L'ÉDUCATEUR SPÉCIALISÉ EN FOYER DE CENTRE D'AIDE PAR LE TRAVAIL

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La difficulté que l'éducateur spécialisé semble rencontrer pour définir les contours de sa fonction, le peu de productivité ou de progrès, le contact permanent avec la déficience mentale ne le menacent-ils pas d'épuisement au sein même de l'élaboration de son identité professionnelle ? il semble que la capacité qu'a l'éducateur à être en développement grâce à ses ressources intérieures représente pour lui une opportunité. Les notions d'usure, de formation permanente, de vie d'équipe sont également abordées dans ce livre.
Publié le : mercredi 1 septembre 1999
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EAN13 : 9782296394360
Nombre de pages : 192
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L'éducateur spécialisé en foyer de Centre d'Aide par le Travail
Vivre l 'homme intérieur

Collection Technologie de l'Action Sociale dirigée par Jean-Marc Dutrenit
Les pays francophones, européens notamment, sont très carencés en outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de combler ce retard. «Technologie de l'Action Sociale» met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires, les ouvertures et les réalisations les plus récentes. Dans cette perspective, la collection présente di vers aspects des questions sociales du moment, rassemble des informations précises, garanties par une démarche scientifique de référence, permettant au lecteur d' opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques immédiatement applicables. Audelà, la collection demeure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèles d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif, modalités efficaces de l'accompagnement social de la rééducation et de l'insertion, techniques d'analyse et de prévision dans le domaine de l'Action sociale, modèles d'évaluatiQ/n et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé sont les principaux centres d'intérêt de cette collection. Améliorer l'expertise sociale pour faciliter l'intégration des handicapés de tous ordres à la vie quotidienne, tel est, en résumé, l'objectif visé. Ceux qui pensent que leurs travaux peuvent trouver place dans cette collection sont invités à nous contacter.

Dernières parutions
A. Boroy, Mes enfants sourds, 1998. D. Merle d'Aubigné, Création artistique et dépassement du handicap, 1998. G. Lefebvre, Reconstruction identitaire et insertion, 1998 P. Vasseur, Protection de l'enfance et cohésion sociale du IVe au XXe siècle, 1999.

<9L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8178-7

Yannick DROUARD

L'éducateur spécialisé en foyer de Centre d'Aide par le Travail
Vivre l 'homme intérieur

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

« Transformer notre regard est une priorité pour développer en chaque être toute la perfection dont il est capable. Mais c'est surtout et d'abord changer notre regard intérieur, c'est à dire harmoniser notre façon de vivre et de penser dans une unité retrouvée, une tolérence, bref une paix intérieure. » Charles GARDOU

Avec mes vifs remerciements à Mr J.Y. ROBIN pour tous ses conseils. Avec toute ma reconnaissance à mon épouse pour son soutien et son sourire.

INTRODUCTION

« Aucun être humain n'est perdu, il suffit de croire en lui et de l'aimer» Cette phrase entendue à la firi de notre adolescence avait fait basculer définitivement notre recherche d'orientation professionnelle vers le métier d'éducateur, lequel nous attirait déjà depuis un moment. Belle citation qui interpellait l'idéal du jeune que nous étions, désireux de donner sens à sa vie et ce, en se tournant vers des personnes en difficulté pour leur apporter un soutien, une aide, des compétences et pourquoi pas, les réhabiliter... «Le chemin sera peut-être parfois rude» nous disions-nous en enclenchant nos études d'éducateur spécialisé, mais à aucun moment, nous n'imaginions le type de difficultés que nous allions rencontrer par la suite, ce à quoi nous serions confrontés, comme un certain nombre de collègues... L'école ne nous y avait pas
préparés. ..

La devise du départ, ironie de la vie, il fut nécessaire de nous l'appliquer à nous-mêmes: « Aucun éducateur n'est perdu, il suffit de... ». Il suffit de quoi? ! Les premières années furent celles de l'enthousiasme, c'est à dire de l'énergie à revendre, de la créativité et de la disponibilité, mais aussi du rodage, des maladresses et des coups de cœur. Ce fut le début de l'apprentissage en fmesse du métier avec la découverte que l'éducateur est souvent renvoyé à lui-même et qu'il travaille donc, aussi et souvent en engageant sa propre personnalité. Désonnais, nous ne pourrions plus faire l'économie de cette prise de conscience. Les années suivantes, seconde étape, dans un nouveau contexte professionnel, furent celles des questions existentielles au contact de personnes handicapées mentales moyennes et profondes adultes. Ces questions s'avèrent cruciales et surgissent, parfois douloureuses: «à quoi je sers?», « que leur proposer comme activité?», « pourquoi dépenser autant d'énergie pour si peu de résultats? », « suis-je éducateur ou est ce que je ne fais pas plutôt du gardiennage? »... Dans l'impossibilité de pouvoir répondre d'une façon satisfaisante à ce questionnement, le résultat en fut l'installation, pour un temps, dans une fonne de distance, dans la

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recherche de compensations, la morosité, la sensation de briser une canière à l'âge où l'on peut se déployer et prendre des responsabilités, l'impression de perdre le sens de sa vie professionnelle, de voir s'effondrer l'idéal de jeunesse. La crise intérieure fut douloureuse. Colère et amertume. Sensation d'échec, humiliation et lassitude. Mais pourtant quelque chose, une sorte d'intuition intérieure, dans les moments de silence et de solitude nous invitait à tenir bon, à ne pas capituler, nous donnait à penser qu'être éducateur, ce n'était pas ça et nous amenait à croire qu'il y avait quelque part une issue... qu'il était possible de retrouver une satisfaction, un sens... lancinante intetpell ation, ultime bouée de secours qui nous évitait la morosité ou la fuite défmitive. Malgré tout, nous tenions et nous cherchions. Le passage s'étala sur environ un mois.' Il fit suite à une question d'une personne experte en développement personnel: « As-tu consenti? » Non, de toute évidence nous n'avions pas consenti. Nous n'avions à aucWl moment accepté de ne pas savoir, de ne pas pouvoir faire mieux. Crispé, rigidifié dans une image d'éducateur qui doit savoir ce qu'il fait, pourquoi il le fait et obtenir au moins quelques résultats, nous ne pouvions accepter cette crise, c'est à dire nous ne pouvions entrer dans la vulnérabilité, nous ne pouvions lâcher prise, nous ne pouvions laisser la vie inventer autre chose... Ce qui nous était proposé soudain, c'était d'accepter de ni savoir, ni pouvoir, ni obtenir de résultats, c'était de faire une sorte de saut dans l'inconnu. Nous dûmes refaire l'apprentissage de I'humilité et consentir à nos limites. Le oui intérieur à ne pas savoir ni pouvoir prononcé le mois de juillet' de cette année là, ce consentement à une réalité professionnelle difficile, en aucun cas une résignatioD:, loin d'entériner une situation fut une sorte de nouveau départ... Etonnante intelligence de la vie intérieure... Une nouvelle façon de vivre notre professionnel apparut doucement. Nouvelle étape. investissement

Il

Depuis ce moment détenninant de notre parcours professionnel, nous pouvons dire que nous sommes rentrés progressivement et le processus se poursuit, dans une nouvelle façon d'approcher les personnes handicapées mentales. Le oui intérieur, le fait de consentir à être dans une impasse, cela ~ en quelque sorte, fait "fondre" le refus de la réalité dans lequel nous nous étions "enkysté". Le blocage s'est résorbé et un espace intérieur s'est ouvert, la révolte et l'humiliation ayant cédé la place à l'acceptation. Les distances que nous avions, sans nous en rendre compte, mises en place ont peu à peu disparues entre les personnes handicapées et nous-mêmes. Nous ne cherchons plus aujourd'hui prioritairement le résultat, nous cherchons d'abord davantage à "être avec", nous n'attendons plus tellement la reconnaissance, nous apprenons plutôt à "être au service de"... Si cette "bascule intérieure", si ce consentement sont toujours à refaire, il n'en demeure pas moins vrai que la satisfaction qui avait disparue est réapparue et le sens de l'investissement professionnel qui était perdu s'est réinstallé avec plus de densité. Notre recherche s'inscrit dans le cadre des foyers d'hébergements qui accueillent des personnes handicapées mentales adultes. Ces personnes présentent de graves déficiences qui rendent obligatoire la présence continuelle d'un personnel éducatif Elles peuvent cependant, exercer une activité professionnelle adaptée dans le cadre de CATl. Notre recherche portera davantage sur ce personnel éducatif et plus spécialement les éducateurs spécialisés chargés d'accompagner des adultes handicapés mentaux qui vivent dans des foyers d'hébergement en dehors de leur temps de travail dans les ateliers du CAT. Nous sommes cependant enclins à penser que les autres personnels éducatifs (moniteurs éducateurs, AMpl) peuvent se sentir concernés par notre réflexion, notre analyse et nos résultats. Peuvent aussi se sentir concernés par ce travail les personnels travaillant dans les Foyers de vie pour personnes handicapées mentales adultes ou les Maisons d'accueil spécialisé.
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Centre d'aide par le travail.
Aides médico-psychologiques.

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Nous pensons en effet que les éducateurs spécialisés qui s'investissent dans la durée (plus de lOans) auprès de ces personnes déficientes sont exposés à des risques d'épuisements. Ces risques seraient liés à une fonction difficilement défmissable, à des gratifications peu nombreuses (peu de résultats mesurables) et une reconnaissance qui ferait défaut. Nous sommes portés à croire qu'il peut y avoir d'atteinte au niveau de l'identité professionnelle et qu'un sentiment d'insatisfaction profond peut apparaître.. A partir de là, le sujet que nous nous proposons de travailler traitera des stratégies que ces éducateurs vont mettre en place pour "tenir". Comment vont-il faire pour trouver "un passage" face à un risque de fragilisation de leur identité professionnelle? Comment vont-il faire pour, soit conserver soit retrouver une satisfaction? Les notions d'identité professionnelle, de recherche de gratification, de ressources personnelles, de moi profond vont être abordées. Nous irons sur le terrain afm de vérifier nos hypothèses. Celles-ci émettent l'idée que les éducateurs vont élaborer des stratégies pour palier aux risques d'épuisement qui les menacent. Ces stratégies vont chercher soit à retrouver une satisfaction en restaurant une identité professionnelle déstabilisée, soit à vivre ce que nous appelons "l'homme intérieur", soit à demeurer dans un immobilisme relativement confortable mais insatisfaisant. Nous constaterons que nos hypothèses sont en partie infmnées, en partie confinnées. La notion de vie intérieure se dégagera et nous conduira à penser qu'il y a là, une opportunité pour permettre à l'éducateur, grâce à un parcours personnel, de trouver réellement non seulement sens et satisfaction dans sa tâche mais aussi d'avancer sur la voie d'un développement personnel et d'une approche personnaliste de la personne handicapée. Notre champ de référence se situe dans celui de la phénoménologie et de la {psychologie existentielle. L'approche personnaliste sous-tend notre réflexion.

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Trois grandes parties articulent notre travail. La première traite de la problématique que nous venons d'évoquer succinctement, de notre questionnement et de nos trois hypothèses de recherche. La seconde fonde sur le plan théorique les différentes stratégies que vont élaborer les éducateurs, de notre point de vue. Ces stratégies, au nombre de trois, sont en lien avec les différentes hypothèses. Enfm, au cours de la troisième partie, nous exposerons notre méthodologie, notre enquête et ses résultats et nous verrons en quoi nos hypothèses se vérifient ou non et ce à quoi notre réflexion nous ouvre. Nous sommes conscient que nous sommes impliqués personnellement dans ce thème de recherche, le début de cette introduction en témoigne. C'est la raison pour laquelle, afin d'éviter les écueils d'une trop grande implication personnelle, nous avons apporté un soin tout particulier à la réflexion théorique et surtout à la méthodologie. Nous nous sommes ainsi imposé de rencontrer des collègues, au nombre de 9, venant d'établissements et de départements différents. Nous avons d'autre part, dans le même souci d'objectivité, effectué une analyse croisée du contenu de leurs entretiens (analyse de contenu et analyse thématique catégorielle qui, seule, pour des raisons de commodité apparaît dans ce document). Cela nous a pennis, nous semble t-il, de prendre tout le recul et la distance nécessaires et indispensables par rapport à notre propre expérience. A la recherche de l'écoute de l'existence, nous nous sommes pennis également d'émailler ici ou là notre réflexion de la présence de personnages symboles qui tentent d'introduire et de synthétiser, comme dans une parabole, les propos développés. Il s'agit du petit mousse, de Sadoq, de Yoshim et de Miche.

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1ère PARTIE:
RISQUE SANS D'ERRANCE NI BOUSSOLE

PROVISIONS

f!.tvup.wtle6 anuvtJte6 pOWt une uk de t1tCwaitn'e6t pa6 une minœ aftabre. £e tUUJiIre e nobte engtUJmWd p~6ionttel d doit, tant que f.aiJre6e peut, et com6im œta e6t-il pla6 diftki& aajowtd'futi" 6inifkWt d'une coque 60lide et pwjilée, d'une uoile 60uple et ample, d'un mat fieIt et fidèk, d'un ~ d.o.cile. £e cIietnût 6em. tong, 6e cÜ6ait te jaure ntOU66e,mai6 il 6eJta

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INTRODUCTION

Les difficultés que nous avons rencontrées, nous ne sommes pas le seul à les avoir vécues. Notre observation personnelle, la lecture d'ouvrages spécialisés confmne l'idée que l'éducateur est assez souvent confronté à des enjeux qui peuvent se montrer difficiles à dépasser. Entrons dans la problématique.

« Il faut survivre!

»

Cette exclamation prononcée à voix basse à l'issue d'un entretien avec un collègue nous reste très présente à l'esprit... L'objet de l'entretien visait à repérer les motifs de satisfaction et d'insatisfaction chez des collègues pour une meilleure analyse du fonctionnement d'un établissement. Après quelques résistances, généralités et lieux communs sur la difficulté de la prise en charge de telles personnes, il laissait surgir, avec pudeur, son émotion... « Il faut survivre »... c'est à dire qu'il faut vivre « par-dessus» quelque chose, il faut vivre malgré une difficulté qui fait obstacle à la vie',.. Bien entendu, ce cas particulier n'est pas exhaustif. Cependant la plainte se retrouve semble t-il fréquemment chez les

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travailleurs sociaux et plus spécialement chez les éducateurs intervenants auprès de personnes handicapées mentales adultes3. La plainte s'accompagne souvent d'une distance, sorte de banière de sécurité établie entre le personnel et les résidents. Nous avons pu observer ce phénomène dans un établissement dans lequel nous avons pu mener une observation participante pendant 80 heures. Nous avons pu ainsi remarquer la fréquence de l'isolement des éducateurs sur leur lieu de travail pour aller discuter avec des collègues dans la chambre de veille, le bureau de la structure ou le coin bar proche de la salle de jeux (de 1/5ème à 1/4 du temps de travail). Le fait de manger dans une salle proche mais différente de celle des résidents (avec des avantages en nourriture) était pennanent sans qu'une justification pédagogique puisse être apportée et il en était de même au sujet des choix des programmes de télévision assez souvent par et pour les éducateurs. Nous avons pu également mesurer le nombre de jugements de valeurs adressés spontanément par le personnel éducatif à l'égard des résidents de l'établissement, ceux-ci étant présents ou absents. Sur cette même période de 80 heures, nous avons repéré 2'6 jugements de valeurs négatifs (ex. : «quelle teigne », «il est lourd et pervers », « il est c... ») pour 4 positifs (ex.: « il est beau avec sa nouvelle coupe de cheveux»). Tous ces indicateurs ne sont-ils pas les signes d'un processus s'apparentant à l'épuisement professionnel ou « burnout» ?

3 Par commodité, nous utiliserons souvent le terme de "résident" pour désigner ces personnes. Cette dénomination est fréquemment utilisée dans les foyers d'hébergement pour personnes handicapées mentales adultes.

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1- UN CONSTAT

A) Faire face à des déficiences diverses

Parler de l'usure des éducateurs et de leur recherche de «passage» pour un mieux-vivre nécessite un arrêt sur la personne handicapée mentale et ses déficiences. C'est auprès de ces personnes que vit quotidiennement l'éducateur, abordant chaque jour le handicap et « s'y exposant ».

l-une attitude

Au Québec, lorsque l'on parle des personnes handicapées mentales, on les qualifie de l'adjectif «exceptionnel». Cette tenninologie n'est pas utilisée en France. Elle sous-entend qu' audelà du handicap qui peut être ressenti comme « usant» par l'entourage, l'éducateur est invité à porter son regard d'abord sur la personne en ce qu'elle a d'essentiel avant de le poser sur la déficience. Nous intéresser dans cette étude davantage à l'éducateur ne doit, en aucun cas nous faire oublier la présence de ces personnes. Nous sommes invités à Wl regard qui se laisse inteIToger, un regard qui doit voir plus loin encore au delà du handicap. Chacune de ces personnes est unique, à la fois très mutilée et profondément respectable, souvent « emmurée» mais qui n'en demeure pas moins, comme chaque être humain «Wl mystère », souvent douloureux pour les proches, une provocation pennanente à un dépassement, une innocence qui invite à toujours plus de disponibilité. Il n'y aura pas, dans ce cas, d'indécence à tenter une classification sommaire, un arrêt sur ces déficiences qui, soyons

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réalistes, font tôt ou tard poids sur l'éducateur, souvent douloureusement son investissement.

questionnent

2- étiologie
Pour la population que nous rencontrons dans les foyers d'hébergement, nous pouvons retenir différentes principales causes à leurs déficiences: a) causes congénitales Nous trouvons là surtout des maladies génétiques comme la Trisomie 21 (mongolisme) qui se caractérise par la présence d'un chromosome surnuméraire au niveau de la 21ème paire du génome humain. Nous trouvons également des déficits dus à une atteinte virale de l'embryon ou des maladies liées à des troubles du métabolisme, etc. Nous pouvons aussi ranger ici les personnes atteintes de psychoses à des degrés divers pour lesquelles l'altération du rapport au réel peut parfois être grande (cas de
I ' autisme).

b) accidents et affections de la période périnatale Il s'agit surtout de naissances difficiles (anoxie de l'enfant ayant nécessité une réanimation par ex.). Nous classons là également des maladies se déclarant chez le nouveau-né (encéphalites, méningites, hydrocéphalie...). c) causes psychoaffectives et carences du milieu Alors que dans les deux premières causes, l'enfant dès sa naissance, porte le poids d'un handicap, il arrive également que la personne handicapée naisse avec un potentiel de développement nonnaI, mais que son développement soit considérablement retardé par les carences du milieu familial (parents alcooliques, parents

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eux-mêmes
successives..

handicapés,
.).

placements

en

familles

d'accueil

Tous ces déficits, ces accidents génétiques, ces souffrances psychologiques vont, nous l'imaginons aisément, avoir de profondes répercussions sur le développement intellectuel, moteur et affectif de l'enfant et donc de l'adulte avec lequel l'éducateur travaille quotidiennement. Là aussi nous pouvons distinguer trois types de conséquences.

3-conséquences

a) sur le développement intellectuel « Devant l 'hétérogénéité présentée par les arriérés mentaux sur les plans de l'étiologie, du .fonctionnement et du pronostic, la faiblesse intellectuelle est peut-être la seule chose que ces individus ont en commun» 4 Si nous prenons en compte la notion de quotient intellectuel (Q.I.) qui est, soit le rapport entre un âge mental mesuré au moyen d'un test standardisé et l'âge chronologique, soit un score obtenu dans une moyenne de réussite, nous nous apercevons que le Q.I. des résidents varie de 25 à 75 (la moyenne de la population française étant de 100). L'intelligence se caractérisant par une aptitude à comprendre les éléments d'une situation et à s'y adapter, nous entrevoyons donc aisément, chez nos résidents, les difficultés d'apprentissage, de mémorisation, de' raisonnement, de verbalisation, d'adaptation, de repérage dans le temps et l'espace, la quasi-impossibilité à abstraire, et donc à apprendre un code
(écriture) etc. ...

4

LAMBERT (J.L.), Introduction à l'arriération mentale, Ed. Pierre Margada, Bruxelles, 1978, p. 10.

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