de vue stratégique des pays impliqués. Aussi comprend-on que le territoire (national puis infra national) puisse être considéré comme le lieu privilégié d'expériences de développement durable. C'est l'hypothèse sousjacente du projet de loi sur l'aménagement et le développement durable du territoire: "La politique d'aménagement et de développement durable du territoire vise à permettre, au sein d'un ensemble européen cohérent et solidaire, un développement intégrant le progrès social, la protection de l'environnement et l'efficacité économique en créant des conditions favorables à l'emploi, en accroissant la justice sociale, en réduisant les inégalités territoriales, en préservant les ressources et les milieux et en renforçant la coopération entre l'Etat, les collectivités territoriales, les organismes publics et les acteurs économiques et sociaux du développement" (Article 1). Ce projet de loi est structuré autour de verbes impulsant une dynamique: permettre, intégrer, créer, accroître, réduire, préserver, renforcer (Article I). Cette dynamique portée par les acteurs et/ou les instances compétentes s'oppose à l'inertie des situations souvent constatée. L'investissement dans des technologies "propres", dans un incinérateur "aux normes", souvent très coûteux, l'évolution du cadre réglementaire, le développement des connaissances scientifiques et la sanction de l'électorat conduisent souvent les décideurs dans des situations d'attentisme.

Introduction

générale

25

Au caractère global, incantatoire de la terminologie du développement durable, s'opposent donc les expériences de développement, le vécu et les pratiques des agents. Ainsi l'étude de la répartition spatiale des activités et des hommes, des us et coutumes, l'apprentissage et le concemement collectif sont susceptibles de nous informer sur l'inscription spatiale des interrelations entre les sphères économiques, sociales et environnementales ou sur l'impulsion donnée pour une approche intégrée de ces trois sphères. Les monographies sur le développement urbain durable proposées par R. Camagni et M.C. Gibelli (1997) soulignent, par exemple, le rôle des pratiques culturelles et institutionelles dans la poursuite d'un processus de développement respectueux de l'environnement et de la disponibilité des ressources naturelles. Au-delà du caractère pluridimensionnel qui porte la problématique du développement durable, le territoire permet une lecture des dysfonctionnements ou des blocages dans la mise en œuvre d'un tel processus. Les textes réunis dans cet ouvrage montrent que la prise en compte du territoire conduit à un éclatement puis un renouvellement, à partir de sa dimension territoriale, de la thématique du développement durable,'

- Eclatement pressenti du cadre d'analyse, car la boîte noire du développement durable semble peu fonctionnelle. Le développement durable suppose la compréhension simultanée des modes de régulation entre les sphères économiques, sociales et environnementales. Plutôt que poser l'enjeu d'une économie des ressources naturelles et de l'environnement (ou comment intégrer l'environnement dans la sphère économique), c'est celui d'une économie avec l'environnement et les ressources naturelles qui est proposé (S. Faucheux, J.F. Noel, 1995). On est ainsi conduit à remettre en cause, dans certains cas, des outils économiques traditionnels pour intégrer l'environnement, ainsi que vers le développement de la prise en compte des procédures de négociations et d'apprentissage.
Eclatement de cette conception face à celle

du

26

L'ancrage

territorial

du développement

durable

développement local, dont la distinction classique entre approches territoriales et approches régulationnistes ne tient plus. Le rôle et l'importance de réseaux territoriaux dans une pratique de développement durable semblent incontournables. Les agents et les "contradictions du territoire" qui émergent de l'intégration environnement-aménagement (CI. Lacour, 1994) occupent une place que l'on ne peut négliger. Recompositions formulées sur la base de nouvelles expériences et de lectures territoriales du développement durable. Le territoire semble éclairer la question du développement durable en proposant une approche simplifiée et appliquée sur la façon de concevoir simultanément des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. De nouvelles perspectives de réflexion émergent, proposant des amendements, des spécificités dont une approche spatialisée du développement durable pourrait tenir compte. On retrouve alors des objectifs de développement économique et social, des objectifs de qualité environnementale et de disponibilité des ressources naturelles, accompagnés d'outils élaborés, associant, entre autre, les points de vue du technicien et des décideurs. La problématique du développement durable se reconstruit pour donner peu à peu de plus en plus de place aux agents sur un territoire donné. Chercher la co-évolution de sphères environnementales, sociétales et économiques relève d'une approche globale sur les objectifs et la nature des processus susceptibles d'y conduire. Or, la mise en perspective de ces objectifs ou l'implémentation de ces processus conduit à s'interroger sur le rôle des agents, des institutions, des interrelations entre agents et institutions sur un territoire donné. Les textes réunis ci-dessous montrent que ces nouvelles dimensions sont susceptibles de conduire à un éclatement de la problématique du développement durable telle qu'elle est globalement proposée. Le premier chapitre: "Malthus revisited. The Economics of Sustainable Development", bâti à partir d'une approche néoclassique, souligne le rôle des agents. Les auteurs, Eduardo Anselmo de Castro et Christopher Jensen-Butler s'interrogent sur le rôle des agents dans la recherche d'objectifs multidimensionnels : qui sont

Introduction

générale

27

les agents qui définissent la nature des compromis, quel est leur pouvoir de décision et leur capacité à influer sur les décisions? A l'aide d'un programme de maximisation sous contrainte, les auteurs montrent que le concept de développement durable devrait être élargi au-delà du simple marchandage entre production et qualité de l'environnement. Cet arbitrage naît d'une logique démocratique dont JeanMichel Josselin et Alain Marciano soulignent les enjeux dans un second chapitre: "Recherche de rente et croissance". Selon les auteurs, les démocraties garantes d'un ordre social stable, peuvent porter des enjeux de long terme. Toutefois, le propre des choix démocratiques est de pouvoir varier dans le temps. En ce sens, les démocraties sont-elles capables de porter un raisonnement intergénérationnel ? Les conventions et les institutions offrent une clef de lecture intéressante souvent absente des problématiques globales sur le développement durable. La prise en compte des acteurs, des institutions et des conventions conduit imperceptiblement à un éclatement de la problématique du développement durable. L'exemple des technopoles proposé dans le troisième chapitre par Michel de Bernardy: "Technopole: innovation tous azimuts et/ou intégration de l'environnement social et physique", souligne le jeu des spécificités territoriales et des capacités d'adaptativité d'un milieu technopolitain. Au-delà de l'étude de l'insertion des technopoles dans l'espace, le paradigme technopolitain souligne la question des problèmes économiques, sociaux et environnementaux locaux et éclaire le rôle des acteurs, des institutions et des conventions dans un enjeu global de développement durable. Cet enjeu dépend comme le montre Caroline Giran, dans un quatrième chapitre: "Développement durable, progrès et innovation", de volonté et d'adhésion collective. L'auteur met en perspective l'importance d'une identité culturelle et territoriale susceptible de porter des objectifs de développement durable. L'approche présentée par Laurent Garnier "Une expression organisationnelle du développement durable" dans le cinquième chapitre tente d'éclairer quelles pourraient être les formes

28

L'ancrage

territorial

du développement

durable

organisationnelles susceptibles de conduire un processus de développement territorial durable. L'auteur souligne la nécessité d'intégrer des approches territoriales (milieux innovateurs) et régulationnistes (en terme de réseaux, de gouvernance et de partenariats) du développement local. Une approche fondée sur les bassins d'emploi souligne la grande variété des territoires, des acteurs impliqués dans un processus de développement et la richesse des interrelations qui se nouent entre eux. Il souligne ainsi le rôle des structures locales susceptibles de porter un processus de développement, dans une perspective d'équité intergénérationnelle. La mise en perspective des modes de régulation est proposée dans un sixième chapitre par Daniel Puech : "Vers un développement durable au sens fort: la nécessité d'une approche par type de ressource naturelle. Le cas de la gestion de l'eau". A partir de l'étude des modes de régulation dans la gestion de l'eau, l'auteur souligne les enjeux d'une logique partenariale dans la mise en œuvre d'un processus de développement durable. L'auteur montre notamment qu'il est utile de rechercher de nouvelles modalités de gestion de l'eau: la mise en place d'organisations pérennes de systèmes d'agents, le développement de modalités de régulation reposant sur la négociation dans le long terme, impliquant de ce fait un processus de gestion patrimoniale. Enfin, dans un septième chapitre, "La fiscalité énergétique et le développement durable, quelques réflexions", Julien Baddour et Suhbes C. Battacharrya soulignent les limites des outils économiques traditionnels pour intégrer l'environnement. Ces limites apparaissent dans le cadre de spécificités territoriales. L'expérimentation d'un développement respectueux de l'environnement conduit les décideurs à rechercher des instruments qui émanent du domaine de l'économie de l'environnement et notamment à adhérer au principe pollueur payeur. Or, dans les pays en développement dont l'économie est principalement non monétaire et informelle, l'application d'une taxe, par exemple, peut conduire à des dérapages. Si le constat n'est pas véritablement nouveau (la problématique du développement durable introduit l'idée d'une économie avec l'environnement -économie écologique par

Introduction

générale

29

exemple- et non pas une économie de l'environnement), on se rend compte que les outils disponibles sont les outils proposés par l'analyse économique standard pour traiter de l'environnement. Cette rupture de logique nous conduit à envisager sur la base des remarques précédentes une recomposition de la thématique du développement durable. Les agents, les conventions, les institutions, les différents modes de régulations que portent les spécificités territoriales offrent une grille de lecture intéressante. Dans un huitième chapitre "Service public et développement durable", Jacques Plantey, directeur des services techniques de la Société du Canal de Provence, montre que l'éthique de service public n'est pas éloignée de la problématique du développement durable. La question est celle, récurrente en analyse économique, de la conciliation entre intérêts individuels et intérêt collectif. Les intérêts individuels s'inscrivant le plus souvent dans des objectifs de court terme, s'opposent à l'intérêt général, porté par une problématique de long terme. Cette distinction entre intérêt individuel et intérêt général, retranscrite par l'antagonisme entre objectifs économiques et objectifs écologiques ou intérêts de court tenne et intérêts sur le long terme, n'est pas nouvelle. L'approche des phénomènes de concentration offre une lecture intéressante de l'imbrication des objectifs économiques et écologiques. S'il est intéressant de bénéficier d'économies d'agglomération, la taille urbaine est susceptible d'induire des déséconomies. De plus, l'observation de la concentration des activités ne traduit pas l'existence de situations inégalitaires. Dans le neuvième chapitre: "Spatial Failure and a Regional Development Approach", Raphael Bar-El montre comment une approche stratégique en terme de développement territorial pourrait intégrer ces enjeux. Bernard Fustier dans un dixième chapitre: "Une stratégie de développement fondée sur la production de biens identitaires" éclaire le rôle des spécificités territoriales dans une approche en terme de développement durable. L'auteur met l'accent sur la notion de "proximité identitaire" ou socio-culturelle, présentant une relation de similarité entre agents, et capable de porter dans certains cas, un processus de développement.

30

L'ancrage

territorial

du développement

durable

Si l'on voit l'intérêt d'associer les approches territoriales à celle du développement durable, Bernard Planque et Nathalie Gaussier soulignent, dans un onzième chapitre: "Milieux innovateurs et développement durable des mésologies complémentaires ?", les aspects complémentaires et divergents entre la thématique des milieux innovateurs et celle ch.1 développement durable. Ce chapitre destiné à susciter des questionnements, ouvre la réflexion, chacune des approches ayant sans doute intérêt à s'enrichir mutuellement. De ces éléments de recomposition d'une problématique territoriale du développement durable émergent des outils d'aide à la décision. Abderrahim Khaldoun souligne, dans un douzième chapitre: "Dynamique urbaine et développement durable. Réflexions méthodologiques sur la stratégie de mise en œuvre des instruments d'aide à la prise de décision en matière de développement local en Algérie", l'importance des instruments d'aménagement et d'urbanisme dans la mise en place de procédures de négociations. Enfin, dans une treizième chapitre: "Un outil d'analyse et de gestion des espaces urbains et ruraux", Jean Milon complète la dimension humaine du développement durable par des outils techniques pour comprendre comment les stratégies urbaines sont susceptibles de s'inscrire dans une problématique de développement durable. RÉFÉRENCES AYDALOT Ph., Economica. 1985,
"Economie

Régionale

et

Urbaine",

BAIROCH P., 1990, "Développement", dans GREFFE X., MAIRES SE J., REIFFERS J.L., éds, "Encyclopédie économique", Economica, p. 133-176.

Introduction

générale

31

BENKO G., 1995, "Les théories du développement local", Sciences Humaines, Hors Série n° 8. BILLET J., 1998, "Croissance et environnement", Avis et Rapports du Conseil Economique et Social, Les éditions des Journaux Officiels. BOULDING K., 1966, "The Economics of the Coming Spaceship Earth", dans JARRETT H. ed., "Environmental Quality in a Growing Economy", Johns Hopkins University Press, Baltimore. CAMAGNI R., GIBELLI M.C., 1997, "Développement urbain durable", Quatre Métropoles Européennes, Editions de l'Aube. CARRIERE J.P., 1994, "Aménagement et environnement: recherche conceptuelle à la réflexion pragmatique", d'Economie Régionale et Urbaine, n° 4, p. 517-520. de la Revue

ESAMBERT B., 1995, "Les conditions et les moyens du développement durable ", Commissariat Général du Plan, n° 1. FAUCHEUX S., NOEL J.F., 1995, "Economie des ressources naturelles et de l'environnement", Armand Colin. GOUGUET J.J., 1997, "Espace et environnement: quel enjeu pour la science régionale ?", Revue d'Economie Régionale et Urbaine, n° 3, p. 467-482. LA DOCUMENTATION l'environnement" .
FRANÇAISE,

1991,

"Etat

de

LACOUR c., 1994, "Intégration environnement-aménagement: fondements théoriques", Revue d'Economie Régionale et Urbaine, n° 4, p. 537-556.
MAC LOUGHLIN B., 1972, "Urban and Regional Planning - A Systems Approach", Faber and Faber, London.

32

L'ancrage

territorial

du développement

durable

PASSET R., 1979, "L'économique Bibliothèque Payot, Paris.

et

le

vivant", Petite

PAS SET R., 1994, "L'aménagement du territoire dans une perspective de développement durable", Revue d'Economie Régionale et Urbaine, n° 4, pp. 523-535. PEARCE D.W ; BARBIER E., MARKANDY A A., "Sustainable Development: Economics and Environment third World", Edward Elgar, London and Earthscan. 1990, in the

Rapport BRUNDTLAND, 1987, "World Commission on Environment and Development", Our Common Future, Oxford University Press. SACHS I., 1980, "Stratégies de l'écondéveloppement", et Humanisme. SACHS I., 1998, "Quel Etat pour Alternatives Economiques, n° 35. Economie . ?" ,

quel développement

CHAPITRE

1

MAL THUS REVISITED. THE ECONOMICS AND POLITICS OF SUSTAINABLE DEVELOPMENT
by

Eduardo ANSELMO DE CASTRO
University of Aveiro Department of Environmental and Planning Studies 3800 Aveiro Portugal

Christopher JENSEN-BUTLER
University of Saint Andrews Department of Economics Saint Andrews FIFE KY 16 9AL Scotland Royaume-Uni

Thanks are due to Felix Fitzroy for valuable comments on an earlier draft of the paper and to Antonio Leandro for technical assistance.

1. INTRODUCTION

The well-known work of Malthus (1803) on the theme of the existence of a limit to population growth has, since his time, been the object of an intense debate with strongly divergent views on the possibility of unlimited growth, both of population and of production. The reasoning of Malthus was based upon the idea that mineral and other resources, especially arable land, have limited reserves, which, combined with the fact that increasing intensity of use of land and primary resources is subject to the Ricardian law 0 f decreasing returns, inevitably leads to the conclusion that production and population cannot grow indefinitely. Marx (1969) was one of the earliest and most forceful critics of Malthusianism, arguing that development of the forces of production, or to use more contemporary terminology, technical progress, is a factor of sufficient importance to offset the effects of the law of decreasing returns. This criticism has been reiterated in various forms by different authors who have concentrated their arguments on the potential of technology as a means to avoid the Malthusian trap (Hollingsworth, 1973; Pavitt, 1973). Even though it is today generally accepted that the pessimistic Malthusian vision lacked a correct evaluation of the effects of technical progress, difficult to forecast at the beginning of the 19th. century, this has not reduced the political strength of the arguments of present-day environmentalists who assert the existence of a Malthusian trap, not as a hypothetical reality, but as a short term and very real threat. Well-known and widely read work such as The limits to growth (Meadows at al, 1972) or Small is beautiful (Schumacher, 1973) show that current technology and mass production, even though they tend to supercede barriers to growth arising from the scarcity of a number of key raw materials and arable soil which was

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin